Que disent les saints sur le jeûne

Sur le jeûne, les saints ne sont pas des théoriciens : ce sont des témoins. Florilège sourcé de la voix des saints sur le jeûne chrétien — de l'Écriture (Joël, Isaïe 58, le Christ au désert) au Pasteur d'Hermas, des Pères du désert (Basile, Syncletique, Cassien) aux Pères grecs et latins (Chrysostome, Léon le Grand, Pierre Chrysologue, Augustin, Jérôme), des docteurs (Thomas d'Aquin, Bernard, Catherine de Sienne) à l'école moderne (François de Sales, Vincent de Paul, Curé d'Ars, Jean-Paul II) et à la Divine Volonté (la Servante de Dieu Luisa Piccarreta). Une même voix : le vrai jeûne se partage, il est l'âme de la prière, il se mesure et il se reçoit.

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Sur le jeûne, les saints ne sont pas d'abord des théoriciens : ce sont des témoins. Avant d'en écrire la définition, ils l'ont vécu — au désert, au cloître, à la table commune, dans la lente conquête de leur propre faim. C'est ce qui donne à leur parole une autorité que n'a aucun traité abstrait : quand saint Basile appelle le jeûne « aussi ancien que l'humanité », il parle d'un homme qui a vidé sa table pour remplir celle des pauvres ; quand sainte Syncletique met en garde contre l'ascèse « dictée par l'Ennemi », elle parle d'expérience ; quand le Curé d'Ars enseigne que chaque repas doit porter sa petite mortification, il décrit sa propre vie.

Cet article rassemble cette voix des saints : un florilège organisé, du Pasteur d'Hermas aux mystiques modernes, de ce que les maîtres spirituels ont dit du jeûne. On y verra une étonnante concordance par-delà les siècles et les écoles — Orient et Occident, désert et scolastique, mystique et Divine Volonté disent au fond la même chose : le jeûne n'est pas une diète religieuse mais un acte d'amour qui se partage, l'âme de la prière, le gardien du cœur. Pour le chemin pratique — comment le faire croître, ce que l'Église demande aujourd'hui, par quels moyens et en évitant quels pièges —, voir l'article Comment grandir dans le jeûne ; le présent article écoute d'abord ce que les saints en disent.

Pourquoi écouter les saints sur le jeûne ?

Une discipline vécue avant d'être définie

Le jeûne est sans doute la plus mal comprise des grandes pratiques chrétiennes. On le réduit volontiers à une privation triste, à un reste d'austérité médiévale, voire à une forme religieuse de régime. Les saints, eux, n'en parlent jamais ainsi. Pour eux, le jeûne n'est pas une performance ni une diète : c'est un acte du cœur, ordonné à Dieu et au prochain. Saint Thomas d'Aquin le résume en le rattachant à la vertu : le jeûne est « un acte vertueux » parce qu'il est « dirigé par la raison vers un bien », et il relève de l'abstinence, partie de la tempérance[1]. Mais avant d'être pensé par les docteurs, le jeûne a été vécu par les Pères, prêché par les évêques, mesuré par les moines — et c'est cette voix vécue que cet article veut faire entendre.

Ce que dit d'abord l'Écriture

Avant les saints, il y a la Parole qu'ils méditaient. L'Ancien Testament fait du jeûne le geste même du retour à Dieu :

« Et maintenant — oracle du Seigneur — revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! » — Joël 2, 12[2]

Mais l'Écriture refuse aussitôt tout jeûne purement extérieur. Le grand texte d'Isaïe — que tous les Pères reliront — déplace le jeûne du ventre vers la justice et la charité :

« Le jeûne qui me plaît, n'est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N'est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, [...] ? » — Isaïe 58, 6-7[3]

Le Nouveau Testament reprend ce double mouvement. Le Christ ne supprime pas le jeûne : il le purifie de toute ostentation et le cache dans le secret du Père :

« [...] quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; [...] » — Évangile selon saint Matthieu 6, 17-18[4]

Le jeûne dans l'Écriture — Joël, Isaïe et Matthieu en dessinent quatre mouvements convergents : revenir, partager, agir dans le secret et attendre l'Époux. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Lui-même inaugure sa mission par un jeûne de quarante jours au désert (Mt 4, 2)[5], et il annonce que ses disciples jeûneront, non par tristesse, mais par amour de l'Époux absent : « [...] des jours viendront où l'Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront » (Mt 9, 15)[6]. L'Église apostolique obéit aussitôt : c'est « après avoir jeûné et prié » (Ac 13, 3) qu'elle envoie Barnabé et Saul, et « après avoir prié et jeûné » (Ac 14, 23) qu'elle institue des Anciens[7]. Tout ce que diront les saints découle de ces certitudes : le jeûne est retour, partage, secret et attente de l'Époux.

Le consensus des saints à travers les siècles

L'un des signes les plus frappants de la tradition catholique est la concordance des témoins. Sur le jeûne, des hommes que tout sépare — un prophète chrétien du IIᵉ siècle, un évêque cappadocien du IVᵉ, une moniale d'Alexandrie, un docteur scolastique, une mystique du XXᵉ — convergent sur quelques certitudes :

VoixSiècleCe qu'elle dit du jeûne
Pasteur d'HermasIIᵉLe vrai jeûne se partage : donner aux pauvres le prix du repas[8]
Basile de CésaréeIVᵉUn jeûne « aussi ancien que le paradis », « aile » de la prière[9]
SyncletiqueIVᵉLa mesure distingue le jeûne divin de l'ascèse de l'Ennemi[10]
Jean ChrysostomeIVᵉ-VᵉQue « tous les membres » jeûnent, pas seulement la bouche[11]
Pierre ChrysologueVᵉLe jeûne est « l'âme de la prière »[12]
Thomas d'AquinXIIIᵉUn acte de vertu à triple fin[13]
Catherine de SienneXIVᵉLe jeûne est un moyen, jamais le fondement[14]
Curé d'ArsXIXᵉjamais un repas sans une petite mortification[15]
la Servante de Dieu Luisa PiccarretaXXᵉLa mortification, « air de l'âme »[16]
La voix des saints sur le jeûne, du IIᵉ au XXᵉ siècle — six jalons résument la continuité de l'enseignement, d'Hermas à Jean-Paul II et Luisa Piccarreta. Les références détaillées figurent dans les sections et notes de l'article. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette unité n'est pas une coïncidence : c'est l'Esprit qui enseigne à tous le même chemin. Suivons-en la voix, époque après époque.

La voix des Pères et des moines du désert

C'est dans les premiers siècles, et surtout au désert, que le jeûne chrétien reçoit sa première grande école. Loin de toute théorie, les Pères en font l'expérience nue — et en dégagent aussitôt les deux garde-fous qui traverseront toute la tradition : le jeûne se partage, et le jeûne se mesure.

Le Pasteur d'Hermas : un jeûne qui nourrit le pauvre

Dès le IIᵉ siècle, l'un des plus anciens écrits chrétiens après le Nouveau Testament lie indissolublement le jeûne et l'aumône. Jeûner n'a de sens que si la part retranchée passe dans la main du pauvre :

« Le jour où tu jeûnes, tu ne prendras rien d'autre que du pain et de l'eau ; puis, ayant calculé le prix des plats que tu aurais mangés ce jour-là, tu le donneras à une veuve, à un orphelin ou à quelque indigent. » — Le Pasteur d'Hermas (IIᵉ siècle), Cinquième Similitude, 3[17]

Hermas pose d'emblée la grande règle que rediront Isaïe, Léon et Chrysologue : un jeûne qui ne se partage pas n'est qu'une économie. Et il avertit que le vrai jeûne commence dans le cœur : « Ne fais aucun mal dans ta vie, et sers le Seigneur d'un cœur pur […], qu'aucun désir mauvais ne s'élève dans ton cœur. »[18]

Saint Basile : le jeûne « aussi ancien que le paradis »

Évêque de Césarée, Basile prêche deux Homélies sur le jeûne qui resteront la grande charte patristique de la pratique. Il en fait remonter l'origine non à une loi tardive, mais au paradis même : le premier commandement reçu par l'homme fut une abstinence.

« Ce fut le premier commandement reçu par Adam : "De l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas." Par ces mots, "tu ne mangeras pas", est posée la loi du jeûne et de l'abstinence. » — Saint Basile de Césarée (v. 330-379), Première homélie sur le jeûne, 3[19]

Le jeûne n'est donc pas, pour Basile, une mutilation : c'est un retour à l'Éden, à l'ordre premier où l'homme se recevait de Dieu au lieu de se saisir lui-même. De là tous ses éloges : le jeûne « enfante les prophètes et fortifie les puissants ; il rend les législateurs sages »[20] ; il est « un bon gardien pour l'âme, un compagnon sûr pour le corps, une arme pour les vaillants, un gymnase pour les athlètes »[21]. Surtout, il donne à la prière de quoi monter :

« Le jeûne fait monter la prière au ciel, lui servant pour ainsi dire d'aile pour son ascension. » — Saint Basile de Césarée, Première homélie sur le jeûne, 7[22]

Mais Basile, comme Isaïe, refuse aussitôt le jeûne du seul ventre : « Le vrai jeûne, c'est de rester étranger au vice, de maîtriser sa langue, de s'abstenir de la colère, de s'éloigner de la convoitise, de la médisance, du mensonge. »[23]

Sainte Syncletique : la mesure, critère du vrai jeûne

Au désert d'Égypte, la grande amma (mère) Syncletique pose le discernement décisif que toute la tradition reprendra : il existe une ascèse diabolique, et seule la mesure permet de la distinguer de l'ascèse divine.

« Il est une ascèse dictée par l'Ennemi, et ses disciples la pratiquent. Comment alors distinguer l'ascèse divine et royale de la tyrannie démoniaque ? Manifestement, à sa qualité de mesure. » — Sainte Syncletique d'Alexandrie (IVᵉ siècle), Apophtegmes des Pères[24]

L'enseignement est capital : un jeûne excessif, désordonné, orgueilleux, peut venir du démon autant que la gourmandise. Syncletique en tire une règle pratique de constance contre les à-coups :

« Garde toujours une seule règle de jeûne. Ne jeûne pas quatre ou cinq jours pour rompre le lendemain avec n'importe quelle quantité de nourriture. En vérité, le manque de mesure corrompt toujours. » — Sainte Syncletique d'Alexandrie, Apophtegmes des Pères[25]

Saint Jean Cassien : le jeûne, moyen et non fin

Cassien, qui transmet à l'Occident la sagesse des Pères d'Égypte, fixe la hiérarchie qui empêchera toujours le jeûne de devenir une idole. Le jeûne est un instrument ; le but, c'est la pureté du cœur, c'est-à-dire la charité :

« On gagne moins par un jeûne que l'on ne perd par un mouvement de colère […]. Il convient de rapporter les choses secondaires — jeûnes, veilles, retraite et méditation des Écritures — à notre but principal, c'est-à-dire à la pureté du cœur, qui est la charité. » — Saint Jean Cassien (v. 360-435), Conférences I[26]

Renversement décisif : on peut parfaitement jeûner et reculer, si le jeûne nourrit l'orgueil ou l'aigreur. Le jeûne n'a de prix que par l'amour qu'il sert — leçon que sainte Catherine de Sienne portera à son sommet.

La voix des Pères grecs et latins

Les moines avaient vécu le jeûne ; les grands évêques vont le prêcher au peuple chrétien — et tous, d'une seule voix, le rattachent à la prière et à l'aumône.

Saint Jean Chrysostome : « que tous les membres jeûnent »

La Bouche d'or d'Antioche donne au jeûne son extension la plus large : il ne suffit pas que la bouche s'abstienne d'aliments si le reste de l'homme continue de pécher. À quoi bon jeûner du poisson si l'on dévore son prochain ?

« Que ce ne soit pas seulement la bouche qui jeûne, mais aussi l'œil, et l'oreille, et les pieds, et les mains, et tous les membres de notre corps. Que les mains jeûnent, en restant pures de rapine et d'avarice. Que les pieds jeûnent, en cessant de courir vers les spectacles illicites. Que la bouche jeûne des paroles honteuses et des injures. Car que sert-il de nous abstenir des oiseaux et des poissons, si nous mordons et dévorons nos frères ? » — Saint Jean Chrysostome (v. 349-407), Homélies sur les Statues, III[27]

Que tout l'homme jeûne — saint Jean Chrysostome étend l'abstinence à la parole, au regard, à l'écoute, aux gestes et aux chemins empruntés. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est l'écho exact d'Isaïe 58 : un jeûne qui laisse intacte la langue méchante ou la main injuste est un jeûne manqué.

Saint Léon le Grand : un jeûne « gras » d'aumônes

Le grand pape du Vᵉ siècle, qui a laissé toute une série de sermons sur le jeûne du Carême et des Quatre-Temps, formule d'un trait paradoxal la loi du jeûne chrétien : il doit être riche — non de mets, mais d'aumônes. Ce que je me refuse doit passer dans l'assiette du pauvre :

« Dans la distribution des aumônes et le soin des pauvres, que nos jeûnes chrétiens soient gras et abondants ; que chacun donne aux faibles et aux indigents les mets délicats qu'il se refuse à lui-même. » — Saint Léon le Grand (pape, † 461), Sermon 49, sur le Carême[28]

Saint Pierre Chrysologue : le jeûne, « âme de la prière »

Nul n'a dit plus exactement l'unité des trois œuvres de la pénitence. Dans un sermon que la Liturgie des Heures fait encore lire au Carême, l'évêque de Ravenne montre que prière, jeûne et miséricorde ne se conçoivent jamais séparément : enlevez l'un, les deux autres meurent.

« Il y a trois choses, mes frères, par lesquelles la foi tient debout, la dévotion demeure ferme et la vertu persévère : la prière, le jeûne et la miséricorde. […] La prière frappe, le jeûne obtient, la miséricorde reçoit. Prière, jeûne et miséricorde ne font qu'un, et se donnent mutuellement la vie : car le jeûne est l'âme de la prière, et la miséricorde la vie du jeûne. Que personne ne les sépare : ils ne savent pas être divisés. » — Saint Pierre Chrysologue (v. 380-450), Sermon 43[29]

Prière, jeûne et miséricorde — dans le Sermon 43 de saint Pierre Chrysologue, ces trois œuvres ne font qu'une et se donnent mutuellement la vie. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Voilà sans doute la phrase phare de tout ce florilège : « le jeûne est l'âme de la prière. » Un jeûne sans prière n'est qu'une diète ; une prière sans jeûne reste sans corps ; et l'un et l'autre sans miséricorde sont sans vie.

Saint Augustin : les deux ailes de la prière

Augustin reprend, sous une image devenue classique, la même intuition : pour s'élever jusqu'à Dieu, la prière a besoin de deux ailes, le jeûne et l'aumône.

« Veux-tu que ta prière s'envole vers Dieu ? Donne-lui deux ailes : le jeûne et l'aumône. » — Saint Augustin (354-430), Enarrationes in Psalmos, sur le Psaume 42 (Vulgate ; Ps 43 hébreu)[30]

Le jeûne ne va donc jamais seul : il est l'une des deux ailes — l'autre étant la charité envers le pauvre. Couper l'une, et la prière retombe.

Saint Jérôme : la sobriété, gardienne du cœur

À Rome puis à Bethléem, Jérôme a guidé toute une génération d'âmes ferventes. Dans sa célèbre lettre à Eustochium, il défend un jeûne modéré mais quotidien, et avertit que la satiété alourdit l'esprit et réveille les passions :

« Quand il est repu, l'esprit aussitôt s'alourdit, et la terre arrosée fait pousser les épines de la luxure. » — Saint Jérôme (v. 347-420), Lettre 22 à Eustochium, 17[31]

Il ajoute cette maxime que reprendra saint Thomas : la sobriété est la sauvegarde de la pureté, car « le vin et la jeunesse, à eux deux, allument le feu de la volupté »[32]. Le jeûne n'est pas ici mépris du corps, mais sagesse qui garde le cœur libre.

La voix des docteurs et des mystiques médiévaux

Les Pères avaient prêché le jeûne ; les docteurs vont l'ordonner — sans rien perdre de sa chaleur ni de sa mesure.

Saint Thomas d'Aquin : les trois fins du jeûne

Au sommet de la scolastique, Thomas reçoit tout l'héritage et le met en ordre. Le jeûne, dit-il, n'est pas une fin en soi : il est « assumé » pour trois biens précis, dans un mouvement qui va du corps vers Dieu, puis du péché vers le pardon.

« Le jeûne est pratiqué dans un triple but. Premièrement, pour réprimer les convoitises de la chair. […] Deuxièmement, pour que l'esprit s'élève plus librement à la contemplation des choses célestes. […] Troisièmement, pour satisfaire pour les péchés, selon ce qui est écrit : "Convertissez-vous à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et les lamentations" (Joël 2, 12). » — Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 147, a. 1[33]

Les trois fins du jeûne selon saint Thomas d'Aquin — ordonner les désirs, libérer l'esprit pour la contemplation et satisfaire pour le péché (Somme théologique, II-II, q. 147). Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ces trois fins — maîtriser la chair, élever l'âme, réparer le péché — structurent toute la spiritualité du jeûne ; l'article pratique Comment grandir dans le jeûne les développe en détail. Thomas range le jeûne parmi les actes de l'abstinence, partie de la tempérance, et appuie sa doctrine sur Jérôme : par l'abstinence de nourriture et de boisson, la convoitise se refroidit[34].

Saint Bernard : le jeûne sans discrétion devient un vice

Réformateur de tout l'Occident monastique, Bernard de Clairvaux donne à la mesure de Syncletique sa formule la plus tranchante. La discrétion — la juste mesure — n'est pas une vertu de plus : c'est la modératrice de toutes les autres, sans laquelle la vertu elle-même se renverse.

« La discrétion met en effet de l'ordre dans toute vertu ; l'ordre donne la mesure et la beauté, et même la durée. […] La discrétion n'est donc pas tant une vertu qu'une modératrice des vertus. Ôtez-la, et la vertu deviendra vice. » — Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), Sermons sur le Cantique, 49[35]

La mesure garde le jeûne — Syncletique, Cassien, Bernard et Catherine donnent quatre repères : mesure, charité, discrétion et obéissance. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Appliquée au jeûne, la leçon est limpide : un jeûne sans discrétion — démesuré, obstiné, sans obéissance — cesse d'être une vertu et devient un vice. C'est exactement ce qu'enseignera, à ses dépens, sainte Catherine de Sienne.

Sainte Catherine de Sienne : le jeûne est un moyen, jamais le fondement

Catherine a jeûné jusqu'à l'extrême ; et c'est elle, précisément, qui enseigne le plus fermement de ne pas placer sa confiance dans le jeûne. Dans le Dialogue, le Père éternel lui révèle que la pénitence corporelle n'est qu'un instrument, et que l'âme doit savoir la quitter par obéissance :

« Je veux donc que les œuvres de pénitence et autres exercices corporels soient observés simplement comme des moyens, et non comme l'affection fondamentale de l'âme. » — Le Père Éternel à sainte Catherine de Sienne (1347-1380), Dialogue, traité de la Discrétion[36]

Plus encore : continuer de jeûner contre l'obéissance serait une faute, non un mérite :

« Lorsque l'âme omet ses pénitences par nécessité, ou — comme il arrive souvent — par obéissance sur l'ordre de son directeur, c'est bien ; car si elle continuait alors à les faire, non seulement elle n'en recevrait aucun mérite, mais elle m'offenserait. » — Le Père Éternel à sainte Catherine de Sienne, Dialogue, traité de la Discrétion[37]

La plus grande jeûneuse de son siècle enseigne ainsi la liberté du jeûne : un jeûne qu'on ne sait pas interrompre par charité ou par obéissance s'est changé en idole.

L'Imitation de Jésus-Christ : peu de compagnons du jeûne

Le livre le plus lu de la spiritualité catholique après la Bible mesure d'un mot la rareté du vrai jeûne. Beaucoup veulent la consolation du Christ ; peu veulent partager son abstinence :

« Jésus a beaucoup d'amants de son royaume céleste, mais peu qui portent sa croix. Il trouve beaucoup de compagnons de sa table, mais peu de son abstinence. » — Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, II, 11[38]

Le jeûne révèle ainsi la vérité de l'amour : il sépare ceux qui cherchent les dons de Dieu de ceux qui cherchent Dieu lui-même.

La voix de l'école moderne

L'âge moderne, loin d'abandonner le jeûne, en affine la discrétion et le rend praticable au cœur du monde : moins d'exploits, plus de fidélité menue et joyeuse.

Saint François de Sales : jeûner sans ruiner la santé

Maître de la dévotion accessible aux laïcs, François de Sales enseigne un jeûne mesuré, soumis au discernement et jamais nuisible à la charité ni à la santé. Si le devoir d'état demande des forces, mieux vaut les garder que jeûner :

« Si le travail que vous ferez vous est nécessaire, ou fort utile à la gloire de Dieu, j'aime mieux que vous souffriez la peine du travail que celle du jeûne. […] Il est mieux de garder plus de forces corporelles qu'il n'est requis, que d'en ruiner plus qu'il ne faut ; car on peut toujours les abattre quand on veut, mais on ne les peut pas réparer toujours quand on veut. » — Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote, III, 23[39]

Dans un sermon du Mercredi des Cendres, il élargit pourtant le jeûne — comme Chrysostome — à tous les sens : « Il est requis que notre jeûne soit général et entier, c'est-à-dire que nous fassions jeûner tous les membres de notre corps : si nous avons offensé Dieu par les yeux, par les oreilles, par la langue et par nos autres sens, pourquoi ne les ferions-nous pas jeûner ? »[40] Le vrai jeûne salésien est donc à la fois modéré dans la quantité et total dans l'intention.

Saint Vincent de Paul : mortifier le goût dans les petites choses

Apôtre des pauvres, Vincent de Paul ramène le jeûne au quotidien le plus humble. Point besoin d'exploits : il suffit de petites mortifications réitérées, presque invisibles, à chaque repas — prendre, en substance, le morceau qui agrée le moins, aller à table sans afficher son appétit, s'abstenir de manger hors des repas, laisser ce qui plaît le plus[41].

C'est le jeûne mis à la portée de tous : non l'héroïsme du désert, mais la fidélité menue d'un cœur qui se reprend, bouchée après bouchée.

Saint Jean-Marie Vianney : jamais un repas sans une mortification

Le saint Curé d'Ars, qui se nourrissait de quelques pommes de terre, ne prêche pourtant pas l'extrême : il prêche la constance. Que chaque repas porte sa petite croix : ne pas manger par gourmandise ni au-delà du nécessaire, jamais hors des repas sans nécessité, et toujours avec quelque petite mortification — tel est, en substance, son enseignement dans le Sermon sur la pénitence[42].

La règle d'Ars rejoint celle de Vincent de Paul et de Syncletique : mieux vaut une mortification petite et quotidienne qu'un grand jeûne sans lendemain.

Saint Jean-Paul II : le jeûne, arme contre l'idole de l'argent

Plus près de nous, Jean-Paul II redonne au jeûne sa pointe sociale : se priver non seulement du superflu, mais d'un peu plus, pour le donner — c'est l'arme du chrétien contre l'attachement à l'argent.

« Il nous offre les armes pratiques et efficaces du jeûne et de l'aumône pour lutter contre l'attachement excessif à l'argent. Se priver non seulement du superflu, mais aussi de quelque chose de plus, pour le donner à celui qui en a besoin, contribue au renoncement sans lequel il n'y a pas de pratique authentique de la vie chrétienne. » — Saint Jean-Paul II (1920-2005), Message pour le Carême 2003, 4[43]

Quinze siècles après Léon le Grand, le jeûne reste « gras d'aumônes » : il ne se referme jamais sur soi, il s'ouvre toujours sur le pauvre.

La voix de la Divine Volonté : la Servante de Dieu Luisa Piccarreta

Dans les écrits de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947) — qui relèvent de la révélation privée reçue par l'Église (Nulla Osta du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, juin 2024), non du magistère —, elle-même qui, des décennies durant, ne vécut pratiquement que de l'Eucharistie quotidienne, Jésus reprend et porte à son sommet tout l'enseignement des saints sur la mortification et le jeûne. Il en fait d'abord une question de respiration de l'âme :

« La mortification doit être l'air de l'âme. Par l'air que l'âme respire, on reconnaît si elle est saine ou malade. Si une personne respire l'air de la mortification, chaque chose sera purifiée en elle ; tous ses sens sonneront d'un même son concordant. » — Jésus à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 3, 16 février 1900[44]

Mais l'apport propre de la Divine Volonté est plus loin. Là où tous les saints décrivent un combat — jeûner pour mater la chair —, Jésus révèle à Luisa un état où la lumière de la Volonté divine apaise les appétits à la racine, de sorte que la mortification cesse d'être une lutte pour devenir une paix :

« Quand on vit dans ma sainte Volonté, les passions meurent doucement, sans combat et sans tapage. Elles perdent vie par elles-mêmes. Car, devant la sainteté de ma Volonté, les passions n'osent pas se montrer. » — Jésus à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 23 décembre 1900[45]

C'est l'accomplissement des promesses des Pères : le jeûne parfait n'est plus d'abord une privation arrachée, mais un cœur si rempli de Dieu que la faim désordonnée n'y trouve plus de place.

Ce que les saints nous enseignent, en somme

Quatre certitudes sur le jeûne — le vrai jeûne se partage, anime la prière, demeure mesuré et se reçoit comme un don. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Par-delà la diversité des voix, quatre certitudes reviennent comme un refrain.

Le vrai jeûne se partage

D'Isaïe au Pasteur d'Hermas, de Léon le Grand à Jean-Paul II, la même loi : le jeûne qui ne nourrit pas le pauvre n'est qu'une économie. Ce que je retranche à ma table doit passer dans la main de l'indigent. « Que nos jeûnes soient gras et abondants » d'aumônes (Léon).

Le jeûne est l'âme de la prière

Basile (le jeûne, « aile » de la prière), Augustin (les « deux ailes »), Pierre Chrysologue (« le jeûne est l'âme de la prière ») disent une seule chose : jeûne, prière et aumône ne se séparent jamais. Un jeûne sans prière est un corps sans âme ; une prière sans jeûne, une âme sans aile.

Le jeûne se mesure

Syncletique (l'ascèse « de l'Ennemi »), Cassien (le jeûne « secondaire » à la charité), Bernard (« ôtez la discrétion, la vertu devient vice »), Catherine de Sienne (le jeûne « moyen », qu'on quitte par obéissance), François de Sales (ne pas ruiner sa santé) : tous avertissent contre le jeûne démesuré. Le critère du vrai jeûne n'est pas la quantité, mais la mesure et l'obéissance.

Le jeûne se reçoit

De Basile (« le premier commandement reçu par Adam ») à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (les passions qui « meurent sans combat »), le jeûne achevé n'est pas d'abord une conquête de la volonté crispée, mais un don : un cœur si tourné vers Dieu que la faim désordonnée s'y tait d'elle-même. On jeûne moins par force que par amour.

Le Christ et Marie, maîtres du jeûne

Tous les saints ne font que renvoyer à un seul Maître. Le Christ inaugure sa mission par un jeûne souverain de quarante jours au désert ; au tentateur qui lui propose de changer les pierres en pains, il répond : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4)[46]. Sa vie sera cette mesure parfaite : ni l'austérité rebutante de Jean-Baptiste, dont on disait qu'il « avait un démon », ni la complaisance — un homme qui « mange et boit » avec les pécheurs sans jamais cesser d'être maître de lui.

C'est à lui que renvoie aussi le mot fameux sur le jeûne qui chasse le démon. Il faut le citer avec exactitude : dans la traduction liturgique officielle, Jésus répond « Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir, sauf la prière » (Mc 9, 29), la mention « et le jeûne » étant absente des meilleurs manuscrits — de même que Matthieu 17, 21 (« par la prière et le jeûne ») ne figure pas dans le texte critique[47]. La tradition spirituelle a néanmoins raison de relier jeûne et combat : le jeûne reste, selon le mot de saint Basile, « une arme pour les vaillants ».

Marie, enfin, est le modèle achevé de cette mesure : un cœur si pleinement tourné vers Dieu que rien de désordonné n'y trouvait place. Les saints de la Divine Volonté voient en elle la créature où les passions n'eurent jamais à « oser se montrer ». Vers le Christ et Marie convergent toutes les voix réunies dans cet article : le jeûne n'est pas une morale triste, mais le visage du Christ se formant peu à peu dans le baptisé — un cœur libre, priant et partageant, qui « ne vit pas seulement de pain ».

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 147, a. 1 : « Assumitur enim ieiunium principaliter ad tria. Primo quidem, ad concupiscentias carnis comprimendas […]. Secundo, assumitur ad hoc quod mens liberius elevetur ad sublimia contemplanda […]. Tertio, ad satisfaciendum pro peccatis. » Le jeûne y est défini comme un acte vertueux relevant de l'abstinence, partie de la tempérance. Texte latin de référence : Summa Theologiae, IIª-IIae q. 147 a. 1.

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  2. Joël 2, 12, traduction liturgique officielle (AELF). Verset d'ouverture de la liturgie du Mercredi des Cendres.

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  3. Isaïe 58, 6-7, traduction liturgique officielle (AELF). Le grand texte prophétique sur le « vrai jeûne », constamment cité par les Pères pour relier jeûne, justice et aumône.

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  4. Évangile selon saint Matthieu 6, 16-18, traduction liturgique officielle (AELF). Enseignement du Christ sur le jeûne « dans le secret », lu le Mercredi des Cendres.

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  5. Évangile selon saint Matthieu 4, 2, traduction liturgique officielle (AELF) : « Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. » Cf. le parallèle de Luc 4, 1-2 : « Il ne mangea rien durant ces jours-là. »

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  6. Évangile selon saint Matthieu 9, 15, traduction liturgique officielle (AELF) : « Des jours viendront où l'Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. » Cf. le parallèle de Marc 2, 20. Fondement néotestamentaire du jeûne chrétien comme attente de l'Époux.

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  7. Actes des Apôtres 13, 2-3 (envoi de Barnabé et Saul « un jour qu'ils célébraient le culte du Seigneur et qu'ils jeûnaient ») et 14, 23 (institution des Anciens « après avoir prié et jeûné »), traduction liturgique officielle (AELF). Le jeûne accompagne, dès l'Église apostolique, les grandes décisions et les ordinations.

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  8. Le Pasteur d'Hermas (IIᵉ siècle), Cinquième Similitude, 3 : « In the day on which you fast you will taste nothing but bread and water; and having reckoned up the price of the dishes of that day which you intended to have eaten, you will give it to a widow, or an orphan, or to some person in want. » Traduction française d'après le texte établi sur New Advent (The Shepherd of Hermas, Book III, Similitude V, 3). L'un des plus anciens écrits chrétiens, parfois lu dans l'Église primitive à la suite des Écritures.

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  9. Saint Basile de Césarée (v. 330-379), Première homélie sur le jeûne (De jejunio I), 3 ; PG 31, 168 : « It was the first commandment that Adam received: "Of the tree of the knowledge of good and evil ye shall not eat." […] Through the words "ye shall not eat" the law of fasting and abstinence is laid down. » Formule confirmée par Benoît XVI, Message pour le Carême 2009, §1 : « Cette défense – "tu ne mangeras pas" – est une loi de jeûne et d'abstinence » (Homélie sur le jeûne : PG 31, 163, 98). Traduction française d'après le texte anglais établi ; édition critique française : Sources Chrétiennes.

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  10. Sainte Syncletique d'Alexandrie (IVᵉ siècle), Apophtegmes des Pères, collection alphabétique, série Syncletique, apophtegme 15 : « There is an asceticism which is determined by the enemy and his disciples practise it. So how are we to distinguish between the divine and royal asceticism and the demonic tyranny? Clearly through its quality of balance. » Référence vérifiée : Benedicta Ward, The Sayings of the Desert Fathers: The Alphabetical Collection, Cistercian Publications, 1975 (rééd. 1984) ; texte grec : PG 65, col. 425-428 (série Syncletique), « Ἔστι καὶ ἐκ τοῦ ἐχθροῦ ἐπιτεταμένη ἄσκησις… δῆλον ὡς ἀπὸ τῆς συμμετρίας ».

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  11. Saint Jean Chrysostome (v. 349-407), Homélies sur les Statues (Ad populum Antiochenum), Homélie III, 11 ; PG 49 ; trad. NPNF, 1re série, vol. 9 : « Let not the mouth only fast, but also the eye, and the ear, and the feet, and the hands, and all the members of our bodies. Let the hands fast, by being pure from rapine and avarice. […] For what doth it profit if we abstain from birds and fishes, and yet bite and devour our brethren? » Cette exhortation célèbre provient de la 3ᵉ homélie Sur les statues, et non — comme on le lit souvent à tort — d'une « homélie sur le jeûne ». Traduction française d'après le texte anglais établi.

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  12. Saint Pierre Chrysologue (v. 380-450), Sermon 43 ; PL 52, 320 et 322 : « Tria sunt, fratres, per quae constat fides, stat devotio, manet virtus: oratio, ieiunium, misericordia. […] Oratio pulsat, ieiunium impetrat, misericordia accipit. […] ieiunium anima orationis est, misericordia vita ieiunii. » Passage lu à l'Office des Lectures (Liturgie des Heures, mardi de la 3ᵉ semaine de Carême). La misericordia y est entendue comme aumône autant que miséricorde.

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  13. Le Père Éternel à sainte Catherine de Sienne (1347-1380), Le Dialogue, traité de la Discrétion ; trad. d'après l'édition d'Algar Thorold : « I wish therefore that the works of penance, and of other corporal exercises, should be observed merely as means, and not as the fundamental affection of the soul. » Catherine, qui jeûnait à l'extrême, enseigne la subordination de la pénitence à la charité.

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  14. Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), Sermon sur la pénitence (Sermons du Curé d'Ars, t. 1, cité d'après la transcription en ligne livres-mystiques.com) : enseignement résumé ci-dessus en paraphrase, le verbatim n'ayant pu être contrôlé sur l'édition imprimée.

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  15. Jésus à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 3, 16 février 1900 : « La mortification doit être l'air de l'âme. Par l'air que l'âme respire, on reconnaît si elle est saine ou malade. Si une personne respire l'air de la mortification, chaque chose sera purifiée en elle ; tous ses sens sonneront d'un même son concordant. » Trad. française Lumen Luminis (GE – La Volonté Divine) ; dictée vérifiée mot à mot sur le texte intégral de cette édition (tome 3, dictée du 16 février 1900).

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  16. Le Pasteur d'Hermas, Cinquième Similitude, 1 : « Do no evil in your life, and serve the Lord with a pure heart: keep His commandments […] and let no evil desire arise in your heart. » Le vrai jeûne y est d'abord l'abstention du mal et la garde du cœur. New Advent, The Shepherd of Hermas, Similitude V, 1.

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  17. Saint Basile de Césarée, Première homélie sur le jeûne, 6 ; PG 31, 164-184 : « Fasting gives birth to prophets and strengthens the powerful; fasting makes lawgivers wise. »

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  18. Saint Basile de Césarée, Première homélie sur le jeûne, 6 : « Fasting is a good safeguard for the soul, a steadfast companion for the body, a weapon for the valiant, and a gymnasium for athletes. »

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  19. Saint Basile de Césarée, Première homélie sur le jeûne, 7 : « Fasting sends up prayer to Heaven, becoming, as it were, a wing for it on its upward journey. »

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  20. Saint Basile de Césarée, Deuxième homélie sur le jeûne (De jejunio II) ; PG 31, 185-197 : « True fasting is being a stranger to vice, controlling the tongue, abstaining from anger, distancing oneself from lust, evil speech, lying, perjury. » Écho direct d'Isaïe 58.

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  21. Sainte Syncletique d'Alexandrie, Apophtegmes des Pères (série Syncletique), apophtegme 15 (suite du même texte) : « Always use a single rule of fasting. Do not fast four or five days and break it the following day with any amount of food. In truth lack of proportion always corrupts. » Même référence vérifiée que la note précédente (Ward ; PG 65, col. 425-428).

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  22. Saint Jean Cassien (v. 360-435), Conférences I (de l'abbé Moïse), Sources Chrétiennes 42 bis, Cerf, 2008, p. 101 : « On gagne moins par un jeûne que l'on ne perd par un mouvement de colère […]. Il convient, par conséquent, de rapporter les choses secondaires, jeûnes, veilles, retraite et méditation des Écritures, à notre but principal, c'est-à-dire à la pureté du cœur, qui est la charité. »

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  23. Saint Léon le Grand (pape, † 461), Sermon 49 (sur le Carême), VI ; PL 54 ; trad. NPNF, 2e série, vol. 12 : « in the distribution of alms and care of the poor, let our Christian fast-times be fat and abound; and let each bestow on the weak and destitute those dainties which he denies himself. » Traduction française d'après le texte anglais établi.

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  24. Saint Augustin (354-430), Enarrationes in Psalmos, Enarratio in Psalmum XLII (numérotation Vulgate ; Ps 43 hébreu, Judica me Deus), §7 (dernier paragraphe) : « Vis orationem tuam volare ad Deum? Fac illi duas alas, jejunium et eleemosynam. » (« Veux-tu que ta prière s'envole vers Dieu ? Donne-lui deux ailes : le jeûne et l'aumône. ») Texte latin vérifié sur l'édition Migne (PL 36) ; trad. anglaise NPNF : « Would you have your prayer fly upward to God? Make for it those two wings of alms and fasting. »

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  25. Saint Jérôme (v. 347-420), Lettre 22 à Eustochium, 17 ; trad. d'après le texte établi sur New Advent (Letter 22) : « When cloyed the mind immediately grows sluggish, and when the ground is watered it puts forth the thorns of lust. » Édition française de référence : J. Labourt, Saint Jérôme, Lettres, t. I, Les Belles Lettres (Budé).

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  26. Saint Jérôme, Lettre 22 à Eustochium, 8 : « Wine and youth between them kindle the fire of sensual pleasure. Why do we throw oil on the flame…? » Le vin y est nommé « la première arme dont les démons se servent contre les jeunes ». Thème voisin de la maxime que saint Thomas reprend à Jérôme (Adversus Jovinianum, II : « sine Cerere et Baccho friget Venus » ; cf. II-II, q. 147, a. 1).

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  27. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 147, a. 1 : Thomas cite Jérôme (Adversus Jovinianum, II) — « sine Cerere et Baccho friget Venus » (« sans Cérès ni Bacchus, Vénus se refroidit ») — pour montrer que l'abstinence de nourriture et de boisson refroidit la convoitise. La triade des trois fins est de Thomas lui-même, non d'Augustin.

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  28. Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), Sermons sur le Cantique des cantiques, Sermon 49 : « Discretio quippe omni virtuti ordinem ponit; ordo modum tribuit et decorem, etiam et perpetuitatem. […] est ergo discretio non tam virtus, quam quaedam moderatrix […]. Tolle hanc, et virtus vitium erit. » (Texte latin sur Wikisource, Sermones in Canticum Canticorum, Sermo 49.) La phrase porte sur la discretio en général, modératrice de toute vertu ; son application au jeûne est une extension classique.

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  29. Le Père Éternel à sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue, traité de la Discrétion : « …through obedience at the order of her director, it is well; since, if she continued then to do them, she not only would receive no merit, but would offend Me. » La pénitence corporelle doit céder devant l'obéissance et la nécessité.

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  30. Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, livre II, ch. 11 : « Habet autem Jesus multos amatores regni sui caelestis, sed paucos bajulatores suae crucis. […] Plures invenit socios mensae, sed paucos abstinentiae. » (« Il a beaucoup d'amants de son royaume, mais peu de porteurs de sa croix […]. Il trouve beaucoup de compagnons de sa table, mais peu de son abstinence. »)

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  31. Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. 23 (« Des exercices de la mortification extérieure ») : « Si le travail que vous ferez vous est nécessaire, ou fort utile à la gloire de Dieu, j'aime mieux que vous souffriez la peine du travail que celle du jeûne. […] Il est mieux de garder plus de forces corporelles qu'il n'est requis, que d'en ruiner plus qu'il ne faut. » Édition Boulenger (1909) d'après le texte de 1619.

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  32. Saint François de Sales, Sermon pour le Mercredi des Cendres (9 février 1622), Œuvres complètes, éd. d'Annecy, t. IX (Sermons) : « Il est requis que notre jeûne soit général et entier, c'est-à-dire que nous fassions jeûner tous les membres de notre corps. » Ce passage sur le jeûne des sens appartient au sermon de 1622, et non à l'Introduction à la vie dévote.

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  33. Saint Vincent de Paul (1581-1660), Conférence du 19 juillet 1640 aux Filles de la Charité, « Sur la vocation de Fille de la Charité » (développement sur la mortification des sens), dans Correspondance, Entretiens, Documents, t. IX, éd. Pierre Coste, C.M., Paris, 1923, p. 24 : enseignement résumé ci-dessus en paraphrase d'après l'édition citée, le verbatim n'ayant pu être recontrôlé sur l'imprimé.

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  34. Saint Jean-Paul II (1920-2005), Message pour le Carême 2003, §4 : « Il nous offre les armes pratiques et efficaces du jeûne et de l'aumône pour lutter contre l'attachement excessif à l'argent. Se priver non seulement du superflu, mais aussi de quelque chose de plus, pour le donner à celui qui en a besoin, contribue au renoncement sans lequel il n'y a pas de pratique authentique de la vie chrétienne. » URL re-vérifiée le 4 octobre 2026 (HTTP 200, texte du §4 conforme) : https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/messages/lent/documents/hf_jp-ii_mes_20030206_lent-2003.html

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  35. Jésus à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 4, 23 décembre 1900 : « Quand on vit dans ma sainte Volonté, les passions meurent doucement, sans combat et sans tapage. Elles perdent vie par elles-mêmes. Car, devant la sainteté de ma Volonté, les passions n'osent pas se montrer. » Trad. française Lumen Luminis (GE – La Volonté Divine) ; dictée vérifiée mot à mot sur le texte intégral de cette édition (tome 4, dictée du 23 décembre 1900).

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  36. Évangile selon saint Matthieu 4, 4, traduction liturgique officielle (AELF) : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Réponse du Christ au tentateur, au terme de quarante jours de jeûne.

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  37. Marc 9, 29, traduction liturgique officielle (AELF) : « Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir, sauf la prière. » La mention « et le jeûne » est absente des meilleurs manuscrits anciens et de l'AELF ; de même, Matthieu 17, 21 (« par la prière et le jeûne ») ne figure pas dans le texte critique (l'AELF passe de 17, 20 à 17, 22). La tradition reliant jeûne et combat spirituel reste légitime, mais elle ne doit pas s'appuyer sur cette variante tardive comme sur un verbatim assuré.

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