Simon bar Kokhba (?-135)

Simon bar Kokhba dirigea contre Rome, de 132 à 135, la dernière grande révolte juive de l'Antiquité : proclamé Messie par le rabbin Akiva, il fut écrasé par l'empereur Hadrien, qui rasa Jérusalem et en bannit les Juifs. Il persécuta aussi les premiers judéo-chrétiens qui refusaient de le suivre.

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Simon bar Kokhba (mort en 135) est le chef militaire et politique de la troisième révolte juive contre l'Empire romain, qui embrasa la Judée de 132 à 135 sous le règne de l'empereur Hadrien. Son vrai nom, retrouvé par l'archéologie au XXᵉ siècle sur des lettres autographes, était Simon bar Kosiba ; ses partisans le surnommèrent Bar Kokhba, « fils de l'étoile », en référence à une antique prophétie de Balaam annonçant qu'« un astre issu de Jacob » se lèverait sur Israël. Le grand rabbin Akiva ben Joseph, l'une des plus hautes autorités du judaïsme de l'époque, le proclama publiquement Messie-Roi.

Trois années durant, Bar Kokhba dirigea un État juif éphémère, restauré autour d'une administration, d'une monnaie propre et d'un projet explicite de reconstruction du Temple. La répression romaine qui suivit fut, selon l'historien Cassius Dion, l'une des plus sanglantes de toute l'Antiquité : près de 580 000 morts[1] — bilan antique que la recherche moderne juge probablement exagéré, sans mettre en doute l'ampleur du désastre[2][3] —, des centaines de villages rasés, et une Judée si dévastée qu'Hadrien, écrivant au Sénat, renonça à la formule rituelle annonçant que « lui et ses légions se portaient bien »[4]. Jérusalem fut reconstruite en colonie païenne, Aelia Capitolina, et les Juifs formellement bannis d'y résider.

Pour l'histoire chrétienne, Bar Kokhba occupe une place charnière : selon le témoignage convergent de saint Justin Martyr, quasi contemporain des faits, d'Eusèbe de Césarée et de saint Jérôme, il fit persécuter les judéo-chrétiens de Judée[5][6][7] qui refusaient de renier le Christ — et, selon saint Jérôme, de l'aider contre l'armée romaine[8]. Cet épisode consomma une rupture déjà engagée depuis la destruction du Temple en l'an 70 : l'Église de Jérusalem, désormais dirigée par un évêque non circoncis, cessa définitivement d'être une synagogue parmi d'autres pour devenir une communauté visiblement distincte du judaïsme rabbinique[9].

L'échec de Bar Kokhba marqua aussi le judaïsme lui-même pour des siècles : ses propres coreligionnaires, après le désastre, renommèrent son nom en un jeu de mots amer — de « fils de l'étoile » à « fils du mensonge » —, et la tradition rabbinique en tira une méfiance durable envers les mouvements messianiques activistes. Redécouvert par l'archéologie moderne dans les grottes du désert de Juda, Bar Kokhba est aujourd'hui à la fois une figure d'étude historique de premier plan et un symbole national revendiqué par l'État d'Israël contemporain.

Qui était Simon bar Kokhba ?

Un nom retrouvé par l'archéologie : Simon bar Kosiba

Schéma explicatif — les lettres du Nasi, documents retrouvés dans les grottes du Nahal Hever en 1960-1961. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Pendant près de dix-huit siècles, l'identité exacte du chef de la révolte de 132-135 resta filtrée par la mémoire, hostile ou apologétique, de ses adversaires et de ses propres coreligionnaires déçus. Les auteurs chrétiens anciens — Justin, Eusèbe, Jérôme — l'appellent Barchochebas ou Barcocheba, transcription grecque et latine de l'araméen Bar Kokhba[10]. Les rabbins de la tradition talmudique, après l'échec de la révolte, le nomment presque toujours Bar Koziba, « fils du mensonge » ou « fils de la déception »[11].

Les premiers papyri de l'administration de Bar Kokhba avaient été mis au jour dès 1951-1952 dans les grottes du Wadi Murabba'at (Nahal Darga), découvertes par des Bédouins en 1951 puis fouillées en 1952 par G. L. Harding et R. de Vaux[12]. Mais l'archive la plus spectaculaire fut exhumée en 1960-1961, lors des fouilles conduites par l'archéologue et ancien chef d'état-major israélien Yigael Yadin dans les grottes du Nahal Hever, au-dessus de la mer Morte : des lettres autographes signées de sa main[13]. Quinze lettres — treize en hébreu et en araméen, deux en grec — y furent retrouvées, adressées à ses lieutenants Yehonatan bar Baayan et Masabala[14]. Toutes sont signées d'un seul et même nom : Shim'on bar Kosiba, « Simon fils de Kosiba » — Kosiba étant vraisemblablement le nom de son père ou de son lieu d'origine[15]. C'est ce nom, et non « Bar Kokhba » ni « Bar Koziba », que les historiens modernes tiennent pour son identité réelle et vérifiable par une source de première main.

« Un astre sortira de Jacob » : la fabrication du nom messianique

Le surnom « Bar Kokhba » n'est donc pas son nom de naissance : c'est un titre théologique que lui attribuèrent ses partisans, fondé sur une prophétie vieille de plus d'un millénaire. Le livre des Nombres rapporte l'oracle du devin païen Balaam, contraint malgré lui de bénir Israël :

« Je le vois, mais non pour maintenant, je l'aperçois, mais non de près : un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d'Israël. Il frappe les tempes de Moab et le crâne de tous les fils de Seth. » — Nombres 24, 17[16]

Dans l'exégèse juive du Second Temple et du début de l'ère rabbinique, ce passage était couramment lu comme une prophétie messianique et royale[17]. En appliquant ce verset à Simon bar Kosiba, ses partisans transformèrent son patronyme en un jeu de mots retentissant : Bar Kosiba devint Bar Kokhba, « fils de l'Étoile », faisant de lui l'accomplissement vivant de l'oracle de Balaam[18]. Ce geste n'était pas un simple exercice de rhétorique : proclamer un homme « fils de l'étoile » de Nombres 24 revenait à le désigner comme le roi-libérateur attendu d'Israël.

L'onction de Rabbi Akiva et la voix dissidente de Rabbi Yohanan ben Torta

La caution qui donna à Bar Kokhba sa légitimité religieuse ne vint pas d'un obscur prédicateur, mais de l'une des plus grandes autorités rabbiniques de son temps : Akiva ben Joseph, maître dont l'enseignement structure encore aujourd'hui une part considérable de la Mishna. Le Talmud de Jérusalem rapporte la scène avec une économie de mots saisissante :

« Quand Rabbi Akiva voyait Bar Koziba, il disait : "Celui-ci est le roi Messie." Rabbi Yohanan ben Torta lui répondit : "Akiva, l'herbe poussera sur tes joues et le fils de David ne sera pas encore venu." » — Talmud de Jérusalem, traité Taanit 4, 6 (68d-69a)[19]

Cette réplique — restée célèbre dans la mémoire rabbinique comme un avertissement contre l'illusion messianique — montre que l'onction d'Akiva ne faisait pas l'unanimité, même parmi les sages de sa propre génération. Elle éclaire aussi, par contraste, la gravité du désastre qui suivit : le maître le plus respecté d'Israël s'était trompé, et son erreur allait coûter, selon les estimations antiques, des centaines de milliers de vies.

Le contexte : la Judée sous Hadrien, une génération après la destruction du Temple

Une province sous tension depuis l'an 70

Carte de synthèse — la Judée sous Hadrien, avec Jérusalem/Aelia Capitolina, Béthar et le Nahal Hever. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

La révolte de 132-135 n'éclate pas dans le vide : elle survient soixante-deux ans après la première grande guerre judéo-romaine, close par la destruction du Temple de Jérusalem en 70 sous Titus. Ce premier désastre avait déjà brisé le cœur institutionnel du judaïsme du Second Temple — le sacerdoce, les sacrifices, le pèlerinage triannuel — sans éteindre l'espérance d'une restauration. Le judaïsme de cette génération traverse une mutation profonde : c'est l'époque où se structure le judaïsme rabbinique autour des synagogues et de l'étude de la Torah, en l'absence du Temple[20]. Cette espérance de restauration, jamais éteinte, fournit le terreau sur lequel la prédication de Bar Kokhba put germer une génération plus tard.

Aelia Capitolina et le temple de Jupiter : la cause immédiate selon Cassius Dion

L'historien romain Cassius Dion, sénateur et consul du IIIᵉ siècle dont l'Histoire romaine demeure la source païenne la plus complète sur le conflit, situe la cause déclenchante dans un projet urbanistique de l'empereur Hadrien :

« À Jérusalem, il fonda une cité à la place de celle qui avait été rasée, la nommant Aelia Capitolina, et sur l'emplacement du temple du dieu, il éleva un nouveau temple à Jupiter. Cela suscita une guerre qui ne fut ni de peu d'importance ni de courte durée, car les Juifs jugeaient intolérable que des populations étrangères s'installent dans leur cité et que des cultes étrangers y soient plantés. » — Cassius Dion, Histoire romaine, livre LXIX, 12, 1-2[21]

L'implantation d'une colonie romaine sur les ruines de Jérusalem, dotée d'un temple à Jupiter Capitolin érigé — selon la tradition chrétienne postérieure rapportée par Jérôme — précisément à l'endroit du Temple juif détruit soixante ans plus tôt, constituait une provocation religieuse et politique majeure[22]. Pour un peuple dont l'identité restait indissociable de la sainteté de ce lieu, le geste équivalait à une profanation délibérée.

L'interdiction de la circoncision : une autre cause avancée

Une tradition historiographique plus tardive, attestée notamment dans l'Histoire Auguste (source romaine du IVᵉ siècle dont la fiabilité est discutée par les spécialistes), attribue également le déclenchement de la révolte à un édit d'Hadrien interdisant la circoncision, assimilée par le droit romain à une mutilation corporelle prohibée[23]. Les historiens modernes restent partagés sur l'ordre exact des causes et sur la question de savoir si cet édit précéda ou suivit la révolte elle-même ; ce qui est acquis, en revanche, c'est que la fondation d'Aelia Capitolina et l'érection d'un temple païen sur le mont du Temple constituent, de l'aveu même de la source romaine la plus proche des faits, le facteur déclenchant reconnu par l'Antiquité[24].

La grande révolte juive de 132 à 135

Le titre de « Nasi Israël » et l'administration d'un État éphémère

Dès le début du soulèvement, Simon bar Kosiba prend le titre de Nasi Israël, « Prince d'Israël », que l'on retrouve aussi bien dans ses lettres personnelles que sur les monnaies frappées sous son autorité[25][26]. Ce titre, distinct de celui de roi, évoque une magistrature davidique restaurée plutôt qu'une royauté hellénistique classique. Sous son commandement se met en place une véritable administration territoriale : baux agricoles, contrats de location, ordres de réquisition et correspondance militaire attestent d'un embryon d'État structuré, fonctionnant selon un calendrier propre daté « de la rédemption d'Israël » ou « de la liberté de Jérusalem »[27].

Les lettres du désert de Judée : la voix authentique de Bar Kokhba

La grotte des Lettres au Nahal Hever, où furent retrouvés des documents liés à la révolte de Bar Kokhba. Source : Israel Antiquities Authority, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Les quinze lettres retrouvées au Nahal Hever offrent un accès direct, sans intermédiaire polémique, à la personnalité et aux préoccupations du chef de la révolte. On y trouve des ordres logistiques précis — réquisition de blé, de sel, exigence de fournir des palmes et des cédrats pour la célébration de la fête de Souccot en pleine guerre — mais aussi des menaces sévères à l'encontre de subordonnés jugés négligents[28]. Une lettre, célèbre parmi les spécialistes, s'adresse ainsi à ses officiers :

« Simon bar Kosiba, Nasi sur Israël, à Yehonatan et à Masabala : que vous soyez en bonne santé. J'atteste le ciel contre vous : que ceux qui appartiennent aux Téqoïtes qui sont avec vous soient chassés loin de vous chacun de sa propre maison, en punition de ce que rien de bon n'a été fait pour nos frères. » — Simon bar Kosiba, lettre du Nahal Hever, trad. d'après Yigael Yadin[29]

Ce style abrupt, autoritaire, préoccupé du détail matériel de la guerre — vivres, punitions, exécution des ordres — contraste avec la figure mythifiée du sauveur messianique, et rappelle aux historiens que Bar Kokhba fut, avant tout, un chef de guerre exerçant un commandement effectif sur un territoire en armes[30].

Les monnaies de la révolte : effacer Rome, restaurer le Temple

Faute de pouvoir importer du métal neuf, l'administration de Bar Kokhba fit refrapper des monnaies romaines existantes, limant ou martelant le portrait impérial pour y substituer des symboles juifs et des inscriptions en paléo-hébreu, une écriture archaïque volontairement ressuscitée pour l'occasion[31]. Les tétradrachmes de la première année portent au revers la façade du Temple de Jérusalem — alors détruit depuis soixante ans — encadrée de l'inscription « Jérusalem », et à l'avers un loulav (palme rituelle) et un etrog (cédrat), emblèmes de la fête de Souccot, accompagnés de la légende « Année un de la rédemption d'Israël »[32].

Élément de la monnaieSymbole représentéSignification
Façade à quatre colonnesTemple de Jérusalem, alors détruitProjet explicite de reconstruction du sanctuaire
Loulav et etrogFête de SouccotRestauration du culte et du calendrier liturgique juif
Légende « Jérusalem »Nom de la ville sainteRevendication de souveraineté sur la capitale
« An 1 de la rédemption d'Israël » puis « An 2 de la liberté d'Israël »Calendrier révolutionnaire propreRupture volontaire avec le calendrier et la monnaie romains
Schéma explicatif — les monnaies de la révolte : refrapper le métal romain, restaurer les symboles du Temple et proclamer la liberté d'Israël. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Ce programme numismatique révèle un objectif religieux et non seulement militaire : la reconstruction du Temple et la restauration du culte sacrificiel figuraient au cœur du projet de Bar Kokhba, bien au-delà de la seule indépendance politique[33].

Le cours de la guerre : la stratégie de Julius Severus

Devant l'ampleur inattendue du soulèvement, Hadrien rappelle depuis la lointaine Bretagne l'un de ses meilleurs généraux, Sextus Julius Severus, qu'il charge d'écraser la révolte[34]. Cassius Dion souligne que Severus, conscient de l'attrition qu'infligerait un affrontement frontal avec des rebelles retranchés et déterminés, choisit délibérément une guerre d'usure :

« Severus n'osa attaquer ses ennemis de front en aucun point, vu leur nombre et leur désespoir, mais, postant des détachements et des officiers en des endroits favorables, en interceptant de petits groupes, en les privant de nourriture et en les enfermant, il fut capable, quoique plus lentement, avec moins de risque, de les écraser, de les épuiser et de les exterminer. » — Cassius Dion, Histoire romaine, livre LXIX, 13, 3[35]

Cette stratégie, qui mobilisa selon les estimations modernes fondées sur les diplômes militaires jusqu'à douze légions ou détachements de légions — soit près du tiers de l'armée romaine entière —, en dit long sur la gravité avec laquelle Rome perçut la menace[36]. L'historien allemand Werner Eck, à partir d'un large corpus de sources épigraphiques italiennes et orientales, a montré que la mobilisation militaire romaine pour cette seule guerre atteignit une ampleur rarement égalée dans l'histoire de l'Empire pour la répression d'une révolte provinciale[37].

Le siège et la chute de Béthar

  1. 130
    Voyage d'Hadrien en Orient

    L'empereur visite la Judée ; selon Cassius Dion, il décide d'y fonder Aelia Capitolina sur les ruines de Jérusalem, avec un temple à Jupiter à l'emplacement du sanctuaire juif détruit.

  2. 132
    Déclenchement de la révolte

    Simon bar Kosiba prend la tête du soulèvement en Judée ; il est proclamé Messie-Roi par Rabbi Akiva et adopte le titre de Nasi Israël.

  3. 132-133
    L'État juif éphémère

    Administration, monnaie propre et calendrier révolutionnaire sont mis en place ; les forces romaines locales sont mises en échec, la légion XXII Deiotariana disparaissant des registres militaires à cette période.

  4. 133-134
    Julius Severus rappelé de Bretagne

    Hadrien envoie son meilleur général mater la révolte ; Severus choisit une stratégie d'usure plutôt que la bataille rangée, isolant progressivement les rebelles.

  5. Été 135
    Chute de Béthar

    La dernière forteresse rebelle tombe après un long siège ; Simon bar Kosiba meurt dans la bataille. La tradition juive situe cette chute le 9 du mois d'Av.

  6. 135
    Aelia Capitolina et l'expulsion des Juifs

    Jérusalem est reconstruite comme colonie païenne ; un édit interdit aux Juifs d'y résider ou d'en approcher ; la province de Judée est renommée Syrie-Palestine.

  7. 1951-1952 puis 1960-1961
    Redécouverte archéologique

    Après les premiers papyri de l'administration de Bar Kokhba mis au jour au Wadi Murabba'at (1951-1952), Yigael Yadin exhume dans les grottes du Nahal Hever (1960-1961) l'archive la plus spectaculaire : les lettres autographes de Simon bar Kosiba, qui confirment son vrai nom dix-huit siècles après les faits.

La forteresse de Béthar (araméen Bethther, aujourd'hui Battir, au sud-ouest de Jérusalem), dernier bastion de la résistance, tombe après un siège prolongé à l'été 135[38]. Eusèbe de Césarée rapporte que les assiégés, réduits à la dernière extrémité par la faim et la soif, furent finalement débordés[39]. La tradition rabbinique fixe la date de la chute au 9 du mois d'Av, jour de deuil déjà associé, dans le calendrier liturgique juif, à la destruction du premier Temple par Nabuchodonosor et du second Temple par Titus :

« Le neuf du mois d'Av, il fut décrété que nos pères n'entreraient pas dans le Pays [promis], le Temple fut détruit la première puis la seconde fois, Béthar fut prise et la ville [de Jérusalem] fut passée à la charrue. » — Mishna, traité Taanit 4, 6[40]

Cette convergence calendaire, consignée dans la Mishna elle-même dès le début du IIIᵉ siècle, montre à quel point la chute de Béthar fut vécue par la conscience juive comme la troisième catastrophe d'une même série, clôturant un cycle de destructions inauguré près de sept siècles plus tôt.

Un bilan humain et politique effroyable

Cassius Dion : 580 000 morts et 985 villages rasés

Frise chronologique — sept repères de la révolte de Bar Kokhba, de la fondation d'Aelia Capitolina aux lettres retrouvées au Nahal Hever. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Le bilan que dresse Cassius Dion, seul témoin païen à en donner des chiffres précis, donne la mesure de l'ampleur du désastre :

« Cinq cent quatre-vingt mille hommes furent tués au cours des diverses razzias et batailles, et le nombre de ceux qui périrent de faim, de maladie et par le feu fut incalculable, si bien que la Judée presque tout entière fut réduite en désert […]. Cinquante de leurs plus importantes places fortes et neuf cent quatre-vingt-cinq de leurs villages les plus renommés furent rasés jusqu'au sol. » — Cassius Dion, Histoire romaine, livre LXIX, 14, 1-2[41]

Schéma explicatif — le bilan transmis par Cassius Dion : 580 000 morts, 50 forteresses rasées et 985 villages détruits. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Les historiens modernes s'accordent à considérer ce chiffre de 580 000 morts comme probablement exagéré, selon la tendance courante des historiographies antiques à grossir les statistiques de guerre[42]. Cependant, l'ampleur générale du désastre humain n'est pas mise en doute : l'archéologie régionale confirme un effondrement démographique et un abandon massif de sites d'habitat en Judée durant cette période, corroborant, à défaut du chiffre exact, l'échelle catastrophique de l'événement[43].

« Je n'ai pas de mal, mes légions non plus » : le silence d'Hadrien

Un détail rapporté par Cassius Dion, resté célèbre parmi les historiens de Rome, illustre la gravité des pertes romaines elles-mêmes :

« Beaucoup de Romains, du reste, périrent également dans cette guerre. C'est pourquoi Hadrien, en écrivant au Sénat, n'employa pas la formule d'ouverture habituellement affectée par les empereurs : "Si vous et vos enfants êtes en bonne santé, c'est bien ; moi et les légions, nous nous portons bien." » — Cassius Dion, Histoire romaine, livre LXIX, 14, 3[44]

Cette omission protocolaire, dans une culture politique où la formule rituelle de bonne santé des légions faisait partie du cérémonial impérial, équivaut à un aveu implicite de pertes sévères — un indice indirect, mais éloquent, que les historiens modernes retiennent comme confirmation de la lourdeur du tribut payé par Rome elle-même[45]. La disparition, à cette période précise, de la légion XXII Deiotariana des registres militaires connus a conduit plusieurs chercheurs à conclure qu'elle fut décimée, sinon anéantie, au cours de cette campagne[46].

Aelia Capitolina, l'expulsion des Juifs et la Syrie-Palestine

Au lendemain de la victoire, Hadrien acheva le projet urbanistique qui avait, selon Cassius Dion, déclenché la guerre : Jérusalem fut rebâtie comme colonie romaine sous le nom d'Aelia Capitolina, et un décret impérial interdit désormais à tout Juif d'y résider ou même d'en approcher, sous peine de mort[47]. Eusèbe rapporte que le premier évêque de la ville reconstituée après cet édit, un certain Marc, fut le premier titulaire du siège épiscopal de Jérusalem à ne pas être issu de la « circoncision » — c'est-à-dire à ne pas être un chrétien d'origine juive[48].

Selon la tradition historiographique la plus largement reçue, la répression s'accompagna également d'un geste administratif d'une portée symbolique considérable : le renommage de la province, jusque-là appelée Judée, en Syrie-Palestine[49]. Ce choix, unique dans les annales de l'administration romaine — aucune autre province ne fut ainsi rebaptisée à titre punitif après une révolte —, est interprété par la majorité des spécialistes contemporains comme une tentative délibérée d'effacer le lien symbolique entre le territoire et le peuple juif vaincu[50].

Bar Kokhba, persécuteur des judéo-chrétiens de Judée

Le témoignage de saint Justin Martyr

Schéma explicatif — Justin Martyr, Eusèbe de Césarée et Jérôme convergent sur la persécution des judéo-chrétiens par Bar Kokhba. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Le témoignage le plus ancien et le plus solide sur la persécution des chrétiens par Bar Kokhba vient d'un contemporain quasi direct des événements : saint Justin Martyr, philosophe converti né en Palestine vers 100 et martyrisé à Rome vers 165. Dans sa Première Apologie, adressée à l'empereur Antonin le Pieux vers 150-155, à peine quinze à vingt ans après les faits, il écrit :

« Dans la récente guerre juive, Barchochebas, le chef de la révolte des Juifs, donna l'ordre que les chrétiens seuls soient livrés à de cruels châtiments, à moins qu'ils ne renient Jésus-Christ et ne blasphèment. » — Saint Justin Martyr, Première Apologie, chapitre 31[51]

La valeur de ce témoignage tient à sa proximité chronologique et géographique : Justin, né à Naplouse (Flavia Neapolis), en Samarie, à quelques dizaines de kilomètres du théâtre des opérations, écrit alors que la mémoire de la guerre reste vive dans la région. Il ne s'agit pas d'une légende tardive, mais d'une allégation formulée publiquement, dans un texte adressé à l'autorité impériale elle-même, par un auteur qui n'avait aucun intérêt à inventer un fait aisément vérifiable de son vivant.

Eusèbe de Césarée et la mémoire ecclésiastique

Deux siècles plus tard, Eusèbe de Césarée, père de l'historiographie ecclésiastique, reprend et confirme ce témoignage dans son Histoire ecclésiastique, en citant explicitement Justin comme sa source :

« Car, dans la récente guerre juive, Barcocheba, le chef de la rébellion juive, ordonna que les chrétiens seuls fussent frappés de terribles châtiments, à moins qu'ils ne renient et ne blasphèment Jésus-Christ. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre IV, chapitre 8, § 4[52]

Eusèbe replace cet épisode dans le contexte plus large de sa notice sur la révolte, décrivant Bar Kokhba comme un chef « portant le caractère d'un brigand et d'un meurtrier » qui, s'appuyant sur son nom prophétique, se vantait de posséder des pouvoirs extraordinaires devant des partisans qu'il traitait « comme des esclaves »[53]. Ce jugement sévère, émanant d'un historien par ailleurs soucieux d'exactitude documentaire, reflète la mémoire ecclésiastique consolidée du IVᵉ siècle : celle d'un chef charismatique et brutal, dont l'échec confirmait, aux yeux des chrétiens, l'illégitimité de sa prétention messianique.

Saint Jérôme et les récits tardifs

Au tournant des IVᵉ et Vᵉ siècles, saint Jérôme, installé à Bethléem et fin connaisseur des traditions locales judéo-palestiniennes, transmet des détails supplémentaires, dont la fiabilité historique est plus discutée par les spécialistes en raison de leur caractère tardif et parfois polémique. Dans sa Chronique, il note sèchement :

« Barcochébas, chef d'un parti des Juifs, parce que les chrétiens ne veulent pas l'aider contre l'armée romaine, les fait périr par toutes sortes de tourments. » — Saint Jérôme, Chronique, à l'année 134[54]

Dans son traité Apologie contre Rufin, Jérôme rapporte par ailleurs une anecdote destinée à ridiculiser les prétentions surnaturelles du chef rebelle :

« Ce fameux Barchochébas, l'instigateur du soulèvement juif, avait coutume, en soufflant sur un brin de paille enflammé qu'il tenait dans sa bouche, de donner l'impression qu'il crachait des flammes. » — Saint Jérôme, Apologie contre Rufin, livre III, chapitre 31[55]

Ce dernier récit, de toute évidence polémique et destiné à discréditer un charlatanisme messianique plutôt qu'à rapporter un fait vérifiable, doit être lu comme un témoignage de la mémoire chrétienne tardive plus que comme une source de première main sur les événements eux-mêmes. Il n'en confirme pas moins, par sa seule existence, la place que Bar Kokhba occupait encore, près de trois siècles après les faits, dans l'imaginaire polémique chrétien comme archétype du faux messie.

Pourquoi les judéo-chrétiens refusèrent de suivre Bar Kokhba

La raison du refus des judéo-chrétiens de Judée de rallier la révolte n'est pas explicitée par les sources anciennes, mais elle découle directement de la logique même de la proclamation de Bar Kokhba comme Messie. Reconnaître en lui le roi-libérateur annoncé par Nombres 24 revenait, pour un chrétien, à nier implicitement que Jésus de Nazareth fût déjà le Messie promis — une double confession de foi incompatible. C'est précisément ce dilemme, entre fidélité au Christ et solidarité nationale en armes, que Bar Kokhba entendait trancher par la contrainte, en exigeant des judéo-chrétiens qu'ils « renient Jésus-Christ et blasphèment », selon les termes mêmes de Justin[56].

La rupture définitive entre l'Église et la Synagogue de Jérusalem

La conséquence institutionnelle la plus durable de cet épisode fut la fin de l'Église-mère de Jérusalem telle qu'elle avait existé depuis les Actes des Apôtres : une communauté chrétienne composée majoritairement de Juifs, dirigée par des évêques issus de la « circoncision » selon la liste que rapporte Eusèbe[57]. L'édit d'Hadrien bannissant tout Juif de la nouvelle Aelia Capitolina s'appliqua sans distinction aux judéo-chrétiens, et le premier évêque nommé après 135, Marc, fut — de l'aveu même d'Eusèbe — le premier de toute la lignée à ne pas être circoncis[58]. La révolte de Bar Kokhba acheva ainsi, de manière brutale et définitive, un processus de différenciation entre Église et Synagogue déjà engagé depuis plusieurs décennies.

De « fils de l'Étoile » à « fils du Mensonge » : le jugement du judaïsme rabbinique

L'ambivalence talmudique

Le judaïsme rabbinique post-135 porte sur Bar Kokhba un regard profondément ambivalent, oscillant entre l'admiration pour le courage du dernier grand soulèvement national et la sévérité envers l'échec d'une prétention messianique qui avait coûté un prix humain effroyable. Le renommage systématique de « Bar Kokhba » (fils de l'Étoile) en « Bar Koziba » (fils du Mensonge ou de la Déception) dans la littérature talmudique traduit ce jugement rétrospectif sévère : ce qui avait été présenté comme l'accomplissement d'une prophétie s'était révélé n'être qu'illusion[59]. La tradition rabbinique conserve par ailleurs, associé à cette même période de persécution hadrianique, le récit du martyre de Rabbi Akiva lui-même, mort torturé par les Romains — un épisode que la mémoire juive rattache traditionnellement, bien que la chronologie exacte reste discutée par les spécialistes, aux suites de son soutien à la révolte qu'il avait contribué à légitimer[60].

Une leçon durable contre le messianisme activiste

L'échec de Bar Kokhba marqua durablement la théologie messianique juive postérieure, qui développa une prudence accrue envers toute prétention messianique portée par les armes et l'insurrection politique. Cette prudence trouvera plus tard une formulation systématique dans les critères élaborés par Maïmonide au XIIᵉ siècle, qui subordonnent la reconnaissance d'un messie authentique à l'accomplissement effectif et vérifiable de la restauration nationale et spirituelle d'Israël — un accomplissement que l'échec cuisant de 135 rendait, rétrospectivement, impossible à attribuer à Bar Kosiba.

Simon bar Kokhba et la question du vrai Messie

Ce que l'échec de Bar Kokhba révèle de l'attente messianique juive

Schéma doctrinal — la logique d'un messianisme politique immédiat mise en regard de l'accomplissement universel dans le Christ. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Le cas de Bar Kokhba illustre avec une clarté rare une caractéristique constante du messianisme juif du tournant de l'ère chrétienne : la tentation de faire coïncider la venue du Messie avec une libération politique et militaire immédiate. Cette attente n'était pas propre à Bar Kokhba : elle traverse l'ensemble de la période du Second Temple, où se succèdent, de Judas le Galiléen aux Zélotes de la première révolte puis à Bar Kokhba lui-même, plusieurs figures messianiques armées, toutes finalement défaites[61]. L'Évangile atteste lui-même que cette attente d'un messie politique et guerrier pesait déjà sur la réception de Jésus de son vivant, et que le Christ dut sans cesse s'en démarquer, refusant explicitement d'être fait roi par la force (Jean 6, 15) et déclarant devant Pilate que son royaume « n'est pas de ce monde » (Jean 18, 36).

Le Catéchisme et les faux messianismes

L'Église catholique, sans se prononcer sur le cas particulier de Bar Kokhba, a intégré dans son enseignement une vigilance permanente envers ce type de messianisme substitutif — la tentation de réaliser dans l'histoire, par la seule force humaine, ce que seul Dieu peut accomplir en plénitude à la fin des temps. Le Catéchisme de l'Église catholique l'exprime ainsi :

« L'Église ne rejoindra la gloire du Royaume qu'à travers cette ultime Pâque […]. La tromperie religieuse suprême est celle de l'Antichrist, c'est-à-dire d'un pseudo-messianisme où l'homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 675-676[62]

Cette mise en garde ne vise évidemment pas Bar Kokhba nommément — le Catéchisme parle d'une figure eschatologique finale —, mais elle décrit une structure récurrente que le cas de 132-135 illustre historiquement de manière particulièrement nette : la substitution d'une libération obtenue par les seules armes humaines à l'attente d'un salut authentiquement transcendant.

Le regard de l'Église sur le peuple juif après Bar Kokhba

Il importe de ne pas transformer le cas historique de Bar Kokhba en un jugement porté sur le peuple juif dans son ensemble, ni hier ni aujourd'hui. L'échec d'un mouvement messianique particulier, aussi lourd de conséquences fût-il, ne saurait fonder aucune généralisation. Le concile Vatican II l'a rappelé sans ambiguïté possible dans la déclaration Nostra Aetate :

« Bien que l'Église soit le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés ni comme maudits par Dieu, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. » — Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, § 4[63]

Le Catéchisme précise en outre que l'attente juive elle-même n'est pas vaine, mais s'inscrit dans un dessein divin dont l'Église attend, elle aussi, l'achèvement :

« La venue du Messie glorieux est, à chaque instant de l'histoire, suspendue à sa reconnaissance par "tout Israël" […]. La "pleine intégration" des Juifs dans le salut messianique, à la suite de la "totalité des païens" […], fera parvenir le Peuple de Dieu à la "mesure de la stature du Christ". » — Catéchisme de l'Église catholique, § 674[64]

Pour la lecture catholique, l'histoire de Bar Kokhba n'est donc pas la preuve d'une déchéance du peuple juif, mais l'exemple, parmi d'autres, d'une attente authentique — celle de la libération et de la restauration promises à Israël — qui s'est fourvoyée dans une réalisation prématurée et politique, avant son accomplissement définitif que l'Église attend elle aussi à la fin des temps, en communion avec l'espérance d'Israël plutôt que contre elle. Sur les autres prophéties messianiques de l'Ancien Testament et leur accomplissement selon la foi chrétienne, voir les prophéties messianiques et les prophéties annonçant Jésus dans l'Ancien Testament.

La postérité de Bar Kokhba : d'un souvenir honteux à un symbole national

L'oubli et le silence rabbinique

Dans les siècles qui suivirent le désastre, la mémoire juive de Bar Kokhba resta longtemps marquée par la réticence et le malaise. La littérature talmudique, tout en conservant le souvenir de la révolte et le nom moqueur de « Bar Koziba », s'abstient largement de développer une geste héroïque autour de sa personne — contrairement, par exemple, au traitement réservé à la résistance de Massada dans la mémoire du premier soulèvement[65]. Ce silence relatif reflète la profondeur du traumatisme : après 135, toute tentative de restauration nationale par les armes semblait avoir été définitivement discréditée.

La redécouverte archéologique : Yigael Yadin et les grottes du désert de Juda

Sela d'argent frappé sous l'autorité de Simon Bar Kokhba, atelier d'Hérodion, Judée. Source : Bibliothèque nationale de France / Gallica, via Wikimedia Commons, domaine public.

Il fallut attendre le milieu du XXᵉ siècle pour que Bar Kokhba retrouve une existence documentaire de première main. Entre 1960 et 1961, l'archéologue israélien Yigael Yadin, second chef d'état-major de l'armée d'Israël devenu professeur d'archéologie, dirigea des fouilles systématiques dans les grottes surplombant le Nahal Hever, dans le désert de Juda[66]. Ces fouilles, autorisées et soutenues par le gouvernement israélien alors dirigé par David Ben Gourion, mirent au jour non seulement les quinze lettres de Bar Kosiba déjà mentionnées, mais aussi les archives personnelles d'une femme judéenne nommée Babatha, ainsi que des objets du quotidien — clés, ustensiles, phylactères — abandonnés par les derniers réfugiés de la révolte[67].

La récupération sioniste : de Ben Gourion au mouvement Betar

Avec l'émergence du sionisme au tournant du XXᵉ siècle, la figure de Bar Kokhba connut une réhabilitation spectaculaire, désormais lue non plus comme un échec messianique honteux, mais comme un exemple héroïque de résistance nationale face à l'oppression étrangère[68]. David Ben Gourion, premier chef de gouvernement de l'État d'Israël, vit dans le dernier combattant de Béthar une source d'inspiration pour la jeunesse appelée, en 1948, à combattre pour la refondation d'un État juif[69]. Sur l'aile révisionniste du mouvement sioniste, Zeev Jabotinsky fonda dès 1923 un mouvement de jeunesse baptisé Betar, du nom même de la forteresse où Bar Kokhba avait péri, contraction également suggestive de « Brith Trumpeldor », en hommage au militant sioniste Joseph Trumpeldor[70].

Un débat historiographique encore vif

Aujourd'hui, la figure de Bar Kokhba continue de susciter un débat historiographique actif, notamment quant à la fiabilité relative des chiffres de Cassius Dion, à l'ampleur exacte du soulèvement, et à la nature précise — nationale, religieuse ou messianique — de ses objectifs premiers[71]. Les colloques scientifiques réunis sous la direction de l'historien Peter Schäfer ont notamment permis de croiser les sources littéraires, épigraphiques, numismatiques et papyrologiques pour affiner une image plus nuancée que celle, univoque, léguée soit par la polémique chrétienne ancienne, soit par le récit héroïque du sionisme moderne[72].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Cassius Dion, Histoire romaine, livre LXIX, 14, 1-2. Texte original anglais : « Five hundred and eighty thousand men were slain in the various raids and battles, and the number of those that perished by famine, disease and fire was past finding out […]. Fifty of their most important outposts and nine hundred and eighty-five of their most famous villages were razed to the ground. » — LacusCurtius.

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  2. Menahem Mor, The Second Jewish Revolt: The Bar Kokhba War, 132-136 CE, Brill, coll. « Ancient Judaism and Early Christianity », Leiden/Boston, 2016 — synthèse académique de référence sur les causes, le déroulement et le bilan de la révolte, incluant la discussion sur l'édit d'Hadrien concernant la circoncision et sur la fiabilité relative des chiffres de Cassius Dion.

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  3. Werner Eck, « The Bar Kokhba Revolt: The Roman Point of View », Journal of Roman Studies, vol. 89, 1999, p. 76-89 — étude épigraphique de référence sur la mobilisation militaire romaine (jusqu'à douze légions ou vexillations), la disparition de la légion XXII Deiotariana des registres connus, et l'ampleur réelle des pertes romaines déduite des diplômes militaires de 134.

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  4. Cassius Dion, Histoire romaine, livre LXIX, 14, 3. Texte original anglais : « Many Romans, moreover, perished in this war. Therefore Hadrian in writing to the senate did not employ the opening phrase commonly affected by the emperors, "If you and your children are in health, it is well; I and the legions are in health." » — LacusCurtius.

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  5. Saint Justin Martyr, Première Apologie, chapitre 31, vers 150-155. Texte original grec transmis en traduction anglaise de référence : « For in the Jewish war which lately raged, Barchochebas, the leader of the revolt of the Jews, gave orders that Christians alone should be led to cruel punishments, unless they would deny Jesus Christ and utter blasphemy. » — texte intégral sur New Advent.

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  6. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre IV, chapitre 8, § 4, citant explicitement saint Justin Martyr. Texte original anglais : « For in the late Jewish war Barcocheba, the leader of the Jewish rebellion, commanded that Christians alone should be visited with terrible punishments unless they would deny and blaspheme Jesus Christ. » — New Advent.

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  7. Saint Jérôme, Chronique, à l'année correspondant à la 227e olympiade (134 apr. J.-C. dans l'édition de référence de Rudolf Helm, Die Chronik des Hieronymus, GCS 47), tournant IVe-Ve siècle. Traduction consultée d'après la transmission savante reprise par plusieurs synthèses patristiques sur Bar Kokhba, notamment Livius.org. Texte anglais de référence : « Barcocheba, leader of a party of the Jews, because the Christians are not willing to help him against the Roman army, murders them with every sort of torture. »

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  8. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre IV, chapitre 6, § 4. Texte original anglais : « And thus, when the city had been emptied of the Jewish nation […], it was colonized by a different race […] the first one to assume the government of it after the bishops of the circumcision was Marcus. » — New Advent.

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  9. Talmud de Jérusalem, traité Taanit 4, 6 (folios 68d-69a), rédaction achevée vers le IVe-Ve siècle mais transmettant une tradition remontant au IIe siècle. Traduction consultée via le Center for Online Judaic Studies et Judaism and Rome. Texte : « Quand Rabbi Akiva voyait Bar Koziba, il disait : "Celui-ci est le roi Messie." Rabbi Yohanan ben Torta lui répondit : "Akiva, l'herbe poussera sur tes joues et le fils de David ne sera pas encore venu." »

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  10. Grottes du Wadi Murabba'at (Nahal Darga, désert de Juda) : découvertes par des Bédouins en 1951, fouillées en 1952 par G. L. Harding et R. de Vaux. Elles livrèrent, outre des manuscrits bibliques, des documents de l'époque de la révolte de Bar Kokhba (132-135), dont des pièces de son administration. L'Israel Antiquities Authority range ensemble « the scrolls dating to the era of the Bar Kokhba Revolt (132-135 CE) recovered from the caves of Wadi Murabba'at and Nahal Hever » — voir IAA, Discovery Sites ; sur la fouille Harding-de Vaux de 1952, voir Bar Kokhba refuge caves.

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  11. Yigael Yadin, Bar-Kokhba: The Rediscovery of the Legendary Hero of the Second Jewish Revolt against Rome, Random House, New York, 1971 — récit de fouille de référence sur les grottes du Nahal Hever (1960-1961) et édition des lettres de Simon bar Kosiba, dont le titre Nasi Israël, la correspondance avec Yehonatan bar Baayan et Masabala, et l'administration territoriale de la révolte. Compte rendu préliminaire des campagnes : Y. Yadin, « Expedition D », dans The Expedition to the Judean Desert, Israel Exploration Society, Jérusalem, 1960, p. 36-52. Édition définitive des papyri : Y. Yadin, J. Greenfield, A. Yardeni et B. Levine (éd.), The Documents from the Bar Kokhba Period in the Cave of Letters, Israel Exploration Society, Jérusalem, 1989. Total de quinze lettres — treize en hébreu et en araméen, deux en grec — confirmé par le Center for Online Judaic Studies (« archive of fifteen letters ») et le Lexham Bible Dictionary (« 15 of Bar Kokhba's letters »).

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  12. Nombres 24, 17, Bible de Jérusalem. Texte : « Je le vois, mais non pour maintenant, je l'aperçois, mais non de près : un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se lève, issu d'Israël. Il frappe les tempes de Moab et le crâne de tous les fils de Seth. »

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  13. Sur la lecture messianique traditionnelle de l'oracle de Balaam (Nb 24, 17) dans l'exégèse juive du tournant de l'ère chrétienne, voir notamment les manuscrits de Qumrân (Document de Damas 7, 18-20 ; Règle de la Guerre 11, 6-7), qui appliquent déjà ce verset à une figure messianique royale et guerrière attendue à la fin des temps.

    17
  14. Sur la structuration du judaïsme rabbinique après la destruction du Temple de 70 et avant la révolte de Bar Kokhba, voir l'article Ignispedia Que dit l'Église sur le judaïsme ? et Le judaïsme.

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  15. Cassius Dion, Histoire romaine, livre LXIX, 12, 1-2, rédigé au début du IIIe siècle. Traduction Loeb Classical Library consultée via LacusCurtius / University of Chicago. Texte original anglais : « At Jerusalem he founded a city in place of the one which had been razed to the ground, naming it Aelia Capitolina, and on the site of the temple of the god he raised a new temple to Jupiter. This brought on a war of no slight importance nor of brief duration. »

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  16. Saint Jérôme, Commentaire sur Matthieu, sur Mt 24, 15, tournant IVe-Ve siècle. Texte original anglais (traduction) : « […] or to the statue of the mounted Hadrian, which stands to this very day on the site of the Holy of Holies. » — cité d'après Livius.org.

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  17. Leo Mildenberg, The Coinage of the Bar Kokhba War, Verlag Sauerländer / Office du Livre, Aarau-Francfort-Salzbourg, 1984 — étude numismatique de référence sur les monnaies refrappées de la révolte, leur iconographie (façade du Temple, loulav, etrog) et leurs légendes en paléo-hébreu.

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  18. Cassius Dion, Histoire romaine, livre LXIX, 13, 3. Texte original anglais : « Severus did not venture to attack his opponents in the open at any one point, in view of their numbers and their desperation, but by intercepting small groups […] and by depriving them of food and shutting them up, he was able, rather slowly, to be sure, but with comparatively little danger, to crush, exhaust and exterminate them. » — LacusCurtius.

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  19. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre IV, chapitre 6, § 3-4, début IVe siècle. Texte original anglais : « The war raged most fiercely in the eighteenth year of Adrian, at the city of Bithara [Bethther/Béthar], which was a very secure fortress […]. The whole nation was prohibited from this time on by a decree […] from ever going up to the country about Jerusalem. » — texte intégral sur New Advent.

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  20. Mishna, traité Taanit 4, 6, rédaction achevée vers 200. Texte : « Le neuf du mois d'Av, il fut décrété que nos pères n'entreraient pas dans le Pays [promis], le Temple fut détruit la première puis la seconde fois, Béthar fut prise et la ville [de Jérusalem] fut passée à la charrue. »

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  21. Sur le renommage de la province de Judée en Syrie-Palestine comme mesure punitive consécutive à la révolte, voir Menahem Mor, op. cit., ainsi que les synthèses de H. M. Cotton et W. Eck sur l'administration provinciale romaine après 135 — le renommage est unanimement daté de l'immédiat après-guerre par l'historiographie moderne, bien qu'aucune source antique n'en détaille explicitement les motivations impériales, laissées à l'interprétation des historiens.

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  22. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre IV, chapitre 6, § 2. Texte original anglais : « The leader of the Jews at this time was a man by the name of Barcocheba (which signifies a star), who possessed the character of a robber and a murderer, but nevertheless, relying upon his name, boasted to them, as if they were slaves, that he possessed wonderful powers. » — New Advent.

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  23. Saint Jérôme, Apologie contre Rufin, livre III, chapitre 31, rédigé vers 401-402. Texte original anglais (traduction) : « […] just as that famed Barchochebas, the instigator of the Jewish uprising, kept fanning a lighted blade of straw in his mouth with puffs of breath so as to give the impression that he was spewing out flames. » — texte intégral sur New Advent, cité également d'après Livius.org.

    55
  24. Sur le jugement rétrospectif du judaïsme rabbinique concernant Bar Koziba et son échec messianique, voir Talmud de Babylone, traité Sanhédrin 93b, et la synthèse de Peter Schäfer (dir.), op. cit., sur la réception rabbinique tardive de la révolte.

    59
  25. Sur la diversité des attentes messianiques juives du Second Temple et la succession de prétendants messianiques défaits entre Judas le Galiléen et Bar Kokhba, voir l'article Ignispedia Le judaïsme, section sur les voies messianiques juives.

    61
  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 675-676. Texte : « L'Église ne rejoindra la gloire du Royaume qu'à travers cette ultime Pâque […]. La tromperie religieuse suprême est celle de l'Antichrist, c'est-à-dire d'un pseudo-messianisme où l'homme se glorifie lui-même à la place de Dieu et de son Messie venu dans la chair. » — texte intégral sur vatican.va.

    62
  27. Concile Vatican II, déclaration Nostra Aetate, § 4, promulguée par le pape Paul VI le 28 octobre 1965. Texte : « Bien que l'Église soit le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés ni comme maudits par Dieu, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. » — texte intégral sur vatican.va.

    63
  28. Catéchisme de l'Église catholique, § 674. Texte : « La venue du Messie glorieux est, à chaque instant de l'histoire, suspendue à sa reconnaissance par "tout Israël" […]. La "pleine intégration" des Juifs dans le salut messianique, à la suite de la "totalité des païens" […], fera parvenir le Peuple de Dieu à la "mesure de la stature du Christ". » — texte intégral sur vatican.va.

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  29. Peter Schäfer (dir.), The Bar Kokhba War Reconsidered: New Perspectives on the Second Jewish Revolt against Rome, Mohr Siebeck, coll. « Texts and Studies in Ancient Judaism », Tübingen, 2003 — recueil académique de référence croisant sources littéraires, épigraphiques, numismatiques et papyrologiques sur la révolte et sa réception rabbinique et historiographique.

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  30. Sur la fondation en 1923 par Zeev Jabotinsky du mouvement de jeunesse sioniste révisionniste Betar, nommé d'après la forteresse où périt Bar Kokhba, voir l'historiographie du sionisme révisionniste, notamment les travaux consacrés à Jabotinsky et au mouvement Betar-Brith Trumpeldor.

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  31. Sur le soutien du gouvernement de David Ben Gourion aux fouilles archéologiques de Yigael Yadin dans les grottes du Nahal Hever en 1960-1961, et sur la valeur symbolique accordée par les dirigeants du jeune État d'Israël à la figure de Bar Kokhba comme modèle de résistance nationale, voir Yigael Yadin, op. cit., introduction.

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