Pape Pie VIII (1761-1830)

Francesco Castiglioni, pape de 1829 à 1830 : le canoniste doux et modéré, charnière entre la Restauration de Léon XII et le règne de Grégoire XVI. Son encyclique Traditi humilitati condamne l'indifférentisme, et son réalisme face à la révolution de Juillet détache l'Église de France du légitimisme.

Ignispedia

Pie VIII (Pius VIII), né Francesco Saverio Castiglioni le 20 novembre 1761 à Cingoli, dans les Marches, gouverne l'Église de Rome du 31 mars 1829 au 30 novembre 1830. Canoniste réputé, longtemps grand pénitencier et préfet de l'Index, il avait été le favori des modérés au conclave de 1823 avant d'être écarté au profit de Léon XII. Six ans plus tard, porté par le parti français, il est élu après cinq semaines de scrutin.[1][2]

Son pontificat, le plus court du XIXᵉ siècle, est tout entier marqué par un changement de ton.[3] Après la rigueur de Léon XII, Pie VIII gouverne avec modération : il adoucit la police des mœurs, supprime certaines vexations romaines et se montre, selon ses biographes, « plus doux que Léon XII » dans l'administration des États pontificaux.[4] Sur la doctrine, en revanche, il ne cède rien : son encyclique inaugurale Traditi humilitati nostrae (24 mai 1829) condamne l'indifférentisme, les sociétés bibliques, les sociétés secrètes et les attaques contre la sainteté du mariage.[5]

Élu à l'orée d'années révolutionnaires, ce pape malade affronte en quelques mois des dossiers immenses : l'émancipation des catholiques britanniques (1829), la délicate question des mariages mixtes dans les provinces rhénanes de la Prusse, et surtout la révolution de Juillet 1830 en France, qu'il choisit de reconnaître pour détacher l'Église de France du légitimisme et préserver son indépendance.[6][7]

Miné par une santé fragile, Pie VIII s'éteint au Quirinal le 30 novembre 1830, un an et huit mois après son élection. La New Catholic Encyclopedia retient un pape savant, doux et consciencieux, dont la brièveté du règne a empêché de mesurer pleinement le gouvernement, mais qui prépara, par sa politique française — c'est son jugement — le grand renouveau spirituel de l'Église de France des décennies suivantes.[8][9]

Pourquoi Pie VIII est le pape modéré de la charnière

L'élection de Pie VIII marque une inflexion dans la papauté du XIXᵉ siècle, sans rupture brutale. Là où Léon XII avait gouverné avec fermeté — surveillance des mœurs, rappel des règles anciennes y compris pour les juifs du ghetto romain[10] —, Castiglioni représente une tendance plus conciliante, héritière de la prudence du cardinal Consalvi.[11][12] Ce n'était pas un partisan du libéralisme, mais un homme de gouvernement persuadé qu'on défend mieux la foi par la fermeté doctrinale que par la contrainte administrative.

Infographie — les vingt mois du pontificat de Pie VIII, de l'élection de 1829 à la mort au Quirinal. Créée par IA.

Cette modération se lit dès les premiers gestes du règne : allègement de la police des mœurs et gouvernement plus mesuré, qui tranchent avec la sévérité du pontificat précédent.[13][14] Il desserre l'encadrement policier des mœurs dans la Ville. Mais cette douceur de gouvernement n'a rien d'une faiblesse doctrinale : la même année, il publie une encyclique qui réaffirme avec force toute la ligne romaine contre l'esprit du temps.

« Doux et aimable de caractère, extrêmement consciencieux. » — D'après The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Pius VIII »[15]

C'est ce qui fait de lui une figure-charnière. Son pontificat se situe entre deux pôles : derrière lui, l'intransigeance de Léon XII ; devant lui, le long règne plus ferme de Grégoire XVI, qui durcira de nouveau le cap face au libéralisme catholique et aux révolutions. Pie VIII, lui, tient une position intermédiaire : inflexible sur le dogme, souple sur les hommes et les circonstances. Les grands dossiers de son règne — les mariages mixtes, la révolution de Juillet — sont précisément ceux où il faut distinguer le principe immuable de son application prudente. Le détail de l'encyclique Traditi humilitati, de la franc-maçonnerie ou du droit matrimonial relève d'articles propres ; ce qui revient en propre à Pie VIII, c'est d'avoir incarné l'option modérée de la papauté entre deux règnes plus raides.

Les sources principales

SourceNatureApport pour Pie VIII
The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Pius VIII » (1911)Synthèse catholique de référenceBiographie, canon law, emprisonnement, élection de 1829, mariages mixtes, émancipation, caractère
New Catholic Encyclopedia / Encyclopedia.com, art. « Pius VIII »Notice catholique moderneConclave de 1829, Albani, révolution de Juillet, Lamennais, mariages mixtes rhénans, jugement
Encyclopædia Britannica, art. « Pius VIII »Notice biographique recoupéeCarrière, élection comme candidat de la France, modération, opposition aux mouvements libéraux
Wikipedia, art. « Pope Pius VIII » et « 1829 papal conclave »Notices recoupéesDates précises, scrutins du conclave, nouveaux diocèses, mort, monument funéraire
Pie VIII, encyclique Traditi humilitati nostrae (24 mai 1829)Acte pontificalProgramme du règne : indifférentisme, sociétés bibliques et secrètes, mariage, formation du clergé
Pie VIII, bref Litteris altero abhinc (25 mars 1830)Acte pontificalMariages mixtes des provinces rhénanes, assistance passive du prêtre

Francesco Castiglioni avant le pontificat (1761-1829)

Avant d'être le pape modéré de 1829, Francesco Castiglioni fut pendant près de trente ans un homme d'Église de la curie et du gouvernement diocésain, réputé pour sa science du droit canonique et marqué, comme nombre de ses contemporains, par l'épreuve de la persécution napoléonienne.

Une noblesse provinciale des Marches

Cingoli, ville natale de Francesco Castiglioni dans les Marches. Source : Alessandro Vecchi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Francesco Saverio Maria Felice Castiglioni naît le 20 novembre 1761 à Cingoli, dans les Marches, au cœur des États pontificaux.[16][17] Il est le troisième de huit enfants du comte Ottavio Castiglioni et de Sanzia Teresa Ghislieri, famille de la noblesse provinciale des Marches.[18][19] Destiné de bonne heure à l'Église, il étudie au collège jésuite d'Osimo, puis suit des cours de droit canon à Bologne et à Rome, où il acquiert le doctorat en droit canon et civil en 1785.[20][21]

Le canoniste et le vicaire général

Ordonné prêtre le 17 décembre 1785, le jeune Castiglioni se distingue moins par l'éclat que par la solidité juridique et la régularité de vie.[22] Il sert successivement comme vicaire général — l'adjoint qui administre un diocèse au nom de l'évêque — à Anagni, à Fano, puis à Ascoli Piceno, accumulant une expérience concrète du gouvernement ecclésiastique.[23][24] Sa réputation de canoniste — c'est-à-dire de spécialiste du droit de l'Église — le suivra toute sa vie et expliquera plus tard sa nomination comme grand pénitencier et préfet de l'Index.[25]

Évêque de Montalto et prisonnier de Napoléon

Le 11 août 1800, Pie VII le nomme évêque de Montalto ; il est consacré quelques jours plus tard.[26] Survient alors l'épreuve qui forge l'homme : lors de l'occupation française de l'Italie, l'empereur exige des évêques un serment d'allégeance au royaume d'Italie napoléonien. Castiglioni refuse. Il est arrêté le 29 juillet 1808, puis déporté et interné successivement à Milan, Pavie, Mantoue et Turin, partageant le sort de tant d'évêques et de prêtres fidèles au pape captif.[27][28] Il ne retrouve son diocèse que le 16 juin 1814, après la chute de l'Empire.

« Sous la domination française, il fut arrêté pour avoir refusé de prêter le serment d'allégeance au roi d'Italie. » — D'après The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Pius VIII »[29]

Cette confession durant la persécution n'est pas un détail : elle classe Castiglioni parmi les évêques éprouvés par la Révolution et l'Empire, et lui donne, comme à Pie VII, l'autorité morale de ceux qui ont souffert pour la liberté de l'Église.

Cardinal, grand pénitencier, préfet de l'Index

Infographie — de Castiglioni à Pie VIII : les grandes étapes d'une carrière de canoniste. Créée par IA.

Récompense de cette fidélité : le 8 mars 1816, Pie VII le crée cardinal-prêtre du titre de Santa Maria in Traspontina, et le transfère bientôt au siège de Cesena.[30][31] En 1821, il devient cardinal-évêque de Frascati, l'un des sièges suburbicaires les plus prestigieux, et reçoit deux charges curiales majeures qui le placent au cœur du gouvernement central de l'Église : grand pénitencier — responsable du for interne, des absolutions réservées et des dispenses de conscience — et préfet de la Congrégation de l'Index, chargée de la surveillance des livres.[32][33] Ces fonctions, qu'il exerce jusqu'à son élection, achèvent de faire de lui une autorité reconnue en matière de droit et de doctrine.

Le conclave de 1823 : le favori écarté

À la mort de Pie VII, en 1823, le cardinal Castiglioni avait été l'un des grands candidats. Soutenu par les politicanti modérés, héritiers de Consalvi, il représentait la continuité conciliante. Mais sa proximité supposée avec l'ancien secrétaire d'État et la méfiance des zelanti lui barrèrent la route : le conclave porta finalement Annibale della Genga, qui prit le nom de Léon XII.[34][35] Un on-dit que les notices modernes se transmettent sans recoupement — ni la Catholic Encyclopedia, ni la New Catholic Encyclopedia, ni Britannica ne le mentionnent — veut que Léon XII lui-même, prévoyant l'avenir, ait désigné Castiglioni comme son successeur probable, allant jusqu'à dire qu'on l'appellerait un jour Pie VIII.[36]

Le conclave de 1829 : le candidat de la France

À la mort de Léon XII, le 10 février 1829, s'ouvre un nouveau conclave où le cardinal Castiglioni fait de nouveau figure de favori, cette fois avec l'appui décisif des puissances.

Cinq semaines de scrutin

Cinquante cardinaux environ se réunissent à partir de la fin février. Le conclave dure près de cinq semaines, du scrutin initial jusqu'au 31 mars 1829.[37][38] La France de Charles X soutient ouvertement Castiglioni, qui apparaît comme le candidat de la modération et des cours catholiques.[39][40] Les votes fluctuent longtemps : Castiglioni mène dès les premiers tours, oscille entre une dizaine et une vingtaine de voix au fil de mars, puis l'emporte nettement.

L'élection du 31 mars 1829

Le matin du 31 mars 1829, Castiglioni rassemble vingt-huit voix ; l'après-midi, il est élu par quarante-sept voix.[41] Il prend le nom de Pie VIII, par fidélité à la mémoire de Pie VII, dont il avait partagé l'épreuve et reçu la pourpre. Il est couronné le 5 avril 1829 par le cardinal Giuseppe Albani, qu'il choisit aussitôt comme secrétaire d'État.[42][43]

Selon les seules notices modernes, au conditionnel et sans autre recoupement, le cardinal Albani aurait poussé la candidature de Castiglioni en escomptant un pontificat bref qui lui assurerait le poste de secrétaire d'État ; le nouveau pape lui aurait confié cette charge sans hésiter.[44] De fait, Pie VIII, déjà âgé et de santé fragile, délègue largement à Albani la conduite des affaires étrangères.[45]

  1. 20 novembre 1761
    Naissance à Cingoli
    dans les Marches (États pontificaux)

    Francesco Castiglioni naît dans une famille de la noblesse provinciale, troisième de huit enfants.

  2. 17 décembre 1785
    Prêtre et docteur en droit canon
    formé à Bologne et à Rome

    Canoniste réputé, il sert comme vicaire général à Anagni, Fano et Ascoli Piceno.

  3. 29 juillet 1808
    Arrêté par les Français
    pour refus du serment à Napoléon

    Évêque de Montalto depuis 1800, il est déporté à Milan, Pavie, Mantoue et Turin jusqu'en 1814.

  4. 8 mars 1816
    Créé cardinal par Pie VII
    titre de Santa Maria in Traspontina

    Évêque de Cesena, puis de Frascati (1821), grand pénitencier et préfet de l'Index.

  5. 31 mars 1829
    Élection au conclave
    candidat de la France, élu par 47 voix

    Après cinq semaines de scrutin, Castiglioni prend le nom de Pie VIII. Couronné le 5 avril.

  6. 24 mai 1829
    Encyclique Traditi humilitati
    le programme du règne

    Pie VIII condamne l'indifférentisme, les sociétés bibliques et secrètes, et défend la sainteté du mariage.

  7. 25 mars 1830
    Bref Litteris altero abhinc
    les mariages mixtes rhénans

    Il autorise l'assistance passive du prêtre aux mariages mixtes de Prusse, sans renoncer aux principes.

  8. été-automne 1830
    Révolution de Juillet
    reconnaissance de Louis-Philippe

    Pie VIII détache l'Église de France du légitimisme et reconnaît le nouveau roi pour préserver son indépendance.

  9. 30 novembre 1830
    Mort de Pie VIII
    à 69 ans, au Quirinal

    Le pape s'éteint après une fin rapide et douloureuse. Grégoire XVI lui succède après un long conclave.

Traditi humilitati : le programme doctrinal du règne

Infographie — Traditi humilitati nostrae et les quatre fronts doctrinaux du pontificat. Créée par IA.

Le 24 mai 1829, moins de deux mois après son élection, Pie VIII publie sa première et principale encyclique, Traditi humilitati nostrae, adressée à tout l'épiscopat. C'est le manifeste du pontificat : en treize sections, le pape y dresse le diagnostic d'une Église assaillie et fixe les remèdes.[46] Sur le fond, il s'inscrit dans la stricte continuité des combats de Léon XII et de Pie VII.

Contre l'indifférentisme religieux

Le cœur de l'encyclique est la condamnation de l'indifférentisme — l'idée que toutes les religions se valent et qu'il importe peu, pour le salut, d'appartenir à l'une ou à l'autre. Pie VIII y voit une impiété monstrueuse, parce qu'elle met sur le même plan la vérité et l'erreur.[47]

« C'est assurément une impiété monstrueuse que d'attribuer la même louange à la vérité et à l'erreur. » — Traditi humilitati nostrae, 24 mai 1829[48]

Le pape rappelle l'unité de la foi avec la formule de saint Paul : il n'y a qu'un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême (Ép 4, 5), et la profession de la foi catholique est uniquement vraie.[49] Loin d'être une simple préférence confessionnelle, c'est une affirmation de fond : la vérité révélée ne se négocie pas comme une opinion.

Contre les traductions bibliques non contrôlées

Comme Léon XII, Pie VIII met en garde contre les sociétés bibliques protestantes qui répandaient gratuitement, jusque chez les illettrés, des traductions de la Bible en langue vulgaire dépourvues de notes et d'approbation ecclésiastique.[50] Le souci n'est pas de soustraire l'Écriture aux fidèles — l'Église en est la gardienne — mais d'éviter qu'elle soit faussée par des versions désencadrées et glissées d'« interpolations perverses ».

« Ils impriment les Bibles en langue vulgaire et […] les offrent gratuitement même aux gens sans instruction. » — Traditi humilitati nostrae, 24 mai 1829[51]

Le pape renvoie ici aux décrets du concile de Trente qui exigeaient l'approbation de l'Église et l'appui des commentaires patristiques pour la diffusion des versions vernaculaires.[52] La Bible doit être lue dans la Tradition de l'Église, non contre elle.

Contre les sociétés secrètes et pour la défense du mariage

L'encyclique condamne enfin les sociétés secrètes — la franc-maçonnerie et ses dérivés — comme une menace pour l'Église et pour l'État, et dénonce les organisations qui corrompent la jeunesse par un enseignement étranger à la foi.[53] Pie VIII s'y inscrit dans la longue chaîne des condamnations pontificales de la maçonnerie, que Léon XII avait renouvelées par Quo graviora en 1826.

Surtout, le pape consacre une section à la sainteté du mariage. Il enjoint aux évêques d'enseigner que le mariage est un sacrement, et non un simple contrat civil, et qu'il relève tout entier de l'autorité de l'Église.[54] Cette insistance n'est pas théorique : elle annonce le grand dossier juridique du règne, celui des mariages mixtes.

La question des mariages mixtes des provinces rhénanes

Le dossier le plus lourd et le plus durable du pontificat est celui des mariages mixtes — c'est-à-dire entre un catholique et un protestant — dans les territoires que la Prusse protestante avait acquis en 1815 : la Rhénanie et la Westphalie, peuplées de millions de catholiques.[55][56]

Le conflit avec la Prusse

Pour comprendre l'enjeu, il faut une image simple. L'Église catholique posait une condition à sa bénédiction d'un mariage mixte : les enfants devaient être élevés dans la foi catholique. L'État prussien, lui, voulait au contraire que les enfants suivent la religion du père, souvent protestant, et entendait imposer sa propre législation aux régions catholiques.[57] Deux autorités, deux exigences contradictoires, et au milieu, les familles et les curés pris en étau.

Le bref Litteris altero abhinc (1830)

Infographie — Litteris altero abhinc : principe sacramentel, difficulté rhénane et assistance passive. Créée par IA.

Pour apaiser la Prusse sans renier le principe, Pie VIII publie le 25 mars 1830 le bref Litteris altero abhinc. Il y maintient que l'Église ne peut bénir un mariage mixte que si les promesses sur l'éducation catholique des enfants ont été données ; mais, à défaut de ces garanties, il autorise le prêtre à se contenter d'une assistance passive — c'est-à-dire à être simplement témoin de l'échange des consentements, sans bénédiction nuptiale.[58][59]

« À défaut des garanties habituellement exigées, le curé ne devait assister que passivement à la cérémonie. » — D'après la New Catholic Encyclopedia, art. « Pius VIII »[60]

C'est une distinction subtile, typique du canoniste qu'était Pie VIII : sauver le principe doctrinal — pas de bénédiction sans promesses — tout en concédant une tolérance pratique qui évitait la rupture avec l'État. À la fin de juin 1830, le pape adresse encore une lettre pastorale aux évêques du Haut-Rhin sur cette même question — lettre dont l'existence est attestée par son successeur, qui s'y réfère et s'étonne de n'avoir reçu aucune réponse, « bien que trois années se soient écoulées ».[61]

Un compromis qui ne résout rien

La concession ne satisfait pourtant pas la Prusse, et le conflit s'envenime sous le pontificat suivant : c'est l'origine lointaine des troubles de Cologne et de la crise des mariages mixtes que devra affronter Grégoire XVI, qui se réfère expressément à la lettre de Pie VIII dans son bref Quo graviora du 4 octobre 1833, adressé aux évêques de la province du Haut-Rhin — à ne pas confondre avec la constitution homonyme de Léon XII contre les sociétés secrètes (1826).[62] Le détail du droit matrimonial catholique relève d'un article propre ; ce qui revient à Pie VIII, c'est d'avoir cherché, en pur canoniste, la ligne de crête entre la fermeté du dogme et la paix avec les princes.

La révolution de Juillet et la reconnaissance de Louis-Philippe

L'épreuve la plus politique du règne survient à l'été 1830. En juillet, la révolution chasse de France le roi légitime Charles X, qui avait soutenu l'élection de Pie VIII, et porte au trône Louis-Philippe d'Orléans, le « roi des Français ».[63][64] Pour la papauté, attachée par tradition à la légitimité monarchique, le choix est cornélien.

Détacher l'Église de France du légitimisme

Infographie — la décision de Rome après la révolution de Juillet : réalisme politique sans ralliement doctrinal au libéralisme. Créée par IA.

Pie VIII tranche avec un réalisme remarquable. Plutôt que de lier le sort de l'Église à une dynastie déchue, il choisit de reconnaître le nouveau régime — la Catholic Encyclopedia, prudente, note qu'il le fit « avec hésitation ».[65] Selon la New Catholic Encyclopedia — seule à rapporter ces détails, sans cote d'archive ni acte primaire retrouvés —, il désapprouve la fuite des évêques légitimistes hors de France et leur refuse l'entrée des États pontificaux, voulant que le clergé français demeure dans le pays ; dès septembre 1830, il exprimerait l'espoir que la monarchie de Juillet s'établisse solidement.[66]

« Il refusa l'entrée des États de l'Église aux évêques légitimistes qui avaient fui la France, détachant ainsi efficacement l'Église de France du légitimisme tout en maintenant son indépendance. » — D'après la New Catholic Encyclopedia, art. « Pius VIII »[67]

Geste significatif, toujours selon la seule New Catholic Encyclopedia : Pie VIII aurait insisté pour que le titre traditionnel de « Roi Très Chrétien » soit appliqué à Louis-Philippe, afin de normaliser les relations avec le nouveau régime.[68] Le pape distingue ainsi nettement la fidélité à la foi, qui est absolue, de la fidélité à une dynastie, qui ne l'est pas.

Lamennais et le libéralisme catholique

Cette prudence se manifeste aussi dans une abstention. Le prêtre breton Félicité de Lamennais promouvait alors un libéralisme catholique — alliance de la foi et des libertés modernes — qui divisait l'Église de France. Pie VIII ne l'approuve pas, mais il refuse aussi de prononcer la condamnation que réclamaient l'archevêque de Paris, Mgr de Quélen, et les évêques légitimistes.[69] Il laisse le débat ouvert. La condamnation de Lamennais ne viendra que sous Grégoire XVI, avec l'encyclique Mirari vos en 1832.

Une politique féconde malgré sa brièveté

Cette ligne française — audacieuse aux yeux de la New Catholic Encyclopedia — se révéla féconde. En libérant l'Église de France de l'hypothèque dynastique, Pie VIII lui permit de traverser le changement de régime sans se compromettre, et prépara, selon cette même notice, le renouveau spirituel qui marqua le catholicisme français des deux décennies suivantes.[70] Le pape opposa cependant un refus aux mouvements libéraux et nationaux en Irlande et en Pologne, distinguant la prudence diplomatique de tout ralliement aux révolutions.[71][72]

L'émancipation des catholiques britanniques

Infographie — Europe 1829-1830 : Royaume-Uni, provinces rhénanes et France, trois dossiers majeurs reliés à Rome. Créée par IA.

Presque au moment de son élection, Pie VIII assiste à un événement qu'il accueille avec joie : l'émancipation des catholiques du Royaume-Uni. Le Roman Catholic Relief Act, voté en troisième lecture par les Communes le 30 mars (par 320 voix contre 142) puis sanctionné par la couronne le 13 avril 1829, rend enfin leurs droits civiques aux catholiques d'Angleterre et d'Irlande, qui vivaient depuis des siècles sous des lois discriminatoires.[73][74][75] L'aboutissement, préparé sous Léon XII, est salué par le nouveau pape comme une délivrance pour des millions de fidèles.

Cette satisfaction n'est pas en contradiction avec sa réserve envers les mouvements nationaux irlandais : Pie VIII se réjouit de la liberté religieuse rendue aux catholiques, sans pour autant cautionner toute forme d'agitation politique. La distinction, encore une fois, est celle d'un esprit juridique soucieux de séparer les ordres.

Le gouvernement des États pontificaux et l'Europe des révolutions

Souverain temporel des États pontificaux, Pie VIII y applique une administration plus douce que celle de son prédécesseur, et son court règne est traversé par les secousses de l'Europe de 1830.

Une administration plus douce

Infographie — États pontificaux : une modération gouvernementale sans rupture doctrinale. Créée par IA.

Pie VIII fut, selon la New Catholic Encyclopedia, « plus doux que Léon XII » dans le gouvernement des États, améliorant la condition des populations sur le plan économique et social.[76] Cet adoucissement — allègement de la police des mœurs et gouvernement plus mesuré — lui valut une popularité que son austère prédécesseur n'avait pas connue.[77] Sans renoncer à l'ordre, il gouvernait avec plus de mesure.

La révolution belge

À l'automne 1830, la révolution belge sépare les provinces catholiques du sud du royaume des Pays-Bas protestant. Selon la New Catholic Encyclopedia, seule à détailler ce point, le secrétaire d'État Albani s'opposa aux procédures d'indépendance belge, mais Pie VIII ne prit aucune mesure hostile contre un peuple en grande partie catholique.[78] Là encore, le pape sut ne pas s'enfermer dans une logique purement légitimiste.

Une question d'argent : l'intérêt des prêts

Canoniste jusque dans les détails, Pie VIII apporta aussi une clarification en matière de morale économique : saisi par l'évêque de Rennes du cas des confesseurs qui absolvaient les prêteurs à intérêt modéré, il fit répondre par le Saint-Office, le 18 août 1830, que ces confesseurs ne devaient pas être inquiétés — infléchissement pratique dans la ligne de l'encyclique Vix pervenit de Benoît XIV.[79][80] La décision, technique, témoigne du même esprit : appliquer la doctrine avec réalisme aux conditions nouvelles du temps.

Actes doctrinaux et pastoraux du pontificat

Infographie — doctrine ferme, politique prudente : l'équilibre propre du pontificat de Pie VIII. Créée par IA.

Malgré sa brièveté, le règne de Pie VIII compte plusieurs actes durables qui dépassent la seule administration courante.

Saint Bernard de Clairvaux, docteur de l'Église

En 1830, Pie VIII proclame saint Bernard de Clairvaux docteur de l'Église, lui conférant le titre de Doctor mellifluus (« docteur au langage de miel »), en hommage à l'éloquence du grand abbé cistercien du XIIᵉ siècle.[81] Cet acte magistériel, qui élève Bernard au rang des grands maîtres de la foi, restera l'un des héritages spirituels les plus visibles du pontificat ; le titre sera repris bien plus tard par Pie XII dans son encyclique Doctor Mellifluus de 1953.[82][83]

Le premier concile provincial de Baltimore

Pie VIII manifeste un soin particulier pour l'Église des États-Unis, alors en pleine expansion. En octobre 1829, il approuve les décrets du premier concile provincial de Baltimore, la première grande assemblée des évêques américains, et accorde au jeune épiscopat les facultés qu'il sollicitait.[84][85] Le pape réorganise aussi la carte diocésaine du Nouveau Monde par trois brefs portant le même incipit Inter multiplices (textes conservés sur vatican.va) : le 15 mai 1829, érection du diocèse de Mobile (Alabama et Floride), suffragant de Baltimore ; le 11 août 1829, séparation d'avec Québec de l'Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick et des Îles-de-la-Madeleine, avec siège à Charlottetown ; le 4 septembre 1829, rattachement du Cap-Breton au vicariat apostolique de Nouvelle-Écosse.[86]

Béatifications et créations cardinalices

Le pape tint trois consistoires — les 27 juillet 1829, 15 mars et 5 juillet 1830 — et y créa six cardinaux publiquement ; huit autres, réservés in pectore — « dans son cœur », c'est-à-dire en réservant secrètement les noms — au consistoire de mars 1830, ne furent jamais publiés, et sa mort rendit ces nominations caduques.[87] Sur le plan de la sainteté, il béatifia le servite Benincasa de Montepulciano (décembre 1829) et la dominicaine Chiara Gambacorti, dont le culte local fut confirmé par rescrit du 4 mars 1830.[88]

La spiritualité et le caractère de Pie VIII

On résume parfois Pie VIII à un pape de transition, effacé par la brièveté de son règne. La réalité est celle d'un homme d'une physionomie spirituelle nette : un savant doux, marqué par l'épreuve et par une infirmité physique qu'il porta avec patience.

Le savant et l'homme de droit

Toute sa vie, Castiglioni fut d'abord un homme d'étude et de droit. Sa science du droit canonique, reconnue de ses pairs, n'était pas une érudition froide : elle nourrissait sa manière de gouverner, faite de distinctions précises et de souci des âmes concrètes. C'est cette compétence qui éclaire les grands actes du règne — le bref sur les mariages mixtes, la clarification sur l'intérêt des prêts —, où l'on reconnaît partout la main du canoniste.[89][90]

Une infirmité portée avec patience

Pie VIII souffrait d'une affection au cou qui l'obligeait à tenir la tête inclinée, et plus largement d'une santé fragile qui entrava ses fonctions liturgiques sans jamais lui faire abandonner le gouvernement.[91][92] Comme Léon XII avant lui, il monta sur le trône de Pierre en homme diminué physiquement, mais résolu à servir. Cette faiblesse du corps, jointe à la douceur du caractère, donne à sa figure une gravité discrète.

Doux, conscientieux, désintéressé

Le jugement des sources est unanime sur son caractère : doux et aimable, extrêmement consciencieux, selon The Catholic Encyclopedia.[93] Loin de l'image d'un pape faible, cette douceur s'accompagnait d'une fermeté sur l'essentiel — la doctrine ne fléchit jamais — et d'un véritable réalisme politique. Le mélange est rare : la bonté dans les manières, la rigueur dans la foi, la souplesse dans les circonstances.

La mort et la postérité

Une fin rapide et douloureuse (1830)

Le palais du Quirinal, où Pie VIII meurt le 30 novembre 1830. Vue attribuée à un imitateur de François-Marius Granet, vers 1806, LACMA / Wikimedia Commons, domaine public.

Comme on l'avait pressenti, le règne fut bref. Au début de novembre 1830, Pie VIII voit son état se dégrader : des fistules au cou et au genou, le corps couvert de pustules, que les médecins parviennent à juguler vers le 15 novembre sans faire cesser l'étouffement.[94] Le 23 novembre, l'état s'aggrave publiquement — des prières pro Summo Pontifice infirmo sont ordonnées dans toutes les églises — ; après trois mauvaises nuits, il reçoit le Viatique le 28 novembre à 14 heures, puis l'extrême-onction le soir même à 21 h 30, des mains de Mgr Augustoni, sacriste pontifical.[95] Il s'éteint au palais du Quirinal le 30 novembre 1830, à soixante-neuf ans — date confirmée par Britannica.[96][97] La Catholic Encyclopedia (1911) donne le 1ᵉʳ décembre : c'est la date de la reconnaissance officielle du corps et de la lecture du rogito, le procès-verbal de décès, non celle de la mort.[98] Son pontificat, d'un an et huit mois, est le plus court du XIXᵉ siècle.[99]

La soudaineté de cette fin fit naître, comme souvent, une rumeur d'empoisonnement ; mais aucune preuve ne vint jamais l'étayer, et l'historiographie l'attribue à la maladie.[100]

Le monument de Saint-Pierre

Monument funéraire de Pie VIII par Pietro Tenerani, basilique Saint-Pierre. Source : Gary Todd, Wikimedia Commons, domaine public.

Pie VIII reçut sa sépulture dans la basilique Saint-Pierre. Le sculpteur Pietro Tenerani lui éleva, en 1866, un monument funéraire placé au-dessus de la porte de la sacristie : le pape y est représenté agenouillé, surmonté du Christ trônant, avec les statues de saint Pierre et saint Paul et les figures allégoriques de la Prudence et de la Justice.[101] L'œuvre, d'un néoclassicisme épuré, marque la place du pape modéré dans la longue galerie des successeurs de Pierre.

Le verdict de l'histoire

Comment juger Pie VIII ? L'histoire retient un pape savant, doux et avisé, dont la brièveté du règne a empêché de déployer pleinement le gouvernement. Sur le plan doctrinal, il a tenu sans faiblir la ligne romaine contre l'indifférentisme et les sociétés secrètes, défendu la sainteté du mariage et honoré la science sacrée en faisant de saint Bernard un docteur de l'Église. Sur le plan politique, son réalisme face à la révolution de Juillet libéra l'Église de France d'une hypothèque dynastique et lui ouvrit un avenir.

« Il mena une politique vigoureuse, plus douce que Léon XII dans le gouvernement des États de l'Église, et prépara l'Église de France au grand élan spirituel des deux décennies suivantes. » — D'après la New Catholic Encyclopedia, art. « Pius VIII »[102]

Son successeur, élu après un long conclave, sera le camaldule Bartolomeo Cappellari, Grégoire XVI, qui durcira de nouveau la position de l'Église face au libéralisme. Pie VIII demeure, entre l'intransigeance de Léon XII et la réaction de Grégoire XVI, la figure d'un canoniste pacificateur : ferme sur la vérité, souple sur les hommes, et assez libre pour reconnaître que la fidélité à la foi n'exige pas la fidélité à un trône.

Pour aller plus loin

  • Le pape Léon XII (1760-1829) — son prédécesseur, au gouvernement ferme, élu au conclave de 1823 où Castiglioni figurait déjà parmi les candidats.
  • Le pape Grégoire XVI — son successeur, qui hérita de la crise des mariages mixtes et condamna le libéralisme catholique de Lamennais.
  • Le pape Pie VII (1742-1823) — le pape qui le créa cardinal et dont il prit le nom, autre confesseur de la persécution napoléonienne.
  • Le pape Benoît XIV — l'auteur de Vix pervenit, auquel Pie VIII se réfère sur la question de l'intérêt des prêts.
  • Le pape Pie XII — qui reprit le titre de Doctor mellifluus de saint Bernard dans son encyclique de 1953.
  • Le bienheureux Pie IX — le pape du Syllabus et de Vatican I, héritier lointain des crises du libéralisme amorcées sous Pie VIII.

Notes et références

  1. « Pope Pius VIII », Wikipedia (encyclopédie en ligne, recoupée avec les sources primaires et cardinals.fiu.edu) — nom complet Francesco Saverio Maria Felice Castiglioni, naissance le 20 novembre 1761 à Cingoli, troisième de huit enfants du comte Ottavio Castiglioni et de Sanzia Teresa Ghislieri, doctorat en droit canon et civil en 1785, ordination le 17 décembre 1785, vicaire général d'Anagni, Fano et Ascoli Piceno, évêque de Montalto (1800), arrestation le 29 juillet 1808 et internement à Milan, Pavie, Mantoue et Turin jusqu'au 16 juin 1814, cardinal le 8 mars 1816, évêque de Frascati et grand pénitencier (1821), élection le 31 mars 1829 (28 voix le matin, 47 l'après-midi) et couronnement le 5 avril 1829, secrétaire d'État Albani, permission de l'intérêt modéré (référence à Vix pervenit), érection des diocèses de Mobile et de Charlottetown, six cardinaux créés et huit in pectore, béatifications de Benincasa de Montepulciano et de Chiara Gambacorti, fistules et pustules de novembre 1830, Viatique le 28 novembre, mort au Quirinal le 30 novembre 1830, rumeur non prouvée d'empoisonnement. Le mot prêté à Léon XII (« Pie VIII ») et le calcul prêté à Albani ne figurent que dans cette notice et ses dérivés, sans recoupement dans la CE, la NCE ni Britannica : le corps de l'article les présente donc comme des on-dit. L'ancienne mention d'une parenté avec Célestin IV (Goffredo da Castiglione, † 1241), affirmée sans degré ni acte par le seul site Geneastar, a été retirée du corps de l'article. Béatifications recoupées par ailleurs : confirmation du culte de Benincasa le 23 décembre 1829 et de Chiara Gambacorti par rescrit du 4 mars 1830 (date du 4 mars 1830 confirmée par la notice « Chiara Gambacorti », Wikipedia ; Santi e Beati ; N. Zucchelli, La B. Chiara Gambacorta).

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  2. « Pope Pius VIII », dans The Catholic Encyclopedia, vol. XII, Robert Appleton Company, New York, 1911 (texte sur newadvent.org/cathen/12134a.htm) — synthèse catholique de référence : naissance à Cingoli le 20 novembre 1761, formation au collège jésuite d'Osimo et études de droit canon à Bologne et à Rome, réputation de canoniste, évêque de Montalto (1800) puis de Cesena et de Frascati, grand pénitencier, arrestation pour refus du serment d'allégeance au roi d'Italie napoléonien, cardinalat de 1816, élection le 31 mars 1829 après cinq semaines de conclave, bref Litteris altero abhinc du 25 mars 1830 sur les mariages mixtes, émancipation des catholiques anglais (1829), révolution de Juillet, mort, caractère doux et consciencieux. Citation originale anglaise : « His character […] was mild and amiable » ; « extremely conscientious ». Sur Juillet 1830, la CE note que le pape reconnut le nouveau régime « with hesitation » ; elle donne la mort au 1ᵉʳ décembre 1830 — date de la reconnaissance officielle du corps et de la lecture du rogito, non de la mort, survenue le 30 novembre (voir note [^sv1830]).

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  3. Durée et rang du pontificat — du 31 mars 1829 au 30 novembre 1830, soit un an et huit mois (vingt mois moins un jour : formule usuelle des notices, reprise par Petruccelli, cité dans Adams, SV1830) : le plus court du XIXᵉ siècle par comparaison des durées — Pie VII (1800-1823), Léon XII (1823-1829), Grégoire XVI (1831-1846), Pie IX (1846-1878), Léon XIII (1878-1903), tous de plusieurs années (CE, NCE, Britannica). Rang variable selon les listes (253ᵉ ou 254ᵉ) du fait du statut d'Étienne II (752), compté ou non : la notice française donne 253ᵉ, la notice anglaise simple 254ᵉ ; l'article ne retient aucun rang.

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  4. « Pius VIII, Pope », dans la New Catholic Encyclopedia (reproduit sur encyclopedia.com) — vicaire général à Anagni et Fano, emprisonnement de 1808, cardinalat de 1816, rôle de grand pénitencier, favori des modérés au conclave de cinq semaines de 1829, santé fragile, secrétaire d'État Giuseppe Albani chargé de la politique étrangère, encyclique Traditi humilitati nostrae (24 mai 1829), bref du 25 mars 1830 sur les mariages mixtes et assistance passive du prêtre, lettre aux évêques du Haut-Rhin de fin juin 1830, conflit rhénan avec la Prusse non résolu et aggravé sous le pontificat suivant, refus de condamner Lamennais malgré les demandes de Mgr de Quélen, désapprobation de la fuite des évêques légitimistes et refus de leur entrée dans les États pontificaux, reconnaissance de Louis-Philippe et titre de « Roi Très Chrétien », opposition aux mouvements libéraux d'Irlande et de Pologne, gouvernement plus doux que Léon XII, approbation des décrets du premier concile provincial de Baltimore (octobre 1829), préparation du renouveau spirituel de l'Église de France. Citations : « milder than Leo XII » ; assistance « passive » du curé à défaut des garanties habituelles. Réserve : les détails français (refus d'entrée des évêques légitimistes, titre de « Roi Très Chrétien », vœu de solidité de septembre 1830) et belges (opposition d'Albani, absence de mesure hostile de Pie VIII) ne sont donnés que par cette notice, sans cote d'archive ni acte primaire retrouvés : le corps de l'article les lui attribue donc explicitement.

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  5. Pie VIII, encyclique Traditi humilitati nostrae, 24 mai 1829 (texte anglais sur papalencyclicals.net/pius08/p8tradit.htm) — programme du pontificat en treize sections : défense du Siège romain et de l'unité de la foi, condamnation de l'indifférentisme religieux, mise en garde contre les sociétés bibliques diffusant des traductions vernaculaires non approuvées de l'Écriture (renvoi aux décrets du concile de Trente), condamnation des sociétés secrètes et de la corruption de la jeunesse, défense de la sainteté du mariage comme sacrement soumis à l'autorité de l'Église, exigence d'une formation à la fois savante et vertueuse du clergé. Citations originales anglaises : « This is certainly a monstrous impiety which assigns the same praise […] to truth and to error » ; « one Lord, one faith, one baptism » (Ép 4, 5) ; « They print the Bibles in the vernacular […] offer them free even to the uneducated ».

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  6. « Pius VIII », Encyclopædia Britannica (art. en ligne) — naissance le 20 novembre 1761 à Cingoli, études de droit canon, vicaire général à Anagni et Fano, évêque de Montalto (1800), emprisonnement en 1808 pour refus du serment à Napoléon, cardinal en 1816, évêque de Frascati et grand pénitencier (1821), élection le 31 mars 1829 comme « candidat de la France », couronnement le 5 avril 1829, gouvernement « broad-minded and conciliatory », délégation de la politique étrangère à Albani, opposition aux mouvements libéraux d'Irlande et de Pologne, acceptation de la révolution de Juillet et soutien à Louis-Philippe, approbation des décrets du concile de Baltimore (octobre 1829), mort le 30 novembre 1830.

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  7. « Popes, The », The Jewish Encyclopedia, vol. X, Funk & Wagnalls, New York, 1901 (art. « Popes », sur jewishencyclopedia.com et studylight.org, vérifié en lecture directe) — rappel des restrictions pesant sur les juifs de Rome, puis : « these rules were often reenforced with extreme rigor; such was the case under Leo XII. (1826) ». C'est ce passage qui fonde la mention, dans le corps, des règles anciennes rappelées sous Léon XII, y compris pour le ghetto romain.

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  8. « 1829 papal conclave », Wikipedia (recoupé avec cardinals.fiu.edu) — conclave d'environ cinq semaines, du début mars au 31 mars 1829 ; soutien de la France de Charles X à Castiglioni ; progression des scrutins (Castiglioni en tête dès le premier tour, oscillant entre une dizaine et une vingtaine de voix au fil de mars, 28 voix le matin du 31 mars, 47 l'après-midi) ; rappel du conclave de 1823 où Castiglioni, favori des modérés, avait été écarté au profit de Léon XII. Réserves : le mot prêté à Léon XII (« Pie VIII ») et le calcul prêté au cardinal Albani (pousser Castiglioni en escomptant un pontificat bref pour obtenir la secrétairerie) ne sont rapportés que par des compilations modernes, sans recoupement dans la CE, la NCE ni Britannica.

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  9. Pie VIII, bref Litteris altero abhinc, 25 mars 1830 (analysé d'après The Catholic Encyclopedia, art. « Pope Pius VIII », et la New Catholic Encyclopedia, art. « Pius VIII ») — réponse à la question des mariages mixtes dans les provinces rhénanes et westphaliennes acquises par la Prusse en 1815 : l'Église ne bénit le mariage mixte que si des promesses sont faites sur l'éducation catholique des enfants ; à défaut, le curé n'assiste que « passivement » à la cérémonie (témoin sans bénédiction nuptiale). Lettre complémentaire aux évêques du Haut-Rhin de fin juin 1830, citée par Grégoire XVI dans son bref Quo graviora du 4 octobre 1833 (voir note [^quograv]). Compromis qui ne satisfait pas la Prusse et débouche sur les troubles de Cologne sous le pontificat suivant.

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  10. Grégoire XVI, bref Quo graviora, 4 octobre 1833, aux évêques de la province du Haut-Rhin (sur la « constitution pragmatique », §§ 1-2) — s'y réfère à la lettre de Pie VIII de fin juin 1830 et à l'absence de réponse, « bien que trois années se soient écoulées ». À distinguer de la constitution apostolique homonyme de Léon XII contre les sociétés secrètes (1826), qui renouvelait les condamnations antérieures.

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  11. « Roman Catholic Relief Act 1829 » (10 Geo. 4, c. 7) — déposé aux Communes par Peel le 5 mars 1829 ; troisième lecture et adoption par la Chambre des communes le 30 mars 1829, par 320 voix contre 142 (presse contemporaine, mai 1829 ; Dictionary of National Biography, art. Inglis) ; sanction royale (royal assent) le 13 avril 1829 (liste des acts du Parlement de 1829). La loi abroge l'essentiel des lois pénales et restitue leurs droits civiques aux catholiques d'Angleterre et d'Irlande.

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  12. Benoît XIV, encyclique Vix pervenit, 1er novembre 1745 (texte sur papalencyclicals.net) — encyclique de référence sur le prêt à intérêt : le contrat de prêt exige par nature qu'on ne rende que ce qu'on a reçu, de sorte que tout profit tiré du prêt lui-même est usuraire ; mais des gains légitimes demeurent possibles par des contrats réellement distincts du prêt (sociétés, placements). Acte de Pie VIII : décret du Saint-Office approuvé par le pape le 18 août 1830, en réponse à l'évêque de Rennes — dont les confesseurs absolvaient les prêteurs à intérêt modéré sous promesse de se soumettre à une décision pontificale : ces confesseurs ne devaient pas être inquiétés (d'après l'étude universitaire « Usury Redux », d'après Noonan ; Vix pervenit, art. Wikipedia : l'Inquisition romaine distingue dès lors la doctrine de l'usure de sa pratique, avec l'approbation de Pie VIII).

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  13. « Bernard of Clairvaux », Wikipedia, et « Doctor Mellifluous: St. Bernard of Clairvaux », Marians of the Immaculate Conception (marian.org) — saint Bernard de Clairvaux proclamé docteur de l'Église par Pie VIII en 1830, sous le titre de Doctor mellifluus (« docteur au langage de miel »), en raison de son éloquence ; titre repris par Pie XII dans l'encyclique Doctor Mellifluus (1953), pour le 800ᵉ anniversaire de la mort de Bernard.

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  14. Pie XII, encyclique Doctor Mellifluus, 24 mai 1953 (texte sur vatican.va) — encyclique publiée à l'occasion du 800ᵉ anniversaire de la mort de saint Bernard de Clairvaux (1153) ; elle reprend pour lui le titre traditionnel de Doctor Mellifluus (« docteur au miel ») et le présente comme « le dernier des Pères », confirmant et prolongeant son rang de docteur de l'Église, conféré par Pie VIII en 1830.

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  15. Premier concile provincial de Baltimore (octobre 1829) — première grande assemblée des évêques des États-Unis ; décrets approuvés par Pie VIII, qui accorde au jeune épiscopat américain les facultés sollicitées (d'après l'Encyclopædia Britannica et la New Catholic Encyclopedia, art. « Pius VIII »).

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  16. Pie VIII, trois brefs Inter multiplices (textes italiens sur vatican.va) : 15 mai 1829 (érection du diocèse de Mobile, suffragant de Baltimore) ; 11 août 1829 (Île-du-Prince-Édouard, Nouveau-Brunswick et Îles-de-la-Madeleine détachés de Québec, siège à Charlottetown) ; 4 septembre 1829 (Cap-Breton rattaché au vicariat apostolique de Nouvelle-Écosse). Trois brefs vérifiés en lecture directe sur vatican.va le 4 octobre 2026 (page « Pio VIII », textes intégraux) : bref de Mobile conforme à son objet (érection « in una vera e propria Diocesi […] la cui sede sia la città di Mobile […] soggetta all'Arcivescovo di Baltimora ») ; bref du 11 août 1829 (siège épiscopal à Charlottetown, dans l'île du Prince-Édouard, avec le Nouveau-Brunswick) ; bref du 4 septembre 1829 (Cap-Breton séparé de Québec et soumis au vicaire apostolique). Érections corroborées en seconde source : archidiocèse de Mobile (1829, Portier premier évêque) et diocèse de Charlottetown (11 août 1829, MacEachern).

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  17. Salvador Miranda, « Consistories for the creation of Cardinals, 19th Century » (The Cardinals of the Holy Roman Church, cardinals.fiu.edu) — Pie VIII (1829-1830) : consistoire I du 27 juillet 1829 (2 cardinaux : Nembrini Pironi Gonzaga, Crescini) ; consistoire II du 15 mars 1830 ; consistoire III du 5 juillet 1830 ; six créations publiées au total, et « huit cardinaux réservés in pectore et jamais publiés ». Corroboré en seconde source par Adams, « SEDE VACANTE 1830-1831 » (d'après Silvagni, pp. 26-27) : six créés — Nembrini, Crescini, Weld, Mazio, De Simone et Rohan — et huit nommés in petto dont la nomination devint caduque à sa mort.

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  18. John Paul Adams, « SEDE VACANTE 1830-1831 » (csun.edu) — récit de la fin de Pie VIII d'après le Diario di Roma du 2 décembre 1830, n° 96, p. 1 : fistules au cou et au genou, corps couvert de pustules, suffocation ; Viatique le mardi 28 novembre à 14 h 00 (heure romaine), extrême-onction le même jour à 21 h 30 par Mgr Augustoni, sacriste pontifical ; mort le jeudi 30 novembre 1830 à soixante-neuf ans, après un an et huit mois de règne (d'après Petruccelli, p. 390) ; reconnaissance officielle du corps et lecture du rogito le 1ᵉʳ décembre. C'est cette date du 1ᵉʳ décembre, reprise par la Catholic Encyclopedia (1911), qui explique la divergence avec le 30 novembre retenu par les notices modernes, Britannica et le Saint-Siège. Limite honnête : les heures précises (Viatique à 14 h, extrême-onction à 21 h 30) ne sont connues que par cette seule chaîne — le Diario di Roma via Adams — sans second recoupement retrouvé.

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  19. « Monument to Pope Pius VIII », St. Peter's Basilica (stpetersbasilica.info) — monument funéraire de Pie VIII sculpté par Pietro Tenerani en 1866, placé au-dessus de la porte de la sacristie et du Trésor ; le pape agenouillé, surmonté du Christ trônant, avec les statues de saint Pierre et saint Paul et les figures allégoriques de la Prudence et de la Justice ; style néoclassique épuré.

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