Saint Jean de Brébeuf (1593-1649)

Saint Jean de Brébeuf, jésuite normand et « géant » des missions huronnes, apprit la langue wendat au point d'en composer le premier livre imprimé. Supplicié par les Iroquois en 1649, ce maître de la spiritualité du martyre est l'un des huit Martyrs canadiens, patron du Canada.

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Jean de Brébeuf (1593-1649) est un prêtre jésuite normand, missionnaire de la Nouvelle-France et l'une des plus grandes figures de l'évangélisation de l'Amérique du Nord. Géant de stature comme de zèle, il consacra plus de vingt ans à vivre parmi les Hurons-Wendats, dont il apprit la langue au point d'en composer le premier livre imprimé, un catéchisme.[1][2]

Les Hurons l'appelaient Échon. Pendant que ses Relations faisaient connaître à l'Europe les mœurs des nations amérindiennes, Brébeuf menait une vie intérieure d'une intensité brûlante : visions, extases, et un vœu héroïque de ne jamais refuser la grâce du martyre. Ce vœu fut exaucé. Le 16 mars 1649, lors de la destruction de la Huronie par les Iroquois, il fut capturé à la mission Saint-Louis puis conduit à Saint-Ignace et soumis, avec le jeune père Gabriel Lalemant, à un supplice d'une atrocité que les témoins eux-mêmes peinèrent à décrire.[3][4]

Sa mort fut une victoire. Le sang versé en Huronie devint, selon le vieux mot de Tertullien, semence de chrétiens : une génération plus tard, ce sang des martyrs portera son fruit chez les Mohawks avec la première sainte amérindienne, Kateri Tekakwitha. Béatifié en 1925 puis canonisé le 29 juin 1930 par Pie XI, Jean de Brébeuf est l'un des huit Martyrs canadiens et fut proclamé patron secondaire du Canada en 1940.[5][6] Sa fête se célèbre le 26 septembre au Canada et le 19 octobre au calendrier romain.[7]

Un Normand entré chez les jésuites (1593-1625)

Une naissance à Condé-sur-Vire

Jean de Brébeuf naît le 25 mars 1593 — fête de l'Annonciation — à Condé-sur-Vire, en Basse-Normandie, dans une famille de la petite noblesse terrienne du Cotentin.[8][9] La tradition rattache son lignage à celui des Brébeuf venus d'Angleterre avec les Normands ; un de ses parents, dit-on, aurait combattu à Hastings. De cette souche rurale, le futur missionnaire gardera une constitution physique exceptionnelle : haute taille, force peu commune, endurance que les froids canadiens et les portages épuisants ne viendront jamais à bout d'entamer. Les chroniqueurs de la mission le surnommeront l'« Ajax » des Robes Noires.[10]

Le noviciat de Rouen et l'épreuve de la maladie

À vingt-quatre ans, le 8 novembre 1617, Jean entre au noviciat de la Compagnie de Jésus à Rouen.[11] Il enseigne quelque temps la grammaire au collège de la ville (1619-1621), puis une grave maladie — vraisemblablement la tuberculose — l'immobilise et faillit lui coûter sa place dans l'Ordre : incapable d'étudier et d'enseigner selon le cursus ordinaire, il manqua d'être renvoyé.[12] Ordonné prêtre à Pontoise en 1622, il est nommé économe du collège de Rouen.[13]

Vitrail de saint Jean de Brébeuf à Midland (Ontario) — photo Mykola Swarnyk, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Que l'apôtre des forêts canadiennes, ce colosse qui parcourra des centaines de lieues en canot, ait commencé par être un malade qu'on songeait à écarter, n'est pas un détail anecdotique : c'est la première marque d'une vie où la faiblesse vaincue précède toujours la force donnée.

Le départ pour la Nouvelle-France

De Québec à la Huronie : trajet missionnaire de Brébeuf — infographie originale Ignispedia créée par IA.

En avril 1625, Brébeuf s'embarque à Dieppe avec quatre autres jésuites — dont Énemond Massé et Charles Lalemant — pour la lointaine colonie du Saint-Laurent.[14][15] Il arrive à Québec en juin. La Nouvelle-France n'est alors qu'un comptoir fragile de quelques dizaines d'âmes, cerné par l'immensité des forêts et des nations amérindiennes. Pour préparer sa mission, Brébeuf passe l'hiver chez les Montagnais (octobre 1625 - mars 1626), partageant leur vie nomade et rude, premier apprentissage d'un dépouillement qui ne le quittera plus.[16]

L'apôtre des Hurons (1626-1640)

Premier séjour en Huronie et la prise de Québec

En juillet 1626, Brébeuf entreprend le voyage légendaire vers le pays des Hurons : près de mille trois cents kilomètres de rivières, de lacs et de portages en canot d'écorce, depuis le Saint-Laurent jusqu'aux rives de la baie Géorgienne.[17] Là vit la confédération huronne-wendat, peuple d'agriculteurs sédentaires d'environ trente mille âmes, réparti en bourgades palissadées. Brébeuf y demeure trois ans (1626-1629), apprenant la langue et observant tout, sans conversions apparentes : le vrai fruit de ces premières années est ailleurs, dans la maîtrise progressive du huron et la connaissance intime d'une civilisation.[18]

L'aventure est brutalement interrompue par la guerre. En juillet 1629, les frères Kirke, corsaires anglais au service de leur roi, s'emparent de Québec. La colonie capitule ; les jésuites sont expulsés. Brébeuf doit rentrer en France.[19][20] Affecté aux collèges de Rouen puis d'Eu, il prononce ses vœux solennels en janvier 1630 — mais son cœur est resté en Huronie.

Le retour et la fondation des missions

La paix franco-anglaise rend la Nouvelle-France à la France ; Brébeuf peut repartir en 1633.[21] Il retrouve la Huronie et s'y enfonce de nouveau. Dès lors, les fondations se succèdent : la résidence Saint-Joseph à Ihonatiria (19 septembre 1634), puis Ossossané (1637), Téanaostaiaé (1638). Surtout, en 1639, Brébeuf et le supérieur Jérôme Lalemant établissent Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons — Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons —, première véritable implantation européenne du futur Ontario : un fort-mission qui servira de base à toute l'évangélisation huronne.[22]

Conversions pendant les épidémies en Huronie — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Mais ces années sont aussi celles de la catastrophe. Entre 1634 et 1640, de terribles épidémies — variole et grippe apportées par les Européens — déciment les Hurons : la population fond de trente mille à environ douze mille âmes.[23] Les sorciers accusent les Robes Noires d'être les empoisonneurs : croix abattues, pierres jetées sur la chapelle, bastonnades, menaces de mort.[24] Brébeuf, qui se sait haï, ne recule pas. C'est paradoxalement au cœur de ce désastre que les conversions se multiplient : devant la mort, beaucoup de Hurons écoutent enfin la parole de ces hommes que la contagion semble épargner.[25]

Échon, le géant qui apprit le huron

Les Hurons donnent au père un nom : Échon.[26] Sous ce nom, un Français se fait huron sans cesser d'être prêtre. Brébeuf partage la cabane enfumée, la sagamité — bouillie de maïs —, les longues navigations, les hivers de glace. Il connaît les coutumes, les conseils, les rites funéraires qu'il décrira dans ses Relations avec une précision ethnographique qui en fait, aujourd'hui encore, une source historique majeure sur les premières nations.[27][28]

Cette inculturation n'est pas une stratégie froide : elle naît d'un amour réel. Dans ses fameuses Instructions aux missionnaires (1637), Brébeuf résume tout son esprit en une phrase :

« Vous devez aimer ces Hurons, rachetés par le sang du Fils de Dieu, comme des frères. » — Saint Jean de Brébeuf, Instructions aux Pères de notre Compagnie qui seront envoyés aux Hurons, 1637[29]

L'œuvre linguistique : faire parler huron à l'Évangile

Le premier livre imprimé en langue huronne

Le génie propre de Brébeuf fut linguistique. Convaincu qu'on n'annonce pas le Christ dans une langue étrangère au cœur, il s'attaqua à la langue wendat avec une patience d'érudit. Au terme de huit à neuf ans de labeur, il en avait acquis une maîtrise rare.[30] Il traduisit en huron le catéchisme du jésuite Ledesma et le fit imprimer : ce fut le tout premier texte imprimé en langue huronne, et l'un des premiers ouvrages d'une langue amérindienne.[31][32]

Dictionnaire, grammaire et la découverte des mots composés

Sous sa direction, l'équipe missionnaire compila, à partir de 1634, un dictionnaire et une grammaire du huron.[33] Brébeuf y fit une trouvaille décisive : il repéra et décrivit le mécanisme des mots composés, trait structurel des langues iroquoiennes. Cette découverte — peut-être sa principale contribution savante — devint le fondement des travaux linguistiques jésuites postérieurs.[34] L'ensemble de ses écrits conservés (deux Relations, le journal spirituel, une quinzaine de lettres, catéchismes et textes linguistiques) représente environ trois cents pages : un monument pour un homme qui passa sa vie en canot et en cabane.[35]

Le Cantique de Noël huron (« Jesous Ahatonhia »)

La tradition attribue à Brébeuf la composition, vers 1642, du « Jesous Ahatonhia » — « Jésus est né » —, considéré comme le plus ancien cantique de Noël canadien, écrit en langue wendat sur l'air d'une vieille chanson française, Une jeune pucelle.[36] Le saint y dit le mystère de Bethléem dans les images du monde huron, pour que la Nativité parle au cœur de ce peuple.

Plaque de plomb commémorative de Jean de Brébeuf, découverte en 1954 à Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons — l'inscription porte la date du 17 mars, un jour après le 16 mars retenu par les sources biographiques. Photo Pierre5018, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

L'attribution reste cependant débattue : Brébeuf en est « généralement crédité », mais les historiens reconnaissent honnêtement qu'« on ne possède nulle certitude sur cette question », le père Paul Ragueneau, lui aussi très versé dans la langue huronne, pouvant en être l'auteur.[37] L'incertitude ne diminue en rien la portée du geste : faire chanter Noël en huron, c'était reconnaître à ce peuple une pleine citoyenneté dans l'Église.

Les Instructions aux missionnaires (1637)

En 1637, fort de son expérience, Brébeuf rédige pour les jésuites qui le rejoignent un texte d'une saveur unique : des conseils très concrets pour vivre parmi les Hurons sans les blesser. On y entend un homme qui a appris l'humilité à la dure :

« Mangez le peu de nourriture qu'ils vous offrent, et mangez-en autant que vous le pouvez […]. Soyez prompts à embarquer et à débarquer […]. Soyez le moins importuns possible pour les Sauvages. Ne posez pas trop de questions ; le silence est d'or. Supportez leurs imperfections, et tâchez de paraître toujours joyeux. » — Saint Jean de Brébeuf, Instructions aux missionnaires, 1637[38]

Rien de la condescendance qu'on prête trop vite aux missionnaires : une délicatesse évangélique poussée jusqu'au détail du canot où il ne faut pas traîner de sable. C'est l'esprit même de saint Ignace de Loyola — se faire tout à tous — appliqué aux forêts du Nouveau Monde.

Une âme dévorée par le désir du martyre

Le journal spirituel : visions, extases, prophéties

Derrière le linguiste et l'explorateur veillait un mystique. Après sa mort, le père Ragueneau découvrit quarante-quatre fragments d'un journal spirituel où Brébeuf consignait ses visions, ses extases et ses songes prophétiques.[39][40] Cette vie intérieure, mesurée à l'aune de la récompense éternelle, donnait à son zèle une profondeur que ses compagnons ne soupçonnaient pas toujours. Comme tant de saints, il cachait sous une rude écorce d'apôtre une intimité ardente avec Dieu.

« Que rendrai-je au Seigneur pour tout le bien qu'il m'a fait ? Je prendrai le calice du salut et j'invoquerai le nom du Seigneur. » — Saint Jean de Brébeuf, journal spirituel, d'après le Psaume 116[41]

Le vœu de ne jamais refuser la grâce du martyre

Trois engagements jalonnent cette ascension : en 1631, la promesse de servir le Christ jusqu'au sacrifice de sa vie ; entre 1637 et 1639, le vœu de ne jamais refuser la grâce du martyre ; en 1645, le vœu du « plus parfait », c'est-à-dire de toujours choisir ce qui plaît davantage à Dieu.[42] Loin d'une fascination morbide pour la souffrance, ce vœu est l'expression la plus haute de la charité : vouloir aimer jusqu'au bout, sans rien retenir.

La vision de la croix venue du pays iroquois (1640)

Les trois voeux spirituels de Brébeuf — infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1640, Brébeuf eut une vision saisissante : une croix immense apparut dans le ciel, du côté du sud — assez grande, nota-t-il, pour porter non seulement un homme, mais tous les jésuites de la mission. Or elle venait du pays des Iroquois.[43] Le saint comprit. La croix qu'il appelait de ses vœux lèverait de cet horizon-là. Neuf ans plus tard, l'événement vérifia la prophétie.

Le martyre (16 mars 1649)

La chute de la Huronie

À la fin des années 1640, la guerre iroquoise atteignit son paroxysme. Armés par les marchands hollandais, les Iroquois entreprirent l'anéantissement de la confédération huronne, affaiblie par les épidémies. Le 16 mars 1649, plus de mille guerriers iroquois déferlèrent sur les bourgades chrétiennes de Saint-Ignace puis de Saint-Louis.[44] Brébeuf et son jeune compagnon Gabriel Lalemant auraient pu fuir. Ils choisirent de rester avec leurs convertis, baptisant et exhortant les captifs jusqu'au bout.[45]

Le supplice de Saint-Ignace

Capturés, les deux prêtres furent conduits à Saint-Ignace et torturés à mort. Le récit nous est parvenu par deux témoins de l'entourage immédiat — le donné Christophe Regnault, qui recueillit le corps, et le supérieur Paul Ragueneau, qui rédigea la Relation de 1649.[46] Leur sobriété même rend le récit insoutenable. On lui versa de l'eau bouillante sur la tête, en dérision du baptême ; on lui passa au cou un collier de haches rougies au feu ; une ceinture d'écorce enduite de poix fut allumée autour de son corps.

Saint-Ignace, 16 mars 1649 : martyre et reliques — infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Le père de Brébeuf avait les jambes, les cuisses et les bras tout décharnés jusqu'aux os […] ; nous vîmes les ampoules qu'il avait en plusieurs endroits du corps, de l'eau bouillante que ces barbares lui avaient versée par dérision du saint baptême. » — Christophe Regnault, témoignage des Relations des jésuites, 1649[47]

Brébeuf reçut plus de deux cents coups de bâton. Les bourreaux finirent par lui arracher et dévorer le cœur, croyant s'approprier le courage de cet homme qui n'avait pas crié.[48] Il mourut le 16 mars 1649, vers seize heures, à cinquante-cinq ans.

« Comme un rocher » : la constance dans les tourments

Ce qui frappa les témoins — Hurons captifs comme tortionnaires — ne fut pas l'horreur du supplice, mais la paix du supplicié. Au lieu de gémir, Brébeuf exhortait les chrétiens autour de lui ; pour le faire taire, on lui enfonça un fer rouge dans la gorge.[49] La Relation résume d'un mot devenu célèbre cette force surnaturelle :

« Le père de Brébeuf tint bon comme un rocher, insensible au feu et aux flammes. » — Relation des jésuites, 1649, d'après le témoignage de Christophe Regnault[50]

Là est le vrai miracle de Saint-Ignace : non la cruauté des hommes, mais la liberté d'une âme que rien ne pouvait plus atteindre, parce qu'elle s'était depuis longtemps donnée tout entière.

Les reliques

Au printemps 1649, Christophe Regnault prépara pieusement les ossements des deux martyrs : il fit bouillir les restes, gratta et sécha les os, enveloppa chaque relique de soie et les expédia en deux coffrets vers Québec, pour les soustraire à toute profanation.[51] Quelques mois plus tard, le 16 juin 1649, les jésuites se résolurent à incendier eux-mêmes Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons plutôt que de la livrer à l'ennemi. Ragueneau écrivit :

« Nous y mîmes nous-mêmes le feu, et vîmes brûler sous nos yeux, en moins d'une heure, notre travail de neuf ou dix ans. » — Paul Ragueneau, Relation de 1649-1650[52]

Sanctuaire des Martyrs canadiens à Midland (Ontario) — photo Pjposullivan, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Aujourd'hui encore, le crâne de saint Jean de Brébeuf est vénéré : la moitié au sanctuaire des Martyrs de Midland (Ontario), l'autre conservée à Québec.[53]

Gloire de l'Église : béatification et canonisation

Les huit Martyrs canadiens

Brébeuf ne tomba pas seul. Entre 1642 et 1649, huit missionnaires et donnés jésuites versèrent leur sang en Nouvelle-France. Isaac Jogues et les donnés René Goupil et Jean de la Lande furent tués en pays mohawk ; en Huronie périrent Antoine Daniel, Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Charles Garnier et Noël Chabanel.[54] L'Église les honore ensemble sous le nom de Martyrs canadiens (ou Martyrs nord-américains).

Béatifiés en 1925 par Pie XI, ils furent canonisés ensemble le 29 juin 1930 par le même pape.[55][56] Le tableau ci-dessous récapitule ce groupe de saints qui inaugure la sainteté canonisée du continent.

MartyrStatutMortLieu
Saint René GoupilDonné (laïc)1642Pays mohawk (Ossernenon)
Saint Isaac JoguesPrêtre jésuite1646Pays mohawk (Ossernenon)
Saint Jean de la LandeDonné (laïc)1646Pays mohawk (Ossernenon)
Saint Antoine DanielPrêtre jésuite1648Huronie (Téanaostaiaé)
Saint Jean de BrébeufPrêtre jésuite16 mars 1649Huronie (Saint-Ignace)
Saint Gabriel LalemantPrêtre jésuite17 mars 1649Huronie (Saint-Ignace)
Saint Charles GarnierPrêtre jésuite1649Huronie (Étarita)
Saint Noël ChabanelPrêtre jésuite1649Huronie

Patron du Canada

Des martyrs au patronage du Canada — infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1940, le pape Pie XII proclama les Martyrs canadiens patrons secondaires du Canada.[57] Aux côtés de saint Joseph et de sainte Anne — honorée au grand sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré —, Jean de Brébeuf veille désormais sur la nation qu'il avait évangélisée au prix de sa vie. Sa fête se célèbre le 26 septembre au calendrier propre du Canada et le 19 octobre au calendrier romain général, avec les autres martyrs.[58]

Spiritualité et héritage

Le sang des martyrs, semence de chrétiens

L'anéantissement de la Huronie en 1649-1650 parut ruiner trente ans d'efforts. Pourtant, l'histoire donna raison à la vision de la croix. Du sol arrosé par le sang des Robes Noires jaillit, une génération plus tard, la sainteté indigène : Kateri Tekakwitha, le « lys des Mohawks », première sainte amérindienne, naquit précisément chez le peuple qui avait tué Jogues et Brébeuf. La promesse de Tertullien — « le sang des martyrs est une semence de chrétiens » — se vérifia littéralement sur les bords des Grands Lacs.

Le co-fondateur de l'Église au Canada

Au-delà de l'épisode du martyre, Brébeuf demeure un modèle missionnaire d'une étonnante actualité : apprendre la langue de l'autre, respecter sa culture, annoncer l'Évangile sans le travestir ni le diluer. Sa figure dépasse les frontières confessionnelles — l'écrivain canadien E. J. Pratt lui consacra une grande épopée, Brébeuf and His Brethren —, mais elle reste d'abord celle d'un saint : un homme qui a tout donné, jusqu'au cœur.

« Vous direz à votre Compagnie que nous sommes peut-être les derniers qui vous parlent, et que nous vous demandons le secours de vos prières. » — esprit des dernières lettres de la mission huronne, Relations des jésuites[59]

Son héritage n'est pas un tombeau mais une fécondité. Là où il avait semé dans les larmes, l'Église du Canada a moissonné dans la joie — et continue, chaque année, de monter en pèlerinage vers Midland et Sainte-Anne-de-Beaupré, sur les traces du géant de la Huronie.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Dictionnaire biographique du Canada, notice « BRÉBEUF, JEAN DE (Échon) » : biographi.ca. Notice biographique de référence : né le 25 mars 1593 à Condé-sur-Vire (Basse-Normandie) ; entré au noviciat des jésuites de Rouen à 24 ans (8 novembre 1617) ; professeur au collège de Rouen (1619-1621) ; maladie durant sa deuxième année d'enseignement ; ordonné prêtre à Pontoise en 1622 ; économe au collège de Rouen (1622-1625) ; départ de Dieppe en avril 1625, arrivée à Québec en juin ; hiver chez les Montagnais (1625-1626) ; premier séjour en Huronie (1626-1629) ; retour forcé en France après la prise de Québec par les Kirke (juillet 1629) ; vœux solennels en janvier 1630 à Rouen ; retour en Nouvelle-France en 1633 ; fondations missionnaires (Ihonatiria 1634, Ossossané 1637, Téanaostaiaé 1638) ; engagements spirituels (1631, 1637-1639, 1645) ; maîtrise du huron après huit ou neuf ans ; dictionnaire et grammaire (1634-1639) ; Relations de 1635-1636 ; journal spirituel de 44 fragments ; traduction du catéchisme de Ledesma ; martyre le 16 mars 1649 à Saint-Ignace avec Gabriel Lalemant ; reliques préparées par Christophe Regnault ; canonisé le 29 juin 1930 par Pie XI ; patron du Canada (16 octobre 1940, Pie XII).

    1 3 8 11 13 14 19 21 26 32 33 39 42 45
  2. Wikipedia (EN), « Jean de Brébeuf » : en.wikipedia.org. Recoupement : Jean de Brébeuf (25 March 1593 – 16 March 1649) ; failli renvoyé de la Compagnie après avoir contracté la tuberculose en 1620, ce qui l'empêcha d'étudier et d'enseigner ; embarqué pour la Nouvelle-France en 1625 avec cinq autres missionnaires ; traduction du catéchisme de Ledesma en huron, « premier texte imprimé dans cette langue » ; compilation d'un dictionnaire de mots hurons (prières, passages bibliques) ; attribution traditionnelle du « Jesous Ahatonhia » (vers 1642), plus ancien cantique de Noël canadien, sur l'air d'« Une jeune pucelle » ; plus de 1 000 Iroquois attaquant Saint-Ignace puis Saint-Louis le 16 mars 1649 ; martyre avec Gabriel Lalemant ; eau bouillante en dérision du baptême, collier de haches rougies ; béatification 1925, canonisation le 29 juin 1930 par Pie XI ; proclamé l'un des patrons du Canada par Pie XII le 16 octobre 1940 ; fête le 26 septembre (Canada), 19 octobre (calendrier romain).

    2 5 12 15 31 34 44 55 57
  3. The Jesuit Relations and Allied Documents, vol. 34 (éd. R. G. Thwaites, Cleveland, 1896-1901), témoignage de Christophe Regnault et Relation de Paul Ragueneau (1649) : creighton.edu. Récit du martyre : eau bouillante versée sur le corps « en dérision du saint baptême » ; collier de six haches rougies au feu placé autour du cou ; ceinture d'écorce enduite de poix et de résine ; plus de deux cents coups de bâton ; chair des jambes, cuisses et bras décharnée jusqu'aux os ; cuir chevelu enlevé ; cœur arraché, rôti et mangé ; fer rouge enfoncé dans la gorge pour le faire taire ; le père « tint bon comme un rocher, insensible au feu et aux flammes » et ne poussa aucun gémissement durant tout le supplice. Texte original en moyen français cité par le Dictionnaire biographique du Canada (« jambes, cuisses et bras tous decharnez jusqu'aux os » ; « ampoules » d'eau bouillante ; « ceinture d'écorce plaine de poix et de raisine » ; « plus de deux cents coups de baston »).

    4 46 47 48 50 59
  4. Franciscan Media, « Saints Isaac Jogues, Jean de Brébeuf, and Companions » : franciscanmedia.org. Liste des huit Martyrs canadiens (six jésuites et deux donnés laïcs) : Isaac Jogues, Antoine Daniel, Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Charles Garnier, Noël Chabanel, René Goupil et Jean de la Lande ; béatifiés par Pie XI en 1925, canonisés le 29 juin 1930.

    6 54
  5. Wikipédia (FR), « Jean de Brébeuf » : fr.wikipedia.org. Notice : né le 25 mars 1593 à Condé-sur-Vire, mort le 16 mars 1649 près de la baie Géorgienne ; entré chez les jésuites en 1617, ordonné en 1622, envoyé au Canada en 1625 ; nom huron « Échon » ; écrits comprenant un dictionnaire, une grammaire et un catéchisme en langue huronne ; épidémies de 1634, 1636 et 1639 réduisant la population huronne de 30 000 à 12 000 ; persécutions après 1636 (« croix abattues, jets de pierres sur la chapelle, bastonnades, menaces ») ; supplice rapporté par Christophe Regnault (eau bouillante en parodie de baptême, collier de cognées rougies, cœur mangé) ; béatification 1925, canonisation le 29 juin 1930 par Pie XI ; patron du Canada (avec saint Joseph) ; fête le 26 septembre (Canada) et le 19 octobre (calendrier romain).

    7 9 16 20 23 24 30 58
  6. Dictionary of Canadian Biography, « BRÉBEUF, JEAN DE (Échon) » (version anglaise) : biographi.ca. Précisions complémentaires : robuste constitution physique surnommée l'« Ajax » de la mission ; voyage de 1626 vers la Huronie (≈ 1 300 km en canot) ; durant le premier séjour (1626-1629), le principal profit fut l'apprentissage de la langue et la connaissance du milieu huron, sans succès apparent de l'évangélisation ; découverte des mots composés en huron, « peut-être sa principale contribution linguistique » ; multiplication des conversions lors des épidémies (vers 1640, près de la moitié des Hurons morts de la variole) ; journal spirituel de fragments décrivant visions, extases et songes prophétiques ; vision de 1640 d'une croix immense apparaissant du côté du pays iroquois, « assez grande pour porter chacun des jésuites de la mission » ; préparation des reliques par Christophe Regnault au printemps 1649 (os bouillis, grattés, séchés, enveloppés de soie, envoyés à Québec) ; corpus conservé d'environ 300 pages (deux Relations, journal spirituel, lettres, catéchismes, textes linguistiques).

    10 17 18 25 27 35 40 43 51
  7. The Canadian Encyclopedia, « Jean de Brébeuf » et « Sainte-Marie among the Hurons » : thecanadianencyclopedia.ca. Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons (1639-1649), fondée par les jésuites Jérôme Lalemant et Jean de Brébeuf, premier établissement européen de l'actuel Ontario ; centre des missions huronnes ; incendiée volontairement par les jésuites le 16 juin 1649. Citation de Paul Ragueneau sur l'incendie : « We ourselves set fire to it, and beheld burn before our eyes and in less than one hour, our work of nine or ten years » (« Nous y mîmes nous-mêmes le feu, et vîmes brûler sous nos yeux, en moins d'une heure, notre travail de neuf ou dix ans »).

    22 28 52
  8. Saint Jean de Brébeuf, Instructions aux Pères de notre Compagnie qui seront envoyés aux Hurons (1637), insérées dans la Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle France en l'année 1637 (Paul Le Jeune), trad. anglaise dans The Jesuit Relations (Thwaites, vol. 10). Texte reproduit par wyandot.org. Extraits : « You must love these Hurons, ransomed by the blood of the Son of God, as brothers » ; « Try to eat the little food they offer you, and eat all you can […]. Be prompt in embarking and disembarking […]. Be the least troublesome to the Indians. Do not ask many questions; silence is golden. Bear with their imperfections, and you must try always to appear cheerful. » Traduction française d'après le texte des Relations.

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  9. Wikipédia (FR), « Jesous Ahatonhia » : fr.wikipedia.org. Cantique de Noël en langue wendat, composé vers 1641-1642, considéré comme le plus ancien cantique de Noël canadien ; mélodie empruntée à la chanson française « Une jeune pucelle » (XVIᵉ s.) ; titre signifiant « Jésus, il est né ». Brébeuf en est « généralement crédité », mais « on ne possède nulle certitude sur cette question », l'attribution au père Paul Ragueneau restant possible.

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  10. Saint Jean de Brébeuf, journal et écrits spirituels, cités d'après René Latourelle, Étude sur les écrits de saint Jean de Brébeuf et Jean de Brébeuf, Bellarmin, Montréal ; reprise du Psaume 116 (115), v. 12-13 (« Que rendrai-je au Seigneur pour tout le bien qu'il m'a fait ? Je prendrai le calice du salut et j'invoquerai le nom du Seigneur »), expression du désir de martyre dans la spiritualité de Brébeuf. Le journal spirituel (44 fragments) fut recueilli après sa mort par Paul Ragueneau.

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  11. Catholic Encyclopedia (New Advent), « St. John de Brébeuf » : newadvent.org. Détaille le supplice (collier de haches rougies, fer rouge enfoncé dans la gorge) et souligne que, à travers toute la torture, Brébeuf « ne poussa jamais un gémissement » ; canonisation en 1930.

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  12. Shrine of the Canadian Martyrs / Martyrs' Shrine, Midland (Ontario) : martyrs-shrine.com ; cf. « Shrine of the Canadian Martyrs » sur en.wikipedia.org. Sanctuaire achevé en 1925, consacré le 25 juin 1926 ; les reliques majeures des Martyrs canadiens y sont conservées, dont le crâne de saint Jean de Brébeuf (la moitié exposée au sanctuaire, l'autre conservée à Québec) et des ossements de saint Gabriel Lalemant et de saint Charles Garnier.

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