La jambe rattachée de Miguel Juan Pellicer (Calanda, 1640)

En 1640 à Calanda, un mendiant aragonais retrouve en une nuit la jambe droite amputée deux ans plus tôt et enterrée à l'hôpital de Saragosse. Un acte notarié à chaud et un procès diocésain complet, avec vingt-quatre témoins sous serment, ont examiné le cas dès 1640-1641.

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Dans la nuit du 29 au 30 mars 1640, à Calanda, petit bourg d'Aragon, les parents de Miguel Juan Pellicer découvrent que leur fils — mendiant amputé de la jambe droite depuis deux ans et cinq mois — possède de nouveau ses deux jambes. Le jeune homme avait perdu son membre en 1637 à la suite d'un accident de charrette, avait été amputé à l'hôpital Notre-Dame-de-Grâce de Saragosse, puis avait mendié pendant deux ans, visiblement invalide, devant le sanctuaire de Notre-Dame du Pilier[9]. Le fait n'est ni un récit tardif ni une légende villageoise transmise oralement pendant des siècles : dès le 2 avril 1640, un acte notarié indépendant est dressé à Calanda, et le 5 juin 1640, un procès diocésain public s'ouvre à Saragosse — à la demande de la municipalité, non de l'Église[10]. Vingt-quatre témoins y sont interrogés sous serment sur trente-trois questions, avant que l'archevêque Pedro de Apaolaza Ramírez ne rende, le 27 avril 1641, une sentence déclarant la restitution de la jambe amputée « une œuvre admirable et miraculeuse »[11].

Ce cas — connu comme le miracle de Calanda — occupe une place particulière dans l'apologétique catholique parce qu'il porte sur un fait radicalement improbable : non une guérison de maladie interne, sujette à d'éventuelles explications physiologiques, mais la restitution d'un membre amputé et enterré, observée par une population entière pendant deux ans avant le fait, puis examinée par une procédure juridique complète en moins de treize mois. Le dossier réunit un acte notarié rédigé à chaud, un procès contradictoire avec notaires, médecins et témoins nommés, une sentence motivée qui distingue elle-même ce qui repose sur la seule déposition de Miguel de ce qu'établissent de nombreux témoins concordants, et une chaîne de conservation archivistique traçable jusqu'à aujourd'hui.

La reconstitution qui suit s'appuie principalement sur l'enquête menée par l'essayiste italien Vittorio Messori, qui dit avoir personnellement tenu et déchiffré à Saragosse le trasunto notarial du procès (63 feuillets) et de la sentence (10 feuillets)[12] — l'original de la curie étant perdu[13]. Elle traite le dossier comme une pièce d'histoire judiciaire du XVIIe siècle : ni un fait expérimental reproductible en laboratoire, ni une légende à écarter d'un revers de main, mais une archive à examiner pièce par pièce — accident, amputation, publicité de l'infirmité, nuit du 29 mars, acte notarié, procès, sentence, conservation, réception, puis objections.

  1. 25 mars 1617
    Baptême de Miguel Juan Pellicer

    Baptisé à Calanda — probablement né le même jour —, second des huit enfants de Miguel Pellicer Maya et María Blasco[14].

  2. Fin juillet 1637
    Accident près de Castellón

    La roue d'une charrette chargée de blé écrase sa jambe droite alors qu'il travaille pour son oncle maternel[15].

  3. Octobre 1637
    Amputation à Saragosse

    La jambe est amputée quatre doigts sous le genou à l'hôpital Notre-Dame-de-Grâce, puis enterrée — en octobre 1637, vers la mi-octobre selon Messori[16].

  4. 1638-1640
    Deux ans de mendicité publique

    Miguel mendie, visiblement amputé, devant le sanctuaire du Pilier de Saragosse[17].

  5. 29-30 mars 1640
    La nuit de Calanda

    Ses parents découvrent qu'il possède de nouveau sa jambe droite[18].

  6. 2 avril 1640
    Acte notarié de Calanda

    Le notaire royal Miguel Andréu dresse un acte public avec dix témoins[19].

  7. 5 juin 1640 - 27 avril 1641
    Procès diocésain de Saragosse

    Vingt-quatre témoins sont interrogés sous serment durant quatorze séances[20].

  8. 27 avril 1641
    Sentence de l'archevêque

    Pedro de Apaolaza déclare la restitution de la jambe « œuvre admirable et miraculeuse »[21].

Un accident, une amputation, deux ans de mendicité

Naissance et jeunesse à Calanda

Miguel Juan Pellicer est baptisé le 25 mars 1617 à Calanda, en Aragon — « sans doute était-il né le même jour », écrit Messori[22]. Il est le deuxième des huit enfants de Miguel Pellicer Maya et María Blasco, de modestes agriculteurs[23]. Analphabète[24], il reçoit un catéchisme oral du prêtre local don Juan Julis[25]. Sa confirmation, célébrée le 2 juin 1618 — soit « l'année suivante », selon la formule de Messori — confirme la date de 1617[26].

L'accident de Castellón et l'hôpital de Valence (1637)

Fin juillet 1637, alors qu'il travaille comme journalier pour son oncle maternel Jaime Blasco près de Castellón de la Plana, Miguel tombe d'un mulet. Une charrette chargée de quatre cahices de blé (le cahiz, mesure aragonaise de capacité pour le grain) lui passe sur la jambe droite et la fracture gravement[27]. Il est admis le lundi 3 août 1637 à l'Hospital Real de Valence, où le registre nominatif d'admission, signé par l'employé Pedro Torrosellas, décrit jusqu'aux vêtements déchirés « de couleur brune » que porte le blessé[28] — un détail dont la seule valeur est de montrer le degré de précision d'un document créé des années avant toute controverse.

Le diagnostic et l'amputation à Saragosse

Après un voyage de plus de cinquante jours, effectué par charité[29], Miguel parvient à l'hôpital royal Notre-Dame-de-Grâce de Saragosse, où il est examiné par une équipe médicale nommée : le professeur et chef de service Juan de Estanga, le chirurgien Diego Millaruelo et le chirurgien Miguel Beltrán. Leur diagnostic, consigné dans les dépositions ultérieures, qualifie la jambe de muy flemorizada y gangrenada — très phlegmoneuse et gangrenée — au point de paraître « negra », noire[30]. En octobre 1637 (vers la mi-octobre selon Messori[31]), Estanga et Millaruelo procèdent à l'amputation, quatre doigts au-dessous du genou, à la scie et au scalpel, puis cautérisent la plaie au fer rouge[32].

Le sort du membre amputé

L'étudiant Juan Lorenzo García recueille le membre amputé et le montre à plusieurs infirmiers ainsi qu'au chapelain-administrateur de l'hôpital, Pascual del Cacho, avant de l'enterrer — avec l'aide d'un condisciple — dans un trou « d'un empan » de profondeur, soit environ vingt et un centimètres, dans le cimetière de l'hôpital[33]. Ce détail n'est pas anecdotique : c'est un témoin nommé, et non le seul récit ultérieur de Miguel, qui atteste la sépulture du membre.

Deux années sous les yeux de Saragosse

Avant la nuit de Calanda : quatre étapes documentées, de la naissance à deux années de mendicité publique devant le sanctuaire du Pilier. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

À sa sortie de l'hôpital au printemps 1638, muni d'une jambe de bois et d'une béquille, Miguel est autorisé à mendier près du sanctuaire de Notre-Dame du Pilier. Selon l'usage des mendiants de l'époque (les pordioseros), il laisse son moignon visible, ce qui rend « la mutilation du jeune homme d'autant plus évidente »[34]. Il fréquente quotidiennement la chapelle, oignant chaque jour son moignon avec l'huile des lampes votives — malgré l'avis défavorable du chirurgien Estanga, qui lui répond, pendant la période des onctions, que « de telles onctions nuisaient à la guérison de sa plaie à cause de l'humidité de l'huile »[35]. Dans une ville d'environ 25 000 habitants, Miguel est reconnu par les employés de l'hôpital, par les pèlerins du Pilier et par des aubergistes nommés, Juan de Mazas et Catalina Xavierre[36]. Ce dispositif social involontaire est capital pour tout le dossier : l'état d'amputé de Miguel n'est pas attesté par le seul cercle familial, mais par une population urbaine nombreuse, pendant près de deux ans. Autrement dit, avant même que le moindre prodige ne se produise, des centaines de Saragossais peuvent, en 1638 et 1639, témoigner avoir vu ce jeune homme mendier avec une seule jambe — ce qui écarte d'emblée l'hypothèse d'une amputation inventée après coup pour les besoins du récit.

Le retour à Calanda et la nuit du 29 au 30 mars 1640

Cent dix-huit kilomètres à pied

Durant la première semaine de mars 1640, après plus de trois ans d'absence, Miguel parcourt les cent dix-huit kilomètres qui séparent Saragosse de Calanda[37]. Le trajet n'est pas anonyme : le dossier nomme les compagnons et les hôtes qui le recueillent étape par étape — Bemad (vraisemblablement Bernad), Francisco Félez, Lamberto Pascual, Domingo Martín, Rafael Borraz et Bartolomé — tandis que Juan Monreal, lui, refuse de le transporter[38]. Autant de personnes en mesure, le cas échéant, de témoigner qu'un homme encore amputé de la jambe droite a bien parcouru cette route au début du mois de mars 1640. De retour au village entre le 4 et le 11 mars, il mendie encore, amputé, dans les villages voisins, muni d'un acte de baptême et d'un rapport officiel attestant son invalidité[39].

La veillée du 29 mars : dernière observation du moignon

Le 29 mars, après avoir effectué neuf voyages de transport de fumier, Miguel cède son lit à un soldat de la cavalerie royale de passage et s'installe sur un matelas au pied du lit de ses parents. Ce soir-là, les voisins Miguel Barrachina et Ursula Means voient et touchent encore le moignon de Miguel durant la veillée ; la jambe de bois et la béquille restent posées sur une chaise de la cuisine[40]. C'est le dernier état de Miguel directement observé et touché par des témoins extérieurs à la famille avant le fait.

La découverte pendant le sommeil

Entre 22 h 30 et 23 h, María Blasco, s'approchant pour voir comment son fils est installé, aperçoit sous le manteau non pas un seul pied, mais deux, « l'un sur l'autre, croisés »[41]. Elle pense d'abord que le soldat occupe la couche. Son mari soulève le manteau : les deux parents reconnaissent alors leur fils et identifient sur la jambe retrouvée les anciennes cicatrices qu'ils lui connaissaient. Aucun témoin ne prétend avoir observé le rattachement du membre lui-même — la sobriété de ce récit, rapporté par la mère elle-même, mérite d'être soulignée : le dossier ne repose pas sur une vision spectaculaire, mais sur une constatation matérielle après coup.

Miguel racontera avoir rêvé, cette même nuit, qu'il se trouvait « dans la Sainte Chapelle de Notre-Dame du Pilier » et qu'il oignait sa jambe coupée avec l'huile d'une lampe[42] — un élément qui éclaire l'interprétation religieuse immédiate de l'événement par les acteurs eux-mêmes, sans se substituer à la constatation matérielle qui fonde le dossier.

Les premiers témoins de l'aube

La nuit de Calanda reconstituée heure par heure à partir des dépositions : aucun témoin ne prétend avoir vu le rattachement lui-même. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Dès l'aube du 30 mars arrivent le vicaire, le justicia (magistrat local) Martín Corellano, le maire Miguel Escobedo, son adjoint Martín Galindo, le notaire royal Lázaro Macario Gómez, ainsi que deux médecins de Calanda, Juan de Rivera et Jusepe Nebot. Le maire Escobedo déclarera avoir personnellement « tâté la jambe et chatouillé la plante du pied »[43]. Une procession et une messe suivent immédiatement. L'observation du fait ne reste donc enfermée ni dans le cercle familial ni dans un cercle exclusivement religieux : elle mobilise en quelques heures les autorités civiles et deux médecins.

Une jambe reconnue, pas une jambe apparue

Un membre d'abord imparfait

Le dossier ne présente pas un membre miraculeusement parfait dès la première heure. Les premières constatations relèvent des orteils contractés, une coloration violacée, un appui au sol difficile, un membre légèrement plus court et un mollet plus mince que l'autre jambe[44]. Loin d'être occultée, cette imperfection initiale est consignée par les témoins eux-mêmes et deviendra, comme on le verra, l'objection la plus sérieuse examinée par le tribunal.

L'évolution biologique sur trois jours, puis plusieurs mois

En trois jours, la chaleur naturelle et la couleur reviennent dans le membre[45]. Dans les mois qui suivent, sa longueur et son volume deviennent progressivement normaux : au moment des dépositions de juin 1640, Miguel « peut appuyer son talon par terre, bouger ses orteils, courir sans difficulté et même lever sa jambe jusqu'à son front sans aucun effort »[46]. Le membre s'est allongé de près de trois doigts et le mollet a retrouvé un volume comparable à celui de la jambe gauche ; une cicatrice circulaire rouge demeure visible à l'endroit de l'ancienne amputation[47].

Les marques d'identification

Le dossier ne se contente pas d'affirmer que Miguel a retrouvé « une » jambe : il documente que la jambe retrouvée est reconnue comme celle qu'il avait perdue, à partir de marques antérieures à l'amputation. L'acte notarié du 2 avril 1640 en consigne trois, avec une précision supplémentaire sur la coloration ; une quatrième marque est attestée par les dépositions du procès :

MarqueOrigine rapportéeLocalisationSource
Cicatrice de la roue de charretteTrace de l'accident de 1637TibiaActe notarié, 2 avril 1640[48]
Excision d'un kysteOpération antérieure à l'accidentMalléole interneActe notarié, 2 avril 1640[49]
Morsure de chienBlessure d'enfanceMolletActe notarié, 2 avril 1640[50]
Deux griffures profondes causées par une plante épineuseAliagas del monte (ajonc épineux)JambeDépositions du procès[51][52]
Les marques antérieures à l'amputation qui permettent d'identifier la jambe retrouvée : trois consignées dans l'acte notarié du 2 avril 1640, la quatrième — deux griffures d'épineux — attestée par les dépositions du procès. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le même acte du 2 avril relève qu'« à l'endroit où l'on noue les lacets des chausses, on voyait que la partie au-dessus du genou était pour le moment plus sombre que la nouvelle jambe »[53] — l'amputation ayant eu lieu quatre doigts au-dessous du genou[54]. Cette différence de teinte s'estompera avec les mois, à mesure que la chaleur naturelle et la couleur reviennent dans le membre.

L'acte notarié du 2 avril 1640 : une pièce à chaud

Le notaire Miguel Andréu et les dix témoins de l'acte

Trois jours après les faits, le notaire royal de Mazaleón Miguel Andréu dresse à Calanda un acte public, en présence du curé de Mazaleón don Marco Seguer, docteur en théologie, et de son vicaire don Pedro Vicente[55]. L'acte le désigne comme « Notaire Royal » — la formule « notaire public par autorité royale » pour tout l'Aragon étant celle de ses actes en général[56]. L'acte nomme dix témoins : le vicaire de Calanda Jusepe Ferrer ouvre la liste, et Jayme Pellicer et Juan Castañer y sont dits « habitants de la Commune de Calanda », face à quatre témoins certainement extérieurs — Pedro de Vea (Alcañiz), Jorge Cervera (Belmonte), Pedro Vicente (Mazaleón) et Gaspar Pasqual (La Ginebrosa)[57]. Messori estime que les témoins sont « presque tous » étrangers à Calanda, « comme pour se prémunir » contre tout soupçon de complaisance locale[58] — une appréciation qui lui appartient, non une mention de l'acte. Huit des témoins — Jusepe Ferrer, Pedro de Vea, Matheo Benetan, Colau Calbo, Bartholomé Sans, Jayme Pellicer, Juan Castañer et Jorge Cervera — se déclarent prêts à jurer devant Dieu, devant la Croix et sur les Quatre Saints Évangiles la vérité de ce qu'ils ont vu et entendu[59].

« Un miracle garanti par un document établi par un notaire habilité par l'État selon toutes les règles du droit et confirmé par dix témoins oculaires. » — Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, 2000, p. 112[60]

Un protocole ordinaire pour un fait extraordinaire

L'acte porte le titre Acto público milagro que se hizo en Calanda. Il est inséré comme acte numéro 22 dans le protocole notarial ordinaire de l'année 1640 (protocole Andréu, conservé aux archives municipales — Ayuntamiento — de Saragosse), un registre in-quarto de cent vingt pages relié en parchemin et contenant soixante-douze actes classés par ordre chronologique — ventes, baux, testaments, redevances. L'acte du miracle y occupe sept pages et six lignes de la suivante, soit cent cinquante et une lignes au total, muni du sceau et de la signature du notaire[61]. Cette insertion banale, au milieu d'actes de la vie ordinaire d'un village aragonais, constitue un argument documentaire fort contre l'hypothèse d'une fabrication tardive isolée : falsifier après coup un acte entier suppose de le faire concorder, dans un registre relié et daté, avec les soixante et onze autres actes de la même année.

Une chaîne indépendante du procès diocésain

L'acte de Calanda n'est pas une pièce préparatoire du futur procès diocésain : aucun témoin de Mazaleón n'est entendu au procès, et l'acte lui-même n'y est jamais mentionné. « On ne relève dans les minutes de ce procès pas le moindre élément de contradiction avec l'acte notarié dressé à chaud », note Messori, qui ne relève qu'une seule imprécision entre les deux pièces : l'acte donne à Miguel environ vingt-quatre ans, alors qu'il venait tout juste d'en avoir vingt-trois[62]. Deux chaînes documentaires distinctes, produites à quelques semaines d'intervalle par des acteurs différents, convergent donc sans avoir été harmonisées entre elles.

Dès le lendemain des faits, le justicia Martín Corellano rédige de son côté une información sumaria, un premier rapport civil destiné aux autorités supérieures d'Aragon. Ce document est aujourd'hui perdu, mais son auteur sera entendu comme dix-huitième témoin au procès diocésain, et sa transmission se laisse suivre, d'après les lettres du chapitre du Pilier de 1640 relevées par la Gran Enciclopedia Aragonesa, jusqu'au comte-duc d'Olivares et à Philippe IV[63][64].

Le dossier de Calanda repose ainsi, dès le mois d'avril 1640, sur trois chaînes documentaires produites par des acteurs distincts, à des dates rapprochées mais sans dépendance directe les unes envers les autres :

Chaîne documentaireAuteurDateStatut aujourd'hui
Rapport civil immédiat (información sumaria)Justicia Martín CorellanoEntre le 30 mars et le 2 avril 1640Perdu ; auteur entendu ensuite sous serment au procès
Acte notarié de CalandaMiguel Andréu, notaire royal de Mazaleón2 avril 1640Conservé, protocole notarial de 1640, acte n° 22
Procès diocésain de SaragosseArchevêque Pedro de Apaolaza et son tribunal5 juin 1640 - 27 avril 1641Trasunto conservé à Saragosse

Qu'une pièce ait disparu — le rapport de Corellano — n'affaiblit donc pas le dossier dans son ensemble : les deux autres chaînes, indépendantes l'une de l'autre, suffisent à documenter l'événement et sa reconnaissance canonique.

Le procès diocésain de Saragosse

Une initiative de la municipalité, non de l'Église

Le 25 avril 1640, les Pellicer se rendent à Saragosse : le professeur Estanga et ses collaborateurs reconnaissent le patient et la jambe qu'ils avaient amputée. Ce n'est cependant pas l'autorité ecclésiastique, mais la municipalité de Saragosse qui, le 8 mai 1640, demande formellement l'ouverture d'un procès — trois assesseurs et vingt-huit conseillers votant à l'unanimité, sous la conduite du maire Lupercio Díaz de Contamina, avec Felipe de Bardaxí, Gil Miguel Fuster (nommé « Gil Egidio Fuster » dans la sentence) et Miguel Ciprés comme représentants des autorités civiles[65].

Un tribunal où ne siège aucun chanoine du Pilier

Le procès s'ouvre publiquement le 5 juin 1640. L'archevêque Pedro de Apaolaza Ramírez le préside, assisté de neuf théologiens et canonistes et de quatre notaires chargés d'authentifier les actes[66]. Fait notable : aucun chanoine du Pilier — le sanctuaire directement bénéficiaire du prestige dévotionnel de l'affaire — ne siège au tribunal ; les chanoines du collège viennent de la Seo, cathédrale du siège épiscopal. Les neuf conseillers signataires de la sentence comprennent d'ailleurs un provincial franciscain (Bartolomé Foyas), un prieur (Antonio Xavierre) et des professeurs (Domingo Cebrián ; Felipe de Bardaxí, par ailleurs l'un des trois représentants de la ville)[67]. Messori y voit « une garantie supplémentaire » contre le soupçon d'un jugement rendu en faveur des intérêts propres du Pilier[68] : ce n'est pas une preuve autonome du fait surnaturel, mais un élément qui réduit sensiblement le risque de conflit d'intérêts institutionnel.

Vingt-quatre témoins, trente-trois questions, un serment répété

Vingt-quatre témoins sont sélectionnés pour couvrir l'ensemble de la chaîne factuelle, répartis en cinq catégories distinctes[69] :

Catégorie de témoinsNombreÉtape du dossier couverte
Médecins et infirmiers5Diagnostic, amputation, constat postérieur
Famille et voisins5Vie quotidienne, veillée du 29 mars, découverte
Autorités locales de Calanda4Constat de l'aube du 30 mars, enquête civile
Ecclésiastiques4Contexte dévotionnel, réputation de Miguel
Témoins divers6Recoupement de l'identité et du parcours de Miguel

Chacun répond à trente-trois questions et répète, après chaque réponse, la formule Y esto dixo ser verdad, per juramentum — « et cela, dit-il, est vérité, sous serment »[70]. Chaque déposition est relue au témoin, qui peut la corriger avant de la signer ou d'y apposer une croix, puis un notaire la scelle. Les minutes du procès nomment au total cent deux personnes. Cette architecture n'est pas accidentelle : Messori souligne que « le critère qui a présidé au choix des témoins est leur capacité à rendre compte des différentes étapes de l'histoire de Miguel Pellicer »[71] — le tribunal construit délibérément une chaîne de témoins capable de couvrir, sans rupture, l'ensemble du parcours du bénéficiaire, de l'accident de 1637 à la nuit du 29 mars 1640.

Neuf témoins pour accréditer les témoins

Le tribunal ne se contente pas de recueillir vingt-quatre dépositions : il ajoute neuf témoins d'accréditation — quatre prêtres, deux médecins, deux étudiants et un paysan — chargés, au cours de cinq audiences distinctes, de garantir la réputation et la sincérité de chacun des vingt-quatre premiers témoins, avec une formule type :

« Je considère et ai toujours considéré ce témoin comme un bon chrétien, craignant Dieu, respectueux de sa propre conscience, de bonne foi, crédible et complètement sincère. » — Formule d'accréditation citée par Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, 2000, p. 148[72]

L'identité de Miguel mise à l'épreuve

Le procès diocésain de Saragosse en cinq étapes : de la demande municipale à la sentence motivée de l'archevêque Pedro de Apaolaza. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le tribunal ne présuppose pas que l'homme examiné en 1640 est bien celui qui fut amputé en 1637 : il pose explicitement la question. Vingt-deux témoins sur vingt-quatre jurent n'avoir aucune hésitation sur le fait qu'il s'agit du même homme ; seuls deux répondent par un « me parece » (« il me semble ») prudent — le chapelain de l'hôpital et un infirmier, qui avaient peu connu Miguel avant l'amputation. Aucun témoin ne donne d'avis contraire[73]. L'hypothèse d'un jumeau ou d'une substitution de personne se heurte en outre au registre paroissial de 1617, qui ne mentionne aucun frère jumeau, dans une communauté villageoise où la famille Pellicer est connue de tous[74].

La sentence de l'archevêque Pedro de Apaolaza

Ce que le tribunal reconnaît comme prouvé, et par qui

La sentence, rendue après presque onze mois de travaux et quatorze sessions publiques et plénières — moins de treize mois après les faits[75] —, prend soin de distinguer les faits connus par Miguel seul de ceux établis par des témoignages concordants et multiples :

« Bien que quelques-uns des faits rapportés ci-devant soient déduits de la seule déposition de Miguel, il convient toutefois de les tenir pour dignes de foi [...] Mais nous ne nous trouvons pas dans une telle circonstance, attendu que le fait qui révèle le miracle est prouvé par de nombreux témoignages concordants. » — Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, 2000, p. 301[76]

La sentence renvoie d'ailleurs nommément à l'appareil probatoire précis plutôt qu'à une conviction générale : l'amputation elle-même est établie par les réponses des témoins 1, 5 et 7 aux questions 11 et 12 ; la dernière observation du moignon, la veille du fait, par les témoins 8, 9, 10, 12 et 13 en réponse aux questions 21 et 22, « qui ont vu la cicatrice de la jambe coupée et l'ont touchée et palpée de leurs propres mains »[77]. Le tribunal distingue encore, dans son dispositif, l'identité de la personne de Miguel — prouvée par les réponses à la question 29 — et l'identité de la jambe elle-même, « qui est la même que celle qu'on avait amputée » — établie par les témoins 8, 10 et 13 à la question 24, puis 5, 8 et 11 à la question 30[78]. Deux hypothèses de fraude — substitution de personne, substitution de membre — reçoivent ainsi chacune une réponse documentaire distincte, et non une réfutation globale et vague.

Restitution miraculeuse et récupération naturelle : une distinction juridique

La sentence affronte directement l'objection la plus sérieuse issue des constatations elles-mêmes : le pied d'abord instable, les nerfs et les orteils contractés, la couleur cadavérique, la jambe plus courte et plus mince, une légère douleur persistante[79].

« [Il avait] les nerfs et les doigts du pied contractés et presque inutilisables, et il ne sentait pas une chaleur normale dans sa jambe, dont la couleur était cadavérique et qui n'était ni aussi longue ni aussi grosse que l'autre ; tout cela semble contraire à l'essence du miracle […] . » — Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, 2000, p. 302-303[80]

Le tribunal répond en distinguant deux objets. D'un côté, la restitution du membre lui-même : une chose que la nature ne peut produire, ni instantanément ni progressivement, et qui constitue à elle seule le miracle. De l'autre, la récupération fonctionnelle ultérieure — chaleur, souplesse des nerfs, longueur, volume, force —, que la nature peut achever avec le temps, sans que son caractère progressif abolisse la restitution initiale :

« Ce qui est miraculeux, à savoir la restitution de sa jambe audit Miguel, s'est accompli de manière parfaite et instantanée. En ce qui concerne le reste, à savoir la chaleur, l'extension et la souplesse des nerfs, la longueur et la grosseur de la jambe, la fatigue dans l'effort, la récupération de l'énergie et de la force, il n'était pas nécessaire que tout cela advînt miraculeusement, car la nature peut l'accomplir seule. » — Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, 2000, p. 304[81]

Dans la sentence, la chronologie de cette récupération — en trois jours revient la chaleur du corps, puis se détendent les nerfs et les orteils, enfin la jambe s'allonge jusqu'à devenir aussi longue que l'autre — est rattachée à une seconde lecture, celle d'une « multiplication du miracle » : « Il a également voulu, par un autre miracle, qu'au bout de trois jours… »[82]. Le tribunal présente donc les deux lectures : achèvement naturel possible d'un côté, nouveau miracle de l'autre. Quant à la légère douleur résiduelle rapportée par Miguel, le tribunal note qu'« elle ne constitue pas non plus un obstacle » à la reconnaissance du miracle[83] : le dossier n'a donc pas besoin d'un membre parfait dès la première minute pour être cohérent — il a besoin, et il fournit, la preuve qu'un membre absent a été restitué.

La déclaration finale et sa promulgation

« Nous affirmons, prononçons et déclarons qu'à Miguel Juan Pellicer, natif de Calanda, qui a été l'objet de ce procès, a été rendue miraculeusement sa jambe droite, qui lui avait précédemment été amputée ; qu'il ne s'est point agi d'un fait de nature, mais d'une œuvre admirable et miraculeuse. » — Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, 2000, p. 306[84]

Perdre l'original ne revient pas à perdre le dossier : le trasunto notarial conservé à Saragosse est, en droit notarial aragonais, une transcription intégrale et authentifiée. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La sentence est promulguée en présence de deux prêtres témoins, Bartolomé Claudio et Francesco Aznar, et authentifiée par Antonio Alberto Zaporta, notaire et greffier apostolique du procès[85]. Les représentants civils de la municipalité, Felipe de Bardaxí, Gil Egidio Fuster (le même que le « Gil Miguel Fuster » du vote du 8 mai 1640) et Miguel Ciprés, approuvent également le document — preuve que la reconnaissance du fait ne demeure pas un acte purement ecclésiastique interne, mais engage aussi l'autorité civile qui avait demandé l'ouverture du procès[86].

La conservation du dossier : de l'original perdu au trasunto notarial

Répondre à l'objection « on ne peut plus consulter le procès aujourd'hui » exige de distinguer soigneusement plusieurs pièces, que le récit populaire confond souvent en une seule.

Dès la clôture du procès, notaires et clercs de la curie archiépiscopale établissent, le jour même ou le lendemain, deux copies authentiques de la sentence et de l'ensemble des actes : l'une pour la municipalité de Saragosse, l'autre pour le chapitre du Pilier[87]. La copie municipale disparaît en 1809, dans la destruction des archives communales lors des sièges napoléoniens de Saragosse : les Archives municipales datent ces pertes des sièges de 1809, et les Casas del Puente qui abritaient les archives brûlèrent dans les bombardements de 1809[88]. L'original, conservé à la curie métropolitaine jusqu'aux années 1930, est alors prêté au père Lambert — qui quitte l'Espagne en 1934 — et n'a jamais été retrouvé malgré les recherches entreprises[89].

Ce qui subsiste et fait aujourd'hui référence est le trasunto notarial conservé à Saragosse — « archives métropolitaines » selon Messori[90], « archivo del Pilar » selon la Gran Enciclopedia Aragonesa[91]. Dans le droit notarial espagnol de l'époque, un trasunto n'est pas une simple copie tardive recopiée par un scribe quelconque : c'est un acte juridique à part entière, établi le jour même par un notaire habilité, qui engage sa propre responsabilité professionnelle en certifiant l'identité parfaite du texte avec l'original. Autrement dit, perdre l'original du procès ne revient pas à perdre le procès lui-même, tant qu'un tel trasunto authentique subsiste — ce qui est précisément le cas ici. Le terme est défini ainsi par la tradition archivistique aragonaise : « une réplique exacte, une transcription intégrale et inaltérée de l'original, authentifiée par les soins d'un notaire dépendant directement de l'autorité dont émane l'original, et établie à la même date que celui-ci »[92]. Ce document compte soixante-trois feuillets grand format, écrits recto-verso, reproduisant l'intégralité du procès y compris l'interrogatoire complet de chaque témoin ; Martín de Mur, clerc principal du diocèse, en a écrit de sa main les premières et dernières lignes et y a apposé son sceau. Dix feuillets supplémentaires reproduisent séparément la sentence, authentifiés par le notaire Antonio Alberto Zaporta[93].

PièceStatut aujourd'huiÉlément distinctif
Original du procès (curie métropolitaine)Prêté dans les années 1930, jamais retrouvéConservé à la curie jusqu'aux années 1930
Copie municipale de SaragosseDétruite en 1809 (sièges napoléoniens)Second exemplaire authentique de 1641
Trasunto notarial conservé à SaragosseConservé63 feuillets (procès) + 10 feuillets (sentence), authentifiés par Martín de Mur et Antonio Alberto Zaporta
Copie de Calanda de 1761ConservéeRéalisée à partir du trasunto conservé à Saragosse ; sauvée pendant la guerre civile, emmurée par le maire de Calanda[94]
Éditions imprimées 1829, 1872, 1894, 1940ConservéesL'édition de 1829 porte déclarations, signatures et sceaux de deux notaires certifiant sa conformité à l'original[95]

Cette stratification n'affaiblit pas le dossier : elle en révèle au contraire la robustesse. Une copie de 1761, réalisée sur le seul trasunto conservé à Saragosse — l'original étant alors normalement disponible aux archives de la curie mais non utilisé pour cette copie —, prouve qu'au XVIIIe siècle déjà les autorités traitaient le trasunto comme juridiquement interchangeable avec l'original[96]. Trois éditions imprimées (1829, 1872, 1894) se succèdent avant la disparition de l'original, suivies d'une quatrième en 1940 — la Gran Enciclopedia Aragonesa signale aussi des rééditions en 1970 et 1974[97] —, offrant autant de points de contrôle indépendants du texte.

Une réception immédiate, en Aragon et au-delà

Deux publications de 1641 et 1642

Le chapitre du Pilier confie, au début de mai 1641 — à peine plus d'une semaine après la clôture du procès —, la rédaction d'un résumé des actes au carme déchaux Jerónimo de San José. L'opuscule, muni des autorisations requises, paraît la même année[98]. L'année suivante, un médecin allemand de Trèves, Peter Neurath, fait le voyage jusqu'en Aragon et publie en latin un ouvrage fondé sur une enquête menée sur place, notamment du point de vue médical, muni de trois imprimatur (autorisations ecclésiastiques de publier) et d'une autorisation royale[99].

Le témoignage du jésuite Jerónimo Briz

Le nihil obstat (attestation qu'aucun obstacle ne s'oppose à la publication) de l'ouvrage de Neurath porte la signature du jésuite Jerónimo Briz, qui atteste avoir personnellement connu les deux états de Miguel :

« J'ai connu le jeune miraculé, d'abord avec une jambe en moins et demandant l'aumône à la porte du sanctuaire de Saragosse, puis à Madrid [...] sur ses deux jambes ; et je l'ai vu marcher. [...] J'ai vu la cicatrice que la Très Sainte Vierge a laissée à l'endroit où la jambe a été amputée [...] J'ai connu aussi les parents du miraculé, ainsi que le chirurgien qui lui a coupé la jambe. » — Jerónimo Briz, nihil obstat cité par Vittorio Messori, Le Miracle impensable, 2000, p. 169-170[100]

Ce témoignage nommé relie en une seule phrase cinq éléments du dossier : l'état amputé, l'état postérieur, la cicatrice, la famille et le chirurgien. Briz était du reste le frère du recteur du sanctuaire du Pilier à l'époque du procès[101] — un lien avec le sanctuaire à garder à l'esprit, même si son témoignage porte sur des faits qu'il dit avoir constatés lui-même.

L'audience devant Philippe IV

À l'automne 1641, Miguel est reçu en audience par le roi Philippe IV. Le corps diplomatique assiste à l'entretien, si bien que l'événement laisse une trace extérieure à l'Espagne catholique : l'ambassadeur d'Angleterre, sir Arthur Hopton — fait chevalier le 2 février 1638, jamais pair —, en rend compte à son roi Charles Ier dans un rapport diplomatique ; le contenu de cette dépêche n'est rapporté que par Messori[102][103]. Messori précise que le dialogue détaillé parfois reproduit dans des récits postérieurs relève d'une reconstruction littéraire fondée sur des faits documentés, et non d'un procès-verbal mot pour mot de l'entrevue[104].

Le tableau de 1654

Le sanctuaire du Pilier de Saragosse : Miguel y mendia, amputé, dans l'église gothico-mudéjare antérieure à la basilique actuelle (commencée en 1681), à la chapelle Notre-Dame de l'Espérance. Photo Leronich, 2009, Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

Treize ans seulement après la conclusion du procès, une inscription sur toile atteste qu'un tableau est peint en 1654, représentant la restitution de la jambe par deux anges. Commandé pour l'église de Nombrevilla, il est aujourd'hui conservé au Pilier[105]. Ce tableau documente la réception précoce du récit dans l'iconographie religieuse aragonaise ; il ne prétend pas documenter l'événement lui-même.

Une monographie longtemps restée confidentielle

L'acceptation des Bollandistes

Le dossier de Calanda n'a pas seulement circulé dans la dévotion populaire aragonaise : en 1729, il est accueilli dans les Acta Sanctorum (tome VI de juillet, Anvers, Jacobus du Moulin), dont l'index renvoie à « Pellicer (Michael Joannes) crus abscissum ope Deiparæ Cæsaraugustanæ recepit 117 & seqq. » et à « Brizius (Hieronymus) S. J. … 118 »[106]. Il a ainsi été soumis à l'examen des Bollandistes, la société savante jésuite spécialisée depuis le XVIIe siècle dans la critique historique des vies de saints et des miracles. Leur conclusion, rapportée par Messori, est sans détour :

« Que peut désirer de plus une personne même extrêmement circonspecte pour accorder son crédit ? » — Conclusion des Bollandistes sur Calanda, citée par Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, 2000, p. 238[107]

Cette acceptation par une autorité critique catholique, habituée à écarter des dossiers de dévotion mal étayés, ajoute un filtre supplémentaire à celui du procès diocésain lui-même.

Une redécouverte au XXe siècle

Après les publications de 1641 et 1642, le dossier connaît une diffusion internationale restée limitée : il demeure surtout connu en Aragon, autour du sanctuaire du Pilier, sans jamais atteindre la notoriété d'un Lourdes ou d'un Fatima. Sa reconstitution moderne doit beaucoup à une poignée de chercheurs du XXe siècle qui rouvrent et recoupent les pièces d'archive : Eduardo Estella Zalaya, Leandro Aína Naval, Manuel Marina et Tomás Domingo Pérez — auteur de El milagro de Calanda y sus fuentes históricas (2006)[108] — sont les principaux relais archivistiques cités par Messori, aux côtés du livre de vulgarisation publié en 1959 par l'abbé français André Deroo[109]. Messori lui-même revendique, pour son enquête, une consultation directe des pièces à Saragosse plutôt qu'une simple compilation de seconde main :

« J'ai surtout pu ressentir l'émotion de tenir entre mes mains et de déchiffrer de mes yeux les minutes originales du procès […] . » — Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, 2000, p. 63[110]

Cette chaîne de transmission — opuscule contemporain de 1641, traductions de l'ouvrage de Neurath (Douai 1642, Innsbruck 1645, Münster 1648)[111], relais du XVIIIe siècle (Retz 1717, Acta Sanctorum 1729, Hume 1748), éditions espagnoles du XIXe siècle, puis redécouverte archivistique du XXe siècle —, soit un écho resté faible hors d'Espagne[112], explique pourquoi un dossier aussi complet reste, aujourd'hui encore, largement ignoré hors d'Espagne et des milieux spécialisés dans l'étude critique des miracles.

Que devint Miguel Juan Pellicer ?

Traces d'une vie ordinaire (1641-1647)

Les archives permettent de suivre Miguel jusqu'en 1647. Il est parrain à Molinos en 1641, voyage à Castellón puis à Valence en 1642, redevient parrain en 1643 et 1645. En 1646, il demande avec son père une autorisation de sépulture, jamais utilisée. Des lettres écrites depuis Majorque entre novembre 1646 et février 1647 évoquent des « légèretés » non précisées et une demande de tuteur[113]. Le dossier ne cherche pas à idéaliser la suite de la vie de Miguel : il se contente de ce que les archives permettent réellement de dire, sans en tirer de conclusion morale que les documents ne fournissent pas.

Une légende réfutée : la « pendaison » de Pampelune

Une rumeur tardive prétend que Miguel aurait fini pendu à Pampelune. La commune de Calanda envoya elle-même une délégation enquêter sur place : « les recherches ont formellement discrédité cette rumeur aussi sinistre que fantaisiste »[114]. Une explication plausible avancée par Messori est la confusion entre Pamplona (Pampelune) et Palma de Majorque, où un compagnon de voyage de Miguel fut effectivement emprisonné[115].

Une mort probable à Velilla de Ebro (1647)

Le registre paroissial de Velilla de Ebro, daté du 12 septembre 1647, porte cette mention :

« Aujourd'hui est mort Miguel Pellicer, qui se disait natif de Calanda et qu'on a transporté ici d'Alforque, plus mort que vif. » — Registre paroissial de Velilla de Ebro, 12 septembre 1647, cité par Vittorio Messori, Le Miracle impensable, 2000, p. 214[116]

Les dernières traces archivistiques de Miguel Pellicer, de Calanda à Velilla de Ebro où un homme se disant natif de Calanda meurt le 12 septembre 1647. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le curé Nicolás Portal atteste l'avoir confessé et lui avoir donné l'extrême-onction ; une annotation marginale, d'une main ancienne mais postérieure à l'acte, propose d'identifier ce mourant au miraculé de Calanda. L'identification est jugée probable par la tradition qui a transmis le dossier, sans être absolument certaine : Miguel Juan Pellicer meurt donc probablement à Velilla de Ebro le 12 septembre 1647, plus de sept ans après la nuit de Calanda (sept ans et cinq mois et demi).

Objections modernes et réponses du dossier

Un dossier vieux de près de quatre siècles appelle des objections sérieuses. Les traiter une à une, à partir des pièces elles-mêmes plutôt qu'à partir d'impressions générales, est la seule manière honnête de mesurer sa solidité réelle.

Objection 1 — « Miguel Pellicer n'a peut-être jamais été amputé »

Réponse. L'hypothèse doit expliquer comment un jeune homme aurait pu tromper durant deux ans une équipe médicale nommée, les aubergistes qui le logeaient, et une population urbaine de 25 000 habitants qui le côtoyait quotidiennement au Pilier. Le procès examine spécifiquement cette question : les témoins 1, 5 et 7 — dont Estanga, García et del Cacho — déposent sur l'amputation elle-même en réponse aux questions 11 et 12[117]. L'amputation de Miguel n'est donc pas affirmée sur la seule foi du récit familial : elle est établie par ces dépositions et par des témoins extérieurs à la famille. Le seul registre hospitalier cité au dossier, l'admission à l'Hospital Real de Valence du 3 août 1637, est quant à lui antérieur à l'amputation elle-même[118].

Objection 2 — « Un autre homme aurait pris sa place, ou tout n'est qu'une confusion nocturne »

Réponse. La dernière observation directe du moignon a lieu moins de deux heures avant la découverte — la sentence précise « une heure avant que ledit Miguel … se retirât pour dormir »[119] —, par des voisins qui le voient et le touchent[120]. La sentence pose explicitement la question de l'identité de la personne — question 29 — et celle de l'identité de la jambe — questions 24 et 30 —, comme deux problèmes distincts à prouver séparément[121]. Vingt-deux témoins sur vingt-quatre jurent sans hésitation reconnaître le même homme[122], et l'hypothèse d'un frère jumeau se heurte au registre paroissial de 1617, muet sur toute naissance gémellaire, dans un village où la famille Pellicer est connue de tous[123].

Objection 3 — « Il s'agissait d'une prothèse habile, pas d'un vrai membre »

Réponse. Une prothèse ne saurait expliquer le coup de lancette donné par un médecin de village dans la jambe retrouvée, pendant le pèlerinage de fin avril 1640 — après lequel Miguel boita plusieurs jours, d'après la déposition d'Estanga[124] —, ni que le membre change d'aspect au fil des mois — allongement, prise de volume du mollet, disparition progressive de la différence de coloration[125]. Messori résume l'objection à sa juste mesure : « une prothèse qui au fil des mois change d'aspect et prend lentement et progressivement la forme, la couleur et le volume de l'autre jambe » n'est plus, par définition, une prothèse[126].

Objection 4 — « Toute l'affaire est une fraude concertée entre la famille et le clergé local »

Réponse. Trois éléments rendent cette hypothèse coûteuse à soutenir. D'abord, ce n'est pas l'Église mais la municipalité de Saragosse qui demande l'ouverture du procès[127]. Ensuite, aucun chanoine du Pilier ne siège au tribunal : les chanoines du collège viennent de la Seo, cathédrale du siège, aux côtés de réguliers et de professeurs[128]. Enfin, l'acte notarié du 2 avril nomme dix témoins — dont trois de Calanda et quatre certainement extérieurs —, dans un document rédigé plusieurs semaines avant l'ouverture du procès diocésain et qui n'a jamais servi de pièce à ce dernier[129][130]. Une fraude concertée devrait donc avoir mobilisé, sans faille détectable ni contradiction relevée par un tribunal contradictoire, des acteurs municipaux, ecclésiastiques rivaux et notariaux indépendants, sur plus d'une année. À cela s'ajoute un indice contextuel, non une pièce probatoire autonome : dans l'Espagne du XVIIe siècle où l'Inquisition surveillait activement les dévotions populaires et les prétentions au surnaturel, aucune intervention inquisitoriale n'est venue interrompre la diffusion du dossier, la publication des opuscules de 1641 et 1642, ni la vénération qui en est née à Saragosse[131].

Objection 5 — « L'original du procès a disparu, donc le dossier ne vaut plus rien »

Réponse. Cette objection confond plusieurs pièces distinctes. L'original de la curie, prêté dans les années 1930, n'a jamais été retrouvé ; la copie municipale a brûlé en 1809 ; mais le trasunto notarial conservé à Saragosse est, par définition juridique, une transcription intégrale et authentifiée, établie à la même date que l'original, par un notaire dépendant de la même autorité[132]. Trois éditions imprimées (1829 — notariée —, 1872, 1894) précèdent en outre la disparition de l'original, et une quatrième paraît en 1940[133] : autant de vérifications indépendantes.

Objection 6 — « La jambe n'était pas parfaite dès le premier jour, donc ce n'est pas un vrai miracle »

Réponse. C'est le tribunal lui-même qui formule cette objection avant d'y répondre, sans la dissimuler[134]. Sa réponse distingue la restitution du membre — impossible à la nature, instantanément ou progressivement — de la récupération de ses fonctions — chaleur, souplesse, longueur, volume —, que la nature peut achever avec le temps[135]. Exiger qu'un membre restitué soit immédiatement identique en tout point à l'autre revient à confondre deux questions différentes : celle de l'existence du membre, et celle de sa pleine convalescence.

Objection 7 — « Le cardinal de Retz et David Hume ont depuis longtemps discrédité ce cas »

Réponse. Le cardinal de Retz affirme, dans ses Mémoires rédigés à partir de 1665 et publiés en 1717, avoir vu à Saragosse en 1654 un homme désormais pourvu de ses deux jambes. Mais son récit, écrit sans notes onze ans après une visite unique, situe implicitement le miracle à Saragosse, confond les fêtes liturgiques et attribue à l'amputation une durée de sept ans, très supérieure aux deux ans et demi réels[136]. Certaines éditions anciennes ont même inséré dans son texte le mot « prétendu » — « ce prétendu miracle » —, absent de l'édition critique de 1837[137]. C'est précisément sur cette version interpolée que s'appuie David Hume lorsqu'il évoque, dans le corps de la section X (2e partie, § 10.26) de son Enquête sur l'entendement humain, le cas d'un portier (« door-keeper ») aragonais ayant servi sept ans : sa source unique est Retz, non le dossier judiciaire lui-même[138]. Aucune note de la section ne concerne ce passage. La maxime générale de Hume mérite d'être citée dans ses propres termes :

« Aucun témoignage n'est suffisant pour établir un miracle, à moins que ce témoignage ne soit d'une nature telle que sa fausseté serait plus miraculeuse que le fait qu'il cherche à établir. » — David Hume, An Enquiry Concerning Human Understanding, section X, 1748[139]

Le principe de Hume est une thèse philosophique générale sur le poids relatif des témoignages, discutable en elle-même ; mais appliquée au cas de Calanda, elle exigerait de tenir pour plus probable la fausseté concertée d'un acte notarié, de vingt-quatre dépositions sous serment et d'une sentence motivée que le fait qu'elles établissent — alors que Hume ne discute jamais ces pièces, seulement le récit fautif d'un cardinal qui n'a jamais consulté le dossier (voir Qu'est-ce qu'un miracle ?, « Les limites de l'argument huméen »).

Objection 8 — « La fosse où fut enterrée la jambe s'est révélée vide, ce qui prouve une manipulation »

Réponse. Un journal de l'époque, l'Aviso Histórico du 4 juin 1640, rapporte que la fosse initiale ne contenait plus aucune trace du membre[140]. C'est un élément spectaculaire, mais c'est une information de presse contemporaine, non un protocole d'exhumation médico-légal détaillant qui a creusé, quand et devant quels témoins qualifiés. Le dossier de Calanda ne repose pas sur cette fosse : il repose sur la chaîne complète — amputation attestée, mendicité publique de deux ans, dernière observation du moignon, acte notarié à chaud, procès contradictoire et sentence motivée. La fosse vide est une pièce d'ambiance, non le pilier de la démonstration.

Synthèse des objections et de leurs réponses documentaires

ObjectionPièce qui y répond
Miguel n'a jamais été amputéDépositions des témoins 1, 5 et 7, équipe médicale nommée, deux ans de mendicité publique
Substitution de personneDernière observation du moignon moins de deux heures avant la découverte, 22 témoins sur 24 sans hésitation, registre de 1617
Prothèse habileCoup de lancette et boiterie de plusieurs jours (fin avril 1640), évolution biologique du membre sur plusieurs mois
Fraude concertée famille/clergéInitiative municipale du procès, aucun chanoine du Pilier au tribunal, acte notarié indépendant et antérieur
Original du procès disparuTrasunto notarial authentifié, trois éditions imprimées avant la disparition de l'original (1829, 1872, 1894), une en 1940
Jambe imparfaite au premier jourDistinction sentencielle entre restitution du membre et récupération fonctionnelle
Retz et Hume ont réfuté le casSource unique de Hume : le récit tardif et interpolé de Retz, jamais le dossier judiciaire
Fosse vide non probanteÉlément de presse contemporain, non pilier de la démonstration

Que conclure du dossier de Calanda ?

Le miracle de Calanda n'est pas un fait reproductible en laboratoire : aucune investigation moderne ne pourra jamais ausculter, avec l'imagerie médicale d'aujourd'hui, une jambe restituée en 1640. Mais il n'a pas non plus à être jugé selon ce standard, qu'aucune archive du XVIIe siècle ne pouvait fournir. Il doit être évalué comme on évalue un dossier historique et judiciaire : proximité des témoins avec les faits, publicité de l'infirmité avant le prodige, pluralité de chaînes documentaires indépendantes, contradiction — ou son absence — entre ces chaînes, et rigueur de la procédure qui les a examinées.

De ce point de vue, Calanda occupe une place singulière parmi les miracles catholiques anciens. La plupart des guérisons rapportées portent sur une maladie interne, où subsiste toujours la possibilité théorique d'un diagnostic erroné ou d'une rémission spontanée mal comprise par la médecine de l'époque. Ici, l'objet du miracle est la restitution d'un membre amputé et enterré — un fait qui ne laisse place à aucune ambiguïté diagnostique, et dont l'absence pendant deux ans a été constatée par toute une ville avant le prodige. La combinaison d'un acte notarié rédigé à chaud, indépendant et matériellement banal dans sa forme, et d'un procès contradictoire mené sous serment par un tribunal où ne siège aucun chanoine du sanctuaire bénéficiaire, donne à ce dossier une densité documentaire rare pour son époque.

Pour la foi catholique, le sens du miracle ne se réduit pas à une curiosité anatomique. La restitution d'un membre concret, marqué par une histoire personnelle — cicatrices, morsure de chien, kyste excisé —, s'inscrit dans une théologie du corps où Dieu ne sauve pas une âme désincarnée, mais une personne tout entière, corps compris. L'Église catholique croit à la résurrection de la chair : non l'attribution d'un corps anonyme, mais la restauration du corps propre à chacun. Le miracle de Calanda, reconnu par la sentence du 27 avril 1641, anticipe cette espérance — le signe que Dieu ne méprise pas la matière blessée, historique, marquée par l'accident et le travail d'une vie.

Comparé aux dossiers apologétiques les plus étudiés — les guérisons de Lourdes, soumises depuis 1883 à un Bureau Médical permanent, ou le miracle du soleil de Fatima, observé simultanément par des dizaines de milliers de témoins —, Calanda occupe une place à part : il ne dispose ni d'un comité médical moderne, ni d'une foule de témoins oculaires du fait lui-même. Sa force propre est ailleurs, dans la rapidité et l'indépendance de sa documentation judiciaire : un acte notarié dressé en trois jours, un procès contradictoire ouvert en dix semaines à l'initiative d'une autorité civile, et une sentence motivée qui distingue elle-même, avec une précision presque moderne, ce qui repose sur la seule déposition de Miguel de ce qu'établissent de nombreux témoins.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 69-70 et 147.

    1 14 22 23 26
  2. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 94, citant la déposition de María Blasco.

    2 18 41
  3. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 112-113.

    3 19 55 56 60
  4. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 137-143.

    4 20 66 131
  5. Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 306.

    5 21 84
  6. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 145 et 149.

    6 69 71
  7. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 164.

    7 12 90 92 132
  8. Gran Enciclopedia Aragonesa, article « Milagro de Calanda » : traductions de l'ouvrage de Neurath (Douai 1642, Innsbruck 1645, Münster 1648), lettres du chapitre du Pilier de 1640, « archivo del Pilar », éditions signalées jusqu'en 1970 et 1974, « por las aliagas del monte ».

    8 52 64 91 97 111
  9. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 80.

    9 17 34
  10. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 135-136.

    10 65 127
  11. Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, traduite et citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 157-158.

    11
  12. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 161-162.

    13 89
  13. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 74.

    15 27
  14. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 78 (« vers la mi-octobre ») et résumé p. 24 (« à la fin d'octobre 1637 ») ; repris par Bouflet, p. 75 (« à la fin du mois d'octobre 1637 »).

    16 31
  15. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 72.

    24 25
  16. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 75-76 (voyage de plus de cinquante jours effectué par charité ; registre d'admission de l'Hospital Real de Valence, 3 août 1637).

    28 29 118
  17. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 77.

    30
  18. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 78.

    32 54
  19. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 79.

    33
  20. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 301, citant la sentence de Pedro de Apaolaza du 27 avril 1641.

    35
  21. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 82.

    36
  22. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 84-86.

    37 38 39
  23. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 92-93.

    40 120
  24. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 96.

    42
  25. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 101-102, citant la déposition de Miguel Escobedo.

    43
  26. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 103-104, citant André Deroo.

    44 45
  27. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 105, citant les dépositions de juin 1640.

    46 47 125
  28. Acte notarié de Miguel Andréu, Calanda, 2 avril 1640, traduit dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 294-295.

    48 49 50 53
  29. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 98-99.

    51
  30. Acte notarié de Miguel Andréu, Calanda, 2 avril 1640, traduit dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 293-294.

    57 59 130
  31. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 117.

    58
  32. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 124.

    61
  33. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 123-127.

    62 129
  34. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 129-130.

    63
  35. Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 307.

    67 85 86
  36. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 154.

    68 128
  37. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 144.

    70
  38. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 148-149.

    72 126
  39. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 146.

    73 122
  40. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 147.

    74 123
  41. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 157.

    75
  42. Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 301.

    76
  43. Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 298.

    77 117 119
  44. Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 299.

    78 121
  45. Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 302-303.

    79 80 134
  46. Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 304.

    81 135
  47. Pedro de Apaolaza, sentence du 27 avril 1641, citée dans Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 305.

    82 83
  48. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 160.

    87
  49. Archives municipales de Saragosse : pertes datées des sièges napoléoniens de 1809 ; les Casas del Puente, qui abritaient les archives, brûlèrent dans les bombardements de 1809.

    88
  50. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 164-165.

    93
  51. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 166-167.

    94 96
  52. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 163.

    95 133
  53. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 168.

    98
  54. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 169-170, citant le nihil obstat de Jerónimo Briz.

    99 100 101
  55. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 183.

    102 104
  56. Sir Arthur Hopton (v. 1588-1650), agent résident d'Angleterre à Madrid (1630-1636) puis ambassadeur (1638-1645), fait chevalier le 2 février 1638, jamais pair ; la baronnie Hopton (1643) est celle de son neveu Ralph.

    103
  57. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 176.

    105
  58. Conclusion des Bollandistes sur Calanda, citée par Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 238 ; Acta Sanctorum Julii t. VI (Anvers, Jacobus du Moulin, 1729), p. 117 sq. ; index : « Pellicer (Michael Joannes) crus abscissum ope Deiparæ Cæsaraugustanæ recepit 117 & seqq. » et « Brizius (Hieronymus) S. J. … 118 ».

    106
  59. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 238, citant la conclusion des Bollandistes.

    107
  60. Tomás Domingo Pérez, El milagro de Calanda y sus fuentes históricas, 2006.

    108
  61. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 62-65.

    109 110
  62. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 234-237.

    112
  63. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 195 et 201-204.

    113 114
  64. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 203-204.

    115
  65. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 214, citant le registre paroissial de Velilla de Ebro.

    116
  66. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 134 et 147, citant la déposition d'Estanga (coup de lancette dans la jambe retrouvée, pèlerinage de fin avril 1640).

    124
  67. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 206-210, citant les Mémoires du cardinal de Retz.

    136
  68. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 211.

    137
  69. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 239-240.

    138
  70. David Hume, An Enquiry Concerning Human Understanding, section X, « Of Miracles », 1748. Texte original : « No testimony is sufficient to establish a miracle, unless the testimony be of such a kind, that its falsehood would be more miraculous, than the fact, which it endeavours to establish. » Texte accessible via Project Gutenberg.

    139
  71. Vittorio Messori, Le Miracle impensable, trad. François Rosso, Groupe Fleurus-Mame, Paris, 2000, p. 99, citant l'Aviso Histórico du 4 juin 1640.

    140