Grandir dans la force n'est pas durcir son caractère ni se forger une carapace : c'est laisser croître en soi la vertu cardinale par laquelle l'âme tient ferme dans la poursuite du bien, malgré la peur, la fatigue et les obstacles. La force chrétienne n'est pas l'absence de crainte — les saints ont tremblé — mais la fermeté qui surmonte la crainte pour ne pas lâcher le bien. Le Catéchisme la définit d'un trait : elle « assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien » et « rend capable de vaincre la peur, même de la mort »[1].
C'est l'une des quatre vertus cardinales, et d'une certaine manière la gardienne des autres : à quoi servirait une foi qui ne tient pas dans la tempête, une charité qui se renie au premier mépris, une justice qui plie devant la menace ? Toute vertu a son heure d'épreuve, et c'est la force qui décide si elle tiendra. Or c'est une vertu qu'on croit réservée aux héros et aux martyrs, alors qu'elle se joue surtout dans l'obscur : tenir un devoir ingrat, oser dire la vérité, recommencer après une chute, porter une croix qui dure. « Veillez, tenez ferme dans la foi, soyez des hommes, soyez forts » (1 Co 16, 13)[2].
Cet article est consacré au chemin pratique : comment la force grandit, par quels moyens, en évitant quels pièges — la lâcheté et la mollesse d'un côté, la témérité présomptueuse de l'autre. Pour la vertu sœur qui supporte le mal présent et les délais, voir Comment grandir dans la patience ; pour la vertu de la durée qui mène l'œuvre à son terme, Comment grandir dans la persévérance ; pour le combat contre le découragement spirituel, Comment grandir dans le combat contre l'acédie. Pour la vertu théologale qui appuie la force sur les promesses de Dieu, voir Comment grandir dans l'espérance ; pour la remise filiale de soi qui en est l'âme, Comment grandir dans la confiance et Comment grandir dans l'abandon à Dieu.
Pourquoi chercher à grandir dans la force ?
La vertu qui fait tenir toutes les autres
Les quatre vertus cardinales sont les charnières (cardo, le gond) sur lesquelles tourne toute la vie morale. Le livre de la Sagesse les énumère déjà : la Sagesse divine « enseigne la tempérance et la prudence, la justice et la force ; rien n'est plus utile aux hommes dans la vie » (Sg 8, 7)[3]. La force y a une fonction propre, et irremplaçable : elle est ce qui fait tenir les trois autres à l'heure du danger. La prudence voit le bien à faire, la justice le rend à chacun, la tempérance modère les plaisirs ; mais sans la force, toutes plient dès que le bien devient coûteux ou périlleux.
« La force est la vertu morale qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien. […] La vertu de force rend capable de vaincre la peur, même de la mort, d'affronter l'épreuve et les persécutions. Elle dispose à aller jusqu'au renoncement et au sacrifice de sa vie pour défendre une juste cause. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1808[4]
De là vient une intuition que la tradition a souvent formulée : le courage est comme la forme de toute vertu au point d'épreuve. Une bonté qui se renie sous la pression, une honnêteté qui ment par peur, une fidélité qui cède à la menace n'étaient pas encore tout à fait des vertus : il leur manquait la fermeté de tenir. Grandir dans la force, c'est donc rendre solides toutes ses autres vertus, en leur donnant de quoi durer quand l'épreuve vient les éprouver.
La vie chrétienne est un combat
La seconde raison est plus existentielle : la vie chrétienne est décrite, du premier au dernier livre de la Bible, comme un combat. « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre » (Mt 10, 34) ; « Le royaume des Cieux subit la violence, et les violents s'en emparent » (Mt 11, 12). Saint Paul revient sans cesse sur l'image militaire :
« Soyez forts dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l'armure de Dieu pour pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. » — Lettre aux Éphésiens 6, 10-11[5]
Le Catéchisme reprend cet enseignement sans l'atténuer : « la vie chrétienne est un combat », et « il n'y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel »[6]. Or qui dit combat dit besoin de force : non pour blesser, mais pour tenir. Le chrétien n'a pas à chercher l'épreuve, mais il ne lui est pas promis de l'éviter ; il lui est promis de la traverser, s'il a de quoi tenir debout. La force est précisément cette provision pour les jours difficiles, qu'on accumule dans les jours faciles. Sur la veille qui prépare ce combat, voir Comment grandir dans la vigilance spirituelle.
Vaincre la peur qui paralyse
Enfin, la force est ce qui délivre de la peur, cette compagne universelle qui paralyse le bien. On ne pèche pas seulement par malice ; on pèche immensément par lâcheté — par peur du qu'en-dira-t-on, peur de souffrir, peur de perdre, peur de déplaire. C'est pourquoi l'injonction la plus répétée de toute l'Écriture est : « Ne crains pas. » Dieu la redit à Josué au seuil de sa mission :
« Sois fort et courageux ! Ne tremble pas, ne te laisse pas abattre, car le Seigneur ton Dieu est avec toi partout où tu iras. » — Livre de Josué 1, 9[7]
Et le Christ, la veille de sa Passion, en fait son legs : « Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais courage ! Moi, j'ai vaincu le monde » (Jn 16, 33)[8]. Saint Jean-Paul II en a fait le cri inaugural de son pontificat — « N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ »[9]. Grandir dans la force, c'est apprendre, jour après jour, à ne plus laisser la peur décider à notre place.
Comprendre ce qu'on cherche à acquérir
Avant les moyens, une mise au point décisive : beaucoup se trompent de force. Ils visent une dureté, une insensibilité, un volontarisme crispé — autant de contrefaçons. La vertu de force est tout autre chose, et la définir exactement est déjà la moitié du chemin.
Une vertu cardinale, non une dureté de tempérament
La force d'âme ne se confond pas avec un tempérament. Certains sont naturellement intrépides, d'autres craintifs ; ce n'est pas encore la vertu. L'intrépide qui fonce sans discernement n'est pas courageux, il est imprudent ; le craintif qui tremble mais tient son poste par devoir est déjà fort. La vertu n'est pas l'absence de peur, mais sa maîtrise au service du bien. Saint Thomas le précise : la force regarde « les craintes et les audaces », modérant les unes et les autres pour que l'âme ne soit détournée du bien ni par excès de peur, ni par excès de hardiesse[10].
Elle ne se confond pas non plus avec la violence ou la combativité. Saint François de Sales, le plus doux des docteurs, en donne la mesure : la vraie force est douce, et la vraie douceur est forte — la fermeté unie à la mansuétude, dans l'esprit de ses lettres et de l'Introduction à la vie dévote[11].
La vraie force n'a rien à prouver : elle tient, sans s'emporter. Une dureté qui éclate est souvent une faiblesse qui se cache. Sur cette douceur qui est la marque, et non l'ennemie, de la vraie force, voir Comment grandir dans la douceur.
Affronter et endurer : les deux actes de la force
Saint Thomas distingue dans la force deux actes, qui éclairent toute la croissance. Il y a l'acte d'affronter (aggredi) : aller au-devant du danger, attaquer l'obstacle, oser le bien difficile. Et il y a l'acte d'endurer (sustinere) : tenir ferme sous un mal qu'on ne peut écarter, sans fuir et sans s'effondrer. Les deux sont nécessaires, mais ils ne sont pas de même rang.
« L'acte principal de la force est d'endurer, c'est-à-dire de demeurer immobile dans les dangers, plutôt que d'attaquer. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 123, a. 6[12]
Cette thèse est d'or pour la vie pratique, et à rebours de l'idée courante. On imagine spontanément que le courage consiste à foncer ; saint Thomas enseigne qu'il consiste d'abord à tenir. Il en donne trois raisons : celui qui endure est sous la pression d'un plus fort que lui (alors que l'attaquant se sait, lui, le plus fort) ; il endure dans la durée, parfois très longue (alors que l'attaque est brève) ; et endurer suppose une résolution déjà formée, plus mûre que l'élan de l'attaque[13]. Le héros qui charge n'est pas plus fort que la mère qui veille des années, que le malade qui ne se révolte pas, que l'homme qui tient un devoir obscur sans applaudissements. La forme la plus haute de la force est la patience longue.
Le primat de l'endurance : tenir est plus fort qu'attaquer
De ce primat de l'endurance découle tout le réalisme de la vie spirituelle. La plupart de nos combats ne se gagnent pas par un coup d'éclat, mais par une fidélité qui dure. On ne vainc pas une habitude, une épreuve, une souffrance par un assaut héroïque, mais en tenant, jour après jour, le poste assigné. C'est pourquoi la force débouche naturellement sur deux vertus voisines qui sont ses prolongements : la patience, qui supporte le mal présent sans s'attrister jusqu'à perdre courage, et la persévérance, qui tient dans la durée jusqu'à l'achèvement. La force est leur racine commune ; on les traite à part parce qu'elles ont chacune leur physionomie. Voir Comment grandir dans la patience et Comment grandir dans la persévérance.
Force naturelle, vertu infuse et don du Saint-Esprit
Vérité décisive, et la plus consolante : la force chrétienne joue sur trois registres qu'il faut distinguer pour ne pas se décourager. Il y a d'abord la force acquise, fruit de l'exercice et de l'habitude, que la philosophie païenne elle-même connaissait — celle qu'on développe en se surmontant. Il y a ensuite la force infuse, versée dans l'âme avec la grâce sanctifiante, qui élève la fermeté humaine à un objet surnaturel : non plus seulement tenir devant le danger, mais tenir pour Dieu. Il y a enfin le don de force, l'un des sept dons du Saint-Esprit, qui n'est plus notre fermeté élevée, mais l'action propre de l'Esprit en nous, donnant « une fermeté d'âme qui surpasse toute mesure humaine »[14].
C'est ce don qui explique l'inexplicable : la jeune fille de quinze ans qui affronte les bourreaux en chantant, le vieillard qui tient sous la torture, l'âme timide qui devient soudain inébranlable. Saint Paul l'a expérimenté et résumé d'un mot qui renverse toute la logique humaine :
« Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. […] Car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. » — Deuxième lettre aux Corinthiens 12, 9-10[15]
La conséquence pratique est immense : la force ne s'arrache pas à la seule volonté, elle se reçoit. Le premier moyen de grandir n'est donc pas de serrer les dents, mais de demander et de s'appuyer. On y reviendra.
Les deux ennemis de la force
Comme toute vertu morale, la force se tient au sommet entre deux abîmes. D'un côté, par défaut, la lâcheté et la mollesse, qui cèdent à la crainte ; de l'autre, par excès, la témérité, qui s'expose sans prudence et compte sur ses seules forces. Les connaître protège la croissance, car on peut ruiner sa force en tombant d'un côté comme de l'autre.
La lâcheté et le respect humain : céder à la crainte
Le premier ennemi attaque par défaut. C'est la lâcheté (la timidité au sens fort), cet excès de crainte qui fait fuir le bien difficile, se taire quand il faudrait parler, abandonner le poste quand il faudrait tenir. Saint Thomas la range parmi les vices opposés à la force : la crainte y devient « déréglée » quand on fuit ce qu'il ne faut pas fuir, ou qu'on craint plus la souffrance que le péché[16]. La lâcheté n'est pas l'émotion de peur — qui est involontaire et innocente — mais le consentement à la peur, qui livre le bien pour éviter le mal.
Sa forme la plus quotidienne est le respect humain : la peur de l'opinion d'autrui, qui empêche de pratiquer ou de confesser sa foi. On se cache de prier, on tait une conviction, on suit le courant par crainte du ridicule. Le Christ a prévenu là contre :
« Celui qui aura honte de moi et de mes paroles devant cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père. » — Évangile selon saint Marc 8, 38[17]
La mollesse en est la sœur : non plus la peur du danger, mais le refus de l'effort, la fuite de tout ce qui coûte. L'âme molle ne tombe pas par un grand assaut, mais par mille petits abandons. C'est l'ennemie sourde de toute croissance, car elle déserte avant même le combat.
La témérité et la présomption : s'exposer sans Dieu
L'ennemi opposé est plus subtil, car il a les apparences du courage. C'est la témérité : l'excès d'audace qui s'expose au danger sans nécessité ni prudence, par vanité, par goût du risque ou par illusion sur ses propres forces. Saint Thomas la nomme un vice : l'audacieux « devance la raison » et se jette dans le péril que la prudence déconseillait[18]. Le téméraire n'est pas fort ; il est imprudent, et souvent orgueilleux.
Sa racine spirituelle est la présomption : compter sur soi plutôt que sur Dieu. On s'expose à la tentation en se croyant assez fort pour y résister ; on néglige les moyens de la grâce en se fiant à sa volonté ; on recherche l'épreuve par bravade. Or « celui qui se croit solide, qu'il prenne garde de tomber » (1 Co 10, 12)[19]. Pierre, le plus assuré — « Même si tous sont scandalisés, moi je ne le serai pas » (Mc 14, 29) —, a renié trois fois la même nuit. La vraie force ne cherche pas l'épreuve et n'appuie jamais sa fermeté sur elle-même : elle s'appuie sur Dieu. C'est ce qui la distingue radicalement de la témérité.
Le juste milieu : une fermeté humble et appuyée sur Dieu
Entre ces deux abîmes, la vertu se tient dans un équilibre que la tradition résume ainsi : une force « ferme sans dureté, audacieuse sans présomption, humble dans sa source ». Elle ose, mais selon la prudence ; elle endure, mais sans se durcir ; elle tient, mais en s'appuyant sur un autre que soi. Le tableau suivant fixe ce discernement.
| Lâcheté / Mollesse | Force (le juste milieu) | Témérité / Présomption | |
|---|---|---|---|
| Erreur | Par défaut : on cède à la crainte | Fermeté maîtrisée au service du bien | Par excès : on s'expose sans prudence |
| Sur le danger | On le fuit même quand il faut tenir | On l'affronte ou l'endure selon le devoir | On le recherche sans nécessité |
| Sur soi | On se croit incapable, on renonce | On reçoit la force et l'exerce | On se croit invincible, on présume |
| Sur Dieu | On n'attend rien, on désespère du secours | On s'appuie sur sa puissance | On l'oublie et compte sur ses forces |
| Fruit | Reniement, fuite, abandon du bien | Constance, paix, témoignage | Chute, imprudence, échec |
Lecture du tableau : la force n'est pas un point fragile entre deux dangers, mais une plénitude qui tient ensemble ce que chaque vice sépare — l'audace de la lâcheté et la prudence de la témérité, soutenues par l'humble appui sur Dieu. On grandit dans la force en s'éloignant des deux bords à la fois.
Les parties de la force
Saint Thomas, suivant Cicéron, distingue à la force quatre vertus annexes, qui en sont comme les facettes appliquées à des situations particulières. Les connaître aide à repérer où, concrètement, notre force doit grandir. Deux regardent l'acte d'affronter, deux l'acte d'endurer.
- La magnanimité (« grandeur d'âme ») tend vers les grandes choses dignes d'honneur : elle pousse l'âme à entreprendre ce qui est ardu et noble, sans se rabaisser par petitesse ni se gonfler par vanité[20]. C'est elle qui fait viser haut dans la sainteté, refuser la médiocrité, oser de grands désirs. Sainte Thérèse d'Avila la prêchait sans cesse : « Dieu se plaît aux âmes courageuses, pourvu qu'elles marchent avec humilité. »[21]
- La magnificence porte aux grandes œuvres coûteuses pour Dieu et le prochain : elle ne recule pas devant la dépense que réclame un grand bien.
- La patience supporte les maux présents sans se laisser abattre par la tristesse — c'est la face de la force tournée vers la durée du mal subi.
- La persévérance (et la constance) tient dans le bien commencé jusqu'au bout, contre la lassitude du temps.
Patience et persévérance, les deux parts de l'endurance, sont si importantes dans la vie chrétienne qu'elles ont chacune leur article : Comment grandir dans la patience et Comment grandir dans la persévérance. On retient ici l'essentiel : grandir dans la force, c'est grandir à la fois en hauteur (oser de grandes choses pour Dieu) et en durée (tenir les petites jusqu'au bout).
Les moyens concrets pour grandir dans la force
Voici le cœur pratique de cet article. Les maîtres spirituels n'ont pas seulement loué la force : ils ont indiqué des moyens précis, répétables, à la portée de chacun. On peut les regrouper en quelques grands chantiers.
Demander le don de force
Premier moyen, et le plus décisif : puisque la force est aussi un don, on ne se la fabrique pas seul, on la demande. La force infuse et le don du Saint-Esprit se reçoivent dans la prière, comme les Apôtres au Cénacle, passés de la peur (ils s'étaient enfermés « par crainte des Juifs », Jn 20, 19) à l'audace de la Pentecôte. Le sacrement de confirmation est ordonné précisément à cela :
« La confirmation apporte croissance et approfondissement de la grâce baptismale […] elle nous donne une force spéciale de l'Esprit Saint pour répandre et défendre la foi par la parole et par l'action, pour confesser vaillamment le nom du Christ et pour ne jamais éprouver de honte de la Croix. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1303[22]
Redire souvent un acte de confiance et demander à l'Esprit sa force — surtout avant l'épreuve prévue, l'examen redouté, la parole à dire — n'est pas une formule pieuse : c'est puiser à la source d'où vient la fermeté. On demande la force d'un cœur humble, comme Salomon demandait la sagesse.
S'appuyer sur Dieu, non sur ses propres forces
Voici la clé qui distingue la force chrétienne de la simple bravoure stoïcienne : elle ne s'appuie pas sur soi, mais sur Dieu. C'est le paradoxe central de toute l'Écriture — la vraie force naît de la conscience de sa faiblesse, parce qu'elle ouvre à la puissance de Dieu.
« Je peux tout en celui qui me rend fort. » — Lettre aux Philippiens 4, 13[23]
Saint Paul ne dit pas « je peux tout », mais « je peux tout en celui qui me rend fort ». Toute la différence est là. L'âme qui compte sur ses ressources s'effondre au premier choc qui les dépasse ; l'âme qui s'appuie sur Dieu trouve une force à la mesure de Dieu. C'est pourquoi le psalmiste ne se lasse pas de le redire : « Le Seigneur est ma force et mon bouclier » (Ps 27, 7) ; « Le Seigneur est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je crainte ? » (Ps 26, 1)[24]. Sainte Thérèse d'Avila a fixé cette paix dans le poème qu'elle gardait dans son bréviaire :
« Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie : tout passe ; Dieu ne change pas. La patience obtient tout ; à qui possède Dieu, rien ne manque : Dieu seul suffit. » — Sainte Thérèse d'Avila[25]
S'appuyer sur Dieu, ce n'est pas se dispenser d'agir : c'est agir sans s'appuyer sur soi. Cette remise de soi est l'âme même de la force ; elle la relie à la confiance et à l'abandon. Voir Comment grandir dans la confiance et Comment grandir dans l'abandon à Dieu.
Commencer par les petites choses
La force ne se forge pas d'abord dans les grandes occasions — elles sont rares —, mais dans la fidélité menue et répétée. On ne devient pas courageux le jour du martyre si l'on a cédé toute sa vie aux petites lâchetés. Chaque renoncement minuscule — se lever à l'heure, achever une tâche ingrate, tenir une parole donnée, ne pas suivre une moquerie — est un exercice qui muscle la volonté pour le jour où il faudra tenir sur l'essentiel. « Qui est fidèle en très peu de chose est fidèle aussi en beaucoup » (Lc 16, 10)[26]. La grande force est faite d'une multitude de petites fidélités. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus a fait de ces riens son chemin : ramasser une épingle par amour, supporter sans rien dire une sœur désagréable, sourire à qui l'irritait. La voie est à la portée de tous, mais elle exige une constance que seuls les forts tiennent.
Affronter ce qu'on a tendance à fuir
Puisque la force se prouve en affrontant, un exercice direct la fait croître : aller délibérément vers ce que la peur nous fait éviter, quand le devoir le demande. Dire la vérité qu'on tait par lâcheté, prendre une décision repoussée par crainte, accomplir l'acte que le respect humain paralyse, faire le premier pas d'une réconciliation redoutée. Chaque fois qu'on franchit une peur pour le bien, la force grandit ; chaque fois qu'on cède, la lâcheté s'installe. Le combat se gagne par habitude : « la vertu de force rend capable de vaincre la peur » (CEC § 1808), mais elle s'acquiert en la vainquant. Il ne s'agit pas de chercher l'épreuve par bravade — ce serait la témérité —, mais de ne plus fuir celle que le devoir présente.
Endurer le quotidien sans s'abattre
Puisque l'acte principal de la force est d'endurer, le plus grand champ d'exercice est le quotidien subi : la maladie, la contradiction, la monotonie, l'échec, la fatigue, la croix qui dure. Tenir son poste sans se plaindre, porter sans s'effondrer ce qu'on ne peut changer, recommencer après une chute sans se décourager — voilà l'endurance ordinaire qui fait les âmes fortes. Le Christ en a donné la loi :
« Par votre persévérance, vous garderez votre vie. » — Évangile selon saint Luc 21, 19[27]
Cette endurance n'est pas du fatalisme : c'est une force active, qui transforme le mal subi en offrande. Le découragement est ici l'ennemi le plus dangereux — cette tristesse spirituelle qui fait lâcher. Sur ce combat propre, voir Comment grandir dans le combat contre l'acédie.
Se nourrir aux sources de la grâce
La force ne se nourrit pas que de la volonté : elle a ses sources sacramentelles. L'Eucharistie est par excellence l'aliment des forts : comme le pain porté par l'ange rendit à Élie la force de marcher quarante jours jusqu'à l'Horeb — « Lève-toi et mange, car le chemin est trop long pour toi » (1 R 19, 7) —, la communion fortifie l'âme pour la route. Le Catéchisme enseigne qu'elle « sépare du péché » et fortifie la charité que la vie quotidienne tend à affaiblir[28]. La confession, elle, relève la force abattue par la chute, en rendant la grâce et en brisant le découragement. Communier, adorer, se confesser, c'est se tenir aux sources où la force se ravive. Voir Comment grandir dans la communion fréquente et Comment grandir dans la confession régulière.
Contempler la Passion et les martyrs
Enfin, on grandit dans une vertu en contemplant ceux qui l'ont portée à son sommet. La force chrétienne a son modèle absolu : le Christ en sa Passion, qui « endura la Croix, au mépris de la honte » (He 12, 2)[29]. Méditer Gethsémani — où Jésus connaît la peur (« mon âme est triste à en mourir », Mc 14, 34) et la surmonte par l'abandon (« non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ») — apprend que la force n'exclut pas la peur, mais la traverse. Méditer la passion des martyrs — saint Étienne priant pour ses bourreaux, saint Laurent sur le gril, les jeunes Perpétue et Félicité — donne courage par contagion. Leur sang fut, selon le mot de Tertullien, « une semence de chrétiens »[30]. La contemplation de ces vies forge la force du dedans, mieux que tout effort de volonté.
Les fruits d'une force grandissante
À quoi reconnaît-on qu'on grandit réellement dans la force ? Non à un sentiment d'invincibilité, mais à des fruits stables que les saints et le Catéchisme décrivent avec constance.
La constance et la paix
Le premier fruit est la constance : une stabilité qui n'est plus à la merci des humeurs ni des circonstances. L'âme forte ne s'enflamme ni ne s'effondre au gré des vents ; elle tient son cap. De cette constance naît une paix profonde, car la moitié de nos troubles vient de la peur — peur de ce qui pourrait arriver, peur de manquer, peur de souffrir. Qui s'appuie sur Dieu cesse de trembler, et cette assurance fait une grande paix. « Que rien ne te trouble » devient alors non un vœu, mais un état.
Le courage de témoigner
Deuxième fruit : la force rend capable de témoigner, jusqu'au bout s'il le faut. Qui ne tremble plus pour soi ose dire et défendre la vérité, confesser sa foi sans honte, prendre le parti du juste contre la pression du nombre. C'est la pente naturelle d'une force qui grandit : elle pousse au témoignage, dont le sommet est le martyre.
« Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoignage qui va jusqu'à la mort. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2473[31]
Saint Thomas enseignait déjà que « le martyre est l'acte de force le plus parfait », car il affronte le plus grand des maux temporels, la mort, pour le plus grand des biens[32]. Tous ne sont pas appelés à verser leur sang ; tous sont appelés à un « martyre quotidien » de fidélité, qui en a la racine. Sur cette confession courageuse, voir aussi Comment grandir dans la foi.
La patience et la persévérance accomplies
Troisième fruit, qui couronne les autres : une force mûre se reconnaît à sa patience et à sa persévérance. Non plus la force des éclats, mais celle de la durée — la capacité de porter longtemps, de recommencer toujours, d'aller jusqu'au bout. C'est le fruit le plus difficile et le plus précieux, car « celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 24, 13)[33]. Ainsi la force, vertu qui semblait tout entière tournée vers le combat, débouche sur la sainte ténacité des âmes qui tiennent. Voir Comment grandir dans la patience et Comment grandir dans la persévérance.
La force dans la Divine Volonté
La spiritualité de la Divine Volonté, transmise à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), donne à la force son dernier accent. Clouée soixante-quatre ans sur son lit, totalement dépendante, Luisa fut elle-même une figure paradoxale de la force : non celle de l'action éclatante, mais celle de l'endurance pure, du sustinere poussé à l'extrême, offert dans la paix.
Dans cette perspective, la vraie force ne vient jamais de la créature, mais de la Volonté divine à laquelle l'âme s'unit — non plus seulement faire la volonté de Dieu, mais vivre DANS la Divine Volonté : une seule volonté, l'acte divin agissant en nous, don reçu par la connaissance et le désir. C'est le troisième Fiat, celui de la sanctification, qui accomplit la prière du Notre Père. Alors on ne tient plus par ses propres ressources, toujours fragiles, mais par la puissance même de Celui à qui l'on a remis sa volonté. La crainte recule à mesure que l'on cesse de s'appuyer sur soi. C'est l'aboutissement du paradoxe paulinien — « quand je suis faible, c'est alors que je suis fort » (2 Co 12, 10) : la faiblesse pleinement reconnue et remise à Dieu devient le lieu d'une force invincible, parce qu'elle est désormais celle de Dieu agissant dans une volonté qui ne lui résiste plus. Grandir dans la force, en cette lumière, c'est apprendre à ne plus rien vouloir hors de la Volonté divine, et à y trouver l'appui que rien ne peut ébranler.
Marie, debout au pied de la Croix
On ne grandit pas dans une vertu en la fixant comme un idéal abstrait, mais en contemplant ceux qui l'ont vécue parfaitement. Or la force a, après le Christ, une maîtresse souveraine.
L'évangile note un détail que la tradition a longuement médité : au Calvaire, Marie ne s'effondre pas. Elle se tient debout.
« Près de la croix de Jésus se tenait sa mère. » — Évangile selon saint Jean 19, 25[34]
Le verbe est précis — stabat, elle était debout. C'est de là que naîtra le chant du Stabat Mater. Marie ne fuit pas comme les disciples, ne se révolte pas, ne s'écroule pas : elle endure, debout, l'épreuve la plus déchirante qui soit, l'agonie de son Fils sous ses yeux. Le glaive annoncé par Siméon — « un glaive te transpercera l'âme » (Lc 2, 35)[35] — la traverse, et elle tient. C'est la force à l'état pur : non l'action, mais l'endurance offerte ; non l'absence de douleur, mais la fermeté dans la douleur. Elle avait cru à l'Annonciation ; elle tient au Calvaire, quand tout semble démentir la promesse, dans l'attente du matin de Pâques.
Prendre Marie pour maîtresse de force, c'est apprendre à rester debout dans son Gethsémani à soi : à ne pas fuir l'épreuve, à ne pas se révolter, à tenir dans la nuit en s'appuyant sur Dieu seul. Grandir dans la force, en définitive, c'est devenir, sous son regard, de ceux qui restent debout — « forts dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force » (Ep 6, 10) — jusqu'au jour où le combat cédera la place à la couronne, « car celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 24, 13).
Un chemin concret, jour après jour
La force ne grandit pas par grandes résolutions, mais par une fidélité menue et répétée. On peut résumer les moyens étudiés en un programme simple, gradué du plus accessible au plus exigeant :
| Fréquence | Exercice de force | Ce qu'il travaille |
|---|---|---|
| Chaque jour | Demander à l'Esprit Saint sa force avant l'épreuve prévue | La force comme don reçu |
| Chaque jour | Redire « Je peux tout en celui qui me rend fort » (Ph 4, 13) | S'appuyer sur Dieu, non sur soi |
| Au quotidien | Tenir une petite fidélité ingrate jusqu'au bout | La force par les petites choses |
| Souvent | Affronter une peur précise que le devoir demande | Vaincre la lâcheté et le respect humain |
| Dans l'épreuve | Endurer sans se plaindre ni s'abattre, offrir le mal subi | Le sustinere, acte principal de la force |
| Régulièrement | Communier, adorer, se confesser | Les sources sacramentelles de la force |
| Régulièrement | Méditer la Passion et la vie d'un martyr | La force forgée par contemplation |
Lecture du tableau : aucun de ces exercices n'est spectaculaire ; c'est leur répétition fidèle qui transforme. On commence par un ou deux, on les tient, on ajoute ensuite.
L'essentiel est de ne pas viser la force en général, mais de poser, aujourd'hui, l'acte concret qui se présente : cette peur à franchir, ce devoir à tenir, cette croix à porter sans murmure, cette parole vraie à dire malgré le qu'en-dira-t-on. Car la force ne se prouve jamais dans l'abstrait, mais toujours dans le danger ou la peine du moment. « Sois fort et courageux, ne tremble pas […], car le Seigneur ton Dieu est avec toi » (Jos 1, 9) : il suffit, chaque jour, de tenir un pas de plus — appuyé non sur soi, mais sur Celui qui est « notre force et notre chant », jusqu'à la patrie où il n'y aura plus de combat, parce qu'il n'y aura plus de peur.
Pour aller plus loin
- Comment grandir dans la patience — la part de la force tournée vers le mal présent : supporter sans s'attrister jusqu'à perdre courage.
- Comment grandir dans la persévérance — la part de la force tournée vers la durée : tenir le bien commencé jusqu'au bout.
- Comment grandir dans le combat contre l'acédie — le combat contre la tristesse spirituelle et le découragement, ennemis directs de l'endurance.
- Comment grandir dans l'espérance — la vertu théologale qui appuie la force sur les promesses de Dieu et la garde du désespoir.
- Comment grandir dans la confiance et Comment grandir dans l'abandon à Dieu — la remise filiale de soi à Dieu, âme de la force chrétienne.
- Comment grandir dans la douceur — la vertu jumelle : la douceur du fort, fermeté sans dureté.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 1808, texte officiel (vatican.va) : « La force est la vertu morale qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien. Elle affermit la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale. La vertu de force rend capable de vaincre la peur, même de la mort, d'affronter l'épreuve et les persécutions. Elle dispose à aller jusqu'au renoncement et au sacrifice de sa vie pour défendre une juste cause. » Le paragraphe cite Ps 118 (117), 14 — numérotation hébraïque (117 selon la Vulgate) : « Ma force et mon chant, c'est le Seigneur » — et Jn 16, 33.
1 4Première lettre aux Corinthiens 16, 13, traduction liturgique officielle (AELF) : « Veillez, tenez ferme dans la foi, soyez des hommes, soyez forts » (Vulgate : vigilate, state in fide, viriliter agite et confortamini).
2Livre de la Sagesse 8, 7, traduction liturgique officielle (AELF) : la Sagesse « enseigne la tempérance et la prudence, la justice et la force ; rien n'est plus utile aux hommes dans la vie ». Verset fondateur de la doctrine des quatre vertus cardinales, cité au CEC § 1805.
3Lettre aux Éphésiens 6, 10-11, traduction liturgique officielle (AELF) : « Puisez votre énergie dans le Seigneur et dans sa force toute-puissante. Revêtez l'armure de Dieu pour pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. » Le passage déploie l'image des armes spirituelles (ceinture de la vérité, bouclier de la foi, casque du salut, glaive de l'Esprit).
5Catéchisme de l'Église catholique, § 2015 : « Le chemin de la perfection passe par la Croix. Il n'y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel. Le progrès spirituel implique l'ascèse et la mortification. » Cf. § 2725 : « la prière est un combat. »
6Livre de Josué 1, 9, traduction liturgique officielle (AELF) : « N'est-ce pas un ordre que je te donne ? Sois fort et courageux ! Ne tremble pas, ne te laisse pas abattre, car le Seigneur ton Dieu est avec toi partout où tu iras. » Injonction reprise en Dt 31, 6-8 et Jos 1, 6-7.
7Évangile selon saint Jean 16, 33, traduction liturgique officielle (AELF) : « Dans le monde, vous aurez à souffrir. Mais courage ! Moi, j'ai vaincu le monde » (Vulgate : confidite, ego vici mundum). Dernière parole du discours après la Cène.
8Saint Jean-Paul II, homélie d'inauguration du pontificat, place Saint-Pierre, 22 octobre 1978 : « N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! » Texte sur Vatican.va.
9Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 123, a. 3 : la force a pour matière propre « les craintes et les audaces » (timores et audacias), qu'elle modère, principalement à propos des dangers de mort, où la crainte est la plus forte. Édition de référence : Summa Theologiae, Éditions du Cerf.
10Paraphrase de l'esprit de saint François de Sales (1567-1622) — la fermeté unie à la mansuétude, dans ses lettres et l'Introduction à la vie dévote. La maxime souvent citée sous son nom n'a pas de référence précise retrouvée dans l'édition d'Annecy des Œuvres (ni dans la bibliothèque, ni en ligne) : elle n'est donc pas donnée ici comme une citation.
11Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 123, a. 6 : « Principalior actus fortitudinis est sustinere, idest immobiliter sistere in periculis, quam aggredi » — « L'acte principal de la force est d'endurer, c'est-à-dire de demeurer immobile dans les dangers, plutôt que d'attaquer. »
12Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 123, a. 6, corpus : trois raisons du primat de l'endurance — (1) celui qui endure subit l'assaut d'un plus fort, tandis que l'attaquant agit en position de force ; (2) l'endurance s'étend dans le temps, l'attaque est brève ; (3) endurer suppose une résolution déjà arrêtée, donc plus difficile que l'élan ponctuel de l'attaque.
13Catéchisme de l'Église catholique, § 1831 : les sept dons du Saint-Esprit — sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte de Dieu (cf. Is 11, 1-2). Sur le don de force, cf. saint Thomas, Somme théologique, II-II, q. 139, a. 1 : il donne « une fermeté d'âme » qui dépasse la mesure de la vertu acquise, notamment pour persévérer jusqu'au bout et affronter le martyre.
14Deuxième lettre aux Corinthiens 12, 9-10, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. […] Car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort » (Vulgate : virtus in infirmitate perficitur). Réponse du Christ à Paul sur l'écharde dans la chair.
15Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 125, a. 1-2 : la timiditas (crainte déréglée, lâcheté) est un péché lorsqu'on fuit ce qu'on ne doit pas fuir ou qu'on craint davantage la souffrance que la faute ; elle s'oppose à la force par défaut.
16Évangile selon saint Marc 8, 38, traduction liturgique officielle (AELF) : « Celui qui aura honte de moi et de mes paroles devant cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père. » Avertissement contre le respect humain ; cf. Lc 9, 26 et Mt 10, 33.
17Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 127, a. 1-2 : l'audacia (témérité) est un vice opposé à la force par excès — l'audacieux « devance la raison » (praevenit rationem) et s'expose au danger sans la mesure de la prudence.
18Première lettre aux Corinthiens 10, 12, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ainsi donc, celui qui se croit solide, qu'il prenne garde de ne pas tomber. » Mise en garde contre la présomption ; cf. le triple reniement de Pierre (Mc 14, 29-31.66-72).
19Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 129, a. 1-3 (magnanimité), q. 134 (magnificence), q. 136 (patience), q. 137 (persévérance) : ce sont les vertus annexes (parties potentielles) de la force, deux relatives à l'acte d'affronter, deux à l'acte d'endurer. La distinction remonte à Cicéron, De inventione, II, 54.
20Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), Le Chemin de la perfection, ch. 16 (et thème récurrent du Livre de la Vie, ch. 13) : Dieu « se plaît aux âmes courageuses, pourvu qu'elles marchent avec humilité et sans présomption » ; la sainte exhorte à de « grands désirs » dans la vie d'oraison. Traduction française, Œuvres complètes, Cerf/Seuil.
21Catéchisme de l'Église catholique, § 1303 : effets de la confirmation — elle « nous donne une force spéciale de l'Esprit Saint pour répandre et défendre la foi par la parole et par l'action en vrais témoins du Christ, pour confesser vaillamment le nom du Christ et pour ne jamais éprouver de honte de la Croix ».
22Lettre aux Philippiens 4, 13, traduction liturgique officielle (AELF) : « Je peux tout en celui qui me rend fort » (Vulgate : omnia possum in eo qui me confortat). Paul écrit de prison, ayant appris à vivre dans l'abondance comme dans le dénuement.
23Psaume 26 (27), 1, traduction liturgique officielle (AELF) : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ? » Cf. Ps 26, 7-8 sur le Seigneur « force » et « bouclier ».
24Sainte Thérèse d'Avila, poésie dite « Nada te turbe », trouvée dans son bréviaire après sa mort : « Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie ; tout passe ; Dieu ne change pas ; la patience obtient tout ; à qui possède Dieu rien ne manque : Dieu seul suffit » (Nada te turbe, nada te espante… solo Dios basta).
25Évangile selon saint Luc 16, 10, traduction liturgique officielle (AELF) : « Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. » Principe de la fidélité dans les petites choses, voie ordinaire de la croissance des vertus.
26Évangile selon saint Luc 21, 19, traduction liturgique officielle (AELF) : « C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie » (Vulgate : in patientia vestra possidebitis animas vestras). Le terme grec hypomonè désigne l'endurance ferme sous l'épreuve.
27Catéchisme de l'Église catholique, § 1394 : « Comme la nourriture corporelle sert à restaurer la perte des forces, l'Eucharistie fortifie la charité » ; elle « nous préserve des péchés mortels futurs » et nous sépare du péché. Cf. § 1524 sur l'Eucharistie comme viatique, « force » pour le dernier passage.
28Lettre aux Hébreux 12, 2, traduction liturgique officielle (AELF) : Jésus, « en vue de la joie qui lui était proposée, a enduré la croix, au mépris de la honte ». Le Christ est le modèle suprême de la force qui endure.
29Tertullien (v. 155-220), Apologétique, ch. 50 : « Le sang des chrétiens est une semence » (semen est sanguis christianorum), souvent cité « le sang des martyrs est une semence de chrétiens ». Témoignage de la fécondité de la force confessée jusqu'au martyre.
30Catéchisme de l'Église catholique, § 2473 : « Le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi ; il désigne un témoignage qui va jusqu'à la mort. Le martyr rend témoignage au Christ mort et ressuscité, auquel il est uni par la charité. »
31Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 124, a. 3 : « Le martyre est l'acte de la plus parfaite force » (martyrium est perfectissimus actus fortitudinis), parce qu'il affronte le plus redoutable des maux temporels — la mort — par fidélité au plus grand des biens.
32Évangile selon saint Matthieu 24, 13, traduction liturgique officielle (AELF) : « Mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. » Cf. Mt 10, 22. La force trouve son achèvement dans la persévérance finale.
33Évangile selon saint Jean 19, 25, traduction liturgique officielle (AELF) : « Près de la croix de Jésus se tenait sa mère » (Vulgate : Stabat autem iuxta crucem Iesu mater eius). Le verbe stabat (« se tenait debout ») est à l'origine de la séquence médiévale Stabat Mater dolorosa.
34Évangile selon saint Luc 2, 35, traduction liturgique officielle (AELF) : prophétie de Siméon à Marie — « et toi, ton âme sera traversée d'un glaive ». Annonce de la part de Marie à la Passion, méditée par la tradition comme sa force d'endurance.
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