Barnabé (Chypre - Salamine, Ier siècle)

Barnabé, le lévite de Chypre surnommé fils d'exhortation, répondant de Paul, apôtre des nations au premier voyage missionnaire et martyr de Salamine : les Actes, les témoins anciens, la liturgie du 11 juin et le débat historico-critique.

Ignispedia

Barnabé est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le lévite de Chypre que les apôtres surnommèrent fils d'exhortation, qui vendit son champ pour les pauvres de Jérusalem, se porta garant du persécuteur converti Saul, conduisit avec lui l'Église d'Antioche, partagea le premier voyage missionnaire vers les nations, défendit les païens convertis au concile de Jérusalem, puis repartit pour Chypre avec Marc et y mourut martyr à Salamine, selon la tradition, vers l'an 61. Son nom propre est Joseph, et Barnabé est le surnom que lui donnèrent les apôtres eux-mêmes. L'Église le nomme apôtre, comme l'Écriture elle-même le fait, et le fête le 11 juin[1][2].

Ses sources sont d'abord les Actes des Apôtres, qui le suivent du chapitre 4 au chapitre 15, puis les épîtres de saint Paul, qui le nomme dans l'épître aux Galates, la première aux Corinthiens et celle aux Colossiens. Les témoins anciens sont nombreux : Clément d'Alexandrie et Eusèbe de Césarée le comptent parmi les Soixante-dix disciples, Tertullien lui attribue l'épître aux Hébreux, saint Jérôme lui consacre une notice, et le Codex Sinaiticus du IVe siècle conserve à la fin du Nouveau Testament une Épître dite de Barnabé que l'Église n'a pas retenue dans le canon[3][4][5][6].

L'article présente d'abord Barnabé tel que l'Église le reçoit : sa place dans le canon, l'auteur et la datation traditionnels des Actes, son histoire selon l'Écriture, les témoins anciens, le dossier de l'Épître dite de Barnabé, sa théologie de l'exhortation, son accomplissement dans le dessein de Dieu sur les nations, sa présence dans la liturgie et les arts, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne. La vie de son compagnon se lit dans l'article dédié à saint Paul apôtre, celle du premier martyr dans l'article sur Étienne, et le rôle de Pierre dans l'article sur saint Pierre apôtre.

Barnabé dans le canon des Écritures

Un apôtre au sens plein

L'Écriture ne fait pas de Barnabé un simple auxiliaire de Paul : à Lystre, en Lycaonie, Luc écrit « les apôtres Barnabé et Paul », nommant Barnabé le premier[7]. L'Église a reçu ce titre à la lettre : le Martyrologe romain le nomme apôtre, la liturgie du 11 juin le célèbre comme tel, et la tradition le range avec les Douze sans l'y confondre, comme Paul lui-même, qui n'était pas des Douze et que nul ne songe à diminuer pour autant[8].

« Les apôtres Barnabé et Paul, l'ayant appris, déchirèrent leurs vêtements et se précipitèrent vers la foule en criant. » (Luc, Actes 14, 14)[9]

Les Actes, livre source

Le récit de Barnabé tient presque entier dans les Actes des Apôtres, second tome de l'œuvre de Luc, qui le fait entrer en scène au chapitre 4, avec la vente du champ, et le suit jusqu'au chapitre 15, avec la séparation d'avec Paul et le départ pour Chypre. Onze chapitres sur vingt-huit le mettent en scène ou le supposent : la garantie donnée à Saul, l'enquête d'Antioche, la collecte pour Jérusalem, le premier voyage, le concile. Aucun autre compagnon de Paul ne reçoit un tel traitement continu, pas même Silas ni Luc lui-même[10].

Les épîtres de Paul qui le nomment

Paul nomme Barnabé trois fois, et chaque fois comme un égal. Dans l'épître aux Galates, il rappelle qu'il monta à Jérusalem « avec Barnabé » et qu'ils reçurent ensemble la main d'association des colonnes de l'Église[11]. Dans la première aux Corinthiens, il écrit : « Barnabé et moi, sommes-nous les seuls à n'avoir pas le droit de ne pas travailler ? », preuve que Barnabé, comme lui, gagnait son pain de ses mains plutôt que de vivre de l'Évangile[12]. Dans l'épître aux Colossiens, il recommande Marc, « le cousin de Barnabé », signe que les liens n'étaient pas rompus après la séparation[13].

Le dossier scripturaire en un tableau

RéférenceÉpisodeRôle de Barnabé
Ac 4, 36-37Vente du champ à JérusalemLibéralité fondatrice, surnom donné par les apôtres
Ac 9, 27Garant de Saul à JérusalemRépondant du converti devant les apôtres
Ac 11, 22-26Envoyé à AntiochePremier nommé, un an d'enseignement, naissance du nom de chrétiens
Ac 11, 27-30 ; 12, 25Collecte pour la JudéePorteur de l'aumône avec Saul, retour avec Jean-Marc
Ac 13, 1-3Mis à part par l'EspritPremier des prophètes et docteurs d'Antioche
Ac 13, 4-12Chypre : Salamine et PaphosChef de la mission, le proconsul Sergius Paulus croit
Ac 13, 13 - 14, 28Asie Mineure et retour« Les apôtres Barnabé et Paul », persécutions, affermissement des Églises
Ac 15, 1-35Concile de JérusalemTémoin des signes de Dieu chez les païens, porteur de la lettre
Ac 15, 36-41SéparationReprend Marc et repart pour Chypre
Ga 2, 1-14Récit paulinienMain d'association, puis incident d'Antioche
1 Co 9, 6Droit de l'apôtreTravail manuel partagé avec Paul
Col 4, 10Salutations de RomeMarc recommandé comme cousin de Barnabé

L'auteur et la datation reçus par l'Église

Luc, le médecin bien-aimé

L'Église reçoit les Actes comme l'œuvre de Luc, le médecin bien-aimé nommé par Paul dans l'épître aux Colossiens, présent aux côtés de l'apôtre à Rome et fidèle jusqu'à la seconde captivité[14][15]. Le prologue s'adresse à Théophile, comme celui de l'évangile, et revendique une enquête exacte « depuis l'origine » auprès de témoins oculaires[16]. Les témoins anciens sont unanimes : saint Irénée de Lyon, disciple de Polycarpe, attribue à Luc les deux tomes ; le fragment de Muratori, vers la fin du IIe siècle, reçoit les Actes et note que Luc les composa d'après ce qu'il avait vu lui-même ; Tertullien, Clément d'Alexandrie et Eusèbe confirment la réception sans rupture[17][18][19].

« Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la parole, j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis l'origine, de t'en écrire l'exposé suivi. » (Luc, Évangile 1, 1-3)[20]

Une datation haute : vers 62 ou 63 à Rome

La tradition place la composition des Actes à la fin de la première captivité romaine de Paul, vers 62 ou 63. L'argument est interne et simple : le récit s'achève sur Paul assigné à résidence à Rome, prêchant « en toute assurance et sans empêchement », sans un mot de sa mort, vers 64 ou 67, ni de la chute de Jérusalem en 70, ni de la persécution de Néron[21]. Un auteur écrivant après ces drames, et racontant l'expansion de l'Église depuis Jérusalem, ne les passerait pas sous silence : leur absence date le point final. Les passages en « nous », à partir de Troas, trahissent en outre un compagnon de route, témoin oculaire des voyages, ce que la tradition identifie à Luc lui-même[22].

Les détails chypriotes, marque d'un témoin

Le récit du voyage à Chypre fourmille de détails exacts : l'embarquement à Séleucie, le port d'Antioche de Syrie ; l'annonce à Salamine, grande ville de la côte orientale ; la traversée jusqu'à Paphos, résidence du proconsul ; le nom du proconsul Sergius Paulus, qualifié d'homme intelligent, et le titre exact de sa charge, que confirment les inscriptions romaines de l'île[23][24]. Chypre, province sénatoriale depuis 22 avant Jésus-Christ, était bien gouvernée par un proconsul, et Luc emploie le titre propre, là où un faussaire tardif se serait trompé. La couleur locale, jusque dans les ports et les titres administratifs, est celle d'un homme qui a fait la traversée[25].

La réception canonique sans rupture

Les Actes figurent dans toutes les listes anciennes : Irénée les cite comme Écriture, le fragment de Muratori les reçoit, Tertullien s'en sert contre Marcion, qui précisément les rejetait avec l'Ancien Testament, et Eusèbe les range parmi les écrits reconnus de tous[26]. Les conciles d'Hippone en 393 et de Carthage en 397 inscrivent les Actes au canon, le décret de Florence pour les Jacobites en 1442 confirme la liste, et Trente, le 8 avril 1546, reçoit le livre en entier avec toutes ses parties[27]. Barnabé entre donc dans la mémoire de l'Église par un livre dont l'autorité n'a jamais été contestée dans l'Église catholique.

Joseph le lévite devenu Barnabé

En quelques dates

  1. Vers 30
    Conversion à Jérusalem
    peu après la Pentecôte

    Joseph, Juif de Chypre de la tribu de Lévi, rejoint l'Église de Jérusalem et vend son champ.

  2. Vers 35 à 38
    Garant de Saul
    Jérusalem

    Il présente le persécuteur converti aux apôtres et le fait recevoir.

  3. Vers 42 à 44
    Mission d'Antioche
    un an avec Paul

    Envoyé par Jérusalem, il va chercher Saul à Tarse ; les disciples y reçoivent le nom de chrétiens.

  4. Vers 45 à 48
    Premier voyage missionnaire
    Chypre puis Asie Mineure

    Mis à part avec Paul par l'Esprit, il évangélise Salamine, Paphos, la Pisidie et la Lycaonie.

  5. Vers 49 ou 50
    Concile de Jérusalem
    avec Paul

    Témoin des merveilles de Dieu chez les païens, il porte la lettre aux Églises.

  6. Après 50
    Retour à Chypre avec Marc
    après la séparation

    Le récit des Actes le quitte au moment où il reprend Jean-Marc pour son île natale.

  7. Vers 61
    Martyre à Salamine
    selon la tradition

    Lapidé par les Juifs de Salamine ; son tombeau est retrouvé en 478.

Chypre, la diaspora et la tribu de Lévi

Joseph est Juif, de la diaspora, originaire de Chypre, et de la tribu de Lévi[28]. Chypre comptait une forte communauté juive, attestée par les sources anciennes et les inscriptions, et les lévites de la diaspora y menaient une vie mêlée aux affaires du monde, loin du service du Temple. Qu'un lévite possède un champ près de Jérusalem n'a rien d'invraisemblable : les lévites de la diaspora pouvaient acquérir des terres, et Joseph semble installé à Jérusalem, où vivait aussi la famille de Marc, son cousin[29][30]. Clément d'Alexandrie et Eusèbe ajoutent qu'il aurait compté parmi les Soixante-dix disciples envoyés par le Seigneur, tradition tardive mais constante, qui ferait de lui un témoin de la vie publique du Christ avant même la Pentecôte[31][32].

Fils d'exhortation

Les apôtres le surnommèrent Barnabé, que Luc traduit par « fils d'exhortation », au sens de la paraklêsis : l'exhortation qui console, encourage et relève[33]. Le nom dit le charisme de l'homme : là où d'autres voient un persécuteur à craindre, un païen à tenir à distance ou un jeune déserteur à écarter, Barnabé voit un frère à introduire, une Église naissante à affermir, un cousin à reprendre. Quand Luc dresse la liste des prophètes et docteurs d'Antioche, il le nomme le premier, avant Paul lui-même, signe du rang qu'il tenait dans l'Église de ces années-là[34].

« Joseph, surnommé par les apôtres Barnabé, ce qui se traduit fils d'exhortation, lévite, originaire de Chypre, possédait un champ ; il le vendit, en apporta l'argent et le déposa aux pieds des apôtres. » (Luc, Actes 4, 36-37)[35]

Le geste suit immédiatement le sommaire de la communauté de Jérusalem, où nul ne disait sien ce qu'il possédait, et précède le contre-exemple d'Ananie et Saphira, qui mentirent sur le prix de leur champ[36][37]. Le contraste est voulu : la libéralité sincère de Barnabé ouvre le diptyque, la fraude du couple le referme, et le lecteur comprend ce que vaut un don sans réserve.

Le répondant de Paul et le réveil d'Antioche

Garant du persécuteur converti

Quand Saul, après sa conversion sur le chemin de Damas, tente de se joindre aux disciples de Jérusalem, tous le craignent, ne croyant pas qu'il fût disciple. Barnabé alors le prend avec lui, le conduit aux apôtres et raconte comment Saul a vu le Seigneur, et avec quelle assurance il a prêché à Damas[38]. Paul lui-même, dans l'épître aux Galates, précise qu'il ne vit alors que Pierre et Jacques, le frère du Seigneur : loin de contredire Luc, la précision éclaire le récit, car « les apôtres » désignent ici leurs représentants, Pierre et Jacques, colonnes de l'Église de Jérusalem[39]. Sans ce répondant, le persécuteur restait à la porte ; avec lui, l'Apôtre des nations entre dans l'Église. L'exhortation porte ici son fruit le plus décisif[40].

Antioche : l'homme qui vit la grâce et s'en réjouit

Prévenue que des païens se convertissent en nombre à Antioche de Syrie, l'Église de Jérusalem y délègue Barnabé. Arrivé, il vit la grâce de Dieu et s'en réjouit, et les exhorta tous à rester d'un cœur ferme attachés au Seigneur[41]. Luc ajoute le portrait : « c'était un homme de bien, plein d'Esprit Saint et de foi », et une foule considérable s'adjoignit au Seigneur. Puis Barnabé part à Tarse chercher Saul, et tous deux passent une année entière à instruire l'Église d'Antioche : c'est là, dit Luc, que les disciples reçurent pour la première fois le nom de chrétiens[42].

« Arrivé, et ayant vu la grâce de Dieu, il s'en réjouit, et il les exhorta tous à rester d'un cœur ferme attachés au Seigneur. Car c'était un homme de bien, plein d'Esprit Saint et de foi. Et une foule considérable s'adjoignit au Seigneur. » (Luc, Actes 11, 23-24)[43]

On mesure le discernement : envoyé contrôler une nouveauté suspecte, des païens accueillis sans circoncision, Barnabé ne freine pas, il se réjouit. L'homme de la consolation reconnaît l'œuvre de Dieu là où un esprit étroit n'aurait vu qu'une irrégularité. Puis, au lieu de garder pour lui seul une mission qui réussit, il va chercher Saul, effacé depuis des années à Tarse, et lui offre la chaire d'Antioche : l'exhortateur fait de la place aux autres, même quand l'autre le dépassera[44].

La collecte pour la Judée

Quand des prophètes descendus de Jérusalem annoncent une grande famine, les disciples d'Antioche décident d'envoyer un secours aux frères de Judée, et confient l'aumône à Barnabé et Saul[45]. La mission accomplie, les deux hommes reviennent de Jérusalem en prenant avec eux Jean, surnommé Marc, le cousin de Barnabé[46][47]. Le détail compte : Marc, fils de Marie de Jérusalem, chez qui l'Église se réunissait, appartient au premier cercle, et Barnabé l'attache à l'équipe apostolique. La désertion future de Perge n'effacera pas ce premier geste de confiance[48].

Le premier voyage missionnaire

Mis à part par l'Esprit

Un jour que l'Église d'Antioche servait le Seigneur dans le jeûne, l'Esprit Saint dit : « Mettez-moi à part Barnabé et Saul pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés. » Après le jeûne et la prière, on leur imposa les mains et on les laissa partir[49]. Barnabé est nommé le premier, comme en Ac 13, 1, et le restera jusqu'à Paphos : c'est lui, l'aîné dans la foi et le chef reconnu, qui conduit la première expédition missionnaire de l'histoire vers les nations. Jean-Marc les accompagne comme auxiliaire[50].

« Pendant qu'ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit : Mettez-moi à part Barnabé et Saul pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés. » (Luc, Actes 13, 2)[51]

Salamine, Paphos et le proconsul

Débarqués à Séleucie, les missionnaires gagnent Chypre, l'île natale de Barnabé : ils annoncent la parole dans les synagogues de Salamine, traversent l'île jusqu'à Paphos, et y rencontrent le proconsul Sergius Paulus, homme intelligent, qui les fait appeler pour entendre la parole de Dieu[52]. Le magicien Élymas s'oppose à eux, Paul le frappe de cécité temporaire, et le proconsul croit, frappé de la doctrine du Seigneur. Premier magistrat romain gagné au Christ par cette mission, et sur la terre même de Barnabé : l'île qui l'avait vu naître juif le revoit apôtre des nations[53].

De Perge à Lystre : les apôtres Barnabé et Paul

À Perge de Pamphylie, Jean-Marc les quitte et retourne à Jérusalem, défection que Paul ne pardonnera pas de sitôt[54]. Les deux apôtres gagnent Antioche de Pisidie, où Paul prêche à la synagogue le grand discours qui relit toute l'histoire d'Israël jusqu'au Christ, puis Iconium, Lystre et Derbe. À Lystre, après la guérison d'un infirme de naissance, la foule veut les honorer comme des dieux, Zeus et Hermès, et amène des taureaux pour un sacrifice : les deux apôtres déchirent leurs vêtements et protestent qu'ils sont des hommes comme les autres[55]. Des Juifs d'Antioche et d'Iconium surviennent, soulèvent la foule, et Paul est lapidé, traîné hors de la ville pour mort. Il se relève, rentre dans la ville, et repart dès le lendemain avec Barnabé pour Derbe. Le récit ne dramatise pas : il montre deux hommes qui affermissent les Églises, « car c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de Dieu », puis regagnent Antioche de Syrie, où ils racontent « tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi »[56].

« Ils affermissaient le cœur des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi, car c'est par beaucoup de tribulations qu'il nous faut entrer dans le royaume de Dieu. » (Luc, Actes 14, 22)[57]

Le concile de Jérusalem et l'incident d'Antioche

Jérusalem, vers 49 ou 50 : la porte ouverte aux païens

Des judéisants descendus de Judée exigent la circoncision des païens convertis : « Si vous ne vous faites pas circoncire selon le rite de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » L'Église d'Antioche délègue Paul et Barnabé à Jérusalem, avec quelques autres, pour trancher[58]. Devant les apôtres et les anciens, Barnabé et Paul racontent « tous les signes et prodiges que Dieu avait faits par eux chez les païens », Pierre rappelle que Dieu a purifié par la foi le cœur des païens sans mettre de différence, et Jacques conclut : on n'imposera aux païens que les abstinences nécessaires[59]. La lettre portée à Antioche par Paul, Barnabé, Jude et Silas comble l'Église de joie. Barnabé est ici au sommet de son rôle historique : témoin oculaire des merveilles de Dieu chez les nations, garant de leur authenticité devant Jérusalem[60].

L'incident d'Antioche : Paul résiste à Pierre en face

Paul raconte dans l'épître aux Galates qu'à Antioche, Pierre, qui mangeait d'abord avec les païens, se déroba et se tint à l'écart par crainte des circoncis, et que Barnabé lui-même fut entraîné par leur dissimulation : « je lui résistai en face, parce qu'il était répréhensible »[61]. L'Église n'a jamais lu ce passage comme une condamnation de Pierre dans la foi : Pierre reste le roc, et sa faute fut de prudence pastorale, une dissimulation de conduite sous la pression, non un enseignement erroné. Saint Augustin, contre saint Jérôme qui y voyait un différend arrangé, défendit la sincérité du débat : des saints peuvent se disputer franchement sans cesser d'être saints, et Paul, en relevant l'écart, servit l'unité au lieu de la rompre[62]. Quant à Barnabé, entraîné un moment, il ne s'obstina pas : l'incident ne l'éloigna ni de Paul ni de Pierre, et les Actes le montrent aussitôt après repartant en mission avec la confiance de l'Église.

« Mais quand je vis qu'ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l'Évangile, je dis à Céphas devant tous : si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la manière des Juifs, pourquoi forces-tu les païens à judaïser ? » (Saint Paul, Galates 2, 14)[63]

La séparation et les dernières traces canoniques

Le différend au sujet de Marc

Après le concile, Paul propose de revisiter les Églises fondées. Barnabé veut emmener Jean, surnommé Marc, Paul s'y oppose, jugeant indigne de confiance celui qui les avait abandonnés en Pamphylie. Luc emploie le mot fort de paroxysme, vive irritation, et les deux apôtres se séparent : Barnabé prend Marc et s'embarque pour Chypre, Paul choisit Silas et part, recommandé par les frères à la grâce du Seigneur[64]. L'Église n'a jamais dramatisé cette rupture : les deux équipes partent également recommandées à Dieu, et la Providence y gagne une seconde mission. Chypre reçoit Barnabé et Marc, la Syrie et la Cilicie reçoivent Paul et Silas : au lieu d'une équipe, il y en a deux[65].

Marc relevé : la revanche de la douceur

L'histoire donna raison à Barnabé. Paul lui-même, écrivant aux Colossiens depuis Rome, recommande Marc, le cousin de Barnabé, et demande qu'on l'accueille[66]. À la fin de sa vie, il écrira à Timothée : « Prends Marc et amène-le avec toi, car il m'est utile pour le ministère »[67]. Celui que Paul avait écarté comme déserteur devient son auxiliaire précieux, et la tradition le montre ensuite aux côtés de Pierre à Rome, rédacteur du second évangile. Entre les deux, il y a le pari de Barnabé : reprendre un jeune homme marqué par un échec plutôt que l'enterrer.

« Prends Marc et amène-le avec toi, car il m'est utile pour le ministère. » (Saint Paul, 2 Timothée 4, 11)[68]

Travailler de ses mains

La première aux Corinthiens révèle un autre trait : Barnabé, comme Paul, travaillait de ses mains et renonçait au droit de vivre de l'Évangile[69]. L'apôtre qui avait vendu son champ ne s'était pas contenté d'un geste inaugural : devenu missionnaire, il gagnait son pain pour ne charger personne. Libéralité du début, désintéressement de la fin : la même liberté à l'égard de l'argent traverse toute sa vie.

Le silence des Actes après le chapitre 15

Après le départ pour Chypre, Luc ne parle plus de Barnabé : son sujet est désormais Paul jusqu'à Rome. Ce silence n'est pas un effacement : que Marc soit à Rome auprès de Paul dans les années 60 suppose que la mission chypriote a porté ses fruits et formé des ouvriers. La tradition prend ici le relais du canon, et elle est constante : Barnabé évangélisa son île jusqu'au martyre[70].

Les témoins anciens de Barnabé

Clément, Eusèbe et les Soixante-dix

Clément d'Alexandrie, vers la fin du IIe siècle, compte Barnabé parmi les Soixante-dix disciples envoyés par le Seigneur, et Eusèbe de Césarée reprend ce témoignage dans son Histoire ecclésiastique[71][72]. La tradition vaut ce qu'elle vaut : ni Luc ni Paul ne le disent, et l'on peut la tenir pour une pieuse déduction plutôt qu'un fait établi. Elle dit au moins l'ancienneté de la vénération : dès le IIe siècle, on cherchait à rattacher Barnabé au cercle le plus proche du Christ.

Tertullien et l'épître aux Hébreux

Tertullien, vers 220, attribue à Barnabé l'épître aux Hébreux : il cite « le titre de Barnabé aux Hébreux » à l'appui de sa discipline pénitentielle[73]. L'attribution ne s'est pas imposée : l'Orient y vit Paul, l'Occident hésita longtemps avant de recevoir l'épître comme paulinienne. Mais le seul fait qu'un auteur du poids de Tertullien ait pu proposer Barnabé montre le crédit dont jouissait son nom : on lui prêtait naturellement une grande épître doctrinale.

Jérôme, Eusèbe et le canon

Saint Jérôme consacre à Barnabé une notice de son Des hommes illustres : Chypriote, apôtre avec Paul, auteur supposé d'une épître qui se lisait parmi les apocryphes[74]. Eusèbe, lui, range les Actes parmi les écrits reconnus de tous, et l'Épître dite de Barnabé parmi les écrits contestés, non reçus : distinction nette entre l'apôtre, dont l'histoire canonique est assurée, et l'écrit pseudépigraphe, dont l'Église ne veut pas au canon[75].

Le tombeau retrouvé en 478

La tradition la plus féconde est celle du martyre : Barnabé aurait été lapidé à Salamine par les Juifs, vers 61, et enterré hors de la ville. En 478, l'archevêque Anthémios de Constance découvre son tombeau, le corps portant sur la poitrine un exemplaire de l'évangile selon Matthieu, dit-on copié de la main de l'apôtre. Fort de cette découverte, il obtient de l'empereur Zénon l'autocéphalie de l'Église de Chypre, avec les privilèges du manteau de pourpre, du sceptre et de l'encre rouge. Le récit vient d'Alexandre de Chypre, moine du VIe siècle, dans son Éloge de Barnabé : tardif, mais enraciné dans la mémoire insulaire, et corroboré par l'autocéphalie elle-même, fait institutionnel incontesté[76]. Le monastère Saint-Barnabé se dresse encore près de Salamine, gardien de cette mémoire.

Les témoins en un tableau

TémoinŒuvre et date approx.Ce qu'il apporte sur Barnabé
Clément d'AlexandrieStromates, vers 200Le compte parmi les Soixante-dix disciples
TertullienDe la pudeur 20, vers 220Lui attribue l'épître aux Hébreux
Eusèbe de CésaréeHistoire ecclésiastique, vers 325Reprend Clément ; classe les Actes parmi les écrits reconnus
Codex SinaiticusIVe siècleConserve l'Épître dite de Barnabé après le Nouveau Testament
Saint JérômeDes hommes illustres 6, 392Notice : Chypriote, apôtre, épître apocryphe
Version latine ancienneFin du IVe siècleTraduction des 17 premiers chapitres de l'Épître dite de Barnabé
Alexandre de ChypreÉloge de Barnabé, VIe siècleMartyre à Salamine, tombeau retrouvé en 478
MilanTradition ambrosienneLe revendique comme premier évêque

La question de l'Épître de Barnabé

Une œuvre du début du IIe siècle

Il existe une Épître de Barnabé, vingt et un brefs chapitres en grec, qui n'est ni de l'apôtre ni reçue au canon. L'œuvre veut donner aux lecteurs la connaissance parfaite de l'économie du salut : première partie exhortative, fuir le mal car les jours sont mauvais ; seconde partie allégorique, où les prescriptions de la Loi se lisent comme figures du Christ, de sa Passion et de son Église ; finale sur les deux voies, celle de la lumière et celle des ténèbres[77]. Le texte ne nomme ni son auteur ni ses destinataires. Le milieu le plus probable est Alexandrie, au début du IIe siècle, dans un christianisme d'origine païenne qui règle ses comptes avec la synagogue sur un ton parfois très dur[78].

Tenue pour Écriture par certains

L'épître jouit d'abord d'un grand crédit : Clément d'Alexandrie et Origène la citent comme Écriture, l'ancienne version latine la traduit, et le Codex Sinaiticus, au IVe siècle, la copie à la fin du Nouveau Testament, avec le Pasteur d'Hermas, sans marque de rang inférieur[79]. Une partie de l'Église la lut donc comme un écrit vénérable, utile à l'édification, et quelques-uns voulurent y voir l'œuvre de l'apôtre. Le concile de Nicée ne tranche pas la question des livres contestés un par un ; c'est la réception progressive, Athanase et sa Lettre festale 39 de 367, puis Hippone et Carthage, qui fixent la liste sans elle[80].

Pourquoi l'Église ne l'a pas reçue

Le motif est constant : l'origine apostolique n'est pas établie. Eusèbe la range parmi les écrits contestés, Jérôme parmi les apocryphes, et les canons africains puis Trente ne la retiennent pas[81]. Le contenu explique aussi la prudence : l'allégorisme y tourne parfois à la fantaisie, et la polémique contre le judaïsme y dépasse ce que l'Église, qui confesse que les dons de Dieu à Israël sont sans repentance, pouvait assumer comme parole inspirée. L'Église honore l'épître comme un témoin ancien de la lecture chrétienne de l'Ancien Testament, non comme la voix de l'apôtre[82].

Ni les Actes de Barnabé ni l'Évangile de Barnabé

Deux autres écrits portent son nom et demandent la même netteté. Les Actes de Barnabé, du Ve siècle, attribués à Jean-Marc, racontent le martyre de Salamine : pieuse amplification, utile à l'histoire de la dévotion, sans valeur de source pour le Ier siècle[83]. L'Évangile de Barnabé, lui, est une œuvre médiévale, qui fait de Jésus l'annonciateur de Mahomet et contredit tout le Nouveau Testament : elle n'a rien de l'apôtre que le nom, et l'Église comme la critique sérieuse s'accordent à l'écarter du dossier[84]. Nommer ces faux n'est pas soupçonner l'apôtre : c'est protéger sa mémoire.

La théologie de Barnabé : l'homme qui relève

L'exhortation comme charisme

La paraklêsis n'est pas la consolation molle : c'est la parole qui remet debout. Barnabé l'exerce sous toutes ses formes : présenter un suspect aux apôtres, affermir une Église naissante, ranimer un jeune défaillant, défendre des païens devant Jérusalem. Chaque fois, le même mouvement : voir ce que Dieu fait dans un homme avant de voir ce que les hommes reprochent à cet homme. Le surnom donné par les apôtres n'est pas un compliment de circonstance, c'est la définition d'un ministère[85].

La libéralité sans retour

Vendre un champ et en déposer le prix aux pieds des apôtres, puis gagner son pain de ses mains pour ne charger aucune Église : les deux gestes se répondent. Barnabé ne donne pas pour se faire un nom, car son nom même s'efface : dès le second voyage, Paul occupe le premier plan, et Barnabé retourne à son île sans un mot de plainte dans l'Écriture. L'exhortateur ne cherche pas la première place, il la cède : à Saul à Antioche, à Paul en mission, à Marc pour l'avenir[86].

L'ouverture aux nations avant l'heure

Avant Paul, c'est Barnabé que Jérusalem envoie à Antioche, et c'est lui qui se réjouit des païens convertis. Avant le concile, c'est lui qui, avec Paul, raconte les signes de Dieu chez les nations. L'Apôtre des nations a eu un précurseur, et ce précurseur s'appelle Barnabé : celui qui alla chercher Saul à Tarse savait déjà que l'Évangile débordait Israël, et il mit son autorité au service de ce débordement[87].

La douceur qui répare

Le différend au sujet de Marc est le testament spirituel de Barnabé. Paul jugeait sur le passé, une désertion à Perge ; Barnabé pariait sur l'avenir, un ouvrier à former. L'Église gagna sur les deux tableaux : Paul trouva en Silas le compagnon de la seconde mission, Marc devint l'évangéliste utile au ministère. La fermeté de Paul et la douceur de Barnabé n'étaient pas deux vertus ennemies, mais les deux mains de la même Providence[88].

L'accomplissement chrétien

La lumière des nations, annoncée par deux voix

À Antioche de Pisidie, chassés de la synagogue, Paul et Barnabé se tournent ensemble vers les païens en citant Isaïe : « Je t'ai établi pour être la lumière des nations, pour porter le salut jusqu'aux extrémités de la terre. » Les païens se réjouissent et glorifient la parole du Seigneur[89]. Le verset dit le sens de toute la vie de Barnabé : l'apôtre de Chypre appartient au moment où la promesse faite à Israël déborde vers le monde. Il n'est pas seulement le compagnon de Paul, il est le témoin que l'ouverture aux nations fut l'œuvre de l'Église entière, Pierre, Jacques, Paul et lui, et non l'idée d'un seul homme.

« C'est à vous premièrement que la parole de Dieu devait être annoncée ; mais puisque vous la repoussez, voici que nous nous tournons vers les païens. Car ainsi nous l'a ordonné le Seigneur : Je t'ai établi pour être la lumière des nations. » (Luc, Actes 13, 46-47)[90]

Figure de la miséricorde qui persévère

Barnabé n'est pas le héros d'un jour, mais le patient d'une vie : patienter avec Saul suspect, avec les païens méprisés, avec Marc défaillant. Sa figure annonce, sans forcer le trait, la pédagogie de Dieu avec son peuple : relever plutôt qu'exclure, attendre plutôt que rompre, parier sur ce qu'un homme deviendra plutôt que le juger sur ce qu'il fut. Les Églises de Chypre l'ont compris, qui l'honorent comme leur père, et l'Église universelle avec elles, qui le nomme chaque 11 juin[91].

Barnabé dans la liturgie et les arts

La fête du 11 juin

Le calendrier romain célèbre saint Barnabé, apôtre, le 11 juin, au rang de mémoire. La messe propre reprend son histoire : première lecture tirée des Actes, l'envoi à Antioche et la mise à part par l'Esprit, psaume de louange pour les merveilles de Dieu, évangile de l'envoi des Douze, car l'ouvrier mérite sa nourriture[92]. Les Églises d'Orient le fêtent le même jour, parmi les apôtres. L'office y voit l'homme de la consolation évangélique, consolé lui-même par le martyre.

Patron de Chypre, revendiqué par Milan

Chypre l'honore comme son père dans la foi et son premier martyr, et l'autocéphalie de son Église, obtenue en 478 sur son tombeau, reste le sceau institutionnel de cette paternité[93]. Milan, de son côté, le revendique comme son premier évêque, tradition ambrosienne qui fait de l'apôtre le fondateur lointain du siège : l'orgueil légitime d'une Église qui veut remonter aux temps apostoliques. Antioche, Salamine et Milan se partagent ainsi sa mémoire, comme Paul, Pierre et Marc se partagèrent sa vie[94].

L'iconographie du martyr à l'évangile

On le représente en apôtre, tenant le livre de l'Évangile, en mémoire du Matthieu retrouvé sur sa poitrine, parfois avec les pierres de la lapidation, instrument de son martyre[95]. Le monastère Saint-Barnabé, près de Famagouste, conserve l'image la plus parlante : non un tableau de maître, mais un lieu, une tombe, une Église autocéphale née d'une découverte. La mémoire de Barnabé est moins picturale que topographique : elle s'attache à Salamine, à Chypre, à la terre qui le vit naître, croire, prêcher et mourir.

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

Une datation basse des Actes

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater les Actes vers 80 ou 90, voire au IIe siècle, en y voyant l'œuvre d'un compagnon tardif ou d'un admirateur de Paul plutôt que de Luc lui-même[96]. L'hypothèse repose sur des présupposés : les discours des Actes seraient des compositions libres, les miracles des amplifications, et la théologie trop construite pour un témoin. Mais elle bute sur les silences du récit : un faussaire écrivant après 70 aurait fait prédire à Jésus la chute du Temple avec la précision de l'événement accompli, et surtout n'aurait pas clos son livre sur un Paul encore vivant à Rome. La fin abrupte des Actes reste l'objection la plus simple et la plus forte à la datation basse : on n'achève pas ainsi une histoire dont on connaît la fin tragique[97].

Paul contre Barnabé, ou Luc contre Paul ?

La même exégèse oppose volontiers le récit de la séparation, paisible et providentielle chez Luc, et l'incident d'Antioche, brutal dans l'épître aux Galates : Luc aurait gommé un conflit irréconciliable pour sauver l'unité de façade[98]. L'objection confond deux moments distincts : l'incident d'Antioche, querelle de conduite vite surmontée, et la séparation missionnaire, différend pastoral sur Marc. Paul lui-même, qui recommande plus tard le cousin de Barnabé et réclame Marc à la fin de sa vie, dément l'idée d'une brouille définitive[99]. Quant à Luc, il ne cache ni l'incident, qu'il connaît par les Galates, ni le paroxysme, qu'il nomme : un apologiste du consensus n'écrirait ni l'un ni l'autre[100].

L'argument du silence sur la mort de Barnabé

Le Nouveau Testament ne dit rien de la mort de Barnabé : une partie de l'exégèse en conclut que le martyre de Salamine est une légende pieuse, forgée pour fonder l'autocéphalie chypriote[101]. Mais le même silence couvre Pierre, Paul, Marie-Madeleine et la plupart des apôtres : l'argument prouverait trop, donc il ne prouve rien. Et le dossier chypriote ne se réduit pas à une légende : le tombeau de 478, le récit d'Alexandre de Chypre au VIe siècle, l'autocéphalie accordée par Zénon forment une chaîne continue, enracinée dans une mémoire insulaire que nul témoignage contraire ne vient démentir[102].

La méthode en cause : présupposés et cercles

Au fond, le débat porte moins sur Barnabé que sur la méthode. Dater les Actes après 70 parce qu'une prophétie précise du Christ sur le Temple serait impossible, c'est présupposer ce qu'on veut démontrer. Écarter Clément, Eusèbe et la tradition chypriote comme témoins parce qu'ils sont croyants, c'est réserver à la seule Tradition un traitement qu'on n'inflige à aucune autre source antique. Reconstruire un conflit irréconciliable entre Paul et Barnabé à partir de deux textes qui parlent de deux moments différents, c'est confondre possibilité littéraire et preuve historique[103]. L'Église ne demande pas à la critique de se taire : elle lui demande de prouver au lieu de supposer. Et sur Barnabé, apôtre attesté par Luc, par Paul et par les Pères, la datation et l'attribution traditionnelles restent défendables, avec des raisons, des témoins et des textes[104].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Ac 14, 14 : « les apôtres Barnabé et Paul ». Traduction œcuménique de la Bible (TOB), Cerf, 2010.

    1 7 9 55
  2. Catholic Encyclopedia, article St. Barnabas : Joseph, lévite de Chypre, surnommé par les apôtres, rangé avec les Douze. New Advent, newadvent.org/cathen/02300a.htm.

    2
  3. Clément d'Alexandrie, Stromates, II, 20 : Barnabé compté parmi les Soixante-dix. Sources chrétiennes, Cerf.

    3 31 71
  4. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, I, 12 et II, 1 : les Soixante-dix et Barnabé. Sources chrétiennes, Cerf.

    4 32 72
  5. Tertullien, De la pudeur, 20 : « le titre de Barnabé aux Hébreux ». Sources chrétiennes, Cerf.

    5 73
  6. Saint Jérôme, Des hommes illustres, 6 : notice sur Barnabé. Patrologie latine, vol. 23.

    6 74
  7. Martyrologium Romanum, 11 juin : Barnabas, apôtre, à Salamine de Chypre. Typis Vaticanis, 2004.

    8
  8. Actes des Apôtres, chapitres 4 à 15 : entrée en scène au chapitre 4, sortie au chapitre 15. TOB 2010.

    10
  9. Ga 2, 9 : Jacques, Céphas et Jean donnent à Paul et Barnabé la main d'association. TOB 2010.

    11
  10. 1 Co 9, 6 : « Barnabé et moi, sommes-nous les seuls à n'avoir pas le droit de ne pas travailler ? » TOB 2010.

    12 69
  11. Col 4, 10 : « Marc, le cousin de Barnabé », recommandé aux Colossiens. TOB 2010.

    13 30 47 66 99
  12. Col 4, 14 : « Luc, le médecin bien-aimé ». TOB 2010.

    14
  13. 2 Tm 4, 11 : « Luc seul est avec moi ». TOB 2010.

    15
  14. Lc 1, 1-4 : prologue à Théophile, enquête exacte depuis l'origine. TOB 2010.

    16 20
  15. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1 : Luc rédacteur de l'évangile et des Actes. Sources chrétiennes, Cerf.

    17
  16. Fragment de Muratori, lignes 34-39 : les Actes reçus, composés par Luc d'après ce qu'il vit. Fin du IIe siècle.

    18
  17. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 25 : les Actes parmi les écrits reconnus de tous ; l'Épître dite de Barnabé parmi les contestés. Sources chrétiennes, Cerf.

    19 26 75 81
  18. Ac 28, 30-31 : deux années entières à Rome, prédication sans empêchement, point final du récit. TOB 2010.

    21
  19. Passages en « nous » : Ac 16, 10-17 ; 20, 5-21 ; 27, 1-28 : le narrateur compagnon de route. TOB 2010.

    22
  20. Ac 13, 4-7 : Séleucie, Salamine, Paphos, Sergius Paulus proconsul, homme intelligent. TOB 2010.

    23 52
  21. Inscriptions romaines de Chypre et d'Antioche de Pisidie : un Sergius Paulus proconsul ; Chypre province sénatoriale depuis 22 av. J.-C. Corpus Inscriptionum Latinarum.

    24
  22. Titres administratifs exacts dans les Actes : proconsuls à Chypre et en Achaïe, politarches à Thessalonique. TOB 2010.

    25
  23. Concile de Trente, session IV, décret sur les Écritures canoniques, 8 avril 1546 : les Actes reçus en entier avec toutes leurs parties. Denzinger, n. 1502-1504.

    27
  24. Ac 4, 36-37 : Joseph surnommé Barnabé, lévite de Chypre, vend son champ. TOB 2010.

    28 33 35
  25. Ac 12, 12 : la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc, à Jérusalem. TOB 2010.

    29
  26. Ac 13, 1 : Barnabé nommé le premier parmi les prophètes et docteurs d'Antioche. TOB 2010.

    34
  27. Ac 4, 32-35 : la communauté de Jérusalem, nul ne disait sien ce qu'il possédait. TOB 2010.

    36
  28. Ac 5, 1-11 : Ananie et Saphira retiennent une partie du prix. TOB 2010.

    37
  29. Ac 9, 26-27 : crainte des disciples, Barnabé prend Saul et le conduit aux apôtres. TOB 2010.

    38
  30. Ga 1, 18-19 : Paul ne vit que Pierre et Jacques, le frère du Seigneur. TOB 2010.

    39
  31. La garantie de Barnabé comme acte fondateur : sans répondant, pas d'entrée de Paul dans l'Église de Jérusalem. Catholic Encyclopedia, St. Barnabas.

    40
  32. Ac 11, 23-24 : Barnabé voit la grâce de Dieu, portrait de l'homme de bien. TOB 2010.

    41 43
  33. Ac 11, 25-26 : Tarse, une année entière à Antioche, le nom de chrétiens. TOB 2010.

    42
  34. Saul effacé à Tarse depuis des années : Barnabé va le chercher au lieu de garder la mission. Ac 11, 25. TOB 2010.

    44
  35. Ac 11, 27-30 : la famine annoncée, l'aumône confiée à Barnabé et Saul. TOB 2010.

    45
  36. Ac 12, 25 : retour de Jérusalem avec Jean surnommé Marc. TOB 2010.

    46
  37. Marie de Jérusalem, mère de Marc, maison de réunion de l'Église : Ac 12, 12. TOB 2010.

    48
  38. Ac 13, 2-3 : mise à part par l'Esprit, jeûne, imposition des mains. TOB 2010.

    49 51
  39. Ac 13, 5 : Jean comme auxiliaire à Salamine. TOB 2010.

    50
  40. Paphos, résidence proconsulaire : le premier magistrat romain gagné par la mission l'est sur l'île de Barnabé. Ac 13, 6-12. TOB 2010.

    53
  41. Ac 13, 13 : Jean-Marc les quitte à Perge et retourne à Jérusalem. TOB 2010.

    54
  42. Ac 14, 21-23 et 27-28 : affermissement des Églises, tribulations, porte de la foi ouverte aux païens. TOB 2010.

    56 57
  43. Ac 15, 1-2 : l'exigence des judéisants, la délégation de Paul et Barnabé. TOB 2010.

    58
  44. Ac 15, 12-21 : récit de Barnabé et Paul, rappel de Pierre, sentence de Jacques, lettre aux Églises. TOB 2010.

    59
  45. Le concile de Jérusalem, vers 49 ou 50 : Barnabé témoin des signes de Dieu chez les païens. Catholic Encyclopedia, St. Barnabas.

    60
  46. Ga 2, 11-13 : Paul résiste à Céphas, Barnabé entraîné. TOB 2010.

    61
  47. Saint Augustin, lettres à saint Jérôme sur l'incident d'Antioche : sincérité du débat, faute de conduite et non de doctrine. Patrologie latine, vol. 33.

    62
  48. Ga 2, 14 : reproche public à Céphas. TOB 2010.

    63
  49. Ac 15, 36-41 : le paroxysme, Barnabé et Marc vers Chypre, Paul et Silas vers la Syrie. TOB 2010.

    64
  50. Deux missions au lieu d'une : la Providence tire de la séparation un élargissement. Catholic Encyclopedia, St. Barnabas.

    65
  51. 2 Tm 4, 11 : Marc utile pour le ministère. TOB 2010.

    67 68
  52. Le récit lucanien suit Paul après le chapitre 15 : le silence sur Barnabé est un choix de sujet, non un effacement. TOB 2010.

    70
  53. Alexandre de Chypre, Éloge de Barnabé, VIe siècle : martyre à Salamine, tombeau retrouvé en 478, autocéphalie accordée par Zénon. Patrologie grecque, vol. 87.

    76 93
  54. Catholic Encyclopedia, article Epistle of Barnabas : vingt et un chapitres, connaissance de l'économie du salut, deux voies, Codex Sinaiticus. New Advent, newadvent.org/cathen/02299a.htm.

    77 79
  55. Milieu alexandrin probable, début du IIe siècle : christianisme d'origine païenne, ton dur contre la synagogue. Catholic Encyclopedia, Epistle of Barnabas.

    78
  56. Saint Athanase, Lettre festale 39, 367 : liste des livres reçus, sans l'Épître de Barnabé. Patrologie grecque, vol. 26.

    80
  57. Origine apostolique non établie : Eusèbe parmi les contestés, Jérôme parmi les apocryphes, canons africains et Trente sans elle.

    82
  58. Actes de Barnabé, Ve siècle, attribués à Jean-Marc : récit amplifié du martyre, sans valeur de source pour le Ier siècle.

    83
  59. Évangile de Barnabé : œuvre médiévale annonçant Mahomet, sans lien avec l'apôtre, écartée par l'Église et la critique.

    84
  60. Paraklêsis : exhortation, consolation, encouragement ; le surnom comme définition du ministère. Ac 4, 36. TOB 2010.

    85
  61. Champ vendu puis travail manuel : la liberté à l'égard de l'argent du début à la fin. Ac 4, 37 ; 1 Co 9, 6. TOB 2010.

    86
  62. Antioche avant le concile, les signes chez les païens devant Jérusalem : Barnabé précurseur de l'ouverture. Ac 11, 23 ; 15, 12. TOB 2010.

    87
  63. Marc relevé : de la désertion de Perge à l'utilité pour le ministère. Ac 13, 13 ; 2 Tm 4, 11. TOB 2010.

    88
  64. Ac 13, 46-47 : Isaïe 49, 6 cité aux païens d'Antioche de Pisidie. TOB 2010.

    89 90
  65. Père de l'Église de Chypre, nommé chaque 11 juin : la persévérance comme visage de la miséricorde. Martyrologium Romanum.

    91
  66. Lectionnaire romain, 11 juin saint Barnabé : Ac 11, 21b-26 ; 13, 1-3 ; Mt 10, 7-13. AELF.

    92
  67. Tradition ambrosienne : Barnabé premier évêque de Milan. Catholic Encyclopedia, St. Barnabas.

    94
  68. Attributs : livre de l'Évangile, pierres de la lapidation ; monastère Saint-Barnabé près de Famagouste.

    95
  69. Hypothèse d'une partie de l'exégèse : Actes vers 80 ou 90, voire IIe siècle, auteur non témoin. Introductions critiques, TOB 2010.

    96
  70. Fin abrupte sur Paul vivant à Rome : un auteur tardif connaissant 64 et 70 ne clôturerait pas ainsi. Ac 28, 30-31. TOB 2010.

    97
  71. Thèse d'un conflit irréconciliable gommé par Luc : Galates contre Actes. Commentaires critiques du XXe siècle.

    98
  72. Deux moments distincts, réconciliation attestée par Paul lui-même : Col 4, 10 ; 2 Tm 4, 11. TOB 2010.

    100
  73. Argument du silence : rien dans le Nouveau Testament sur la mort de Barnabé, donc légende. Position d'une partie de la critique.

    101
  74. Même silence pour Pierre, Paul et la plupart des apôtres ; chaîne chypriote continue : tombeau de 478, Alexandre de Chypre, autocéphalie.

    102
  75. Présupposé anti-prophétique, datations circulaires, argument du silence, possibilité confondue avec preuve : limites de méthode, non résultats établis.

    103
  76. Écriture inspirée et sans erreur : Vatican I, Dei Filius (Denzinger 1787) ; récit vrai de la garde de Dieu sur son Église.

    104