Grégoire XVI (Gregorius XVI), né Bartolomeo Alberto Cappellari le 18 septembre 1765 à Belluno, dans la République de Venise, gouverne l'Église de Rome du 2 février 1831 au 1ᵉʳ juin 1846. Moine camaldule sous le nom de dom Mauro, théologien de l'autorité pontificale, puis préfet de la Congrégation de la Propagande, il est élu au terme d'un conclave de cinquante jours (14 décembre 1830 – 2 février 1831) et de quatre-vingt-trois scrutins, l'un des plus longs de l'époque moderne.[3][4]
Son pontificat tient en une tension : à l'intérieur, une intransigeance doctrinale et politique sans concession ; au-dehors, un élan missionnaire d'une ampleur rare. Le même pape qui condamne le libéralisme dans Mirari vos (1832), condamne les thèses de Lamennais et appelle les troupes autrichiennes contre les insurgés de ses propres États, est aussi celui qui flétrit la traite des esclaves dans In supremo apostolatus (1839), crée plus de soixante-dix circonscriptions de mission et défend un clergé indigène.[5][6][7]
« Adversaire invétéré de la démocratie, du libéralisme, du républicanisme et de la séparation de l'Église et de l'État. » — D'après l'Encyclopædia Britannica, art. « Gregory XVI »[8]
Comprendre Grégoire XVI, c'est mesurer le drame d'un moine savant et désintéressé, sincèrement convaincu que l'esprit de la Révolution était une attaque continue contre la foi, et qui voulut préserver ses États temporels de l'esprit du siècle au moment même où il ouvrait l'Église aux dimensions du monde. Son successeur, Pie IX, hérita à la fois de sa doctrine et de la révolution qu'il n'avait pas su désamorcer.
Pourquoi Grégoire XVI est le pape de l'intransigeance et des missions
L'élection d'un moine au trône de Pierre, en 1831, est déjà un signe. Depuis des générations, la papauté allait aux prélats de la diplomatie et de la curie. Cappellari, lui, vient du cloître : il a passé sa vie dans la prière, l'étude et le gouvernement d'un ordre, non dans les nonciatures. C'est un homme de doctrine porté au pouvoir dans une Europe en pleine convulsion révolutionnaire.[9][10]
Cette origine explique les deux visages du règne. D'un côté, une fermeté doctrinale absolue : pour Cappellari, la Révolution française, le libéralisme et les sociétés secrètes ne sont pas des accidents passés mais une offensive permanente contre l'ordre voulu par Dieu. L'Église ne doit pas négocier avec cet esprit : elle doit le condamner. Mirari vos est la charte de cette intransigeance.[11][12] De l'autre, une passion missionnaire héritée de sa préfecture à la Propagande : le pape qui refuse les libertés modernes dans ses États est celui qui multiplie les évêchés en Asie, en Afrique et dans les Amériques, et qui dénonce l'esclavage des Noirs comme « indigne du nom chrétien ».[13][14]
« Il s'efforça de réprimer les forces croissantes du libéralisme et s'allia fermement aux monarchies conservatrices européennes conduites par Metternich. » — D'après l'Encyclopædia Britannica, art. « Gregory XVI »[15]
C'est ce qui fait de lui une figure-charnière, et discutée. Sa rigueur intérieure était réelle : moine pauvre, savant, désintéressé, il gouvernait l'Église universelle avec une vraie hauteur spirituelle. Mais sa méfiance envers les idées libérales, et plus encore la répression exercée dans ses États, nourrirent dans les États pontificaux une opposition libérale qui débouchera, deux ans après sa mort, sur la révolution de 1848. Le détail du libéralisme catholique, de l'esclavage ou des missions par continent relève d'articles propres ; ce qui revient en propre à Grégoire XVI, c'est d'avoir incarné l'option intransigeante de la Restauration romaine tout en élargissant l'horizon catholique aux dimensions de la terre.
Les sources principales
L'article s'appuie sur quelques familles de sources, citées en notes par leur référence courte :
| Source | Nature | Usage dans l'article |
|---|---|---|
| The Catholic Encyclopedia (1913), art. « Pope Gregory XVI » | Synthèse catholique de référence | Biographie, conclave, États pontificaux, mort |
| Dizionario Biografico degli Italiani (Treccani) | Dictionnaire savant italien | Naissance, ordre camaldule, Il Trionfo, cardinalat |
| Encyclopædia Britannica, art. « Gregory XVI » | Notice historique | Politique réactionnaire, alliance avec Metternich |
| New Catholic Encyclopedia (encyclopedia.com) | Encyclopédie catholique | Mémorandum, missions, finances, Pologne |
| Textes pontificaux sur vatican.va / papalencyclicals.net / newadvent.org | Sources primaires | Mirari vos, Singulari nos, Cum primum, In supremo apostolatus |
| Musei Vaticani (site officiel) | Source institutionnelle | Musées Grégorien Étrusque et Égyptien |
Du cloître camaldule au Saint-Siège
Un moine de Murano
Bartolomeo Alberto Cappellari naît le 18 septembre 1765 à Belluno, alors dans le territoire de la République de Venise, dans une famille de la petite noblesse de robe : son père, Giovan Battista, est notaire, sa mère, Giulia Cesa, fille de notaire.[16][17] (La vieille Catholic Encyclopedia de 1913 donne le 8 septembre ; les dictionnaires savants modernes retiennent le 18.)[18][19]
À dix-huit ans, en 1783, il entre comme novice chez les Camaldules — la branche érémitique et bénédictine fondée par saint Romuald — au monastère de San Michele di Murano, près de Venise, et prend le nom de religion de dom Mauro.[20][21] Ordonné prêtre en 1787, il y enseigne aussitôt la philosophie et la théologie.[22] En 1805, à quarante ans, il est nommé abbé du monastère de San Gregorio al Celio, sur le mont Caelius à Rome — ce même monastère dont la mémoire lui inspirera, vingt-six ans plus tard, le choix de son nom de pape.[23][24]
La formation de Cappellari n'est pas celle d'un diplomate, mais d'un théologien régulier : vie de prière, érudition patristique, gouvernement monastique. C'est de là que vient sa marque propre — une intelligence doctrinale assurée, un attachement viscéral à l'autorité de l'Église, et une certaine étrangeté au monde des cours et des chancelleries.
Il Trionfo della Santa Sede (1799) : l'infaillibilité avant Vatican I
L'œuvre maîtresse de Cappellari théologien paraît à Rome en 1799 : Il Trionfo della Santa Sede e della Chiesa contro gli assalti dei novatori — « Le triomphe du Saint-Siège et de l'Église contre les assauts des novateurs, combattus et repoussés par leurs propres armes ».[25][26] Conçu dès 1789 et prêt en 1796, le livre est une polémique contre les jansénistes italiens et les courants gallicans et conciliaristes qui prétendaient subordonner le pape au concile.[27][28]
Sa thèse est centrale pour comprendre l'homme : la primauté du pontife est caractérisée par l'infaillibilité et ne peut donc être limitée par aucun concile.[29] Cappellari défend ainsi, plus de soixante-dix ans avant le concile Vatican I (1870) qui en fera un dogme, l'infaillibilité pontificale et la souveraineté temporelle du Saint-Siège. Le futur pape était donc, dès avant la Révolution, un ultramontain convaincu : tout pour Rome, rien contre Rome.
« La primauté du pontife, caractérisée par l'infaillibilité, et donc non limitable par aucun concile. » — Synthèse de la thèse d'Il Trionfo della Santa Sede, d'après le Dizionario Biografico degli Italiani[30]
Cardinal et préfet de la Propagande
Rappelé à Rome après la tourmente napoléonienne pour devenir vicaire général des Camaldules, Cappellari gravit ensuite les degrés de la curie.[31] Le pape Léon XII le crée cardinal in pectore (en secret) le 21 mars 1825, création publiée le 13 mars 1826 ; il reçoit le titre de San Callisto.[32][33][34]
Surtout, le 1ᵉʳ octobre 1826, il est nommé préfet de la Congrégation de la Propagande (Propaganda Fide) — l'organe romain qui dirige toute l'activité missionnaire de l'Église, fondé par Grégoire XV en 1622.[35][36] Pendant cinq ans, Cappellari tient ainsi entre ses mains les missions du monde entier : il en connaît les hommes, les difficultés, les pays. Cette préfecture explique l'un des deux versants de son pontificat — le pape missionnaire était d'abord le ministre des missions.
Le conclave de 1830-1831
Cinquante jours, quatre-vingt-trois scrutins
Le pape Pie VIII meurt le 30 novembre 1830.[37] Le conclave qui s'ouvre au Quirinal le 14 décembre 1830 se réunit dans une Europe en feu : la révolution de Juillet 1830 a renversé Charles X en France, la Belgique s'est soulevée, la Pologne se révolte contre le tsar. À l'ouverture de la vacance, le Sacré Collège compte cinquante-quatre cardinaux vivants : quarante-cinq d'entre eux prennent part au conclave, neuf restant absents.[38]
Les divisions sont vives entre les zelanti — le parti intransigeant — et les modérés, et les puissances pèsent : le roi Ferdinand VII d'Espagne prononce son veto (jus exclusivae) contre le cardinal Giacomo Giustiniani.[39] Le conclave s'enlise. Ce n'est qu'au terme de cinquante jours et de quatre-vingt-trois scrutins que les électeurs se reportent, le 2 février 1831 — fête de la Purification —, sur le cardinal Cappellari, préfet de la Propagande, élu par trente et une voix sur quarante-cinq participants selon la Catholic Encyclopedia — la majorité des deux tiers requise étant de trente voix.[40][41] (Le chiffre de soixante-quatre jours que donnent certaines notices anciennes compte la vacance du Siège depuis la mort de Pie VIII, le 30 novembre 1830, et non le conclave lui-même, ouvert le 14 décembre : les deux décomptes sont compatibles.)[42] Aucun conclave depuis n'aura duré aussi longtemps.[43] En souvenir de son abbaye romaine de San Gregorio al Celio, le nouveau pape prend le nom de Grégoire XVI.[44]
Le dernier pape non-évêque, le dernier moine
L'élection de Cappellari présente une série de dernières fois qui font de lui une borne dans l'histoire de la papauté.
D'abord, au moment de son élection, il n'était pas encore évêque : simple cardinal-prêtre et moine, il dut être consacré évêque après son accession. Il est le dernier pape de l'histoire élu avant sa consécration épiscopale.[45][46]
Ensuite, il est le dernier pape issu d'un ordre religieux entre 1831 et 2013 — un moine camaldule — avant l'élection du jésuite François en 2013 ; depuis, l'augustin Robert Prevost, élu le 8 mai 2025 sous le nom de Léon XIV, est le pape régnant.[47][48]
Enfin, il sera le dernier pape à gouverner les États pontificaux pendant toute la durée de son règne : son successeur Pie IX verra, lui, l'effondrement du pouvoir temporel.[49]
La tourmente des États pontificaux
Les révoltes de 1831 et l'intervention autrichienne
À peine Grégoire XVI est-il élu que ses États s'embrasent. Dans le sillage de la révolution française de Juillet, les sociétés secrètes soulèvent les Légations : dès le 4 février 1831, Bologne se révolte et chasse le pro-légat ; le drapeau tricolore y est hissé le 8 février.[50] En quinze jours, Ferrare, Ravenne, Forlì, les Marches et l'Ombrie rejettent la souveraineté pontificale et projettent de s'unir en « Provinces unies italiennes ». Le cardinal légat Benvenuti, envoyé réprimer, est fait prisonnier.[51]
Le pape, sans armée capable de tenir, appelle l'Autriche de Metternich. Le 25 février 1831, une colonne autrichienne marche sur Bologne ; en un mois, l'insurrection s'effondre.[52] Pour Metternich, ces révoltes italiennes touchaient à la survie même de l'ordre conservateur en Europe ; il avait soutenu, au conclave, l'élection d'un pape absolutiste résolu à ne rien céder à « la folie politique du siècle ».[53] L'Église romaine dut ainsi, dès le premier mois du règne, sa survie temporelle au soutien des troupes autrichiennes.
Le Mémorandum des puissances (1831)
L'intervention étrangère a un prix : les grandes puissances entendent imposer des réformes. Les 21-22 mai 1831, les représentants de l'Autriche, de la Russie, de la France, de la Prusse et de l'Angleterre, réunis à Rome, adressent au pape un Mémorandum commun réclamant la réforme de la justice, l'introduction de laïcs dans l'administration, l'élection des conseils communaux et une gestion des finances confiée à un corps largement laïque.[54][55]
Grégoire XVI accepte ce qu'il juge praticable et le met en œuvre par une série d'édits de juillet à novembre 1831 (réforme judiciaire, hiérarchie administrative). Mais il refuse catégoriquement deux points : le principe de l'élection populaire des conseils et la création d'un conseil d'État laïque parallèle au Sacré Collège.[56] Sur ces deux points, il ne cédera jamais : le gouvernement des États de l'Église devait rester, dans son principe, ecclésiastique.
Ancône, l'occupation et les finances
La pacification est précaire. Dès décembre 1831, une grande partie des États se soulève de nouveau ; le général autrichien Radetzky écrase les rebelles près de Cesena et reprend Bologne fin janvier 1832.[57][58] En 1832, pour contrebalancer l'occupation autrichienne de Bologne, la France s'empare à son tour d'Ancône — coup de force que la Catholic Encyclopedia qualifie de « pure violation du droit international ».[59] Les troupes françaises y resteront jusqu'en 1838 : au total, les États pontificaux auront vécu sept ans sous occupation militaire étrangère.
Ce régime de répression et de garnisons épuisa le Trésor. Les dépenses militaires, les travaux et le mécénat creusèrent la dette ; le seul voyage du pape à travers ses provinces, en 1841, coûta deux millions de francs.[60][61] À la mort de Grégoire XVI, en 1846, le fardeau de la dette publique et le mécontentement étaient tels que les États étaient déjà au bord de la révolution qui chassera Pie IX en exil en 1848.[62]
Le frein aux chemins de fer : fait et légende
Une image colle à Grégoire XVI : celle du pape obscurantiste qui aurait interdit les chemins de fer dans ses États en les baptisant chemins d'enfer, par jeu de mots sur chemin de fer. La formule est restée ; il faut pourtant la traiter avec rigueur.
Le fait est en partie réel : la Britannica note sobrement qu'il « interdit les chemins de fer dans son État ».[63] Mais la citation est apocryphe : aucun document ni aucune déclaration publique du pape n'atteste qu'il ait jamais prononcé ou écrit chemins d'enfer.[64] Et le retard ferroviaire des États pontificaux s'explique aussi par des raisons économiques : un territoire montagneux rendant les voies coûteuses, l'obligation d'importer fer et charbon, des finances déjà exsangues.[65] L'historiographie sérieuse invite donc à distinguer le frein réel aux innovations, attesté, du mot d'esprit légendaire qu'on prête au pape sans preuve. C'est un bon exemple de la manière dont une caricature anticléricale a figé l'image d'un règne.
Mirari vos (1832) : la grande condamnation du libéralisme
Lamennais, L'Avenir et le libéralisme catholique
L'acte doctrinal le plus retentissant du pontificat naît d'un conflit avec un prêtre de génie. En octobre 1830, l'abbé Félicité de Lamennais, avec Lacordaire et Montalembert, lance à Paris le journal L'Avenir, sous la devise « Dieu et la Liberté ». Ultramontains ardents, ils réclament pourtant la séparation de l'Église et de l'État, la liberté de conscience, de presse, d'enseignement et d'association : ils veulent réconcilier l'Église avec les libertés modernes.[66][67] Venus à Rome plaider leur cause, ils n'obtiennent qu'un silence glacial, puis la réponse pontificale.
Cette réponse est l'encyclique Mirari vos, publiée le 15 août 1832. Elle ne nomme ni Lamennais ni L'Avenir, mais condamne une à une toutes leurs thèses.[68] Le détail du libéralisme catholique et la postérité de cette querelle — jusqu'au Syllabus de Pie IX (1864) — relèvent d'articles propres ; ce qui appartient à Grégoire XVI, c'est l'acte de condamnation lui-même.
Le « délire » de la liberté de conscience
Mirari vos attaque d'abord l'indifférentisme religieux — l'idée que l'on pourrait obtenir le salut éternel dans n'importe quelle religion pourvu qu'on vive moralement.[69] De cette « source très empoisonnée », poursuit le pape, découle la prétendue liberté de conscience, qu'il qualifie d'opinion « absurde et erronée, ou plutôt de délire ».
« De cette source très empoisonnée de l'indifférentisme découle cette opinion absurde et erronée, ou plutôt ce délire, qu'il faut assurer et revendiquer pour quiconque la liberté de conscience. » — Grégoire XVI, encyclique Mirari vos, 15 août 1832[70]
Il condamne dans la foulée la liberté de la presse — cette « liberté détestable, jamais assez exécrée, de publier n'importe quels écrits » — et la séparation de l'Église et de l'État, qui rompt « la concorde mutuelle entre le pouvoir civil et le sacerdoce ».[71] Enfin, citant saint Paul, il flétrit la révolte contre les princes légitimes.
« Il n'est de pouvoir que de Dieu, et ceux qui existent ont été établis par Dieu. C'est pourquoi celui qui résiste au pouvoir résiste à l'ordre de Dieu. » — Saint Paul, Épître aux Romains 13, cité par Mirari vos[72]
Pour saisir l'enjeu, il faut éviter l'anachronisme. Grégoire XVI ne condamne pas la liberté religieuse au sens où l'entendra plus tard le concile Vatican II dans Dignitatis humanae : il condamne l'indifférentisme philosophique qui nie que la vérité ait des droits que l'erreur n'a pas. La doctrine catholique distinguera plus nettement, au XXᵉ siècle, la liberté civile en matière religieuse et l'indifférentisme doctrinal — distinction que l'Ignispedia traite à part. Mais l'intention de fond du pape demeure orthodoxe : défendre que toutes les religions ne se valent pas et que la vérité révélée oblige la conscience.
Singulari nos (1834) et la rupture de Lamennais
Lamennais ne se soumet pas. En 1834, il publie Paroles d'un croyant, manifeste exalté qui dénonce toute autorité, civile comme ecclésiastique. Grégoire XVI réplique par l'encyclique Singulari nos, du 25 juin 1834, qui condamne cette fois nommément le livre.
« Nous condamnons ce livre parce qu'il contient des propositions fausses, calomnieuses et téméraires qui mènent à l'anarchie, contraires à la parole de Dieu, impies, scandaleuses et erronées. » — Grégoire XVI, encyclique Singulari nos, 25 juin 1834[73]
C'est la rupture définitive : Lamennais quitte le sacerdoce et l'Église, et meurt hors d'elle en 1854. Le drame de ce prêtre brillant, qui avait défendu l'autorité du pape avec plus de force que personne avant de se briser sur elle, hantera longtemps le catholicisme français.
In supremo apostolatus (1839) : la condamnation de la traite
S'il fallait un seul acte pour corriger l'image d'un pape uniquement réactionnaire, ce serait celui-ci. Le 3 décembre 1839, après consultation du Collège des cardinaux, Grégoire XVI publie la lettre apostolique In supremo apostolatus, l'une des plus fortes condamnations pontificales de la traite des esclaves.[74]
« Absolument indigne du nom chrétien »
Le pape y dénonce « la traite inhumaine des Noirs et de tous les autres hommes », qu'il déclare « absolument indigne du nom chrétien », et il interdit formellement à tout chrétien de la pratiquer ou de la justifier.
« Nous prohibons et défendons strictement à tout ecclésiastique ou laïc de présumer défendre comme licite cette traite des Noirs, sous quelque prétexte ou excuse que ce soit. » — Grégoire XVI, lettre apostolique In supremo apostolatus, 3 décembre 1839[75]
Grégoire XVI inscrit son geste dans une tradition pontificale continue : il rappelle les condamnations de Pie II (1462), Paul III (1537), Urbain VIII (1639), Benoît XIV (1741) et Pie VII contre l'asservissement des peuples.[76] Loin d'une nouveauté du XIXᵉ siècle, l'opposition de l'Église à la traite plonge ses racines dans le Magistère ancien.
La portée débattue : traite ou possession ?
Le document a soulevé un débat sur sa portée exacte, que l'Ignispedia traite à part dans l'article L'esclavage des Noirs et l'Église catholique : visait-il seulement le commerce des esclaves ou aussi la possession ? Aux États-Unis, l'évêque de Charleston John England en donna une lecture restrictive — condamnation de la grande traite, non de l'esclavage domestique —, interprétation contestée qui permit à une partie de l'Église du Sud de ne pas s'opposer frontalement à l'institution.[77] Le texte n'en reste pas moins une pierre d'angle de l'enseignement catholique contre l'esclavage.
Le pape missionnaire
L'héritier de la Propagande
C'est sur le terrain missionnaire que Grégoire XVI déploie sa face la plus lumineuse. Ancien préfet de la Propagande, il connaît l'appareil des missions comme nul autre pape de son siècle. Sous son règne, l'Église catholique organise son expansion à l'échelle planétaire.
Les chiffres, souvent cités, donnent la mesure de l'effort, mais ils ne comptent pas la même chose : les synthèses courantes créditent Grégoire XVI de plus de soixante-dix diocèses et vicariats apostoliques érigés — ce chiffre compte des circonscriptions — et de cent quatre-vingt-quinze évêques missionnaires nommés — ce chiffre compte des personnes, nominations cumulées sur quinze ans de règne.[78][79] Le détail des fondations par type — vingt-sept évêchés et trente-deux vicariats apostoliques — est donné par la Cyclopedia de McClintock et Strong.[80] L'Asie, l'Afrique et les Amériques voient se mettre en place les structures qui porteront l'évangélisation du XIXᵉ siècle. L'Ignispedia détaille ces chantiers dans ses articles consacrés aux missions catholiques en Asie, en Afrique et en Amérique.
Un clergé indigène contre le patronage colonial
L'orientation de fond de Grégoire XVI est remarquable de modernité pastorale. Il promeut la formation d'un clergé et d'une hiérarchie indigènes dans les pays de mission, refusant que l'Église d'Asie ou d'Afrique reste éternellement dirigée par des Européens.[81] Et il s'efforce de replacer les missions sous le contrôle direct du Saint-Siège, contre les systèmes de patronage espagnol et portugais (patronato, padroado) qui en faisaient des prolongements des couronnes coloniales.[82][83] Le pape de l'intransigeance politique fut, en ce domaine, un réformateur lucide : il voulait une Église missionnaire romaine et universelle, non coloniale.
Le 26 mai 1839, il canonise solennellement cinq saints — saint Alphonse de Liguori, saint François de Geronimo, saint Jean-Joseph de la Croix, saint Pacifique de San Severino et sainte Véronique Giuliani — et béatifie trente-trois serviteurs de Dieu.[84][85] À ces cinq canonisations solennelles s'ajoutent quatre canonisations dites équipollentes — c'est-à-dire sans cérémonie solennelle, par extension à l'Église universelle d'un culte local déjà autorisé — (9 avril 1832, 2 juin 1834, 15 janvier 1841), soit neuf saints au total sous son règne.[86]
La diplomatie : Cologne, la Prusse et la Pologne
L'affaire de Cologne (1837)
Face aux États protestants, Grégoire XVI sait être ferme. En Rhénanie prussienne, la question des mariages mixtes (entre catholiques et protestants) oppose Rome au gouvernement de Berlin : un bref pontifical interdit au prêtre de bénir ces unions sans garantie de l'éducation catholique des enfants, là où un arrangement secret entre l'État et le clergé local avait cédé.[87]
L'archevêque de Cologne, Clemens August von Droste zu Vischering, choisit d'appliquer le bref pontifical contre l'accord gouvernemental. Le 20 novembre 1837, le roi Frédéric-Guillaume III le fait arrêter et enfermer à la forteresse de Minden — un coup de force qui soulève « une indignation générale dans toute l'Europe ».[88][89] Le 10 décembre 1837, Grégoire XVI, par une allocution consistoriale, loue solennellement la fermeté de l'archevêque et proteste contre l'action de la Prusse.[90] L'affaire ne se dénouera qu'après la mort du roi (1840). Rome avait tenu : la liberté de l'Église primait l'arrangement politique.
Russie et Pologne : Cum primum et la protestation de 1842
Avec la Russie, l'attitude du pape fut plus controversée. Après l'insurrection polonaise de novembre 1830 contre le tsar, Grégoire XVI adresse, le 9 juin 1832, le bref Cum primum aux évêques de la Pologne russe, leur rappelant le devoir d'obéissance à l'autorité légitime et les exhortant à enseigner cette soumission aux fidèles.[91]
« Que chacun soit soumis aux autorités supérieures, car il n'existe pas d'autorité qui ne vienne de Dieu. » — Grégoire XVI, bref Cum primum, 9 juin 1832[92]
Ce texte, l'un des plus discutés du pontificat, fut ressenti par les Polonais et l'opinion européenne — catholique comprise — comme un abandon au profit du tsar Nicolas Ier, qui en avait été le promoteur.[93] Le pape, hostile par principe à la révolution, croyait que l'Église ne devait pas se mêler de politique.
Mais l'histoire eut une suite. Devant la persécution des catholiques et des uniates par la Russie — religieuses de Minsk maltraitées, prêtres déportés en Sibérie, évêques emprisonnés —, Grégoire XVI change de ton. Dans une allocution du 22 juillet 1842 (Haerentem diu), il dénonce publiquement cette oppression et nie avoir jamais voulu la couvrir d'un voile de silence.[94] En 1845, recevant Nicolas Ier à Rome, il lui reproche en face sa tyrannie et lui rappelle les devoirs de sa conscience. Le tsar promit des réformes ; rien ne suivit.[95][96] La complexité de cette affaire interdit le jugement simple : Grégoire XVI y fut à la fois prudent à l'excès et, finalement, courageux.
Le pape mécène : les musées du Vatican
Loin de l'image d'un règne sombre, Grégoire XVI fut un grand mécène des arts et de l'archéologie. Il enrichit les collections du Vatican de deux musées qui portent son nom.
Le Musée Grégorien Étrusque (Museo Gregoriano Etrusco) est inauguré le 2 février 1837 — date anniversaire de son élection : c'est l'un des tout premiers musées au monde expressément consacré aux antiquités étrusques, issues des fouilles menées en Étrurie méridionale, alors territoire pontifical.[97] Deux ans plus tard, en 1839, il fonde le Musée Grégorien Égyptien (Museo Gregoriano Egizio), dédié aux antiquités de l'Égypte ancienne.[98] Il crée encore le Musée Grégorien Profane pour les sculptures gréco-romaines. Ce moine austère fut ainsi, paradoxalement, l'un des papes les plus actifs dans la conservation du patrimoine et le soutien aux savants.
La mort et la postérité
Une fin en 1846
Le règne se ferme avec le règne lui-même. Atteint d'un érysipèle facial, Grégoire XVI sent ses forces décliner à partir du 20 mai 1846 ; il s'éteint à Rome le 1ᵉʳ juin 1846, à quatre-vingts ans.[99][100] Il avait gouverné l'Église pendant plus de quinze ans, dans une Europe en plein bouleversement.
Le tombeau de Saint-Pierre
Inhumé dans la basilique Saint-Pierre, Grégoire XVI reçoit un monument funéraire dû au sculpteur Luigi Amici.[101] Le moine camaldule repose ainsi parmi les grands pontifes de l'histoire, au cœur de cette Rome chrétienne qu'il avait voulu défendre contre le siècle.
Le verdict de l'histoire et le contraste avec Pie IX
Comment juger Grégoire XVI ? L'histoire retient un pontife pieux, savant et intègre, mais dont le gouvernement temporel ne céda rien aux réformes demandées. Sur le plan religieux et missionnaire, son bilan est considérable : défense ferme de la doctrine, condamnation de l'esclavage, expansion mondiale de l'Église, promotion d'un clergé indigène, mécénat des arts. Sur le plan politique, sa réaction intransigeante et son refus des réformes creusèrent dans les États pontificaux un fossé qui éclatera deux ans après sa mort.
Le contraste avec son successeur est saisissant. Le 16 juin 1846, le conclave élit, comme candidat des modérés, le cardinal Mastai-Ferretti, qui prend le nom de Pie IX et passe d'abord pour un libéral réformateur — exact revers de Grégoire XVI.[102][103] L'illusion durera peu : la révolution de 1848 jettera Pie IX sur les routes de l'exil et le ramènera, lui aussi, à l'intransigeance. C'est dire que Grégoire XVI n'avait peut-être pas tort sur le diagnostic — la violence de l'esprit révolutionnaire —, même s'il s'était trompé sur le remède.
Grégoire XVI demeure, dans la longue galerie des papes, la figure du moine intransigeant et missionnaire : un homme de Dieu sincère qui crut servir l'Église en maintenant l'ordre ancien dans ses États, mais qui, du même mouvement, ouvrit les portes du monde à l'Évangile.
Pour aller plus loin
- Le pape Pie VIII (1761-1830) — son prédécesseur, dont la mort en 1830 ouvre le long conclave de 1830-1831.
- Le bienheureux Pie IX — son successeur, élu en 1846 comme candidat libéral, et le pape de la fin du pouvoir temporel.
- Le pape Léon XII (1760-1829) — la figure de la Restauration intransigeante dont Grégoire XVI prolonge la ligne, et le pape qui le créa cardinal.
- Le pape Grégoire XV (1621-1623) — fondateur de la Congrégation de la Propagande (1622), dont Grégoire XVI fut préfet avant son élection.
- Le libéralisme catholique condamné — la querelle de Lamennais et de L'Avenir, condamnée par Mirari vos.
- Le Syllabus de Pie IX (1864) — la grande récapitulation des erreurs modernes, héritière directe de Mirari vos.
- L'esclavage des Noirs et l'Église catholique — le dossier complet de In supremo apostolatus et du Magistère contre l'esclavage.
- L'infaillibilité pontificale (1870) — le dogme que Cappellari défendait dès 1799 dans Il Trionfo della Santa Sede.
- Les États pontificaux (756-1870) — le cadre temporel des révoltes de 1831 et de leur répression.
Notes et références
Rang 254ᵉ selon la numérotation courante : celle de l'Annuario Pontificio, reprise par les listes usuelles — « February 2, 1831 – Pope Gregory XVI succeeds Pope Pius VIII, as the 254th pope » (Wikipedia, art. « 1831 » ; même rang dans la « List of popes » : Pie VIII 253ᵉ, Grégoire XVI 254ᵉ, Pie IX 255ᵉ). Le rang varie selon les listes, qui ne comptent pas toutes de la même façon les pontifes des premiers siècles, le pape-élu Étienne (752, mort avant sa consécration) et les antipapes.
1Élection du pape Léon XIV (8 mai 2025) — Robert Francis Prevost, religieux de l'ordre de Saint-Augustin, élu 267ᵉ pape après la mort de François (21 avril 2025) ; premier pape augustin (Vatican News, 8 mai 2025 ; Associated Press).
2 48« 1830–1831 papal conclave », Wikipedia (recoupé avec cardinals.fiu.edu) — mort de Pie VIII le 30 novembre 1830 ; conclave du 14 décembre 1830 au 2 février 1831 (~50 jours) au Quirinal — la variante « 64 jours » des notices anciennes compte la vacance depuis la mort de Pie VIII (30 novembre 1830 → 2 février 1831) ; cinquante-quatre cardinaux vivants à l'ouverture de la vacance, quarante-cinq participants, neuf absents (d'après F. Miranda, « Conclave of December 14, 1830 to February 2, 1831 », cardinals.fiu.edu) ; veto (jus exclusivae) du roi Ferdinand VII d'Espagne contre le cardinal Giustiniani ; élection au 83ᵉ scrutin de Cappellari, « the last pope not a bishop when elected » ; le 2 février 1831, fête de la Purification.
3 37 38 39 40 42 46« Pope Gregory XVI », Wikipedia (encyclopédie en ligne, recoupée avec les sources primaires et savantes) — nom Bartolomeo Alberto Cappellari, naissance le 18 septembre 1765 à Belluno (République de Venise), dernier de cinq enfants d'une famille de petite noblesse, entrée chez les Camaldules à dix-huit ans et nom de religion Mauro, ordination en 1787, enseignement de la philosophie et de la théologie à San Michele, abbé de San Gregorio al Celio en 1805, cardinal in pectore le 21 mars 1825 (publié le 13 mars 1826), préfet de la Propagande le 1ᵉʳ octobre 1826 ; « At the time of election, Cardinal Cappellari was not yet a bishop; he is the most recent man to be elected pope prior to his episcopal consecration » ; dernier pape issu d'un ordre religieux avant 2013, dernier pape à gouverner les États pontificaux pendant tout son règne ; mort le 1ᵉʳ juin 1846 d'un érysipèle ; plus de 70 diocèses et vicariats créés, 195 évêques missionnaires, cinq canonisations solennelles le 26 mai 1839 (saint Alphonse de Liguori, saint François de Geronimo, saint Jean-Joseph de la Croix, saint Pacifique de San Severino, sainte Véronique Giuliani) — auxquelles s'ajoutent quatre canonisations équipollentes (1832, 1834, 1841), soit neuf saints au total.
4 9 17 21 22 23 28 31 32 35 44 45 47 49 64 65 78 84 99« Pope Gregory XVI », dans The Catholic Encyclopedia, vol. VII, Robert Appleton Company, New York, 1913 (texte sur newadvent.org/cathen/07006a.htm) — synthèse catholique de référence : naissance à Belluno le 8 septembre 1765 (date ancienne), profession camaldule à San Michele di Murano en 1783 sous le nom de Mauro, Il Trionfo della Santa Sede défendant l'infaillibilité et la souveraineté temporelle, cardinalat in pectore du 21 mars 1825, préfecture de la Propagande, conclave et élection le 2 février 1831 (fête de la Purification) par 31 voix sur 45 participants — une voix au-delà de la majorité des deux tiers (30 voix) —, révoltes de 1831 et intervention autrichienne, occupation française d'Ancône (« in sheer violation of international law »), mort le 1ᵉʳ juin 1846, tombeau par Amici à Saint-Pierre.
5 18 20 26 34 41 50 51 52 55 58 59 61 85 96 100 101« Gregory XVI, Pope », dans la New Catholic Encyclopedia (reproduit sur encyclopedia.com) — Mémorandum des grandes puissances (21-22 mai 1831 : Autriche, Russie, France, Prusse et Angleterre selon la CE ; la NCE date la remise au 22 mai) réclamant laïcs dans l'administration et élection des conseils ; refus du pape sur l'élection populaire et le conseil d'État laïque ; seconde révolte et répression par Radetzky (Cesena, Bologne, janvier 1832) ; occupation française d'Ancône jusqu'en 1838 ; finances épuisées, voyage de 1841 coûtant 2 000 000 francs, dette publique lourde en 1846 ; missions (plus de 70 diocèses et vicariats, 195 évêques missionnaires, clergé indigène, lutte contre le padroado) ; bref Cum primum (1832) et allocution Haerentem diu du 22 juillet 1842 contre la persécution russe ; reproche en face à Nicolas Ier en 1845.
6 14 54 56 57 60 62 67 79 81 82 93 94 95 102« Gregory XVI », Encyclopædia Britannica (art. en ligne, britannica.com) — pape réactionnaire, « an inveterate opponent of democracy, liberalism, republicanism, and the separation of church and state », « firmly aligned the papacy with the conservative European monarchies led by Prince Metternich of Austria » ; interdiction des chemins de fer dans ses États ; soutien autrichien au conclave contre « the political madness of the age » ; élection de son successeur Pie IX comme candidat des modérés.
7 8 12 15 53 63 103« Gregorio XVI, papa », par G. Monsagrati, dans le Dizionario Biografico degli Italiani (Treccani, treccani.it) — dictionnaire savant italien : naissance le 18 septembre 1765 à Mussoi, hameau de Belluno, fils du notaire Giovan Battista Cappellari et de Giulia Cesa ; entrée chez les Camaldules de San Michele di Murano le 23 août 1783 ; abbé en 1805 ; Il Trionfo pensé dès 1789, prêt en 1796, publié à Rome en 1799, soutenant « il primato del pontefice come caratterizzato dall'infallibilità e dunque non limitabile da alcun concilio » ; cardinal réservé in pectore le 21 mars 1825 et publié le 13 mars 1826 ; préfet de la Propagande le 1ᵉʳ octobre 1826.
10 16 19 24 25 27 29 30 33 36Grégoire XVI, encyclique Mirari vos, 15 août 1832 (texte latin officiel sur vatican.va, /content/gregorius-xvi/en/documents/encyclica-mirari-vos-15-augusti-1832.html — l'URL « en » sert le texte latin ; pas de version anglaise officielle à cette adresse) — condamnation de l'indifférentisme religieux, de la liberté de conscience, de la liberté de la presse, de la séparation de l'Église et de l'État et de la révolte contre les princes. Citation latine sur la liberté de conscience : « Atque ex hoc putidissimo indifferentismi fonte absurda illa fluit ac erronea sententia, seu potius deliramentum, asserendam esse ac vindicandam cuilibet libertatem conscientiae. » ; sur la presse : « deterrima illa ac numquam satis exsecranda et detestabilis libertas artis librariae ad scripta quaelibet edenda in vulgum » ; sur les princes, citation de Rm 13 : « non esse potestatem nisi a Deo : quae autem sunt, a Deo ordinata sunt. Itaque qui resistit potestati, Dei ordinationi resistit. » Le terme « deliramentum » est traduit par « insanity » dans First Things (« Religious Freedom: Innovation and Development », firstthings.com).
11 66 68 69 70 71 72Grégoire XVI, lettre apostolique In supremo apostolatus, 3 décembre 1839 (traduction anglaise sur newadvent.org/library/docs_gr16is.htm) — condamnation de la traite des esclaves : « all the practices abovementioned as absolutely unworthy of the Christian name » ; « We prohibit and strictly forbid any Ecclesiastic or lay person from presuming to defend as permissible this traffic in Blacks under no matter what pretext or excuse ». Rappel des condamnations antérieures : Pie II (lettre du 7 octobre 1462), Paul III (29 mai 1537), Urbain VIII (22 avril 1639), Benoît XIV (lettre apostolique du 20 décembre 1741), et l'intervention de Pie VII.
13 74 75 76Durée comparée des conclaves postérieurs (1846-2025) : « No conclave since has lasted as long as a week, but at the time no conclave since 1667 had lasted fewer than three weeks. The conclave took eighty-three ballots to deliver a two-thirds majority to a candidate, whereas no conclave since has taken more than fourteen » (Wikipedia, « 1830–1831 conclave », recoupé avec la « List of papal conclaves ») ; « The longest conclave in more recent times was that of 1831, which elected Gregory XVI after more than 50 days. The longest of the 20th century lasted only five days (14 ballots) when Pius XI was elected in 1922 » (AFP, « Doves, deaths and rations: papal elections over time ») ; « "Short" conclaves began to take place from 1846, with the election of Blessed Pius IX [...] in a conclave lasting three days, from 14 to 16 June » (AMECEA, « Some History of Conclaves »).
43Grégoire XVI, encyclique Singulari nos, 25 juin 1834 (texte sur papalencyclicals.net/greg16/g16singu.htm ; texte français sur laportelatine.org) — condamnation nominale du livre de Lamennais Paroles d'un croyant (1834). Citation : « We condemn the book because it contains false, calumnious, and rash propositions which lead to anarchy; which are contrary to the word of God; which are impious, scandalous, and erroneous. » Rupture définitive de Lamennais avec l'Église.
73« The Catholic Church and slavery », America — The Jesuit Review (americamagazine.org, 15 février 2023) et littérature universitaire associée — débat sur la portée de In supremo apostolatus : condamnation de la traite (commerce) plutôt que de la possession individuelle ; interprétation restrictive de Mgr John England, évêque de Charleston, dans sa correspondance avec le secrétaire d'État John Forsyth, qui permit à une partie de l'Église du Sud des États-Unis de ne pas s'opposer frontalement à l'esclavage domestique. Corroboré par J. S. Panzer, The Popes and Slavery (EWTN) : en 1840, Mgr England expliqua à Forsyth que Grégoire XVI avait condamné la traite des esclaves, mais qu'aucun pape n'avait condamné l'esclavage domestique tel qu'il existait aux États-Unis.
77McClintock et Strong, Cyclopedia of Biblical, Theological, and Ecclesiastical Literature, art. « Gregory XVI » — « He erected, in various countries, twenty-seven new bishoprics and thirty-two apostolic vicariates » : détail des fondations par type, à distinguer des totaux cumulés (plus de 70 circonscriptions, 195 évêques nommés) donnés par la New Catholic Encyclopedia.
80« Gregory XVI, Pope (1831-1846) », OMI World (omiworld.org) — contexte missionnaire du pontificat : encouragement de la Propagation de la Foi (fondée à Lyon en 1822), effort de placer les missions sous contrôle pontifical direct contre les patronages coloniaux, soutien aux congrégations missionnaires nouvelles.
83Canonisations du pontificat d'après la liste « Canonizzazioni per pontificato » (Index ac status causarum, Dicastère pour les Causes des Saints, 1999) : 26 mai 1839, cinq canonisations solennelles (Alphonse de Liguori, François de Geronimo, Jean-Joseph de la Croix, Pacifique de San Severino, Véronique Giuliani) ; canonisations équipollentes — 9 avril 1832 : Ceccardo de Luni et Corrado de Bavière ; 2 juin 1834 : Artaldo de Belley ; 15 janvier 1841 : Fortunat de Naples — soit neuf saints au total.
86« Cologne, Mixed Marriage Dispute in », dans la New Catholic Encyclopedia (reproduit sur encyclopedia.com) — querelle des mariages mixtes en Rhénanie prussienne ; bref pontifical exigeant la garantie de l'éducation catholique des enfants ; arrestation de l'archevêque de Cologne le 20 novembre 1837 par Frédéric-Guillaume III ; allocution consistoriale de Grégoire XVI du 10 décembre 1837 louant l'archevêque et protestant contre la Prusse ; dénouement après la mort du roi (1840).
87 89 90« Clemens August von Droste zu Vischering », Wikipedia (recoupé avec encyclopedia.com) — archevêque de Cologne, élu le 1ᵉʳ décembre 1835, confirmé par Rome le 1ᵉʳ février 1836 ; application du bref pontifical sur les mariages mixtes contre l'arrangement gouvernemental ; arrestation le 20 novembre 1837 et incarcération à la forteresse de Minden, suscitant « general indignation throughout Europe » ; libéré le 22 avril 1839 avec un coadjuteur (Johann von Geissel).
88Grégoire XVI, bref Cum primum, 9 juin 1832 (texte sur papalencyclicals.net/greg16/g16cumpr.htm ; cf. Wikipedia « Cum primum (encyclical) ») — adressé aux évêques de la Pologne russe après l'insurrection de novembre 1830, rappel du devoir d'obéissance à l'autorité légitime. Citations : « Let everyone be subject to higher authorities, for there exists no authority except from God » ; « The obedience which men are obliged to render to the authorities established by God is an absolute precept which no one can violate ». Acte considéré comme l'un des plus controversés du pontificat ; le tsar Nicolas Ier en fut le promoteur (cf. Project MUSE, « Metternich, Pope Gregory XVI, and Revolutionary Poland, 1831-1842 »).
91 92« Museo Gregoriano Etrusco », Musei Vaticani (site officiel, museivaticani.va) — « Il museo, fondato da Papa Gregorio XVI e inaugurato il 2 febbraio 1837, fu uno dei primi espressamente dedicati alle antichità etrusche » ; objets issus des fouilles d'Étrurie méridionale, alors territoire pontifical.
97« Gregorian Egyptian Museum », Musei Vaticani (site officiel, museivaticani.va, page du Museo Gregoriano Egizio) — « Founded on the initiative of Pope Gregory XVI in 1839, the Gregorian Egyptian Museum occupies nine rooms » ; musée dédié aux antiquités de l'Égypte ancienne au Vatican ; Grégoire XVI fonda aussi le Museo Gregoriano Profano (sculptures gréco-romaines).
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