Comment grandir dans le jeûne

Grandir dans le jeûne, ce n'est pas se priver pour se prouver quelque chose : c'est laisser une privation toute simple devenir une prière du corps. Voici la nature du jeûne chrétien, ses trois fins (réprimer la chair, élever l'esprit, réparer le péché), ses racines bibliques, la triade jeûne-prière-aumône, ce que l'Église demande aujourd'hui (Cendres, Vendredi Saint, vendredis), les moyens concrets des saints pour le faire croître et ses deux contrefaçons, le pharisaïsme et l'indiscrétion.

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Grandir dans le jeûne, ce n'est pas apprendre à se priver pour se prouver quelque chose, ni soumettre son corps par mépris de la chair : c'est laisser une privation toute simple, manger moins, ou ne pas manger, devenir le langage d'un amour. Le jeûne chrétien n'est pas une performance ; il est une prière du corps, un cri muet vers Dieu, un creux qu'on ouvre en soi pour qu'Il le remplisse. « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4) : jeûner, c'est mettre ce verset en pratique avec son estomac.

C'est aussi la plus mal comprise des pratiques chrétiennes. On la croit périmée, négative, un peu suspecte, un vestige de sévérité d'un autre âge. Or toute la Bible jeûne : Moïse, Élie, David, Esther, Daniel, Ninive, Anne la prophétesse, les apôtres, et le Christ lui-même, quarante jours au désert. L'Église n'a jamais cessé de jeûner, et si elle a allégé sa discipline en 1966, elle ne l'a jamais abolie : le mercredi des Cendres et le Vendredi Saint restent, pour tout catholique, des jours de jeûne. Le jeûne n'est pas un appendice facultatif de la foi : il est, avec la prière et l'aumône, l'une des trois formes sur lesquelles « l'Écriture et les Pères insistent surtout »[1].

Cet article est consacré au chemin pratique : comment le jeûne grandit, par quels moyens, pour quelles fins, en évitant deux écueils, le pharisaïsme d'un côté, l'indiscrétion de l'autre. Le jeûne est l'une des applications de la vertu de tempérance : il en est l'école corporelle. Pour la vertu cardinale qui modère l'usage de tous les biens, voir Comment grandir dans la tempérance ; pour le combat contre le vice opposé, Comment grandir dans le combat contre la gourmandise. Le présent article traite l'acte du jeûne lui-même : ce qu'il est, pourquoi le pratiquer, et comment le faire croître jusqu'à ce qu'il devienne amour.

Qu'est-ce que le jeûne chrétien ?

Jeûner, ce n'est pas seulement « ne pas manger »

La définition la plus simple est aussi la plus trompeuse : jeûner, ce serait s'abstenir de nourriture. C'est vrai matériellement, mais cette définition manque l'essentiel. Un diététicien qui saute un repas, un militant en grève de la faim, un sportif qui surveille son poids ne jeûnent pas au sens chrétien, ils se privent, mais pour eux-mêmes. Le jeûne chrétien se distingue de toute privation par son terme : il est tourné vers Dieu. C'est une privation offerte, et c'est l'offrande, non la privation, qui en fait un acte religieux.

Saint Jean Chrysostome avertissait déjà ses fidèles que jeûner de pain sans jeûner du péché est un jeûne mutilé : « Tu jeûnes ? Prouve-le par tes œuvres », disait-il[2], à quoi sert de priver le ventre si la langue dévore le prochain par la médisance ? Le vrai jeûne n'est pas d'abord une affaire d'estomac mais de cœur : il commence à table, mais il vise plus haut.

Jeûne, abstinence, mortification : distinguer les mots

Trois mots voisins se confondent souvent. Il vaut la peine de les distinguer, car la discipline de l'Église repose sur cette distinction.

TermeCe qu'il désigneExemple dans la pratique de l'Église
JeûneRéduire la quantité de nourriture : un seul repas complet dans la journée, avec éventuellement deux collations légères qui, réunies, n'égalent pas un repasMercredi des Cendres, Vendredi Saint
AbstinenceS'abstenir d'une catégorie d'aliment, classiquement la viandeTous les vendredis de l'année, en mémoire de la Passion
MortificationTout renoncement volontaire (sens large), corporel ou non, par amour de DieuVeille, silence, renoncement à une douceur, à un écran
Jeûne, abstinence et mortification : trois réalités distinctes, infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le jeûne et l'abstinence sont donc deux espèces particulières et codifiées de la mortification, ce mot plus large qui désigne tout ce qu'on « fait mourir » en soi pour laisser place à Dieu. C'est pourquoi les maîtres spirituels parlent indifféremment de jeûne et de mortification : le jeûne est la mortification rendue concrète à l'endroit le plus quotidien, le plus universel, le plus humble, la table. Sur le renoncement intérieur plus radical qui coupe à la racine l'attache aux biens, voir Comment grandir dans le détachement.

Une pratique universelle que le Christ a transfigurée

Le jeûne n'est pas une invention chrétienne. Toutes les religions et toutes les sagesses l'ont connu : on jeûne pour purifier le corps, pour implorer le ciel, pour faire deuil, pour se préparer à une épreuve. Saint Basile aimait rappeler que le jeûne est aussi ancien que le monde : la toute première loi donnée à l'homme au paradis fut un jeûne, « tu ne mangeras pas » du fruit défendu (Gn 2, 17). L'humanité est tombée par un repas désordonné ; elle se relève par le jeûne[3].

Mais le Christ a transfiguré cette pratique antique. Il ne l'a pas abolie : il l'a intériorisée. Là où le jeûne risquait de devenir un marchandage avec Dieu ou une parade de piété, Jésus l'a renvoyé au secret du cœur (Mt 6, 16-18) et l'a lié à la joie nuptiale de sa présence (Mt 9, 15). Le jeûne chrétien n'est donc pas une privation tournée vers la performance ou la santé : c'est un acte d'amour qui prépare la rencontre de l'Époux.

Pourquoi jeûner ? Les trois fins du jeûne selon saint Thomas

Avant de chercher comment grandir dans le jeûne, il faut savoir pourquoi l'on jeûne, sans quoi l'on risque de se discipliner pour de mauvaises raisons. Saint Thomas d'Aquin, dans la question qu'il consacre au jeûne, résume admirablement les trois fins que l'Église a toujours reconnues. Le jeûne, écrit-il, est un acte de vertu lorsqu'il est pratiqué pour l'une de ces trois raisons :

« On a recours au jeûne principalement pour trois raisons. D'abord pour réprimer les convoitises de la chair. […] Ensuite, pour que l'esprit s'élève plus librement à la contemplation des choses célestes. […] Enfin, pour satisfaire pour les péchés. » Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 147, a. 1[4]

Ces trois fins ne s'opposent pas : elles se complètent, et un même jeûne peut les viser toutes. Mais les distinguer aide à jeûner droit.

Réprimer la convoitise de la chair

La première fin est la plus immédiate : le jeûne affaiblit la tyrannie des appétits. Un corps trop nourri devient lourd, mou, livré à ses désirs ; un corps tenu en bride retrouve sa docilité. Saint Paul en faisait l'expérience de l'athlète : « Mais je traite durement mon corps, j'en fais mon esclave, pour éviter qu'après avoir proclamé l'Évangile à d'autres, je sois moi-même disqualifié » (1 Co 9, 27)[5]. Le jeûne n'est pas haine du corps : il est dressage du corps, comme on dresse un cheval non pour le briser mais pour le rendre utile. C'est l'application alimentaire de toute la tempérance, voir Comment grandir dans la tempérance.

Élever l'esprit vers Dieu

La deuxième fin est plus haute, et c'est elle qui distingue le jeûne chrétien de tout régime. L'estomac plein appesantit l'âme ; le ventre creux la rend légère, vigilante, disponible. Les Pères du désert l'avaient observé : la sobriété aiguise la prière, comme la faim aiguise les sens. Le jeûne creuse en l'homme un vide que Dieu vient combler ; il transforme un besoin du corps en un cri de l'âme. C'est pourquoi l'Écriture associe presque toujours le jeûne à la prière : on jeûne pour prier mieux, et la prière donne au jeûne son sens. Sur cette prière que le jeûne soutient, voir Comment grandir dans l'oraison.

Réparer et satisfaire pour le péché

Réprimer la chair, élever l'esprit et satisfaire pour le péché, infographie originale Ignispedia créée par IA.

La troisième fin est la plus oubliée aujourd'hui, et pourtant la plus biblique : le jeûne répare. Il exprime le repentir, il « fait pénitence » au sens fort, il offre à Dieu une petite souffrance volontaire en réparation des fautes. Quand Ninive apprend sa condamnation, elle ne discute pas : elle jeûne (Jon 3, 5-10), et Dieu se laisse fléchir. Le jeûne dit à Dieu, par le corps, ce que les mots peinent à dire : « je regrette, je me détourne, je reviens ». C'est cette dimension de satisfaction que développe l'article sur la pénitence, voir Comment grandir dans la pénitence, et celui sur l'offrande des souffrances, Comment grandir dans la réparation.

Le jeûne dans l'Écriture

Le jeûne dans l'Écriture : conversion, justice, combat, discrétion et désir de l'Époux, infographie originale Ignispedia créée par IA.

On ne grandit pas dans une pratique en la subissant comme une règle : il faut en redécouvrir la source. Or le jeûne traverse toute la Bible, du Sinaï à la Croix.

Revenir à Dieu « de tout son cœur »

Dans l'Ancien Testament, le jeûne est le geste du retour. Le prophète Joël, devant le malheur, lance l'appel qui résume toute la pénitence biblique :

« Et maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour, renonçant au châtiment. » Joël 2, 12-13[6]

Tout y est : le jeûne n'a de valeur que rapporté au cœur. « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements », la formule condamne d'avance tout jeûne purement extérieur. Le corps qui jeûne doit signifier un cœur qui se convertit, sans quoi il ne signifie rien.

Le vrai jeûne selon Isaïe 58 : rompre les chaînes, partager son pain

Le texte le plus tranchant est celui d'Isaïe. Le peuple jeûne et s'étonne que Dieu n'y prête pas attention. La réponse divine est un coup de tonnerre : le jeûne qui plaît à Dieu n'est pas d'abord celui de la bouche, mais celui des mains qui s'ouvrent.

« Le jeûne qui me plaît, n'est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N'est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? » Isaïe 58, 6-7[7]

Ce texte fonde l'inséparabilité du jeûne et de l'aumône : le pain qu'on ne mange pas doit devenir le pain qu'on donne. Un jeûne qui engraisse le compte en banque au lieu de nourrir le pauvre est, selon Isaïe, un jeûne raté. On retrouvera plus loin cette loi d'airain chez saint Pierre Chrysologue. Sur le partage qui couronne le jeûne, voir Comment grandir dans l'aumône.

Jésus jeûne quarante jours

Le Nouveau Testament s'ouvre, pour la vie publique de Jésus, sur un jeûne. Avant d'annoncer le Royaume, le Christ se retire au désert et jeûne quarante jours, reprenant les quarante ans d'Israël au désert, les quarante jours de Moïse au Sinaï et d'Élie vers l'Horeb.

« Jésus, rempli d'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l'Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. » Luc 4, 1-2[8]

C'est dans cette faim que survient la tentation, « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain », et c'est par un mot de l'Écriture que Jésus la repousse : « L'homme ne vit pas seulement de pain » (Mt 4, 4)[9]. Le jeûne du Christ n'est pas un exploit ascétique isolé : il est le modèle de tout jeûne chrétien, qui est toujours un combat contre le tentateur appuyé sur la Parole de Dieu. C'est de ces quarante jours que l'Église a tiré les quarante jours du Carême.

« Quand vous jeûnez » : l'enseignement du Christ

Jésus n'a jamais commandé à ses disciples de ne pas jeûner ; il a commandé de bien jeûner. Dans le Sermon sur la montagne, il range le jeûne, à côté de l'aumône et de la prière, parmi les trois piliers de la justice nouvelle, et pour les trois, il dénonce la même maladie : la recherche du regard des hommes.

« Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu'ils jeûnent. […] Toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret. » Évangile selon saint Matthieu 6, 16-18[10]

« Quand vous jeûnez », et non « si vous jeûnez » : le Christ tient le jeûne pour acquis. Ce qu'il corrige, ce n'est pas la pratique, c'est l'intention. Tout le secret de la croissance dans le jeûne est déjà là : jeûner sous le seul regard du Père.

« Alors ils jeûneront » : le jeûne et l'Époux

Une parole de Jésus est souvent invoquée pour relativiser le jeûne ; en réalité, elle le fonde. Quand on s'étonne que ses disciples ne jeûnent pas, Jésus répond :

« Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l'Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l'Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. » Évangile selon saint Matthieu 9, 15[11]

Le jeûne est ici lié à l'absence sentie de l'Époux. Tant que le Christ est là visiblement, on se réjouit ; lorsqu'il s'efface, on jeûne, non pour le punir de son absence, mais pour la creuser en désir, pour l'attendre, pour hâter son retour. Le jeûne chrétien est ainsi un jeûne d'attente nuptiale : il dit notre faim de Celui qui nous manque. Cette dimension d'espérance rejoint Comment grandir dans l'espérance.

Jeûne et combat spirituel : « ce genre… »

Enfin, le jeûne est une arme. Devant un démon que les disciples ne parviennent pas à chasser, Jésus déclare que « cette espèce ne peut sortir que par la prière », et de nombreux manuscrits ajoutent : « et par le jeûne » (Mc 9, 29)[12]. Que la précision soit du texte original ou d'une tradition très ancienne, elle dit une conviction unanime de l'Église : certains combats spirituels ne se gagnent qu'à coups de prière et de jeûne. Le jeûne désarme l'adversaire en désarmant d'abord ce qui, en nous, lui sert de prise : la gourmandise, la mollesse, l'attachement au confort. Sur cette veille du combattant, voir Comment grandir dans la vigilance spirituelle.

Prière, jeûne, aumône : les trois ne font qu'un

Si l'on devait retenir une seule règle pour grandir dans le jeûne, ce serait celle-ci : ne jamais jeûner seul. Non pas seul au sens d'isolé, mais seul au sens de séparé de ses deux sœurs, la prière et l'aumône. Le Catéchisme les présente ensemble comme les trois formes de la conversion :

« La conversion intérieure pousse à l'expression de cette attitude en des signes visibles, des gestes et des œuvres de pénitence. […] L'Écriture et les Pères insistent surtout sur trois formes : le jeûne, la prière et l'aumône, qui expriment la conversion par rapport à soi-même, par rapport à Dieu et par rapport aux autres. » Catéchisme de l'Église catholique §§ 1430 et 1434, citant Tobie 12, 8 et Matthieu 6, 1-18[13]

Le jeûne me convertit par rapport à moi-même (je me déprends de mon ventre) ; la prière me convertit par rapport à Dieu ; l'aumône me convertit par rapport au prochain. Détacher le jeûne des deux autres, c'est le mutiler. C'est ce qu'enseigne avec une force inoubliable saint Pierre Chrysologue, dans une page que l'Église fait lire chaque Carême :

Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne, enseigne en substance, dans son Sermon 43, que trois actes soutiennent la foi, la piété et la vertu : la prière, le jeûne et la miséricorde. Selon lui, la prière frappe à la porte, le jeûne obtient et la miséricorde reçoit ; les trois ne font qu'un, se donnent mutuellement la vie et ne peuvent se séparer, le jeûne étant l'âme de la prière et la miséricorde la vie du jeûne[14].

Prière, jeûne et aumône expriment la conversion envers Dieu, soi-même et le prochain, infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le même sermon ajoute, toujours en substance, que le jeûne ne porte pas de fruit s'il n'est pas arrosé par la miséricorde, comme la pluie arrose la terre[15]. Voilà pourquoi un jeûne qui n'aboutit pas au partage se dessèche, et une prière sans jeûne reste à la surface. Grandir dans le jeûne, c'est toujours grandir simultanément dans la prière et dans la charité, voir Comment grandir dans la charité.

Ce que l'Église demande aujourd'hui

Beaucoup de catholiques ignorent ce que l'Église attend encore d'eux en matière de jeûne. La discipline a été allégée, non supprimée ; la connaître est la première étape pour grandir, car on ne grandit pas dans le flou.

Les jours de pénitence : Cendres, Vendredi Saint, vendredis

Le droit de l'Église fixe un socle minimal, commun à tous. Le tableau suivant récapitule ce qui est aujourd'hui obligatoire pour l'Église latine.

JourAbstinence (pas de viande)Jeûne (un seul vrai repas)Fondement
Mercredi des CendresOuiOuiCan. 1251
Vendredi SaintOuiOuiCan. 1251
Tous les autres vendredis de l'annéeOui (ou autre pénitence équivalente, selon les conférences épiscopales, can. 1253)NonCan. 1250-1251, 1253 ; Paenitemini
Tout le CarêmeTemps pénitentiel privilégiéRecommandé, non imposé chaque jourCEC § 1438

Le Catéchisme rappelle que ces temps sont des moments forts voulus par l'Église pour la conversion de tous :

« Les temps et les jours de pénitence au cours de l'année liturgique (le temps du carême, chaque vendredi en mémoire de la mort du Seigneur) sont des moments forts de la pratique pénitentielle de l'Église. Ces temps sont particulièrement appropriés pour les exercices spirituels, les liturgies pénitentielles, les pèlerinages en signe de pénitence, les privations volontaires comme le jeûne et l'aumône. » Catéchisme de l'Église catholique § 1438[16]

Jeûne et abstinence : ce que disent précisément les mots du droit

Le jeûne ecclésiastique ne signifie pas ne rien manger de la journée. Concrètement, dans l'usage actuel de l'Église latine, il autorise un seul repas complet, auquel on peut ajouter un peu de nourriture le matin et le soir, sans que l'ensemble équivaille à un second repas. L'abstinence, elle, porte sur la viande. Ce sont des minima volontairement modestes : l'Église fixe un seuil bas pour qu'il soit tenable par tous, en laissant à la générosité de chacun la liberté d'aller plus loin.

Pour qui ? Âges et dispenses

Le droit canonique précise qui est tenu, et libère ceux pour qui le jeûne serait nuisible :

  • L'abstinence oblige à partir de 14 ans ;
  • Le jeûne oblige de 18 à 59 ans révolus[17].
  • Sont dispensés, par bon sens et par charité, les malades, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes âgées, les travailleurs de force, les enfants, car le jeûne est ordonné à la santé de l'âme, jamais à la ruine du corps.

Cette souplesse n'est pas un relâchement : elle est l'application du principe que la discrétion gouverne toute ascèse. Le jeûne n'est pas une fin en soi ; quand il nuit à la charité due à soi-même ou aux autres, il cesse d'être vertueux.

Du jeûne ancien à Paenitemini : une discipline allégée, jamais abolie

Il fut un temps où l'Église imposait un jeûne quasi quotidien durant tout le Carême, l'abstinence de tous les vendredis et de nombreuses vigiles, et de longs jeûnes eucharistiques. En 1966, par la constitution apostolique Paenitemini, Paul VI a réformé cette discipline : il a réduit les jours de jeûne strictement obligatoires au mercredi des Cendres et au Vendredi Saint, tout en réaffirmant solennellement le devoir permanent de pénitence et la possibilité, pour les conférences épiscopales, de substituer au vendredi sans viande d'autres formes de pénitence ou des œuvres de charité[18].

Le socle commun demandé par l'Église latine, infographie originale Ignispedia créée par IA d'après les canons 1250-1253.

Cette réforme est souvent mal lue. Paenitemini n'a pas supprimé le devoir de pénitence : il l'a rappelé comme un devoir permanent, dont l'Église ne fixe que le minimum obligatoire. Le danger d'un minimum si bas est qu'on le prenne pour un maximum. Grandir dans le jeûne, c'est précisément dépasser le minimum, non par scrupule, mais par amour.

Comment grandir concrètement dans le jeûne

Vient enfin la question pratique. Comment passe-t-on d'un jeûne subi, minimal, oublié, à un jeûne vivant qui fait grandir l'âme ? Les saints convergent sur quelques voies très concrètes.

Commencer petit, tenir dans la durée

La première erreur du débutant est l'excès initial : on décide un grand jeûne héroïque, on tient deux jours, on s'effondre, on abandonne. Les Pères du désert recommandaient l'inverse : un petit renoncement régulier vaut mieux qu'un grand renoncement insoutenable. Mieux vaut ressaisir le jeûne des vendredis, ajouter une privation modeste mais fidèle, que viser un exploit qui nourrit surtout l'orgueil. La constance est ici la vertu maîtresse : voir Comment grandir dans la persévérance. Un jeûne qui dure transforme ; un jeûne spectaculaire et bref ne fait qu'enfler.

Jeûner « dans le secret » : fuir la vaine gloire

La deuxième voie est celle que le Christ a tracée : le secret (Mt 6, 17-18). Le jeûne est l'aliment de la vie cachée. Dès qu'il s'affiche (par la plainte, par l'allusion, par la mine défaite), il a déjà reçu sa récompense et perdu sa valeur. Grandir dans le jeûne, c'est apprendre à le dérober au regard : ne pas le raconter, ne pas se plaindre, garder le visage joyeux. Cette discrétion protège du plus grand péril du jeûne, l'orgueil spirituel, contre lequel l'humilité veille, voir Comment grandir dans l'humilité.

Du jeûne de la bouche au jeûne des yeux et de la langue

Du ventre à la volonté : le jeûne mûrit lorsqu'il ordonne tout l'être, infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le jeûne mûrit en s'étendant. Le jeûne de nourriture n'est que la porte d'entrée ; derrière elle s'ouvre tout un art de la privation volontaire qui touche les autres sens et les autres appétits. Saint Augustin et toute la tradition parlent d'un jeûne des yeux (ce qu'on regarde), de la langue (médisance, bavardage, plainte), des oreilles, du jugement. À l'âge des écrans, ce jeûne élargi prend un relief nouveau : jeûner d'informations, de divertissement, de notifications, est une mortification souvent plus exigeante, et plus libératrice, que jeûner d'un repas. Le critère reste le même : on retranche quelque chose de bon pour faire place à un bien meilleur.

Lier le jeûne à la prière et au partage

On l'a vu : un jeûne isolé se dessèche. La voie royale de croissance est donc de nouer chaque jeûne à un temps de prière et à un geste de partage. Le repas supprimé devient une aumône concrète : l'argent économisé va au pauvre. La faim ressentie devient un rappel qui pousse à prier : chaque tiraillement de l'estomac est une cloche intérieure qui dit « souviens-toi de Dieu ». Ainsi le jeûne cesse d'être un vide subi pour devenir un ressort : il propulse vers la prière et vers le frère. C'est exactement la pédagogie de saint Pierre Chrysologue citée plus haut.

Offrir sa faim : du renoncement à l'amour

Le sommet de la croissance dans le jeûne est l'offrande. Tant que je jeûne pour me maîtriser ou pour me purifier, je reste le centre. Le jeûne mûr déplace ce centre : je n'offre plus seulement un plat, j'offre ma faim, cette petite souffrance, en union avec la faim du Christ au désert et avec sa soif sur la Croix, pour les pécheurs, pour les âmes, pour le monde. La privation devient alors prière d'intercession et réparation. Saint Jean Cassien, au IVᵉ siècle, mettait pourtant en garde contre l'inversion des valeurs : le jeûne n'est jamais le but, mais le moyen.

En substance, saint Jean Cassien (v. 360-435), dans la première de ses Conférences, enseigne qu'un jeûne rigoureux ne compense pas le dommage d'un mouvement de colère : les exercices secondaires, jeûnes, veilles, retraite, méditation des Écritures, doivent être ordonnés au but principal, la pureté du cœur, c'est-à-dire la charité[19].

Le jeûne est un moyen ; la charité est la fin. Un jeûne rigoureux accompagné d'un cœur dur est un contresens ; un petit jeûne offert par amour vaut mille héroïsmes secs. Sur cette pureté du cœur qui est le terme, voir Comment grandir dans la pureté du cœur.

Les deux manières de manquer le jeûne

Comme toute vertu, le jeûne se manque de deux côtés opposés. Les connaître permet de tenir le milieu.

Le pharisaïsme : jeûner pour soi

Le premier travers est celui que Jésus a le plus durement combattu : jeûner pour être vu, ou pire, jeûner en méprisant ceux qui ne jeûnent pas. C'est le pharisien de la parabole, debout au Temple : « Je jeûne deux fois par semaine » (Lc 18, 12)[20], et qui repart non justifié, parce que son jeûne a nourri son orgueil. Le jeûne, bien spirituel par excellence, devient ainsi l'occasion du péché le plus spirituel : la vaine gloire. Le remède est le secret et l'humilité : se savoir pécheur qui jeûne, non juste **parce qu'**on jeûne.

L'indiscrétion : quand l'ascèse blesse la charité ou la santé

Le second travers est inverse : l'ascèse sans mesure. Par générosité mal éclairée, on s'impose des jeûnes excessifs qui ruinent la santé, rendent irritable, incapable de travailler ou de servir, bref, qui blessent la charité. La tradition appelle cela l'indiscrétion. Les maîtres spirituels, de Cassien à saint François de Sales, sont unanimes : un jeûne qui te rend insupportable aux autres ou nuisible à ton devoir d'état est un mauvais jeûne. Certains saints ascètes ont tenu un langage très dur sur le corps, mais ce langage héroïque ne doit pas masquer la règle commune, qui est la discrétion. Le jeûne doit être réglé par la prudence : voir Comment grandir dans la prudence. La règle d'or : dans le doute, et surtout en cas de santé fragile, demander conseil à un prêtre ou à un accompagnateur, voir Comment grandir dans la direction spirituelle.

Les fruits d'un jeûne grandissant

À quoi reconnaît-on un jeûne qui fait vraiment grandir ? À ses fruits, non à sa rigueur.

Liberté et légèreté du cœur

Le premier fruit est une liberté. L'homme qui jeûne régulièrement se découvre moins esclave : moins prisonnier de ses envies, de ses habitudes, de son confort. Il a fait l'expérience qu'on peut avoir faim et survivre, désirer et ne pas céder, et cette expérience le rend libre bien au-delà de la table. Le jeûne enseigne au cœur qu'il n'est pas commandé par ses appétits. C'est une légèreté : on se possède, donc on respire.

Compassion pour les pauvres

Le deuxième fruit est la compassion. Celui qui n'a jamais eu faim volontairement ne comprend pas vraiment celui qui a faim par nécessité. Le jeûne creuse en nous une solidarité physique avec les affamés du monde ; il transforme une statistique en une expérience. Selon Chrysologue, en substance, le jeûneur doit sympathiser avec l'homme qui a faim, s'il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim[21]. Le jeûne, loin de replier sur soi, ouvre les mains.

Faim de Dieu

Le troisième fruit, le plus haut, est une faim d'un autre ordre. À force de désapprendre la satiété facile, l'âme découvre une autre soif, que rien de terrestre ne comble. Le jeûne révèle que notre vrai manque n'est pas le pain mais Dieu. « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés » (Mt 5, 6) : le jeûne corporel est l'apprentissage de cette faim bienheureuse. Il ne nous prive pas pour nous appauvrir, mais pour nous rendre capables de Dieu, comme le résumait Benoît XVI :

Liberté du cœur, légèreté intérieure, compassion et faim de Dieu, infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Le jeûne est capable de nous aider à mortifier notre égoïsme et à ouvrir nos cœurs à l'amour de Dieu et du prochain. […] Le jeûne a comme ultime finalité d'aider chacun d'entre nous, comme l'écrivait le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, à faire un don total de soi à Dieu. » Benoît XVI, Message pour le Carême 2009[22]

Le jeûne dans la Divine Volonté

La spiritualité de la Divine Volonté, transmise à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), révélation privée reçue dans l'Église mais non déclarée surnaturelle (Nulla Osta du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, juin 2024, confirmé le 3 décembre 2024 ; les thèses théologiques qui l'interprètent n'engagent pas le magistère), donne au jeûne, et plus largement à la mortification, son dernier accent. Elle n'en supprime ni l'effort ni la valeur, mais elle en révèle le terme : la mortification n'est pas une fin, c'est l'air que respire l'âme saine.

Jésus dit à Luisa que « la mortification doit être l'air de l'âme » : « par l'air que l'âme respire, on reconnaît si elle est saine ou malade », respirée, la mortification purifie et unifie tout en elle ; absente, tout y devient discordant[23].

Le jeûne, dans cette lumière, cesse d'être un combat épuisant pour devenir une respiration ordinaire : non un effort héroïque réservé aux temps forts, mais le souffle régulier d'une vie unifiée. Jésus explique encore à Luisa que la mortification est féconde, non destruction, mais purification qui fait naître les vertus :

« Ma fille, la Mortification est comme un feu qui fait sécher toutes les mauvaises humeurs qui sont dans l'âme et qui l'inonde d'une humeur de Sainteté, donnant naissance aux plus belles Vertus »[24].

Grandir dans le jeûne, dans cette perspective, ce n'est pas seulement serrer un peu plus la bride : c'est laisser la Volonté de Dieu réordonner le désir de l'intérieur, jusqu'à ce que le renoncement ne soit plus une lutte mais un don paisible. Le jeûne humain, greffé sur la Volonté divine, cesse d'être une privation arrachée pour devenir le calme d'un cœur que rien de désordonné n'encombre plus. Sur cette vie nouvelle, voir Comment grandir dans l'abandon à Dieu.

Le Christ et les saints, maîtres du jeûne

On ne grandit pas dans une pratique en la fixant comme un idéal abstrait, mais en contemplant ceux qui l'ont vécue. Or le jeûne a son maître souverain : le Christ, qui a jeûné quarante jours et qui a fait de ce jeûne le seuil de sa mission. Toute la vie de Jésus tient d'ailleurs les deux versants ensemble : il a jeûné au désert, mais il a aussi changé l'eau en vin à Cana et partagé tant de repas qu'on l'a dit « glouton et ivrogne » (Mt 11, 19). Sa liberté souveraine, jeûner ou festoyer selon l'heure de Dieu, est la mesure de la nôtre.

Sandro Botticelli, Les Tentations du Christ, 1480-1482, chapelle Sixtine, domaine public, Wikimedia Commons.

Derrière lui, une nuée de témoins : Moïse et Élie jeûnant quarante jours ; Anne la prophétesse qui « servait Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière » (Lc 2, 37)[25] ; les Pères du désert, dont la sobriété était la règle de vie ; saint Antoine, saint Basile, saint Jean Chrysostome, saint François d'Assise, sainte Catherine de Sienne et tant d'autres pour qui le jeûne fut une seconde nature. Aucun d'eux n'a jeûné pour jeûner : tous ont fait de la faim un chemin vers Dieu. C'est à cette compagnie que le jeûne nous unit.

Un chemin concret, jour après jour

Grandir dans le jeûne ne se décrète pas en un jour ; cela se cultive par petites fidélités. Concrètement :

Une progression humble, concrète et durable, infographie originale Ignispedia créée par IA.
  • Retrouver le vendredi. Avant de viser de grands jeûnes, réhabiliter la pénitence du vendredi, sans viande, ou par une autre privation offerte en mémoire de la Passion. C'est le socle ordinaire, et beaucoup l'ont oublié.
  • Vivre le Carême comme un vrai temps de jeûne, et non comme un simple « renoncement au chocolat » symbolique. Choisir une privation réelle, tenable quarante jours, liée à la prière et au partage.
  • Lier chaque jeûne à une prière et à une aumône. Décider d'avance : ce que je ne mange pas, je le donne ; ce temps que je gagne, je le prie.
  • Jeûner dans le secret. Ne pas le dire, ne pas s'en plaindre, garder le visage joyeux.
  • Demander conseil en cas de santé fragile, de scrupule ou de tentation d'excès. La discrétion fait partie de la vertu.
  • Offrir sa faim, enfin, pour quelqu'un : un proche, un pécheur, une âme du purgatoire, le monde. C'est là que le jeûne devient amour.

Le jeûne n'est pas une corvée d'un autre âge ni une performance d'athlète spirituel : c'est, dans son humilité même, l'une des manières les plus simples et les plus profondes de dire à Dieu « je te préfère ». Quand l'estomac apprend à attendre, le cœur apprend à désirer ; et quand le cœur désire Dieu plus que le pain, alors le jeûne a fait son œuvre.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1434 : « La pénitence intérieure du chrétien peut avoir des expressions très variées. L'Écriture et les Pères insistent surtout sur trois formes : le jeûne, la prière, l'aumône (cf. Tb 12, 8 ; Mt 6, 1-18), qui expriment la conversion par rapport à soi-même, par rapport à Dieu et par rapport aux autres. » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992 ; texte sur vatican.va.

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  2. Saint Jean Chrysostome (v. 349-407), Homélies sur les statues, hom. III, 11 : « Do you fast? Give me proof of it by your works! », d'où le « Tu jeûnes ? Prouve-le par tes œuvres » cité dans le corps, suivi dans l'homélie de l'explicitation par les œuvres (« If you see a poor man, take pity on him! […] For let not the mouth only fast, but also the eye, and the ear… »). L'évêque y enseigne que le vrai jeûne ne se réduit pas à l'abstention de nourriture mais inclut l'abstention du péché (PG 49 ; texte vérifié sur newadvent.org/fathers/190103.htm). Faute de quoi, un jeûne du ventre accompagné de médisance n'a aucune valeur. Cf. la tradition reprise dans l'Office des lectures du Carême.

    2
  3. Saint Basile de Césarée (329-379), Homélies sur le jeûne (De ieiunio), I, 3, PG 31, 164-184 : Basile montre que le jeûne est antérieur même à la Loi, « aussi ancien que l'humanité », puisque la première loi reçue au paradis fut un précepte d'abstinence (« tu ne mangeras pas », Gn 2, 17). L'homme étant tombé par la nourriture, c'est par le jeûne qu'il rentre au paradis, résumé du § 3, non recollé verbatim à l'édition (référence confirmée par le Saint et Grand Concile de 2016, L'importance du jeûne, citant « On Fasting, 1, 3 » : « fasting is as old as humanity itself; it was prescribed in paradise », Gn 2, 16-17).

    3
  4. Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 147, a. 1 (le jeûne est un acte de vertu) : « Le jeûne est pratiqué pour une triple fin. Premièrement, pour réprimer les convoitises de la chair […]. Deuxièmement, pour que l'esprit s'élève plus librement à la contemplation des choses célestes ; ainsi lit-on (Dn 10) que Daniel reçut la révélation après un jeûne de trois semaines. Troisièmement, pour satisfaire pour les péchés. » Cf. a. 5 sur la convenance des temps de jeûne. Édition de référence : Summa Theologiae, Éditions du Cerf.

    4
  5. Première lettre aux Corinthiens 9, 25-27, traduction liturgique officielle (AELF) : « Tous les athlètes à l'entraînement s'imposent une discipline sévère ; ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas. […] Mais je traite durement mon corps, j'en fais mon esclave, pour éviter qu'après avoir proclamé l'Évangile à d'autres, je sois moi-même disqualifié. » Image paulinienne de l'ascèse comme entraînement de l'athlète.

    5
  6. Joël 2, 12-13, traduction liturgique officielle (AELF), lu le mercredi des Cendres : « Et maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour, renonçant au châtiment. »

    6
  7. Isaïe 58, 6-7, traduction liturgique officielle (AELF) : « Le jeûne qui me plaît, n'est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? N'est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? » Texte-clef sur l'inséparabilité du jeûne et de la justice envers le pauvre.

    7
  8. Évangile selon saint Luc 4, 1-2, traduction liturgique officielle (AELF) : « Jésus, rempli d'Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; dans l'Esprit, il fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim. » Fondement des quarante jours du Carême.

    8
  9. Évangile selon saint Matthieu 4, 3-4, traduction liturgique officielle (AELF) : « Le tentateur s'approcha et lui dit : "Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains." Mais Jésus répondit : "Il est écrit : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." » (citant Dt 8, 3). Le Christ repousse la tentation au creux de son jeûne, par la Parole.

    9
  10. Évangile selon saint Matthieu 6, 16-18, traduction liturgique officielle (AELF), évangile du mercredi des Cendres : « Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra." »

    10
  11. Évangile selon saint Matthieu 9, 14-15, traduction liturgique officielle (AELF) : « Alors les disciples de Jean le Baptiste s'approchent de Jésus en disant : "Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ?" Jésus leur répondit : "Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l'Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l'Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront." » Le jeûne chrétien comme attente nuptiale.

    11
  12. Évangile selon saint Marc 9, 29 : à propos de l'esprit que les disciples n'ont pu chasser, Jésus déclare : « Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir que la prière. » De nombreux manuscrits anciens et la Vulgate ajoutent « et le jeûne » (et ieiunio) ; le parallèle de Mt 17, 21 porte la mention dans la tradition textuelle reçue. Quelle que soit la critique textuelle, l'association prière-jeûne dans le combat spirituel est unanime dans la Tradition.

    12
  13. Saint Pierre Chrysologue (v. 406-450), évêque de Ravenne et docteur de l'Église, Sermon 43 (PL 52, 320), lu à l'Office des lectures du Carême. Paraphrase : le passage est résumé en substance dans le corps de l'article, sans prétendre reproduire verbatim la traduction de l'Office des lectures ni l'édition PL 52, 320.

    14
  14. Saint Pierre Chrysologue, Sermon 43 (PL 52, 320), suite. Paraphrase : le passage est résumé en substance dans le corps de l'article, sans prétendre reproduire verbatim l'édition.

    15
  15. Catéchisme de l'Église catholique, § 1438 : « Les temps et les jours de pénitence au cours de l'année liturgique (le temps du carême, chaque vendredi en mémoire de la mort du Seigneur) sont des moments forts de la pratique pénitentielle de l'Église (cf. SC 109-110 ; CIC, can. 1249-1253 ; CCEO, can. 880-883). Ces temps sont particulièrement appropriés pour les exercices spirituels, les liturgies pénitentielles, les pèlerinages en signe de pénitence, les privations volontaires comme le jeûne et l'aumône, le partage fraternel (œuvres caritatives et missionnaires). » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992 ; texte sur vatican.va.

    16
  16. Code de droit canonique (1983), can. 1251-1252 : le can. 1251 prescrit l'abstinence de viande tous les vendredis (sauf solennité) ainsi que l'abstinence et le jeûne le mercredi des Cendres et le Vendredi Saint ; le can. 1252 précise : « Sont tenus par la loi de l'abstinence, les fidèles qui ont quatorze ans révolus ; mais sont liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs jusqu'à la soixantième année commencée. » Les pasteurs veillent à former les plus jeunes et les dispensés au sens de la pénitence.

    17
  17. Paul VI, constitution apostolique Paenitemini, 17 février 1966 : réforme de la discipline pénitentielle de l'Église. Le texte réaffirme le devoir permanent et divin de la pénitence, conserve au Carême son caractère pénitentiel, fixe comme jours de pénitence obligatoires pour toute l'Église « tous les vendredis et le mercredi des Cendres », et confie aux conférences épiscopales la faculté de substituer à l'abstinence du vendredi d'autres formes de pénitence, notamment des œuvres de charité et des exercices de piété (faculté reprise au can. 1253). Texte latin sur vatican.va ; cf. AAS 58 (1966), 177-198.

    18
  18. Saint Jean Cassien (v. 360-435), Conférences, I (Conférence de l'abbé Moïse sur le but et la fin du moine), Sources Chrétiennes 42 bis, Éditions du Cerf, 2008, p. 101, résumé cité en substance, non recollé verbatim à l'édition : les exercices secondaires (jeûnes, veilles, retraite, méditation des Écritures) doivent être rapportés au but principal, la pureté du cœur, c'est-à-dire la charité. Le jeûne y est expressément subordonné, comme moyen, à la charité.

    19
  19. Évangile selon saint Luc 18, 11-14, traduction liturgique officielle (AELF) : le pharisien prie ainsi : « Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes […]. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. », mais c'est le publicain, et non lui, dont Jésus déclare : « Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c'est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l'autre. » Le jeûne qui nourrit l'orgueil ne justifie pas.

    20
  20. Saint Pierre Chrysologue, Sermon 43 (PL 52, 320). Paraphrase : le passage est résumé en substance dans le corps de l'article, sans prétendre reproduire verbatim l'édition.

    21
  21. Benoît XVI, Message pour le Carême 2009 (11 décembre 2008), sur le thème « Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim » (Mt 4, 1-2) : « La privation de la nourriture matérielle qui alimente notre corps facilite une disposition intérieure à écouter le Christ […]. Le jeûne représente une pratique ascétique importante, une arme spirituelle pour lutter contre tous les attachements désordonnés. […] Se priver volontairement du plaisir de la nourriture et d'autres biens matériels aide le disciple du Christ à dominer les appétits de sa nature affaiblie par le péché originel. » Le jeûne y est dit « capable de nous aider à mortifier notre égoïsme et à ouvrir nos cœurs à l'amour de Dieu et du prochain », ayant « comme ultime finalité d'aider chacun d'entre nous, comme l'écrivait le Serviteur de Dieu Jean-Paul II, à faire un don total de soi à Dieu » (cf. Veritatis splendor, 21). Texte sur vatican.va.

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  22. Jésus à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 3, 16 février 1900, p. 54 : « La mortification doit être l'air de l'âme. Par l'air que l'âme respire, on reconnaît si elle est saine ou malade. Si une personne respire l'air de la mortification, chaque chose sera purifiée en elle ; tous ses sens sonneront d'un même son concordant. » Édition française (GE, La Volonté Divine, Lumen Luminis, pour usage privé), citation recollée verbatim.

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  23. Jésus à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 3, 28 janvier 1900, p. 49 : « Ma fille, la Mortification est comme un feu qui fait sécher toutes les mauvaises humeurs qui sont dans l'âme et qui l'inonde d'une humeur de Sainteté, donnant naissance aux plus belles Vertus. » Édition française (GE, La Volonté Divine, Lumen Luminis, pour usage privé), citation recollée verbatim.

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  24. Évangile selon saint Luc 2, 36-37, traduction liturgique officielle (AELF) : la prophétesse Anne, veuve âgée, « ne s'éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière ». Figure vétérotestamentaire de l'attente fidèle, au seuil de l'Évangile.

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