Marie de Béthanie (Ier siècle)

Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare : celle qui écouta Jésus à ses pieds, crut devant le tombeau et oignit ses pieds de nard. Luc et Jean, théologie de la meilleure part, liturgie du 29 juillet et débat historico-critique.

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Marie de Béthanie est la contemplative de l'Évangile : sœur de Sainte Marthe et de Lazare, elle apparaît chaque fois dans la même attitude, assise aux pieds du Seigneur pour l'écouter, pleurer devant lui ou l'oindre[1][2][3]. Luc la montre choisissant « la meilleure part », Jean la montre aimée du Christ jusque dans le deuil, puis versant sur ses pieds un parfum de grand prix dont toute la maison fut remplie[4]. Écouter, croire, oindre : toute sa figure tient dans ces trois verbes, et c'est pourquoi la tradition voit en elle le modèle de la vie contemplative et de l'amour qui donne sans compter[5].

Marie n'apparaît nommément que dans deux livres du Nouveau Testament, l'Évangile selon saint Luc et l'Évangile selon saint Jean. Deux témoins indépendants, un compagnon de saint Paul et l'apôtre bien-aimé, s'accordent sur son portrait : la sœur silencieuse d'une maison où Jésus aimait s'arrêter[6][7]. Depuis le 2 février 2021, l'Église la célèbre le 29 juillet avec Marthe et Lazare, les trois de Béthanie réunis dans une même mémoire[8].

Cet article la présente comme personnage de l'Écriture reçue par l'Église : les trois scènes qui la nomment, le village de Béthanie et la maison aimée, les deux Évangiles qui la racontent avec l'attribution et la datation que la tradition leur reconnaît, la chaîne des témoins anciens qui les garantissent, la théologie de son écoute, de sa foi et de son onction, l'usage que la liturgie fait de sa figure, la mémoire des lieux résumée en bref, la grande question des trois figures traitée en bref, puis, en fin de parcours, les objections de l'exégèse moderne avec leurs limites. Son frère Lazare relève de son propre dossier en cours de rédaction, sa sœur Marthe de l'article Sainte Marthe de Béthanie, et la question de son identité face à la pécheresse et à Sainte Marie-Madeleine de l'article consacré à cette dernière : on ne traite ici Marie que comme la Marie des Évangiles de Luc et de Jean[9].

Marie dans les Évangiles : trois scènes

Tout ce que l'Église sait de Marie de Béthanie tient en trois scènes, une chez Luc et deux chez Jean. Le tableau suivant les résume avant de les lire une par une :

ScènePassageLe geste de MarieLa parole du Seigneur
Aux pieds du SeigneurLc 10, 38-42Assise à ses pieds, elle écoute sa paroleMarie a choisi la meilleure part
Devant le tombeauJn 11, 28-33Appelée par sa sœur, elle pleure devant JésusJésus, voyant qu'elle pleurait, frémit en son esprit
L'onction de BéthanieJn 12, 1-8Elle oint ses pieds de nard et les essuie de ses cheveuxLaisse-la, c'est pour le jour de ma sépulture

Son prénom même la rattache au peuple de l'Alliance : Marie est la forme grecque Maria de l'hébreu Myriam, le prénom féminin le plus porté dans la Palestine du premier siècle, celui de la sœur de Moïse comme celui de la Vierge Marie[10]. L'Évangile ne lui connaît pas d'autre nom que celui-là, et elle n'en a pas besoin : dans toute la maison de Béthanie, c'est elle qui écoute.

Assise aux pieds du Seigneur : la meilleure part

Luc raconte la scène sans nommer le village : « Comme ils faisaient route, Jésus entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole »[11]. La précision compte : s'asseoir aux pieds d'un maître, c'est la posture du disciple, celle que saint Paul revendiquera lui-même en disant avoir été « élevé aux pieds de Gamaliel »[12]. Marie prend donc, dans sa propre maison, la place d'une élève devant son rabbi, et Jésus ne l'en reprend pas : il l'y confirme.

Marthe s'affaire « aux soins multiples du service » et se plaint au Seigneur : « Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir ? Dis-lui donc de m'aider. » La réponse redouble son nom, comme pour un appel solennel : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses ; une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée »[13]. La tradition a toujours entendu cette parole comme un jugement sur deux manières de servir Dieu, non comme le mépris du service : Marthe n'est pas condamnée, elle est remise à sa juste place, et Marie est louée pour avoir préféré l'écoute à l'agitation[14].

« Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses ; une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. », Le Seigneur Jésus, Évangile selon saint Luc 10, 41-42[15]

Saint Augustin, dans ses sermons sur ce passage, y lit les deux vies que mène l'Église ici-bas : la vie active, affairée aux nécessités du temps présent, et la vie contemplative, occupée de la seule parole de Dieu. Marthe figure la première, Marie la seconde ; l'une passe avec ce monde, l'autre demeure, car « elle ne lui sera pas enlevée »[16]. Cette lecture traverse ensuite toute la prédication médiévale : Marthe et Marie deviennent les deux sœurs inséparables de la maison de Dieu, l'action portée par la contemplation[17].

Restée à la maison, puis appelée : le deuil de Béthanie

Jean ouvre son récit en nommant la fratrie : « Il y avait un malade, Lazare de Béthanie, du village de Marie et de Marthe sa sœur », puis il identifie Marie par avance : « Marie était celle qui oignit le Seigneur de parfum et lui essuya les pieds avec ses cheveux ; c'était son frère Lazare qui était malade »[18]. Le renvoi prouve que l'onction était déjà célèbre parmi les premiers lecteurs quand Jean écrit : l'évangéliste suppose son souvenir connu avant même de le raconter[19].

Quand Jésus arrive, Lazare est au tombeau depuis quatre jours. Marthe court au-devant de lui, tandis que « Marie se tenait assise à la maison »[20]. Le contraste reprend celui de Luc : Marthe va, Marie demeure. Puis Marthe appelle sa sœur en secret : « Le Maître est là, et il t'appelle. » Alors Marie « se leva aussitôt et alla vers lui », et les Juifs venus la consoler la suivirent, pensant qu'elle allait pleurer au tombeau[21].

« Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera. », Marthe, Évangile selon saint Jean 11, 21-22[22]

Ce sont les paroles de Marthe, mais Marie, arrivée à son tour, redit presque mot pour mot la même plainte en tombant à ses pieds : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort »[23]. La répétition n'est pas une maladresse du récit : elle montre deux sœurs unies dans la même foi blessée, et deux attitudes devant le même Seigneur, la confession debout de Marthe et la prosternation en larmes de Marie. Devant les pleurs de Marie et de ceux qui l'accompagnent, « Jésus frémit en son esprit, se troubla », puis « Jésus pleura »[24]. Aucune autre page ne montre d'aussi près le cœur du Christ ému par l'amour d'une âme : les larmes de Marie précèdent immédiatement le plus grand signe de l'Évangile, le rappel de Lazare à la vie[25].

L'onction de Béthanie : le nard et les cheveux

Six jours avant la Pâque, on donne un repas pour Jésus à Béthanie. « Marthe servait, et Lazare était l'un de ceux qui étaient à table avec lui. Marie prit alors une livre de parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l'odeur du parfum »[26]. Chaque détail est pesé : une livre romaine, mesure d'environ trois cents grammes, de nard venu d'Orient, parfum d'importation réservé aux grandes occasions ; les pieds, non la tête, comme le geste d'une servante ou d'une pénitente ; les cheveux, gloire d'une femme voilée en public, dénoués ici devant tous, signe d'un don total qui ne calcule plus[27].

Judas proteste au nom des pauvres : ce parfum valait trois cents deniers, soit près d'une année de salaire d'un journalier, car le denier est la paie d'un jour de travail[28]. Jean ajoute que Judas « ne se souciait pas des pauvres » mais « était un voleur », lui qui tenait la bourse[29]. Jésus tranche : « Laisse-la ! Elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours »[30].

« Laisse-la ! Elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture. Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. », Le Seigneur Jésus, Évangile selon saint Jean 12, 7-8[31]

Matthieu et Marc racontent eux aussi une onction à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, par une femme au vase d'albâtre qui verse le parfum sur la tête de Jésus, avec la même protestation sur les trois cents deniers et la même réponse sur la sépulture[32][33]. Luc raconte pour sa part une onction en Galilée, chez Simon le pharisien, par une femme dite pécheresse qui pleure sur les pieds de Jésus[34]. Faut-il compter une, deux ou trois onctions ? La question est ancienne et sérieuse : on la traite en bref dans la section sur les trois figures, car elle touche directement l'identité de Marie[35].

Ce qui est certain, c'est le sens que Jésus donne lui-même au geste de Marie : une onction prophétique pour sa sépulture, accomplie six jours avant la croix, quand personne d'autre ne veut entendre parler de sa mort prochaine[36]. Marie a compris avant les apôtres : là où saint Pierre s'écrie « Cela ne t'arrivera pas » à l'annonce de la Passion, elle oint déjà le corps destiné au tombeau[37]. C'est pourquoi Matthieu et Marc gardent la promesse du Seigneur : « Partout où sera proclamé cet Évangile, dans le monde entier, on racontera aussi, en mémoire d'elle, ce qu'elle a fait »[38].

Béthanie, le village aimé de Jésus

« Or Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare » : la phrase de Jean 11, 5 fait de Béthanie la maison où le Seigneur était aimé et où il aimait[39]. Béthanie se trouve sur le versant oriental du mont des Oliviers, « à environ quinze stades » de Jérusalem selon Jean, soit près de trois kilomètres, le stade valant quelque cent quatre-vingts mètres[40]. Assez proche pour que « beaucoup de Juifs » viennent consoler les sœurs, assez à l'écart pour abriter les derniers jours avant la Pâque : c'est de Béthanie que Jésus part pour l'entrée triomphale, et c'est à Béthanie qu'il revient chaque soir de la Semaine sainte[41].

Le village garde aujourd'hui le nom arabe d'El-Azariyeh, le lieu de Lazare, et la tradition y vénère le tombeau d'où le ressuscité sortit à l'appel du Christ[42]. Dès la fin du quatrième siècle, le récit de la pèlerine Égérie décrit les chrétiens de Jérusalem montant à Béthanie le samedi précédant les Rameaux pour y célébrer la résurrection de Lazare, preuve que la mémoire du lieu est aussi ancienne que le pèlerinage en Terre sainte lui-même[43]. Les fouilles ont dégagé autour du tombeau traditionnel des vestiges d'églises byzantines et croisées, qui disent la continuité du culte à travers les siècles[44].

À quinze stades de Jérusalem : la maison des trois

Jean insiste : Béthanie est « le village de Marie et de Marthe sa sœur » avant d'être celui de Lazare[45]. La maison appartient aux sœurs, Lazare y est l'hôte ressuscité qui siège désormais à table avec le Seigneur. Le tableau suivant rassemble ce que les Évangiles disent de cette maison :

TraitPassageCe qu'il apprend
La maison de MartheLc 10, 38Marthe reçoit Jésus chez elle, Marie y écoute
Le village des sœursJn 11, 1Béthanie est d'abord le village de Marie et de Marthe
La maison aiméeJn 11, 5Jésus aimait Marthe, Marie et Lazare
La maison parfuméeJn 12, 3L'onction de Marie remplit toute la maison
La maison menacéeJn 12, 10Les grands prêtres veulent faire mourir aussi Lazare

La dernière ligne compte : après l'onction, « les grands prêtres décidèrent de faire mourir aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, partaient et croyaient en Jésus »[46]. La maison aimée devient une maison exposée. Marie, qui a oint le condamné, partage désormais son péril : aimer le Christ jusqu'au don total, c'est entrer avec lui dans la contradiction du monde, comme l'annonçait déjà Siméon à la Vierge Marie[47].

Les deux Évangiles qui la racontent : Luc et Jean reçus de la tradition

Marie n'est nommée que par Luc et par Jean. L'article reçoit ces deux livres comme l'Église les a toujours reçus : écrits par ceux que la tradition nomme, aux dates que la tradition retient, garantis par une chaîne de témoins qui remonte jusqu'aux apôtres. Le tableau suivant résume la position traditionnelle avant de la justifier :

LivreAuteur selon la traditionDatation traditionnelleLieu supposé
Évangile selon saint LucLuc, le médecin bien-aimé, compagnon de saint PaulVers 60-63, avant la fin des ActesRome ou Césarée
Évangile selon saint JeanJean, fils de Zébédée, le disciple bien-aiméVers 90-100, sous la fin du premier siècleÉphèse

Luc le médecin, compagnon de Paul

La tradition, d'Irénée de Lyon au canon de Muratori, attribue le troisième Évangile à Luc, le « médecin bien-aimé » salué par Paul dans l'épître aux Colossiens, resté près de l'Apôtre jusqu'à sa dernière captivité : « Luc seul est avec moi »[48][49][50]. Le prologue même de l'Évangile présente un auteur qui « s'est informé exactement de tout depuis les origines » auprès de « ceux qui furent dès le commencement témoins oculaires »[51]. C'est la méthode d'un enquêteur, non d'un inventeur : Luc nomme ses sources, les témoins, et il écrit pour un certain Théophile « afin que tu reconnaisses la solidité des enseignements reçus »[52].

La datation haute, vers 60-63, s'appuie sur un indice interne simple : les Actes des Apôtres, second tome du même auteur, s'achèvent sur la captivité romaine de Paul sans dire un mot de sa mort, ni de la chute de Jérusalem en 70[53]. Un rédacteur tardif inventant après coup n'aurait pas manqué de raconter le martyre de son héros ni la ruine du Temple, qui accomplissait les prophéties du Christ. Le silence du livre est ici un argument, non un vide : Luc écrit avant que ces événements n'aient eu lieu, ou alors qu'ils sont trop récents pour être racontés comme du passé[54]. Le canon de Muratori, vers 170-180, reçoit déjà Luc comme le troisième Évangile, écrit par le compagnon de Paul après la mort de ce dernier selon sa propre chronologie[55].

C'est donc un témoin de la génération apostolique qui rapporte la scène de la meilleure part, avec la précision d'un homme qui a interrogé des témoins : le village, l'accueil de Marthe, Marie aux pieds du Seigneur, la plainte et la réponse redoublant le nom. Rien n'y sent la légende tardive : les noms, les lieux, les paroles ont le grain du souvenir[56].

Jean le disciple bien-aimé, témoin d'Éphèse

La tradition est plus solennelle encore pour le quatrième Évangile : Jean, fils de Zébédée, le disciple que Jésus aimait, témoin de la Cène, de la croix et du tombeau vide, aurait dicté son Évangile à Éphèse dans sa vieillesse, sous la fin du règne de Domitien ou au début de celui de Trajan, et serait mort vers l'an 100[57]. La chaîne des témoins est courte et solide : Polycarpe de Smyrne, disciple de Jean, transmet à Irénée, qui écrit vers 180 que Jean « a publié l'Évangile pendant son séjour à Éphèse »[58]. Papias d'Hiérapolis, dès la première moitié du deuxième siècle, recueille les paroles des presbytres sur les Évangiles[59]. Clément d'Alexandrie rapporte que Jean composa « un Évangile spirituel » après avoir contemplé les trois premiers[60]. Le canon de Muratori reçoit le quatrième Évangile comme l'œuvre de Jean, écrite avec l'aide de ses disciples[61].

L'objection la plus courante contre cette attribution vient du livre lui-même : l'auteur ne se nomme jamais et se désigne comme « le disciple que Jésus aimait »[62]. Mais cette réserve est justement la marque d'un témoin qui s'efface : les trois premiers Évangiles ne nomment pas non plus leurs auteurs dans leur texte, et l'effacement du nom propre est la politesse ordinaire des témoins antiques[63]. Surtout, le livre multiplie les détails de témoin oculaire : les stades comptés jusqu'à Béthanie, la livre de nard, le nom de Judas et de la bourse, les quatre jours au tombeau, la sueur et les larmes[64]. Une méditation tardive n'invente pas des stades ni des deniers : elle allégorise, elle ne compte pas.

Réception canonique : pourquoi ces deux livres-là

Luc et Jean figurent dans toutes les listes canoniques anciennes : canon de Muratori, Irénée qui compare les quatre Évangiles aux quatre vents et aux quatre faces des chérubins, Tertullien contre Marcion, puis les conciles qui confirment la réception[65]. L'Église ne les a pas choisis pour leur beauté littéraire, mais parce qu'elle y reconnaissait la voix des apôtres : Luc pour la prédication de Paul, Jean pour son propre témoignage[66]. La constitution Dei Verbum du deuxième concile du Vatican le redit : les Évangiles transmettent fidèlement « ce que Jésus, Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné »[67].

« Notre Sainte Mère l'Église a tenu et tient fermement et avec constance que les quatre Évangiles [...] transmettent fidèlement ce que Jésus, Fils de Dieu, durant sa vie parmi les hommes, a réellement fait et enseigné. », Deuxième concile du Vatican, constitution Dei Verbum, 19[68]

C'est dans ces deux livres reçus, et non dans des écrits apocryphes tardifs, que Marie de Béthanie a sa demeure : aucun évangile gnostique ne la revendique, aucune légende ne la déplace. Sa figure est tout entière scripturaire, et c'est ce qui fait sa solidité[69].

Théologie : écouter, croire, oindre

Trois scènes, trois actes théologiques : Marie écoute la parole, elle croit devant la mort, elle oint pour la sépulture. La tradition n'y voit pas trois anecdotes, mais une progression : celle qui a écouté comprend, celle qui a compris donne tout.

La meilleure part ne sera pas enlevée

« Elle ne lui sera pas enlevée » : la promesse déborde la scène de Béthanie et touche le sort éternel de la contemplation[70]. Ce qui passe, c'est le service affairé, nécessaire au temps présent et destiné à finir avec lui ; ce qui demeure, c'est l'écoute de la parole, commencée ici-bas et consommée dans la vision. Augustin le dit sans détour : Marthe sera un jour déchargée de son service, Marie ne sera jamais arrachée à sa part[71].

Saint Augustin résume ainsi la leçon de la scène : Marthe, dans son service, s'occupe de la vie présente ; Marie, dans son repos, s'occupe déjà de la vie éternelle[72].

On se tromperait pourtant en opposant les deux sœurs comme deux rivales : la maison les tient ensemble, et le Seigneur les aime ensemble[73]. L'Église a besoin de Marthe pour nourrir, loger, servir ; elle a besoin de Marie pour prier, adorer, écouter. Mais l'ordre compte : sans Marie, Marthe s'agite ; avec Marie, Marthe sert dans la paix. C'est pourquoi les monastères contemplatifs se reconnaissent en Marie de Béthanie, et pourquoi tout serviteur pressé est invité à s'asseoir d'abord[74].

Croire dans les larmes : la foi de Béthanie

Devant le tombeau, Marie ne fait pas de confession articulée comme sa sœur : elle pleure aux pieds de Jésus, et ses larmes sont déjà une confession[75]. Elle croit que le Seigneur pouvait empêcher la mort, elle ne comprend pas pourquoi il ne l'a pas fait, et elle le lui dit en pleurant plutôt qu'en l'accusant. C'est la prière des affligés de tous les temps : « Seigneur, si tu avais été ici », plainte et confiance dans la même phrase[76].

Et le Christ répond aux larmes par des larmes : « Jésus pleura », le verset le plus bref de l'Écriture et l'un des plus insondables[77]. Celui qui va ressusciter Lazare pleure quand même, parce qu'il aime, et parce que la mort, même vaincue d'avance, reste l'ennemie à pleurer[78]. Les Pères y voient la preuve conjointe de ses deux natures : il pleure en homme, il ressuscite en Dieu[79].

L'onction prophétique : la sépulture avant l'heure

Six jours avant la Pâque, nul ne veut croire que le Messie va mourir : saint Pierre l'a refusé, les disciples se disputent les premières places, Judas calcule déjà[80]. Seule Marie agit comme si la mort était proche : elle oint le corps vivant comme on oint un mort, et Jésus confirme : « c'est pour le jour de ma sépulture »[81]. L'onction de Béthanie est donc un acte prophétique au sens le plus fort : un geste qui dit avant les paroles ce que les paroles n'osent pas dire[82].

Saint Jean Chrysostome admire dans ce geste la foi qui devance l'intelligence : Marie n'a pas reçu d'explication, elle a écouté, et son écoute lui a donné de comprendre ce que les raisonnements des apôtres manquaient[83]. Thomas d'Aquin, compilant les Pères dans sa Chaîne d'or, rapproche les trois récits d'onction et y montre une même piété récompensée par une même promesse de mémoire[^catena}.

La maison remplie du parfum

« Et la maison fut remplie de l'odeur du parfum » : Jean est le seul à noter ce détail, et les prédicateurs ne l'ont jamais oublié[84]. Le parfum versé ne se perd pas : il emplit la maison, comme la bonne odeur du Christ emplit l'Église quand une âme l'aime sans mesure[85]. Paul écrit aux Corinthiens que Dieu « répand par nous en tout lieu la bonne odeur de sa connaissance » : l'onction de Marie en est l'image la plus concrète[86].

On peut y lire aussi une réponse anticipée à Judas : le calculateur voit trois cents deniers perdus, l'évangéliste voit une maison comblée. Ce qui semble gaspillé pour l'amour est ce qui demeure : les deniers s'oublient, le parfum reste dans la mémoire de l'Évangile, et la promesse s'accomplit chaque fois que le récit est proclamé[87].

Les deux vies d'une même maison

Augustin revient sans cesse à Béthanie parce qu'il y voit toute l'Église en miniature : Marthe qui reçoit, Marie qui écoute, Lazare qui ressuscite, trois figures des trois états du peuple de Dieu, les actifs, les contemplatifs, les pénitents relevés[88]. Ni Marthe sans Marie, ni Marie sans Marthe : un cœur qui écoute fait toujours de la place, et c'est dans la maison étroite de Béthanie que le Seigneur se trouve au large[89].

Il appelle ces deux régimes les deux vies proposées dans le corps du Seigneur : l'une dans la peine et le travail, l'autre dans le repos et la contemplation[90].

Cette lecture ordonne toute la spiritualité de l'écoute : on ne donne bien que ce qu'on a d'abord reçu. Marthe sert d'autant mieux qu'elle a une sœur qui écoute ; l'Église agit d'autant plus juste qu'elle contemple d'abord. Marie de Béthanie devient ainsi, sans avoir prêché ni gouverné, un docteur silencieux de la vie intérieure[91].

Usage liturgique : le 29 juillet

L'Église ne se contente pas de raconter Marie : elle la célèbre. Et la manière dont elle la célèbre dit ce qu'elle croit d'elle.

De Marthe seule aux trois saints de Béthanie

Longtemps, le calendrier romain ne nommait au 29 juillet que sainte Marthe seule : l'hésitation sur l'identité de Marie, confondue tour à tour avec la pécheresse de Galilée et avec Marie-Madeleine, avait conduit à ne pas l'inscrire[92]. Le 2 février 2021, la Congrégation pour le Culte divin publie le décret par lequel François ordonne d'ajouter Marie et Lazare à la mémoire : les trois de Béthanie sont célébrés ensemble, car « le Seigneur Jésus a éprouvé l'esprit de famille et l'amitié de Marthe, Marie et Lazare » dans leur maison[93].

Le motif du décret tranche du même coup la question d'identité : c'est bien la Marie des Évangiles, sœur de Marthe et de Lazare, que l'Église honore, distincte de Madeleine fêtée le 22 juillet depuis 2016 au rang de fête[94]. La liturgie reçoit ainsi la lecture des Grecs et d'une partie des Latins, sans condamner la lecture grégorienne qui avait uni les figures dans la prédication occidentale[95].

Les lectures du jour et le Lundi saint

Pour la messe du 29 juillet, la première lecture proclame que « Dieu est amour »[96]. L'évangile propre est la scène de l'accueil : Marthe qui reçoit, Marie aux pieds du Seigneur[97]. Marie est donc proposée chaque année comme modèle d'écoute à toute l'Église, dans la bouche même du Seigneur qui la loue.

Mais Marie revient aussi dans la Semaine sainte : le Lundi saint proclame l'onction de Béthanie (Jn 12, 1-11) comme l'Église entre dans les jours de la Passion[98]. L'évangile du jour fait entendre la protestation de Judas et la réponse du Christ, pendant que les rameaux de la veille sèchent encore. C'est la place liturgique la plus éloquente : au moment où le Christ marche vers la mort, l'Église fait mémoire de celle qui l'a oint pour la sépulture[99].

Après le Nouveau Testament : la mémoire des lieux, en bref

Hors de l'Écriture, Marie de Béthanie n'a presque pas d'histoire propre : elle n'a ni actes apocryphes, ni lettres, ni légende indépendante, à la différence de sa sœur Marthe dont la tradition provençale raconte l'arrivée à Tarascon[100]. Cette discrétion est un signe de plus : quand une figure n'existe que dans l'Évangile, c'est que l'Évangile suffit à la porter[101].

On résume ici en bref, sans développement, ce que la mémoire chrétienne garde autour d'elle. Le tombeau de Lazare à Béthanie attire les pèlerins depuis le quatrième siècle, et les sœurs appartiennent à cette mémoire des lieux autant que leur frère[102]. La tradition provençale de l'arrivée des saints de Béthanie en Gaule concerne la fratrie entière dans certains récits, mais elle est traitée dans les articles de Sainte Marthe et de Sainte Marie-Madeleine : on n'y revient pas ici[103]. Aucune relique ni sanctuaire majeur ne revendique Marie seule : son monument, c'est le récit évangélique lui-même, relu chaque 29 juillet et chaque Lundi saint[104].

Marie, Madeleine et la pécheresse : la grande question, en bref

On ne peut pas parler de Marie de Béthanie sans rencontrer la question la plus fameuse qui la touche : la Marie de Jean est-elle la même que la pécheresse de Luc 7 et que Marie-Madeleine ? L'article tranche peu et renvoie pour le dossier complet à Sainte Marie-Madeleine ; on résume ici l'essentiel en bref[105].

Trois femmes traversent les Évangiles avec un vase de parfum ou des larmes :

FigurePassageCe que le texte dit d'elle
La pécheresse de GaliléeLc 7, 36-50Une femme « connue comme pécheresse » pleure sur les pieds de Jésus chez Simon le pharisien
Marie de BéthanieJn 11 et 12La sœur de Marthe et de Lazare, qui oint les pieds du Seigneur six jours avant la Pâque
Marie-MadeleineLc 8, Mc 16, Jn 20Délivrée de sept démons, présente à la croix et première témoin du Ressuscité

La lecture qui unit les trois remonte haut : Clément d'Alexandrie, Origène dans certains passages, puis la plupart des Latins tiennent que la pécheresse pardonnée, la Marie de Béthanie et Madeleine ne font qu'une[106]. Saint Grégoire le Grand la fixe pour l'Occident dans son homélie 33 sur les Évangiles, prêchée en 591 :

« Hanc vero quam Lucas peccatricem mulierem, Joannes Mariam nominat, illam esse Mariam credimus de qua Marcus septem daemonia ejecta fuisse testatur. », Saint Grégoire le Grand, homélie 33 sur les Évangiles[107]

Soit en français : « Celle que Luc appelle la femme pécheresse, que Jean nomme Marie, nous croyons que c'est cette Marie dont Marc atteste que sept démons furent chassés. » La prédication occidentale a vécu quatorze siècles sur cette lecture, et la Légende dorée la reprend dans son chapitre de sainte Marie-Madeleine[108].

La lecture qui les distingue est celle des Grecs et d'une partie des Latins : Ambroise, Jérôme et Augustin dans certains traités hésitent ou séparent, et l'Orient n'a jamais confondu Madeleine, fêtée à part, avec la sœur de Marthe[109]. Les calendriers modernes ont suivi cette prudence : en 1969, seule Marthe figure au 29 juillet ; en 2016, Madeleine est élevée au rang de fête le 22 juillet ; en 2021, Marie de Béthanie entre au 29 juillet comme distincte de Madeleine[110][111][112].

Que faut-il en retenir pour Marie ? Les deux lectures s'accordent sur l'essentiel de sa figure : l'écoute, les larmes, l'onction, l'amour sans mesure. Si elle est aussi la pécheresse pardonnée, son onction devient l'action de grâce d'une graciée ; si elle est distincte, son onction reste le don d'une contemplative[113]. Dans les deux cas, rien de sa sainteté ne dépend de la réponse : l'Église l'honore comme la Marie des Évangiles, sœur de Marthe et de Lazare, et c'est tout ce que cet article lui demande[114].

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

L'article a présenté la lecture traditionnelle : Luc le compagnon de Paul vers 60-63, Jean l'apôtre à Éphèse vers 90-100, trois scènes reçues comme histoire. Une partie de l'exégèse contemporaine propose autre chose. On l'expose loyalement, puis on montre ses fragilités : une hypothèse interprétative n'est pas une démonstration, et elle ne devient pas vraie pour être enseignée à l'université[115].

Des Évangiles datés tard

Une partie de l'exégèse contemporaine propose de dater Luc vers 80-85, après la chute de Jérusalem, en le faisant dépendre de Marc et d'une source de paroles dite Q, et de dater Jean vers 90-110 comme l'œuvre d'une communauté plutôt que d'un témoin[116][117]. La Traduction œcuménique de la Bible présente elle-même ces hypothèses comme des propositions de travail dans ses introductions[118].

Les limites sont celles du genre : Q n'existe dans aucun manuscrit, c'est un texte reconstruit pour expliquer des ressemblances, et faire de Jean l'œuvre d'une école suppose ce qu'il faut prouver, à savoir que le disciple n'a pas écrit[119]. Surtout, ces datations raisonnent souvent en cercle : on date le livre tard parce qu'on juge ses récits invraisemblables, puis on déclare les récits invraisemblables parce que le livre est tard[120]. La chaîne des témoins anciens, Papias, Polycarpe, Irénée, Clément, le canon de Muratori, continue pendant ce temps de dire le contraire, avec des noms et des lieux[121].

Une ou deux onctions : le débat littéraire

Matthieu et Marc placent une onction à Béthanie chez Simon le lépreux, avec le parfum sur la tête ; Jean la place à Béthanie au repas des trois, avec le parfum sur les pieds ; Luc place une onction en Galilée chez Simon le pharisien, par une pécheresse en larmes[122]. Faut-il n'y voir qu'un seul événement raconté trois fois avec des variantes, ou deux, ou trois onctions distinctes ?

Augustin déjà discutait la question pied à pied, et la tradition a majoritairement tenu deux onctions distinctes : celle de la pécheresse en Galilée et celle de Béthanie avant la Passion, Matthieu, Marc et Jean racontant la même scène béthanienne sous des angles complémentaires, la tête chez les Synoptiques, les pieds chez Jean[123]. L'hypothèse d'une onction unique suppose que les évangélistes se trompent de lieu, d'hôtesse et de personnage : c'est possible en théorie, mais ce n'est exigé par aucun manuscrit, seulement par le postulat que des récits proches ne peuvent être que des doublets[124].

Le village sans nom et la Béthanie d'au-delà du Jourdain

Luc ne nomme pas le village de Marthe, et Jean connaît une autre Béthanie « au-delà du Jourdain » où baptisait le Baptiste[125]. Certains y voient la preuve que les récits flottent sans ancrage. Mais la difficulté est ancienne et connue : Origène la signalait déjà au troisième siècle dans son Commentaire sur Jean, et elle n'a jamais ébranlé la réception[126]. Luc tait le nom par économie narrative, son récit appartenant à la grande montée vers Jérusalem ; Jean distingue lui-même les deux Béthanie en précisant « à quinze stades de Jérusalem » pour celle de Marthe et Marie[127]. Quant à la Béthanie d'au-delà du Jourdain, les pèlerins et les fouilles d'El-Azariyeh ont entre-temps confirmé l'ancrage de celle-ci[128].

Le présupposé anti-miraculeux

Au fond de plusieurs reconstructions tardives dort un présupposé rarement avoué : un récit de miracle ne peut pas être contemporain des faits, donc tout texte qui raconte la résurrection de Lazare est nécessairement tardif[129]. Bultmann en a fait un système dans son commentaire de Jean en 1941, en tenant les récits de signes pour des méditations démythologisées[130]. Mais le présupposé n'est pas un résultat : c'est une philosophie posée avant l'enquête, qui disqualifie par principe le témoignage de ceux qui disent avoir vu[131].

Si l'on refuse ce présupposé, le dossier change d'aspect : un témoin oculaire qui compte des stades, nomme un intendant voleur et date à six jours près n'écrit pas comme un mythographe[132]. La datation et l'attribution traditionnelles redeviennent alors ce qu'elles n'auraient jamais dû cesser d'être : l'hypothèse la plus économique, celle qui prend les témoins au sérieux au lieu de les reconstruire[133].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Évangile selon saint Luc 10, 38-42, trad. liturgique : Marthe reçoit Jésus, Marie assise à ses pieds écoute sa parole, la meilleure part.

    1 11 13 15 70
  2. Évangile selon saint Jean 11, 1-44, trad. liturgique : le village de Marie et de Marthe, les quinze stades, les quatre jours au tombeau, la confession de Marthe, les larmes, Jésus pleura, la résurrection de Lazare.

    2 18 20 21 22 23 24 39 40 45 75
  3. Évangile selon saint Jean 12, 1-11, trad. liturgique : le repas six jours avant la Pâque, la livre de nard, l'onction des pieds, Judas et les trois cents deniers, la sépulture, les pauvres.

    3 4 26 29 30 31 46 81 84
  4. Saint Augustin, Sermon 103 sur Marthe et Marie : les deux vies, l'active et la contemplative, et la part qui ne sera pas enlevée. Éd. Migne, Patrologia Latina 38.

    5 14 16 71 72
  5. Sur Luc compagnon de Paul : Col 4, 14 (le médecin bien-aimé), Phm 24 (les compagnons), 2 Tm 4, 11 (Luc seul avec moi).

    6
  6. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1 : Luc, compagnon de Paul, a consigné par écrit l'Évangile prêché par celui-ci. Éd. Sources chrétiennes 211, Cerf, 1974.

    7
  7. Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, décret du 2 février 2021, publié sur press.vatican.va : adjonction de Marie et de Lazare à la mémoire de sainte Marthe au 29 juillet. Motif : « considering the important evangelical witness they offered in welcoming the Lord Jesus into their home » ; « in the household of Bethany the Lord Jesus experienced the family spirit and friendship of Martha, Mary, and Lazarus ». Relais : National Catholic Register et Catholic Herald, 2 février 2021.

    8 93 112
  8. Voir l'article Sainte Marie-Madeleine : tableau des trois figures, lecture des Grecs et des Latins, homélie 33 de 591, calendriers de 1969, 2016 et 2021.

    9 35 105
  9. Marie, grec Maria transcrivant l'hébreu Myriam : prénom le plus répandu de la Palestine du premier siècle, porté aussi par la sœur de Moïse et par la Vierge Marie. Relais : Catholic Encyclopedia, St. Mary Magdalen.

    10
  10. Ac 22, 3 : Paul « élevé aux pieds de Gamaliel », la posture du disciple devant son maître, comme Marie aux pieds du Seigneur.

    12
  11. Saint Thomas d'Aquin, Chaîne d'or (Catena aurea) sur les Évangiles : compilation des Pères sur les récits d'onction et la promesse de mémoire. Éd. Marietti.

    17
  12. Jn 11, 2 anticipe Jn 12, 3 : l'évangéliste suppose l'onction déjà connue de ses lecteurs avant de la raconter, indice de sa célébrité dans la première Église.

    19
  13. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'Évangile selon saint Jean : la foi de Marie qui devance l'intelligence des apôtres devant la Passion. Éd. Migne, Patrologia Graeca 59.

    25 83
  14. La livre (litra) romaine, environ trois cents grammes, de nard pur venu d'Orient : parfum d'importation réservé aux grandes occasions. Relais : National Catholic Register, méditation du Lundi saint sur Jn 12, 3.

    27
  15. Le denier, paie d'une journée de travail (Mt 20, 2) : trois cents deniers valent près d'une année de salaire ouvrier, d'où le scandale de Judas.

    28
  16. Évangile selon saint Matthieu 26, 6-13 : l'onction à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux, le vase d'albâtre, les trois cents deniers, la sépulture, la mémoire promise.

    32
  17. Évangile selon saint Marc 14, 3-9 : même scène béthanienne, le parfum versé sur la tête, la promesse de mémoire dans le monde entier.

    33
  18. Évangile selon saint Luc 7, 36-50 : la femme pécheresse chez Simon le pharisien, en Galilée, les larmes sur les pieds, le pardon des nombreux péchés.

    34
  19. Jn 12, 7 : « c'est pour le jour de ma sépulture », le sens donné par Jésus lui-même au geste de Marie.

    36
  20. Mt 16, 22 : Pierre refuse l'annonce de la Passion, « Cela ne t'arrivera pas », quand Marie oint déjà pour la sépulture.

    37
  21. Mt 26, 13 et Mc 14, 9 : « Partout où sera proclamé cet Évangile, on racontera en mémoire d'elle ce qu'elle a fait ».

    38
  22. L'entrée à Jérusalem part de Béthanie et du mont des Oliviers (Mt 21, 1 ; Mc 11, 1 ; Lc 19, 29), et Jésus y revient chaque soir de la Semaine sainte (Lc 21, 37).

    41
  23. El-Azariyeh, nom arabe actuel de Béthanie, le lieu de Lazare (lazarium) : le tombeau traditionnel y est vénéré depuis l'Antiquité.

    42
  24. Égérie, Journal de voyage (Itinerarium Egeriae), fin du quatrième siècle : les chrétiens de Jérusalem montent à Béthanie le samedi avant les Rameaux pour la mémoire de Lazare. Éd. Sources chrétiennes 296, Cerf, 1982.

    43
  25. Vestiges d'églises byzantines et croisées autour du tombeau de Lazare à El-Azariyeh : continuité du culte attestée par l'archéologie. Relais : Studium Biblicum Franciscanum, relevés de Béthanie.

    44
  26. Lc 2, 34-35 : Siméon annonce à la Vierge Marie la contradiction, le signe en butte aux oppositions.

    47
  27. Col 4, 14 : « Luc, le médecin bien-aimé », salué parmi les compagnons de Paul.

    48
  28. 2 Tm 4, 11 : « Luc seul est avec moi », dans la dernière captivité de Paul.

    49
  29. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1 et III, 14 : Luc compagnon de Paul et rédacteur de son Évangile. Éd. Sources chrétiennes 211, Cerf, 1974.

    50
  30. Lc 1, 1-4 : le prologue, l'enquête exacte depuis les origines auprès des témoins oculaires, Théophile et la solidité des enseignements.

    51
  31. Lc 1, 3-4 : l'Évangile est adressé à Théophile « afin que tu reconnaisses la solidité des enseignements reçus ».

    52
  32. Ac 28, 30-31 : les Actes s'achèvent sur deux ans de captivité romaine de Paul, sans mention de sa mort ni de la chute de Jérusalem.

    53
  33. Argument classique de la datation haute : un rédacteur postérieur à 64 ou à 70 n'aurait pas tu le martyre de Paul ni la ruine du Temple. Relais : introductions traditionnelles à Luc, Bible de Jérusalem.

    54
  34. Canon de Muratori, vers 170-180 : le troisième Évangile est celui de Luc, le compagnon de Paul. Éd. et trad. dans l'Histoire du canon, Cerf.

    55
  35. La précision du récit de Luc 10 (le village, l'accueil, les paroles redoublées) relève de l'enquête auprès de témoins, selon sa méthode annoncée en Lc 1, 1-4.

    56
  36. Sur Jean fils de Zébédée (Mt 4, 21), le disciple bien-aimé (Jn 13, 23 ; 19, 26 ; 21, 20), son séjour à Éphèse et sa mort vers l'an 100 sous Trajan : tradition constante rapportée par Irénée, Clément et Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III.

    57
  37. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 1, 1 : Jean « a publié l'Évangile pendant son séjour à Éphèse », transmis par Polycarpe, disciple de Jean. Éd. Sources chrétiennes 211, Cerf, 1974.

    58
  38. Papias d'Hiérapolis, Explications des paroles du Seigneur, première moitié du deuxième siècle, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 39 : les paroles des presbytres sur les Évangiles.

    59
  39. Clément d'Alexandrie, cité par Eusèbe, Histoire ecclésiastique, VI, 14 : Jean composa « un Évangile spirituel » après avoir contemplé les trois premiers.

    60
  40. Canon de Muratori, vers 170-180 : le quatrième Évangile est l'œuvre de Jean, écrite avec l'aide de ses disciples.

    61
  41. Jn 13, 23 ; 19, 26 ; 21, 20 et 21, 24 : le disciple que Jésus aimait, qui se porte garant du témoignage.

    62
  42. Aucun des quatre Évangiles ne nomme son auteur dans son texte : l'effacement du nom est l'usage ordinaire des témoins antiques, non un aveu d'ignorance.

    63
  43. Détails de témoin oculaire en Jn 11 et 12 : les quinze stades, les quatre jours, la livre de nard, Judas et la bourse, les larmes.

    64
  44. Irénée, Contre les hérésies, III, 11, 8 : les quatre Évangiles comparés aux quatre vents et aux quatre faces des chérubins ; Tertullien, Contre Marcion, IV ; listes canoniques anciennes unanimes sur Luc et Jean.

    65
  45. Sur la voix des apôtres dans les Évangiles : Luc pour la prédication de Paul, Jean pour son témoignage propre. Cf. Irénée, Contre les hérésies, III, 1, 1.

    66
  46. Deuxième concile du Vatican, constitution Dei Verbum, 19 : les quatre Évangiles transmettent fidèlement ce que Jésus a réellement fait et enseigné. Texte sur vatican.va.

    67 68
  47. Marie de Béthanie n'apparaît dans aucun écrit apocryphe ou gnostique : sa figure est tout entière contenue dans Luc et Jean.

    69
  48. Jn 11, 5 : « Jésus aimait Marthe et sa sœur et Lazare », les trois ensemble, sans rivalité.

    73
  49. Les monastères contemplatifs se reconnaissent en Marie assise aux pieds du Seigneur : l'écoute première ordonne tout service. Cf. la lecture d'Augustin, Sermons 103 et 104.

    74
  50. Jn 11, 21-22 et 11, 32 : la même plainte confiante dans la bouche des deux sœurs, la confession debout de Marthe et la prosternation en larmes de Marie.

    76
  51. Jn 11, 35 : « Jésus pleura », le verset le plus bref de l'Écriture.

    77
  52. 1 Co 15, 26 : la mort est « la dernière ennemie » à détruire, même pleurée par celui qui va la vaincre.

    78
  53. Lecture patristique constante de Jn 11, 35-44 : il pleure en homme, il ressuscite en Dieu. Cf. Chrysostome, Homélies sur Jean.

    79
  54. Les disciples se disputent les premières places (Mc 10, 37) et Judas calcule (Jn 12, 6) quand Marie oint pour la sépulture.

    80
  55. Jn 12, 7 : le geste dit avant les paroles ce que les apôtres refusent d'entendre, la mort prochaine du Christ.

    82
  56. 2 Co 2, 14-15 : Dieu « répand par nous en tout lieu la bonne odeur de sa connaissance », image accomplie dans la maison remplie du parfum.

    85
  57. 2 Co 2, 14-15, trad. liturgique : la bonne odeur du Christ répandue par les croyants, comme le parfum de Marie emplit la maison.

    86
  58. Le contraste de Jn 12, 4-8 : Judas compte trois cents deniers perdus, Jean retient une maison comblée et une mémoire promise.

    87
  59. Saint Augustin, Sermons 103 et 104 et Traités sur Jean : Béthanie comme figure de l'Église, Marthe, Marie et Lazare pour les actifs, les contemplatifs et les relevés. Éd. Migne, Patrologia Latina 38 et 35.

    88
  60. Saint Augustin, Sermon 104 : un cœur qui écoute fait toujours de la place au Seigneur, même dans une maison étroite. Éd. Migne, Patrologia Latina 38.

    89
  61. Saint Augustin, Sermon 104 sur Marthe et Marie : les deux vies proposées dans le corps du Seigneur, la peine et le repos, le travail et la contemplation. Éd. Migne, Patrologia Latina 38.

    90
  62. Sans prêcher ni gouverner, Marie enseigne par ses gestes l'ordre de la vie intérieure : recevoir avant de donner. Cf. Augustin, Sermons 103 et 104.

    91
  63. Calendrier romain général de 1969 : le 29 juillet porte la seule mémoire de sainte Marthe, avant l'adjonction de Marie et de Lazare en 2021.

    92 110
  64. Congrégation pour le Culte divin, décret du 3 juin 2016 : sainte Marie-Madeleine élevée au rang de fête le 22 juillet.

    94 111
  65. Lecture des Églises grecques et d'une partie des Latins : Marie de Béthanie distinguée de Marie-Madeleine, chacune fêtée à part. Relais : Catholic Encyclopedia, St. Mary Magdalen.

    95
  66. 1 Jn 4, 7-16, trad. liturgique : Dieu est amour, aimons-nous les uns les autres, première lecture de la messe du 29 juillet.

    96
  67. Association épiscopale liturgique pour les pays francophones, messe du 29 juillet, sainte Marthe, Marie et saint Lazare, mémoire : l'évangile propre est Lc 10, 38-42. Page vérifiée sur aelf.org.

    97
  68. Lectionnaire romain, Lundi de la Semaine sainte : évangile de l'onction de Béthanie, Jn 12, 1-11.

    98
  69. Au seuil de la Passion, l'Église fait mémoire de celle qui a oint le Christ pour sa sépulture : l'évangile du Lundi saint répond à la parole de Jn 12, 7.

    99
  70. Jacques de Voragine, La Légende dorée, chapitre de sainte Marthe (Legenda aurea, ch. 105), compilée vers 1260 : l'arrivée en Provence et la Tarasque de Tarascon.

    100
  71. Marie de Béthanie n'a ni actes apocryphes ni légende propre : sa discrétion hors de l'Évangile confirme que l'Évangile suffit à la porter.

    101
  72. Le tombeau de Lazare et la mémoire de Béthanie appartiennent aux trois saints ensemble : les sœurs sont inséparables de cette mémoire des lieux.

    102
  73. La tradition provençale est traitée dans les articles Sainte Marthe de Béthanie et Sainte Marie-Madeleine : on n'y revient pas ici pour ne pas redoubler.

    103
  74. Le monument de Marie de Béthanie, c'est le récit évangélique relu chaque 29 juillet (Lc 10) et chaque Lundi saint (Jn 12).

    104
  75. Clément d'Alexandrie, Origène en certains passages, puis la plupart des Latins tiennent l'unité des trois figures : la pécheresse pardonnée, la Marie de Béthanie et Madeleine. Relais : Catholic Encyclopedia, St. Mary Magdalen.

    106
  76. Saint Grégoire le Grand, homélie 33 sur les Évangiles, 591 : « Hanc vero quam Lucas peccatricem mulierem, Joannes Mariam nominat... » Texte repris sur arthistoryresources.net, Investigating Mary Magdalen.

    107
  77. Jacques de Voragine, La Légende dorée, chapitre de sainte Marie-Madeleine (Legenda aurea, ch. 96), compilée vers 1260 : la lecture grégorienne des trois figures unies.

    108
  78. Les Églises grecques et une partie des Latins (Ambroise, Jérôme, Augustin en certains traités) distinguent Madeleine de la sœur de Marthe. Relais : Catholic Encyclopedia, St. Mary Magdalen.

    109
  79. Dans les deux lectures, l'essentiel demeure : l'écoute, les larmes, l'onction, l'amour sans mesure. La sainteté de Marie ne dépend pas de la réponse à la question des trois figures.

    113
  80. L'Église honore au 29 juillet la Marie des Évangiles, sœur de Marthe et de Lazare : c'est tout ce que cet article lui demande, le dossier complet relevant de l'article Sainte Marie-Madeleine.

    114
  81. Une hypothèse interprétative, même majoritaire à l'université, n'est pas une démonstration : elle se juge sur ses preuves, non sur son prestige.

    115
  82. L'hypothèse dite des deux sources : Luc aurait combiné l'Évangile selon saint Marc et une source de paroles dite Q, vers 80-85.

    116
  83. Raymond E. Brown, La Communauté du disciple bien-aimé (1979) : l'hypothèse d'une communauté johannique en plusieurs éditions successives.

    117
  84. Traduction œcuménique de la Bible, éd. Cerf-Bibli'O, 2010 : ses introductions exposent ces hypothèses de datation comme des propositions de travail, non comme des verdicts.

    118
  85. Q n'existe dans aucun manuscrit : c'est un texte reconstruit pour expliquer des ressemblances synoptiques, non une source attestée.

    119
  86. Le cercle fréquent : dater tard parce que les récits semblent invraisemblables, puis déclarer les récits invraisemblables parce que le livre est tard.

    120
  87. Papias, Polycarpe, Irénée, Clément d'Alexandrie, le canon de Muratori : la chaîne des témoins anciens dit, avec noms et lieux, le contraire des datations tardives.

    121
  88. Mt 26, 6-13 ; Mc 14, 3-9 ; Jn 12, 1-8 ; Lc 7, 36-50 : les quatre récits d'onction, leurs lieux, leurs hôtes et leurs personnages.

    122
  89. Saint Augustin discute pied à pied la question des onctions, et la tradition tient majoritairement deux onctions distinctes : la Galilée et Béthanie, les Synoptiques et Jean racontant la même scène béthanienne. Cf. Catena aurea de saint Thomas.

    123
  90. L'hypothèse d'une onction unique n'est exigée par aucun manuscrit : elle suppose que les évangélistes se trompent de lieu, d'hôtesse et de personnage, par postulat plutôt que par preuve.

    124
  91. Jn 1, 28 : la Béthanie au-delà du Jourdain où baptisait Jean-Baptiste, distincte de celle de Marthe et de Marie.

    125
  92. Origène, Commentaire sur l'Évangile selon saint Jean, livre VI (sur Jn 1, 28) : la difficulté de la Béthanie au-delà du Jourdain est signalée dès le troisième siècle.

    126
  93. Luc tait le nom du village par économie narrative, dans la grande montée vers Jérusalem (Lc 9, 51) : Jean le donne, « à quinze stades de Jérusalem » (Jn 11, 18).

    127
  94. El-Azariyeh, le tombeau vénéré, les églises byzantines et croisées, le pèlerinage d'Égérie : l'ancrage de la Béthanie de Marthe et de Marie ne flotte pas.

    128
  95. Le présupposé anti-miraculeux : un récit de miracle ne pouvant être contemporain des faits, tout texte qui en raconte est déclaré tardif avant examen.

    129
  96. Rudolf Bultmann, commentaire sur l'Évangile selon saint Jean (Das Evangelium des Johannes, 1941) : lecture démythologisante qui tient les récits de signes pour des méditations tardives.

    130
  97. Le présupposé n'est pas un résultat : c'est une philosophie posée avant l'enquête, qui disqualifie par principe le témoignage de ceux qui disent avoir vu.

    131
  98. Les stades comptés, la bourse nommée, la date à six jours près : le grain du témoignage oculaire en Jn 11 et 12, étranger à la manière mythographique.

    132
  99. L'hypothèse la plus économique : prendre les témoins au sérieux, Luc compagnon de Paul vers 60-63 et Jean l'apôtre à Éphèse vers 90-100, au lieu de les reconstruire.

    133