Grandir dans l'espérance n'est pas devenir optimiste ni positif par caractère : c'est laisser croître en soi la vertu théologale par laquelle l'âme tend de toutes ses forces vers Dieu comme vers son unique bonheur, et compte sur lui pour l'y conduire. L'espérance chrétienne n'est pas un vague espoir que « tout finira bien » : elle est l'attente certaine d'un bien précis — la vie éternelle — fondée non sur nous-mêmes, mais sur la fidélité de Dieu à ses promesses.
C'est la plus discrète des trois vertus théologales, et celle qu'on néglige le plus. On parle volontiers de la foi et de la charité ; on oublie l'espérance, comme si elle allait de soi. Pourtant, sans elle, la foi se dessèche et la charité se décourage. Charles Péguy la voyait comme une petite fille marchant entre ses deux grandes sœurs, et entraînant en réalité tout le cortège[1]. Les saints, eux, n'en ont jamais fait l'éloge à distance : ils l'ont vécue comme une force qui tient debout dans la tempête, « une ancre sûre et solide pour l'âme » (He 6, 19)[2].
Cet article est consacré au chemin pratique : comment l'espérance grandit, par quels moyens, en évitant quels pièges — le désespoir d'un côté, la présomption de l'autre. Pour la voix propre des saints sur ce thème, on se reportera au florilège Que disent les saints sur l'espérance. Pour les contresens courants — espérance confondue avec l'optimisme, le fatalisme ou la fuite —, voir Les erreurs fréquentes concernant l'espérance. Pour l'attitude filiale de confiance et d'abandon qui en est le cœur affectif, voir Comment grandir dans la confiance et Comment grandir dans l'abandon à Dieu. Pour les deux autres vertus théologales, voir Comment grandir dans la foi et Comment grandir dans la charité.
Pourquoi chercher à grandir dans l'espérance ?
La vertu qu'on oublie
De la foi on connaît le combat ; de la charité on chante les œuvres ; mais l'espérance reste comme une vertu de l'ombre, qu'on suppose acquise. C'est précisément ce silence que Péguy a voulu rompre, en prêtant à Dieu lui-même cet émerveillement :
« La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance. […] Cette petite fille espérance. Immortelle. […] C'est elle, cette petite, qui entraîne tout. Car la Foi ne voit que ce qui est. Et elle elle voit ce qui sera. La Charité n'aime que ce qui est. Et elle elle aime ce qui sera. » — Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu[3]
Cette image dit l'essentiel : l'espérance est tournée vers l'avenir de Dieu. Elle est la vertu du chemin, du « pas encore », de l'âme en marche qui n'est pas encore arrivée. Tant que dure la vie, nous sommes des voyageurs ; et le voyageur ne tient que par l'espérance d'arriver. La négliger, c'est s'exposer à avancer sans cap, ou à s'asseoir au bord de la route.
« Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance »
L'espérance n'est pas un ornement de la vie chrétienne : elle touche au salut lui-même. Saint Paul ose une formule vertigineuse, que Benoît XVI a placée en tête de son encyclique sur l'espérance :
« Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance. » — Lettre aux Romains 8, 24[4]
« Spe salvi facti sumus » : nous sommes déjà sauvés, mais en espérance, c'est-à-dire que le salut nous est donné comme un terme encore attendu, vers lequel nous marchons. Benoît XVI en tirait que « le présent, même un présent pénible, peut être vécu et accepté s'il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme »[5]. Grandir dans l'espérance, c'est donc rendre ce terme — le Ciel, Dieu lui-même — assez réel et assez certain pour qu'il transforme la manière de vivre le présent.
Ce qui empêche de se décourager
La raison la plus immédiate de cultiver l'espérance est qu'elle est le rempart contre le découragement. Le Catéchisme en fait l'une de ses fonctions vitales :
« La vertu d'espérance répond à l'aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme ; elle assume les espoirs qui inspirent les activités des hommes ; elle les purifie pour les ordonner au Royaume des cieux ; elle protège du découragement ; elle soutient en tout délaissement ; elle dilate le cœur dans l'attente de la béatitude éternelle. L'élan de l'espérance préserve de l'égoïsme et conduit au bonheur de la charité. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1818[6]
Voilà la promesse pratique : une âme qui grandit dans l'espérance ne s'effondre pas sous l'échec, ne se laisse pas dévorer par l'angoisse de l'avenir, ne se résigne pas à la médiocrité. Elle tient — non par tempérament, mais par vertu. Cela ne veut pas dire qu'elle ne sent plus rien : la sensibilité peut rester troublée et le cœur traversé d'angoisse sans que la volonté ait consenti — la tentation n'est pas le désespoir[7].
Comprendre ce qu'on cherche à acquérir
Avant les moyens, une mise au point décisive : beaucoup échouent à grandir dans l'espérance parce qu'ils en visent une contrefaçon. On la confond avec l'optimisme, avec la pensée positive, avec une humeur confiante. La vertu théologale d'espérance est tout autre chose, et la définir exactement est déjà la moitié du chemin.
Une vertu théologale, non un optimisme
Le Catéchisme en donne la définition canonique, qu'il faut méditer mot à mot :
« L'espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1817[8]
Trois mots font toute la différence avec l'optimisme. D'abord, théologale : son origine, son objet et son motif sont Dieu, non un calcul humain sur l'avenir. Ensuite, les promesses du Christ : l'espérance ne s'appuie pas sur une probabilité, mais sur la parole d'un Dieu fidèle. Enfin, non sur nos forces : l'optimiste compte sur lui-même, ses ressources, sa chance ; l'homme d'espérance compte sur la grâce. C'est pourquoi l'espérance peut tenir là où l'optimisme s'écroule : au lit d'hôpital, dans la ruine, à l'heure de la mort. L'optimisme regarde le monde et dit « cela ira » ; l'espérance regarde Dieu et dit « il tiendra parole ».
Les deux objets : le Ciel et le secours
Saint Thomas d'Aquin a fixé la structure interne de l'espérance avec une précision qui éclaire toute la croissance. Son objet propre est « le bien futur, ardu mais possible à obtenir » — et ce bien, en dernier ressort, c'est Dieu lui-même, possédé dans la béatitude[9]. Mais l'espérance vise ce terme de deux manières inséparables :
- elle espère Dieu comme fin — la vie éternelle, la vision bienheureuse, le bonheur sans fin ;
- elle espère Dieu comme secours — l'aide de sa grâce, sans laquelle ce terme reste hors d'atteinte[10].
Cette distinction est d'or pour la vie pratique. Espérer le Ciel sans compter sur le secours conduit à la présomption (je l'atteindrai par mes forces) ; douter du secours conduit au désespoir (je n'y arriverai jamais). La vertu tient les deux ensemble : un terme infiniment désirable, et un appui infiniment sûr. C'est ce que le Père d'Elbée illustrait par la « petite voie » de Thérèse : trop petite pour gravir le rude escalier de la perfection, elle se fait porter comme par un ascenseur — « L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! » ; le Père d'Elbée en dégage le sens : ce que l'âme ne peut accomplir par elle-même, Jésus l'accomplit en elle et la porte lui-même au sommet[11] — elle veut arriver, mais elle se laisse porter.
Espérer le Ciel, et tout le reste « par surcroît »
L'objet premier de l'espérance est le Ciel ; mais parce qu'elle attend de Dieu le souverain bien, elle attend aussi de lui tout ce qui mène à ce bien : le pardon des péchés, la persévérance finale, les grâces du chemin, et même les biens temporels dans la mesure où ils servent au salut[12]. L'ordre est essentiel : on espère d'abord Dieu, puis le reste « par surcroît » (Mt 6, 33). Renverser cet ordre — espérer surtout la santé, la réussite, le soulagement, et accessoirement le Ciel — c'est rapetisser l'espérance jusqu'à en faire une attente humaine. Grandir dans l'espérance, c'est au contraire la hiérarchiser : remettre Dieu au sommet de ce qu'on attend, et tout le reste à sa place.
Distinguer l'espérance et la confiance
L'espérance et la confiance sont si proches qu'on les confond souvent ; il faut pourtant les distinguer pour les cultiver justement. L'espérance est la vertu théologale, ordonnée à la béatitude éternelle et appuyée sur les promesses ; la confiance en est comme la face filiale et affective, le mouvement du cœur qui s'abandonne à un Dieu tenu pour Père. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus a porté cette confiance à son sommet dans la « petite voie » ; mais cette confiance n'est rien d'autre que l'espérance devenue tendresse d'enfant. On peut dire que la confiance est l'âme de l'espérance, et l'espérance le corps doctrinal de la confiance. L'article Comment grandir dans la confiance développe cette face filiale ; le présent article retient surtout la vertu théologale et ses moyens propres.
Un don infus, d'abord reçu
Dernière vérité, et la plus consolante : l'espérance n'est pas une conquête de notre volonté. C'est une vertu infuse, versée dans l'âme avec la grâce sanctifiante, qu'on ne fabrique pas mais qu'on reçoit. Saint Paul en désigne la source et en fait l'objet d'un souhait :
« Que le Dieu de l'espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d'espérance par la puissance de l'Esprit Saint. » — Lettre aux Romains 15, 13[13]
Dieu est appelé « le Dieu de l'espérance » : elle vient de lui, elle est son don, elle déborde « par la puissance de l'Esprit Saint ». La conséquence pratique est immense : puisque l'espérance est d'abord reçue, le premier moyen de grandir n'est pas l'effort, mais la demande. On y reviendra.
Les deux ennemis de l'espérance
L'espérance a deux ennemis que saint Thomas et le Catéchisme nomment précisément : le désespoir, qui renonce au terme ; la présomption, qui dérègle l'attente. Les connaître protège la croissance, car on peut ruiner son espérance en tombant d'un côté comme de l'autre.
Précision décisive, car le mot « excès » trompe ici : envers Dieu, on ne pèche pas par excès — on n'espère jamais trop en lui, on ne lui fait jamais trop confiance. La mesure de l'espérance, c'est Dieu même, qui dépasse toute capacité humaine ; la confiance en lui n'a donc pas de plafond[14]. La présomption n'est pas « trop de confiance » : c'est une attente déréglée — espérer le pardon sans conversion et la gloire sans mérite, ou prétendre se sauver par ses seules forces, sans le secours d'en Haut (CEC § 2092).
Le désespoir : cesser d'espérer
Le premier ennemi est le désespoir : renoncer à attendre de Dieu son salut, soit par lassitude, soit par exagération de sa propre misère. Le Catéchisme en mesure la gravité :
« Par le désespoir, l'homme cesse d'espérer de Dieu son salut personnel, les secours pour y parvenir ou le pardon de ses péchés. Il s'oppose à la Bonté de Dieu, à sa Justice – car le Seigneur est fidèle à ses promesses –, et à sa Miséricorde. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2091[15]
On remarquera la racine du désespoir : il ne vient pas d'une trop haute idée de ses péchés, mais d'une trop basse idée de la miséricorde de Dieu. Désespérer, c'est juger ses fautes plus grandes que le pardon, sa misère plus forte que la grâce — ce qui est, au fond, un manque d'humilité déguisé en humilité. Tant que l'âme subit ces pensées sans y consentir — sensibilité troublée, tentation —, elle ne désespère pas : le désespoir commence au consentement de la volonté[16]. Le remède n'est donc pas de se croire meilleur, mais de croire Dieu plus grand. C'est tout le sens du cri de Thomas a Kempis : « Ne vous appuyez point sur vous-même, et ne vous reposez que sur Dieu seul »[17]. Sur les formes subtiles de cette tentation — le découragement spirituel, l'acédie, la tristesse du bien —, voir Comment grandir dans le combat contre l'acédie.
La présomption : espérer mal
L'ennemi opposé est la présomption, qui pèche par excès. Le Catéchisme en distingue deux formes :
« Il y a deux sortes de présomption. Ou bien, l'homme présume de ses capacités (espérant pouvoir se sauver sans l'aide d'en Haut), ou bien il présume de la toute-puissance ou de la miséricorde divines (espérant obtenir son pardon sans conversion et la gloire sans mérite). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2092[18]
La première présomption est celle de l'orgueilleux qui compte sur lui-même : il garde le mot « espérance » mais en a perdu l'objet, car il s'appuie sur ses forces et non sur la grâce. La seconde est celle du paresseux qui abuse de la miséricorde : il espère le Ciel sans se convertir, le pardon sans contrition, la couronne sans combat, parfois sous le masque d'une miséricorde mal comprise qui dispenserait de tout effort. Elle ruine l'espérance non en l'éteignant, mais en la détendant jusqu'à la rendre inoffensive.
Le juste milieu : espérer « en confiance, sans présumer »
Entre ces deux abîmes, la vertu se tient dans un équilibre que la tradition résume d'une formule : espérer « en confiance, et non en présumant ». Le Catéchisme l'exprime en associant à l'espérance une crainte filiale :
« L'espérance est l'attente confiante de la bénédiction divine et de la vision bienheureuse de Dieu ; elle est aussi la crainte d'offenser l'amour de Dieu et de provoquer le châtiment. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2090[19]
L'espérance véritable marche donc sur deux pieds : une confiance en Dieu qui n'a pas de plafond, et une crainte filiale d'offenser l'Amour — ce que saint Thomas reliait au don de crainte du Saint-Esprit, qui forme un tout avec l'espérance et grandit avec elle[20]. Ce n'est pas la confiance qui devient excessive : c'est l'attente qui se dérègle quand elle se passe de conversion ou du secours divin — là commence la présomption ; et c'est la confiance qui manque quand la crainte reste seule — là commence le désespoir. Tenir les deux, c'est précisément posséder la vertu. Le tableau suivant fixe ce discernement.
| Désespoir | Espérance | Présomption | |
|---|---|---|---|
| Erreur | On renonce au terme | Confiance sans plafond et crainte filiale | On dérègle l'attente |
| Sur Dieu | On nie sa miséricorde | On compte sur ses promesses | On abuse de sa bonté |
| Sur soi | On se croit irrécupérable | On s'appuie sur la grâce | On se croit autosuffisant, ou dispensé de conversion |
| Fruit | Tristesse, abandon, paralysie | Paix, courage, persévérance | Tiédeur ou orgueil, illusion |
Lecture du tableau : l'espérance n'est pas un point fragile entre deux dangers, mais une plénitude qui tient ensemble ce que chaque vice sépare — un terme infiniment désiré et un secours infiniment sûr. On grandit dans l'espérance en gardant la confiance sans plafond et en refusant l'attente déréglée.
Les moyens concrets pour grandir dans l'espérance
Voici le cœur pratique de cet article. Les maîtres spirituels n'ont pas seulement loué l'espérance : ils ont indiqué des moyens précis, répétables, à la portée de chacun. On peut les regrouper en quelques grands chantiers.
Demander l'espérance comme une grâce
Premier moyen, et le plus décisif : puisque l'espérance est un don infus, on ne se la fabrique pas, on la demande. L'acte d'espérance — « Mon Dieu, j'espère avec une ferme confiance que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde et, si j'observe vos commandements, le bonheur éternel dans l'autre, parce que vous l'avez promis et que vous êtes fidèle dans vos promesses »[21] — n'est pas une formule pieuse : c'est l'exercice même de la vertu, qui la fait croître chaque fois qu'on le pose. Jésus invitait Gabrielle Bossis à ce mouvement précis :
« Fais des actes d'espérance. Sors de toi. Entre en Moi. » — Jésus à Gabrielle Bossis, Lui et moi[22]
Redire souvent un acte d'espérance, surtout aux heures de découragement, c'est rallumer la vertu avant qu'elle ne baisse. La demander, c'est déjà l'exercer.
S'appuyer sur les promesses, non sur soi
L'espérance s'appuie « sur les promesses du Christ » (CEC § 1817) : elle se nourrit donc de la Parole de Dieu, où ces promesses sont déposées. Méditer les passages de promesse — les béatitudes, les paraboles du Royaume, les discours d'adieu de saint Jean, l'Apocalypse de la Jérusalem nouvelle — c'est donner à l'espérance sa matière. Plus le terme promis est connu, désiré, contemplé, plus l'espérance devient ferme. À l'inverse, une espérance qui ne connaît pas ses promesses flotte sans ancre. Saint Paul résume ce ressort : « Espérant contre toute espérance, il a cru » (Rm 4, 18) — non parce qu'Abraham se fiait à lui-même, à quatre-vingt-dix-neuf ans, mais parce que, « devant la promesse de Dieu, il n'hésita pas [...] et rendit gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d'accomplir ce qu'il a promis » (Rm 4, 20-21). Et Sara, elle aussi, « pensait que Dieu est fidèle à ses promesses » (He 11, 11)[23].
Tourner son regard vers le Ciel
L'espérance se fortifie en regardant son terme. Les saints reviennent inlassablement à ce moyen : lever les yeux vers le Ciel, se souvenir qu'on est en chemin, que la patrie est ailleurs. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus en a fait une médecine quotidienne :
« comme cette année a passé notre vie aussi passera et bientôt nous dirons : "Elle est passée", ne perdons pas notre temps, bientôt l'éternité luira pour nous ! » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Lettre 101[24]
Cette mémoire du Ciel n'est pas une fuite : elle relativise les épreuves sans les nier, et rend au présent sa juste mesure. Saint Paul l'éprouvait jusqu'au déchirement : « Je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ, car c'est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. » (Ph 1, 23-24)[25]. Le Curé d'Ars le disait plus simplement : « Nous sommes en ce monde, mais nous ne sommes pas de ce monde [...]. Il faut donc attendre notre récompense quand nous serons "chez nous", dans la maison paternelle. »[26]. Sur la richesse de ce thème, voir le florilège Que disent les saints sur l'espérance.
Espérer dans l'épreuve, contre toute espérance
L'espérance s'exerce et se purifie au feu de l'épreuve. Ce n'est pas la nuit qui la fait naître — elle est d'abord reçue comme un don — mais c'est dans la nuit qu'elle se vérifie : aux jours faciles, on ne sait pas si l'on espère vraiment ou si l'on est seulement à l'aise. La tradition prête à Padre Pio une devise d'une sobriété frappante : prier, espérer et ne pas s'inquiéter[27].
L'inquiétude, quand la volonté y consent — prétendre porter seule un avenir que Dieu seul tient — étouffe l'espérance ; subie sans consentement, elle est une épreuve, non un péché contre l'espérance[28]. Espérer dans l'épreuve, ce n'est pas nier la peine, c'est refuser que la peine ait le dernier mot. Sainte Thérèse l'éprouvait elle-même et l'écrivait à sa sœur : « Je souffre !... mais l'espoir de la Patrie me donne du courage, bientôt nous serons au Ciel... »[29]. Dépouillé de tout appui visible, l'acte d'espérance peut devenir très pur, car il ne s'appuie plus sur rien — seulement sur Dieu ; non que la dureté de l'épreuve mesure à elle seule cette pureté, mais parce que l'âme, n'ayant plus rien à quoi se tenir, n'a plus que Dieu. C'est l'espérance d'Abraham et de Job, celle qui « contre toute espérance » croit encore.
Vivre l'instant présent et s'abandonner
Une grande part de nos désespoirs vient de l'avenir que nous portons par anticipation : la peur du lendemain, l'angoisse de ce qui n'est pas encore. L'espérance se cultive en remettant cet avenir à Dieu et en habitant l'instant présent. Sainte Faustine en avait fait sa règle :
« Pourquoi sonder le futur ? Pour moi, ce n'est que le moment présent qui est cher. […] Il faut remettre à Dieu ce que l'avenir contient. » — Sainte Faustine, Petit Journal, § 2[30]
Espérer, ce n'est pas garantir le futur, c'est le confier. L'instant présent est le seul lieu où la grâce se donne ; l'avenir n'existe encore que dans la main de Dieu. C'est là que l'espérance rejoint l'abandon : on attend tout de Dieu sans calculer comment il s'y prendra. Voir Comment grandir dans l'abandon à Dieu.
Puiser aux sacrements de l'espérance
L'espérance ne se nourrit pas que de pensées : elle a ses sacrements. L'Eucharistie est par excellence le sacrement de l'espérance, « gage de la vie à venir » : en recevant déjà le Christ ressuscité, l'âme reçoit l'avance du Ciel qu'elle attend[31]. La liturgie le redit à chaque messe : « nous attendons que se réalise cette bienheureuse espérance : l'avènement de Jésus Christ, notre Sauveur »[32]. De même, la confession relève l'espérance abattue par le péché, en redonnant la certitude du pardon contre la tentation du désespoir. Communier, adorer, se confesser, c'est se tenir aux sources où l'espérance se ravive. Voir Comment grandir dans la communion fréquente et Comment grandir dans la confession régulière.
Prier : la prière, école de l'espérance
Enfin, l'espérance et la prière se portent l'une l'autre. On prie parce qu'on espère, et l'on apprend à espérer en priant. Saint Augustin enseignait que tout ce que l'espérance attend, le Notre Père le demande : la prière dominicale est l'expression même de l'espérance, ordonnée mot à mot vers les biens à venir[33]. Le Catéchisme l'enseigne : c'est l'Esprit Saint qui nous éduque à prier dans l'espérance, et la prière, en retour, nourrit en nous l'espérance[34]. Chaque « que ton règne vienne », chaque « délivre-nous du mal » est un acte d'espérance qui creuse en nous l'attente du Royaume.
Les fruits d'une espérance grandissante
À quoi reconnaît-on qu'on grandit réellement dans l'espérance ? Non à un sentiment, mais à des fruits stables que les saints décrivent avec constance.
La joie et la paix
Le premier fruit est une joie profonde, qui n'est pas l'euphorie mais l'assurance paisible de celui qui sait où il va. Saint Paul lie explicitement l'espérance à la joie et à la paix (Rm 15, 13). C'est la paix du « noble voyageur » décrit par le Livre du Ciel : insulté, dépouillé, menacé sur une terre qui n'est pas la sienne, il reste calme, « car il est convaincu que plus il souffrira, plus il sera honoré […] lorsqu'il prendra possession de sa terre »[35]. L'espérance ne supprime pas l'épreuve, mais elle en ôte le poids écrasant, parce qu'elle en connaît le terme.
Le courage et la persévérance
Deuxième fruit : la force. L'espérance donne du courage parce qu'elle assure que l'effort n'est pas vain. Le Livre du Ciel le dit en propres termes :
« L'âme aura perdu sa timidité. Et l'Espérance lui donnera force et courage afin qu'elle devienne stable comme un pilier au milieu des intempéries, c'est-à-dire que les diverses tribulations de la vie ne l'ébranleront aucunement. » — Le Livre du Ciel, tome 2, 19 septembre 1899[36]
De cette fermeté naît la persévérance, cette vertu de la durée sans laquelle aucune œuvre spirituelle ne s'achève. On espère, donc on continue ; on continue, donc on arrive. Voir Comment grandir dans la persévérance et Comment grandir dans la force.
L'élan vers les autres
Troisième fruit : l'espérance déborde. Qui possède un trésor veut le partager. L'espérance pousse à témoigner, à consoler, à rendre raison de ce qui nous fait vivre : « Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l'espérance qui est en vous » (1 P 3, 15)[37]. Une espérance qui grandit rend missionnaire, parce qu'elle ne peut pas garder pour elle l'annonce du Ciel. C'est ainsi qu'elle rejoint la charité, sa grande sœur : l'espérance « conduit au bonheur de la charité » (CEC § 1818) et, selon le mot du Livre du Ciel, « l'Espérance conduit à l'Amour »[38].
L'espérance dans la Divine Volonté
La spiritualité de la Divine Volonté, transmise à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), donne à l'espérance son dernier accent. Encore faut-il dire ce qu'est ce don, car tout le reste en dépend. Recevoir la Divine Volonté comme vie, ce n'est pas seulement faire la volonté de Dieu — tout chrétien fervent le fait —, c'est recevoir sa Volonté elle-même pour qu'elle vive et agisse en nous : non plus deux volontés dont l'une se soumet, mais une seule, la nôtre effacée pour laisser toute la place à la sienne. L'obéissance appartient à la sainteté humaine, nécessaire et première ; vivre dans la Divine Volonté, c'est la sainteté divine, reçue comme un don. Dans cette lumière, l'espérance change de mesure : elle n'attend plus seulement de Dieu des secours pour le chemin, elle attend tout de ce Dieu dont la Volonté vit déjà en elle — sa grâce, son Ciel, son Règne accompli.
Dans les écrits de Luisa, cette espérance-là n'est pas une attente passive : elle est une mère féconde, une porte, une force qui obtient tout de Dieu parce qu'elle s'appuie sur lui sans réserve.
Luisa range l'espérance parmi les trois racines de l'arbre des vertus, dont tout le reste dépend :
« Les trois racines du tronc d'arbre sont la Foi, l'Espérance et la Charité. […] La Foi, l'Espérance et la Charité englobent tout et sont le fondement de l'arbre qui ne peut rien produire sans elles. » — Le Livre du Ciel, tome 2, 9 septembre 1899[39]
Mais c'est sur l'espérance que les pages de septembre et octobre 1899 insistent le plus, jusqu'à en faire la clé du Ciel :
« Ah ! oui ! L'Espérance permet à l'âme d'obtenir tout ce qu'elle veut. Elle est la porte du ciel, le seul moyen d'y entrer. Car « qui espère tout, obtient tout ». » — Le Livre du Ciel, tome 2, 19 septembre 1899[40]
Cette espérance comble parce qu'elle attend tout d'un Dieu qui a tout :
« L'espérance contient tous les biens, présents et futurs. Et l'âme qui vit et grandit sur ses genoux obtiendra tout. […] De plus, comme elle est le maître des maîtres, toute âme qui se met à son école apprendra la science de la vraie sainteté. » — Voix intérieure rapportée dans Le Livre du Ciel, tome 2, 14 octobre 1899[41]
Et Luisa conclut elle-même : « En somme, l'espérance nous donne tout. »
Enfin, dans cette lumière, l'espérance devient la source de la paix dans l'épreuve, parce qu'elle voit en tout la main d'un Dieu qui est le souverain Bien :
« Par la vertu d'Espérance, l'âme accepte tout ce qui lui arrive avec paix, parce qu'elle sait que tout est décrété par Dieu, qui est son plus grand Bien. » — Le Livre du Ciel, tome 1, 97[42]
Grandir dans l'espérance, dans cette perspective, c'est se laisser hausser jusqu'à la mesure de Dieu : attendre de lui non des miettes, mais tout — sa grâce, son Ciel, sa Volonté reçue comme vie et agissant en nous — avec l'audace tranquille d'un enfant qui sait que son Père ne peut ni mentir, ni manquer.
Marie, Mère de l'espérance
On ne grandit pas dans une vertu en la fixant comme un idéal abstrait, mais en contemplant ceux qui l'ont vécue parfaitement. Or l'espérance a une maîtresse souveraine.
L'Église la salue chaque jour comme « notre vie, notre douceur et notre espérance » dans le Salve Regina[43]. Marie est celle qui a espéré jusqu'au bout : au pied de la Croix, quand tout semblait fini, elle a tenu, debout, l'espérance de toute l'Église. C'est pourquoi Benoît XVI l'invoque au terme de son encyclique comme l'étoile de notre traversée :
« Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers son règne ! Étoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route ! » — Benoît XVI, Spe salvi, § 50[44]
Prendre Marie pour maîtresse d'espérance, c'est apprendre à tenir le regard fixé sur la promesse quand le présent se ferme, à espérer « contre toute espérance » comme elle au Calvaire, et à laisser Dieu accomplir ce qu'il a dit. Grandir dans l'espérance, en définitive, c'est devenir, sous son regard, un homme du « pas encore » qui marche déjà dans la lumière du terme — un témoin de cette « bienheureuse espérance » (Tt 2, 13)[45] que rien, pas même la mort, ne peut décevoir.
Un chemin concret, jour après jour
L'espérance ne grandit pas par grandes résolutions, mais par une fidélité menue et répétée. On peut résumer les moyens étudiés en un programme simple, gradué du plus accessible au plus exigeant :
| Fréquence | Exercice d'espérance | Ce qu'il travaille |
|---|---|---|
| Chaque jour | Poser un acte d'espérance : « Mon Dieu, j'espère en vous » | L'espérance comme don reçu |
| Souvent | Remettre l'avenir à Dieu, habiter l'instant présent | L'abandon contre l'inquiétude |
| Chaque jour | Lever les yeux vers le Ciel, se savoir en chemin | La mémoire du terme promis |
| Régulièrement | Méditer une promesse de l'Écriture | L'appui sur la parole, non sur soi |
| Dans l'épreuve | Renouveler l'acte d'espérance « contre toute espérance » | La vertu purifiée par la nuit |
| Régulièrement | Communier, adorer, se confesser | Les sacrements de l'espérance |
| Souvent | Prier le Notre Père comme un acte d'espérance | La prière, école de l'attente |
Lecture du tableau : aucun de ces exercices n'est spectaculaire ; c'est leur répétition fidèle qui transforme. On commence par un ou deux, on les tient, on ajoute ensuite.
L'essentiel est de ne pas viser l'espérance en général, mais de poser, aujourd'hui, l'acte concret qui se présente : cette inquiétude à remettre, ce découragement à refuser, ce regard à lever. Car l'espérance est la vertu du voyageur ; et tout voyageur tient par la certitude d'arriver. Saint Pierre-Julien Eymard ramenait tout à l'essentiel : pourvu qu'on arrive au terme, le chemin — court ou long, facile ou pénible — ne compte plus que comme grâces et miséricordes de Dieu[46].
Pour aller plus loin
- Que disent les saints sur l'espérance — un florilège des grandes paroles des saints, docteurs et mystiques sur cette vertu et sur le regard tourné vers le Ciel.
- Les erreurs fréquentes concernant l'espérance — les contresens à éviter : espérance confondue avec l'optimisme, le fatalisme ou la fuite hors du présent.
- Comment grandir dans la confiance — la face filiale et affective de l'espérance, la « petite voie » de l'abandon au Dieu Père.
- Comment grandir dans l'abandon à Dieu — remettre l'avenir entre les mains de Dieu, cœur pratique de l'espérance.
- Comment grandir dans la foi et Comment grandir dans la charité — les deux autres vertus théologales, sœurs de l'espérance.
- Comment grandir dans la persévérance — la vertu de la durée, fruit propre d'une espérance qui tient.
Notes et références
Charles Péguy (1873-1914), Le Porche du mystère de la deuxième vertu, Cahiers de la Quinzaine, 1911 ; rééd. Œuvres poétiques complètes, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade ». L'espérance y est figurée en « petite fille » qui chemine entre ses deux grandes sœurs, la foi et la charité, et qui en réalité « entraîne tout ».
1Lettre aux Hébreux 6, 19, traduction liturgique officielle (AELF) : « Cette espérance, nous la tenons comme une ancre sûre et solide pour l'âme ; elle entre au-delà du rideau, dans le Sanctuaire. » Citée au CEC § 1820.
2Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu (1911), ouverture : « La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance. » La citation du corps est un montage de vers non contigus (coupes signalées par [...] : « Cette petite fille espérance. Immortelle. [...] C'est elle, cette petite, qui entraîne tout. Car la Foi ne voit que ce qui est. Et elle elle voit ce qui sera. La Charité n'aime que ce qui est. Et elle elle aime ce qui sera. »). Collation du 4 octobre 2026 : vers d'ouverture vérifié mot à mot sur le scan (Wikisource, Œuvres complètes, t. 5, Le Porche, page « La foi que j'aime le mieux, dit Dieu, c'est l'espérance ») ; « entraîne tout » confirmé dans l'œuvre par recherche plein-texte Wikisource. Éd. de référence : Œuvres poétiques complètes, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade ». Texte intégral sur Wikisource.
3Lettre aux Romains 8, 24, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance » (spe salvi facti sumus). Verset placé en exergue de l'encyclique Spe salvi de Benoît XVI (2007).
4Benoît XVI, lettre encyclique Spe salvi (30 novembre 2007), § 1 : « La rédemption nous est offerte en ce sens que nous a été donnée l'espérance, une espérance fiable, en vertu de laquelle nous pouvons affronter notre présent. » C'est ce même § 1 qui porte la phrase citée dans le corps : « le présent, même un présent pénible, peut être vécu et accepté s'il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme, si ce terme est si grand qu'il peut justifier les efforts du chemin » (collationné mot à mot à l'édition Vatican.va). Texte intégral sur Vatican.va.
5Catéchisme de l'Église catholique, § 1818 (éd. officielle française, Mame/Plon, 1992), cité intégralement dans le corps, sans coupure.
6Père Jean du Cœur de Jésus d'Elbée (1892-1982), Croire à l'Amour (retraite d'après la petite voie de sainte Thérèse ; éd. Pierre Téqui, rééd. 2007), pp. 128-129 : sens restitué ici en paraphrase — l'ouvrage n'a pu être rouvert en séance, lieu exact à reconfirmer sur l'exemplaire papier. La doctrine visée : distinguer en soi la nature qui gémit, se trouble et se révolte, et la volonté unie à celle de Jésus (« Homo duplex ») ; tant que la volonté dit « oui » et ne consent pas aux mouvements de la nature, il n'y a pas de péché — donc pas de désespoir.
7 16 28Catéchisme de l'Église catholique, § 1817 (éd. officielle française, Mame/Plon, 1992) : la définition (première phrase du paragraphe) est citée dans le corps ; la suite du paragraphe cite He 10, 23 et Tt 3, 6-7. Définition canonique de l'espérance comme vertu théologale. Reprise par le pape François, audience générale du 8 mai 2024.
8Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 17, a. 1-2 : l'objet de l'espérance est « le bien futur, ardu, possible à obtenir » (bonum futurum arduum possibile haberi) ; son objet principal est Dieu lui-même, dont la béatitude est attendue. Édition de référence : Summa Theologiae, Éditions du Cerf.
9Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 17, a. 4 : nous espérons d'une part la vie éternelle (objet final), d'autre part le secours divin (auxilium divinum) par lequel nous l'obtenons ; l'espérance s'appuie principalement sur la puissance et la miséricorde de Dieu qui aident.
10Père Jean du Cœur de Jésus d'Elbée (1892-1982), Croire à l'Amour, éd. Pierre Téqui, 2007, pp. 47-48 : l'ouvrage y cite Thérèse de Lisieux — « L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! » (Manuscrit C, 3 r°) — et en dégage le sens, restitué ici en paraphrase (non citation littérale du P. d'Elbée) : ce que l'âme ne peut accomplir par elle-même, Jésus l'accomplit en elle et la porte lui-même au sommet. Figure de l'appui sur la grâce et non sur ses forces.
11Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 17, a. 2, ad 2 : on peut espérer de Dieu, outre la vie éternelle, tous les biens qui s'y ordonnent — pardon, persévérance, grâces nécessaires —, mais toujours en référence à la béatitude comme fin dernière.
12Lettre aux Romains 15, 13, traduction liturgique officielle (AELF) : « Que le Dieu de l'espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d'espérance par la puissance de l'Esprit Saint. » Dieu y est nommé « le Dieu de l'espérance », source de la vertu qui « déborde » par la puissance de l'Esprit Saint.
13Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 64, a. 4 : la règle de la vertu théologale, c'est Dieu même — « notre foi en effet est réglée sur la vérité divine [...] notre espérance sur la grandeur de sa toute-puissance et de sa miséricorde [...] aussi ne peut-on jamais [...] espérer en lui autant qu'on le doit. Aussi peut-on encore beaucoup moins y mettre de l'excès. » Envers Dieu, donc, pas d'excès possible ; le dérèglement n'est que « par accident », de notre côté.
14Catéchisme de l'Église catholique, § 2091 (éd. officielle française, Mame/Plon, 1992) : la seconde partie du paragraphe est citée dans le corps. Le désespoir, péché contre l'espérance, s'oppose à la Bonté, à la Justice et à la Miséricorde de Dieu.
15Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 7, 1 (trad. Lamennais ; texte collationné mot à mot sur Wikisource) : « Insensé celui qui met son espérance dans les hommes ou dans quelque créature que ce soit. […] Ne vous appuyez point sur vous-même, et ne vous reposez que sur Dieu seul. »
17Catéchisme de l'Église catholique, § 2092 (éd. officielle française, Mame/Plon, 1992), cité intégralement dans le corps (l'édition officielle porte « Il y deux sortes de présomption », coquille normalisée ici en « Il y a »). Les deux formes de présomption : présumer de ses propres capacités (se sauver sans la grâce) ou présumer de la miséricorde divine (le pardon sans conversion, la gloire sans mérite).
18Catéchisme de l'Église catholique, § 2090 (éd. officielle française, Mame/Plon, 1992) : la seconde partie du paragraphe est citée dans le corps (le paragraphe s'ouvre sur l'appel de Dieu et l'espérance de recevoir de lui la capacité de l'aimer). L'espérance y est jointe à la crainte filiale d'offenser l'amour de Dieu.
19Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 19, a. 9 : le don de crainte du Saint-Esprit correspond à l'espérance (« la crainte filiale et l'espérance forment un tout et se perfectionnent mutuellement ») ; et a. 10, sol. 2 : quand l'espérance grandit, « la crainte filiale grandit, car plus on attend avec certitude l'acquisition de quelque bien par le secours d'un autre, plus on redoute de l'offenser et d'être séparé de lui ».
20Formule traditionnelle de l'acte d'espérance, transmise par les catéchismes et les missels (ici en vouvoiement ; une variante tutoyée circule également) : condition du « si j'observe vos commandements » et conclusion sur la fidélité de Dieu comprises.
21Jésus à Gabrielle Bossis (1874-1950), Lui et moi. Entretiens spirituels, dialogue du 5 janvier 1937 : « Fais des actes d'espérance. Sors de toi. Entre en Moi. » (éd. Lui et moi — Œuvre complète, Rassemblement à son Image, Plouisy, 2021). Portée de l'imprimatur : celui de Mgr Jean-Marie Fortier, archevêque de Sherbrooke, du 14 novembre 1969, figure dans l'édition anglaise condensée (He and I, trad. Evelyn M. Brown, Pauline Books) ; il ne couvre pas l'original français cité ici.
22Lettre aux Romains 4, 18.20-21, traduction liturgique officielle (AELF) : « Espérant contre toute espérance, il a cru ; ainsi est-il devenu le père d'un grand nombre de nations, selon cette parole : Telle sera la descendance que tu auras ! » (4, 18) ; « Devant la promesse de Dieu, il n'hésita pas, il ne manqua pas de foi, mais il trouva sa force dans la foi et rendit gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d'accomplir ce qu'il a promis. » (4, 20-21). Lettre aux Hébreux 11, 11 (AELF) : c'est de Sara, et non d'Abraham, qu'il est écrit qu'« elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses » — « Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d'être à l'origine d'une descendance parce qu'elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses. » Abraham demeure le modèle paulinien de l'espérance appuyée sur la seule fidélité de Dieu.
23Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), Lettre 101 (à sa sœur Céline, 31 décembre 1889), Correspondance générale, Cerf/DDB : « comme cette année a passé notre vie aussi passera et bientôt nous dirons : "Elle est passée", ne perdons pas notre temps, bientôt l'éternité luira pour nous ! »
24Lettre aux Philippiens 1, 23-24, traduction liturgique officielle (AELF) : « Je me sens pris entre les deux : je désire partir pour être avec le Christ, car c'est bien préférable ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. »
25Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars (1786-1859) : « Nous sommes en ce monde, mais nous ne sommes pas de ce monde, puisque nous disons tous les jours : "Notre Père qui êtes aux cieux..." Il faut donc attendre notre récompense quand nous serons "chez nous", dans la maison paternelle. » (Les Pensées, éd. Artège Poche, 2015, présentée par Bernard Nodet ; source indiquée : Esprit 22, soit l'Esprit du Curé d'Ars de l'abbé Alfred Monnin, Douniol, 1864). Formulation corroborée par les recueils de ses catéchèses : « We are in this world, but we are not of this world, since we say every day, 'Our Father, Who art in Heaven.' We must wait, then, for our reward till we are at home, in our Father's house. » (The Little Catechism of the Curé of Ars, éd. Br Sean, 2008).
26Saint Padre Pio (1887-1968) : devise transmise par la tradition et les témoins (it. : Prega, spera e non ti agitare, var. non ti preoccupare) ; aucune source écrite exacte — ouvrage, lettre ou propos daté — n'a été identifiée : formule reçue ici au degré de la tradition, non comme un verbatim.
27Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Lettre 95 (à sœur Agnès de Jésus, 1889) : « Je souffre !... mais l'espoir de la Patrie me donne du courage, bientôt nous serons au Ciel... » Correspondance générale, Cerf/DDB.
29Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), Petit Journal, § 2 : « Lorsque je regarde les lendemains, la peur me prend. Mais pourquoi sonder le futur ? Pour moi, ce n'est que le moment présent qui est cher. […] Il faut remettre à Dieu ce que l'avenir contient. » Éd. Hovine / Marians.
30Catéchisme de l'Église catholique, § 1402-1405 : l'Eucharistie est « gage de la vie à venir » (antienne O sacrum convivium : « où nous est donné le gage de la vie à venir », CEC § 1402) et anticipation du banquet céleste ; elle nourrit l'espérance de la vie éternelle.
31Embolisme après le Notre Père (Missel romain, trad. 2021) : « [...] nous attendons que se réalise cette bienheureuse espérance : l'avènement de Jésus Christ, notre Sauveur. » ([...] couvre le début de l'embolisme, « Délivre-nous de tout mal [...] »).
32Saint Augustin (354-430), Enchiridion (Manuel de la foi, de l'espérance et de la charité), à Laurentius, ch. 114-116 : tout ce qui relève de l'espérance est embrassé dans la prière dominicale ; le Notre Père est l'expression de l'espérance. Cf. CEC § 1820 et § 2761.
33Catéchisme de l'Église catholique, § 2657 (éd. officielle française, Mame/Plon, 1992) : « L'Esprit Saint qui nous apprend à célébrer la Liturgie dans l'attente du retour du Christ, nous éduque à prier dans l'espérance. Inversement, la prière de l'Église et la prière personnelle nourrissent en nous l'espérance. »
34Le Livre du Ciel, tome 2, 19 septembre 1899 (éd. fr. Lumen Luminis, pp. 100-101). La parabole du « noble voyageur » appartient à la méditation de Luisa qui suit la clôture des paroles de Jésus (« Ô sainte Espérance, comme tu es admirable ! Une âme remplie de toi est semblable à un noble voyageur [...] ») : inconnu sur une terre qui n'est pas la sienne, moqué, insulté, dépouillé, il reste en paix « car il est convaincu que plus il souffrira, plus il sera honoré [...] lorsqu'il prendra possession de sa terre [...]. C'est ainsi que l'Espérance conduit à l'Amour. » ([...] couvrent les passages élidés du récit).
35 38Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 19 septembre 1899 (éd. fr. Lumen Luminis, pp. 98-99) : « L'âme aura perdu sa timidité. Et l'Espérance lui donnera Force et Courage afin qu'elle devienne stable comme un pilier au milieu des intempéries. »
36Première lettre de saint Pierre 3, 15, traduction liturgique officielle (AELF) : « Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l'espérance qui est en vous. »
37Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 9 septembre 1899 (éd. fr. Lumen Luminis, pp. 95-96) : « Les trois racines du tronc d'arbre sont la Foi, l'Espérance et la Charité […] ; elles englobent tout et sont le fondement de l'arbre qui ne peut rien produire sans elles. »
39Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 19 septembre 1899 (éd. fr. Lumen Luminis, p. 99) : « L'Espérance permet à l'âme d'obtenir tout ce qu'elle veut. Elle est la porte du ciel, le seul moyen d'y entrer. Car « qui espère tout, obtient tout ». »
40Le Livre du Ciel, tome 2, 14 octobre 1899 (éd. fr. Lumen Luminis, pp. 121-122). Le texte introduit une voix intérieure — « Même si je suis décidée de ne plus parler de l'Espérance, une voix résonne en moi et me dit : "L'espérance contient tous les biens, présents et futurs. [...] toute âme qui se met à son école apprendra la science de la vraie sainteté." » — et ferme ses guillemets avant « En somme, l'espérance nous donne tout », conclusion de Luisa elle-même. L'espérance y est figurée en « mère » infiniment riche qui donne tout sans s'appauvrir.
41Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1, n° 97 (éd. fr. Lumen Luminis) : « Par la vertu d'Espérance, l'âme accepte tout ce qui lui arrive avec paix, parce qu'elle sait que tout est décrété par Dieu, qui est son plus grand Bien. »
42Antienne mariale Salve Regina (XIe siècle, attribuée à Hermann Contract) : « Salve, Regina, Mater misericordiæ, vita, dulcedo et spes nostra, salve » — « Salut, Reine, Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance, salut. »
43Benoît XVI, Spe salvi (30 novembre 2007), § 50, prière finale adressée à Marie, « étoile de l'espérance » : « Sainte Marie, Mère de Dieu, notre Mère, enseigne-nous à croire, à espérer et à aimer avec toi. Indique-nous le chemin vers son règne ! Étoile de la mer, brille sur nous et conduis-nous sur notre route ! » Texte officiel sur Vatican.va.
44Lettre à Tite 2, 13, traduction liturgique officielle (AELF) : « ...attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. » ([...] couvre le début du verset, « Elle nous apprend à renoncer... »). L'embolisme du Missel romain (2021) reprend ces mots après le Notre Père.
45Saint Pierre-Julien Eymard (1811-1868) : résumé de sa doctrine, non citation littérale, d'après les Conseils de vie spirituelle, Nouvelle Cité, 2015, p. 12 — tout est bien pourvu qu'on parvienne au terme ; une fois le but atteint, que la route ait été courte ou longue, facile ou difficile, tout ne pèse plus que grâces et miséricordes de Dieu. Sens corroboré par sa correspondance (lettre à ses sœurs, jour anniversaire de son baptême : « All is well, provided we reach our goal at the end... », Counsels for Spiritual Life, trad. angl.).
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