Saint Alexandre Sauli (Milan, 15 février 1535, ou 1534 selon certaines sources ; † Calosso d'Asti, 11 octobre 1592) est un prêtre barnabite, supérieur général de sa Congrégation, puis évêque d'Aléria en Corse et enfin évêque de Pavie. Le pape saint Pie V le choisit pour une Église corse dévastée par les guerres, les incursions barbaresques et une longue carence pastorale ; en vingt et un ans, il restaure le clergé, fonde un séminaire à Bastia, rédige un catéchisme modèle et parcourt son diocèse en prêchant. L'histoire de la sainteté le nomme « l'apôtre de la Corse ».[1][2][3]
Formé chez les clercs réguliers de Saint-Paul, dits Barnabites, il en est le supérieur général de 1567 à 1570. Sa réputation de directeur spirituel est telle que saint Charles Borromée, archevêque de Milan, se confesse à lui et le consulte.[4][5] Élu évêque d'Aléria le 10 février 1570, il refuse d'abord, puis accepte par obéissance au pape. À sa mort, le 11 octobre 1592, il laisse une Église corse relevée et un clergé formé.[6][7]
La béatification est prononcée par Benoît XIV le 23 avril 1741 ou 1742 ; la canonisation par saint Pie X le 11 décembre 1904.[8][9][10] Son bref de béatification résume ainsi son œuvre pastorale : « Les mœurs furent amendées, le clergé ramené à sa première ferveur ».[11][12] Sa mémoire est fixée au 11 octobre, jour de sa mort.[13][14]
En quelques dates
- 15 février 1535Naissance à MilanQuelques notices indiquent 1534
Alessandro Sauli naît dans une famille milanaise distinguée. Les sources ne s'accordent pas entièrement sur l'année : 1535 pour Nominis et les notices italiennes et anglaises les plus détaillées, 1534 pour d'autres notices. La date du 15 février est stable.
- 1551Entrée chez les BarnabitesÀ l'âge de dix-sept ans
Il entre chez les clercs réguliers de Saint-Paul (Barnabites), congrégation fondée au XVIe siècle à Milan par saint Antoine-Marie Zaccaria. Il reçoit l'habit et commence la formation théologique et pastorale.
- 1556Ordination sacerdotaleÀ vingt et un ans
Il est ordonné prêtre. Ses contemporains remarquent déjà sa vie intérieure, son aptitude à la direction spirituelle et sa fidélité à la prédication.
- 1567Supérieur général des BarnabitesJusqu'en 1570
Il est élu supérieur général de sa Congrégation. C'est dans ces années que saint Charles Borromée, archevêque de Milan, se confesse à lui et le consulte pour la réforme de son diocèse.
- 10 février 1570Nomination évêque d'AlériaPar saint Pie V
Le pape Pie V le nomme évêque d'Aléria, diocèse de Corse alors dévasté. Alexandre Sauli refuse d'abord par humilité, puis accepte par obéissance. Il est consacré et rejoint l'île.
- 1570-1591Vingt et un ans de pastorat en CorseAléria, Bastia, Cervione
Il visite son diocèse, prêche, catéchise, réforme les mœurs, relève le clergé. Il fonde le séminaire de Bastia et y établit un catéchisme modèle. Il fixe un temps la résidence épiscopale à Cervione, où son souvenir demeure vivant.
- 1591Évêque de PavieDernière nomination
Il est transféré au diocèse de Pavie, en Lombardie. Il n'y exerce qu'une seule année, mais la même exigence de réforme et de formation du clergé.
- 11 octobre 1592Mort à Calosso d'AstiFête locale à Cervione
Il meurt à Calosso d'Asti, en Piémont, au cours d'une visite pastorale. Sa fête est fixée au 11 octobre. La cathédrale de Cervione en Corse en garde une mémoire particulière.
Un Milanais formé chez les Barnabites
La Congrégation des clercs réguliers de Saint-Paul, dite des Barnabites, naît à Milan dans les années 1530 sous l'impulsion de saint Antoine-Marie Zaccaria, avec Barthélemy Ferrari et Jacques-Antoine Morigia. Elle se donne pour tâche la prédication, la catéchèse, le soin des malades et la réforme du clergé.[15][16]
Alexandre Sauli y entre en 1551, à l'âge de dix-sept ans. Il est ordonné prêtre en 1556. Les notices s'accordent sur les traits qui le distinguent alors : vie intérieure intense, rigueur doctrinale, aptitude à la direction spirituelle, et une prédication qui parle aux simples sans rien céder sur le fond.[17][18]
En 1567, il est élu supérieur général de la Congrégation. C'est le temps où saint Charles Borromée entreprend la grande réforme de l'archidiocèse de Milan, après le concile de Trente. Charles se confesse à Alexandre Sauli et le consulte : le barnabite devient l'un de ses conseillers les plus écoutés.[19][20] La rencontre de ces deux saints éclaire toute une époque de l'Église lombarde : un cardinal archevêque qui réforme, un religieux qui le guide dans la prière et le discernement.
L'évêque d'Aléria, « apôtre de la Corse »
Le 10 février 1570, le pape saint Pie V nomme Alexandre Sauli évêque d'Aléria, en Corse.[21][22] Le diocèse est alors dans un état que les historiens décrivent comme critique : guerres et incursions barbaresques, population éprouvée, clergé peu formé, églises en ruine, abus enracinés. Le futur saint refuse d'abord la charge, par conscience de son insuffisance ; il cède à l'obéissance et part.[23][24]
Les vingt et un ans de son épiscopat corse (1570-1591) constituent l'essentiel de son œuvre. Nominis en donne la formule exacte : « vingt et un ans d'une intense activité pastorale ».[25] Elle comprend :
- la visite systématique du diocèse, en dépit des distances, des routes dangereuses et de la pauvreté des lieux ;
- la prédication et la catéchèse au peuple, dans une langue et avec un ordre que tous peuvent recevoir ;
- la réforme des mœurs du clergé et des fidèles, annoncée avec fermeté et vécue d'abord par l'évêque lui-même ;
- la fondation du séminaire de Bastia, pour former un clergé capable de tenir la doctrine et le culte ;
- la rédaction d'un « catéchisme modèle », qui reste comme l'un des instruments les plus durables de son passage ;
- le soin des pauvres, des malades et des captifs, dans une île exposée aux razzias.
Le bref de béatification de Benoît XIV en condense le résultat en deux propositions, que Nominis cite telles quelles :
« Les mœurs furent amendées, le clergé ramené à sa première ferveur » (bref de béatification, 1741).[26][27]
Pour la Corse, l'héritage est si profond que la tradition locale le nomme « l'apôtre de la Corse ».[28][29]
Bastia, Cervione, Pavie
Deux lieux de Corse gardent une trace particulière de son épiscopat. Bastia abrite le séminaire qu'il fonde : une maison de formation, avec une discipline et un programme de doctrine qui servent de référence. Le catéchisme qu'il y établit est dit « modèle », c'est-à-dire ordonné, complet, à la mesure d'un peuple qui n'avait plus reçu depuis longtemps une instruction solide.[30][31]
Cervione a longtemps gardé la mémoire de sa présence épiscopale. Nominis signale que sa fête y est encore une « fête locale » dans la cathédrale.[32] La tradition corse a conservé le souvenir d'un évêque qui prêchait, catéchisait, visitait les villages et relevait les églises ; les récits d'époque et les notices ultérieures s'accordent sur l'intensité de ce labeur.[33][34]
En 1591, Alexandre Sauli est transféré au diocèse de Pavie. Il n'y reste qu'un an. La même méthode s'y applique : réforme du clergé, prédication, exigence doctrinale. En 1592, au cours d'une visite pastorale, il tombe malade à Calosso d'Asti et y meurt le 11 octobre.[35][36]
Béatification, canonisation et mémoire
La réputation de sainteté ne s'éteint pas avec lui. La Cause est poursuivie au XVIIIe siècle ; le pape Benoît XIV signe le bref de béatification le 23 avril 1741 (quelques notices donnent 1742). Le texte du bref, conservé dans les notices, est un jugement d'ensemble sur son épiscopat : « Les mœurs furent amendées, le clergé ramené à sa première ferveur ».[37][38]
La canonisation est prononcée par le pape saint Pie X le 11 décembre 1904.[39][40][41] La date du 11 octobre demeure celle de sa fête, jour de sa mort, avec une solennité particulière à Cervione et chez les Barnabites.[42][43][44]
Le titre d'« apôtre de la Corse » n'est pas une formule de politesse : il dit une œuvre précise, une île relevée par vingt et un ans de prédication, de fondation et de présence. L'Église y a vu un modèle d'évêque missionnaire à l'intérieur même de la chrétienté, un évêque qui reprend la route, refonde les séminaires, reprend la catéchèse au commencement.[45][46]
Iconographie
Les représentations de saint Alexandre Sauli sont peu nombreuses mais caractéristiques. La peinture lombarde de la fin du XVIe siècle ou du XVIIe siècle le montre en extase, en prière, le regard levé, parfois avec la crosse et les insignes épiscopaux ; une autre scène le montre acceptant la croix, allusion à l'obéissance qui l'a mené en Corse et à la mortification de sa volonté propre.[47]
Les portraits d'évêque le présentent avec la crosse, la mitre, parfois un livre (le catéchisme) ou un modèle d'église (son diocèse). Les images barnabites le font volontiers apparaître aux côtés de saint Charles Borromée, rappelant leur lien de direction spirituelle, ou de saint Antoine-Marie Zaccaria, fondateur de la Congrégation.[48][49]
Pour le fidèle, l'iconographie de saint Alexandre Sauli dit deux choses : un évêque en prière (l'extase), et un évêque qui obéit (la croix acceptée). Le reste de sa vie se lit dans ses œuvres : le séminaire de Bastia, le catéchisme, les routes de Corse.
Pour aller plus loin
- Saint Charles Borromée : archevêque de Milan, pénitent et ami d'Alexandre Sauli, l'un des grands réformateurs de l'après-Trente.
- Saint François Borgia : jésuite, compagnon d'époque de la réforme catholique et de la fondation d'ordres nouveaux.
- Sainte Thérèse d'Avila : contemporaine de Sauli (1515-1582), réformatrice des Carmes, docteur de l'Église.
- Saint Jean XXIII : pape fêté le 11 octobre comme Alexandre Sauli, témoin d'une Église qui forme ses prêtres et annonce l'Évangile.
- Saint Philippe, diacre : l'un des Sept de Jérusalem, autre figure fêtée le 11 octobre.
- Sainte Marie Madeleine : modèle de conversion.
Notes et références
Nominis (Conférence des évêques de France), notice « Saint Alexandre Sauli », sous-titre « Barnabite, évêque d'Aléria en Corse, puis de Pavie (+ 1592) » : nominis.cef.fr/contenus/saint/1999/Saint-Alexandre-Sauli.html. Naissance à Milan le 15 février 1535 ; entrée chez les Barnabites à dix-sept ans ; prêtre à vingt-deux ans ; directeur spirituel de saint Charles Borromée ; nomination évêque d'Aléria le 10 février 1570 par saint Pie V ; « vingt et un ans d'une intense activité pastorale » ; séminaire de Bastia et « catéchisme modèle »* ; évêque de Pavie ; mort à Calosso d'Asti ; bref de béatification de Benoît XIV : « Les mœurs furent amendées, le clergé ramené à sa première ferveur » ; fête du 11 octobre, « fête locale » à la cathédrale de Cervione. Page du jour du 11 octobre : nominis.cef.fr/contenus/saint/11/10.html.
1 4 6 11 13 17 19 21 23 25 26 30 32 35 37 43« Alessandro Sauli », Wikipedia (EN) : en.wikipedia.org/wiki/Alessandro_Sauli. Naissance 15 février 1534 ou 1535 à Milan (désaccord des sources) ; barnabite ; supérieur général (1567) ; évêque d'Aléria 10 février 1570 ; vingt et un ans en Corse ; évêque de Pavie (1591) ; mort 11 octobre 1592 à Calosso d'Asti ; béatification 23 avril 1741 par Benoît XIV ; canonisation 11 décembre 1904 par Pie X ; surnom « Apostle of Corsica ». Voir aussi le Martyrologe romain (2004).
2 7 10 16 22 28 33 36 38 40« Alessandro Sauli », Wikipedia (IT) : it.wikipedia.org/wiki/Alessandro_Sauli. Notice italienne : naissance à Milan le 15 febbraio 1534 (ou 1535 selon les travaux récents) ; barnabita ; generale della Congregazione (1567) ; vescovo di Aléria il 10 febbraio 1570 per nomina di san Pio V ; ventuno anni di attività pastorale in Corsica ; seminario di Bastia e catechismo modello ; vescovo di Pavia (1591) ; morte a Calosso d'Asti l'11 ottobre 1592 ; beatificazione (1741/1742) ; canonizzazione l'11 dicembre 1904 da san Pio X ; appellativo « apostolo della Corsica ».
3 29 34 41 45Site officiel des Clercs réguliers de Saint-Paul (Barnabites), barnabiti.net et pages historiques de la Congrégation ; vie de saint Alexandre Sauli parmi les saints et bienheureux barnabites. Fondation de la Congrégation par saint Antoine-Marie Zaccaria (Milan, 1530) ; spiritualité paulinienne ; réforme du clergé ; œuvres de miséricorde. Pour la direction spirituelle de saint Charles Borromée et les fonctions de supérieur général d'Alexandre Sauli (1567-1570), recouper avec les sources primaires des archives barnabites et la notice de Nominis.
5 15 18 20 24 31 44 46 48Benoît XIV, bref de béatification d'Alexandre Sauli, 23 avril 1741 (ou 1742 selon les calendriers de la Cause), cité par la notice Nominis : « Les mœurs furent amendées, le clergé ramené à sa première ferveur ». Prospero Lambertini (1675-1740), pape de 1740 à 1758, fut un des grands canonistes de l'Église ; son jugement sur l'épiscopat corse d'Alexandre Sauli fait autorité dans les procès ultérieurs.
8 12 27Pie X (saint), décret de canonisation d'Alexandre Sauli, 11 décembre 1904 (Giuseppe Melchiorre Sarto, pape de 1903 à 1914). La canonisation intervient au lendemain du concile plénier latin-américain et dans un temps de promotion de la formation sacerdotale ; elle confirme la figure d'évêque pasteur et de fondateur de séminaire. Voir les actes de la Cause et les notices Wikipedia EN et IT.
9 39Martyrologe romain, notice de saint Alexandre Sauli, évêque, au 11 octobre (édition de 2004 et usages liturgiques postérieurs). La date du 11 octobre est celle de sa mort à Calosso d'Asti (1592) et demeure sa fête liturgique, avec une solennité particulière à Cervione (Corse) et chez les Barnabites. Recouper avec la notice Nominis et le calendrier du diocèse de Pavie.
14 42Iconographie : Sant'Alessandro Sauli in estasi (peinture lombarde, domaine public) : Wikimedia Commons ; Picture of St Alexander Sauli as Bishop (Photo : Barnabitefather, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0) : Wikimedia Commons ; Alexander Sauli accepts the cross (Photo : Barnabitefather, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0) : Wikimedia Commons. Motifs constants : extase et prière ; crosse, mitre et insignes épiscopaux ; croix acceptée ; livre du catéchisme ; lien avec saint Charles Borromée et saint Antoine-Marie Zaccaria.
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