La mise au tombeau de Jésus

La mise au tombeau de Jésus au soir du Vendredi saint : déposition, linceul et aromates, tombeau neuf, pierre, sceau et garde, ce que disent les quatre Évangiles et pourquoi l'histoire les suit.

Ignispedia

La mise au tombeau de Jésus est la sépulture du corps du Christ au soir du Vendredi saint : descendu de la croix, enveloppé dans un linceul avec les aromates, déposé dans un tombeau neuf taillé dans le roc, puis gardé derrière une grande pierre roulée. Les quatre Évangiles racontent la scène, et le plus ancien résumé de la foi la nomme déjà : le Christ est mort, il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour.

L'événement tient en quelques heures, entre la mort vers la neuvième heure et le coucher du soleil qui ouvre le sabbat. Il n'a ni miracle visible ni discours : seulement des gestes précis, datés, localisés, accomplis par des témoins nommés. C'est précisément cette sobriété qui en fait une pièce maîtresse du dossier pascal : sans corps déposé quelque part, par quelqu'un, devant témoins, l'annonce du tombeau vide au matin de Pâques n'aurait ni lieu ni sens.

Cet article présente la mise au tombeau comme Écriture Sainte reçue par l'Église : sa place dans le canon des quatre Évangiles, les auteurs et les datations traditionnels des récits, le déroulé du soir, la sépulture juive au Ier siècle, le tombeau, la pierre, le sceau et la garde, les prophéties accomplies, la théologie du Samedi saint, la mémoire liturgique, le lieu du Saint-Sépulcre, puis, en fin de parcours, l'examen des objections et des hypothèses modernes. La personne de Joseph d'Arimathie a son article propre : on y renvoie pour son portrait, et l'on traite ici de l'événement lui-même. Pour la mort qui précède, voir La crucifixion de Jésus ; pour le séjour du Christ chez les morts, La descente aux enfers ; pour le matin qui suit, Les apparitions du Ressuscité.

La mise au tombeau dans le canon des Écritures

Quatre récits pour un même soir

Les quatre Évangiles ferment leur récit de la Passion par la sépulture, chacun avec son accent propre. Le tableau ci-dessous donne les quatre passages qui structurent tout le dossier : il se lit comme une carte, avant le récit suivi.

PassageCe que le récit apporte de propre sur la sépulture
Mt 27, 57-66L'homme riche, le linceul immaculé, le tombeau neuf, la grande pierre, puis la garde et le sceau demandés le lendemain
Mc 15, 42-47La Préparation, l'audace de Joseph chez Pilate, le centurion consulté, le linceul acheté, les femmes qui regardent où on le dépose
Lc 23, 50-56L'homme bon et juste, le tombeau où personne n'avait été déposé, les aromates préparés, le repos du sabbat selon le commandement
Jn 19, 38-42Nicodème et les cent livres de myrrhe et d'aloès, les linges selon la coutume juive, le jardin et le tombeau tout proche

Aucun des quatre récits ne suffit seul : Matthieu donne la prophétie et la garde, Marc la vérification romaine de la mort, Luc le repos sabbatique, Jean l'ampleur royale de l'embaumement et la géographie du jardin. Reçus ensemble, comme l'Église les lit depuis toujours, ils décrivent un même soir sous quatre lumières qui se recoupent sans se copier.

Les auteurs reçus et les témoins anciens

L'Église reçoit ces récits comme l'œuvre des évangélistes que la tradition nomme depuis les origines : Matthieu l'apôtre, Marc l'interprète de Pierre, Luc le compagnon de Paul, Jean le disciple bien-aimé. Le témoin le plus ancien de l'ensemble est saint Irénée, disciple de Polycarpe, qui avait connu Jean : vers 180, il énumère les quatre Évangiles et leurs auteurs, Matthieu chez les Hébreux, Marc après le départ de Pierre et Paul, Luc compagnon de Paul, puis Jean à Éphèse[1].

« Jean, le disciple du Seigneur, celui qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'Évangile, lors de son séjour à Éphèse, en Asie. »

Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1[2]

Les relais anciens se succèdent sans rupture : Papias, cité par Eusèbe, rapporte que Marc écrivit exactement, mais sans ordre, ce qu'il tenait de la prédication de Pierre, et que Matthieu recueillit les paroles du Seigneur en langue hébraïque[3] ; le fragment de Muratori, vers la fin du IIe siècle, compte Luc comme troisième Évangile et Jean comme quatrième[4] ; Clément d'Alexandrie, cité par Eusèbe, rapporte que Jean, voyant que les faits extérieurs avaient déjà été exposés, composa le dernier un évangile spirituel[5]. Le concile de Trente a fixé le canon en recevant ces livres en entier avec toutes leurs parties[6].

La datation traditionnelle reste défendable sans acrobatie : Matthieu dans les années 40 à 60, Marc l'interprète de Pierre à Rome dans les années 60, Luc le médecin compagnon de Paul vers 60 à 63, Jean à Éphèse dans les années 90 à 100. Le papyrus P52, fragment de Jean copié vers 125, et le papyrus P75, qui joint Luc et Jean au début du IIIe siècle, montrent les textes déjà diffusés loin de leur lieu d'origine une génération après leur rédaction[7]. La Commission Biblique Pontificale a confirmé le 29 mai 1907 qu'il est historiquement certain que l'apôtre Jean est l'auteur du quatrième évangile, récit historique des faits et des discours réels de la vie du Seigneur[8]. Vatican II tient la même ligne pour les quatre récits :

« La sainte Mère Église a tenu et tient fermement que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel. »

Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 19[9]

Le plus ancien résumé : il a été enseveli

Avant les récits détaillés de la Passion, le plus vieux texte chrétien qui parle de la mort de Jésus mentionne déjà sa sépulture. Vers le milieu des années 50, une vingtaine d'années après les faits, saint Paul transmet aux Corinthiens ce qu'il a lui-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures[10].

« Je vous ai transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ; il a été enseveli ; il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures. »

Première lettre aux Corinthiens, 15, 3-4[11]

Le même Paul, prêchant à Antioche de Pisidie, attribue la sépulture aux chefs de Jérusalem eux-mêmes : après l'exécution réclamée à Pilate, ils descendirent Jésus du bois et le mirent au tombeau[12]. Ce pluriel cadre exactement avec le récit des Évangiles : ce n'est pas un apôtre galiléen qui ensevelit Jésus, c'est un notable du lieu, membre du tribunal qui l'avait livré. Un inventeur tardif n'aurait jamais confié le corps de son Seigneur aux responsables de sa condamnation.

Le soir du Vendredi saint, pas à pas

La neuvième heure et la demande à Pilate

Tout commence dans l'urgence d'un vendredi de Pâque. Marc ouvre la scène par une note d'horloge : c'était le jour de la Préparation, la veille du sabbat, et le soir était déjà venu[13]. En croix, Jésus est mort vers la neuvième heure, plus vite que l'agonie ordinaire des crucifiés. Il reste quelques heures avant le coucher du soleil : passé ce seuil, le sabbat interdira tout travail, et le corps d'un supplicié ne doit pas rester exposé.

C'est alors que Joseph d'Arimathie, membre éminent du Conseil, ose entrer chez Pilate pour demander le corps[14]. Le portrait de l'homme, sa richesse, sa ville d'origine, son innocence dans le verdict, fait l'objet de son article propre : ici, seul compte le geste et son prix. Se déclarer, devant le préfet romain, solidaire d'un condamné pour sédition, au soir même de l'exécution, expose à la fois aux Romains et aux collègues du Sanhédrin. Jean note que Joseph était disciple en secret, par crainte : la demande à Pilate est sa sortie au grand jour[15].

Pilate s'étonne que Jésus soit déjà mort. Il fait appeler le centurion, vérifie, puis donne l'ordre de remettre le corps[16]. Ce contrôle romain a son poids propre : la mort de Jésus est constatée par l'officier d'exécution, pas seulement pleurée par des proches. Sur le plan du droit, la remise du corps à un notable qui en fait la demande n'a rien d'invraisemblable : Flavius Josèphe raconte que Titus, à sa demande, fit détacher de leur croix trois de ses connaissances près de Tekoa, et l'un d'eux survécut[17]. Si un général romain pouvait accorder une telle faveur en pleine guerre, un préfet pouvait rendre un cadavre à un membre du Conseil un soir de fête, quand Jérusalem regorgeait de pèlerins et que la paix publique tenait à peu de chose.

Descendre le corps : la déposition

Les Évangiles disent la descente en peu de mots : Joseph prit le corps, Luc précise qu'il le descendit lui-même[18][19]. La tradition iconographique appellera ce moment la Déposition : le corps détaché des clous, reçu dans les bras, descendu le long du bois. L'Évangile selon saint Jean, proclamé chaque Vendredi saint, associe à Joseph un second personnage, Nicodème, le maître d'Israël venu trouver Jésus de nuit au début du ministère[20]. Les deux hommes de la nuit, l'un secret par crainte, l'autre nocturne par prudence, se retrouvent en plein jour au pied de la croix.

« Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. »

Évangile selon saint Jean, 19, 38[21]

La suite immédiate, la mort constatée, le coup de lance et le sang et l'eau, appartient au récit de La crucifixion de Jésus : la mise au tombeau commence quand le corps, déjà rendu, peut être porté vers le jardin.

Envelopper et embaumer : la sépulture juive

Matthieu résume le geste en deux temps : Joseph prit le corps et l'enveloppa dans un linceul immaculé, un drap de lin neuf et pur[22]. Marc précise qu'il avait acheté ce linceul[23]. Jean, seul, donne l'ampleur de l'embaumement : Nicodème apporta un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres, et les deux hommes lièrent le corps de linges avec les aromates, selon la coutume juive d'ensevelir les morts[24].

« Nicodème, celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit, vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu'ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d'ensevelir les morts. »

Évangile selon saint Jean, 19, 39-40[25]

Cent livres romaines font plus de trente kilos d'aromates : une quantité presque royale, sans commune mesure avec une sépulture ordinaire, digne des funérailles d'un roi. Saint Augustin, commentant la précision de Jean sur la coutume juive, y voit une leçon qui dépasse le cas : l'évangéliste a voulu montrer que, dans les devoirs rendus aux morts, les coutumes de chaque peuple doivent être respectées[26]. Joseph et Nicodème n'improvisent pas : ils accomplissent la sépulture juive dans les règles, lavage, onction, linges et aromates, ce qui rend d'autant plus solide le témoignage du tombeau retrouvé vide : on saura exactement ce qui avait été déposé, et comment.

Le linceul lui-même a son dossier propre, entre Jérusalem, Lirey, Chambéry et Turin : voir Le saint Suaire de Turin. La mise au tombeau dit seulement ceci, qui suffit à son propos : le corps fut enveloppé, non jeté ; honoré, non abandonné ; déposé en un lieu connu, non dispersé.

Le tombeau neuf dans le jardin

Matthieu donne le détail décisif : Joseph déposa le corps dans le tombeau neuf qu'il s'était fait creuser dans le roc[27].

« Prenant le corps, Joseph l'enveloppa dans un linceul immaculé, et le déposa dans le tombeau neuf qu'il s'était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla. »

Évangile selon saint Matthieu, 27, 59-60[28]

Trois précisions portent tout le poids historique du passage. Le tombeau est neuf, et Luc ajoute qu'on n'y avait encore déposé personne[29] : aucune confusion possible avec un autre défunt. Le tombeau appartient à Joseph, creusé pour lui et sa famille : Jésus repose dans la sépulture d'un autre, comme l'annonçait Isaïe. Le tombeau est proche : Jean note qu'un jardin se trouvait près du lieu du crucifiement, avec ce tombeau neuf, et que la proximité décida du choix, à cause de la Préparation[30].

Les tombeaux à pierre roulée, chambres funéraires taillées dans le roc fermées par une meule de pierre, sont bien attestés par l'archéologie de la Judée au temps du Second Temple : le récit décrit un aménagement ordinaire pour une sépulture aisée, pas un décor de théâtre[31]. Le jardin, lui aussi, correspond au paysage des carrières désaffectées aux portes de la ville, reconverties en jardins et en nécropoles : on y reviendra pour le lieu.

La pierre, le sceau et la garde

Joseph roule une grande pierre à l'entrée et s'en va[32]. Matthieu, seul des quatre, raconte la suite du lendemain, et c'est un épisode capital pour la suite du dossier : le jour après la Préparation, donc pendant le sabbat, les grands prêtres et les pharisiens se rendent ensemble chez Pilate. Ils se souviennent que Jésus avait annoncé sa résurrection au bout de trois jours, et ils craignent que ses disciples ne viennent voler le corps pour fabriquer une résurrection[33].

Pilate leur répond : vous avez une garde, allez, rendez le tombeau aussi sûr que vous savez le faire. Ils s'en vont, scellent la pierre et postent la garde[34].

« Pilate leur déclara : Vous avez une garde. Allez, rendez le tombeau aussi sûr que vous savez le faire. Ils s'en allèrent donc, scellèrent la pierre et postèrent la garde. »

Évangile selon saint Matthieu, 27, 65-66[35]

Le sceau romain apposé sur la pierre, un cordon tendu et cacheté, rend toute ouverture visible et juridiquement criminelle ; la garde, soldats ou gardes du Temple détachés pour la surveillance, rend le vol matériellement périlleux. L'ironie du récit est entière : ce sont les adversaires de Jésus qui fournissent, par leurs précautions, la meilleure garantie que le tombeau retrouvé vide ne l'aura pas été par un enlèvement nocturne. Quand, au matin de Pâques, les mêmes gardes rapporteront ce qui s'est passé, il faudra les payer pour répandre le récit du vol pendant le sommeil, récit que Matthieu note encore répandu de son temps[36]. Pour l'enquête sur le matin lui-même, voir Les apparitions du Ressuscité.

Les femmes qui regardent, et le repos du sabbat

Pendant que les hommes ferment le tombeau, les femmes regardent. Marc nomme Marie Madeleine et Marie, mère de José, qui observaient l'endroit où on le mettait[37] ; Luc ajoute qu'elles virent le tombeau et comment le corps y avait été déposé, puis s'en retournèrent préparer aromates et parfums[38]. Ce regard n'est pas un détail pieux : c'est le chaînon du témoignage. Celles qui trouveront le tombeau vide au premier jour de la semaine sont les mêmes qui ont vu le corps y entrer le vendredi soir. Entre les deux, aucun autre corps, aucun autre lieu, aucune erreur de sépulcre possible pour qui a suivi la scène des yeux.

Luc ferme la journée par une note de Loi : le jour du sabbat, elles observèrent le repos selon le commandement[39]. L'onction reste donc inachevée, volontairement : l'embaumement de Joseph et Nicodème a honoré le corps, mais les femmes veulent y revenir après le sabbat avec leurs propres parfums. C'est ce projet différé qui les ramènera au tombeau à l'aube du premier jour, myrrhe en main, et qui fera d'elles les premières témoins. L'Église orientale les honorera sous le nom de Myrophores, les porteuses de parfums.

  1. Vers la neuvième heure
    La mort constatée
    Vendredi, au Calvaire

    Jésus meurt ; le centurion constate la mort et Pilate, étonné de la rapidité, ordonne de remettre le corps à Joseph[40].

  2. Le soir venu
    La déposition et le linceul
    Avant le coucher du soleil

    Joseph et Nicodème descendent le corps, l'enveloppent dans un linceul immaculé et le lient de linges avec cent livres de myrrhe et d'aloès[41].

  3. Avant le sabbat
    Le tombeau et la pierre
    Le jardin près du Calvaire

    Le corps est déposé dans le tombeau neuf taillé dans le roc ; une grande pierre est roulée à l'entrée, sous les yeux des femmes[42][43].

  4. Le sabbat
    Le repos et la garde
    Jérusalem

    Les femmes observent le repos selon le commandement ; les grands prêtres obtiennent de Pilate le sceau sur la pierre et une garde au tombeau[44][45].

  5. Le premier jour
    Le tombeau retrouvé vide
    À l'aube

    Les femmes reviennent avec les aromates préparés et trouvent la pierre écartée : la suite fait l'objet des récits de Pâques[46].

Les prophéties et les figures accomplies

Avec les riches son tombeau

Sept siècles avant Joseph, Isaïe avait décrit le Serviteur souffrant, mis à mort avec les malfaiteurs, et pourtant couché avec les riches[47].

« On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n'avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. »

Livre d'Isaïe, 53, 9[48]

Le contraste du verset épouse exactement le Vendredi saint : crucifié avec les méchants, entre deux brigands, et enseveli avec les riches, dans le sépulcre neuf d'un notable. Matthieu, qui seul relève la richesse de Joseph, écrit pour des lecteurs capables d'entendre la résonance : l'homme riche d'Arimathie est l'instrument de la prophétie, sans le savoir et sans forcer le trait. Saint Jean Chrysostome ajoute que le tombeau neuf n'est pas un luxe de circonstance : en déposant Jésus dans un sépulcre où personne n'avait encore reposé, Dieu écarte d'avance tout soupçon de confusion avec un autre corps, et prépare la preuve du matin de Pâques[49].

Le signe de Jonas : trois jours dans le cœur de la terre

Jésus lui-même avait annoncé sa sépulture par une figure de l'Ancien Testament, celle de Jonas, le prophète englouti trois jours dans le ventre du grand poisson[50]. Aux scribes et aux pharisiens qui demandaient un signe, il répond que le seul signe donné sera celui du prophète Jonas : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre.

« De même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre. »

Évangile selon saint Matthieu, 12, 40[51]

Le point n'est pas arithmétique, il est théologique : la mise au tombeau n'est pas une parenthèse administrative entre la croix et Pâques, elle est le séjour annoncé, compté, signé. L'Église le confesse dans le Symbole des Apôtres : il a été crucifié, il est mort, il a été enseveli. Entre la mort du vendredi et la résurrection du premier jour, il y a un vrai temps de tombeau, que la liturgie du Samedi saint habite tout entier. Pour le prophète lui-même, voir l'article sur Jonas ; pour le séjour du Christ chez les morts pendant ce temps, La descente aux enfers.

Le grain de blé et le baptême

Deux autres paroles éclairent la sépulture sans la décrire. Dans l'Évangile selon saint Jean, à l'approche de l'heure, Jésus compare sa mort à un grain de blé tombé en terre : s'il ne meurt, il reste seul ; s'il meurt, il porte beaucoup de fruit[52]. La mise au tombeau est le moment où le grain disparaît sous la pierre, invisible, avant toute germination visible. Saint Paul, lui, relit la sépulture dans le baptême des chrétiens : ensevelis avec le Christ par le baptême dans la mort, les baptisés sont aussi ressuscités avec lui[53]. Chaque baptême rejoue donc, sacramentellement, le trajet du corps de Jésus : déposé, puis relevé. Pour le sacrement lui-même et le baptême de Jésus au Jourdain, voir Le baptême de Jésus.

Ce que l'Église lit dans cette sépulture

Une mort réelle, un corps honoré

La mise au tombeau prouve d'abord, à sa manière silencieuse, que Jésus est vraiment mort. On n'ensevelit pas un évanoui : on constate la mort par le centurion, on descend le corps, on l'enveloppe, on le parfume, on le dépose, on ferme. La théorie ancienne d'une mort apparente, d'un Jésus ranimé dans la fraîcheur du tombeau, se heurte à chaque geste du récit : des soldats romains, un officier qui vérifie, des embaumeurs qui lient le corps de linges serrés sous plus de trente kilos d'aromates. Le Catéchisme tient la ligne des récits : le corps du Christ a connu la mort réelle et la séparation de l'âme et du corps, sans connaître la corruption, dans l'attente de la résurrection[54].

Ensuite, la sépulture honore le corps humain comme tel. Le corps du Fils de Dieu, assumé dans l'Incarnation, n'est pas jeté après usage : il est lavé, parfumé, enveloppé de lin neuf, déposé dans la pierre. L'Église y apprend son propre devoir envers les morts, l'ensevelissement comme œuvre de miséricorde corporelle, et le respect des sépultures. Saint Augustin le notait déjà à propos de la coutume juive respectée par Joseph et Nicodème : les devoirs rendus aux morts appartiennent à la piété de chaque peuple, et l'Église ne les méprise jamais[55].

Le Samedi saint : le grand silence

Entre le vendredi de la croix et l'aube de Pâques, la liturgie latine place un jour sans messe, sans sacrifice, l'autel dépouillé : le Samedi saint. L'Église y médite le repos du Christ au tombeau, dans un silence que l'ancienne homélie pascale, lue à l'Office des lectures, décrit comme un grand silence sur la terre, parce que le Roi dort[56]. Pendant ce repos, la tradition place la descente du Christ chez les morts, vers les justes qui attendaient le Sauveur : c'est le dossier de La descente aux enfers, que cet article ne redouble pas.

« Il y a aujourd'hui un grand silence sur la terre, un grand silence et une grande solitude. Un grand silence, parce que le Roi dort. »

Ancienne homélie pour le Samedi saint, Office des lectures[57]

Le Catéchisme résume le sens de ce séjour : Jésus a connu la mort comme tous les hommes et a rejoint les morts dans leur séjour, mais comme Sauveur, pour ouvrir les portes du ciel aux justes qui l'avaient précédé[58]. La mise au tombeau est ainsi le seuil de deux mystères : en haut, le corps qui repose dans le jardin ; en bas, l'âme qui visite les morts. Le Samedi saint les tient ensemble, sans les confondre.

Le tombeau neuf, figure du sein virginal et de l'Église

Les Pères ont aimé rapprocher les deux seuils de la vie terrestre du Christ : un sein virginal à l'entrée, un tombeau neuf à la sortie, l'un et l'autre intacts, l'un et l'autre ouverts par Dieu seul. Le rapprochement est une lecture spirituelle, non un argument historique, et il se donne comme tel. Il dit quelque chose de juste sur la manière dont l'Église lit les Écritures : le tombeau où personne n'avait été déposé, comme le sein qui n'avait pas connu d'homme, signifie que la vie qui en sort ne vient pas de la nature laissée à elle-même. Pour la naissance elle-même, voir La Nativité de Jésus ; pour la veille des femmes au tombeau et le matin de Pâques, Les apparitions du Ressuscité.

La mise au tombeau dans la prière de l'Église

Le Vendredi saint et la Passion selon saint Jean

Chaque année, la liturgie latine du Vendredi saint proclame la Passion selon saint Jean, chapitres 18 et 19 : le récit de Joseph et Nicodème y retentit devant l'Église agenouillée, juste avant l'adoration de la Croix et la communion aux dons consacrés la veille[59]. La mise au tombeau n'y est pas un appendice : elle est la dernière parole de la Passion lue ce jour-là, et elle laisse l'assemblée devant un tombeau fermé, dans l'attente. Le Chemin de croix populaire compte la scène comme sa quatorzième et dernière station, la mise au tombeau, après la treizième, la descente de croix : la prière des fidèles s'arrête là où les femmes s'étaient arrêtées, devant la pierre.

L'épitaphios et les Myrophores en Orient

L'Orient byzantin a fait de la mise au tombeau le cœur visible de son Grand et Saint Vendredi : l'épitaphios, grande icône brodée du Christ mort porté par Joseph, Nicodème, la Vierge et les femmes, est porté en procession funèbre autour de l'église, puis déposé au centre, comme un tombeau, pour la vénération des fidèles[60]. Le tropaire du jour chante le geste de Joseph en quelques mots que l'assemblée reprend :

« Le noble Joseph, descendant du bois ton corps très pur, l'enveloppa d'un linceul immaculé, le couvrit de parfums, et le déposa dans un tombeau neuf. »

Tropaire du Grand Vendredi, ton 2[61]

Le deuxième dimanche après Pâques, dit dimanche des Myrophores, honore ensuite les femmes porteuses de parfums avec Joseph et Nicodème[62]. Le Martyrologe romain inscrit Joseph et Nicodème ensemble au 31 août[63], et les Églises orthodoxes fêtent aussi Joseph le 31 juillet[64]. La mémoire liturgique tient donc ensemble ce que le récit tient ensemble : les deux hommes du soir et les femmes de l'aube, unis par le même tombeau.

Le Saint-Sépulcre : le lieu gardé par la prière

Le jardin de Jean 19 est devenu un lieu de prière ininterrompue. Dès le IVe siècle, la tradition chrétienne de Jérusalem montre aux pèlerins le rocher du Calvaire et le tombeau tout proche : sous Constantin, l'évêque Macaire fait dégager le site, et Eusèbe raconte dans sa Vie de Constantin la construction de la basilique dédicacée en 335, qui deviendra le Saint-Sépulcre[65]. La rotonde de l'Anastasis, la Résurrection en grec, enserre l'édicule du tombeau ; le pèlerin qui s'y incline prie à l'endroit où la mémoire de l'Église, depuis dix-sept siècles, place la sépulture de Joseph.

L'archéologie du site, sans pouvoir prouver une résurrection, qui n'est pas de son ordre, vérifie le cadre : une ancienne carrière de pierre, désaffectée, reconvertie en jardins et en tombeaux au Ier siècle, hors des murs de la ville d'alors, avec des chambres funéraires taillées dans le roc du type même que décrivent les Évangiles[66]. Des fouilles récentes sous la basilique ont même retrouvé les traces d'une activité de jardin à l'époque du Second Temple, oliviers et vignes dans les couches anciennes, ce qui rejoint le jardin de Jean 19 sans en être une démonstration[67]. Le lieu ne remplace pas le texte : il lui donne un sol.

La mise au tombeau dans l'art chrétien

La scène a nourri une iconographie immense, distincte de la Descente de croix qui la précède et de la Résurrection qui la suit : le corps porté, presque horizontal, par Joseph et Nicodème tenant le linceul, la Vierge et les femmes en pleurs, la pierre ouverte en arrière-plan. Les groupes sculptés des églises de France, dits Mises au tombeau, en offrent l'exemple le plus saisissant : à Monestiés dans le Tarn, un ensemble de statues grandeur nature, daté de la fin du XVe siècle, aligne autour du corps déposé Joseph, Nicodème, la Vierge soutenue par Jean, les saintes femmes et les donateurs agenouillés, dans une chapelle du château des évêques d'Albi[68]. Le Christ de la mise au tombeau de Langres et la mise au tombeau de l'église de Gonesse comptent parmi les autres ensembles français étudiés par les historiens de l'art[69].

L'art retient du récit ce que l'exégèse y lit : un corps réel, pesant, porté par des mains d'hommes ; une douleur contenue, sans triomphalisme prématuré ; un tombeau ouvert qui attend. Ni la croix déjà vide, ni le matin déjà lumineux : l'entre-deux du Samedi saint, que seule la sculpture funéraire pouvait rendre presque tactile. Les infographies et les photographies de la phase suivante devront respecter cette sobriété : montrer le geste et le lieu, jamais une image centrée isolée qui écraserait le texte.

Historicité : ce qui tient, ce qui se discute

Cinq points d'appui du récit

Le dossier de la sépulture compte parmi les plus solides du Nouveau Testament, et des exégètes critiques le reconnaissent. Cinq faits convergent.

Premièrement, la quadruple attestation : quatre récits, quatre angles, un même noyau, demande à Pilate, linceul, tombeau neuf, pierre, femmes témoins. Les divergences de détail, Matthieu seul sur la richesse et la garde, Marc seul sur le centurion, Luc seul sur le repos du sabbat, Jean seul sur Nicodème et le jardin, excluent la copie servile et dessinent des traditions qui se recoupent sans se répéter[70].

Deuxièmement, le témoin le plus improbable : un membre du Sanhédrin qui fait le bien. Le grand exégète Raymond Brown, peu suspect de concordisme, jugeait l'ensevelissement de Jésus par Joseph très probable, précisément parce qu'il est presque inexplicable que des chrétiens hostiles aux autorités juives aient inventé de rien un sanhédriste qui agit bien envers Jésus[71].

Troisièmement, les femmes témoins : ce sont elles qui regardent où on dépose le corps, et ce sont elles qui trouveront le tombeau vide. Dans une culture où le témoignage féminin pesait peu en justice, un récit inventé aurait choisi des notables pour découvrir le vide. Le choix des femmes sent le souvenir, pas la stratégie[72].

Quatrièmement, le résumé le plus ancien : Paul transmet l'ensevelissement dès les années 50, dans la formule reçue des premiers témoins[73]. L'historien J. A. T. Robinson tenait la mise au tombeau pour l'un des faits les mieux attestés de la Passion[74]. Entre les faits et Paul, il n'y a pas de place pour une légende qui aurait eu le temps de naître.

Cinquièmement, les coutumes vérifiées : sépulture le jour même selon la Loi et la Mishna[75][76], remise du corps sur demande attestée chez Josèphe[77], tombeaux à pierre roulée confirmés par les fouilles[78]. Chaque détail juridique et matériel du récit trouve son point d'appui dans le judaïsme du Ier siècle.

Objection 1 : une fosse commune plutôt qu'un tombeau

Première objection, la plus radicale : Jésus aurait fini dans une fosse commune, ou laissé exposé aux bêtes, selon l'usage romain le plus dur pour les crucifiés. C'est la thèse défendue notamment par J. D. Crossan, position minoritaire mais argumentée[79]. Réponse : l'usage romain variait selon les lieux, les gouverneurs et les fêtes, et la Judée vivait sous un régime d'exception religieuse où le préfet composait avec les sensibilités locales, surtout à la Pâque, devant des foules de pèlerins. Surtout, cette thèse doit expliquer pourquoi quatre récits, Paul et les femmes témoins disent unanimement le contraire, et pourquoi aucun texte ancien, même hostile aux chrétiens, ne parle de fosse commune. Une hypothèse qui contredit toutes les sources sans en produire aucune reste une possibilité logique, pas une preuve historique[80].

Objection 2 : Joseph inventé pour fonder le tombeau vide

Deuxième objection : Joseph serait une invention apologétique, créée pour fournir un tombeau identifiable et fonder l'annonce du tombeau vide. Réponse : l'invention aurait choisi un témoin favorable, un apôtre ou un proche, pas un membre du tribunal ennemi ; elle aurait gommé la gêne du disciple secret et du Sanhédrin bienfaiteur, pas mis ces détails en évidence ; et elle n'aurait pas laissé Paul attribuer la sépulture aux chefs de Jérusalem. L'hypothèse de la fiction rend le récit plus étrange qu'elle ne l'explique[81].

Objection 3 : le corps volé pendant la nuit

Troisième objection, la plus ancienne, puisqu'elle naît dans le récit lui-même : les disciples auraient volé le corps pendant que la garde dormait, puis annoncé une résurrection. Matthieu rapporte déjà cette rumeur, payée par les grands prêtres aux gardes, et note qu'elle circulait encore parmi ses contemporains[82]. Réponse : le vol suppose de déplacer, de nuit, une pierre scellée, sous une garde postée précisément contre ce risque, puis de produire, quelques semaines plus tard, une prédication publique de la résurrection à Jérusalem même, devant les autorités qui tenaient le tombeau sous scellés. Des inventeurs d'un vol n'auraient pas inventé la garde qui le rend invraisemblable ; des voleurs réels n'auraient pas laissé les linges en place, scène que le récit de Pâques décrira. L'objection se retourne : la garde et le sceau, loin d'être des ornements apologétiques tardifs, sont la difficulté même que tout vol aurait dû franchir, et que le récit ne cache pas.

Objection 4 : les divergences trahiraient la légende

Quatrième objection : les divergences entre récits trahiraient la légende, aromates de Nicodème le vendredi ou femmes au dimanche, pierre roulée par Joseph ou sceau du lendemain, tombeau de Joseph ou jardin sans propriétaire nommé chez Jean. Réponse : les divergences portent sur les circonstances, jamais sur le noyau, demande à Pilate, linceul, tombeau neuf, pierre, femmes témoins. C'est exactement la figure de plusieurs témoignages indépendants d'un même événement vu sous des angles différents, et non celle d'une rédaction concertée[83]. Une légende concertée harmonise ; des souvenirs convergent en gardant leurs bords.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater les Évangiles plus tard que la tradition, Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80 à 90, et d'y voir des compositions communautaires plutôt que des souvenirs directs[84]. Présentée ainsi, la thèse reste une hypothèse de travail, et elle doit affronter ses propres fragilités : les datations reposent souvent sur des reconstructions circulaires, on date un texte par une théorie des sources construite en datant les textes ; le présupposé qui écarte d'avance le miracle et la prophétie précise décide avant l'enquête ce que l'enquête pourra trouver ; l'argument du silence transforme l'absence d'un détail chez un évangéliste en preuve d'ignorance ; et la Tradition est traitée comme suspecte par principe, alors qu'elle est elle-même une source historique, la plus proche des faits[85].

Surtout, même les datations les plus basses laissent intact le résumé de Paul, vingt ans après les faits, avec l'ensevelissement au cœur de la formule reçue. Le débat moderne porte sur les circonstances du récit, son degré de détail, la garde de Matthieu ou les aromates de Jean ; il ne produit aucune source ancienne concurrente qui raconterait une autre fin pour le corps de Jésus. Comme le rappelait Benoît XVI, une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes manquerait son objet[86]. Le lecteur comprend ainsi pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable : non par entêtement pieux, mais parce que les sources, les témoins, les coutumes et les lieux convergent vers le même soir, le même jardin, le même tombeau neuf.

La mise au tombeau tient donc en une phrase que l'Église n'a jamais cessé de confesser : il a été enseveli. Trois mots dans le résumé de Paul, une scène dans les quatre Évangiles, un jour de silence dans la liturgie, un lieu de prière à Jérusalem. Entre la croix du vendredi et l'aube du premier jour, le corps du Christ a reposé dans la pierre d'un autre, gardé par ses adversaires, veillé par des femmes, attendu par les justes des enfers. C'est de ce repos, et de rien d'autre, que Pâques est la sortie.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Matthieu publia chez les Hébreux, Marc transmit après le départ de Pierre et Paul, Luc compagnon de Paul consigna l'Évangile prêché, Jean publia le sien à Éphèse. Témoin direct de Polycarpe, lui-même disciple de Jean.

    1 2
  2. Papias, rapporté par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 : Marc, interprète de Pierre, écrivit exactement sans ordre ce qu'il retenait de la prédication ; Matthieu recueillit les paroles du Seigneur en langue hébraïque.

    3
  3. Fragment de Muratori, fin du IIe siècle, canon romain : Luc comme troisième Évangile, Jean comme quatrième, composé à la demande de ses condisciples et évêques.

    4
  4. Clément d'Alexandrie, rapporté par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : Jean, voyant que les faits extérieurs avaient été exposés, composa le dernier un évangile spirituel.

    5
  5. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546 : le canon reçoit les livres saints en entier avec toutes leurs parties.

    6
  6. Papyrus P52, fragment de Jn 18 copié vers 125, conservé à Manchester ; papyrus P75, codex Bodmer du début du IIIe siècle contenant Luc et Jean : la diffusion loin du lieu d'origine suppose l'ancienneté de la rédaction.

    7
  7. Commission Biblique Pontificale, décret du 29 mai 1907 sur le quatrième évangile : il est historiquement certain que l'apôtre Jean est l'auteur d'un récit historique des faits et des discours réels de la vie du Seigneur.

    8
  8. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 19, 18 novembre 1965 : l'Église affirme sans hésiter l'historicité des quatre Évangiles, qui transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné.

    9
  9. Première lettre aux Corinthiens, 15, 3-4 : Paul transmet ce qu'il a reçu, le Christ mort pour nos péchés, enseveli, ressuscité le troisième jour. Formule reçue des premiers témoins, vers le milieu des années 50.

    10 11 73
  10. Livre des Actes des Apôtres, 13, 29, traduction AELF : après l'exécution réclamée à Pilate, ils descendirent Jésus du bois et le mirent au tombeau. Discours de Paul à Antioche de Pisidie.

    12
  11. Évangile selon saint Marc, 15, 42-47, traduction AELF : la Préparation, l'homme influent membre du Conseil, l'audace chez Pilate, l'étonnement de Pilate, le rapport du centurion, le linceul acheté, les femmes témoins.

    13 14 16 23 37 40 43
  12. Évangile selon saint Jean, 19, 38-42, traduction AELF : le disciple en secret par crainte, la permission de Pilate, Nicodème et les cent livres de myrrhe et d'aloès, les linges selon la coutume juive, le jardin et le tombeau neuf tout proche.

    15 20 21 24 25 30 41
  13. Flavius Josèphe, Vie, 75 : près de Tekoa, Josèphe reconnaît trois de ses connaissances parmi les crucifiés et obtient de Titus qu'on les détache ; l'un survécut. La remise d'un crucifié sur demande est attestée sous l'autorité romaine.

    17 77
  14. Évangile selon saint Matthieu, 27, 57-60, traduction AELF : l'homme riche d'Arimathie, le linceul immaculé, le tombeau neuf dans le roc, la grande pierre.

    18 22 27 28 32 42
  15. Évangile selon saint Luc, 23, 50-56, traduction AELF : l'homme bon et juste sans part à la décision, le tombeau où personne n'avait été déposé, les femmes et les aromates, le repos du sabbat selon le commandement.

    19 29 38 39 44 46
  16. Saint Augustin, Tractates sur l'Évangile de Jean, traité 120, sur Jn 19 : l'évangéliste, en précisant que l'ensevelissement suivit la coutume juive, avertit que les coutumes de chaque peuple doivent être respectées dans les devoirs rendus aux morts.

    26 55
  17. Chambres funéraires juives du Second Temple taillées dans le roc et fermées par une pierre roulée, attestées par les fouilles en Judée : le récit évangélique décrit un aménagement ordinaire pour une sépulture aisée.

    31 78
  18. Évangile selon saint Matthieu, 27, 62-66, traduction AELF : le lendemain de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens chez Pilate, la crainte du vol, la garde accordée, la pierre scellée et la garde postée.

    33 34 35 45
  19. Évangile selon saint Matthieu, 28, 11-15 : les gardes rapportent les faits aux grands prêtres, reçoivent de l'argent pour dire que les disciples ont volé le corps pendant leur sommeil ; récit répandu, note Matthieu, jusqu'à ce jour.

    36 82
  20. Livre d'Isaïe, 53, 9, traduction AELF : la tombe placée avec les méchants, le tombeau avec les riches, pour le Serviteur sans violence ni tromperie.

    47 48
  21. Saint Jean Chrysostome, Homélie 88 sur saint Matthieu, sur Mt 27 : le dépôt dans le tombeau propre et neuf de Joseph montre son amour et son courage, et cette disposition écarte tout soupçon qu'un autre serait ressuscité à la place du Christ.

    49
  22. Évangile selon saint Matthieu, 12, 39-40 : le signe de Jonas, trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, figure des trois jours du Fils de l'homme dans le cœur de la terre.

    50 51
  23. Évangile selon saint Jean, 12, 24 : le grain de blé tombé en terre, s'il ne meurt, reste seul ; s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.

    52
  24. Lettre aux Romains, 6, 3-4 : ensevelis avec le Christ par le baptême dans sa mort, pour marcher en vie nouvelle comme le Christ est ressuscité.

    53
  25. Catéchisme de l'Église catholique, la sépulture du Christ dans la foi de l'Église : mort réelle, corps sans corruption, dans l'attente de la résurrection.

    54
  26. Ancienne homélie pour le Samedi saint, lue à l'Office des lectures du Samedi saint : le grand silence sur la terre, parce que le Roi dort, et la descente vers Adam.

    56 57
  27. Catéchisme de l'Église catholique, le Christ est descendu aux enfers : Jésus a connu la mort et le séjour des morts, mais comme Sauveur, ouvrant le ciel aux justes qui l'avaient précédé.

    58
  28. Le Vendredi saint, la liturgie latine proclame la Passion selon saint Jean, chapitres 18 et 19, avec le geste de Joseph et Nicodème aux versets 38 à 42.

    59
  29. L'épitaphios byzantin, icône brodée du Christ mort porté par Joseph, Nicodème, la Vierge et les femmes, est porté en procession funèbre le Grand et Saint Vendredi, puis déposé au centre de l'église pour la vénération.

    60
  30. Tropaire du Grand Vendredi, ton 2 : le noble Joseph, descendant du bois le corps très pur, l'enveloppant de lin, l'oignant de parfums, le déposant dans un tombeau neuf. Chanté en procession autour de l'épitaphios.

    61
  31. En Orient, le deuxième dimanche après Pâques, dit dimanche des Myrophores, honore les femmes porteuses de parfums avec Joseph d'Arimathie et Nicodème.

    62
  32. Martyrologe romain en vigueur : Joseph d'Arimathie et Nicodème inscrits ensemble au 31 août, hors du Carême ; ancien calendrier romain au 17 mars pour Joseph.

    63
  33. Les Églises orthodoxes et plusieurs Églises luthériennes fêtent Joseph d'Arimathie le 31 juillet.

    64
  34. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, livre III : sous l'empereur Constantin, l'évêque Macaire fait dégager le site du Calvaire et du tombeau tout proche ; la basilique du Saint-Sépulcre est dédicacée en 335.

    65
  35. Le site du Saint-Sépulcre correspond à une ancienne carrière de pierre désaffectée, reconvertie en jardins et en tombeaux au Ier siècle, hors des murs de Jérusalem à l'époque du Christ, avec des chambres funéraires taillées dans le roc.

    66
  36. Des fouilles récentes sous la basilique du Saint-Sépulcre ont mis au jour, dans les couches du Second Temple, les traces d'une activité de jardin (oliviers, vignes), en accord avec le jardin de Jn 19, 41, sans valeur de démonstration à elles seules.

    67
  37. Le groupe sculpté de la Mise au tombeau de Monestiés (Tarn), fin du XVe siècle, chapelle des évêques d'Albi : Joseph, Nicodème, la Vierge soutenue par Jean, les saintes femmes et les donateurs autour du corps déposé.

    68
  38. Pierre Quarré, Le Christ de la mise au tombeau de Langres, Revue de l'art, 1971 ; Jean Feray, La mise au tombeau de l'église de Gonesse, Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1961 : ensembles sculptés français de la Déposition étudiés par les historiens de l'art.

    69
  39. Mt seul sur la richesse, la garde et le sceau, Mc seul sur le centurion, Lc seul sur le repos du sabbat, Jn seul sur Nicodème et le jardin : divergences de circonstances, accord sur le noyau.

    70 83
  40. Raymond E. Brown, The Death of the Messiah, Doubleday, 1994, t. 2 : l'ensevelissement de Jésus par Joseph est jugé très probable, car il est presque inexplicable que les chrétiens aient inventé de rien un sanhédriste qui agit bien envers Jésus, vu l'hostilité des premiers écrits chrétiens envers les autorités responsables de sa mort.

    71 80 81
  41. Mc 15, 47 ; Lc 23, 55-56 ; Jn 19, 25 : Marie Madeleine et les femmes observent la mise au tombeau ; elles seront les premiers témoins du matin de Pâques.

    72
  42. J. A. T. Robinson, exégète de Cambridge : la mise au tombeau de Jésus compte parmi les faits les mieux attestés de la Passion.

    74
  43. Livre du Deutéronome, 21, 22-23 : le cadavre d'un supplicié ne passera pas la nuit sur le bois, on l'ensevelira le jour même.

    75
  44. Mishna, Sanhédrin 6, 5-6 : les condamnés à mort sont enterrés le jour même, non dans les tombeaux de leurs pères mais dans des sépulcres préparés par le tribunal.

    76
  45. J. D. Crossan, The Historical Jesus, HarperSanFrancisco, 1991 : thèse minoritaire d'une sépulture anonyme, voire d'un corps abandonné selon l'usage romain le plus dur, contre le témoignage unanime des sources anciennes.

    79
  46. Une partie de l'exégèse contemporaine propose Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80 à 90, par des communautés plutôt que des témoins directs : hypothèse de travail, non verdict établi.

    84
  47. Fragilités récurrentes : reconstructions hypothétiques, datations circulaires, présupposé qui écarte d'avance le miracle et la prophétie précise, argument du silence, extrapolation à partir d'indices incomplets, Tradition traitée comme suspecte par principe.

    85
  48. Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes.

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