Saint André Dung-Lac (André Dũng-Lạc) et les 117 martyrs du Viêt-Nam sont un groupe de saints catholiques exécutés pour la foi en Indochine entre 1745 et 1862. Prêtre vietnamien, André Dũng-Lạc fut décapité le 21 décembre 1839 à Hanoï ; son nom fut choisi par le Saint-Siège pour tête de file du groupe. Le 19 juin 1988, le pape saint Jean-Paul II les a canonisés ensemble, et l'Église universelle les fête le 24 novembre.[1][2]
Le groupe réunit 96 Vietnamiens, 11 Espagnols et 10 Français : prêtres, séminariste, catéchistes et laïcs, dont une seule femme, Agnès Lê Thị Thanh, tuée pour avoir hébergé un prêtre. Les supplices furent variés : décapitation, strangulation, bûcher, écartèlement, mort en prison sous la torture.[3]
Des missionnaires et des fidèles face aux édits impériaux
L'implantation missionnaire au Viêt-Nam
La prédication chrétienne s'enracine au Viêt-Nam dès la fin du XVIe siècle, puis s'organise avec les missionnaires jésuites, dont Alexandre de Rhodes, actif dès 1627. La conversion de nombreux fidèles, prêtres et catéchistes locaux produit rapidement une Église indigène.[4]
Dès 1630, des édits impériaux interdisent la religion catholique. La première grande figure martyriale du pays est André de Phú Yên, jeune catéchiste décapité le 26 juillet 1644 ; il a été béatifié le 5 mars 2000 par le pape saint Jean-Paul II, et n'appartient pas au groupe des 117.[5]
Les persécutions du XIXe siècle
Les exécutions massives du groupe des 117 se concentrent surtout sous les règnes de Minh Mạng (1820-1841) et de Tự Đức. Selon le décompte transmis par les sources du Saint-Siège et les notices modernes, les 117 martyrs moururent entre 1745 et 1862 : deux sous Trịnh Doanh, deux sous Trịnh Sâm, deux sous Cảnh Thịnh, 58 sous Minh Mạng, trois sous Thiệu Trị et 50 sous Tự Đức.[6]
L'objectif des autorités n'était pas seulement d'expulser les prêtres étrangers : il visait à extirper la foi des élites et du peuple. Les chrétiens qui refusaient de fouler aux pieds une image du Christ ou de la Vierge, de renier leur baptême ou de livrer un prêtre étaient arrêtés, torturés, puis exécutés ou laissés mourir en prison.[7]
Les modes de supplice relevés pour le groupe sont les suivants : 75 décapités, 22 étranglés, 6 brûlés vifs, 5 écartelés et 9 morts en prison des suites de tortures. Joseph Marchand, missionnaire des Missions étrangères de Paris, subit en 1835 le « supplice des cent plaies » avant d'être décapité.[8]
Qui sont les 117 ?
| Catégorie | Nombre | Détails |
|---|---|---|
| Vietnamiens | 96 | 37 prêtres (dont 11 dominicains), 1 séminariste, 16 catéchistes, 42 laïcs |
| Espagnols | 11 | 6 évêques, 5 prêtres dominicains |
| Français | 10 | 2 évêques, 8 prêtres des Missions étrangères de Paris |
| Femmes | 1 | Agnès Lê Thị Thanh, exécutée pour avoir hébergé un prêtre |
Ce n'est donc pas un « groupe de prêtres étrangers » : la grande majorité des martyrs sont des Vietnamiens, prêtres, catéchistes ou laïcs, souvent de simples villageois.[9][10]
Saint André Dũng-Lạc, prêtre vietnamien
Un enfant du Bắc Ninh devenu prêtre
Trần An Dũng naît en 1795 dans la province de Bắc Ninh, au nord du Viêt-Nam. Vers l'âge de douze ans, sa famille s'installe à Hanoï. Un catéchiste le prend sous sa protection, l'instruit dans la foi et le fait baptiser sous le nom d'Anrê (André) Dũng.[11]
Il est ordonné prêtre le 15 mars 1823. Son ministère se déroule dans un contexte où le catholicisme est déjà proscrit : il exerce dans la discrétion, catéchise, administre les sacrements, risque chaque jour l'arrestation.[12]
Arrestations, rançon, nouveau nom
En 1835, il est arrêté. Des fidèles le rançonnent pour le faire libérer. À cette occasion, on lui ajoute le nom de Lạc, d'où le nom complet André Dũng-Lạc qu'on lui connaît aujourd'hui.[13]
Il est de nouveau saisi en 1839, en même temps que le prêtre Pierre Thí (Pierre Thi). Tous deux sont relâchés une première fois, puis réarrêtés. Ils subissent la torture, refusent de renier la foi, et sont décapités le 21 décembre 1839 à Hanoï.[14]
Devant les tribunaux et sous la torture, les martyrs confessèrent le Christ et refusèrent de fouler aux pieds la croix ou de renier leur baptême : c'est le trait constant que les notices du Saint-Siège et les historiens du Viêt-Nam chrétien retiennent de leurs interrogatoires.[15]
La date du 21 décembre reste la date propre d'André Dũng-Lạc dans le martyrologe ; la fête commune des 117 martyrs a été fixée au 24 novembre.[16]
Canonisation, patronat et mémoire liturgique
Quatre séries de béatifications
Le procès des martyrs d'Indochine a été conduit par séries. Les sources modernes retiennent généralement :
| Événement | Date | Pape |
|---|---|---|
| Béatification (1re série) | 27 mai 1900 | Léon XIII |
| Béatification (2e série) | 20 mai 1906 | Pie X |
| Béatification (3e série) | 2 mai 1909 | Pie X |
| Béatification (4e série) | 28-29 avril 1951 | Pie XII (25 autres martyrs) |
Certaines notices propres à André Dũng-Lạc signalent aussi la date du 21 novembre 1900 ; cette variante est liée au calendrier des célébrations romaines de la première béatification. La date canonique la plus souvent retenue pour la série de Léon XIII est le 27 mai 1900.[17][18]
Canonisation du 19 juin 1988
Le 19 juin 1988, à Rome, le pape saint Jean-Paul II a canonisé ensemble André Dũng-Lạc et ses 116 compagnons. Une seule fête commune leur est assignée : le 24 novembre. Les dates propres de certains martyrs subsistent dans le martyrologe romain (par exemple le 21 décembre pour André Dũng-Lạc, le 10 décembre pour d'autres compagnons de Hanoï).[19][20]
Patrons du Viêt-Nam
Le 14 décembre 1990, par la lettre apostolique Si quidem cunctis, le pape saint Jean-Paul II a proclamé les saints martyrs du Viêt-Nam patrons principaux du pays devant Dieu. Leur mémoire est pour l'Église vietnamienne une référence permanente de fidélité baptismale sous la persécution.[21]
Calendrier et usage pastoral
La fête du 24 novembre figure au calendrier romain général pour la mémoire des 117 martyrs du Viêt-Nam, sous la conduite d'André Dung-Lac, prêtre. Dans la pastorale, on recommande de ne pas réduire la journée à un « saint du jour » symbolique : elle célèbre une Église locale qui a livré un témoignage sanglant, avec des prêtres, des catéchistes et de simples fidèles.[22]
Iconographie et postérité spirituelle
L'iconographie des martyrs du Viêt-Nam représente souvent André Dũng-Lạc en prêtre, avec la palme du martyre ou une croix, parfois entouré de ses compagnons. Certains groupes sont peints dans le costume de l'époque, d'autres dans un habit liturgique plus ancien.[23]
La spiritualité qui se dégage de leur martyre est celle de la fidélité baptismale jusqu'au sang, vécue non par des moines ou des ermites, mais par des prêtres diocésains, des catéchistes, des paysans, des femmes de la famille. Leur exemple est invoqué pour la persévérance des chrétiens persécutés, la vocation sacerdotale au Viêt-Nam et la communion entre Églises locales et missionnaires.
Les Missions étrangères de Paris, l'ordre des Prêcheurs (dominicains) et l'Église du Viêt-Nam conservent leur mémoire avec des pèlerinages, des messes votives et des récits de martyrs transmis dans les familles. Des ouvrages de référence modernes, comme ceux de Guy-Marie Oury et de Jean Maïs, documentent cette histoire à partir des sources missionnaires et vietnamiennes.[24][25]
Pour aller plus loin
- Saint Jean de Brébeuf et compagnons : autres martyrs missionnaires, fêtés le 19 octobre, dont la mémoire rejoint celle des martyrs d'Indochine.
- Les martyrs de Ceuta : autre groupe de martyrs, fêté le 10 octobre, qui illustre la fidélité jusqu'au sang.
- Saint Paul de la Croix : fondateur des Passionnistes, dont la spiritualité de la Passion du Christ éclaire le martyre.
Notes et références
Wikipédia (FR), « Martyrs du Viêt-Nam » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique : groupe de 117 saints catholiques (Các Thánh Tử đạo Việt Nam), aussi appelés martyrs du Tonkin, d'Annam, d'Indochine ; exécutés entre 1745 et 1862 ; 96 Vietnamiens, 11 Espagnols, 10 Français ; 37 prêtres vietnamiens (dont 11 dominicains), 1 séminariste, 16 catéchistes, 42 laïcs ; une seule femme, Agnès Lê Thị Thanh ; répartition par règne (2 sous Trịnh Doanh, 2 sous Trịnh Sâm, 2 sous Cảnh Thịnh, 58 sous Minh Mạng, 3 sous Thiệu Trị, 50 sous Tự Đức) ; béatifications en quatre séries (1900, 1906, 1909, 1951) ; canonisation le 19 juin 1988 par Jean-Paul II ; fête commune le 24 novembre ; patrons du Viêt-Nam le 14 décembre 1990 (lettre apostolique Si quidem cunctis). Consultée le 11 octobre 2026.
1 4 6 9 18 19 21Wikipédia (EN), « Andrew Dung-Lac » : en.wikipedia.org. Biographie : né Trần An Dũng en 1795 à Bắc Ninh ; famille installée à Hanoï vers l'âge de 12 ans ; instruit par un catéchiste ; baptisé Anrê Dũng ; ordonné prêtre le 15 mars 1823 ; arrêté en 1835, rançonné, nom supplémentaire Lạc ; saisi de nouveau en 1839 avec le prêtre Pierre Thí ; tous deux réarrêtés, torturés, décapités le 21 décembre 1839 à Hanoï ; béatifié (la notice signale une célébration de 1900) ; canonisé le 19 juin 1988 par Jean-Paul II avec 116 compagnons ; fête le 24 novembre ; premier martyr vietnamien André de Phú Yên décapité le 26 juillet 1644, béatifié le 5 mars 2000 (hors du groupe des 117). Consultée le 11 octobre 2026.
2 5 11 12 13 14 16 17 23Saint-Siège, documents et homélies concernant les martyrs du Viêt-Nam, en particulier les décrets de béatification et l'homélie de canonisation du 19 juin 1988 par le pape Jean-Paul II. Contenu transmis par les notices modernes : modes de supplice du groupe (75 décapités, 22 étranglés, 6 brûlés, 5 écartelés, 9 morts en prison) ; supplice de Joseph Marchand (« supplice des cent plaies » puis décapitation, 1835) ; fidélité des martyrs refusant de fouler aux pieds une image sacrée ou de renier le baptême. L'homélie romaine en langue française n'a pas pu être récupérée directement pendant la production (accès web limité) ; les données ci-dessus proviennent des notices qui la répercutent.
3 7 8 10 15 20 22Oury, Guy-Marie, Le Vietnam des martyrs et des saints, Paris, Fayard, 1988. Ouvrage de référence en langue française sur l'histoire chrétienne du Viêt-Nam et sur les martyrs, cité par les notices modernes.
24Maïs, Jean, Pourquoi sont-ils morts ?, 1988. Enquête et spiritualité autour des martyrs d'Indochine, citée par les notices modernes.
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