Nicodème est le pharisien qui vint trouver Jésus pendant la nuit : un notable des Juifs, un chef siégeant au Sanhédrin, qui interroge le Maître sur la nouvelle naissance, le défend ensuite devant ses collègues, puis sort au grand jour pour ensevelir le Crucifié avec environ cent livres de myrrhe et d'aloès. Trois scènes, toutes dans le quatrième évangile, dessinent une trajectoire unique dans le Nouveau Testament : de la nuit de la prudence à la lumière du tombeau ouvert, un homme qui avance pas à pas vers la foi.
Son entretien nocturne porte la phrase la plus citée de toute la Bible : Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique. Et sa dernière apparition le montre aux côtés de Joseph d'Arimathie, maniant les aromates comme pour une sépulture royale. L'Église le tient pour une personne qui a vécu, honorée au Martyrologe le 3 août, commentée par les plus grands Pères, peinte par les plus grands maîtres. La tradition juive elle-même garde le souvenir d'un Naqdimon ben Gouryon, riche et pieux notable de la Jérusalem d'avant 70, en qui beaucoup reconnaissent le même homme.
Cet article le présente comme personnage de la Bible reçue par l'Église : sa place dans le canon johannique, l'auteur et la datation traditionnels de l'évangile qui le raconte, les trois scènes qui le révèlent, leur théologie, sa mémoire dans la tradition juive et chrétienne, sa présence dans la liturgie, puis, en fin de parcours, le débat avec l'exégèse moderne. Le dossier détaillé du quatrième évangile se lit dans L'Évangile selon saint Jean, la vie de son auteur dans saint Jean l'Évangéliste : on ne les redouble pas ici, on y renvoie.
Nicodème dans le canon des Écritures
Un personnage propre au quatrième évangile
Nicodème n'apparaît ni dans les évangiles synoptiques, ni dans les Actes, ni dans les épîtres : les trois mentions de son nom appartiennent toutes à l'évangile selon saint Jean, et à lui seul[1][2][3]. Ce n'est pas une anomalie : chaque évangéliste garde ses témoins propres, et Jean, qui écrit le dernier, recueille des figures de Jérusalem que les récits galiléens n'avaient pas retenues. Le tableau ci-dessous donne les trois passages qui structurent tout le dossier.
| Passage | Moment du récit | Ce que la scène apporte sur Nicodème |
|---|---|---|
| Jn 3, 1-21 | Début du ministère, après la Pâque à Jérusalem | Pharisien et notable, visite nocturne, entretien sur la nouvelle naissance, annonce de l'amour de Dieu pour le monde |
| Jn 7, 45-52 | Fête des Tentes, conflit ouvert avec les chefs | Membre du Sanhédrin, défense publique de Jésus au nom de la Loi, essuie la moquerie de ses collègues |
| Jn 19, 38-42 | Soir du Vendredi saint, après la mort en croix | Apporte myrrhe et aloès en quantité royale, ensevelit Jésus avec Joseph d'Arimathie, au grand jour |
Aucune des trois scènes ne fonctionne seule : la nuit donne la doctrine, le Sanhédrin donne le courage naissant, le tombeau donne l'acte public. C'est l'ensemble, reçu comme un tout, qui fait de Nicodème le disciple passé des ténèbres à la lumière[4].
L'évangile qui le raconte : auteur et datation reçus
L'Église reçoit le quatrième évangile comme l'œuvre de saint Jean, le fils de Zébédée, l'apôtre qui avait reposé sur la poitrine du Seigneur, écrivant à Éphèse à la fin du Ier siècle. Le témoin le plus ancien est saint Irénée, lui-même disciple de Polycarpe, qui avait connu Jean : vers 180, il écrit que Jean publia l'évangile pendant son séjour à Éphèse[5].
« Jean, le disciple du Seigneur, celui qui avait reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l'Évangile, lors de son séjour à Éphèse, en Asie. »
Les relais anciens se succèdent sans rupture : le fragment de Muratori, vers la fin du IIe siècle, compte Jean parmi les disciples et lui attribue le quatrième évangile[7] ; Clément d'Alexandrie, cité par Eusèbe, rapporte que Jean composa le dernier un évangile spirituel, voyant que les faits extérieurs avaient déjà été exposés[8] ; Eusèbe place son exil à Patmos puis son ministère à Éphèse jusqu'au règne de Trajan[9]. La Commission Biblique Pontificale a confirmé le 29 mai 1907 qu'il est historiquement certain que l'apôtre Jean est l'auteur du quatrième évangile, récit historique des faits et des discours réels de la vie du Seigneur[10]. Le papyrus P52, fragment de ce même évangile copié vers 125, interdit en tout cas toute datation basse fantaisiste : le texte circulait déjà en Égypte au début du IIe siècle[11].
La datation traditionnelle, les années 90 à 100, à Éphèse, reste donc défendable sans acrobatie : elle cadre avec la vie de l'apôtre, mort vers l'an 100, et même une partie de l'exégèse contemporaine situe la rédaction entre 90 et 110, ce qui ne contredit en rien la tradition. Le vrai débat moderne porte sur l'auteur, pas sur la date, et il est traité en fin d'article. Pour le dossier complet du livre, voir L'Évangile selon saint Jean.
L'entretien de nuit : naître d'en haut (Jn 3, 1-21)
Un pharisien, un notable, une visite nocturne
Le récit ouvre sur une carte d'identité en trois traits : pharisien, notable des Juifs, visiteur de nuit. Pharisien, donc homme de la Loi observée à la lettre et de la résurrection attendue. Notable, littéralement chef, donc membre de l'aristocratie qui siège au Sanhédrin. Venu de nuit, donc prudemment, sans rompre encore avec son milieu[12].
« Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c'était un notable parmi les Juifs. Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : "Rabbi, nous le savons, c'est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n'est pas avec lui." »
Évangile selon saint Jean, 3, 1-2[13]
Chaque mot compte. Nicodème dit nous savons : il ne parle pas seul, un cercle de chefs partage son estime secrète. Il appelle Jésus Rabbi : le notable reconnaît un maître. Il raisonne en homme de sagesse : les signes prouvent l'envoi. Jésus ne répond pas à la politesse, il répond au désir caché : que faut-il pour entrer dans le Royaume dont ces signes sont l'annonce.
Naître d'en haut : le double sens qui arrête Nicodème
La réponse de Jésus joue sur le verbe grec qui signifie à la fois de nouveau et d'en haut : il faut naître de nouveau parce qu'il faut naître d'en haut, d'une naissance venue de Dieu et non de la chair[14]. Nicodème n'entend que le premier sens, charnel, et s'enferre dans l'absurde : un vieillard peut-il retourner dans le sein de sa mère.
« Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d'en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. »
Jésus à Nicodème, Évangile selon saint Jean, 3, 3[15]
Jésus précise alors le moyen : l'eau et l'Esprit. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit : la chair, même pieuse, même pharisienne, ne produit que de la chair. Il faut une seconde naissance, et elle est donnée, non conquise[16]. Saint Jean Chrysostome, qui commente le passage verset par verset, relève la pédagogie du Seigneur : à l'objection du vieillard qui dit impossible, Jésus répond que la chose est tellement possible qu'elle est nécessaire, et qu'il n'y a pas d'autre chemin pour être sauvé[17].
« Vous dites que c'est impossible ; je dis que c'est tellement possible que c'est même nécessaire, et qu'il n'est même pas possible d'être sauvé autrement. »
Saint Jean Chrysostome, Homélie 25 sur saint Jean, sur Jn 3, 5[18]
L'image du vent achève la leçon : on entend sa voix sans savoir d'où il vient ni où il va, ainsi en est-il de quiconque est né de l'Esprit. Le jeu de mots aide ici la mémoire, car en hébreu comme en grec le même mot dit le vent et l'esprit : rouah, pneuma, le souffle que nul ne tient en main[19].
Maître en Israël, et l'annonce de la croix
Jésus s'étonne alors, avec une pointe d'ironie douce : toi, le maître en Israël, tu ne connais pas ces choses. Le reproche est mesuré : les Écritures annonçaient l'eau purificatrice et l'esprit nouveau, d'Ézéchiel à Joël, et un docteur devrait les reconnaître[20]. Puis le ton change : le Fils de l'homme descendu du ciel doit être élevé, comme le serpent d'airain au désert, afin que quiconque croit ait la vie éternelle. Dès la troisième page de l'évangile, la croix est annoncée à un homme de la nuit, et l'élévation infamante devient le signe où tous les regards guérissent[21].
Dieu a tellement aimé le monde (Jn 3, 16-18)
L'entretien culmine dans la phrase la plus connue de toute l'Écriture, que beaucoup d'exégètes lisent comme la méditation de l'évangéliste lui-même prolongeant la parole du Seigneur : Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique[22].
« Car Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »
Évangile selon saint Jean, 3, 16-17[23]
Trois précisions portent toute la théologie du passage. D'abord l'objet de l'amour : le monde, non le petit cercle des purs, mais l'ensemble perdu que le Fils vient sauver et non juger. Ensuite le don : le Fils unique, livré jusqu'à l'élévation de la croix annoncée quelques versets plus haut. Enfin la condition : quiconque croit, ouverte à tous, y compris à un notable venu de nuit. Le jugement ne vient pas d'une sentence extérieure : la lumière est venue dans le monde, et ceux qui préfèrent les ténèbres se jugent eux-mêmes en les choisissant[24]. Pour Nicodème, l'avertissement est personnel : restera-t-il l'homme de la nuit, ou viendra-t-il à la lumière.
La défense devant le Sanhédrin : le courage naissant (Jn 7, 45-52)
Notre Loi permet-elle de juger sans entendre
La deuxième scène se joue en plein jour, à la fête des Tentes, quand le conflit devient ouvert. Les gardes envoyés pour arrêter Jésus reviennent bredouilles : jamais un homme n'a parlé de la sorte. Les pharisiens raillent : est-ce que l'un des chefs a cru en lui, est-ce que cette foule qui ignore la Loi n'est pas maudite. C'est alors que Nicodème, nommé par l'évangéliste comme celui qui était allé précédemment trouver Jésus, prend la parole au milieu des siens[25].
« Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l'entendre d'abord pour savoir ce qu'il a fait ? »
Nicodème devant les chefs, Évangile selon saint Jean, 7, 51[26]
L'argument est strictement juridique : le Deutéronome interdit de condamner sur une rumeur, il faut entendre et instruire[27]. Nicodème ne confesse pas encore sa foi, il exige la procédure. Mais dans une assemblée déjà décidée à arrêter Jésus, exiger la Loi contre la meute, c'est déjà se désigner. Saint Augustin y voit le progrès d'un homme que la nuit n'a pas découragé : il défend le Seigneur sans encore le confesser ouvertement, et sa parole, bien que prudente, irrite des juges iniques[28].
Es-tu de Galilée, toi aussi
La réponse fuse, méprisante : serais-tu, toi aussi, de Galilée. Cherche bien, et tu verras qu'un prophète ne surgit pas de Galilée. L'objection se voulait savante et se révèle fautive : Jonas, fils d'Amitthaï, était de Gath-Hépher, bourgade de Galilée, et le deuxième livre des Rois le dit expressément[29]. Des docteurs qui reprochent à Nicodème d'ignorer l'Écriture l'ignorent eux-mêmes sur ce point, ou feignent de l'ignorer. La scène se referme sans suite : on ne répond pas à Nicodème, on le couvre de honte, et chacun rentre chez soi. Mais l'évangéliste a noté l'essentiel : le visiteur de nuit a parlé en plein conseil, et il a payé sa parole d'une humiliation publique.
L'ensevelissement : au grand jour, avec cent livres d'aromates (Jn 19, 38-42)
Myrrhe et aloès en quantité royale
La troisième scène est la plus brève et la plus éloquente : après la mort en croix, Joseph d'Arimathie obtient le corps de Pilate, et Nicodème, présenté comme celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit, apporte un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres[30]. La livre romaine valant un peu plus de trois cents grammes, ce sont plus de trente kilos d'aromates, une quantité qui dépasse tout usage privé et évoque les sépultures royales : pour le roi Asa, on avait brûlé un amas d'aromates immense, et les foules savaient ce que signifiait un tel faste[31].
« Nicodème, celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit, vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu'ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d'ensevelir les morts. »
Évangile selon saint Jean, 19, 39-40[32]
Le rappel de la nuit, glissé par l'évangéliste au moment même où Nicodème agit en plein jour, est volontaire : celui qui venait dans l'ombre manie désormais les aromates devant tous, avec un collègue du conseil, dans un jardin proche du lieu du supplice, pour un tombeau neuf où personne n'avait encore été déposé. Le secret est fini. Le considérable du don dit le considérable du changement : on n'achète pas trente kilos de myrrhe pour un maître qu'on admire de loin.
Deux conseillers au tombeau
Jean associe étroitement les deux hommes : Joseph fournit l'audace de la demande à Pilate et le tombeau, Nicodème fournit les aromates et les bras. Tous deux appartenaient au monde des chefs, tous deux craignaient, tous deux sortent ensemble de la crainte le même soir[33]. Le dossier détaillé du premier se lit dans l'article voisin : voir Joseph d'Arimathie. On notera seulement que l'évangile ne dit rien d'une conversion en forme, ni d'un baptême, ni d'une suite : il montre un acte, et laisse l'acte parler. La tradition y a toujours lu la confession la plus nette, celle des mains qui ensevelissent.
La théologie des trois scènes : de la nuit à la lumière
Une progression voulue par l'évangéliste
Les trois apparitions forment une montée que les Pères ont tous relevée : nuit, demi-jour, plein jour ; parole reçue, parole défendue, corps enseveli ; secret, conseil, tombeau[34]. Le tableau ci-dessous résume cette pédagogie du courage.
| Étape | Lieu et lumière | Parole ou acte | Degré de la foi |
|---|---|---|---|
| Jn 3 | Maison, pendant la nuit | Interroge et écoute | Le désir secret, l'estime sans rupture |
| Jn 7 | Conseil, en plein jour | Défend au nom de la Loi | Le courage naissant, payé d'une humiliation |
| Jn 19 | Jardin, au soir du supplice | Ensevelit avec aromates royaux | L'acte public, sans retour possible |
Rien n'est idéalisé : Nicodème avance lentement, comprend à moitié, parle avec prudence. C'est précisément cette lenteur qui fait sa force apologétique : un personnage inventé pour illustrer la foi parfaite aurait été dessiné d'un trait, confessant dès la nuit. Celui-ci résiste, raisonne, se tait, puis agit. Les figures réelles ont ces irrégularités ; les symboles n'en ont pas.
L'eau et l'Esprit : le baptême annoncé
L'Église lit dans la parole sur l'eau et l'Esprit l'annonce du baptême, et le Catéchisme cite expressément le verset : nul, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu[35]. Le Seigneur lui-même affirme la nécessité du baptême pour le salut, et le Catéchisme reprend la même parole pour fonder cette nécessité[36].
« Ce bain est appelé illumination, parce que ceux qui reçoivent cet enseignement ont l'esprit illuminé. Ayant reçu dans le Baptême le Verbe, la lumière véritable qui illumine tout homme, nous devenons, après avoir été illuminés, des fils de lumière. »
Catéchisme de l'Église catholique, § 1216[37]
Nicodème, qui entendait l'exigence sans en voir le moyen, reçoit ainsi sa réponse deux fois : dans l'entretien, par la promesse, et dans l'histoire de l'Église, par le sacrement. La tradition qui fait de lui un baptisé des apôtres, accueilli chez Gamaliel, ne contredit rien de l'évangile : elle en déploie la logique[38].
Le maître repris, et la leçon pour les savants
Le reproche adressé au maître en Israël garde une portée permanente : le savoir des Écritures ne dispense pas de la naissance d'en haut, et peut même l'encombrer quand il devient assurance. Nicodème savait les prophéties de l'eau et de l'esprit, et ne les reconnaissait pas accomplies devant lui. Cyrille d'Alexandrie, commentant le chapitre 3 au livre II de son commentaire, y voit la figure de ceux qui mesurent les choses divines à la logique charnelle et s'étonnent que Dieu agisse autrement que leurs systèmes[39]. La leçon vaut pour tous les temps : on peut être docteur et rester au seuil, tant qu'on n'a pas consenti à naître autrement.
Naqdimon ben Gouryon : le souvenir gardé par la tradition juive
Un riche notable de la Jérusalem d'avant 70
Le Talmud garde le souvenir d'un Naqdimon ben Gouryon, l'un des trois grands riches de Jérusalem au temps du siège, avec Ben Kalba Shabua et Ben Tsitsit ha-Keset : leurs réserves auraient permis à la ville de tenir des années[40]. Sa fille, dit un autre passage, connut après la ruine de 70 une misère telle qu'elle ramassait l'orge parmi les bêtes, image devenue proverbiale du retournement des fortunes[41]. Le récit le plus célèbre raconte qu'en une année de sécheresse, Naqdimon emprunta douze puits d'eau pour les pèlerins de la fête, en garantissant le remboursement d'une somme énorme : la pluie remplit les puits juste à temps, puis le soleil perça les nuages, et c'est de ce percement, niqed, que lui serait venu son surnom[42]. Un recueil ancien précise que son vrai nom était Buni, et que Naqdimon fut le surnom donné après le miracle[43].
| Source juive | Passage | Ce qu'elle rapporte de Naqdimon |
|---|---|---|
| Talmud de Babylone, Gittin | 56a | Parmi les trois riches de Jérusalem assiégée, capable de nourrir la ville des années |
| Talmud de Babylone, Ketubot | 66b | Sa fille réduite à la misère après 70, ramassant l'orge |
| Talmud de Babylone, Taanit | 19b-20a | Les douze puits empruntés, la pluie, le soleil qui perce, origine du surnom |
| Avot deRabbi Nathan | 6 | Son nom propre Buni, surnommé Naqdimon |
| Midrash Lamentations Rabbah | 1, 5 | Sa richesse et sa chute parmi les notables de Jérusalem |
Le même homme que le Nicodème de l'évangile
L'identification des deux figures est tenue pour probable par beaucoup, des deux côtés : la Jewish Encyclopedia notait déjà qu'il est selon toute vraisemblance identique au Naqdimon du Talmud, saint populaire renommé pour ses miracles, ce qui éclairerait même la mention des choses célestes dans l'entretien avec Jésus[44]. Les indices convergent : même milieu, l'aristocratie sadducéenne et pharisienne de Jérusalem ; même époque, la génération d'avant 70 ; même profil, richesse, piété, proximité du Temple dont les fêtes rythment les deux dossiers ; même nom, Nicodème étant la forme grecque de Naqdimon[45]. Le miracle du soleil répondrait en outre curieusement au thème johannique de la lumière : l'homme pour qui le soleil perça les nuages est celui que l'évangile fait passer de la nuit à la lumière.
L'honnêteté exige de dire la limite : aucun texte ne fait explicitement le lien, ni le Talmud qui tait tout contact avec Jésus, ni l'évangile qui tait la richesse et le miracle des puits. Le silence du Talmud sur un notable devenu disciple s'explique sans peine après 70, quand les rabbins reconstruisaient le judaïsme contre l'Église naissante ; le silence de l'évangile sur la fortune s'explique de même, Jean ne retenant de l'homme que son chemin vers la foi. L'identification reste donc une hypothèse, mais une hypothèse lourde, portée par le nom, le milieu, la date et le profil, et non une marotte pieuse. Elle a pour elle qu'elle n'invente rien : elle rapproche deux dossiers attestés chacun de son côté.
La mémoire chrétienne : fête, apocryphe, Pères et images
Le 3 août : Étienne, Gamaliel, Nicodème et Abibas
Le Martyrologe romain inscrit au 3 août la découverte, par révélation faite au prêtre Lucien sous l'empereur Honorius, en 415, des corps du protomartyr Étienne et des saints Gamaliel, Nicodème et Abibas[46].
« À Jérusalem, la découverte du corps du bienheureux Étienne protomartyr et des saints Gamaliel, Nicodème et Abibas, par une révélation divine faite au prêtre Lucien, au temps de l'empereur Honorius. »
Martyrologe romain, au 3 août[47]
La tradition rapporte que Gamaliel, le maître de saint Paul, avait recueilli Étienne après sa lapidation, puis Nicodème chassé par les siens, et que tous reposaient ensemble près de Jérusalem[48]. Que le récit de Lucien mêle histoire et merveilleux, nul ne le nie ; qu'il atteste une vénération ancienne de Nicodème comme saint, uni à Étienne dans la même mémoire, est le point qui compte pour l'Église. Le calendrier général ne réserve pas de messe propre à Nicodème : sa mémoire est portée par le Martyrologe, lue dans l'office du 3 août, et c'est à ce titre qu'il figure parmi les saints.
L'Évangile de Nicodème : un apocryphe qui n'est pas de lui
Un écrit célèbre porte son nom : l'Évangile de Nicodème, mieux nommé Actes de Pilate, auquel s'ajoute en appendice le récit de la descente aux enfers. Le titre est médiéval, l'ensemble remonte pour l'essentiel au milieu du IVe siècle, et le Décret dit de Gélase, à la fin du Ve siècle, le range parmi les livres apocryphes, non reçus dans le canon[49]. Nicodème y figure comme l'un des défenseurs de Jésus devant Pilate, aux côtés de Joseph d'Arimathie : l'imagination chrétienne avait retenu la leçon de Jn 7 et amplifié le défenseur en témoin officiel.
Deux précisions s'imposent. D'abord, cet apocryphe ne prouve rien sur le Nicodème historique : il prouve l'ancienneté et la chaleur de sa mémoire, puisqu'on plaça sous son nom un plaidoyer pour le Christ. Ensuite, il ne doit pas être confondu avec l'évangile : quand l'Église cite Nicodème, elle cite Jean 3, 7 et 19, jamais les Actes de Pilate. L'apocryphe éclaire la dévotion, seul le canon fonde la doctrine.
Les Pères : Chrysostome, Augustin, Cyrille
Aucun Père ne doute de l'historicité de l'homme : tous commentent l'entretien comme une scène vécue, riche d'enseignement. Saint Jean Chrysostome lui consacre ses homélies sur le début du chapitre 3, suivant pas à pas l'objection du vieillard et la réponse du Seigneur[50]. Saint Augustin traite la visite nocturne puis la défense au Sanhédrin dans ses traités sur Jean, et lit dans le progrès du nocturne visiteur la figure des catéchumènes qui avancent vers la lumière sans encore l'habiter[51]. Cyrille d'Alexandrie commente le chapitre au livre II de son grand commentaire, insistant sur la naissance d'en haut contre les mesures charnelles[52]. Trois lectures, trois siècles, une même certitude : Nicodème a existé, il est venu, il a entendu, il a grandi.
Dans l'art : la Descente de croix et l'entretien nocturne
Les peintres ont retenu les deux pôles du personnage : le colloque secret et le tombeau public. La Descente de croix de Rogier van der Weyden, vers 1435, montre Nicodème en riche manteau brodé d'or soutenant le corps du Seigneur, image du notable devenu serviteur du supplicié[53]. Rubens, dans le triptyque d'Anvers, le place en haut de l'échelle, recevant le corps avec Joseph : la force de l'homme mûr au service de la déposition[54]. L'entretien nocturne, plus rare, inspire les scènes de clair-obscur où la lampe isole les deux visages : la nuit peinte pour être dépassée par la lumière. Vitraux, retables et enluminures déclinent ces motifs dans toute l'Europe, et chaque Descente de croix où un vieillard richement vêtu tient les linges redit sans parole la trajectoire de la nuit au grand jour.
Nicodème dans la prière de l'Église
Ce que la liturgie proclame de lui
Nicodème n'a pas de messe propre, mais l'Église fait résonner ses paroles aux jours les plus solennels. Le récit de la Passion selon saint Jean, lu le Vendredi saint, fait entendre son geste : les aromates, les linges, le jardin, le tombeau neuf[55]. Et chaque 14 septembre, pour l'Exaltation de la Sainte Croix, l'évangile proclamé est tiré de l'entretien nocturne : il faut que le Fils de l'homme soit élevé, Dieu a tellement aimé le monde[56]. Ainsi le visiteur de nuit encadre l'année : entendu au printemps de Pâques dans le tombeau, entendu en septembre dans l'élévation de la croix.
Les prêtres et les fidèles qui récitent le Martyrologe entendent son nom chaque 3 août, uni à Étienne le protomartyr : le disciple secret rejoint le martyr public dans la même louange, comme pour sceller que la trajectoire de la nuit au jour va jusqu'au ciel[57].
Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites
L'hypothèse du personnage symbole
Une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire Nicodème non comme un homme réel, mais comme une figure construite par l'évangéliste : le type du judaïsme savant qui s'approche sans croire, le porte-parole des malentendus johanniques, le disciple secret dont l'ambiguïté sert la théologie de la lumière et des ténèbres[58]. Dans cette lecture, l'entretien de nuit serait une composition de l'auteur, les longs discours du quatrième évangile ne pouvant être des reportages, et la progression en trois scènes un artifice littéraire trop parfait pour être vécu.
L'exposé est loyal, et il touche juste sur un point : Jean écrit en théologien, ordonne, médite, relit. Mais composer n'est pas inventer, et l'hypothèse du pur symbole se heurte à quatre résistances du texte lui-même.
Première résistance : un nom, un rang, une époque vérifiables
Un symbole n'a besoin ni d'état civil ni de corroboration extérieure. Or Nicodème porte un nom attesté dans la Jérusalem d'avant 70, un rang précis au Sanhédrin, et la tradition juive conserve un Naqdimon ben Gouryon de même milieu et même génération, comme on l'a vu[59]. Les purs symboles johanniques, la femme de Samarie ou l'aveugle-né, restent sans ancrage extérieur ; Nicodème, lui, en a un. On n'habille pas une allégorie d'un état civil que les adversaires pourraient démentir, surtout quand on écrit à une génération des faits.
Deuxième résistance : le jeu de mots prouve le milieu, pas l'invention
L'objection la plus citée porte sur le double sens de naître d'en haut et de nouveau : ce jeu n'existe qu'en grec, Jésus parlant araméen n'aurait pu le tenir, donc l'entretien serait une création de l'évangéliste hellénophone[60]. L'argument prouve moins qu'il ne semble. D'abord, Jérusalem était bilingue, et un notable du Sanhédrin maniait le grec ; un entretien en grec, ou mêlé de grec, entre un Galiléen et un notable hiérosolymitain n'a rien d'invraisemblable. Ensuite, Jean signale lui-même ses traductions de l'araméen : Rabbi, Messie, Céphas sont donnés avec leur équivalent, preuve d'un auteur qui distingue la langue parlée et la langue écrite[61]. Enfin, le raisonnement se retourne : si l'évangéliste inventait librement, pourquoi prêter à Jésus un jeu intraduisible qui embarrasse, au lieu d'une sentence claire. La difficulté du texte est la marque de sa racine, non de sa fabrication.
Troisième résistance : les maladresses d'un témoin, pas les coutures d'un mythe
Les trois scènes portent les irrégularités du vécu : une défense juridique qui échoue, une moquerie essuyée sans réplique, un acte final sans confession explicite. Surtout, la bourde des collègues sur la Galilée, qui ignorent Jonas de Gath-Hépher, sonne comme le compte rendu d'une séance houleuse, avec ses approximations et ses vexations, et non comme une scène réglée pour démontrer une thèse[62]. Les constructions symboliques sont lisses ; ce récit grince par endroits, et c'est son grincement qui le garantit.
Quatrième résistance : les Pères l'ont connu comme un homme
De Chrysostome à Augustin à Cyrille, des rives du Bosphore à celles du Nil, aucun témoin ancien ne traite Nicodème en allégorie[63]. Ces lecteurs, dont le grec était la langue maternelle et qui maniaient l'allégorie mieux que personne, ont lu un homme, commenté un cheminement, prêché un exemple. L'hypothèse du symbole suppose donc que toute l'Église ancienne, Grecs compris, se soit trompée sur le sens d'un texte écrit dans sa propre langue, et que la vérité du passage ait attendu les universités modernes. C'est possible en principe ; en pratique, c'est une lourde présomption à soulever sans preuve, et l'argument du silence des Pères sur une lecture symbolique vaut ici contre les symbolistes.
Pourquoi la lecture traditionnelle reste défendable
Reste la question des longs discours : Jésus a-t-il vraiment parlé ainsi, ou Jean lui prête-t-il ses méditations. La réponse catholique tient les deux bouts : l'évangile est récit historique des faits et des discours réels, selon le mot de la Commission Biblique, et l'évangéliste, inspiré, ordonne et approfondit sans trahir[64]. Benoît XVI rappelait, contre une exégèse qui dissoudrait le texte en strates, qu'on ne rencontre jamais le Jésus des reconstructions, seulement celui des évangiles reçus, et que la foi porte sur lui[65]. Nicodème, venu de nuit et reparti vers la lumière, appartient à ce Jésus reçu : le nier comme homme, c'est appauvrir l'évangile ; le garder comme témoin, c'est garder l'évangile entier.
Pour aller plus loin
Nicodème enseigne aux savants l'humilité, aux prudents le courage, et à tous que la foi est un chemin, non un éclair : on peut commencer dans la nuit, balbutier devant le conseil, et finir les mains dans la myrrhe. Quiconque croit devoir tout comprendre avant de suivre se souviendra du maître en Israël repris avec douceur ; quiconque craint de se déclarer se souviendra des trente kilos d'aromates portés au grand jour. Le visiteur nocturne est devenu le patron discret de tous les chercheurs de Dieu qui avancent pas à pas : venir de nuit n'est pas une faute, à condition de marcher vers la lumière.
Pour prolonger : le dossier du livre dans L'Évangile selon saint Jean, la vie de son auteur dans saint Jean l'Évangéliste, le compagnon du tombeau dans Joseph d'Arimathie, et le grand signe qui précipita le conflit dans Lazare de Béthanie relevé d'entre les morts.
Notes et références
Évangile selon saint Jean, 3, 1-2 : pharisien, notable des Juifs, visite nocturne. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
1 12 13 15Évangile selon saint Jean, 7, 45-52 : les gardes, l'intervention de Nicodème, la réplique sur la Galilée. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
2 25 26Évangile selon saint Jean, 19, 38-42 : Joseph obtient le corps, Nicodème apporte myrrhe et aloès, linges, tombeau neuf. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
3 30 32Les trois scènes forment la totalité du dossier scripturaire : Jn 3, 1-21 ; Jn 7, 45-52 ; Jn 19, 38-42.
4Saint Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1, vers 180 : Jean publia l'évangile à Éphèse. Sources Chrétiennes 211.
5 6Fragment de Muratori, lignes 9 à 16, vers 170-200 : le quatrième des évangiles est de Jean, l'un des disciples.
7Clément d'Alexandrie, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VI, 14, 7 : Jean composa le dernier un évangile spirituel.
8Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 23 : l'exil à Patmos, le ministère à Éphèse jusqu'au règne de Trajan.
9Commission Biblique Pontificale, décret du 29 mai 1907 sur le quatrième évangile : il est historiquement certain que l'apôtre Jean en est l'auteur, récit historique des faits et des discours réels du Seigneur.
10 64Papyrus P52, bibliothèque John Rylands de Manchester : fragment de Jn 18, copié vers 125, preuve que le texte circulait en Égypte au début du IIe siècle.
11Le grec anôthen signifie à la fois de nouveau et d'en haut : toute la scène joue sur ce double sens, que la traduction liturgique rend par naître d'en haut.
14Évangile selon saint Jean, 3, 3-8 : la nécessité de naître de l'eau et de l'Esprit, le vent qui souffle où il veut. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
16Saint Jean Chrysostome, Homélie 25 sur l'Évangile de saint Jean, sur Jn 3, 5, vers 390. Original anglais : You say that it is impossible, I say that it is so absolutely possible as to be necessary. Texte sur newadvent.org/fathers/240125.htm.
17 18En hébreu rouah, en grec pneuma : le même mot dit le vent, le souffle et l'esprit. Jn 3, 8 joue sur les trois sens à la fois.
19Ez 36, 25-27 : je répandrai sur vous une eau pure, je mettrai en vous un esprit nouveau. Jl 3, 1-2 : je répandrai mon esprit sur tout être de chair.
20Nb 21, 8-9 : le serpent d'airain élevé par Moïse, quiconque le regardait restait en vie. Jn 3, 14 : ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé.
21Jn 3, 16-21 : une partie des commentateurs y lit la méditation de l'évangéliste prolongeant la parole du Seigneur, sans rupture de sens ni d'autorité.
22Évangile selon saint Jean, 3, 16-17 : Dieu a tellement aimé le monde. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.
23Évangile selon saint Jean, 3, 19-21 : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
24Dt 17, 6 et Dt 19, 15-18 : pas de condamnation sans deux ou trois témoins, enquête soigneuse avant de juger.
27Saint Augustin, Traités sur l'Évangile de saint Jean, traités 11 et 12, vers 406-407 : la visite nocturne, puis la défense devant des juges iniques. Patrologie latine 35.
28 512 R 14, 25 : Jonas, fils d'Amitthaï, le prophète, qui était de Gath-Hépher, en Galilée.
29 622 Ch 16, 14 : pour le roi Asa, on brûle un amas d'aromates immense. La quantité offerte par Nicodème relève du même faste royal.
31Jn 19, 38 : Joseph d'Arimathie, disciple en secret par crainte des Juifs, demande le corps à Pilate. Les deux conseillers sortent ensemble de la crainte.
33Lecture unanime des Pères grecs et latins : nuit, défense, sépulture, trois degrés d'une même montée vers la lumière.
34 63Catéchisme de l'Église catholique, § 1215 : nul, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu, Jn 3, 5.
35Catéchisme de l'Église catholique, § 1257 : le Seigneur affirme que le baptême est nécessaire pour le salut, Jn 3, 5.
36Catéchisme de l'Église catholique, § 1216 : ce bain est appelé illumination, d'après saint Justin, Apologie, 1, 61.
37Tradition rapportée par le récit de Lucien de Caphargamala, 415 : Nicodème baptisé, accueilli chez Gamaliel après son exclusion.
38Saint Cyrille d'Alexandrie, Commentaire sur l'Évangile de saint Jean, livre II, sur Jn 3, Ve siècle.
39 52Talmud de Babylone, traité Gittin, 56a : Naqdimon ben Gouryon parmi les trois riches de Jérusalem au temps du siège.
40Talmud de Babylone, traité Ketubot, 66b : la fille de Naqdimon réduite à ramasser l'orge après la ruine.
41Talmud de Babylone, traité Taanit, 19b-20a : les douze puits empruntés, la pluie, le soleil qui perce, niqed, origine du surnom Naqdimon.
42Avot deRabbi Nathan, 6 : son nom propre était Buni, surnommé Naqdimon après le miracle.
43Jewish Encyclopedia, 1901, article Nicodemus : selon toute vraisemblance identique au Naqdimon ben Gorion du Talmud, saint populaire renommé pour ses miracles.
44Nicodème, Nikodêmos en grec, vainqueur du peuple : forme grecque courante du sémitique Naqdimon dans la Jérusalem bilingue du Ier siècle.
45 59Martyrologium Romanum, au 3 août : à Jérusalem, la découverte du corps du bienheureux Étienne protomartyr et des saints Gamaliel, Nicodème et Abibas, par révélation au prêtre Lucien, sous Honorius. Original anglais : At Jerusalem, the finding of the body of most blessed Saint Stephen, the first Martyr and of the Saints Gamaliel, Nicodemus and Abibo, through a Divine revelation made to the Priest Lucian, in the time of the Emperor Honorius.
46 47 57Récit de Lucien, prêtre de Caphargamala, 415 : Gamaliel, maître de Paul selon Ac 22, 3, fit ensevelir Étienne, puis recueillit Nicodème et son parent Abibas.
48Évangile de Nicodème ou Actes de Pilate, avec la Descente aux enfers en appendice : titre médiéval, ensemble du milieu du IVe siècle, rangé parmi les apocryphes par le Décret dit de Gélase, fin du Ve siècle.
49Saint Jean Chrysostome, Homélies 24 et 25 sur l'Évangile de saint Jean, vers 390 : commentaire suivi de Jn 2, 23 à Jn 3, 5. Patrologie grecque 59.
50Rogier van der Weyden, Descente de croix, vers 1435, musée du Prado, Madrid : Nicodème en manteau brodé d'or soutenant le corps.
53Pierre-Paul Rubens, Descente de croix, triptyque, 1611-1614, cathédrale Notre-Dame d'Anvers : Nicodème en haut de l'échelle avec Joseph.
54Le Vendredi saint, l'Église lit la Passion selon saint Jean, Jn 18 et 19, avec le geste de Nicodème aux versets 39 et 40.
55Le 14 septembre, Exaltation de la Sainte Croix, l'évangile proclamé est Jn 3, 13-17 : il faut que le Fils de l'homme soit élevé.
56Rudolf Bultmann, Das Evangelium des Johannes, Göttingen, 1941 : l'entretien lu comme scène typique des malentendus johanniques. Raymond Brown, The Gospel According to John, Anchor Bible, 1966-1970 : le disciple secret dont la foi progresse en trois scènes.
58Objection courante : le jeu sur anôthen n'existe qu'en grec, donc l'entretien serait une composition hellénophone, non une scène vécue en araméen.
60Jn 1, 38 : Rabbi, ce qui veut dire Maître. Jn 1, 41 : Messie, ce qui veut dire Christ. Jn 1, 42 : Céphas, ce qui veut dire Pierre. L'évangéliste signale lui-même ses traductions.
61Benoît XVI, exhortation Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans rencontrer les personnes.
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