Joseph d'Arimathie (Ier siècle)

Joseph d'Arimathie, le notable du Sanhédrin qui demanda le corps de Jésus à Pilate et le déposa dans son tombeau neuf : ce que disent les quatre Évangiles, la prophétie d'Isaïe accomplie, sa mémoire dans la liturgie et ce que l'histoire confirme.

Ignispedia

Joseph d'Arimathie est l'homme qui donna son tombeau à Jésus : un riche notable, membre du Conseil de Jérusalem, qui eut l'audace d'aller demander à Pilate le corps du Crucifié, l'enveloppa dans un linceul et le déposa dans le sépulcre neuf qu'il s'était fait tailler dans le roc. Les quatre Évangiles racontent le geste, chacun avec sa lumière propre, et l'Église y reconnaît l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe : avec les riches son tombeau.

Son apparition est brève et décisive. Il n'a ni discours ni miracle, seulement un acte public au moment où tout le monde se cache : les apôtres ont fui, Pierre a renié, et c'est un membre du tribunal qui a livré Jésus qui sort de l'ombre pour l'ensevelir en plein jour. Aux côtés de Nicodème, il accomplit la sépulture juive avec une générosité presque royale, cent livres de myrrhe et d'aloès, linges et aromates selon la coutume. Puis il disparaît des Écritures aussi vite qu'il y est entré, laissant aux chrétiens un tombeau vide et aux légendes tardives un héros de roman.

Cet article le présente comme personnage de la Bible reçue par l'Église : sa place dans le canon des quatre Évangiles, les auteurs et les datations traditionnels des récits qui le nomment, son portrait trait par trait, le déroulé du soir du Vendredi saint, la prophétie accomplie, sa mémoire dans la liturgie d'Orient et d'Occident, les traditions postérieures pesées à leur juste poids, puis, en fin de parcours, le débat avec l'exégèse moderne. Le dossier de l'ensevelissement partagé avec Nicodème se lit aussi dans Nicodème, la vie de l'évangéliste dans saint Jean l'Évangéliste : on ne les redouble pas ici, on y renvoie. À distinguer de saint Joseph, l'époux de Marie, avec qui il ne partage que le prénom.

Joseph d'Arimathie dans le canon des Écritures

Quatre récits pour un seul geste

Joseph d'Arimathie appartient au petit nombre des figures que les quatre Évangiles nomment ensemble : Matthieu, Marc, Luc et Jean racontent tous la demande du corps à Pilate et la mise au tombeau. Aucun des quatre ne le mentionne ailleurs, aucun autre livre du Nouveau Testament ne le nomme, et pourtant sa présence au soir du Vendredi saint ne fait débat dans aucune tradition chrétienne. Le tableau ci-dessous donne les quatre passages qui structurent tout le dossier.

PassageCe que le récit apporte de propre sur Joseph
Mt 27, 57-60Homme riche, disciple lui aussi, tombeau neuf creusé dans le roc, grande pierre roulée
Mc 15, 42-47Homme influent, membre du Conseil, audace d'aller chez Pilate, étonnement de Pilate, rapport du centurion, linceul acheté, Marie Madeleine témoin
Lc 23, 50-56Homme bon et juste, sans part à la décision du Conseil, Arimathie ville de Judée, tombeau où personne n'avait été déposé, femmes qui regardent puis préparent les aromates
Jn 19, 38-42Disciple en secret par crainte, permission de Pilate, Nicodème et ses cent livres d'aromates, linges selon la coutume juive, jardin et tombeau neuf tout proche

Chaque évangéliste éclaire une facette : Matthieu la richesse qui accomplit Isaïe, Marc l'audace politique du geste, Luc l'innocence de Joseph dans le procès, Jean le passage du secret au grand jour avec Nicodème. Aucun des quatre récits ne fonctionne seul : c'est l'ensemble, reçu comme un tout, qui fait de Joseph le témoin de la sépulture réelle de Jésus[1].

Les quatre évangiles qui le racontent : auteurs et datation reçus

L'Église reçoit les quatre récits comme l'œuvre des évangélistes que la tradition nomme depuis les origines : Matthieu l'apôtre, Marc l'interprète de Pierre, Luc le compagnon de Paul, Jean le disciple bien-aimé. Le témoin le plus ancien de cet ensemble est saint Irénée, lui-même disciple de Polycarpe, qui avait connu Jean : vers 180, il énumère les quatre Évangiles et leurs auteurs, Matthieu chez les Hébreux, Marc après le départ de Pierre et Paul, Luc compagnon de Paul, puis Jean à Éphèse[2].

« Jean, le disciple du Seigneur, celui qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'Évangile, lors de son séjour à Éphèse, en Asie. »

Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1[3]

Les relais anciens se succèdent sans rupture : Papias, cité par Eusèbe, rapporte que Marc écrivit exactement, mais sans ordre, ce qu'il tenait de la prédication de Pierre, et que Matthieu recueillit les paroles du Seigneur en langue hébraïque[4] ; le fragment de Muratori, vers la fin du IIe siècle, compte Luc comme troisième Évangile et Jean comme quatrième[5] ; Clément d'Alexandrie, cité par Eusèbe, rapporte que Jean, voyant que les faits extérieurs avaient déjà été exposés, composa le dernier un évangile spirituel[6]. Le papyrus P52, fragment de Jean copié vers 125, et le papyrus P75, qui joint Luc et Jean au début du IIIe siècle, interdisent toute datation basse fantaisiste : les textes circulaient déjà loin de leur lieu d'origine une génération après leur rédaction[7]. La Commission Biblique Pontificale a confirmé le 29 mai 1907 qu'il est historiquement certain que l'apôtre Jean est l'auteur du quatrième évangile, récit historique des faits et des discours réels de la vie du Seigneur[8].

La datation traditionnelle tient en une ligne par évangile, et elle reste défendable sans acrobatie : Matthieu dans les années 40 à 60, Marc l'interprète de Pierre à Rome dans les années 60, Luc le médecin compagnon de Paul vers 60 à 63, Jean à Éphèse dans les années 90 à 100. Le concile de Trente a fixé le canon en recevant ces livres en entier avec toutes leurs parties[9], et Vatican II rappelle que l'Église affirme sans hésiter l'historicité des quatre Évangiles, qui transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné[10].

« La sainte Mère Église a tenu et tient fermement que ces quatre Évangiles, dont elle affirme sans hésiter l'historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus, le Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné pour leur salut éternel. »

Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 19[11]

Pour le dossier complet du quatrième évangile, voir L'Évangile selon saint Jean ; pour les Douze et leurs compagnons, saint Pierre et saint Paul.

Le plus ancien résumé : il a été enseveli

Avant même les récits détaillés de la Passion, le plus vieux texte chrétien qui parle de la mort de Jésus mentionne déjà sa sépulture. Vers le milieu des années 50, soit une vingtaine d'années après les faits, saint Paul transmet aux Corinthiens ce qu'il a lui-même reçu : le Christ est mort, il a été enseveli, il est ressuscité le troisième jour[12]. L'ensevelissement fait partie du noyau, pas de la décoration : sans corps déposé quelque part, l'annonce du troisième jour n'aurait aucun sens pour les premiers auditeurs.

Le même Paul, prêchant à Antioche de Pisidie, attribue la sépulture aux chefs de Jérusalem eux-mêmes : après l'exécution réclamée à Pilate, ils descendirent Jésus du bois et le mirent au tombeau[13].

« Et, après avoir accompli tout ce qui était écrit de lui, ils l'ont descendu du bois de la croix et mis au tombeau. »

Livre des Actes des Apôtres, 13, 29[14]

Ce pluriel embarrassant, les habitants de Jérusalem et leurs chefs, cadre exactement avec le récit des Évangiles : ce n'est pas un disciple galiléen qui ensevelit Jésus, c'est un notable du lieu, membre du tribunal. Un inventeur chrétien tardif n'aurait jamais confié le corps de son Seigneur aux responsables de sa condamnation : il aurait choisi Pierre, Jean ou les femmes. Le nom de Joseph, conservé par quatre récits indépendants jusque dans les formules les plus anciennes, est la signature d'un souvenir, pas d'une construction.

Qui était Joseph : portrait en quatre traits

Un homme riche, d'Arimathie

Matthieu ouvre sa carte d'identité par la richesse : le soir venu, arriva un homme riche, originaire d'Arimathie, devenu lui aussi disciple de Jésus[15]. Le détail n'est pas mondain, il est prophétique, comme on le verra : c'est parce qu'il est riche que Joseph possède un tombeau neuf taillé dans le roc, et c'est ce tombeau qui accomplit Isaïe.

Arimathie, en grec Arimathaia, est identifiée par Eusèbe de Césarée à Ramathaïm-Tsophim, la ville d'Elcana et de Samuel le prophète, près de Diospolis, l'actuelle Lod, dans le district de Thamna : identification reprise par saint Jérôme dans sa version latine de l'Onomasticon[16]. Le rapprochement repose sur la forme : Arimathaia transcrit l'hébreu Ramathaïm, le lieu de la montagne d'Éphraïm où naquit Samuel[17]. Luc précise qu'Arimathie est une ville de Judée[18] : au Ier siècle, le bourg samuelien appartient bien au territoire judéen, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Jérusalem. Plusieurs sites de la montagne d'Éphraïm ont été proposés par les modernes, sans consensus assuré, mais l'identification ancienne reste la plus documentée.

Un membre éminent du Conseil

Marc et Luc s'accordent sur la fonction : Joseph est membre du Conseil, le Sanhédrin de Jérusalem. Marc ajoute qu'il s'agit d'un homme influent, littéralement de belle prestance, noble d'aspect, et qu'il attendait lui aussi le règne de Dieu[19]. Le vocabulaire grec dit le rang : bouleutès, conseiller siégeant au tribunal suprême des Juifs, cette assemblée de soixante et onze membres, prêtres, anciens et scribes, qui jugeait les causes capitales et venait de livrer Jésus au préfet romain.

C'est toute la force du paradoxe évangélique : le tribunal qui condamne fournit le fossoyeur. Joseph siège dans l'institution qui a remis Jésus à Pilate, et c'est lui qui va réclamer le corps au même Pilate. Loin d'adoucir la contradiction, les évangélistes la soulignent : Jean précise que Joseph était disciple en secret, par crainte des Juifs[20], c'est-à-dire par crainte de ses propres collègues. Sa sortie au grand jour n'en est que plus éclatante : il rompt publiquement avec son milieu, au péril de sa position, le jour même où le risque est maximal.

Bon et juste, étranger au verdict

Luc tranche la question que tout lecteur se pose : Joseph a-t-il voté la mort de Jésus avec les autres. Non : c'était un homme bon et juste, qui n'avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes[21]. La formule est nette et couvre les deux temps du procès juif, la résolution et l'exécution. Joseph n'est ni un traître à son camp ni un complice qui se rachète : c'est un juste égaré dans une délibération inique, qui n'y a pris aucune part.

Ce portrait moral a une portée apologétique que les Pères ont relevée : le témoin de la sépulture n'est ni un illuminé ni un partisan aveugle, mais un notable soucieux de justice, dont la parole pèse. Et sa justice ne reste pas intérieure : elle sort, elle marche jusqu'au prétoire, elle demande, elle paie de sa personne et de sa bourse. La bonté de Joseph n'est pas un sentiment, c'est un courage.

Un disciple en secret, devenu hardi

Jean donne la clef spirituelle du personnage : disciple, mais en secret, par crainte[22]. Marc donne la clef dramatique : le même homme eut l'audace, littéralement il s'enhardit, osa, prit sur lui d'aller chez Pilate[23]. Entre les deux versets tient toute une conversion : la mort de Jésus fait ce que sa vie n'avait pas encore obtenu, elle arrache Joseph à la peur.

Saint Jean Chrysostome admire cette audace tardive et en tire la leçon pour les timides de tous les temps : celui qui cachait son attachement se montre après la mort plus hardi que les apôtres en fuite, parce qu'il a compris que le Crucifié est vraiment le Fils de Dieu[24].

« Joseph, qui jusqu'alors cachait qu'il était disciple, se montra alors d'une grande hardiesse après la mort du Christ. Car ce n'était pas un homme obscur, mais un membre du Conseil, et fort distingué : ce qui fait d'autant mieux voir son courage. Il s'exposa à la mort, prenant sur lui l'inimitié de tous, par affection pour Jésus : il osa demander le corps, et ne cessa jusqu'à l'avoir obtenu. Et non seulement en le prenant, ni en l'ensevelissant avec magnificence, mais en le déposant dans son propre tombeau neuf, il montre son amour et son courage. »

Saint Jean Chrysostome, Homélie 88 sur saint Matthieu (traduit de l'anglais)[25]

Le rapprochement avec Nicodème s'impose : deux notables, deux disciples de l'ombre, deux hommes que la croix fait sortir au grand jour. Mais leurs trajectoires diffèrent : Nicodème a cheminé en trois scènes, de la nuit de Jean 3 au Sanhédrin de Jean 7 jusqu'au tombeau ; Joseph surgit d'un coup, pour un seul acte définitif. L'un mûrit, l'autre se décide : deux voies vers la même lumière.

Le soir du Vendredi saint, heure par heure

Demander le corps à Pilate

Tout commence par une démarche dont les évangélistes soulignent le prix : aller trouver le préfet romain, dans son prétoire, le soir d'une exécution politique, pour réclamer le corps d'un condamné à mort. Marc emploie le verbe de l'audace : Joseph osa entrer chez Pilate[26]. Le geste est doublement risqué : vis-à-vis des Romains, se déclarer solidaire d'un crucifié pour sédition ; vis-à-vis des siens, afficher sa dissidence au grand jour.

Pilate s'étonne que Jésus soit déjà mort : en croix, l'agonie durait souvent des jours. Il fait appeler le centurion, vérifie, puis permit à Joseph de prendre le corps[27]. Ce contrôle romain a son importance : la mort de Jésus est constatée par un officier, pas seulement par des proches. Sur le plan du droit, la remise du corps à un notable qui en fait la demande n'a rien d'invraisemblable : Flavius Josèphe raconte que Titus, à sa demande, fit détacher de leur croix trois de ses connaissances près de Tekoa, et l'un d'eux survécut[28]. Si un général romain pouvait accorder une telle faveur en pleine guerre, un préfet pouvait bien rendre un cadavre à un membre du Conseil en temps de fête.

Descendre, envelopper, embaumer

Matthieu résume le geste en deux temps : Joseph prit le corps et l'enveloppa dans un linceul immaculé, un drap de lin neuf et pur[29]. Marc précise qu'il acheta ce linceul, Luc qu'il descendit lui-même le corps de la croix[30][31]. Jean, seul, ajoute l'ampleur de l'embaumement : Nicodème apporta un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres, et les deux hommes lièrent le corps de linges avec les aromates, selon la coutume juive d'ensevelir les morts[32].

« Nicodème, celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit, vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu'ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d'ensevelir les morts. »

Évangile selon saint Jean, 19, 39-40[33]

Cent livres romaines, soit plus de trente kilos d'aromates : une quantité presque royale, sans commune mesure avec une sépulture ordinaire. Saint Augustin, commentant la précision de Jean sur la coutume juive, y voit une leçon de portée universelle : l'évangéliste a voulu montrer que, dans les devoirs rendus aux morts, les coutumes de chaque peuple doivent être respectées, et que l'Église n'ensevelit pas autrement que dans la piété reçue[34]. Joseph et Nicodème n'improvisent pas : ils accomplissent la sépulture juive dans les règles, ce qui rend d'autant plus solide le témoignage du tombeau retrouvé vide.

Le tombeau neuf dans le roc

Matthieu donne le détail décisif : Joseph déposa le corps dans le tombeau neuf qu'il s'était fait creuser dans le roc, puis roula une grande pierre à l'entrée[35].

« Prenant le corps, Joseph l'enveloppa dans un linceul immaculé, et le déposa dans le tombeau neuf qu'il s'était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l'entrée du tombeau et s'en alla. »

Évangile selon saint Matthieu, 27, 59-60[36]

Trois précisions portent tout le poids historique du passage. Le tombeau est neuf, et Luc ajoute qu'on n'y avait encore déposé personne[37] : aucune confusion possible avec un autre défunt, aucune explication naturaliste par un corps voisin. Le tombeau est à Joseph, creusé pour lui : Jésus repose dans la sépulture d'un autre, comme l'annonçait Isaïe. Le tombeau est proche : Jean note qu'un jardin se trouvait près du lieu du crucifiement, avec ce tombeau neuf, et que la proximité décida du choix, à cause de la Préparation[38]. Les femmes, Marie Madeleine en tête, observent l'endroit où on le met : elles seront les premiers témoins du vide, parce qu'elles ont été les derniers témoins du plein[39].

Les tombeaux à pierre roulée, chambres funéraires taillées dans le roc fermées par une meule de pierre, sont bien attestés par l'archéologie de la Judée au temps du Second Temple : le récit décrit un aménagement que les fouilles confirment, pas un décor de théâtre[40].

La hâte avant le sabbat

Tout se joue contre la montre : c'est le jour de la Préparation, et déjà brillaient les lumières du sabbat[41]. La Loi ordonnait de ne pas laisser un cadavre passer la nuit sur le bois, mais de l'ensevelir le jour même[42]. La Mishna précise que les condamnés à mort étaient enterrés le jour même, dans des sépulcres préparés par le tribunal[43]. Joseph agit donc dans l'urgence légale : descendre, envelopper, déposer avant la tombée de la nuit, quitte à remettre l'embaumement complet après le sabbat, ce que les femmes prépareront en effet[44].

Cette hâte explique les silences du récit : pas de deuil prolongé, pas de cortège, pas de lamentations publiques. Elle explique aussi pourquoi le tombeau est celui de Joseph lui-même : il fallait une sépulture disponible immédiatement, et la sienne, toute proche du Calvaire, était prête. La nécessité fait l'accomplissement : c'est la contrainte du sabbat qui place Jésus dans le tombeau du riche.

Avec les riches son tombeau : la prophétie accomplie

Sept siècles avant Joseph, Isaïe avait décrit le Serviteur souffrant, mis à mort avec les malfaiteurs, et pourtant couché avec les riches : on a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches, alors qu'il n'avait commis ni violence ni tromperie[45].

« On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n'avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. »

Livre d'Isaïe, 53, 9[46]

Le contraste du verset épouse exactement le Vendredi saint : crucifié avec les méchants, entre deux brigands dont l'un est nommé ailleurs le bon larron, et enseveli avec les riches, dans le sépulcre neuf d'un notable. Matthieu, qui seul relève la richesse de Joseph, écrit pour des lecteurs capables d'entendre la résonance : l'homme riche d'Arimathie est l'instrument de la prophétie, sans le savoir et sans forcer le trait.

Saint Jean Chrysostome ajoute que le tombeau neuf n'est pas un luxe de circonstance mais une disposition de la Providence : en déposant Jésus dans un sépulcre où personne n'avait encore reposé, Dieu écarte d'avance tout soupçon de confusion avec un autre corps, et prépare la preuve du matin de Pâques[47]. Le tombeau d'emprunt devient ainsi une pièce du dossier pascal : parce qu'il appartient à un homme connu, situé près de la ville, vu par les femmes, gardé ensuite à la demande des prêtres, nul ne pourra dire qu'on s'est trompé de sépulcre.

La théologie du geste va plus loin : le Roi est enseveli comme un pauvre dépendant de l'aumône d'autrui. Lui qui n'avait pas où reposer sa tête reçoit pour première demeure la pierre d'un autre. Cette pauvreté jusque dans la mort achève la kénose, et l'Église la chante chaque Samedi saint devant le tombeau.

La mémoire de l'Église : liturgie, lieu, images

Dans le calendrier latin

Le vieux calendrier romain honorait Joseph d'Arimathie le 17 mars ; le Martyrologe romain l'inscrit désormais au 31 août, avec saint Nicodème, son compagnon de l'ensevelissement[48]. Le déplacement, hors du Carême où tombait souvent le 17 mars, permet de célébrer les deux témoins de la sépulture ensemble, comme ils ont agi ensemble. Chaque année, la liturgie du Triduum ravive leur geste : le Vendredi saint, l'Église proclame la Passion selon saint Jean avec la scène de Joseph et Nicodème, et les fidèles s'inclinent devant la croix déposée[49].

En Orient : les Myrophores et le tropaire

L'Orient honore Joseph avec les femmes myrophores, ces porteuses de parfums qui allèrent au tombeau : le deuxième dimanche après Pâques leur est consacré, et Joseph y tient la première place avec Nicodème[50]. Les Églises orthodoxes et plusieurs Églises luthériennes le fêtent aussi le 31 juillet[51]. Le tropaire du Grand et Saint Vendredi, au ton 2, chante son geste en quelques mots que les fidèles reprennent en procession autour de l'épitaphios, l'icône du Christ au tombeau.

« Le noble Joseph, descendant du bois ton corps très pur, l'enveloppa d'un linceul immaculé, le couvrit de parfums, et le déposa dans un tombeau neuf. »

Tropaire du Grand Vendredi, ton 2 (traduit de l'anglais)[52]

Le lieu : le jardin et le Saint-Sépulcre

Jean situe le tombeau dans un jardin, près du lieu du crucifiement[53]. Dès le IVe siècle, la tradition chrétienne de Jérusalem montre aux pèlerins le rocher du Calvaire et le tombeau tout proche : sous Constantin, l'évêque Macaire fait dégager le site, et Eusèbe raconte dans sa Vie de Constantin la construction de la basilique qui deviendra le Saint-Sépulcre[54]. Que l'identification du lieu exact se discute entre spécialistes, le cadre, jardin et carrière aux portes de la ville, correspond à ce que l'archéologie attend d'une sépulture juive aisée du Ier siècle. Le pèlerin qui s'agenouille aujourd'hui sous la rotonde prie à l'endroit où la mémoire de l'Église, depuis dix-sept siècles, place le tombeau de Joseph.

Dans l'art : la Descente de croix

Joseph est partout dans l'iconographie de la Déposition : en haut de l'échelle, soutenant le corps avec Nicodème, offrant le linceul, supervisant la mise au tombeau. Le triptyque de Rubens à Anvers, la Descente de Rogier van der Weyden, les icônes byzantines de la Mise au tombeau le montrent en notable compatissant, souvent en riche manteau, entre la Vierge éplorée et sainte Marie-Madeleine agenouillée[55]. L'art a retenu de lui ce que l'Écriture en dit : ni apôtre ni prophète, mais le juste nécessaire, l'homme du linceul et de la pierre.

Les traditions tardives : ce qu'on peut en garder

Les Actes de Pilate

Dès les premiers siècles, des récits apocryphes développent le rôle de Joseph : les Actes de Pilate, aussi appelés Évangile de Nicodème, racontent son arrestation par les chefs juifs, son emprisonnement et sa libération merveilleuse, puis son témoignage devant le Sanhédrin[56]. Ces textes, dont le noyau remonte aux premiers siècles chrétiens, n'ont aucune autorité canonique et mêlent le souvenir à l'amplification : l'Église ne les reçoit pas comme histoire, mais comme piété ancienne. Ils témoignent au moins d'une chose : la figure de Joseph fascinait déjà les premiers chrétiens, qui ne se contentaient pas du demi-chapitre des Évangiles.

Le Graal et Glastonbury

Au Moyen Âge central, Joseph devient un héros de roman : Robert de Boron, vers 1200, fait de lui le premier gardien du Graal, le vase de la Cène qui aurait recueilli le sang du Crucifié[57]. Les moines de Glastonbury, en Angleterre, affirmèrent à partir du XIIe siècle que Joseph avait apporté le christianisme en Bretagne et que son tombeau se trouvait dans leur abbaye[58]. L'honnêteté commande de le dire nettement : aucune source ancienne ne rattache Joseph à la Bretagne ni à un calice, et l'ancienne Catholic Encyclopedia qualifiait déjà ces récits de fabuleux[59]. Le Graal appartient à la littérature, pas à l'histoire. Mais la légende dit quelque chose de vrai sur la dévotion : les chrétiens ont aimé Joseph au point de lui inventer une seconde vie, parce que sa première, un soir à Jérusalem, leur paraissait trop courte.

Historicité : objections et réponses

Cinq points d'appui du récit

Le dossier Joseph est l'un des plus solides du Nouveau Testament, et même des exégètes critiques le reconnaissent. Cinq faits convergent.

Premièrement, la quadruple attestation indépendante : quatre récits, quatre angles, un même noyau, demande à Pilate, linceul, tombeau neuf, pierre. Les divergences de détail, Matthieu seul sur la richesse, Marc seul sur le centurion, Luc seul sur l'innocence au procès, Jean seul sur Nicodème, excluent la copie servile et attestent des traditions qui se recoupent sans se répéter[60].

Deuxièmement, le témoin le plus improbable : un membre du Sanhédrin qui fait le bien. Le grand exégète Raymond Brown, peu suspect de concordisme, jugeait l'ensevelissement de Jésus par Joseph très probable, précisément parce qu'il est presque inexplicable que des chrétiens hostiles aux autorités juives aient inventé de rien un sanhédriste qui agit bien envers Jésus[61]. On n'invente pas un ami dans le camp des bourreaux.

Troisièmement, les femmes témoins : ce sont elles qui regardent où on dépose le corps, et ce sont elles qui trouveront le tombeau vide. Dans une culture où le témoignage féminin pesait peu en justice, un récit inventé aurait choisi des notables pour découvrir la résurrection. Le choix des femmes sent le souvenir, pas la stratégie[62].

Quatrièmement, le résumé le plus ancien : Paul transmet l'ensevelissement dès les années 50, dans la formule reçue des premiers témoins[63]. L'historien J. A. T. Robinson tenait la mise au tombeau pour l'un des faits les mieux attestés de la Passion[64]. Entre les faits et Paul, il n'y a pas de place pour une légende qui aurait eu le temps de naître.

Cinquièmement, les coutumes vérifiées : sépulture le jour même selon la Loi et la Mishna[65][66], remise du corps sur demande attestée chez Josèphe[67], tombeaux à pierre roulée confirmés par les fouilles[68]. Chaque détail juridique et matériel du récit trouve son point d'appui dans le judaïsme du Ier siècle.

  1. Vers 30
    Le soir du Vendredi saint
    Jérusalem, avant le sabbat

    Joseph demande le corps à Pilate, l'enveloppe dans un linceul et le dépose dans son tombeau neuf, avec Nicodème et ses aromates, sous les yeux des femmes[69].

  2. Vers 50-55
    Le résumé de Paul
    Corinthe et Antioche de Pisidie

    Paul transmet ce qu'il a reçu : le Christ est mort, il a été enseveli, il est ressuscité ; à Antioche, il attribue la sépulture aux chefs de Jérusalem[70][71].

  3. Vers 60-100
    Les quatre récits reçus
    De Rome à Éphèse

    Matthieu, Marc, Luc puis Jean consignent chacun la scène de Joseph selon la tradition de leur Église, sans se copier ni se contredire sur l'essentiel[72][73].

  4. Vers 125
    La diffusion prouvée
    De l'Égypte à Rome

    Papyrus P52 et P75, fragment de Muratori, Irénée : une génération après la rédaction, les Évangiles circulent déjà comme Écriture apostolique[74][75].

  5. IVe siècle
    Le lieu retrouvé
    Jérusalem, sous Constantin

    Dégagement du tombeau près du Calvaire et construction du Saint-Sépulcre, racontés par Eusèbe : la mémoire du lieu rejoint le souvenir du texte[76].

Trois objections, loyalement exposées

Première objection : Jésus aurait fini dans une fosse commune, ou laissé aux bêtes, selon l'usage romain le plus dur pour les crucifiés. C'est la thèse défendue notamment par J. D. Crossan, qui en fait une position minoritaire mais argumentée[77]. Réponse : l'usage romain variait selon les lieux, les gouverneurs et les fêtes, et la Judée vivait sous un régime d'exception religieuse où le préfet composait avec les sensibilités locales ; surtout, cette thèse doit expliquer pourquoi quatre récits, Paul et les femmes témoins disent unanimement le contraire, et pourquoi aucun texte ancien, même hostile, ne parle de fosse commune. Une hypothèse qui contredit toutes les sources sans en produire aucune reste une possibilité logique, pas une preuve historique.

Deuxième objection : Joseph serait une invention apologétique, créée pour fournir un tombeau identifiable et fonder l'annonce du tombeau vide. Réponse : l'invention aurait choisi un témoin favorable, un apôtre ou un proche, pas un membre du tribunal ennemi ; elle aurait gommé la gêne du disciple secret et du Sanhédrin bienfaiteur, pas mis ces détails en évidence ; et elle n'aurait pas laissé Paul attribuer la sépulture aux chefs de Jérusalem. L'hypothèse de la fiction rend le récit plus étrange qu'elle ne l'explique[78].

Troisième objection : les divergences entre récits trahiraient la légende, tombeau à Joseph ou simple sépulcre, aromates de Nicodème ou femmes au matin, pierre roulée par Joseph ou déjà en place. Réponse : les divergences portent sur les circonstances, jamais sur le noyau, demande à Pilate, linceul, tombeau neuf, pierre, femmes témoins. C'est exactement la figure de plusieurs témoignages indépendants d'un même événement vu sous des angles différents, et non celle d'une rédaction concertée[79].

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater les Évangiles plus tard que la tradition, Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80-90, et d'y voir des compositions communautaires plutôt que des souvenirs directs[80]. Présentée ainsi, la thèse reste une hypothèse de travail, et elle doit affronter ses propres fragilités : les datations reposent souvent sur des reconstructions circulaires, on date un texte par une théorie des sources qu'on a construite en datant les textes ; le présupposé anti-miraculeux écarte d'avance toute lecture où la prophétie annoncerait vraiment l'événement ; l'argument du silence transforme l'absence d'un détail chez un évangéliste en preuve d'ignorance ; et la Tradition est traitée comme suspecte par principe, alors qu'elle est elle-même une source historique, la plus proche des faits[81].

Surtout, même les datations les plus basses laissent Paul et sa formule d'ensevelissement intacts, vingt ans après les faits, et même les exégètes critiques admettent généralement la sépulture elle-même : le débat porte sur les détails du récit, pas sur son noyau. Comme le rappelait Benoît XVI, une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes manquerait son objet[82]. Le lecteur comprend ainsi pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable : non par entêtement pieux, mais parce que les sources, les témoins, les coutumes et les lieux convergent vers le même soir, le même jardin, le même tombeau neuf.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Les quatre péricopes : Mt 27, 57-60 ; Mc 15, 42-47 ; Lc 23, 50-56 ; Jn 19, 38-42 (traduction AELF, Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones).

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  2. Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Matthieu publia chez les Hébreux, Marc transmit après le départ de Pierre et Paul, Luc compagnon de Paul consigna l'Évangile prêché, Jean publia le sien à Éphèse. Témoin direct de Polycarpe, lui-même disciple de Jean.

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  3. Papias, rapporté par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 39 : Marc, interprète de Pierre, écrivit exactement sans ordre ce qu'il retenait de la prédication ; Matthieu recueillit les paroles du Seigneur en langue hébraïque.

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  4. Fragment de Muratori, fin du IIe siècle, canon romain : Luc comme troisième Évangile, Jean comme quatrième, composé à la demande de ses condisciples et évêques.

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  5. Clément d'Alexandrie, rapporté par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : Jean, voyant que les faits extérieurs avaient été exposés, composa le dernier un évangile spirituel.

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  6. Papyrus P52, fragment de Jn 18 copié vers 125, conservé à Manchester ; papyrus P75, codex Bodmer du début du IIIe siècle contenant Luc et Jean : la diffusion loin du lieu d'origine suppose l'ancienneté de la rédaction.

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  7. Commission Biblique Pontificale, décret du 29 mai 1907 sur le quatrième évangile : il est historiquement certain que l'apôtre Jean est l'auteur d'un récit historique des faits et des discours réels de la vie du Seigneur.

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  8. Concile de Trente, session IV, 8 avril 1546 : le canon reçoit les livres saints en entier avec toutes leurs parties.

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  9. Concile Vatican II, constitution Dei Verbum, 19, 18 novembre 1965 : l'Église affirme sans hésiter l'historicité des quatre Évangiles, qui transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné.

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  10. Première lettre aux Corinthiens, 15, 3-4 : Paul transmet ce qu'il a reçu, le Christ mort pour nos péchés, enseveli, ressuscité le troisième jour. Formule reçue des premiers témoins, vers le milieu des années 50.

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  11. Livre des Actes des Apôtres, 13, 29, traduction AELF : après l'exécution réclamée à Pilate, ils descendirent Jésus du bois et le mirent au tombeau. Discours de Paul à Antioche de Pisidie.

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  12. Évangile selon saint Matthieu, 27, 57-60, traduction AELF : l'homme riche d'Arimathie, le linceul immaculé, le tombeau neuf dans le roc, la grande pierre.

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  13. Eusèbe de Césarée, Onomasticon, 225, 12 : Armatham Seipha, ville d'Elcana et de Samuel, près de Diospolis, dans le district de Thamna. Identification reprise par saint Jérôme dans sa version latine, Livre des lieux.

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  14. Premier livre de Samuel, 1, 1 et 1, 19 : Ramathaïm-Tsophim, dans la montagne d'Éphraïm, patrie d'Elcana et de Samuel.

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  15. Évangile selon saint Luc, 23, 50-56, traduction AELF : l'homme bon et juste sans part à la décision, Arimathie ville de Judée, le tombeau où personne n'avait été déposé, les lumières du sabbat, les femmes et les aromates.

    18 21 31 37 41 44
  16. Évangile selon saint Marc, 15, 42-47, traduction AELF : l'homme influent membre du Conseil, l'audace chez Pilate, l'étonnement de Pilate, le rapport du centurion, le linceul acheté, le tombeau dans le roc, Marie Madeleine témoin.

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  17. Évangile selon saint Jean, 19, 38-42, traduction AELF : le disciple en secret par crainte, la permission de Pilate, Nicodème et les cent livres de myrrhe et d'aloès, les linges selon la coutume juive, le jardin et le tombeau neuf tout proche.

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  18. Saint Jean Chrysostome, Homélie 88 sur saint Matthieu, sur Mt 27 (traduit de l'anglais, texte consulté sur newadvent.org) : Joseph, qui cachait son attachement, devenu très hardi après la mort, exposé à l'inimitié de tous, obtenant le corps et le déposant dans son tombeau neuf par amour et courage.

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  19. Flavius Josèphe, Vie, 75 : près de Tekoa, Josèphe reconnaît trois de ses connaissances parmi les crucifiés et obtient de Titus qu'on les détache ; l'un survit. La remise d'un crucifié sur demande est attestée sous l'autorité romaine.

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  20. Saint Augustin, Tractates sur l'Évangile de Jean, traité 120, sur Jn 19 (traduit de l'anglais, texte consulté sur newadvent.org) : l'évangéliste, en précisant que l'ensevelissement suivit la coutume juive, avertit que les coutumes de chaque peuple doivent être respectées dans les devoirs rendus aux morts.

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  21. Mc 15, 47 ; Lc 23, 55 ; Jn 19, 25 : Marie Madeleine et les femmes observent la mise au tombeau ; elles seront les premiers témoins du matin de Pâques.

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  22. Chambres funéraires juives du Second Temple taillées dans le roc et fermées par une pierre roulée, de type golel, attestées par les fouilles en Judée : le récit évangélique décrit un aménagement ordinaire pour une sépulture aisée.

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  23. Livre du Deutéronome, 21, 22-23 : le cadavre d'un supplicié ne passera pas la nuit sur le bois, on l'ensevelira le jour même.

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  24. Mishna, Sanhédrin 6, 5-6 : les condamnés à mort sont enterrés le jour même, non dans les tombeaux de leurs pères mais dans des sépulcres préparés par le tribunal.

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  25. Livre d'Isaïe, 53, 9, traduction AELF : la tombe placée avec les méchants, le tombeau avec les riches, pour le Serviteur sans violence ni tromperie.

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  26. Saint Jean Chrysostome, Homélie 88 sur saint Matthieu (traduit de l'anglais) : le dépôt dans le tombeau propre et neuf de Joseph montre son amour et son courage, et cette disposition écarte tout soupçon qu'un autre serait ressuscité à la place du Christ.

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  27. Ancien calendrier romain au 17 mars ; Martyrologe romain en vigueur : Joseph d'Arimathie et Nicodème inscrits ensemble au 31 août, hors du Carême.

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  28. Le Vendredi saint, la liturgie latine proclame la Passion selon saint Jean, chapitres 18 et 19, avec le geste de Joseph aux versets 38 à 42.

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  29. En Orient, le deuxième dimanche après Pâques, dit dimanche des Myrophores, honore les femmes porteuses de parfums avec Joseph d'Arimathie et Nicodème.

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  30. Les Églises orthodoxes et plusieurs Églises luthériennes fêtent Joseph d'Arimathie le 31 juillet.

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  31. Tropaire du Grand et Saint Vendredi, ton 2 (traduit de l'anglais) : le noble Joseph, descendant du bois le corps très pur, l'enveloppant de lin, l'oignant de parfums, le déposant dans un tombeau neuf. Chanté en procession autour de l'épitaphios.

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  32. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, livre III : sous l'empereur Constantin, l'évêque Macaire fait dégager le site du Calvaire et du tombeau tout proche, et la basilique du Saint-Sépulcre est élevée.

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  33. Déposition de Pierre-Paul Rubens, triptyque, 1611-1614, cathédrale Notre-Dame d'Anvers : Joseph en haut de l'échelle avec Nicodème ; Descente de croix de Rogier van der Weyden, vers 1435, musée du Prado : Joseph en riche manteau soutenant le corps.

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  34. Actes de Pilate, dits Évangile de Nicodème, dont le noyau remonte aux premiers siècles : arrestation, emprisonnement et témoignage de Joseph devant les chefs. Texte apocryphe, sans autorité canonique.

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  35. Robert de Boron, Joseph d'Arimathie en vers, vers 1200 : le vase de la Cène, qui aurait recueilli le sang du Crucifié, confié à Joseph, origine romanesque du Graal.

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  36. Les moines de l'abbaye de Glastonbury, en Angleterre, affirmèrent à partir du XIIe siècle que Joseph avait évangélisé la Bretagne : tradition tardive, sans aucun appui dans les sources anciennes.

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  37. Catholic Encyclopedia, 1913, article Joseph of Arimathea : fête au 17 mars en Occident et au 31 juillet chez les Grecs, détails des Actes de Pilate indignes de créance, légende de Gaule fabuleuse.

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  38. Mt seul sur la richesse et la pierre roulée par Joseph, Mc seul sur le centurion, Lc seul sur l'innocence au procès, Jn seul sur Nicodème et le jardin : divergences de circonstances, accord sur le noyau.

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  39. Raymond E. Brown, The Death of the Messiah, Doubleday, 1994, t. 2 : l'ensevelissement de Jésus par Joseph est jugé très probable, car il est presque inexplicable que les chrétiens aient inventé de rien un sanhédriste qui agit bien envers Jésus, vu l'hostilité des premiers écrits chrétiens envers les autorités responsables de sa mort (conclusion rapportée notamment dans la transcription du débat Craig-Ehrman sur la résurrection).

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  40. J. A. T. Robinson, exégète de Cambridge : la mise au tombeau de Jésus compte parmi les faits les mieux attestés de la Passion.

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  41. J. D. Crossan, The Historical Jesus, HarperSanFrancisco, 1991 : thèse minoritaire d'une sépulture anonyme, voire d'un corps abandonné selon l'usage romain le plus dur, contre le témoignage unanime des sources anciennes.

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  42. Une partie de l'exégèse contemporaine propose Marc vers 70, Matthieu et Luc vers 80-90, par des communautés plutôt que des témoins directs : hypothèse de travail, non verdict établi.

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  43. Fragilités récurrentes : reconstructions hypothétiques, datations circulaires, présupposé qui écarte d'avance le miracle et la prophétie précise, argument du silence, extrapolation à partir d'indices incomplets, Tradition traitée comme suspecte par principe.

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  44. Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes.

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