Saint Gaétan de Thiene (1480-1547)

Saint Gaétan de Thiene (1480-1547), juriste vénitien devenu prêtre, fonda en 1524 les Clercs réguliers (Théatins), premier ordre de la Réforme catholique. « Père de la Providence », il vécut sans rien posséder, au service des incurables et de la réforme du clergé. Patron des chômeurs et du travail.

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Gaétan de Thiene (en italien Gaetano Thiene, 1480-1547), souvent appelé saint Cajetan, est un prêtre vénitien, l'une des grandes figures de la Réforme catholique au seuil du concile de Trente. Juriste brillant, fonctionnaire de la Curie romaine, il abandonne les honneurs pour fonder, en 1524, le premier ordre proprement réformateur du XVIᵉ siècle : les Clercs réguliers, dits Théatins. Avec eux, il invente une manière neuve d'être prêtre — la pauvreté évangélique radicale, la prédication, le service des malades — non pas en rupture avec l'Église, comme Luther au même moment, mais au cœur de l'Église, pour la régénérer du dedans.[1][2]

Surnommé le cacciatore d'anime, le « chasseur d'âmes », Gaétan a vécu une vie cachée derrière son œuvre. Il n'a laissé ni grand traité, ni système, ni école : il a laissé un style de sainteté fait d'abandon total à la divine Providence, d'amour de l'Eucharistie et de charité concrète envers les pauvres et les incurables. C'est ce qui lui a valu son titre populaire le plus tenace : le père de la Providence, celui qu'on prie aujourd'hui encore, de Naples à Buenos Aires, pour le pain et le travail.[3][4]

Sa figure appartient à la même génération que celle de saint Ignace de Loyola, de saint Jean de Dieu et de saint Jérôme Émilien : ces hommes qui, dans la première moitié du XVIᵉ siècle, ont répondu à la crise de l'Église non par le schisme mais par la fondation d'œuvres nouvelles. Gaétan en fut, chronologiquement, l'un des tout premiers.[5][6]

Un juriste noble dans la Venise de la Renaissance

Naissance à Vicence (1480)

Le Palazzo Bo, siège historique de l'université de Padoue, où Gaétan obtint son doctorat in utroque iure. Photo Didier Descouens, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Gaétan naît à Vicence, dans le territoire de la République de Venise, en octobre 1480.[7][8] Il est le fils de Gaspard de Thiene, seigneur de Thiene, et de Marie Porto, l'un et l'autre comptant « parmi les premiers de la noblesse du territoire de Vicence ».[9] Son père meurt alors qu'il est encore enfant ; c'est sa mère, femme de grande piété, qui veille sur sa formation chrétienne.[10]

La maison de Thiene est ancienne et puissante. Rien, dans la naissance de Gaétan, ne le destinait au dépouillement : tout l'orientait vers une carrière d'honneurs, dans une Italie où l'on pouvait, avec un nom et un titre de docteur, gravir rapidement les degrés de l'Église comme de l'État.

Le docteur des deux droits (Padoue, 1504)

Gaétan fait ses études à la célèbre université de Padoue, l'une des plus prestigieuses d'Europe, où il s'inscrit en 1500.[11] Il y obtient, le 17 août 1504, à vingt-quatre ans, le doctorat in utroque iure — c'est-à-dire en droit civil et en droit canonique.[12][13][14] Ce double doctorat est, à l'époque, la clé des grandes carrières administratives et ecclésiastiques. La même année, il reçoit la tonsure cléricale des mains de l'évêque de Vicence, Pietro Dandolo.[15]

Le jeune juriste est déjà un homme intérieur. La tradition rapporte qu'il fonda, dans sa ville, une confrérie et qu'il servait personnellement les malades. Mais c'est à Rome que sa vocation va se décider.

Au service de la Curie romaine

Protonotaire de Jules II (1506)

En 1506, Gaétan se rend à Rome et entre au service du pape Jules II, qui le nomme protonotaire apostolique.[16][17] La charge est honorifique et lucrative ; elle place le jeune homme au cœur de la machine pontificale, à l'âge le plus brillant de la Rome de la Renaissance — celle de Bramante, de Raphaël et de Michel-Ange.

On lui attribue un rôle dans la réconciliation de Venise avec le Saint-Siège, au temps des grands conflits qui opposèrent la République à la papauté (ligue de Cambrai, interdit jeté sur Venise).[18] Gaétan connaissait l'un et l'autre monde ; il put servir de pont.

Le scandale d'une Rome « devenue Babylone »

Mais le spectacle de la Curie le blesse. À la mort de Jules II, la Rome ecclésiastique lui apparaît comme un corps malade, où les bénéfices, les intrigues et le luxe étouffent la vie spirituelle. En juillet 1517, dans une lettre restée célèbre, il écrit son désarroi :

« Je te recommande cette cité, jadis "sainte", aujourd'hui Babylone, où reposent tant de vénérables reliques. »[19]

Ce diagnostic — une Église à la fois sainte par ses trésors et défigurée par les mœurs de ses clercs — est exactement celui que pose, la même année 1517, un moine augustin de Wittenberg nommé Luther. Mais là où Luther va rompre, Gaétan va réformer de l'intérieur. C'est toute la différence entre l'hérésie et la sainteté : le même constat, deux remèdes opposés.[20][21]

L'Oratoire de l'Amour divin et la conversion intérieure

Une fraternité de prêtres réformateurs

À Rome, Gaétan rejoint l'Oratoire de l'Amour divin (Oratorio del Divino Amore), une confraternité discrète de prêtres et de laïcs pieux qui, dans les années 1510-1520, cherchaient à raviver la ferveur du clergé par la prière, la fréquentation des sacrements et le service des pauvres.[22][23] C'est là que se forme le réseau d'hommes d'où sortira la Réforme catholique : on y croise Jean-Pierre Carafa, évêque de Chieti, le futur pape Paul IV.

L'ordination (30 septembre 1516) et la vision de Noël (hiver 1516-1517)

Gaétan est ordonné prêtre le 30 septembre 1516, à trente-six ans.[24][25] Sa préparation est marquée par un sentiment aigu de son indignité. Il écrit dans son journal :

« Je le sais trop bien, ô Seigneur, que je ne suis pas digne d'être admis dans le consortium de ces anges terrestres. »[26]

Se sentant indigne, il retarde de trois mois sa première messe, qu'il veut célébrer dans la basilique romaine de Sainte-Marie-Majeure, devant la relique de la Sainte Crèche.[27] C'est au cours de cette première messe, dans l'hiver 1516-1517, qu'il reçoit, selon la tradition, l'une des grâces les plus célèbres de sa vie : en prière devant la Crèche, il aurait reçu l'Enfant Jésus des mains de la Vierge, dans une étreinte mystique.[28][29] La tradition théatine situe cette première messe et cette vision dans la nuit de Noël 1516 ; le récit relayé par EWTN les date de l'Épiphanie, le 6 janvier 1517.[30] De cette grâce mariale, il gardera une dévotion filiale dont il résume ainsi l'esprit :

Nuit de Noël 1516 à Sainte-Marie-Majeure : la vision de saint Gaétan devant la relique de la Sainte Crèche. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Par elle, j'ai été aimé, élevé et revêtu. »[31]

Retour à Vicence et premières œuvres de charité

Au chevet des incurables

La mort de sa mère, en 1517, ramène Gaétan dans sa Vénétie natale. Avant même de fonder un hôpital, il rejoint deux confraternités de laïcs pieux : la Compagnie des Saints-Clément-et-Jérôme à Vicence, le 9 janvier 1519, puis la Compagnie secrète du Saint-Corps-du-Christ à Vérone, le 10 juillet 1519.[32] Il s'y consacre aux malades les plus rebutants. Il fonde un hôpital pour les incurables à Vicence en 1522, puis travaille à une œuvre semblable à Venise vers 1523, où il rencontre saint Jérôme Émilien, le futur fondateur des Somasques : Gaétan restera l'un des conseillers de sa congrégation, canoniquement instituée en 1534.[33][34][35]

Là se forge une conviction qui ne le quittera plus : la charité n'est pas un sentiment, mais un acte. Sa pensée, paraphrasée, tient en deux idées : dans l'oratoire, on sert Dieu par le culte, tandis qu'à l'hôpital, on le trouve réellement ; et ce sont les actes d'amour, non les sentiments, qui purifient les âmes.[36]

Servir les incurables, c'est pour lui toucher le Christ en personne — non pas l'imaginer, mais le trouver.

La fondation des Théatins (1524)

Quatre hommes, un projet de réforme

Les quatre fondateurs des Théatins en 1524 et les trois piliers de leur réforme. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le 14 septembre 1524, jour de l'Exaltation de la Sainte Croix, Gaétan et trois compagnons prononcent leurs vœux à Rome et fondent un institut d'un type entièrement neuf : les Clercs réguliers.[37][38] Ses compagnons sont Jean-Pierre Carafa, évêque de Chieti — dont la ville, Teate en latin, donnera son nom à l'ordre : les Théatins —, Boniface da Colle et Paul Consiglieri.[39][40] Le pape Clément VII approuve la fondation par la bulle Exponi nobis du 24 juin 1524.[41]

L'innovation est radicale. Jusque-là, on connaissait des moines (qui vivent au cloître) et des chanoines réguliers. Les Théatins sont des prêtres séculiers vivant en communauté sous des vœux religieux, voués au ministère actif : prédication, sacrements, soin des malades, réforme du clergé diocésain. Ils inaugurent la grande famille des clercs réguliers dont relèveront ensuite les Jésuites, les Barnabites ou les Somasques.[42][43]

Le pari de la Providence

Le trait le plus déconcertant des premiers Théatins est leur pauvreté absolue. Non seulement ils renoncent à toute propriété, mais ils refusent toute rente fixe, tout revenu assuré — et même de mendier. Ils ne vivent que des aumônes spontanées que la divine Providence leur envoie, sans rien quêter.[44][45]

Type de communautéPropriétéRevenus fixesMendicitéMinistère
Moines bénédictinsCommunautaire (abbaye)Oui (terres)NonLiturgie, travail
Ordres mendiants (franciscains, dominicains)AucuneNonOui (quête)Prédication
Clercs réguliers théatinsAucuneNonNonRéforme du clergé, sacrements, malades

Ce choix n'est pas une bravade ascétique : c'est une profession de foi. En refusant jusqu'à la quête, Gaétan veut faire de toute sa congrégation une démonstration vivante de la parole évangélique : cherchez d'abord le Royaume de Dieu, et le reste vous sera donné par surcroît. De là vient son titre de « père de la Providence ».[46][47]

Repères chronologiques

  1. octobre 1480
    Naissance à Vicence

    Gaétan naît dans la famille comtale de Thiene, fils de Gaspard de Thiene et de Marie Porto, dans le territoire vénitien.[48]

  2. 1504
    Docteur des deux droits à Padoue

    À vingt-quatre ans, il obtient le doctorat in utroque iure (droit civil et canonique) à l'université de Padoue.[49]

  3. 1506
    Protonotaire apostolique

    Appelé à Rome, il devient protonotaire au service du pape Jules II et œuvre à la réconciliation de Venise avec le Saint-Siège.[50]

  4. 30 septembre 1516
    Ordination sacerdotale

    Gaétan est ordonné prêtre à Rome, à trente-six ans, après une longue préparation marquée par le sentiment de son indignité.[51]

  5. Noël 1516 – Épiphanie 1517
    Première messe et vision de Sainte-Marie-Majeure

    Ordonné le 30 septembre 1516, il attend trois mois avant sa première messe, célébrée à Sainte-Marie-Majeure devant la relique de la Sainte Crèche : la tradition théatine la place dans la nuit de Noël 1516, le récit relayé par EWTN à l'Épiphanie du 6 janvier 1517. C'est là qu'il aurait reçu l'Enfant Jésus des mains de la Vierge.[52][53][54]

  6. 1522-1523
    Hôpitaux pour les incurables

    Il fonde un hôpital pour les incurables à Vicence (1522), puis travaille à une œuvre semblable à Venise, où il rencontre saint Jérôme Émilien.[55]

  7. 14 septembre 1524
    Fondation des Théatins

    Avec Carafa, da Colle et Consiglieri, il fonde à Rome les Clercs réguliers, approuvés par la bulle Exponi nobis de Clément VII.[56]

  8. 1527
    Le sac de Rome

    Les troupes de Charles Quint pillent Rome ; Gaétan est torturé par les soldats, qui le croient riche. La communauté s'enfuit à Venise.[57]

  9. 1533
    Supérieur à Naples

    Envoyé à Naples, Gaétan y établit la maison des Théatins et en fait un foyer de réforme catholique face aux idées luthériennes.[58]

  10. 7 août 1547
    Mort à Naples

    Épuisé par les discordes de la cité, Gaétan meurt à San Paolo Maggiore, demandant à mourir sur le bois, à l'imitation de la Croix.[59]

  11. 1629 et 1671
    Béatification et canonisation

    Béatifié par Urbain VIII (1629), il est canonisé par Clément X le 12 avril 1671.[60]

L'épreuve : le sac de Rome (1527)

Le sac de Rome de 1527, d'après Maarten van Heemskerck, gravure de 1555 conservée au British Museum, Wikimedia Commons, domaine public.

En mai 1527, les troupes impériales de Charles Quint, en grande partie composées de lansquenets luthériens, déferlent sur Rome et la mettent à sac dans une violence inouïe. Les Théatins, qui logent alors dans une maison près du Vatican, sont pris pour des prélats fortunés. Gaétan est torturé par les soldats, persuadés qu'il cache un trésor — il n'avait littéralement rien à livrer.[61][62]

La petite communauté, ruinée et menacée, parvient à fuir vers Venise, accueillie par la République.[63] Pour Gaétan, l'épreuve confirme paradoxalement son intuition : un homme qui ne possède rien ne peut rien perdre. La Providence l'a conduit, à travers le pire, jusqu'à un nouveau champ d'apostolat.

Naples : le grand œuvre des dernières années (1533-1547)

Un foyer de réforme à San Paolo Maggiore

En 1533, Gaétan est envoyé comme supérieur fonder la maison de Naples, où il passera les quatorze dernières années de sa vie.[64][65] La communauté s'installe d'abord à Sainte-Marie-de-la-Miséricorde, puis à l'hôpital des Incurables, avant de rejoindre, à partir de mai 1538, l'église San Paolo Maggiore, qui devient un véritable centre de la Réforme catholique dans le sud de l'Italie : prédication fervente, vie sacramentelle intense, formation d'un clergé exemplaire.[66][67] Le 14 septembre 1534, Gaétan succède à Carafa comme préposé général — supérieur majeur — de l'ordre théatin.[68]

Naples est alors traversée par les idées nouvelles. Gaétan y affronte la diffusion du protestantisme, notamment l'influence de Juan de Valdés et du prédicateur Bernardin Ochin — ce capucin célèbre qui finira par passer à la Réforme et s'enfuir.[69] Contre ce courant, Gaétan oppose moins la polémique que la sainteté de vie et la ferveur eucharistique : il restaure la fréquentation des sacrements, encourage la communion fréquente et la dévotion à la crèche.[70][71]

Le mont-de-piété et la naissance du Banco di Napoli

L'une de ses œuvres napolitaines a connu une postérité inattendue. Pour arracher les pauvres aux griffes des usuriers, Gaétan soutient la création d'un mont-de-piété (monte di pietà), institution de crédit charitable prêtant sans intérêt sur gages.[72][73] De cet établissement caritatif sortira, par filiations successives, le Banco di Napoli, l'une des plus anciennes banques du monde.[74] La tradition théatine elle-même précise que Gaétan n'y a pris part que indirectement, en inspirant et en soutenant des laïcs dévots qui portèrent le projet.[75]

Le pari de la Providence : ne rien posséder, ne pas mendier, tout recevoir de Dieu. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Que le « père de la Providence » soit associé à l'origine d'une banque n'est pas une ironie : c'est la même charité, qui cherche par tous les moyens — y compris économiques — à protéger les petits. De là vient son patronage moderne des chômeurs, des travailleurs et même des banquiers honnêtes.[76] À Naples, Gaétan dirige aussi spirituellement le monastère dominicain de la Sapience, devient correcteur de la Confrérie des Blancs de la Justice, qui assiste les condamnés à mort, et soutient Maria Lorenza Longo dans la fondation, en 1535, du monastère Sainte-Marie-de-Jérusalem des clarisses capucines.[77]

Une dévotion brûlante à l'Eucharistie et à la Providence

Le cœur de la spiritualité de Gaétan est eucharistique. Toute sa réforme du clergé vise à rendre aux prêtres le sens du mystère qu'ils célèbrent : pour lui, la liturgie n'est pas une formalité, mais la rencontre réelle du Dieu vivant. Sa confiance en la Providence, elle, se résumait à une seule attitude : tout demander à Dieu, ne rien thésauriser, vivre au jour le jour de ce que le Ciel envoie.[78]

La mort « sur le bois » (1547)

Les dernières années de Gaétan sont assombries par les troubles politiques de Naples : émeutes contre l'introduction de l'Inquisition espagnole, affrontements sanglants. Le vieux prêtre en souffre comme d'une blessure personnelle ; la tradition dit qu'il mourut de chagrin devant les discordes de sa cité.[79]

Sur son lit de mort, comme on voulait lui adoucir sa couche, il refusa et demanda à souffrir à l'imitation du Crucifié :

« Mon Sauveur est mort sur une croix. Laissez-moi mourir au moins sur le bois. »[80]

Il s'éteint le 7 août 1547, à Naples, à soixante-six ans. Il est enseveli dans l'église San Paolo Maggiore, où reposent toujours ses reliques.[81][82] Ses contemporains parlèrent d'une sorte de crucifixion mystique vécue dans ses derniers instants, comme si l'homme qui avait tout donné achevait son offrande en s'unissant à la Passion.[83]

Canonisation et culte

De la béatification à la canonisation (1629-1671)

San Paolo Maggiore à Naples, lieu de sépulture de saint Gaétan. Photographie ancienne, auteur inconnu, Wikimedia Commons, domaine public.

Le procès en sainteté de Gaétan progresse au rythme de l'expansion de son ordre. Il est béatifié le 8 octobre 1629 par le pape Urbain VIII, puis canonisé le 12 avril 1671 par le pape Clément X.[84][85] Sa fête est fixée au 7 août, jour de sa mort.

ÉtapeDatePapeActe
Mort7 août 1547—Décès à Naples, sépulture à San Paolo Maggiore
Béatification8 octobre 1629Urbain VIIIInscription au catalogue des bienheureux
Canonisation12 avril 1671Clément XInscription au catalogue des saints

Le « chasseur d'âmes » et le père de la Providence

Le surnom resté attaché à Gaétan est celui de cacciatore d'anime, le « chasseur d'âmes » : un prêtre qui traque inlassablement les pécheurs pour les ramener à Dieu, sans jamais désespérer d'aucun.[86] Mais c'est sous le titre de père de la Providence qu'il est le plus universellement prié. Parce qu'il a vécu sans rien posséder, en s'abandonnant entièrement au Ciel, le peuple chrétien l'a fait patron de ceux qui manquent de tout : les chômeurs, les sans-travail, ceux qui cherchent leur pain.[87][88][89]

San Cayetano : le patron du pain et du travail en Argentine

L'église de San Cayetano dans le quartier de Liniers à Buenos Aires. Archivo General de la Nación Argentina, Wikimedia Commons, domaine public.

Nulle part la dévotion à Gaétan n'est plus vivante qu'en Argentine, où il est honoré sous le nom de San Cayetano et invoqué comme patron du pain et du travail (pan y trabajo).[90][91] Chaque 7 août, des centaines de milliers de pèlerins affluent vers son sanctuaire de Liniers, à Buenos Aires, portant des épis de blé symboles du pain quotidien, pour demander un emploi et confier leurs difficultés au saint de la Providence. C'est l'un des plus grands rassemblements populaires du catholicisme latino-américain.

De Naples à Buenos Aires : saint Gaétan, patron du pain et du travail. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ce culte massif n'est pas une déviation sentimentale : il prolonge exactement l'intuition du fondateur. Celui qui avait refusé jusqu'à la mendicité pour ne dépendre que de Dieu est devenu, par un juste retour, le recours des plus démunis.

Ce que saint Gaétan enseigne aujourd'hui

La vie de Gaétan de Thiene tient en une intuition centrale, qui traverse toute la Réforme catholique : on ne sauve pas l'Église en la quittant, mais en s'y faisant saint. Au moment précis où la Réforme protestante déchirait la chrétienté au nom de la corruption romaine, Gaétan a fait le même diagnostic — « Rome devenue Babylone » — et choisi le chemin inverse : la réforme par la sainteté, non par le schisme.

Trois leçons demeurent. D'abord, l'abandon à la Providence : non comme une imprudence, mais comme un acte de foi vérifié dans une vie entière sans filet ni rente. Ensuite, la charité réelle : à l'hôpital, on trouve Dieu réellement — la sainteté n'est pas un sentiment, mais des actes posés au chevet des plus rebutés. Enfin, l'amour de l'Eucharistie et de la liturgie célébrée avec respect, contre la routine qui ronge la foi des prêtres.

Il rejoint ainsi la cohorte des grands réformateurs catholiques du XVIᵉ siècle — saint Ignace de Loyola, saint Jean de Dieu, saint Jérôme Émilien —, à qui le concile de Trente donnera bientôt sa charte. Mais Gaétan fut là avant le concile : un précurseur silencieux, qui avait compris, dès 1524, que la réforme de l'Église commencerait par la réforme du prêtre.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. John B. Wainewright, « St. Cajetan (Gaetano) », dans The Catholic Encyclopedia, vol. III, Robert Appleton Company, New York, 1908 — notice sur newadvent.org. Source de la naissance à Vicence (octobre 1480), des parents Gaspard de Thiene et Marie Porto « parmi les premiers de la noblesse », du doctorat in utroque iure à Padoue, de la charge de protonotaire sous Jules II (1506) et de la réconciliation de Venise avec le Saint-Siège, de l'Oratoire de l'Amour divin, de la fondation des Théatins de 1524 avec Carafa (évêque de Theate), de la fuite à Venise après le sac de 1527, de la mort à Naples en 1547 « d'une sorte de crucifixion mystique », de la béatification (1629) et de la canonisation (1671).

    1 8 16 18 22 39 50 62 63 79 83
  2. « Saint Cajetan of Thiene », Encyclopædia Britannica (consultée en 2026) — données sur la naissance (octobre 1480, Vicence), les parents Gaspard, seigneur de Thiene, et Marie Porto, le doctorat de droit civil et canonique à Padoue (1504), la nomination comme protonotaire par Jules II (1506), la fondation des Clercs réguliers (Théatins) en 1524, l'envoi à Naples comme supérieur (1533), le centre de réforme de San Paolo Maggiore (mai 1538), la fondation du mont-de-piété devenu le Banco di Napoli, la mort (7 août 1547) et le patronage de l'Argentine, des joueurs et des chômeurs.

    2 6 7 9 12 17 42 48 49 58 65 66 72 74 91
  3. « Our Patron — Saint Cajetan », site de la paroisse Saint-Cajetan (cajetan.org, consulté en 2026) — la vision de Noël à Sainte-Marie-Majeure (l'Enfant Jésus reçu des mains de la Vierge devant la crèche), la spiritualité de la divine Providence, la fondation des Clercs réguliers fondés sur la confiance en Dieu, le patronage des chômeurs, des demandeurs d'emploi et de la « bonne fortune », et le titre populaire de « père de la Providence ».

    3 28 46 52 78 87
  4. « Saint Cajetan of Thiene, reformer of the clergy », Relics (relics.es, consulté en 2026) — la note de journal « je ne suis pas digne d'être admis dans le consortium de ces anges terrestres », la parole rapportée sur le service des pauvres (servir Dieu par le culte à l'oratoire, le trouver réellement à l'hôpital), la parole de la mort « mon Sauveur est mort sur une croix ; laissez-moi mourir au moins sur le bois », la foi inébranlable des Théatins en la divine Providence (refus de toute possession et même de mendier, vie des seules aumônes spontanées), la mort le 7 août 1547 et le patronage des demandeurs d'emploi et des banquiers honnêtes.

    4 26 36 44 47 59 76 80 82 88
  5. « Cajetan (Gaetano da Thiene), St. », New Catholic Encyclopedia / Encyclopedia.com (consultée en 2026) — fils du comte Gaspard da Thiene, études de droit à Padoue, protonotaire apostolique de Jules II, ordination le 30 septembre 1516, Oratoire de l'Amour divin à Rome, retour à Vicence (1518), hôpital pour incurables à Venise (1522), fondation des Clerici Regulares le 14 septembre 1524 avec Gianpietro Carafa, Bonifacio da Colle et Paolo Consiglieri, ordre nommé « Théatins » d'après Chieti (Teate), fuite à Venise après le sac de 1527, supériorat de Naples (1533), opposition aux hérétiques Juan de Valdés et Bernardin Ochin, mont-de-piété devenu Banque de Naples, mort le 7 août 1547, sépulture à San Paolo Maggiore, béatification (8 octobre 1629) et canonisation (12 avril 1671).

    5 10 23 25 34 38 40 43 56 64 69 73 85
  6. Gaetano Greco, « Gaetano Thiene, santo », dans Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 51, Istituto della Enciclopedia Italiana (Treccani), Rome, 1998 — notice sur treccani.it. Source de l'inscription à l'université de Padoue en 1500, du doctorat du 17 août 1504, de la tonsure reçue la même année de l'évêque de Vicence Pietro Dandolo, des confraternités de Vicence (9 janvier 1519) et de Vérone (10 juillet 1519), du rôle de Gaétan comme l'un des conseillers de la congrégation de Jérôme Émilien instituée en 1534, de l'installation successive des Théatins napolitains à Sainte-Marie-de-la-Miséricorde puis à l'hôpital des Incurables avant San Paolo Maggiore (1538), de l'élection de Gaétan comme préposé général des Théatins le 14 septembre 1534 en succession de Carafa, de la participation seulement indirecte de Gaétan — par l'intermédiaire de laïcs dévots, selon la tradition théatine elle-même — à la fondation du mont-de-piété napolitain, de sa charge de correcteur de la Confraternita dei Bianchi di Giustizia assistant les condamnés à mort (1534), et de son soutien à Maria Lorenza Longo pour la fondation du monastère Sainte-Marie-de-Jérusalem des clarisses capucines (1535).

    11 14 15 32 35 67 68 75 77
  7. Saint Cajetan, encyclopédie Wikipédia en anglais (consultée en 2026) — naissance octobre 1480, doctorat de droit civil et canonique à vingt-quatre ans, diplomate de Jules II (1506), ordination 1516, hôpital pour incurables à Vicence (1522) et à Venise (1523), érection canonique des Théatins par Clément VII en 1524 avec Carafa (futur Paul IV), torture pendant le sac de Rome (1527), maison de Naples (1533), banque pour les pauvres devenue le Banco di Napoli, mort le 7 août 1547, reliques à San Paolo Maggiore, béatification (8 octobre 1629, Urbain VIII), canonisation (12 avril 1671, Clément X), patronage de l'Argentine et des chômeurs.

    13 21 33 37 45 55 57 60 61 81 84 90
  8. « Saint Cajetan of Thiene », New Daily Compass (newdailycompass.com, consulté en 2026) — diplômé de droit canonique et civil à Padoue à vingt-quatre ans, ordonné prêtre le 30 septembre 1516 à trente-six ans, expérience mystique de Noël (la Vierge lui donnant l'Enfant Jésus : « Par elle, j'ai été aimé, élevé et revêtu »), lettre de juillet 1517 sur Rome « jadis sainte, aujourd'hui Babylone », fondation des Théatins (bref Exponi nobis du 24 juin 1524, érection le 14 septembre 1524 à Saint-Pierre, nom tiré de Teate-Chieti), ministère napolitain et mont-de-piété à l'origine du Banco di Napoli.

    19 20 24 29 31 41 51 70
  9. Courtney Mares, « The little-known story of a saint's Christmas vision of the infant Jesus in Rome », Catholic World Report / National Catholic Register (24 décembre 2024) — le père théatin Salvador Orqueida y rappelle que Gaétan, ordonné le 30 septembre (fête de saint Jérôme), attendit trois mois pour célébrer sa première messe la veillée de Noël dans la chapelle de la Nativité ; cf. aussi la notice théatine « St Cajetan and his devotion to the Holy Cross » (teatinos.org) : première messe reportée du 30 septembre 1516 à la veillée de Noël de la même année, et vision de la Vierge remettant l'Enfant Jésus à Gaétan à Sainte-Marie-Majeure.

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  10. Isabel Orellana Vilches, « Saint Cajetan of Thiene », dépêche ZENIT (7 août 2013), reprise dans la bibliothèque EWTN (ewtn.com/catholicism/library/saint-cajetan-of-thiene-5959) — « During his first Mass, celebrated in the Basilica of Saint Mary Major on January 6, 1517, he had a vision. The Virgin Mary who was carrying the Child Jesus, placed Him in Cajetan's arms. » ; cf. New Daily Compass : ordonné le 30 septembre 1516, « to celebrate his first Mass he waited for the Epiphany ».

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  11. « August 7 — Saint Cajetan, Priest », My Catholic Life! (mycatholic.life, consulté en 2026) — portrait spirituel du saint : sa réforme du clergé par la prière, la pauvreté et le service des malades, sa ferveur eucharistique et sa restauration de la vie sacramentelle à Naples, son abandon à la divine Providence et son patronage des chômeurs et des demandeurs d'emploi.

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  12. « August 7 : Saint Cajetan of Thiene, "Huntsman for Souls" », A Year of Prayer : 365 Rosaries (365rosaries.blogspot.com, consulté en 2026) — le surnom de « chasseur d'âmes » (cacciatore d'anime).

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