Saint Turibio de Mogrovejo (1538-1606)

Turibio de Mogrovejo, archevêque de Lima, parcourut à pied les Andes pendant vingt-cinq ans, apprit le quechua et l'aymara, et baptisa et confirma près d'un demi-million d'âmes, dont Rose de Lima et Martin de Porrès. Patron des évêques d'Amérique latine.

Ignispedia
L'immense archidiocèse de Lima au XVIe siècle, entre côte pacifique et Andes — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Turibio de Mogrovejo (en espagnol Toribio Alfonso de Mogrovejo, 1538-1606) est un archevêque de Lima d'origine castillane, l'une des plus grandes figures missionnaires de la Réforme catholique dans le Nouveau Monde. Juriste réputé devenu, par une décision inattendue de Philippe II, juge principal du tribunal de l'Inquisition de Grenade — charge exercée en laïc, il fut tiré de sa carrière de magistrat pour recevoir, sans étape ecclésiastique préalable, le siège archiépiscopal de Lima. Pendant vingt-cinq ans, il parcourut à pied — et souvent pieds nus — un diocèse plus vaste qu'un royaume, apprit les langues indiennes, baptisa et confirma près d'un demi-million d'âmes selon les chiffres transmis par les sources, réunit les conciles qui organisèrent durablement l'Église d'Amérique du Sud et fonda le premier séminaire du continent. Défenseur intrépide des Indiens contre les abus coloniaux, il opposait aux puissants une parole restée célèbre : « Le Christ a dit : Je suis la Vérité ; il n'a pas dit : Je suis la coutume. »[1][2][3][4]

Un juriste castillan saisi par Dieu

Mayorga, 16 novembre 1538

Toribio Alfonso de Mogrovejo y Robledo naît le 16 novembre 1538 à Mayorga, dans la région de León (actuelle province de Valladolid), au sein de la vieille noblesse castillane. Il est le second fils de Luis Alfonso de Mogrovejo et d'Ana de Robles.[5][6] Les hagiographes rapportent une piété précoce : enfant, il dressait de petits autels, jeûnait, partageait ses vêtements avec les pauvres et nourrissait une dévotion particulière à la Vierge.[7] Cette ferveur de l'enfance, loin d'être un ornement pieux, annonce la double note de toute sa vie : la rigueur intérieure et le service des plus petits.

Salamanque, Coimbra et le droit

Le jeune Toribio entre à l'université de Valladolid pour les humanités, puis étudie le droit civil et canonique à Salamanque, l'une des plus prestigieuses universités d'Europe, où il finira par enseigner.[8][9] Il complète sa formation à l'université de Coimbra, au Portugal, dans le sillage de son oncle Juan de Mogrovejo, professeur réputé.[10][11] Juriste accompli et professeur de lois, il acquiert une réputation de science unie à une intégrité morale peu commune — c'est elle qui va décider de son destin.[12]

Juge principal du tribunal de Grenade — un laïc à la tête d'un tribunal

Vers 1571-1572, le roi Philippe II, frappé par sa droiture, le nomme inquisiteur de Grenade — président et juge principal de l'un des grands tribunaux du royaume.[13][14][15] Fait remarquable, Mogrovejo n'est alors qu'un laïc : ce sont sa compétence juridique et sa réputation de sainteté, et non un quelconque rang clérical, qui justifient le choix royal.[16][17] La Catholic Encyclopedia (1912) rend ce titre par « Grand Inquisiteur »[18] ; il désigne bien la tête du tribunal grenadin, non celle de l'Inquisition d'Espagne tout entière. Pendant environ cinq ans, il exerce cette charge délicate avec une équité reconnue de tous. C'est précisément ce profil — un juriste irréprochable, rompu au gouvernement et à la discipline — que la Couronne va proposer au pape pour relever l'Église encore chaotique du Pérou.

L'appel imprévu à Lima

La nomination par Grégoire XIII (1579)

Le siège archiépiscopal de Lima, capitale de la vice-royauté du Pérou, était vacant depuis la mort de son premier titulaire, Jerónimo de Loayza. Sur présentation de Philippe II, le pape Grégoire XIII nomme Toribio de Mogrovejo archevêque de Lima le 16 mai 1579.[19][20] La désignation d'un laïc à un siège métropolitain aussi vaste est exceptionnelle ; elle traduit l'urgence d'envoyer outre-mer un homme à la fois saint et capable de gouverner.

« Le temps n'est pas à nous, et nous devrons en rendre un compte rigoureux. » — Saint Turibio de Mogrovejo, sentence favorite[21]

Un refus, puis les ordres reçus à la hâte

De Mayorga au siège de Lima : les étapes qui conduisent un juriste castillan vers un continent missionnaire — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Mogrovejo, qui ne s'est jamais cru digne du sacerdoce, résiste d'abord, allègue les canons qui interdisent d'élever un laïc à l'épiscopat et plaide son indignité.[22] Vaincu par l'obéissance, il reçoit les ordres mineurs et majeurs en quelques semaines — la notice espagnole précise qu'on lui conféra un ordre par semaine — et est ordonné prêtre à Grenade en 1578 par l'archevêque Juan Méndez de Salvatierra.[23][24] Il n'y a là aucune contradiction de dates : la présentation par le roi et l'ordination (1578) précèdent l'acte pontifical formel — le pape Grégoire XIII ne le nomme archevêque de Lima que le 16 mai 1579[25][26] — et Turibio est consacré évêque en août 1580 à la cathédrale de Séville (le 23 selon la notice anglaise) par l'archevêque Cristóbal de Rojas y Sandoval.[27][28] Le juriste de Grenade devient pasteur d'un monde qu'il n'a jamais vu.

La traversée et l'arrivée à Paita (1581)

Après une longue traversée de l'Atlantique puis du Pacifique, l'archevêque débarque à Paita, port du nord du Pérou, en mai 1581 — les sources se partagent entre le 12 (notice anglaise) et le 24 (Catholic Encyclopedia).[29][30] Plutôt que d'attendre une escorte, il décide aussitôt de gagner Lima par voie de terre, à pied, baptisant et catéchisant les Indiens rencontrés en chemin : les quelque 600 milles qui le séparent de sa cathédrale — près de 970 kilomètres — deviennent sa première visite pastorale.[31][32] Parvenu à Lima, il prend canoniquement possession du siège : la notice espagnole date cette prise de possession du vendredi 12 mai 1581.[33] D'emblée, le ton est donné : Turibio sera un archevêque sur les routes, jamais retranché dans son palais.

L'archevêque marcheur des Andes

Un diocèse plus vaste qu'un royaume

L'archidiocèse de Lima de la fin du XVIᵉ siècle est d'une démesure géographique : il s'étend sur des centaines de lieues le long de la côte pacifique, escalade la cordillère des Andes et descend vers la forêt amazonienne. La Catholic Encyclopedia (1912) avance le chiffre — transmis par la tradition hagiographique — de 18 000 milles de chemins que l'archevêque aurait parcourus trois fois au long de son épiscopat.[34] Routes inexistantes, fleuves en crue, cols enneigés, fièvres, bêtes sauvages : rien ne l'arrête.

« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. […] Il appelle ses brebis chacune par son nom, et il les mène. » — Évangile selon saint Jean, 10, 11.3[35]

À pied, parfois pieds nus, au-devant des Indiens

Sa première visite pastorale dura sept ans. Turibio la fit à pied, parfois pieds nus, franchissant les Andes pour atteindre les villages les plus reculés.[36] Il ne voyageait pas en seigneur mais en missionnaire : couchant à la dure, partageant la nourriture des pauvres, allant chercher l'Indien là où nul prêtre n'était jamais venu. Ce choix d'aller physiquement au-devant du plus éloigné est la signature de sa sainteté pastorale.

L'apprentissage du quechua et de l'aymara

Conscient qu'on n'évangélise pas dans une langue étrangère, l'archevêque, déjà âgé, se met à apprendre les langues indiennes — le quechua et l'aymara — pour confesser, prêcher et confirmer les indigènes sans intermédiaire.[37][38] Il imposera la même exigence à son clergé : la connaissance des langues natives devient une condition pour exercer le ministère auprès des Indiens.[39] Loin de l'évangélisation de surface, Turibio veut une foi comprise par ceux qui la reçoivent.

Près d'un demi-million de confirmations

Le labeur pastoral de saint Turibio de Mogrovejo résumé par les principaux chiffres transmis par les sources — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le fruit chiffré de cet apostolat itinérant est saisissant : la Catholic Encyclopedia (1912) et les notices wikipédiennes avancent — d'après la tradition hagiographique — que Turibio baptisa et confirma près d'un demi-million d'âmes.[40][41][42] Le nombre de paroisses de son archidiocèse passa, selon la notice espagnole, de 150 à 250 durant son gouvernement.[43] Sous sa houlette, l'Église du Pérou cesse d'être une administration coloniale fragile pour devenir un corps vivant.

Le diocèse de Turibio en chiffresDonnée rapportée
Étendue parcourue≈ 18 000 milles, traversés trois fois
Durée de la 1ʳᵉ visite pastorale≈ 7 ans
Âmes baptisées et confirmées≈ 500 000
Paroisses (début → fin de l'épiscopat)≈ 150 → 250
Conciles provinciaux présidés3 (1582-1583, 1591, 1601)
Synodes diocésains tenus13

Le réformateur : les conciles de Lima

Le IIIᵉ concile provincial de Lima (1582-1583)

Page de titre de la Doctrina Christiana y Catecismo para instrucción de los Indios, premier livre imprimé en Amérique du Sud — Wikimedia Commons, domaine public.

Turibio n'était pas seulement un marcheur infatigable : c'était un législateur ecclésiastique de premier ordre. Il réunit et présida le IIIᵉ concile provincial de Lima, ouvert le 15 août 1582 et clos le 13 octobre 1583 selon l'UNESCO (la notice Wikipédia Third Council of Lima indique pour sa part le 18 octobre) — le plus important des conciles liméniens du XVIᵉ siècle, car il organisa durablement l'Église de toute l'Amérique du Sud.[44] Y participèrent les évêques du sous-continent ; l'archevêque en fut non seulement le président mais l'âme, rédigeant lui-même les documents majeurs.[45] Les originaux de ce concile, conservés à Lima, sont aujourd'hui inscrits au registre « Mémoire du monde » de l'UNESCO.[46]

Le catéchisme trilingue et le premier livre imprimé d'Amérique du Sud (1584)

Le concile décida la publication d'un catéchisme unique pour toute la province, traduit dans les deux grandes langues du pays. La Doctrina Christiana y Catecismo para instrucción de los Indios fut imprimée à Lima en 1584-1585 par Antonio Ricardo — le tout premier livre imprimé en Amérique du Sud — en espagnol, quechua et aymara.[47] C'est aussi le premier texte imprimé où figure le quechua, ce qui lui confère une portée culturelle considérable au-delà même de l'histoire religieuse.[48] Pour Turibio, l'imprimerie était au service d'une conviction : donner aux Indiens un enseignement clair, homogène et accessible de la foi.

Synodes diocésains et application de Trente

Au IIIᵉ concile s'ajoutèrent deux autres conciles provinciaux (1591 et 1601) et treize synodes diocésains.[49][50] Turibio appliquait ainsi méthodiquement les décrets du concile de Trente (1545-1563) à un monde neuf : formation du clergé, résidence des pasteurs, tenue des registres, lutte contre les abus. Il fut, au Pérou, l'équivalent de ce que saint Charles Borromée fut à Milan : un évêque réformateur modèle de la Réforme catholique.

Le séminaire de Lima (1591) — le premier des Amériques

L'héritage institutionnel de Turibio : concile, catéchisme, séminaire, synodes et formation du clergé — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Parce qu'il n'y a pas d'Église durable sans clergé bien formé, Turibio fonda en 1591 le séminaire de Lima (Séminaire Saint-Toribio), le premier établissement de formation sacerdotale de tout l'hémisphère occidental.[51][52][53] Il y voulait des prêtres instruits, vertueux et capables de parler aux Indiens dans leur langue. Cette fondation, prolongée par d'innombrables séminaires sur le continent, fait de lui le père de la formation sacerdotale en Amérique latine.

Le défenseur des Indiens face au pouvoir

« Le Christ a dit : Je suis la Vérité, non la coutume »

Dans un Pérou colonial où l'exploitation des Indiens — notamment par le système de la mit'a, le travail forcé des mines — était souvent excusée au nom de la « coutume », Turibio opposa une parole tranchante, empruntée à Tertullien et devenue sa devise face aux abus :

« Le Christ a dit : "Je suis la Vérité" ; il n'a pas dit : "Je suis la coutume." » — Saint Turibio de Mogrovejo, citant Tertullien[54]

Pour lui, aucune pratique, si ancienne soit-elle, ne pouvait prévaloir contre la justice et la vérité de l'Évangile ; les actions des hommes se pèsent, disait-il, « à la balance véritable du sanctuaire », non aux mesures du monde.[55] Cette fermeté évangélique fait de lui un avocat des droits des peuples indigènes, dont il dénonça sans relâche les mauvais traitements.[56][57]

Conflits avec les vice-rois et l'excommunication du maire de Lima

Cette intransigeance lui valut de durs conflits avec le pouvoir civil. Turibio n'hésita pas à reprendre les vice-rois sur les abus de l'administration coloniale, ni à défendre l'immunité de l'Église : il alla jusqu'à excommunier le maire (corregidor) de Lima, Juan Ortiz de Zárate, pour avoir arraché de force un homme réfugié dans le droit d'asile d'une église.[58] Un autre différend célèbre l'opposa au vice-roi García Hurtado de Mendoza à propos du blason que celui-ci voulait apposer sur le séminaire.[59] À chaque fois, l'archevêque préféra le risque de la disgrâce à la compromission. Il incarne ainsi, dans le Nouveau Monde, la liberté de l'Église face au bras séculier.

La charité cachée

Sa fermeté envers les puissants avait pour revers une tendresse inépuisable envers les pauvres. À Lima, il visitait chaque jour les hôpitaux pour consoler les malades ; pendant une épidémie, il distribua jusqu'à ses effets personnels.[60] Surtout, il dissimulait sa charité : il aidait secrètement les Espagnols ruinés que la honte empêchait de mendier, et ne permit jamais que son nom fût inscrit sur les fondations qu'il dotait.[61] L'homme qui affrontait les vice-rois en public se cachait pour faire le bien.

Une famille de saints autour de lui

Le ministère de Turibio fit de Lima un foyer de sainteté dont les fruits dépassent sa propre génération. Deux grandes figures de la Lima de son temps furent confirmées de sa main :

Les saints de Lima au temps de Turibio : Rose de Lima, Martin de Porrès, François Solano et Jean Macías autour du pasteur missionnaire — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Deux autres saints appartiennent au même foyer liménien sans avoir été confirmés par lui :

  • Saint François Solano (1549-1610) — le grand missionnaire franciscain du Pérou et de l'Argentine, déjà prêtre (ordonné en Espagne en 1576) quand il gagna le Nouveau Monde en 1589 : il devint après 1590 l'ami et le collaborateur de Turibio, non l'un de ses confirmés.[66][67]
  • Saint Jean Macías (1585-1645) — humble frère dominicain portier, ami de Martin de Porrès, parti pour les Amériques en 1619 et entré au couvent de Lima en 1622, soit seize ans après la mort de Turibio (1606) : il relève de la génération suivante du même foyer.[68]

Qu'une telle floraison de sainteté soit née autour de lui dit assez quel terreau spirituel Turibio sut préparer. L'évangélisation qu'il conduisit dépasse de loin le dossier institutionnel des missions auprès des Indiens : elle enfanta des saints.

La spiritualité de saint Turibio

« Le temps n'est pas à nous »

Toute l'énergie de cet homme — les milliers de milles, les conciles, les confirmations, les combats — s'enracine dans une conscience aiguë de l'éternité. Sa sentence favorite, qu'il aimait répéter, résume sa spiritualité du devoir :

« Le temps n'est pas à nous, et nous devrons en rendre un compte rigoureux. » — Saint Turibio de Mogrovejo[69]

Cette parole n'était pas un slogan d'activiste : elle naissait d'une vie d'oraison. Turibio célébrait la messe chaque jour avec une grande dévotion, passait de longues heures en prière devant le Saint-Sacrement et préparait ses tournées comme un combat spirituel.[70] L'action débordante de l'archevêque était le rayonnement d'une intériorité brûlante.

Oraison, pénitence et pauvreté

À la prière, Turibio joignait une austérité personnelle rigoureuse : jeûnes, pénitences, pauvreté de vie, alors même qu'il maniait des ressources considérables au service des autres. Il vivait dépouillé pour donner sans compter. Sa sainteté n'est pas celle d'un mystique retiré mais celle d'un pasteur dévoré par le zèle des âmes, à la manière dont l'avaient été, en Europe, Charles Borromée ou, aux Indes orientales, François Xavier.

La mort à Saña (23 mars 1606)

Cathédrale de Lima, où fut transféré le corps de saint Turibio de Mogrovejo — photo Wikimedia Commons, Diego Delso, CC BY-SA 4.0.

Au cours d'une de ses interminables visites pastorales, Turibio contracta une fièvre dans la région de Pacasmayo, sur la côte nord. Il poursuivit néanmoins sa route jusqu'à Saña (Zaña), où, sentant sa fin venir, il se prépara à mourir avec sérénité.[71][72] La tradition rapporte qu'il prédit le jour et l'heure de sa mort.[73] Il s'éteignit le 23 mars 1606, à 67 ans, en murmurant la parole du Christ en croix :

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. » — Évangile selon saint Luc, 23, 46, dernières paroles de saint Turibio[74][75]

Son corps, transféré l'année suivante à la cathédrale de Lima, aurait été retrouvé intact.[76] Là où il était passé, il laissait des séminaires, des églises, des hôpitaux — et le souvenir d'un pasteur qui s'était dépensé jusqu'au bout.

Béatification, canonisation et patronage

De l'autel des bienheureux à celui des saints

La renommée de sainteté de Turibio fut immédiate. Le pape Innocent XI le béatifia le 2 juillet 1679, et le pape Benoît XIII le canonisa le 10 décembre 1726.[77][78][79] Sa fête, longtemps fixée au 27 avril, est aujourd'hui célébrée le 23 mars, jour de sa mort, dans le calendrier romain.[80][81]

ÉtapeDatePape
Naissance à Mayorga16 novembre 1538—
Inquisiteur de Grenadevers 1571(Philippe II)
Nommé archevêque de Lima16 mai 1579Grégoire XIII
Sacre épiscopal (Séville)août 1580—
IIIᵉ concile de Lima1582-1583—
Fondation du séminaire de Lima1591—
Mort à Saña23 mars 1606—
Béatification2 juillet 1679Innocent XI
Canonisation10 décembre 1726Benoît XIII
Patron de l'épiscopat latino-américain1983Jean-Paul II

Patron de l'épiscopat latino-américain (Jean-Paul II, 1983)

De la mort à Saña au patronage de l'épiscopat latino-américain : la réception ecclésiale de saint Turibio — infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1983, le pape Jean-Paul II proclama saint Turibio de Mogrovejo patron de l'épiscopat latino-américain, reconnaissant en lui le modèle de l'évêque pour tout un continent.[82] Le pape soulignait que les évêques réunis au sein du CELAM professaient « une vénération singulière » pour cet archevêque de Lima qui, à la charnière des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, avait exercé sa charge pastorale « avec le zèle le plus ardent ».[83] Patron du Pérou et de l'archidiocèse de Lima selon les notices, et invoqué comme défenseur modèle des droits des indigènes — sans proclamation officielle connue à ce titre —, Turibio demeure la grande figure tutélaire de l'Église d'Amérique latine — dont il fut, pour ainsi dire, le second fondateur.

Ce que saint Turibio laisse à l'Église

Saint Turibio de Mogrovejo traverse les siècles comme le type achevé du pasteur missionnaire. Juriste devenu évêque par obéissance, il aurait pu gouverner depuis sa cathédrale ; il choisit la route, la montagne, la langue de l'autre, le service du plus pauvre. Il unit en lui des dons que l'on croit souvent incompatibles : la rigueur du légiste et la tendresse du père, l'organisation conciliaire et la marche missionnaire, la fermeté face aux puissants et l'humilité dans la charité cachée.

Son message reste d'une brûlante actualité pour l'Église : la vérité de l'Évangile ne se négocie pas avec les « coutumes » injustes, et le temps reçu de Dieu doit être rendu plein. À l'heure où l'Amérique latine compte parmi les plus grands foyers du catholicisme mondial, elle se souvient que ses racines furent plantées par un homme qui usa ses sandales — et ses pieds nus — pour porter le Christ jusqu'au bout des Andes :

« Le Christ a dit : Je suis la Vérité ; il n'a pas dit : Je suis la coutume. » — Saint Turibio de Mogrovejo[84]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (FR), « Toribio de Mogrovejo » : fr.wikipedia.org. Notice biographique : Toribio Alfonso de Mogrovejo y Robledo, né le 16 novembre 1538 à Mayorga (León), mort le 23 mars 1606 à Zaña (Pérou) ; nommé président du tribunal de l'Inquisition de Grenade par Philippe II alors qu'il est encore laïc ; ordonné prêtre en 1578 ; archevêque de Lima ; trois visites pastorales à pied à travers un diocèse plus vaste que la moitié de la France ; fondation du séminaire de Lima en 1591 (première institution de formation ecclésiastique d'Amérique latine) ; apprentissage des langues indigènes ; mise en œuvre des réformes du concile de Trente ; béatifié en 1679 par Innocent XI, canonisé en 1726 par Benoît XIII ; fête le 23 mars ; patron de l'épiscopat latino-américain et de l'archidiocèse de Lima.

    1 13
  2. Wikipedia (EN), « Turibius of Mogrovejo » : en.wikipedia.org. Recoupement détaillé : full name Toribio Alfonso de Mogrovejo, born 16 November 1538 in Mayorga de Campos (Valladolid, kingdom of León), son of Luis Alfonso de Mogrovejo and Ana de Robles ; studied humanities at Valladolid, law at Salamanca (later joined its faculty), studied at Coimbra with his uncle Juan de Mogrovejo ; appointed Grand Inquisitor at Granada by Philip II ; named Archbishop of Lima by Pope Gregory XIII on 16 May 1579, ordained priest 1578, consecrated 23 August 1580 at Seville Cathedral by Cristóbal de Rojas y Sandoval ; arrived at Paita 12 May 1581 and walked ~970 km to Lima ; archdiocese ~1,340,000 km² ; confirmed nearly half a million people, including Rose of Lima, Martin de Porres, Juan Masías and Francis Solanus (cette notice, comme la Catholic Encyclopedia, mêle baptisés et confirmés et range les quatre saints parmi eux ; la mise au point — seuls Rose et Martin furent confirmés de sa main — est faite dans le corps de l'article, section « Une famille de saints ») ; founded the first seminary of the Western Hemisphere in 1591 ; required priests to learn indigenous languages ; produced a trilingual catechism (Spanish/Quechua/Aymara, 1584) ; presided the Third Provincial Council of Lima (1582-1583) and councils of 1591 and 1601, plus thirteen diocesan synods ; championed indigenous rights against the mit'a and colonial abuses ; excommunicated Lima's mayor Juan Ortiz de Zárate for violating sanctuary ; dispute with viceroy García Hurtado de Mendoza ; died 23 March 1606 at Saña (Zaña), last words « Lord, into your hands I commit my spirit » (Luke 23:46) ; buried in Lima Cathedral ; beatified 2 July 1679 by Innocent XI, canonized 10 December 1726 by Benedict XIII ; feast 23 March (formerly 27 April) ; in 1983 John Paul II proclaimed him patron of the Latin American episcopate.

    2 5 8 10 14 19 24 25 27 29 32 39 41 49 51 56 58 59 63 64 67 71 74 77
  3. Catholic Encyclopedia (New Advent), « St. Toribio Alfonso Mogrovejo » : newadvent.org/cathen/14781a.htm. Source de référence : né à Mayorga (León) en 1538 ; professeur de lois à l'université de Salamanque ; nommé Grand Inquisiteur par Philippe II en raison de sa science et de sa vertu, bien que n'étant pas de rang ecclésiastique ; reçoit les ordres en 1578, consacré évêque deux ans plus tard ; débarque à Payta le 24 mai 1581 ; sentence favorite : « Le temps n'est pas à nous, et nous devrons en rendre un compte rigoureux » ; parcourt 18 000 milles de son diocèse trois fois, surtout à pied ; baptise et confirme près d'un demi-million d'âmes, dont saint Rose de Lima, saint François Solano, le bienheureux Martin de Porrès et le bienheureux Masías (même amalgame baptisés/confirmés : voir la mise au point dans le corps de l'article, section « Une famille de saints ») ; fonde le premier séminaire américain à Lima en 1591 ; réunit 13 synodes diocésains et 3 conciles provinciaux ; construit routes, écoles, chapelles, hôpitaux et couvents ; prédit le jour et l'heure de sa mort ; contracte une fièvre à Pacasmayo et meurt le 23 mars 1606 ; béatifié par Innocent XI, canonisé par Benoît XIII en 1726 ; fête au 27 avril (ancien calendrier).

    3 12 16 18 21 30 31 34 40 50 52 62 69 72 73 79 80
  4. EWTN, « St. Turibius de Mogrovejo » : ewtn.com. Notice rapportant : né le 16 novembre 1538 dans le royaume de León, second fils du seigneur de Mogrovejo ; piété dès l'enfance (autels, service des pauvres) ; études à Valladolid et Salamanque ; juge en chef à Grenade pendant cinq ans sous Philippe II ; résistance initiale à la nomination, se croyant indigne ; ordres mineurs reçus de dimanche en dimanche, sacre épiscopal ; arrivée à Lima en 1581 à 43 ans ; première visite diocésaine de sept ans, à pied et parfois pieds nus sur les Andes ; apprentissage tardif des langues indigènes ; messe quotidienne avec grande dévotion ; visite quotidienne des hôpitaux, distribution de ses biens pendant la peste, charité cachée (jamais son nom sur les fondations) ; formule citant Tertullien : « Le Christ s'appelle la Vérité, non la coutume », jugement « à la balance véritable du sanctuaire » ; corps retrouvé intact lors du transfert à Lima ; mort le 23 mars 1606 ; béatifié par Innocent XI en 1679, canonisé par Benoît XIII en 1726.

    4 7 15 17 22 36 37 54 55 60 61 70 76 84
  5. Wikipedia (ES), « Toribio de Mogrovejo » : es.wikipedia.org. Source en langue native : nombre completo Toribio Alfonso de Mogrovejo y Robledo (16 nov. 1538, Mayorga – 23 mar. 1606, Zaña) ; estudió derecho civil y canónico en Salamanca, donde luego enseñó, y en Coímbra ; inquisidor general de Granada ; nombrado 2º arzobispo de Lima por Gregorio XIII el 16 de mayo de 1579 ; ordenado sacerdote en 1578, consagrado en agosto de 1580 en la catedral de Sevilla ; toma de posesión canónica el 12 de mayo de 1581 ; presidió el III Concilio de Lima (1582-1583) que produjo el catecismo trilingüe (español, quechua, aimara) ; fundó el primer seminario americano en Lima (1591) ; tres visitas pastorales a pie bautizando cerca de medio millón de personas ; parroquias de ~150 a ~250 ; confirmó a Rosa de Lima, Martín de Porres, Francisco Solano y Juan Masías (même amalgame qu'en anglais : voir la mise au point dans le corps de l'article, section « Une famille de saints ») ; beatificado el 28 de junio / 2 de julio de 1679 por Inocencio XI, canonizado el 10 de diciembre de 1726 por Benedicto XIII ; fiesta el 23 de marzo ; patrono del episcopado hispanoamericano.

    6 9 11 20 23 26 28 33 38 42 43 53 78
  6. Évangile selon saint Jean, 10, 3.11 : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. […] Il appelle ses brebis chacune par son nom, et il les mène. » Traduction française usuelle ; texte appliqué traditionnellement aux saints pasteurs comme Turibio.

    35
  7. UNESCO — Mémoire du monde (Amérique latine et Caraïbes), « Originals of the Lima Council by its Archbishop Toribio Mogrovejo, 1582-1583 » : unesco.org. Le IIIᵉ concile de Lima, ouvert le 15 août 1582 et clos le 13 octobre 1583, est le plus important des trois conciles liméniens du XVIᵉ siècle car il organisa définitivement l'Église en Amérique ; tous les évêques d'Amérique du Sud y assistèrent avec l'archevêque Toribio Alfonso de Mogrovejo et le vice-roi Martín Enríquez de Almansa ; comme métropolitain, Toribio en fut le président et l'âme, rédigeant personnellement les documents les plus importants ; les originaux sont inscrits au registre Mémoire du monde. La page UNESCO date le concile : commencé le 15 août 1582, achevé le 13 octobre 1583.

    44 45 46
  8. Sur la Doctrina Christiana y Catecismo para instrucción de los Indios (Lima, 1584) : UNESCO (registre du concile de Lima, supra) et sources documentaires sur l'imprimerie coloniale péruvienne (Antonio Ricardo). Le catéchisme ordonné par le IIIᵉ concile de Lima fut imprimé à Lima entre 1584 et 1585, traduit dans les deux langues générales du royaume, le quechua et l'aymara, « avec licence de la Real Audiencia, en la Ciudad de los Reyes, par Antonio Ricardo, premier imprimeur de ces royaumes du Pérou » ; c'est le premier livre imprimé en Amérique du Sud et le premier texte imprimé où apparaît le quechua. Cf. Tercer Concilio de Lima (Wikipedia ES) : es.wikipedia.org.

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  9. Omnes Mag, « Santo Toribio Mogrovejo, patron saint of Latin American bishops » : omnesmag.com. En 1983 (10 mai 1983), le pape Jean-Paul II accorda à Toribio de Mogrovejo le titre de patron des évêques d'Amérique latine, déclarant que les évêques réunis dans le CELAM professent « une vénération singulière » pour saint Toribio de Mogrovejo, archevêque de Lima, qui durant la seconde moitié du XVIᵉ siècle et le début du XVIIᵉ exerça sa charge pastorale « avec le zèle le plus ardent » envers les fidèles confiés à lui. L'article souligne aussi sa défense de la dignité des Indiens.

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  10. National Catholic Register, « 5 Saints of Peru You Should Know » : ncregister.com. À propos de saint Martin de Porrès, né à Lima en 1579 : « Like St. Rose, he too was confirmed in the faith by Lima's archbishop, St. Turibius » — confirmation de Turibio attestée pour Rose comme pour Martin.

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  11. Wikipedia (EN), « Francis Solanus » : en.wikipedia.org. Né le 10 mars 1549 à Montilla (Espagne), ordonné prêtre en 1576 en Espagne, il ne gagne le Nouveau Monde qu'en 1589 — il ne peut donc pas figurer parmi les confirmés de Turibio, dont il devint en revanche l'ami et le collaborateur après 1590.

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  12. Wikipedia (EN), « Juan Macías » : en.wikipedia.org. Né le 2 mars 1585 en Estrémadure, parti pour les Amériques en 1619, il évangélise le Pérou à partir de 1620 et entre au prieuré dominicain de Lima le 23 janvier 1622 — soit seize ans après la mort de Turibio (23 mars 1606) : il appartient à la génération suivante du foyer liménien.

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  13. Évangile selon saint Luc, 23, 46 : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » — parole du Christ en croix, reprise par saint Turibio à l'heure de sa mort selon la tradition (cf. Wikipedia EN, supra).

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  14. Vatican / Saint du jour, « 23 March: Turibius of Mogrovejo, Archbishop of Lima » : vaticanstate.va. Notice liturgique confirmant la fête au 23 mars et la qualité d'archevêque de Lima, organisateur de l'Église péruvienne et défenseur des indigènes.

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