Léon XII (Leo XII), né Annibale della Genga le 22 août 1760 au château della Genga, dans le territoire de Spolète, gouverne l'Église de Rome du 28 septembre 1823 au 10 février 1829. Diplomate de carrière, nonce à Cologne pendant les guerres napoléoniennes, il est élu après un long conclave où l'Autriche oppose son veto au favori, le cardinal Severoli : les zelanti reportent alors leurs voix sur lui et l'emportent.[2][3] Vieillissant et perclus de maux, il avertit les cardinaux : « Vous élisez un mort. »[4]
De ce pontificat de cinq ans, l'histoire retient surtout un tournant : après le règne conciliant de Pie VII et de Consalvi, Léon XII incarne la Restauration catholique la plus ferme. Il écarte le secrétaire d'État modéré, condamne l'indifférentisme, les sociétés bibliques et les sociétés secrètes, restaure l'autorité et les privilèges traditionnels dans les États pontificaux, et rend l'enseignement aux Jésuites.[5][6] Sa gouvernance austère, ses lois de mœurs et le rétablissement du ghetto juif de Rome lui valent une grande impopularité dans la Ville.[7]
Son acte le plus durable, et le plus heureux, est l'Année sainte de 1825 : alors que le Jubilé n'avait pu être célébré en 1800 à cause de la tourmente révolutionnaire, Léon XII le rétablit avec éclat et attire à Rome plus de 325 000 pèlerins. Ce fut le seul Jubilé ordinaire pleinement célébré du XIXᵉ siècle — celui de 1850 sera empêché par l'exil de Pie IX, et celui de 1875, proclamé par Pie IX après l'annexion de Rome, sera célébré sans la solennité traditionnelle.[8][9]
L'historiographie, catholique comprise, porte sur lui un jugement nuancé. The Catholic Encyclopedia résume : « Il avait un noble caractère, la passion de l'ordre et de l'efficacité, mais il manquait de compréhension et de sympathie pour les évolutions temporelles de son époque. »[10] Comprendre Léon XII, c'est mesurer la difficulté d'un pape sincèrement saint et zélé, mais dont la fermeté restauratrice se heurta aux aspirations de son siècle.
Pourquoi Léon XII est le pape de la Restauration intransigeante
L'élection de Léon XII marque un renversement de cap dans l'histoire de la papauté du XIXᵉ siècle. Sous Pie VII, le cardinal Consalvi avait pratiqué une politique de compromis : sauver l'essentiel par la négociation, accepter ce qui pouvait l'être du monde nouveau, gouverner les États pontificaux restaurés avec une relative modération. Léon XII, porté au trône par le parti adverse, choisit la voie inverse : la fermeté doctrinale et la réaction politique.[11][12]
Ce choix n'est pas un caprice de tempérament. Il répond à une conviction de fond, partagée par tout un courant de cardinaux : la Révolution française, l'Empire, le libéralisme et les sociétés secrètes ne sont pas des accidents passés, mais une attaque continue contre la foi et l'ordre chrétien. Pour les zelanti, l'Église ne doit pas négocier avec cet esprit : elle doit le condamner et restaurer la société chrétienne. Léon XII gouverne avec cette grille de lecture, du premier au dernier jour.
« Il tenta de réprimer les forces croissantes du libéralisme et sympathisa avec les souverains qui cherchaient à restaurer les conditions de l'Ancien Régime. » — D'après la New Catholic Encyclopedia, art. « Leo XII »[13]
C'est ce qui fait de lui une figure-charnière, et discutée. Sa rigueur intérieure était réelle : il était personnellement austère, pieux et désintéressé, attentif aux pauvres.[14] Mais sa politique de restauration intransigeante nourrit l'opposition libérale dans les États pontificaux et prépare les crises que devront affronter ses successeurs. Le détail de la franc-maçonnerie, du Jubilé comme institution ou de la Compagnie de Jésus relève d'articles propres ; ce qui revient en propre à Léon XII, c'est d'avoir incarné l'option intransigeante de la Restauration.
Les sources principales
| Source | Nature | Apport pour Léon XII |
|---|---|---|
| The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Leo XII » (1911) | Synthèse catholique de référence | Biographie, conclave de 1823, Jubilé, réforme des études, jugement de caractère |
| New Catholic Encyclopedia / Encyclopedia.com, art. « Leo XII » | Notice catholique moderne | Carrière diplomatique, politique intérieure, Amérique latine, concordats |
| Encyclopædia Britannica, art. « Leo XII » | Notice biographique recoupée | Politique réactionnaire, jubilé, sociétés secrètes, relations extérieures |
| Wikipedia, art. « Pope Leo XII » et « 1823 papal conclave » | Notices recoupées | Dates précises, veto autrichien, santé, mort, tombeau |
| Léon XII, encyclique Ubi primum (5 mai 1824) | Acte pontifical | Programme du règne : clergé, indifférentisme, sociétés bibliques |
| Léon XII, bulle Quod hoc ineunte (24 mai 1824) et encyclique Charitate Christi (25 déc. 1825) | Actes pontificaux | Indiction puis extension à toute l'Église de l'Année sainte de 1825 |
| Léon XII, constitution Quo graviora (13 mars 1826) | Acte pontifical | Condamnation des sociétés secrètes et de la franc-maçonnerie |
| Léon XII, bulle Quod divina sapientia (28 août 1824) | Acte pontifical | Réorganisation des études dans les États pontificaux |
| Léon XII, encyclique Etsi iam diu (24 sept. 1824) | Acte pontifical | Amérique espagnole : appel initial à la fidélité envers Ferdinand VII |
Annibale della Genga avant le pontificat (1760-1823)
Avant d'être le pape de la Restauration, Annibale della Genga fut pendant trente ans un diplomate du Saint-Siège, formé aux cours d'Europe centrale dans la période la plus orageuse de l'histoire moderne. Cette longue carrière de nonce explique à la fois sa connaissance des affaires et sa méfiance durable envers tout ce qui venait de la Révolution.
Une noblesse provinciale des Marches
Annibale Francesco Clemente Melchiorre Girolamo Nicola della Genga naît le 22 août 1760 au château della Genga, dans le territoire de Spolète, aux confins des Marches et de l'Ombrie[15][16] — nom de baptême sans « Sermattei » selon Miranda, qui rattache ce nom au neveu du pape, le cardinal Gabriele della Genga Sermattei[17]. Il est le sixième de dix enfants du comte Ilario della Genga et de Maria Luisa Periberti di Fabriano, famille de la noblesse provinciale dont les armes avaient été reconnues par les papes.[18] Destiné de bonne heure à l'Église, il fait ses études au collège Campana d'Osimo puis à Rome, à l'Académie des nobles ecclésiastiques, école des futurs diplomates pontificaux.[19]
Le prêtre et le diplomate : nonce à Lucerne et à Cologne
Ordonné prêtre en 1783, della Genga est remarqué pour sa prestance, son éloquence et sa voix.[20] Devenu camérier de Pie VI puis chanoine de Saint-Pierre (1792), il est créé archevêque titulaire de Tyr en 1793[21][22], puis consacré le 24 février 1794 et envoyé comme nonce à Lucerne, en Suisse.[23] La même année, il est transféré à la nonciature de Cologne (1794-1802 selon la chronologie d'Oxford Reference ; Miranda borne la mission active du 14 mars 1794 à 1800[24]) — mais, les guerres révolutionnaires bouleversant la Rhénanie, il réside en fait à Augsbourg.[25][26]
De là, il est chargé de missions délicates auprès des cours allemandes — Dresde, Vienne, Munich, Stuttgart — et entre même en contact avec le pouvoir français montant.[27] Ces années lui donnent une connaissance directe de l'Europe protestante et révolutionnaire, mais elles s'achèvent dans la difficulté : ses démarches diplomatiques, prises dans la tourmente napoléonienne, restent souvent sans succès.[28]
L'échec parisien et la retraite de Monticelli
En 1814, à la chute de l'Empire, Pie VII le nomme nonce à Paris auprès de Louis XVIII restauré. La mission tourne court : on lui reproche sa lenteur à gagner la France et son impuissance à empêcher le transfert définitif d'Avignon à la couronne française. Il est rappelé presque aussitôt.[29] Déçu, en demi-disgrâce, della Genga se retire un temps dans l'abbaye de Monticelli, près de Spolète, où il mène une vie de prière et d'austérité.[30] Cette retraite, loin de l'écarter définitivement, achève de forger l'homme intérieur qui montera bientôt sur le trône de Pierre.
Cardinal, évêque de Senigallia, vicaire de Rome
La carrière de della Genga rebondit grâce à Pie VII, qui le crée cardinal-prêtre du titre de Santa Maria in Trastevere le 8 mars 1816, et le nomme évêque de Senigallia (Sinigaglia).[31][32][33] Sa santé fragile l'oblige à résigner ce siège — en 1818 selon la chronologie usuelle, dès le 10 septembre 1816 selon Miranda, sans qu'il y soit jamais entré.[34][35] Mais le pape lui confie bientôt une charge bien plus stratégique : le 12 mai 1820, il devient vicaire général de Rome (il avait reçu le 9 mai la préfecture de l'Immunité ecclésiastique[36]), c'est-à-dire l'administrateur ecclésiastique de la Ville et le bras du pape pour le diocèse romain.[37] À ce poste, le cardinal della Genga se montre rigoureux et proche du parti des zelanti. C'est de là qu'il entrera au conclave de 1823 comme l'un des chefs de file de la tendance intransigeante.
Le conclave de 1823 : le veto autrichien et le triomphe des zelanti
À la mort de Pie VII, le 20 août 1823, s'ouvre l'un des conclaves les plus disputés du siècle. Sur les 53 membres que compte alors le Collège des cardinaux, quarante-neuf se réunissent au Quirinal à partir du 2 septembre (quatre absents) ; pour presque tous, c'est un premier conclave.[38] L'enjeu est clair : faut-il prolonger la ligne modérée de Consalvi, ou la renverser ?
Zelanti contre politicanti
Le Sacré Collège se partage entre deux camps. Les politicanti (« politiques »), héritiers de Consalvi et soutenus par les intérêts autrichiens, veulent un pape diplomate, prêt à composer avec les États et avec le siècle ; ils se rallient au cardinal Castiglioni, le futur Pie VIII. En face, les zelanti (« zélés ») réclament un pape de restauration spirituelle et politique, hostile aux réformes sécularisantes ; ils portent d'abord le cardinal Antonio Gabriele Severoli.[39]
« Les zelanti voulaient une Église fortement centralisée et une opposition véhémente aux réformes sécularisantes ; ils soutenaient Severoli, qui désirait restaurer les fondements moraux et spirituels de l'Église. » — D'après Wikipedia, art. « 1823 papal conclave »[40]
Le veto contre Severoli : l'exclusive autrichienne
Severoli est sur le point de l'emporter quand l'Autriche intervient. Le cardinal Giuseppe Albani, qui représente l'empereur François Iᵉʳ, annonce que l'élection de Severoli serait inacceptable pour Vienne et prononce un veto formel — l'antique jus exclusivae que les puissances catholiques prétendaient encore exercer.[41][42] Les zelanti, furieux, ne s'inclinent qu'à demi : sur le conseil de Severoli lui-même, écarté mais maître de ses voix, ils reportent leur appui sur le cardinal della Genga.[43]
« Vous élisez un mort » : l'élection d'un homme malade
Le 28 septembre 1823, au matin, della Genga est élu par trente-quatre voix, avant même que les puissances aient mesuré ce qui se jouait.[44] Il prend le nom de Léon XII. L'élu hésite pourtant longuement à accepter[45] : gravement malade, il avertit les cardinaux : « Vous élisez un mort ».[46] Il est couronné le 5 octobre 1823.[47]
« Conservateur, et pourtant peu efficace en raison de son âge avancé et de son tempérament méticuleux, le vieux della Genga fut accepté parce qu'il n'était pas censé vivre longtemps. » — D'après Wikipedia, art. « Pope Leo XII »[48]
- 22 août 1760Naissance au château della Gengadans le territoire de Spolète
Annibale della Genga naît dans une famille de la noblesse provinciale des Marches, sixième de dix enfants.
- 1794-1800Nonce à Colognerésidant à Augsbourg ; 1802 selon la chronologie usuelle
Diplomate du Saint-Siège en Europe centrale, il mène des missions auprès des cours allemandes dans la tourmente napoléonienne.
- 8 mars 1816Créé cardinal par Pie VIItitre de Santa Maria in Trastevere
Nommé évêque de Senigallia, siège qu'il résigne dès septembre 1816 selon Miranda (1818 selon la chronologie usuelle) sans jamais y entrer ; il devient vicaire général de Rome en 1820.
- 28 septembre 1823Élection au conclave du Quirinalaprès le veto autrichien contre Severoli
Porté par les zelanti, della Genga est élu par 34 voix et prend le nom de Léon XII. Couronné le 5 octobre.
- 5 mai 1824Encyclique Ubi primumle programme du règne
Léon XII fixe le cap : relever le clergé, combattre l'indifférentisme, les sociétés bibliques et les sociétés secrètes.
- 1825Année sainte / Jubiléplus de 325 000 pèlerins à Rome
Premier grand Jubilé depuis la Révolution, étendu au monde entier en 1826. Seul Jubilé ordinaire pleinement célébré du siècle (1850 empêché, 1875 sans solennité publique).
- 13 mars 1826Constitution Quo gravioracontre les sociétés secrètes
Le pape renouvelle et durcit les condamnations de la franc-maçonnerie et des carbonari portées par ses prédécesseurs.
- 1827Concordat avec les Pays-Basaprès celui de Hanovre (1824)
Léon XII réorganise les diocèses par voie de concordats et reconnaît les évêchés d'Amérique espagnole.
- 10 février 1829Mort de Léon XIIà 68 ans, d'un mal interne à la cause discutée
Le pape s'éteint à Rome. Pie VIII lui succède. Léon XII sera inhumé près de l'autel de saint Léon le Grand.
Ubi primum : le programme de la restauration catholique
Le 5 mai 1824, Léon XII publie sa première encyclique, Ubi primum, adressée à tout l'épiscopat. C'est le manifeste du règne : il y expose le diagnostic et les remèdes d'une Église qu'il juge assiégée de toutes parts.[49]
Relever le clergé
Le premier souci du pape est la réforme du clergé, dont la Révolution avait dispersé et appauvri les rangs. Léon XII exhorte les évêques à veiller sur la formation, la discipline et la sainteté de leurs prêtres, leur rappelant la parole de saint Pierre que reprend l'encyclique.
« Paissez le troupeau de Dieu qui vous est confié, veillant sur lui non par contrainte mais de bon gré pour l'amour de Dieu, non pour un gain honteux mais de plein cœur. » — Ubi primum, 5 mai 1824, citant la Première épître de saint Pierre[50]
Contre l'indifférentisme et les sociétés bibliques
Le pape dénonce ensuite l'indifférentisme religieux — l'idée que toutes les religions se valent et que chacun peut choisir librement la sienne sans danger pour son salut. Cette « tolérance » lui paraît une dissolution de la vérité révélée.
« [Cette secte enseigne que] Dieu a donné à chaque individu une large liberté d'embrasser et d'adopter, sans danger pour son salut, n'importe quelle secte ou opinion qui lui plaît, sur la base de son jugement privé. » — Ubi primum, 5 mai 1824[51]
Il s'en prend aussi vivement aux sociétés bibliques protestantes, qui répandaient des traductions de la Bible en langue vulgaire sans note ni contrôle de l'Église. Pour Léon XII, ces versions diffusées hors de la Tradition risquaient de fausser le sens de l'Écriture plus que de l'éclairer.
« Elle travaille par tous les moyens à faire traduire — ou plutôt mal traduire — la sainte Bible dans les langues ordinaires de chaque nation. » — Ubi primum, 5 mai 1824[52]
Ces positions, raides pour l'oreille moderne, doivent se lire dans leur contexte : il ne s'agit pas de mépriser l'Écriture — l'Église en est la gardienne — mais de refuser une diffusion désencadrée qui, à l'époque, servait souvent une stratégie de prosélytisme antiromain. Le souci de Léon XII est que la Bible soit lue dans l'Église, et non contre elle.
Le Jubilé de 1825 : la seule Année sainte ordinaire du XIXᵉ siècle
L'acte le plus lumineux du pontificat est le rétablissement du Jubilé. Selon la tradition, une Année sainte doit s'ouvrir tous les vingt-cinq ans pour offrir aux fidèles une indulgence plénière et un grand mouvement de pèlerinage et de pénitence. Or celle de 1800 n'avait pu être célébrée : la papauté était alors décapitée, Pie VI venait de mourir prisonnier et Rome était occupée.[53]
Léon XII décide de renouer avec cette tradition interrompue. Par la bulle d'indiction Quod hoc ineunte (24 mai 1824), il proclame solennellement le Jubilé de 1825.[54] Le succès dépasse les attentes : plus de 325 000 pèlerins affluent de toute l'Europe vers Rome, malgré les réticences de certains princes et prélats craintifs.[55] Une difficulté matérielle marque l'année : la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, l'une des quatre basiliques jubilaires, venait d'être ravagée par un incendie (1823) ; le pape lui substitue, pour les visites des fidèles, sa propre église titulaire, Santa Maria in Trastevere.[56] À la fin de l'année, par l'encyclique Charitate Christi (25 décembre 1825), il étend les grâces du Jubilé au monde entier pour 1826.[57]
« Empêchée par les difficultés de l'époque napoléonienne en 1800, la tradition du Jubilé reprit en 1825 avec Léon XII, pour être de nouveau interrompue en 1850 par les événements de la République romaine et l'absence temporaire de Pie IX du Vatican. » — D'après le portail officiel iubilaeum2025.va, « Les Jubilés dans l'histoire »[58]
Ce Jubilé de 1825 fut ainsi la seule Année sainte ordinaire pleinement célébrée du XIXᵉ siècle — celle de 1850 fut empêchée par l'exil de Pie IX, et celle de 1875, proclamée par Pie IX, se célébra sans la solennité traditionnelle.[59] Il manifesta, en pleine époque de défiance, la vitalité persistante de la piété catholique et l'attachement du peuple chrétien au successeur de Pierre. Le détail de l'institution jubilaire elle-même relève d'un article propre ; mais c'est à Léon XII que revient le mérite de l'avoir ressuscitée après un quart de siècle d'éclipse.
La réforme des études et le retour des Jésuites
Léon XII attache une importance décisive à l'éducation, qu'il veut soustraire à l'esprit des Lumières et replacer sous la conduite de l'Église.
La bulle Quod divina sapientia (1824)
Par la bulle Quod divina sapientia, du 28 août 1824, le pape réorganise tout le système d'enseignement des États pontificaux.[60] Les universités, les écoles et les programmes sont placés sous l'autorité d'une Congrégation des études ; le latin, la philosophie scolastique et la doctrine catholique y reprennent une place centrale ; la surveillance des examens et des diplômes est centralisée à Rome.[61][62] La mesure est cohérente avec tout le règne : reprendre en main la transmission des esprits.
Le Collège romain rendu aux Jésuites
Geste hautement symbolique : dès 1824, Léon XII restitue le Collège romain — l'antique Collegio Romano, futur cœur de l'Université grégorienne — aux Jésuites, à qui Clément XIV l'avait retiré lors de la suppression de l'ordre en 1773, et que Pie VII avait rétablis en 1814.[63][64]
« Le Collège romain fut rendu aux mains efficaces des Jésuites en 1824. » — D'après The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Leo XII »[65]
En confiant de nouveau l'enseignement supérieur romain à la Compagnie de Jésus, le pape mise sur l'ordre enseignant le plus solide de l'Église pour reconstruire l'élite catholique du siècle. Le détail de la suppression et du rétablissement des Jésuites appartient à un article dédié ; mais Léon XII en consolide l'œuvre éducative à Rome même.
Quo graviora (1826) : la condamnation des sociétés secrètes
Cohérent avec le combat de Pie VII contre les carbonari et la franc-maçonnerie, Léon XII frappe à son tour. Par la constitution apostolique Quo graviora, du 13 mars 1826, il renouvelle et durcit toutes les condamnations antérieures des sociétés secrètes.[66]
Il confirme explicitement les actes de ses prédécesseurs : la bulle In eminenti de Clément XII (1738), la Providas de Benoît XIV (1751), et l'Ecclesiam a Jesu Christo de Pie VII (13 septembre 1821) contre les carbonari.[67] Léon XII y voit non une simple erreur théologique, mais un danger social et politique : des sociétés œuvrant « dans les ténèbres » pour corrompre les mœurs, affaiblir la religion et troubler l'ordre public, et dont le ralliement vague à un « Grand Architecte » dissout précisément la foi dans l'indifférentisme qu'il combattait par ailleurs.[68]
« Notre prédécesseur Pie VII, d'heureuse mémoire, à la place de qui Nous avons été élus, condamna sous les peines les plus graves la secte des carbonari, ou, avec le passage du temps, sous quelque autre nom qu'elle puisse être appelée selon la diversité des lieux, des langues et des hommes. » — D'après la constitution Quo graviora, 13 mars 1826[69]
Le pape réaffirme que ces interdictions sont toujours en vigueur, que les catholiques qui rejoignent ces sociétés encourent l'excommunication, et il presse évêques et confesseurs à la vigilance.[70] La continuité magistérielle est ici remarquable : d'un pape à l'autre, la même doctrine se transmet et se renforce.
Le gouvernement des États pontificaux : ordre, morale et réaction
Souverain temporel des États pontificaux, Léon XII y applique sans ménagement son programme de Restauration. C'est sur ce terrain que sa réputation souffrira le plus.
Le renvoi de Consalvi
L'un de ses premiers actes est d'écarter le cardinal Ercole Consalvi, l'habile secrétaire d'État de Pie VII, artisan du Concordat et de la restauration des États au Congrès de Vienne. Léon XII le remplace par le vénérable mais rigide cardinal Giulio Maria della Somaglia.[71] Consalvi, déjà malade, meurt quelques mois plus tard, en janvier 1824. Avec lui s'éteint l'esprit de compromis qui avait sauvé la papauté sous l'Empire.
La police, les mœurs et les lois somptuaires
Le règne se signale par une sévérité morale tatillonne. Le pape multiplie les règlements sur la vie publique et encadre strictement les tenues.[72] Bien intentionnée, cette police des mœurs étouffe la Ville et nourrit un profond ressentiment, jusque chez les fidèles.
Le ghetto juif rétabli
Par un édit de 1826, Léon XII reconfine les juifs de Rome dans le ghetto et restreint leurs droits de propriété, provoquant émigrations et dommages économiques.[73] Cette mesure sévère, conforme à l'esprit réactionnaire de la Restauration, illustre la limite d'un gouvernement qui confondait défense de la foi et restauration d'un ordre social révolu.
La répression du brigandage
Léon XII veut aussi restaurer l'ordre jusque dans les campagnes, notamment dans les Légations agitées : la fermeté policière qu'il y déploie — jusqu'à la peine capitale employée à Ravenne — ne suffit pas à apaiser les esprits et attise même les révolutionnaires.[74]
La diplomatie : entre intransigeance et concessions
Sur la scène internationale, le pape réactionnaire se révèle, paradoxalement, capable de réalisme. Là où la doctrine ne fléchit jamais, la diplomatie sait s'adapter.
Concordats avec le Hanovre et les Pays-Bas
Pour réorganiser des Églises bouleversées par la sécularisation, Léon XII conclut des concordats avec des États en partie protestants : le Hanovre en 1824, puis le royaume des Pays-Bas en 1827.[75] Ces accords fixent les circonscriptions diocésaines et garantissent à l'Église un cadre légal de fonctionnement, prolongeant la méthode déjà éprouvée sous Pie VII.
L'Amérique latine : du loyalisme à la reconnaissance
Face aux indépendances d'Amérique latine, la position du pape évolue. En 1824, par l'encyclique Etsi iam diu (24 septembre 1824), il exhorte d'abord le clergé d'Amérique espagnole à la fidélité envers le roi Ferdinand VII d'Espagne, par souci de légitimité monarchique.[76][77] Mais la réalité s'impose : les nouvelles républiques existent et leurs Églises manquent d'évêques. Dès 1827, Léon XII se résout à pourvoir les sièges d'Amérique espagnole et à reconnaître de fait la réorganisation des diocèses, malgré les prétentions du patronato real de Madrid (le droit de patronage par lequel la couronne d'Espagne nommait elle-même les évêques d'Amérique).[78][79] L'intérêt pastoral des fidèles l'emporte sur le principe politique.
Les catholiques d'Angleterre et d'Irlande
Le pape soutient enfin l'émancipation des catholiques dans les pays protestants, notamment en Grande-Bretagne et en Irlande, où des millions de fidèles vivaient sous des lois discriminatoires.[80][81] Le Catholic Relief Act, qui leur rendra leurs droits civiques, recevra la sanction royale le 13 avril 1829[82], deux mois après la mort de Léon XII : le pape n'en aura pas vu l'aboutissement, mais son appui y avait contribué.
La spiritualité et le caractère de Léon XII
On caricature parfois Léon XII en pape rétrograde et glacé. La réalité est plus subtile : derrière le gouvernant intransigeant se tenait un homme d'une piété sincère et d'une austérité authentique.
L'austérité et l'amour des pauvres
Personnellement, Léon XII menait une vie pauvre et mortifiée. Sobre, économe pour lui-même, il était au contraire généreux envers les indigents et attentif au sort des malades et des pèlerins.[83] Sa rigueur n'était pas un masque : elle commençait par lui-même. Le pape qui imposait à Rome une discipline sévère se l'appliquait d'abord, jusque dans la maladie qu'il supporta, dit-on, avec une grande patience.[84]
Un caractère noble, une intransigeance sans souplesse
Cette droiture sans pli eut aussi son revers : tout entier tourné vers la défense de l'ordre ancien, il discerna mal ce que le monde nouveau pouvait comporter d'appels légitimes. Le verdict de The Catholic Encyclopedia, cité ci-dessous, dit la même chose en termes mesurés.
« Il avait un noble caractère, la passion de l'ordre et de l'efficacité, mais il manquait de compréhension et de sympathie pour les évolutions temporelles de son époque. » — The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Leo XII »[85]
Léon XII illustre ainsi la difficulté de distinguer la fidélité à la foi — devoir absolu — d'avec la fidélité à une forme de société — réalité historique. Il défendit sans faiblir la vérité contre l'indifférentisme, mais lia cette défense à la restauration d'un ordre social que son siècle rejetait.
La mort et la postérité
Une fin douloureuse (1829)
Comme il l'avait prédit, le règne fut court. Miné par un mal interne ancien dont la cause exacte reste discutée, Léon XII s'éteint à Rome le 10 février 1829, à soixante-huit ans.[86] Son règne était devenu impopulaire à Rome et dans les États pontificaux[87], et cette impopularité pesa sur l'héritage qu'il léguait à ses successeurs. Triste paradoxe pour un pape si désintéressé.
Le tombeau de Saint-Pierre
Inhumé d'abord provisoirement, Léon XII reçoit sa sépulture définitive dans la basilique Saint-Pierre : ses restes sont transférés le 5 décembre 1830 près de l'autel de saint Léon le Grand, dont il avait pris le nom.[88] Le choix est significatif : le pape de la Restauration repose auprès du grand pape de l'Antiquité qui avait, lui aussi, défendu l'unité de la foi contre les périls de son temps.
Le verdict de l'histoire
Comment juger Léon XII ? L'histoire retient un pontife honnête, pieux et zélé, mais d'un gouvernement trop raide pour son siècle. Sur le plan religieux, il a relevé la discipline du clergé, rendu l'enseignement aux Jésuites, condamné l'indifférentisme et les sociétés secrètes, et surtout ressuscité le Jubilé, offrant à l'Église l'un de ses grands moments de ferveur populaire du XIXᵉ siècle. Sur le plan politique, sa réaction intransigeante a creusé le fossé entre la papauté et les aspirations libérales, préparant les crises qu'affronteront Pie VIII et Pie IX.
L'Encyclopædia Britannica (art. « Leo XII ») résume ce contraste entre les deux moitiés du règne : après une politique d'abord répressive dans les États pontificaux, Léon XII reconnut la nécessité d'une certaine modération — dont témoignent les concordats conclus avec le Hanovre (1824) et les Pays-Bas (1827).[89]
Son successeur immédiat, le cardinal Castiglioni, prend le nom de Pie VIII dès mars 1829. Léon XII demeure, dans la longue galerie des papes, la figure d'un zèle tout entier tendu vers la restauration : un homme de Dieu sincère, dont l'œuvre la plus durable fut, finalement, non pas une condamnation, mais une grâce offerte — l'Année sainte de 1825.
Pour aller plus loin
- Le pape Pie VII (1742-1823) — son prédécesseur, le moine bénédictin qui tint tête à Napoléon et le créa cardinal.
- Le pape Pie VIII — son successeur immédiat, élu en 1829, le modéré Castiglioni écarté au conclave de 1823.
- Le pape Clément XIV — celui qui avait supprimé la Compagnie de Jésus en 1773, dont Léon XII consolide le rétablissement à Rome.
- Le pape Clément XII et Benoît XIV — les premières grandes condamnations de la franc-maçonnerie, que Léon XII renouvelle par Quo graviora en 1826.
- Le pape Grégoire XVI — qui poursuivra, après Pie VIII, la défense intransigeante de l'Église face au libéralisme.
- Le bienheureux Pie IX — le pape du Jubilé empêché de 1850 et des grandes crises du pouvoir temporel.
- La Compagnie de Jésus — l'ordre enseignant à qui Léon XII rend le Collège romain en 1824.
Notes et références
Numérotation officielle (252ᵉ) — la Catholic Encyclopedia (« Chronological Lists of Popes », https://www.newadvent.org/cathen/12272a.htm : « the Stephen immediately following Zacharias (752) is not numbered, since, though duly elected, he died before his consecration ») applique la convention des listes officielles : Étienne II, élu en 752 et mort avant son sacre, n'est pas compté — d'où le rang de 252ᵉ pour Léon XII (les listes qui l'incluent le rangent 253ᵉ). Le rang de 252ᵉ est confirmé par ailleurs par Aleteia (I.Media, 6 août 2025 : « The 252nd pope of the Catholic Church »).
1Conclave de 1823 (2-28 septembre, Quirinal) — Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church (https://cardinals.fiu.edu/conclave-xix.htm : « Forty-nine of the fifty-three cardinals participated », d'après Ritzler-Sefrin, Hierarchia Catholica, vol. VII, p. 3, n. 2) et J. P. Adams, Sede Vacante 1823 (http://www.csun.edu/~hcfll004/SV1823.html, d'après Cancellieri et le motu proprio du 17 novembre 1823 : vote ouvert le 3 septembre avec quarante-neuf cardinaux présents) — conclave du 2 au 28 septembre 1823 au Quirinal : 53 membres du Collège, quatre absents (Spinucci de Bénévent, Bausset-Roquefort, Habsbourg d'Olmütz, Cunha e Meneses de Lisbonne), donc quarante-neuf présents ; presque tous n'avaient encore jamais élu un pape (seuls Somaglia et Ruffo étaient déjà cardinaux en 1800) ; division zelanti / politicanti, candidature de Severoli soutenue par les zelanti et de Castiglioni soutenu par l'Autriche, veto autrichien prononcé par le cardinal Giuseppe Albani contre Severoli, report des voix sur della Genga sur le conseil de Severoli, élection par 34 voix le matin du 28 septembre 1823. L'article anglophone Wikipedia (« 1823 conclave », sous-sourcé — bandeau « More citations needed ») donne 49 membres et quatre absents, soit quarante-cinq présents : total non retenu ici. Citation : « The zelanti wanted a highly centralised Church and vehement opposition to the secularising reforms ; they backed Cardinal Severoli, who desired to restore the moral and spiritual underpinnings of the Church. »
2 38 39 40 41 43 44« Pope Leo XII », Wikipedia (encyclopédie en ligne, recoupée avec les sources primaires) — nom complet Annibale Francesco Clemente Melchiorre Girolamo Nicola della Genga, sans « Sermattei » (nom du neveu, le cardinal Gabriele della Genga Sermattei), naissance le 22 août 1760, sixième de dix enfants du comte Ilario della Genga et de Maria Luisa Periberti di Fabriano, ordination en 1783, archevêque titulaire de Tyr (créé en 1793, consacré en 1794) et nonce à Lucerne puis à Cologne, cardinal de Santa Maria in Trastevere (8 mars 1816), évêque de Senigallia (1816-1818 selon Wikipedia, démission dès septembre 1816 selon Miranda), vicaire général de Rome (9 mai 1820 selon Wikipedia — Miranda distingue : préfet de l'Immunité le 9 mai, vicaire général le 12 mai, voir [^miranda]), élection le 28 septembre 1823 par 34 voix, couronnement le 5 octobre 1823, police des mœurs (voir la section dédiée et [^pirie]), mesures contre les juifs, règne impopulaire à Rome et dans les États pontificaux, mort le 10 février 1829 (cause discutée — voir la section sur la mort), transfert des restes près de l'autel de saint Léon le Grand le 5 décembre 1830.
3 18 19 23 27 28 32 34 42 48 84 87 88Salvador Miranda, The Cardinals of the Holy Roman Church (https://cardinals.fiu.edu/bios1816.htm#Genga) — base biographique de référence sur le Sacré Collège : notice du cardinal Annibale della Genga, nom de baptême Annibale Francesco Clemente Melchior Girolamo Nicola (sans « Sermattei », nom de son neveu le cardinal Gabriele della Genga Sermattei), ordination le 14 juin 1783, nonce à Cologne du 14 mars 1794 à 1800, envoyé extraordinaire à Paris le 22 juillet 1814 puis retiré deux ans à Monticelli (dont il était abbé commendataire à vie), création cardinalice du 8 mars 1816 avec le titre de Santa Maria in Trastevere (29 avril 1816), transféré à Senigallia le 8 mars 1816 puis démissionnaire le 10 septembre 1816 sans jamais y être entré (démission acceptée le 18 septembre), préfet de l'Immunité ecclésiastique le 9 mai 1820 et vicaire général de Rome le 12 mai 1820 — la date du 9 mai 1820 retenue dans le corps de l'article pour le vicariat est celle de Wikipedia citant Miranda, et la fourchette 1816-1818 pour Senigallia celle de l'EB1911 reprise par Wikipedia (« resigned in 1818 for health reasons ») — composition et déroulé du conclave de 1823, élection du 28 septembre 1823 (« telling the cardinals that they were electing "a dead man" »), couronnement le 5 octobre 1823 par le cardinal Ruffo, mort le 10 février 1829, transfert des restes devant l'autel de saint Léon le Grand le 5 décembre 1830.
4 17 24 33 35 36 46 47« Pope Leo XII », dans The Catholic Encyclopedia, vol. IX, Robert Appleton Company, New York, 1911 (texte sur newadvent.org/cathen/09167a.htm) — synthèse catholique de référence : naissance au château della Genga dans le territoire de Spolète le 22 août 1760, carrière diplomatique (nonce à Cologne), cardinalat de 1816, conclave et élection de 1823, Jubilé de 1825, restitution du Collège romain aux Jésuites en 1824, condamnation des francs-maçons et des sociétés secrètes, jugement de caractère. Citation originale anglaise : « He had a noble character, a passion for order and efficiency, but he lacked insight into, and sympathy with, the temporal developments of his period. » ; « The Collegio Romano was restored to the efficient hands of the Jesuits in 1824. »
5 10 15 21 25 31 63 65 85« Leo XII », Encyclopædia Britannica (art. en ligne : https://www.britannica.com/biography/Leo-XII) — naissance le 22 août 1760 près de Spolète, politique réactionnaire renversant la ligne de Pie VII (autoritarisme et privilège aristocratique), Jubilé de 1825, condamnation de l'indifférentisme et de la franc-maçonnerie — que Britannica date de « (May 1825) » (« He condemned (May 1825) indifferentism [...] and Freemasonry ») sans viser d'acte identifiable : la condamnation de l'indifférentisme est celle de l'encyclique Ubi primum (5 mai 1824) et celle des sociétés secrètes celle de la constitution Quo graviora (13 mars 1826, voir [^quograviora]), aucun acte pontifical de mai 1825 n'étant identifié ; la date de mai 1825 n'est donc pas retenue ici comme date d'acte — concordats avec le Hanovre (1824) et les Pays-Bas (1827), reconnaissance des diocèses hispano-américains en 1827 après résistance initiale, soutien à l'émancipation des catholiques. Texte original : « In the Papal States, Leo pursued a repressive policy [...] After some clumsy moves inspired by the zelanti, he recognized the need for moderation [...] Following Consalvi's moderate lines, he negotiated concordats advantageous to the papacy with Hanover (1824) and with the Netherlands (1827). » Britannica préfixe seule le nom de « Sermattei » ; Miranda, la New Catholic Encyclopedia et Wikipedia donnent le nom sans Sermattei.
6 11 16 75 79 80 89« Leo XII, Pope », dans la New Catholic Encyclopedia (notice signée T. F. Casey, reproduite sur encyclopedia.com : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/leo-xii-pope) — camérier de Pie VI, chanoine de Saint-Pierre (1792), nonce à Lucerne (1793) et à Cologne (1794-1805), nonce à Paris en 1814 (rappelé pour lenteur et impuissance face au transfert d'Avignon), retraite à l'abbaye de Monticelli, conclave de 1823 et veto contre Severoli, remplacement de Consalvi par della Somaglia, encyclique Ubi primum, édit de 1826 reconfinant les juifs au ghetto, répression du brigandage, encyclique Etsi iam diu (1824) puis reconnaissance des diocèses d'Amérique espagnole (1827), concordat avec les Pays-Bas (1827), soutien à l'émancipation catholique, mort le 10 février 1829. Texte original : « Leo XII tried to suppress the growing forces of liberalism and sympathized with monarchs who were seeking to restore the conditions of the ancien régime. »
7 12 13 20 22 26 29 30 37 45 62 64 71 73 74 77 78 81 82« Les Jubilés dans l'histoire », portail officiel iubilaeum2025.va (Vatican) — URL exacte : https://www.iubilaeum2025.va/fr/giubileo-2025/giubilei-nella-storia.html, section « 1825 : Léon XII » — Jubilé annoncé le 24 mai 1824 par la bulle Quod hoc ineunte, plus de 325 000 pèlerins de toute l'Europe à Rome, substitution de Sainte-Marie-in-Trastevere à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs incendiée en 1823, extension des grâces au monde entier en 1826. Citation : « Plus de 325 000 pèlerins de toute l'Europe arrivèrent à Rome. » Le Jubilé de 1800 avait été empêché par la tourmente révolutionnaire, celui de 1850 le sera par l'exil de Pie IX.
8 53 55 56 58Jubilé de 1875 (Pie IX) — proclamé le 24 décembre 1874 par la bulle Gravibus Ecclesiae ; l'occupation de Rome par les troupes de Victor-Emmanuel II rendit impossibles les cérémonies d'ouverture et de clôture de la Porte sainte. D'après le portail officiel iubilaeum2025.va, « Les Jubilés dans l'histoire » : « it was not possible to hold the opening and closing ceremonies of the Holy Door », et en résumé : « Jubilees were resumed in 1875, after the annexation of Rome to the Kingdom of Italy, although that year it was celebrated without the traditional solemnity. » EWTN (galerie des papes) : « He celebrated the 21st Jubilee (1875) but without opening the Holy Doors. »
9 59« Leo XII, a strict and austere pope who cared about the poor », Aleteia (I.Media, série des papes du nom de Léon), 6 août 2025 : https://aleteia.org/2025/08/06/leo-xii-a-strict-and-austere-pope-who-cared-about-the-poor — portrait équilibré : austérité personnelle (soutane blanche simple, pauvre chambre, d'après le témoignage de Chateaubriand dans ses Mémoires d'outre-tombe) et sévérité du gouvernement, mais souci réel des pauvres, des malades et des pèlerins ; patience dans la maladie.
14 83Léon XII, encyclique Ubi primum, 5 mai 1824 (texte anglais sur papalencyclicals.net/leo12/l12ubipr.htm) — programme du pontificat : réforme et sainteté du clergé, condamnation de l'indifférentisme religieux et des sociétés bibliques diffusant des traductions vernaculaires de la Bible sans contrôle ecclésial. Citations originales : « God has given every individual a wide freedom to embrace and adopt without danger to his salvation whatever sect or opinion appeals to him on the basis of his private judgment. » ; « It works by every means to have the holy Bible translated, or rather mistranslated, into the ordinary languages of every nation. » ; « Feed God's flock which is given to you, caring for them not under constraint but freely for God's sake, not for the sake of base gain but willingly » (reprise de 1 Pierre 5, 2).
49 50 51 52Léon XII, bulle d'indiction Quod hoc ineunte (« Proclaiming a Universal Jubilee »), 24 mai 1824 (texte sur papalencyclicals.net/leo12/l12quodh.htm) — bulle qui proclame et règle l'Année sainte de 1825, première grande Année sainte ordinaire célébrée depuis l'éclipse de 1800. Elle fixe les conditions du Jubilé universel à Rome (visites des basiliques, confession, communion, prière aux intentions du pape).
54Léon XII, encyclique Charitate Christi (« On Extending the Jubilee to the Entire Church »), 25 décembre 1825 (texte sur papalencyclicals.net/leo12/l12chari.htm) — à la clôture de l'Année sainte célébrée à Rome, le pape étend à toute l'Église, pour l'année 1826, les grâces et l'indulgence plénière du Jubilé, afin que les fidèles empêchés de venir à Rome puissent en bénéficier dans leurs propres diocèses.
57Léon XII, bulle Quod divina sapientia, 28 août 1824 — réorganisation complète de l'enseignement dans les États pontificaux : centralisation des universités, écoles et programmes sous une Congrégation des études, primauté du latin et de la philosophie scolastique, contrôle romain des examens et des diplômes.
60 61Léon XII, constitution apostolique Quo graviora, 13 mars 1826 (texte sur papalencyclicals.net/leo12/l12quogr.htm) — renouvellement et durcissement des condamnations des sociétés secrètes et de la franc-maçonnerie, confirmation explicite de In eminenti de Clément XII (1738), Providas de Benoît XIV (1751) et Ecclesiam a Jesu Christo de Pie VII (13 septembre 1821) contre les carbonari ; excommunication des membres, vigilance imposée aux évêques et confesseurs. Citation : « Pius VII of happy memory, in whose place We have been chosen, condemned with the gravest penalties the sect of the Carbonari, or with the passage of time by whatever other name it might be called according to the diversity of places, of idioms and of men. »
66 67 68 69 70Valérie Pirie, The Triple Crown : An Account of the Papal Conclaves from the Fifteenth Century to the Present Day (chapitre « Leo XII », extrait en ligne : http://www.pickle-publishing.com/papers/triple-crown-leo-xii.htm) — récit de la sévérité du gouvernement : règlements multipliés sur la vie privée comme publique, privilèges obsolètes renouvelés. C'est cette même page qu'invoque l'article anglophone Wikipedia (« Pope Leo XII ») pour l'anecdote selon laquelle le pape aurait décrété l'excommunication ipso facto des couturières vendant des robes basses ou transparentes (« any dressmaker who sold low or transparent dresses would be ipso facto excommunicated ») — anecdote sans acte pontifical identifié à l'appui, non retenue ici comme un fait établi du règne.
72Léon XII, encyclique Etsi iam diu, 24 septembre 1824 — adressée aux archevêques et évêques d'Amérique espagnole, elle les exhorte à « conseiller et insister auprès des fidèles pour l'obéissance et la soumission au souverain légitime et à la mère patrie », c'est-à-dire à la fidélité envers le roi Ferdinand VII d'Espagne face aux mouvements d'indépendance et aux idéologies des Lumières. Position de légitimité monarchique que les faits obligeront le pape à infléchir dès 1827.
76La mort de Léon XII (10 février 1829), une cause discutée — le témoin contemporain François-René de Chateaubriand, alors ambassadeur de France à Rome, écrit dans ses Mémoires d'outre-tombe (livre XXIX, chap. 17, trad. A. S. Kline : https://www.poetryintranslation.com/PITBR/Chateaubriand/ChateaubriandMemoirsBookXXIX.php) : « The pope died of that haemorrhoidal condition to which he was subject. The blood, being carried to the bladder, occasioned a retention which they tried to relieve by means of an incision. [...] after four days of suffering, Leo XII died this morning at nine. » L'impopularité du pape fit courir des soupçons d'empoisonnement et de faute du chirurgien — une « black legend » selon l'étude paléopathographique relue par les pairs de Fiumi Sermattei, Traversari, Serventi, Cilli, Gruppioni, Tomassini, Benazzi et Galassi (« Pope Leo XII's death : the twist to a longstanding dispute by novel historical documents and paleopathographic analysis », d'après des documents inédits des Archives secrètes du Vatican : https://researchnow.flinders.edu.au/en/publications/pope-leo-xiis-death-the-twist-to-a-longstanding-dispute-by-novel-), qui conclut à une septicémie grave favorisée par des hémorroïdes chroniques et des sondages répétés à la sonde d'argent. L'historiographie médicale (Acta Theologica, suppl. 7, 2005, sur les maladies et causes de mort) range par ailleurs Léon XII parmi les papes morts de maladies chroniques « whose exact nature is unknown ».
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