Saint Antoine-Marie Claret (1807-1870)

Saint Antoine-Marie Claret (1807-1870) est un tisserand catalan devenu prêtre missionnaire, puis archevêque de Santiago de Cuba et fondateur des Clarétains. Grand mystique de l'Eucharistie, il reçut à La Granja la grâce de conserver en lui les espèces consacrées.

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Antoine-Marie Claret (Sallent, 1807 — Fontfroide, 1870) est un prêtre et archevêque catalan du XIXᵉ siècle, l'un des plus grands missionnaires populaires de l'Espagne moderne, fondateur de la Congrégation des Missionnaires Fils du Cœur Immaculé de Marie — les Clarétains.[1][2][3] Fils de tisserand et tisserand lui-même, devenu prédicateur infatigable, évêque réformateur, écrivain prolifique et confesseur de la reine d'Espagne, il incarne une sainteté à la fois active jusqu'à l'épuisement et profondément mystique.

Sa vie tient en quelques élans : prêcher partout, imprimer pour évangéliser, fonder pour durer. Missionnaire apostolique en Catalogne puis aux îles Canaries, il fonde à Vic le 16 juillet 1849 la congrégation qui portera son esprit aux cinq continents. Nommé archevêque de Santiago de Cuba (1850-1857), il réforme un diocèse à l'abandon, valide des milliers de mariages, crée des écoles de métiers et une caisse d'épargne pour les pauvres — au prix de quinze attentats, dont celui de Holguín où un assassin lui ouvre la joue d'une oreille au menton.[4][5]

Rappelé en Espagne comme confesseur d'Isabelle II, il fuit toute mondanité de cour et se consacre à la prédication, à l'écriture — plus de 140 livres et opuscules — et à l'adoration. C'est à cette période qu'il reçoit à La Granja, le 26 août 1861, la grâce extraordinaire de conserver en lui les espèces eucharistiques d'une communion à l'autre.[6][7] Exilé avec la famille royale après la révolution de 1868, défenseur de l'infaillibilité pontificale au concile Vatican I, il meurt épuisé à l'abbaye de Fontfroide le 24 octobre 1870.

Béatifié par Pie XI en 1934, canonisé par Pie XII le 7 mai 1950, il est aujourd'hui honoré par la piété populaire comme patron des tisserands, de la presse catholique et des caisses d'épargne — patronages d'usage que les notices liturgiques officielles ne reprennent pas[8] — et le père d'une famille religieuse présente sur tous les continents.[9][10]

L'enfant tisserand de Sallent (1807-1835)

Naissance dans une famille de tisserands (23 décembre 1807)

Antoni Maria Claret i Clarà naît le 23 décembre 1807 à Sallent, bourg textile de la Catalogne intérieure, à une quinzaine de kilomètres de Manresa, dans la province de Barcelone.[11][12] Il est le cinquième des onze enfants de Joan Claret, modeste fabricant de lainages, et de Josefa Clarà. La maison familiale est un atelier : on y file, on y tisse, on y vit au rythme des métiers à tisser. L'enfant grandit dans une Catalogne profondément catholique, marquée par les guerres carlistes et l'instabilité politique, mais où la foi populaire reste vive.

Très tôt, le petit Antoni se distingue par une piété intense et une sensibilité aiguë à l'éternité. Il racontera lui-même dans son Autobiographie comment, enfant, la pensée du sort des damnés le bouleversait au point de l'empêcher de dormir.[13]

« Ce qui m'affectait le plus et me ravissait, c'était de penser à l'éternité… Toujours, toujours, toujours ! Je cherchais à le comprendre, mais je n'y parvenais pas. » — Antoine-Marie Claret, Autobiographie, n° 8[14]

L'ouvrier du textile devenu spécialiste à Barcelone

À douze ans, Antoni est déjà tisserand.[15] Doué et ambitieux, il monte vers dix-huit ans à Barcelone pour se perfectionner dans la fabrication des tissus et apprendre la programmation des métiers Jacquard, technique de pointe de l'industrie textile naissante.[16][17] Il étudie en parallèle le latin, le français et la gravure. Le jeune homme rêve un temps de devenir le meilleur fabricant de Catalogne ; il a le sens des affaires, le goût du dessin, une intelligence pratique remarquable — autant de talents qu'il mettra plus tard au service de l'évangélisation et de l'apostolat de la presse.

Mais une parole de l'Écriture le saisit et retourne ses ambitions : « Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme ? » (Mt 16, 26). L'attrait du monde cède devant l'appel de Dieu.

« Quid prodest homini… : Que sert à l'homme de gagner l'univers entier, s'il vient à perdre son âme ? Ces paroles firent sur moi l'effet d'une flèche qui me perça le cœur. » — Antoine-Marie Claret, Autobiographie, n° 68[18]

La vocation et l'ordination (13 juin 1835)

Tenté d'abord par la Chartreuse, puis orienté par son discernement vers le sacerdoce, Claret entre au séminaire diocésain de Vic en 1829.[19] Sa formation théologique, écourtée par les troubles politiques et la guerre civile, reste incomplète ; mais son évêque, percevant en lui une grâce peu commune, l'ordonne prêtre le 13 juin 1835, en la fête de saint Antoine de Padoue — d'où le prénom de religion qu'il adoptera.[20][21]

Il exerce d'abord un ministère paroissial à Sallent, puis à Viladrau et à Gérone. Désireux d'une vie plus radicalement donnée, il part à Rome se mettre à la disposition de la Propagande pour les missions, et tente même le noviciat des Jésuites ; mais une santé fragile — une douleur à la jambe qu'il interprète comme un signe — l'oblige à renoncer et à revenir en Catalogne.[22][23] Dieu l'attendait ailleurs : non dans le cloître, mais sur les routes.

Le missionnaire apostolique de la Catalogne (1840-1849)

Prédicateur itinérant des campagnes catalanes

De retour au pays, Claret se révèle un prédicateur populaire hors pair. À partir de mai 1843, muni du titre de missionnaire apostolique, il parcourt sans relâche les villages de Catalogne, prêchant missions, retraites et exercices spirituels avec une endurance qui stupéfie ses contemporains.[24][25] Sa parole, simple, ardente, populaire, ramène des paroisses entières aux sacrements. Il prêche parfois plusieurs fois par jour, marche de bourg en bourg, confesse des heures durant.

Son zèle dérange autant qu'il convertit : dans une Espagne secouée par l'anticléricalisme, sa popularité inquiète les libéraux. En 1848, menacé, il est envoyé prêcher aux îles Canaries.

L'apostolat des Canaries (1848-1849)

Pendant près de quinze mois, de février 1848 à mai 1849, Claret évangélise l'archipel des Canaries, y conduisant une vaste campagne de missions populaires qui laisse un souvenir durable.[26][27][28] Il est aujourd'hui copatron du diocèse de Las Palmas, avec la Virgen del Pino.[29] Cet exil apostolique mûrit en lui une conviction : un missionnaire seul, si ardent soit-il, ne peut suffire à la tâche. Il faut une communauté d'hommes animés du même feu.

L'apostolat de la presse : la Librería Religiosa

Esprit pratique formé à l'industrie, Claret comprend très tôt la puissance de l'imprimé comme instrument d'évangélisation. En 1848, il fonde à Barcelone la Librería Religiosa, maison d'édition populaire diffusant à très bas prix livres, opuscules et feuilles de piété.[30] Les chiffres donnent le vertige : en dix-huit ans, l'œuvre lance plus de 2,8 millions de livres, 2,5 millions de petits livres et plus de 4,2 millions de feuillets.[31]

Infographie Ignispedia — l'apostolat de la presse de Claret : Librería Religiosa, millions de livres et feuillets, et plus de 140 ouvrages écrits. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Lui-même écrit sans relâche : on lui attribue plus de 140 ouvrages — catéchismes, manuels de vie chrétienne, ouvrages de spiritualité, livres de morale pratique, traités d'agriculture et d'économie rurale, jusqu'à des écrits pour la sauvegarde de la langue catalane.[32][33][34] Le plus célèbre, Le Chemin droit et sûr pour arriver au ciel (Camino recto y seguro para llegar al cielo), connaîtra des centaines d'éditions. Cette intuition de l'évangélisation par les médias lui vaudra d'être proclamé patron de la presse catholique.

Le fondateur des Clarétains (16 juillet 1849)

La fondation à Vic (16 juillet 1849)

Vic, Catalogne — la cathédrale Saint-Pierre de Vic, ville de l'ordination sacerdotale de Claret et de la fondation des Clarétains. Wikimedia Commons, Mutari, domaine public.

Le 16 juillet 1849, en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, Claret réunit cinq jeunes prêtres dans une cellule du séminaire de Vic et fonde la Congrégation des Missionnaires Fils du Cœur Immaculé de Marie, aujourd'hui universellement connue sous le nom de Clarétains (sigle CMF).[35][36] L'œuvre commence dans la pauvreté la plus totale — quelques hommes, une chambre, un idéal —, mais elle porte en germe une fécondité mondiale : à l'aube du XXIᵉ siècle, la congrégation comptera plus de 3 000 membres répartis dans des centaines de maisons sur cinq continents.[37] Elle reçoit l'approbation pontificale de Pie IX le 22 décembre 1865.[38]

La « Définition du missionnaire »

L'âme de la fondation tient en quelques lignes que Claret rédige dans son Autobiographie (n° 494) et qu'il voulait que chaque missionnaire porte sur lui, sur « un petit bout de papier ». Cette « Définition du missionnaire » reste le texte de référence de la spiritualité clarétaine.[39][40]

« Un Fils du Cœur Immaculé de Marie est un homme qui brûle de charité et qui embrase partout où il passe ; il désire efficacement et cherche par tous les moyens d'enflammer tous les hommes du feu de l'amour divin. Rien ne le rebute : il se réjouit des privations, affronte les travaux, embrasse les sacrifices, se complaît dans les calomnies, exulte dans les tourments et les souffrances qu'il endure, et il met sa gloire dans la croix de Jésus-Christ. Son unique souci est de suivre et d'imiter Jésus-Christ dans le travail, la souffrance et le zèle constant et unique de la plus grande gloire de Dieu et du salut des âmes. » — Antoine-Marie Claret, Autobiographie, n° 494[41]

Infographie Ignispedia — la « Définition du missionnaire » : brûler de charité, aimer la Croix et chercher le salut des âmes. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Le mot-clé est le feu : un missionnaire est un homme embrasé qui communique l'incendie. Cette image, héritée des prophètes (« Je suis venu jeter un feu sur la terre », Lc 12, 49), résume toute la vie de Claret : non un activisme volontariste, mais le débordement d'une charité brûlante reçue du Cœur de Marie et du Cœur du Christ.

Les Religieuses de Marie Immaculée (avec Antonia París)

María Antonia París (1813-1885), cofondatrice des Religieuses de Marie Immaculée avec Claret. Wikimedia Commons, auteur inconnu, domaine public.

Au charisme missionnaire masculin répond une branche féminine. À Cuba, le 25 août 1855, Claret cofonde avec la religieuse catalane María Antonia París la Congrégation des Religieuses de Marie Immaculée (Missionnaires clarétaines), vouée à l'enseignement et à l'évangélisation.[42][43] Antonia París, mystique et grande figure spirituelle, a été reconnue Vénérable par Jean-Paul II en 1993 ; sa cause en béatification est en cours.[44] La famille clarétaine — religieux, religieuses, laïcs associés — prolonge aujourd'hui dans le monde entier l'élan de son fondateur.

L'archevêque missionnaire de Santiago de Cuba (1850-1857)

Une nomination imprévue

Alors qu'il ne rêve que de missions populaires, Claret est nommé, à la demande de la reine Isabelle II, archevêque de Santiago de Cuba par Pie IX : préconisé le 20 mai 1850, il est sacré évêque à Vic le 6 octobre 1850.[45][46][47] Avant de partir, il accomplit trois pèlerinages mariaux — à Notre-Dame du Pilar (Saragosse), à Montserrat et à Fussimanya.[48] Il débarque à Santiago de Cuba le 16 février 1851, prenant possession d'un diocèse immense, laissé sans évêque résident depuis des années, où le clergé est rare et la pratique religieuse effondrée.[49]

La réforme d'un diocèse à l'abandon

L'archevêque missionnaire abat en quelques années un travail colossal. Il réorganise le séminaire, restaure la discipline du clergé, visite trois fois l'ensemble de son vaste diocèse, prêche missions sur missions. Surtout, il s'attaque au désordre moral des unions : en deux ans, il fait régulariser et valider plus de 9 000 mariages vivant dans l'irrégularité.[50][51]

« Il visita trois fois son diocèse, donnant partout des missions ; en moins de deux ans, plus de neuf mille mariages furent validés. » — d'après la Catholic Encyclopedia[52]

Le souci des pauvres : écoles, métiers, caisse d'épargne

Fidèle à ses origines d'ouvrier, Claret a le génie des œuvres sociales concrètes. Il érige hôpitaux et écoles, crée des écoles de métiers (formation professionnelle) pour les enfants défavorisés, et fonde des caisses de crédit et d'épargne au service des pauvres — initiative que la piété populaire honore plus tard sous le patronage des caisses d'épargne (patronage d'usage, non repris par les notices liturgiques officielles).[53][54][55] À Cuba, terre encore marquée par l'esclavage, il défend la dignité des plus humbles et promeut l'instruction agricole. Son action conjugue évangélisation et promotion humaine, bien avant que l'Église ne formalise sa doctrine sociale.

Les persécutions et l'attentat de Holguín (1er février 1856)

Tant de réformes suscitent de violentes oppositions : propriétaires lésés, concubinaires rappelés à l'ordre, anticléricaux. On recense quinze attentats contre sa vie — la Catholic Encyclopedia précise : « pas moins de quinze attentats ».[56][57] Le plus grave survient à Holguín, le 1er février 1856 : un homme, Antonio Pérez, l'attaque au rasoir ; le coup, qui visait la gorge, lui ouvre la joue de l'oreille au menton.[58][59] Claret en gardera une cicatrice à vie.

Loin d'en concevoir de la rancune, il obtient du pouvoir la commutation de la peine de mort de son agresseur et regarde l'épreuve comme une grâce :

Infographie Ignispedia — l'itinéraire missionnaire de Claret : Catalogne, Canaries, Cuba, Madrid, La Granja, Escorial et Fontfroide. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

« J'appelle cela une faveur, parce que je la tiens pour une grande faveur du Ciel, qui m'a procuré la plus grande joie et dont je remercie continuellement Dieu et la Sainte Vierge. » — Antoine-Marie Claret, Autobiographie[60]

Le confesseur de la reine et l'homme de l'Escorial (1857-1868)

Confesseur d'Isabelle II

Le 18 mars 1857, la reine Isabelle II rappelle Claret en Espagne pour en faire son confesseur.[61][62] L'archevêque accepte par obéissance, mais pose ses conditions : il ne résidera pas au palais, ne touchera ni traitement ni honneurs, refusera de se mêler de politique et restera libre de prêcher. Il démissionne du siège de Santiago de Cuba et reçoit le siège titulaire de Trajanopolis. Cette période de cour, qu'il vit en homme détaché, sera pour lui une source constante de souffrances et de calomnies — qu'il accueille selon l'esprit de sa Définition.

Le recteur de l'Escorial

La reine lui confie la direction du monastère-collège royal de l'Escorial, dont il fait pendant plusieurs années un foyer de culture chrétienne : il y installe un laboratoire scientifique, un musée d'histoire naturelle, une bibliothèque, des écoles de musique et de langues.[63][64] L'ancien tisserand, autodidacte passionné de sciences et d'arts, met tout au service de la formation. Il continue parallèlement à prêcher, à écrire et à diriger des âmes, multipliant retraites et missions chaque fois qu'il le peut.

L'offrande comme victime (Aranjuez, 1862)

En mai 1862, dans la chapelle du palais d'Aranjuez, achevant la rédaction de son Autobiographie, Claret s'offre à Jésus et à Marie comme victime, acceptant par avance toute souffrance, « jusqu'à la mort elle-même », pour le salut des âmes — et il note que « le Seigneur agréa mon offrande ».[65][66] Cette offrande victimale, caractéristique de la grande mystique catholique du XIXᵉ siècle, prépare intérieurement les grâces extraordinaires qu'il recevra l'année suivante.

Le mystique eucharistique et marial

Derrière l'homme d'action se cache l'un des plus grands mystiques espagnols du XIXᵉ siècle. Deux amours dominent toute sa vie intérieure : l'Eucharistie et la Vierge Marie.[67][68]

La grâce de La Granja : l'Eucharistie conservée (26 août 1861)

Le 26 août 1861, à sept heures du soir, en prière dans l'église du Rosaire à La Granja de San Ildefonso (Ségovie), Claret reçoit une grâce mystique exceptionnelle : la conservation permanente des espèces sacramentelles en lui, d'une communion à l'autre.[69][70]

« Le 26 août 1861, me trouvant en prière dans l'église du Rosaire, à La Granja, à sept heures du soir, le Seigneur m'accorda la grande grâce de conserver en moi les espèces sacramentelles et d'avoir, jour et nuit, le Très Saint Sacrement présent dans ma poitrine. » — Antoine-Marie Claret, Autobiographie[71]

Infographie Ignispedia — la grâce eucharistique de La Granja : conservation des espèces sacramentelles d'une communion à l'autre, jusqu'à la mort de Claret. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Selon son propre témoignage et les études clarétaines, ce privilège — rare dans l'histoire de la mystique, attesté aussi chez quelques saints comme sainte Catherine de Sienne ou Marie-Madeleine de Pazzi — l'accompagne jusqu'à sa mort, soit près de neuf ans.[72] Le Christ devient littéralement le centre permanent de sa vie : sa charité brûlante a sa source dans cette présence eucharistique ininterrompue.

Le Cœur Immaculé de Marie

Toute la spiritualité de Claret est mariale. Il place sa congrégation sous le vocable du Cœur Immaculé de Marie, dans lequel il voit la source de la charité apostolique et le modèle du missionnaire. Témoin et promoteur fervent du dogme de l'Immaculée Conception proclamé par Pie IX en 1854, il fait du Cœur de Marie le foyer où le missionnaire puise le feu qu'il doit répandre. La dévotion clarétaine au Cœur Immaculé prépare de loin les développements mariaux du XXᵉ siècle, de Fatima à la consécration du monde au Cœur de Marie.

« Comme la flèche lancée par une main puissante atteint sa cible, ainsi le Fils du Cœur de Marie, lancé par Marie, vole et atteint partout. » — image clarétaine de la Définition du missionnaire, d'après l'Autobiographie[73]

L'exil, Vatican I et la mort (1868-1870)

La révolution de 1868 et l'exil

La révolution de septembre 1868 (la Gloriosa) renverse Isabelle II. Claret suit la famille royale en exil et gagne Paris, puis Rome, où il est reçu par Pie IX.[74][75] Fidèle jusqu'au bout, il ne renie ni la reine déchue ni sa mission, alors même que la calomnie continue de le poursuivre.

Le concile Vatican I et l'infaillibilité pontificale

En 1869-1870, Claret participe au concile Vatican I, où il se range parmi les défenseurs résolus de l'infaillibilité pontificale, proclamée par la constitution Pastor Aeternus le 18 juillet 1870.[76][77] Sa fidélité au Siège de Pierre, constante toute sa vie, trouve là son couronnement doctrinal. Épuisé, malade, il doit quitter Rome avant la fin du concile.

La mort à Fontfroide (24 octobre 1870)

Abbaye Sainte-Marie de Fontfroide, près de Narbonne, où Claret meurt le 24 octobre 1870. Wikimedia Commons, Pinpin, CC BY-SA 3.0.

Réfugié d'abord à Prades dans les Pyrénées, puis menacé jusque dans son exil, Claret trouve asile auprès des moines cisterciens de l'abbaye de Fontfroide, près de Narbonne. C'est là qu'il meurt, usé par le travail et les épreuves, le 24 octobre 1870, à l'âge de 62 ans.[78][79] Ses restes seront plus tard transférés à Vic, en Catalogne, où l'on vénère son tombeau.

Gloire et héritage

Béatification (1934) et canonisation (1950)

Infographie Ignispedia — repères d'une vie missionnaire : naissance, ordination, fondation des Clarétains, Cuba, La Granja, Fontfroide et canonisation. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Déclaré vénérable par Léon XIII en 1899, Antoine-Marie Claret est béatifié par Pie XI le 25 février 1934, puis canonisé par Pie XII le 7 mai 1950, lors de l'Année sainte.[80][81] Le lendemain, 8 mai 1950, Pie XII reçoit en audience les pèlerins espagnols venus à Rome pour la canonisation et leur adresse un discours consacré à la figure du nouveau saint.[82] L'Église reconnaît en lui le modèle du missionnaire total : prédicateur, écrivain, évêque, fondateur et mystique, entièrement consumé par le zèle du salut des âmes. Sa fête liturgique est fixée au 24 octobre.[83]

Patronages et postérité clarétaine

La piété populaire et les biographes honorent saint Antoine-Marie Claret comme patron des tisserands et des marchands de textile — clin d'œil à ses origines —, de la presse catholique et de l'apostolat des médias, et des caisses d'épargne[84][85] ; il est en outre copatron du diocèse de Las Palmas (îles Canaries), avec la Virgen del Pino[86]. Les notices liturgiques officielles (Vatican News) le présentent, elles, comme fondateur de la Congrégation et archevêque de Santiago de Cuba, sans mention de ces patronages.[87] Mais son héritage le plus vivant reste la famille clarétaine : Missionnaires Fils du Cœur Immaculé de Marie, Religieuses de Marie Immaculée et innombrables laïcs, présents aujourd'hui sur les cinq continents, prolongent le feu de la Définition du missionnaire.

Sa figure parle avec une force singulière à l'époque contemporaine : il fut un apôtre de la communication un siècle et demi avant l'ère numérique, convaincu que tout moyen honnête — la parole, l'imprimé, l'école, l'œuvre sociale — pouvait servir l'unique nécessaire : « la plus grande gloire de Dieu et le salut des âmes ».

Repères chronologiques

  1. 23 décembre 1807
    Naissance à Sallent

    Naissance en Catalogne, dans une famille de tisserands.

  2. vers 1825
    Barcelone

    Études de tissage Jacquard ; appel à la conversion (Quid prodest homini).

  3. 1829
    Entrée au séminaire de Vic

    Début de la formation sacerdotale.

  4. 13 juin 1835
    Ordination sacerdotale

    Ordonné prêtre pour le diocèse de Vic, en la fête de saint Antoine de Padoue.

  5. 1843
    Missions en Catalogne

    Missions apostoliques itinérantes dans les campagnes catalanes.

  6. 1848
    Librería Religiosa

    Fondation de la maison d'édition populaire — apostolat de la presse.

  7. 1848-1849
    Missions aux Canaries

    Quinze mois d'évangélisation de l'archipel des Canaries.

  8. 16 juillet 1849
    Fondation des Clarétains

    Fondation à Vic des Missionnaires Fils du Cœur Immaculé de Marie.

  9. 6 octobre 1850
    Sacre épiscopal

    Sacré évêque à Vic ; nommé archevêque de Santiago de Cuba.

  10. 16 février 1851
    Arrivée à Cuba

    Prise de possession du diocèse ; réforme et 9 000 mariages validés.

  11. 25 août 1855
    Religieuses de Marie Immaculée

    Cofondation avec Antonia París de la congrégation féminine, à Cuba.

  12. 1er février 1856
    Attentat de Holguín

    Un agresseur lui ouvre la joue au rasoir ; il obtient sa grâce.

  13. 18 mars 1857
    Confesseur de la reine

    Rappelé en Espagne par Isabelle II comme confesseur royal.

  14. 26 août 1861
    Grâce de La Granja

    Grâce eucharistique de la conservation permanente des espèces.

  15. 1862
    Offrande d'Aranjuez

    Offrande comme victime ; achèvement de l'Autobiographie.

  16. 22 décembre 1865
    Approbation pontificale

    La congrégation clarétaine est approuvée par Pie IX.

  17. 1868
    Exil

    Révolution de septembre ; exil avec la famille royale.

  18. 1869-1870
    Concile Vatican I
  19. 24 octobre 1870
    Mort à Fontfroide

    Mort à l'abbaye cistercienne, près de Narbonne.

  20. 1899-1950
    Vénérable, béatifié, canonisé

    Vénérable (1899, Léon XIII) · Béatifié (1934, Pie XI) · Canonisé (1950, Pie XII).

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Missionnaires Clarétains (curie générale), "St. Anthony Mary Claret" : claret.org/our-congregation/st-anthony-mary-claret. Biographie officielle de la congrégation : fondation le 16 juillet 1849 dans une cellule du séminaire de Vic, « débuts humbles avec cinq prêtres animés du même esprit que le Fondateur » ; fondation de la Librería Religiosa en 1848 (en dix-huit ans : 2 811 100 livres, 2 509 500 petits livres, 4 249 200 feuillets) ; sacre épiscopal à Vic le 6 octobre 1850 ; missions aux Canaries de février 1848 à mai 1849, copatron du diocèse de Las Palmas avec la Virgen del Pino ; attentat de Holguín le 1er février 1856 ; grâce de la conservation des espèces sacramentelles à La Granja le 26 août 1861.

    1 10 28 29 30 31 35 39 47 59 86
  2. Wikipédia (FR), "Antoine-Marie Claret" : fr.wikipedia.org/wiki/Antoine-Marie_Claret. Naissance le 23 décembre 1807 à Sallent, cinquième des onze enfants d'un tisserand ; ordination en 1835 ; missions en Catalogne à partir de mai 1843 et aux Canaries (1848-1849) ; plus de 150 livres et brochures édités ; nomination épiscopale le 20 mai 1850, sacre le 6 octobre 1850, arrivée à Cuba le 16 février 1851 ; attentat du 1er février 1856 ; rappel par Isabelle II le 18 mars 1857 ; exil en France en septembre 1868 ; mort le 24 octobre 1870 à Fontfroide ; béatification 1934, canonisation 1950. Préconisation, sacre, arrivée à Cuba, attentats et chiffres de la Librería recoupés avec les sources de la congrégation, le CESC et la Catholic Encyclopedia (voir notes ci-dessous).

    2 12 24 34 61 74 77 79 81
  3. Collège des Bernardins, "Saint Antoine-Marie Claret : vie et œuvre d'un évêque fondateur" : collegedesbernardins.fr. Synthèse biographique francophone : le tisserand catalan devenu missionnaire apostolique, fondateur des Clarétains, archevêque de Cuba et confesseur de la reine, figure d'évêque fondateur du XIXᵉ siècle.

    3
  4. Wikipedia (EN), "Anthony Mary Claret" : en.wikipedia.org/wiki/Anthony_Mary_Claret. Cinquième des onze enfants d'un fabricant de lainages, tisserand à douze ans, études Jacquard à Barcelone (latin, français, gravure) ; séminaire de Vic en 1829, ordination le 13 juin 1835 (fête de saint Antoine de Padoue) ; fondation des Clarétains le 16 juillet 1849 ; cofondation des Religieuses de Marie Immaculée avec Maria Antonia París le 25 août 1855 ; quinze attentats, joue ouverte « de l'oreille au menton » à Holguín ; 9 000 mariages validés ; recteur de l'Escorial ; 144 ouvrages écrits ; mort le 24 octobre 1870 à Fontfroide ; canonisé par Pie XII le 7 mai 1950 ; patron des tisserands, marchands de textile, presse catholique. ⚠️ Le nombre exact d'ouvrages (130 à 150 selon les sources) varie : retenir « plus de 140 ».

    4 9 17 21 23 27 33 37 43 51 53 63 76 80 84
  5. CESC — Centre d'Estudis Spiritualitat Claretiana (Vic), dossiers historiques sur Claret : cescvic.org. Études sur les attentats contre le P. Claret (faits, causes, attitudes), sur l'offrande victimale d'Aranjuez (mai 1862) et sur l'archevêque missionnaire de Cuba. Le CESC indexe notamment G. Alonso, « Aquel 16 de febrero de 1851 » (l'arrivée de Claret à Cuba) et le dossier du voyage vers Santiago de Cuba (8 décembre 1850 – 16 février 1851, Studia Claretiana 16, 1998). Source d'appoint pour le contexte historique catalan et cubain, à recouper avec l'Autobiographie et les sources de la congrégation.

    5 25 49 57 66 68
  6. ACI Prensa, "San Antonio María Claret conservaba la Eucaristía en el pecho sin que esta se descomponga" : aciprensa.com. Grâce reçue à La Granja (Ségovie) le 26 août 1861 ; conservation des espèces sacramentelles d'une communion à l'autre, jour et nuit, jusqu'à sa mort (environ neuf ans) ; rapprochement avec d'autres saints ayant reçu une grâce analogue ; double amour de Claret pour l'Eucharistie et la Vierge.

    6 67 69 72
  7. Antoine-Marie Claret, Autobiographie (Autobiografía), texte rédigé sur l'ordre de son directeur spirituel et achevé en 1862. Source primaire des citations, avec leur localisation dans la numérotation de l'édition critique : méditation d'enfance sur l'éternité (« Toujours, toujours, toujours ! », n° 8-9) ; effet de la parole Quid prodest homini (Mt 16, 26, « comme une flèche qui me perça le cœur », n° 68) ; « Définition du missionnaire » (n° 494) — « un homme qui brûle de charité et qui embrase partout où il passe… » ; offrande comme victime à Aranjuez (mai 1862) ; grâce eucharistique de La Granja (« le Seigneur m'accorda la grande grâce de conserver en moi les espèces sacramentelles… ») ; parole sur l'attentat de Holguín (« j'appelle cela une faveur… »). Éd. de référence : Autobiografía de san Antonio María Claret, BAC, Madrid ; trad. anglaise The Autobiography of St. Anthony Mary Claret (Claretian Publications), dont l'index confirme : « I thought a great deal about eternity, 8 » et le Quid prodest au n° 68.

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  8. Vatican News / État de la Cité du Vatican, "Saint Antoine-Marie Claret, évêque, fondateur" (saint du jour, 24 octobre) : vaticannews.va et vaticanstate.va. Notice liturgique officielle : fondateur de la Congrégation des Missionnaires Fils du Cœur Immaculé de Marie, archevêque de Santiago de Cuba, confesseur d'Isabelle II, canonisé par Pie XII en 1950, fête le 24 octobre.

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  9. Catholic Encyclopedia (NewAdvent), "Ven. Antonio Maria Claret y Clara" : newadvent.org/cathen/16026a.htm. Notice de référence : naissance le 23 décembre 1807 à Sallent près de Barcelone, fils d'un petit fabricant de lainages, tisserand à douze ans ; études à Barcelone (latin, français, gravure) ; séminaire de Vic en 1829, ordination le 13 juin 1835 ; tentative jésuite à Rome interrompue par la santé ; missions en Catalogne et aux Canaries (1848) ; fondation de la congrégation le 16 juillet 1849 ; archevêque de Santiago de Cuba, trois visites du diocèse, plus de 9 000 mariages validés en deux ans, hôpitaux et écoles ; quinze attentats, joue « ouverte de l'oreille au menton » ; rappel en Espagne en 1857, confesseur de la reine, recteur de l'Escorial ; plus de 130 ouvrages ; mort le 24 octobre 1870 à Fontfroide ; déclaré vénérable par Léon XIII en 1899.

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  10. Religieuses de Marie Immaculée (Missionnaires clarétaines), site officiel : biographie de María Antonia París y Riera, née à Vallmoll (Tarragone) le 28 juin 1813, morte en 1885 (misionerasclaretianasrmi.org/en/biography-maria-antonia-paris), titrée « Venerable Servant of God » par sa propre congrégation ; Wikipedia (EN), "Maria Antonia Paris" : en.wikipedia.org/wiki/Maria_Antonia_Paris. Déclarée vénérable par Jean-Paul II en 1993 ; non béatifiée, cause en cours.

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  11. Catholic-Hierarchy, fiche « Archbishop St. Antonio María Claret y Clará » : catholic-hierarchy.org/bishop/bclareta.html. Chronologie épiscopale : élu (Selected) archevêque de Santiago de Cuba le 18 octobre 1849, confirmé (préconisé) le 20 mai 1850, ordonné évêque le 6 octobre 1850.

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  12. New World Encyclopedia, "Saint Antonio Maria Claret" : newworldencyclopedia.org/entry/Saint_Antonio_Maria_Claret. Réformes sociales à Cuba : écoles de métiers (formation professionnelle) pour enfants défavorisés, caisses de crédit (« credit unions ») pour les pauvres ; patronages ultérieurs, dont les caisses d'épargne. À recouper avec les sources clarétaines.

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  13. Pie XII, discours aux pèlerins espagnols réunis à Rome à l'occasion de la canonisation du bienheureux Antoine-Marie Claret, 8 mai 1950 : vatican.va/content/pius-xii/es/speeches/1950/documents/hf_p-xii_spe_19500508_claret.html. Discours en espagnol évoquant les origines humbles de Claret, son épiscopat à Cuba, sa charge de confesseur de la reine Isabelle II et sa fidélité au Siège de Pierre lors de Vatican I.

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