Louis Bertrand (en espagnol Luis Bertrán, en valencien Lluís Bertran, 1526-1581) est un frère prêcheur dominicain de Valence, resté dans l'histoire comme l'un des plus grands missionnaires de la Réforme catholique en Amérique du Sud. Apparenté par son père à saint Vincent Ferrier, il fut d'abord, en Espagne, un maître des novices exigeant et un prédicateur qui remplissait les places publiques, avant de traverser l'Atlantique en 1562 pour évangéliser la Nouvelle-Grenade (l'actuelle Colombie) et le Panamá.[1][2][3]
Sept années durant, il baptisa des milliers d'Indiens — la bulle de canonisation affirme qu'il fut « miraculeusement doté du don des langues », comprenant et se faisant comprendre de peuples aux idiomes différents alors qu'il ne prêchait qu'en espagnol.[4][5] Défenseur intrépide des indigènes contre les abus des colons, il survécut à des tentatives d'empoisonnement restées célèbres dans son iconographie.[6][7] Revenu épuisé en Espagne en 1569, il y passa ses douze dernières années comme prieur, prédicateur et conseiller spirituel — notamment de sainte Thérèse d'Avila — avant de mourir à Valence le 9 octobre 1581, veillé jusqu'au bout par son ami saint Jean de Ribera, archevêque de la ville.[8][9]
Béatifié dès 1608 par Paul V, il fut canonisé le 12 avril 1671 par Clément X dans une cérémonie commune restée célèbre, aux côtés de Rose de Lima — première sainte du Nouveau Monde —, de François Borgia, de Gaétan de Thiene et de Philippe Benizi.[10][11] En 1690, le pape Alexandre VIII le proclama patron principal de la Colombie, où sa mémoire demeure vivante quatre siècles après son passage.[12][13]
Un enfant de Valence dans la lignée de saint Vincent Ferrier
Naissance et jeunesse (1526-1544)
Luis Bertrán naît le 1ᵉʳ janvier 1526 à Valence, dans une famille chrétienne aisée, fils de Juan Bertrand et de Juana Ángela Exarch.[14][15] Par son père, il descend de la même lignée que saint Vincent Ferrier, le grand thaumaturge dominicain mort plus d'un siècle plus tôt — une parenté que les biographes anciens ne manquent jamais de souligner comme un signe providentiel.[16][17] Dès l'enfance, il adopte deux pratiques qu'il gardera toute sa vie : la récitation quotidienne du petit Office de la Vierge et la communion fréquente, rare à une époque où elle restait peu répandue chez les laïcs.[18]
Adolescent, sa soif d'absolu le pousse à des gestes extrêmes : il s'enfuit une première fois de la maison familiale pour vivre en mendiant, à l'imitation de saint Alexis et de saint Roch, mais un serviteur de son père le rattrape à Buñol, à une quarantaine de kilomètres de Valence — la ville dont il deviendra plus tard l'un des patrons.[19] Il envisage un temps d'entrer chez les Frères Mineurs avant qu'un religieux ne l'oriente vers les Prêcheurs.[20]
L'entrée chez les Prêcheurs (26 août 1544)
Malgré l'opposition de son père, qui espérait pour lui une autre carrière, Louis reçoit l'habit dominicain au couvent Saint-Dominique de Valence le 26 août 1544.[21][22] Il est ordonné prêtre en 1547 par l'archevêque de Valence, saint Thomas de Villeneuve, lui-même bientôt canonisé.[23][24] Un contemporain le décrit alors comme « très austère dans sa vie, extrêmement sobre dans le manger »[25] — traits qui annoncent le rigoureux ascète des années suivantes.
Le maître des novices et le prédicateur de la peste (1547-1562)
Maître des novices à vingt-trois ans, sept fois dans sa vie
À peine ordonné, Louis Bertrand est nommé maître des novices du couvent de Valence dès l'âge de vingt-trois ans, charge qu'il exercera au total sept fois au cours de son existence, entrecoupée par d'autres missions.[26][27] Sa pédagogie spirituelle allie une exigence ascétique réelle à une tendresse profonde envers les jeunes religieux, ce qui vaudra à l'Ordre des Prêcheurs de faire de lui, plus tard, le patron des maîtres des novices.[28][29]
La peste d'Albaida et la charité du prieur (1557)
À trente et un ans, il est élu prieur du couvent Santa Ana d'Albaida.[30] La communauté traverse alors une extrême pauvreté ; les biographes racontent que par sa prière nocturne, elle en vint pourtant à pouvoir « faire de grandes aumônes aux pauvres ».[31] C'est durant cette période, vers 1557, que sévit une épidémie de peste dans la région : Louis s'y dépense sans compter, soignant les malades, préparant les mourants et ensevelissant lui-même de ses mains les victimes que nul n'osait plus approcher.[32][33] Cette charité concrète, exercée au péril de sa propre vie, dessine déjà le missionnaire qu'il deviendra en Amérique.
Le prédicateur qui remplissait les places publiques
Sa réputation de prédicateur grandit rapidement : les églises de Valence ne pouvant plus contenir les foules venues l'entendre, il doit prêcher sur les places publiques.[34][35] Sa force ne tient pourtant pas à l'éloquence : « bien que sa voix ne fût pas très sonore, la ferveur avec laquelle il parlait touchait un grand nombre ».[36] Le père Antist, son premier biographe et contemporain, notait aussi son érudition peu commune :
« Dans toute cette province, il n'y a pas de religieux qui ait lu autant de livres d'un bout à l'autre. » — Père Vicente Justiniano Antist, premier biographe de saint Louis Bertrand, 1583[37]
Conseiller de sainte Thérèse d'Avila (1560)
En 1560, sainte Thérèse d'Avila, engagée dans la réforme du Carmel, lui écrit pour recueillir son discernement sur cette entreprise encore fragile et contestée.[38][39] Après plusieurs mois de réflexion, Louis lui répond avec une assurance prophétique :
« Je vous assure, au nom même du Seigneur, que vous devez avoir courage pour une si grande entreprise : d'ici cinquante ans, votre ordre ne sera pas l'un des moins illustres de l'Église de Dieu. » — Saint Louis Bertrand, lettre à sainte Thérèse d'Avila, 1560[40][41]
Cette parole, dont l'histoire confirma la justesse bien au-delà des cinquante années annoncées, atteste un don de discernement que ses contemporains lui reconnaissaient largement : il répondait, dit-on, « à des questions non formulées », corrigeait des péchés cachés et devinait des vocations.[42]
L'appel du Nouveau Monde (1562)
Le départ de Séville et la traversée
En Carême 1562, deux frères dominicains arrivent au couvent de Valence en quête de renforts pour les missions d'Amérique : Louis Bertrand est le premier à se porter volontaire.[43] Il embarque à Séville sur un galion en partance pour le Nouveau Monde ; pendant la traversée, une blessure lui laisse une claudication prononcée qui ne le quittera plus.[44][45] Trois mois plus tard, le religieux « long, maigre et émacié » débarque à Carthagène des Indes.[46]
Carthagène des Indes, porte de la mission
De Carthagène, Bertrand rayonne vers l'intérieur du pays : il est envoyé à Tubará, petite bourgade andine, où il demeure trois ans, dotant le lieu d'une église et d'une école.[47] Sa méthode d'évangélisation, aussi simple que radicale, est résumée par ses biographes : « quand tout se retournait contre lui, quelques heures ou quelques jours de prière et de pénitence faisaient entrer, dans sa pauvre action, l'action même du Christ. »[48] Il refuse bourse et provisions, s'en remettant à la seule Providence, et pénètre les régions les plus reculées « sans bourse ni besace ».[49]
Tubará, Panamá, Santa Marta : une moisson chiffrée
Les sources s'accordent sur l'ampleur numérique de son apostolat, tout en variant sur le détail des chiffres. Selon la Catholic Encyclopedia et plusieurs biographies, il convertit environ 6 000 personnes au Panamá, quelque 10 000 à Tubará et jusqu'à 15 000 dans la province de Santa Marta.[50][51] Une source espagnole plus circonstanciée, en revanche, ne rapporte pour les trois années passées à Tubará que « de nombreuses conversions d'Espagnols et le baptême d'environ deux mille Indiens »[52] — un écart que l'honnêteté encyclopédique impose de signaler plutôt que de gommer.
| Région évangélisée | Durée | Conversions rapportées | Source |
|---|---|---|---|
| Panamá | quelques mois | ≈ 6 000 | Catholic Encyclopedia, Catholic Answers |
| Tubará | 3 ans (1562-1565 env.) | 2 000 à 10 000 selon les sources | Divergence signalée |
| Santa Marta (province) | — | ≈ 15 000 | Catholic Encyclopedia, Catholic Answers |
| Autres lieux (Paluato, Cipacoa, Portobelo, Petite Antilles) | — | non chiffré | Wikipédia ES |
Preuve concrète de ce travail : le registre baptismal de Tubará, écrit de la propre main de Louis Bertrand, atteste que la totalité des habitants du lieu avait été convertie — document que les biographes citent comme la démonstration la plus tangible de son ministère.[53][54]
Le don des langues et le registre baptismal
La bulle de canonisation elle-même retient ce trait remarquable : Louis Bertrand ne parlait que l'espagnol, mais fut compris de peuples parlant des langues différentes, phénomène que Rome qualifia officiellement de don surnaturel des langues.[55][56] Un compagnon de mission rapporte aussi qu'il vit Bertrand faire le signe de croix sur des bêtes féroces rencontrées en chemin, qui devenaient aussitôt « apprivoisées et sans férocité »[57] ; sur l'île de Saint-Vincent, en étendant les bras en croix devant un grand arbre, « l'image de la croix apparut parfaitement, comme en bas-relief, sur le tronc »[58] — récit resté un des motifs de sa dévotion populaire aux Antilles.
Face aux encomenderos : le sang des Indiens
Bertrand ne se contente pas de baptiser : il dénonce publiquement les abus des colons espagnols envers les populations indigènes, dans la ligne du combat entamé une génération plus tôt par le dominicain Bartolomé de Las Casas, avec qui il entretint une correspondance directe.[59] L'ancien évêque de Chiapas lui écrivit ainsi, reconnaissant qu'il prêchait « avec un fruit singulier », tout en l'avertissant sur la question délicate de l'absolution des encomenderos qui traitaient « tyranniquement » les indigènes.[60][61] Lors d'un banquet réunissant des propriétaires terriens, Bertrand interpella crûment ses hôtes :
« Voulez-vous vous détromper que c'est le sang des Indiens que vous mangez ? » — Saint Louis Bertrand, s'adressant à des encomenderos de Nouvelle-Grenade[62]
Il pressa alors dans ses mains des galettes de maïs (arepas), qui « se mirent à distiller du sang sur les nappes » — un geste prophétique qui, selon la tradition, glaça d'effroi l'assemblée, laquelle « s'efforça toujours de le cacher ».[63] Cette dénonciation, frontale et publique, place Bertrand dans la lignée des grandes voix dominicaines qui, dès le lendemain de la conquête, refusèrent de laisser la « coutume coloniale » couvrir l'injustice faite aux Indiens.
Les prodiges du missionnaire
Le calice empoisonné
L'épisode le plus célèbre de sa mission américaine concerne une tentative d'empoisonnement. Un chef indigène, hostile à sa prédication, lui proposa de croire au Christ s'il survivait à un poison mortel ; un autre récit précise qu'un prêtre autochtone, par jalousie, lui présenta un calice empoisonné au moment même de la messe.[64][65] Louis fit le signe de croix sur la coupe et la but d'un trait ; selon la tradition retenue par l'iconographie dominicaine, des serpents jaillirent alors du calice, révélant sa vraie nature — puis il baptisa, sous le choc de ce prodige, « quelques centaines d'Indiens de plus, stupéfaits et convertis ».[66][67] Une autre source précise qu'il survécut cinq jours durant, suspendu entre vie et mort, avant de se rétablir.[68] C'est cet épisode qui explique pourquoi l'iconographie traditionnelle le représente tenant un calice d'où s'échappe un serpent, et, dans l'autre main, un crucifix surmontant un pistolet — souvenir d'une autre légende où une arme braquée contre lui se change en croix dès qu'il la bénit.[69][70]
Les fauves apprivoisés et la croix sur l'arbre
D'autres récits, moins connus mais rapportés par les mêmes biographes, décrivent sa protection surnaturelle face aux dangers de la forêt tropicale et aux résistances des cultes locaux : un Indien tenta de le frapper d'une massue de guerre (macana), geste que la tradition dit détourné par une intervention divine, tandis qu'un autre chef, terrorisé à l'idée de renoncer à son idole, vit Bertrand lui-même renverser la statue à coups de pied jusqu'à libérer la communauté de sa crainte.[71] Le missionnaire raconte aussi avoir traversé des tentations démoniaques par voies de visions, d'accusations intérieures et même d'un faux ermite venu le décourager — épreuves qu'il surmonta, selon ses biographes, par la seule persévérance dans la prière.[72]
La correspondance avec Bartolomé de las Casas
Si l'on ne peut établir avec une certitude absolue la fréquence de leurs échanges, plusieurs biographies rapportent que le grand défenseur des Indiens, ancien évêque de Chiapas, resta en lien épistolaire avec Bertrand pendant sa mission de Nouvelle-Grenade — signe que le jeune missionnaire valencien s'inscrivait consciemment dans le sillage du combat entamé par Las Casas dès les années 1510 pour la reconnaissance de l'humanité pleine et entière des peuples amérindiens.[73][74] Épuisé physiquement et moralement par une cruauté coloniale qu'il ne pouvait pas réformer seul, Bertrand demande à rentrer en Europe après sept années de mission : il débarque à Séville en 1569, « émacié et amaigri ».[75][76]
Le retour à Valence et les dernières charges (1569-1581)
Prieur de San Onofre, prédicateur général, prieur de Valence
De retour, Bertrand occupe successivement plusieurs charges dominicaines majeures : prieur du couvent de San Onofre à Museros, prédicateur général de la province d'Aragon à partir de 1574, puis prieur du couvent Saint-Dominique de Valence de 1575 à 1578.[77] Comme prédicateur général, il parcourt Valence, Castellón et Alicante ; son style, simple et vibrant, s'appuie fréquemment sur des anecdotes tirées de sa propre mission américaine, qu'il raconte le plus souvent à la troisième personne par humilité.[78]
Le rapport de 1579 sur les morisques
En 1579, le vice-roi, consulté par le roi Philippe II sur l'opportunité d'expulser les morisques (descendants de musulmans convertis) du royaume de Valence, sollicite l'avis de Louis Bertrand. Son rapport, d'une grande franchise, reconnaît d'abord que nombre d'entre eux avaient été baptisés de force :
« Cela n'a pas été bien fait, et plût à Dieu que cela ne se fût jamais produit. » — Saint Louis Bertrand, rapport sur la question morisque, 1579[79]
Mais il juge la situation religieuse alarmante, estimant que les morisques sont « presque tous hérétiques, et même apostats, ce qui est pire [...] et gardent les cérémonies de Mahomet autant qu'ils le peuvent »[80], et propose de ne plus baptiser les enfants qui resteraient élevés par des parents restés musulmans dans l'âme, jugeant « qu'il vaut mieux qu'ils soient musulmans que hérétiques ou apostats ».[81] Cet avis, endossé par son ami saint Jean de Ribera dans des lettres adressées au roi, n'aboutit pas de son vivant : Philippe II n'accorda son autorisation à l'expulsion des morisques valenciens qu'en 1609, sous son successeur.[82] Cet épisode, aujourd'hui lu avec le recul de l'histoire des mentalités du XVIᵉ siècle, montre combien le zèle missionnaire de Bertrand, réel et sacrificiel envers les Indiens, s'exerçait aussi dans le climat de suspicion religieuse propre à l'Espagne de la Contre-Réforme.
L'amitié avec saint Jean de Ribera
Les dernières années de Bertrand sont marquées par une amitié profonde avec saint Jean de Ribera, archevêque de Valence depuis 1568 et futur patriarche d'Antioche.[83][84] Lorsque la santé du dominicain décline, c'est Ribera lui-même qui vient le veiller, « refaisant son lit, ajustant les pansements de ses plaies » et allant, par une humilité que les témoins soulignent avec émotion, jusqu'à « le servir à genoux et lui porter les bouchées à la bouche ».[85] Cette scène, immortalisée plus tard par un panneau de céramique du XVIIIᵉ siècle à Valence, dit assez la place que Bertrand occupait dans l'Église valencienne de son temps — lui, l'ancien missionnaire de Nouvelle-Grenade, soigné par le premier pasteur du diocèse.
La spiritualité de saint Louis Bertrand
« Ici, brûle ; ici, coupe » — la pénitence et la peur du jugement
La spiritualité de Bertrand s'enracine dans une pénitence corporelle rigoureuse : « deux ou trois fois par jour, les disciplines lui faisaient rendre le sang ; il portait le cilice ordinairement ; il dormait, toujours habillé, sur un banc. »[86] Cette austérité s'accompagnait d'une prière fervente au point que, selon ses contemporains, il « sortait de l'oraison comme embrasé, l'éclat étant l'une des propriétés du feu » — son visage rayonnant particulièrement lors de la célébration eucharistique.[87] Il aimait reprendre, en latin, une invocation restée célèbre :
« Seigneur, ici brûle, ici coupe, ici ne pardonne pas, afin de m'épargner pour l'éternité. » — Saint Louis Bertrand, invocation latine rapportée par ses biographes[88][89]
Loin d'être un activiste sûr de lui, Bertrand connaissait une réelle lutte intérieure face à la crainte du jugement, confessant à ses frères :
« N'ai-je donc pas assez de raisons de pleurer, moi qui ne sais si je dois être sauvé ? » — Saint Louis Bertrand, confidence rapportée par ses biographes[90]
Cette humilité devant son propre salut, loin d'affaiblir sa mission, la nourrissait d'une confiance toute théologale : il savait la miséricorde de Dieu plus grande que sa propre crainte.
Discernement des esprits et don de prophétie
Bertrand refusait cependant tout mysticisme qui négligerait l'étude et le discernement solide : « le démon a coutume de précipiter dans de grandes erreurs ceux qui veulent voler sans ailes, c'est-à-dire contempler sans savoir. »[91] Il articulait ainsi contemplation et action, oraison et prédication, étude et sainteté — refusant l'opposition facile entre les deux. Cette exigence intellectuelle, alliée à un discernement spirituel hors du commun (il « répondait à des questions non formulées, corrigeait des péchés secrets, découvrait des vocations »[92]), explique la confiance que lui témoigna sainte Thérèse d'Avila dès 1560, mais aussi la crainte respectueuse qu'il inspirait à ses novices.
La mort à Valence (9 octobre 1581)
Le 1ᵉʳ janvier 1581, Bertrand fête ses cinquante-cinq ans en sachant déjà, dit-on, la date approximative de sa mort ; le prieur de la chartreuse de Porta-Coeli, informé par une confidence restée secrète, note même à l'avance sur un document : « Anno 1581, in festo Sancti Dionisii, moritur fr. Ludovicus Bertrandus » — « en l'an 1581, en la fête de saint Denis, meurt le frère Louis Bertrand ».[93] Le 6 octobre, encore alité, il demande quel jour on est ; apprenant la date, il s'exclame avec joie :
« Oh, béni soit Dieu ! Il me reste encore quatre jours ! » — Saint Louis Bertrand, quatre jours avant sa mort[94]
Jusqu'au bout, il continue d'exercer une charité surnaturelle : à la demande du chevalier Juan Boïl de Arenós, dont la fille agonisait des suites d'un accouchement difficile, il obtient par sa prière sa guérison complète.[95] Quand vient enfin l'heure, entouré par son ami l'archevêque, il prononce ses dernières paroles :
« Monseigneur, laissez-moi partir, car je meurs. Donnez-moi votre bénédiction. » — Saint Louis Bertrand, dernières paroles à saint Jean de Ribera, 9 octobre 1581[96][97]
Il meurt exactement le 9 octobre 1581, jour de la fête de saint Denis et de ses compagnons martyrs, comme il l'avait annoncé.[98][99] Son corps repose alors au couvent Saint-Dominique de Valence ; il sera retrouvé, selon la tradition, sans corruption durant des siècles — jusqu'à sa destruction lors des violences anticléricales de la guerre civile espagnole de 1936, un siècle après sa canonisation.[100]
Lors de l'exposition du corps et du service funèbre, plusieurs personnes entendent une musique céleste d'une suavité incomparable.[101] Madeleine Bonit, âgée de cinquante-cinq ans, déclare sous la foi du serment l'avoir entendue en venant voir le corps de saint Louis : d'abord choquée par cette musique au milieu des larmes, elle constate que les personnes présentes à ses côtés n'entendent rien, fait des recherches qui n'aboutissent pas, puis soupçonne des accords de harpes angéliques.[102] Des informations scrupuleuses écartent, selon les récits transmis, l'idée d'une cause naturelle, sans que tous perçoivent le phénomène ; les dépositions voisines des pères André Perez, Michel Sart et Michel Herrera sont conservées comme des témoignages distincts, sans les fusionner.[103]
Béatification, canonisation et patronage
La canonisation du 12 avril 1671, aux côtés de quatre autres saints
Le pape Paul V béatifie Louis Bertrand en 1608.[104][105] Il faut ensuite attendre plus d'un demi-siècle pour que le pape Clément X le canonise, le 12 avril 1671, dans une cérémonie fastueuse célébrée en présence des dignitaires de toute l'Europe et des supérieurs de tous les grands ordres religieux.[106] Cette canonisation est restée célèbre car Bertrand y fut proclamé saint en même temps que quatre autres grandes figures de la Réforme catholique :
| Saint canonisé le 12 avril 1671 | Ordre / état | Repère |
|---|---|---|
| Saint Louis Bertrand | Dominicain | missionnaire de Nouvelle-Grenade |
| Sainte Rose de Lima | Tertiaire dominicaine | première sainte du Nouveau Monde |
| Saint François Borgia | Jésuite | 3ᵉ général de la Compagnie de Jésus |
| Saint Gaétan de Thiene | Théatin | cofondateur de l'ordre des Théatins |
| Saint Philippe Benizi | Servite | réformateur de l'ordre des Servites |
Cette canonisation collective, dont le récit officiel fut publié à Rome sous le titre Relatione delle Cerimonie [...] nella Canonizatione de' cinque Santi, demeure l'une des plus marquantes du XVIIᵉ siècle : elle réunit en un même jour un dominicain missionnaire, une mystique laïque du Pérou, un grand supérieur jésuite, un fondateur d'ordre italien et un réformateur des Servites — signe de la vitalité missionnaire et réformatrice que l'Église catholique retrouve après le concile de Trente.[107][108]
Patron de la Colombie (Alexandre VIII, 1690)
En 1690, le pape Alexandre VIII proclame saint Louis Bertrand patron principal du Nouveau Royaume de Grenade, c'est-à-dire de l'actuelle Colombie, en reconnaissance de son œuvre missionnaire fondatrice.[109][110] Cette proclamation fait de lui, avec sainte Rose de Lima au Pérou, l'une des grandes figures tutélaires de l'évangélisation espagnole du sous-continent — la Colombie honorant encore aujourd'hui sa mémoire le 9 octobre.[111]
Le corps incorrompu détruit en 1936
Fait rarement rappelé : le corps de saint Louis Bertrand, retrouvé incorrompu après sa mort et vénéré durant plus de trois siècles au couvent Saint-Dominique de Valence, fut détruit en 1936 dans les violences anticléricales qui accompagnèrent le début de la guerre civile espagnole, comme de nombreuses autres reliques et sépultures de saints valenciens.[112] Ce détail, documenté par l'archidiocèse de Valence lui-même à l'occasion du cinquième centenaire de sa naissance, rappelle que la mémoire du saint a traversé, elle aussi, les tragédies du XXᵉ siècle.
Ce que saint Louis Bertrand laisse à l'Église
Saint Louis Bertrand incarne une figure rare : le maître des novices devenu missionnaire des confins, l'ascète pénitent devenu défenseur public des Indiens, l'homme hanté par la crainte de son propre salut devenu, sur le terrain, un thaumaturge au don des langues. Il unit en lui deux visages que l'on croit souvent séparés — la rigueur intérieure du formateur et l'audace missionnaire du prédicateur des confins — de la même manière que ses contemporains François Xavier aux Indes orientales ou, une génération plus tard, Turibio de Mogrovejo au Pérou.
Sa canonisation commune de 1671, aux côtés de sainte Rose de Lima, dit à elle seule la place que l'Église accorde à ce moment fondateur de l'évangélisation des Amériques : des saints missionnaires d'Espagne et des saintes mystiques nées sur le sol du Nouveau Monde furent élevés ensemble sur les autels, comme les deux visages d'une même œuvre. Aujourd'hui encore, la Colombie qui l'a pour patron et l'Ordre des Prêcheurs qui en fait le modèle de ses maîtres des novices se souviennent d'un homme qui répétait ne rien craindre « en ce monde, sinon d'offenser Dieu »[113] — et qui, jusqu'à son dernier souffle, sut demander humblement la bénédiction de son évêque avant de rendre le sien.
Pour aller plus loin
- Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) — la réformatrice du Carmel que Louis Bertrand encouragea dès 1560.
- Saint Jean de Ribera (1532-1611) — l'archevêque de Valence, ami et infirmier du saint à son agonie.
- Saint Vincent Ferrier (1350-1419) — le grand thaumaturge dominicain dont Louis Bertrand descendait par son père.
- Sainte Rose de Lima (1586-1617) — canonisée le même jour que lui, en 1671, première sainte du Nouveau Monde.
- Saint François Borgia (1510-1572) — canonisé lors de la même cérémonie du 12 avril 1671.
- Saint Gaétan de Thiene (1480-1547) — également canonisé ce jour-là, cofondateur des Théatins.
- Saint Turibio de Mogrovejo (1538-1606) — autre grand missionnaire contemporain de l'Amérique espagnole.
- L'évangélisation des Indiens — le grand dossier des missions catholiques auprès des peuples du Nouveau Monde.
- Les missions catholiques en Amérique — l'épopée missionnaire dont Bertrand fut l'un des artisans.
- L'Église en Amérique latine — le continent où sa mémoire demeure vivante.
- La Réforme catholique — le grand mouvement de régénération de l'Église dont il fut l'un des missionnaires.
Notes et références
Wikipédia (FR), « Louis Bertrand (saint) » : fr.wikipedia.org. Notice biographique : né le 1ᵉʳ janvier 1526 à Valence, mort le 9 octobre 1581 dans la même ville ; entré chez les dominicains le 26 août 1544 ; ordonné prêtre en 1547 par saint Thomas de Villeneuve ; maître des novices à Llombai ; conseiller de sainte Thérèse d'Avila ; parti en 1562 évangéliser la Nouvelle-Grenade ; dénonciateur des abus des conquistadors ; retour en Espagne en 1569 ; mort le 9 octobre 1581 ; béatifié le 19 juin 1608 par Paul V ; canonisé le 12 avril 1671 par Clément X avec Rose de Lima, Gaétan de Thiene, François Borgia et Philippe Benizi ; proclamé patron de la Colombie par Alexandre VIII ; fête le 9 octobre.
1Wikipedia (EN), « Louis Bertrand (saint) » : en.wikipedia.org. Recoupement détaillé : born 1 January 1526 in Valencia to Juan Bertrand and Juana Angela Exarch, related through his father to St. Vincent Ferrer ; clothed with the Dominican habit at the Convent of St. Dominic, Valencia, 26 August 1544 ; ordained to the priesthood in 1547 by St. Thomas of Villanova, Archbishop of Valencia ; appointed master of novices, serving at different intervals for an aggregate of thirty years ; renowned preacher requiring public squares ; spiritual counselor to St. Teresa of Ávila ; during the 1557 plague devoted himself to the sick and dying, burying the dead with his own hands ; sailed for America in 1562, landing at Cartagena ; with the encouragement associated with Bartolomé de las Casas, defended natives' rights ; favored with the gift of miracles and, while preaching in Spanish, was understood in various languages ; converted about 6,000 in Panama, 10,000 at Tubará, 15,000 in Santa Marta province ; worked among Caribs and West Indies islands ; returned to Spain in 1569 after seven years ; fell ill in 1580 ; died 9 October 1581 ; beatified 19 July 1608 by Paul V ; canonized 12 April 1671 by Clement X ; feast 9 October ; patron of Buñol, New Granada (Colombia) and Colombia, proclaimed by Alexander VIII in 1690.
2 4 6 10 12 14 16 21 23 32 34 55 70 76 98 104 108 109 111Catholic Encyclopedia (New Advent), vol. 9, « St. Louis Bertrand », par John Bonaventure O'Connor, 1910 : newadvent.org/cathen/09376b.htm. Source de référence : né à Valence le 1ᵉʳ janvier 1526, fils de Juan Bertrand et de Juana Angela Exarch, apparenté par son père à saint Vincent Ferrier ; habit dominicain reçu le 26 août 1544 au couvent Saint-Dominique de Valence malgré l'opposition paternelle ; élevé à la prêtrise en 1547 par l'archevêque de Valence, saint Thomas de Villeneuve ; caractère grave, dépourvu d'humour apparent, mais d'un naturel doux et attachant ; ne pouvait prétendre aux dons intellectuels des plus grands savants dominicains, mais s'appliquait assidûment à l'étude.
3 17 24 50Catholic Answers Encyclopedia, « Louis Bertrand, Saint » : catholic.com/encyclopedia/louis-bertrand-saint. Confirme : né le 1ᵉʳ janvier 1526 à Valence ; habit dominicain le 26 août 1544 ; ordonné en 1547 ; maître des novices durant trente années cumulées ; charité pendant la peste de 1557 ; parti pour l'Amérique en 1562, débarqué à Carthagène ; environ 6 000 conversions au Panamá, la totalité des habitants de Tubará baptisés après instruction, environ 15 000 âmes converties dans la province de Santa Marta ; bulle de canonisation attribuant son succès au don miraculeux des langues ; tentative d'empoisonnement par un prêtre indigène déjouée par intervention divine ; retour en Espagne après sept ans ; canonisé par Clément X en 1671.
5 29 51 56Priest Stuff (blog), « St. Louis Bertrand's Crucifix-Pistol and a Snake-filled Chalice » : prieststuff.blogspot.com. Sur l'iconographie traditionnelle du saint : chalice d'où émergent des serpents, symbole de la tentative d'empoisonnement par un prêtre indigène jaloux qui lui présenta une coupe empoisonnée pendant la messe ; crucifix surmontant un pistolet, souvenir d'une arme braquée contre lui et changée en croix après qu'il l'eut bénie ; la République de Colombie l'a adopté comme patron principal.
7 65 67 69Fray Nelson Medina (dominicain), « San Luis Bertrán » : fraynelson.com/blog/categorias/personas/san-luis-bertran. Précise : consultation de sainte Thérèse de Jésus vers 1560 sur la réforme carmélite, avec la prédiction que son ordre deviendrait « l'un des plus illustres de l'Église de Dieu » en cinquante ans ; mission en Nouvelle-Grenade (1562-1569) avec environ 2 000 conversions à Tubará, tentatives d'empoisonnement, miracle de la croix sur l'arbre à Saint-Vincent ; méthode évangélisatrice « suicidaire » fondée sur la confiance totale en la Providence ; charges tenues au retour : prieur de San Onofre, prédicateur général de la province d'Aragon (1574), prieur du couvent Saint-Dominique de Valence (1575-1578) ; amitié avec le bienheureux Nicolás Factor, franciscain mystique ; amitié avec saint Jean de Ribera, qui le soigna à son agonie, le servant « à genoux » ; mort connue à l'avance, le jour de la Saint-Denis, 9 octobre 1581 ; béatifié en 1608, canonisé en 1671.
8 38 40 77El Criterio, « San Luis Bertrán (1526-1581) », citant le père Vicente Justiniano Antist (premier biographe du saint, 1583) : elcriterio.es/2020/10/09/san-luis-bertran-1526-1581. Source biographique la plus détaillée consultée : jeunesse pieuse, fugue jusqu'à Buñol, entrée dans l'Ordre en 1544, ordination en 1547, maître des novices à vingt-trois ans (sept fois dans sa vie), prieuré d'Albaida à trente et un ans, prédication en places publiques, correspondance avec sainte Thérèse (1560), départ pour l'Amérique en Carême 1562, blessure de traversée, arrivée à Carthagène, ministère à Tubará, miracle du poison, destruction d'idole, dénonciation du sang des Indiens lors d'un banquet, correspondance avec Bartolomé de Las Casas, retour à Séville en 1569 « émacié et amaigri », charges de prieur et de prédicateur général, rapport de 1579 sur les morisques, soins de saint Jean de Ribera lors de la dernière maladie, mort prédite et annoncée par le prieur de la Chartreuse de Porta-Coeli, derniers mots au chevet de Ribera, mort le 9 octobre 1581, béatification 1608, canonisation 1671.
9 18 19 20 25 26 30 31 36 37 39 41 45 46 48 59 61 62 63 73 75 78 81 85 93 94 95 96 99Relatione delle Cerimonie, & Apparato fatto nella Basilica di San Pietro, nella Canonizatione de' cinque Santi (Rome, 1671), document d'époque relatant la canonisation conjointe de saint Gaétan de Thiene, saint François Borgia, saint Philippe Benizi, saint Louis Bertrand (« Ludovico Beltrando ») et sainte Rose de Lima, consultable sur archive.org/details/wotb_7632437 ; recoupé avec Wikipedia (EN), « Pope Clement X », qui confirme la date du 12 avril 1671 et la liste des cinq canonisés.
11 106 107New Catholic Encyclopedia, article « Bertrand, Louis, St. », consulté via encyclopedia.com. Notice académique : né à Valence le 1ᵉʳ janvier 1526 ; entré chez les dominicains le 26 août 1544 ; maître des novices à Valence de 1553 à 1555 ; charité durant la peste de 1557 ; prédication si renommée que la cathédrale ne pouvait contenir les foules ; missionnaire en 1562 dans le royaume de Nouvelle-Grenade ; mort à Valence le 9 octobre 1581 ; béatifié par Paul V, canonisé par Clément X en 1671 ; nommé patron du Nouveau Royaume de Grenade (actuelle Colombie) en 1690 ; fête le 9 octobre.
13 33 35 54 110Wikipedia (ES), « Luis Bertrán » : es.wikipedia.org. Source en langue native : nacido el 1 de enero de 1526 en Valencia, hijo de Luis Bertrán, notario, y Ángela Eixarch ; ingresó en el convento dominico de Valencia en 1544 ; viajó a América y llegó a Cartagena de Indias ; su labor misionera se centró en la región del Bajo Magdalena ; en 1568 fue elegido prior del convento de Santo Domingo en Santa Fe de Bogotá ; enfrentó la oposición de encomenderos por su « crueldad, avaricia y abusos » ; regresó a Valencia, donde murió el 9 de octubre de 1581 a los 55 años ; beatificado en 1608 por Paulo V ; canonizado el 12 de abril de 1671 por Clemente X ; patrono de Colombia, del Nuevo Reino de Granada y de los municipios de Buñol y Tormos ; mantuvo correspondencia con santa Teresa de Ávila ; el registro bautismal de Tubará, escrito de su propia mano, muestra la conversión de la totalidad de los habitantes del lugar.
15 22 53 105Monastery of Our Lady of Grace (moniales dominicaines), « St. Louis Bertrand » : dominicannuns.org/dominican-saints/st-louis-bertrand. Précise : entré chez les dominicains en 1544 malgré l'opposition paternelle ; charge de maître des novices assumée à plusieurs reprises ; mission en Nouvelle-Grenade dès 1562 avec don de communication linguistique avec les indigènes ; collaboration avec Bartolomé de las Casas pour la défense des droits indigènes ; retour en Espagne en 1569 ; mort le 9 octobre 1581 ; patron des maîtres des novices dominicains « bien connu pour son rôle dans la formation des jeunes religieux ».
27 28Gratisdate.org, « San Luis Bertrán, apóstol místico » : gratisdate.org/texto.php?a=73&idl=34. Source spirituelle détaillée : vie de prière et rayonnement du visage à l'eucharistie ; pénitence corporelle (disciplines, cilice, sommeil sur un banc) ; invocation latine « Domine hic ure, hic seca, hic non parcas, ut in æternum parcas » ; scrupule et crainte du salut ; discernement des esprits ; réponse à sainte Thérèse d'Avila (1560) ; départ volontaire en 1562, premier des deux frères à se porter volontaire ; ministère à Tubará (2 000 baptêmes rapportés en trois ans), Cepecoa, Petua, Cicapoa, Pelvato, Santa Marta, Mompox, Tuncara, îles Saint-Vincent et Saint-Thomas ; méthode fondée sur la prière, la pénitence et la pauvreté évangélique ; miracle du poison (calice bu d'un trait, guérison après cinq jours), fauves apprivoisés, croix apparue sur un arbre à Saint-Vincent ; dénonciation du sang des Indiens lors d'un banquet ; correspondance avec Bartolomé de las Casas, ancien évêque de Chiapas ; tentations démoniaques ; retour en 1569 ; mort connue à l'avance le 9 octobre 1581.
42 43 44 47 49 52 57 58 60 64 66 68 71 72 74 86 87 88 90 91 92 113Creemos.com.ar, « San Luis Bertrán, religioso presbítero » : creemos.com.ar/crecer/santos/san-luis-bertran-religioso-presbitero. Rapporte en détail le rapport de 1579 sur l'expulsion des morisques, avec citation exacte : « aquello no fue bien hecho y pluguiera a Dios que nunca se hiciera » et « casi todos son herejes y aun apóstatas [...] y guardan las ceremonias de Mahoma en cuanto pueden » ; confirme l'endossement de cet avis par saint Jean de Ribera dans des lettres au roi Philippe II, lequel n'autorisa finalement l'expulsion des morisques valenciens qu'en 1609, sous son successeur.
79 80 82Archidiocèse de Valence, « 500 años del nacimiento de San Luis Bertrán » : archivalencia.org. Source officielle diocésaine : né le 1ᵉʳ janvier 1526 près de la place de l'Almoina à Valence, de « Luis y Juana, nobles y piadosos » ; baptisé à la paroisse Saint-Étienne, apparenté à saint Vincent Ferrier ; habit dominicain reçu le 26 août 1544 ; d'abord affecté à Llombai pour l'évangélisation des morisques ; ministère à Santa Ana d'Albaida pendant la peste ; miracles rapportés (extinction d'incendie, arme changée en crucifix) ; sept années de mission en Nouvelle-Grenade dès 1562 ; à son retour, prieur du couvent San Onofre à Museros ; maître des novices à sept reprises ; amitié étroite avec l'archevêque saint Jean de Ribera, qui le soigna personnellement lors de sa dernière maladie ; béatifié en 1608 par Paul V, canonisé en 1671 par Clément X ; patron de Colombie proclamé par Alexandre VIII, ainsi que de Buñol et Tormos ; corps incorrompu détruit lors des violences anticléricales de 1936.
83 100 112Hermandad de San Esteban (Valence), « San Juan de Ribera » : hermandadsanesteban.org/san-juan-de-ribera. Confirme l'amitié de saint Jean de Ribera, archevêque de Valence à partir de 1568, avec les grands saints de son temps, dont saint Louis Bertrand.
84P. Franz Xaver Weninger, Lives of the Saints, cité via catholicsaints.info (« Weninger's Lives of the Saints — Saint Louis Bertrand, Confessor »). Hagiographie classique rapportant : piété précoce dès l'âge de sept ans ; fuite au désert pour la prière et la mortification ; don de lire dans les cœurs et de prédire l'avenir ; épisode du berger averti de son état spirituel ; don de compréhension malgré une langue unique lors de la mission américaine ; tentatives d'assassinat déjouées (arme changée en crucifix, hache détournée) ; tempête apaisée au retour ; mort à cinquante-cinq ans, jour prédit ; refus de la prière de guérison de saint Vincent Ferrier pour lui-même, lui préférant l'invocation « Seigneur ! ici brûle, ici coupe ; mais épargne-moi dans l'éternité ! » ; crainte de la damnation malgré sa sainteté reconnue ; vision de son âme montant au Ciel entourée d'anges.
89ReligionEnLibertad.com, recherches croisées sur la mort de saint Louis Bertrand : dernières paroles adressées à saint Jean de Ribera — « Monseñor, despídame, que ya me muero. Dadme vuestra bendición » — prononcées le 9 octobre 1581, jour de la fête de saint Denis et de ses compagnons martyrs.
97Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, t. 3, Le Jardin des Livres, Paris, 2003, p. 192, citant R. P. B. Wilberforce, Vie de saint Louis Bertran, Lethielleux, Paris, 1904, pp. 364-372. Récit des musiques entendues lors de l'exposition du corps et du service funèbre, avec déposition sous serment de Madeleine Bonit, recherches infructueuses, perception sélective et dépositions distinctes des pères Perez, Sart et Herrera.
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