Grandir dans la communion fréquente, ce n'est pas multiplier mécaniquement les communions comme on collectionne des actes de piété : c'est apprendre à recevoir souvent, et toujours mieux, celui qui se donne en nourriture. La sainte communion est le sommet de la vie chrétienne, « source et sommet de toute la vie chrétienne »[1] ; communier fréquemment, c'est laisser cette source irriguer chaque jour de l'existence, au lieu de n'y revenir que de loin en loin.
Pendant des siècles, une peur excessive a tenu les fidèles éloignés de la sainte Table : on se croyait rarement assez digne. Il a fallu un pape, saint Pie X, pour rappeler avec autorité, dans le décret Sacra Tridentina de 1905, que la communion fréquente et même quotidienne est « vivement désirée par le Christ Notre-Seigneur et par l'Église catholique », et qu'elle est ouverte à tous les fidèles en état de grâce, pourvu qu'ils s'approchent avec une intention droite[2]. Cet article est consacré au chemin pratique : comment la communion fréquente grandit, à quelles conditions, par quels moyens, et quels fruits elle porte.
Il faut bien distinguer cette pratique de quelques réalités voisines, traitées ailleurs. La communion spirituelle — désirer recevoir le Christ quand on ne le peut pas sacramentellement — la complète sans la remplacer. L'adoration eucharistique prolonge la communion mais ne s'y confond pas. La manière concrète de recevoir la communion (main ou bouche, dispositions du corps) et les erreurs fréquentes à éviter font l'objet d'articles distincts, vers lesquels on renvoie. Pour le florilège des grandes paroles des saints sur l'Eucharistie, voir Que disent les saints sur la communion fréquente.
Pourquoi chercher à communier souvent ?
« Ma chair est la vraie nourriture » : le pain de vie
Le désir de communier souvent n'est pas une dévotion surajoutée : il naît de la nature même de l'Eucharistie, que le Christ a présentée comme une nourriture. Dans le grand discours du pain de vie, à Capharnaüm, Jésus ne parle pas d'un symbole lointain mais d'un aliment réel, à recevoir :
« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » — Jésus, Évangile selon saint Jean 6, 55-56[3]
Or une nourriture n'est pas faite pour être prise une fois l'an. Le corps qu'on ne nourrit que rarement s'affaiblit ; l'âme aussi. « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme […], vous n'avez pas la vie en vous » (Jn 6, 53)[4] : le Christ lie la vie de l'âme à cette manducation. Communier souvent, c'est simplement prendre au sérieux que l'Eucharistie est un pain, et qu'un pain se mange régulièrement.
Le « pain quotidien » du Notre Père
Cette logique de la nourriture quotidienne est inscrite jusque dans la prière que Jésus nous a enseignée. « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour » (Mt 6, 11)[5] : derrière le pain matériel, toute la Tradition a reconnu le pain eucharistique. Le Catéchisme le rappelle : pris à la lettre, le mot grec épiousios — « sur-essentiel » — « désigne directement le Pain de Vie, le Corps du Christ, "remède d'immortalité" (saint Ignace d'Antioche) sans lequel nous n'avons pas la Vie en nous »[6]. Déjà les Pères lisaient ainsi cette demande : saint Ambroise exhortait à recevoir « chaque jour » ce pain quotidien, et saint Augustin y voyait l'Eucharistie reçue à l'autel[7]. Demander chaque jour son pain, c'est demander à pouvoir communier.
Le « remède d'immortalité »
Aux premiers siècles déjà, l'Eucharistie fréquente était comprise comme le remède qui guérit et préserve. Saint Ignace d'Antioche, conduit au martyre vers l'an 107, la décrivait d'un mot devenu célèbre :
« [Rompant] un même pain, qui est remède d'immortalité, antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre en Jésus-Christ pour toujours. » — Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Éphésiens, 20, 2[8]
Un remède ne se prend pas une fois pour toutes : on le reçoit aussi longtemps que dure la maladie. Tant que l'âme est exposée au péché et à la mort, elle a besoin de cet antidote. C'est pourquoi l'Église, loin de réserver la communion à de rares occasions, « souhaiterait vivement », dit le Concile de Trente, que les fidèles communient à chaque messe :
« Le saint Concile souhaiterait qu'à chaque messe les fidèles présents communient non seulement par un désir spirituel, mais encore par la réception sacramentelle de l'Eucharistie, afin qu'un fruit plus abondant leur revienne de ce très saint sacrifice. » — Concile de Trente, session XXII (1562), ch. 6[9]
Ce que l'Église enseigne sur la communion fréquente
Le tournant de saint Pie X : le décret Sacra Tridentina (1905)
Pendant longtemps, la pratique réelle fut bien en deçà de ce vœu. Par crainte de profaner le sacrement, beaucoup de fidèles ne communiaient qu'une ou deux fois par an. Le 20 décembre 1905, la Sacrée Congrégation du Concile, par un décret approuvé et voulu par saint Pie X, mit fin à ce malentendu en proclamant que la communion fréquente et quotidienne est le désir même du Christ et de l'Église[10]. Ce décret, Sacra Tridentina Synodus, est l'un des actes majeurs de celui qu'on a appelé le « pape de l'Eucharistie » ; cinq ans plus tard, en 1910, le décret Quam singulari abaissait l'âge de la première communion à l'âge de raison, pour que les enfants eux-mêmes ne soient pas privés de ce pain[11].
Les deux seules conditions : l'état de grâce et la droite intention
Le cœur du décret tient en une libération : il n'y a pas mille conditions pour communier souvent, mais deux seulement. La première :
« La communion fréquente et quotidienne, comme une chose très désirée par le Christ Notre-Seigneur et par l'Église catholique, doit être ouverte à tous les fidèles, de tout rang et de toute condition ; de sorte que personne, étant en état de grâce et s'approchant de la sainte Table avec une intention droite et pieuse, ne puisse en être détourné. » — Sacra Tridentina Synodus, décret 1 (20 décembre 1905)[12]
La première condition est donc l'état de grâce : n'avoir pas sur la conscience de péché mortel non confessé. La seconde est la droite intention, que le décret définit avec une précision libératrice :
« Cette intention droite consiste en ce que celui qui s'approche de la sainte Table le fasse non par routine, ni par vanité, ni par respect humain, mais pour plaire à Dieu, s'unir plus étroitement à lui par la charité, et, grâce à ce divin remède, combattre ses faiblesses et ses défauts. » — Sacra Tridentina Synodus, décret 2[13]
Rien d'autre n'est exigé : ni une perfection préalable, ni une absence totale de fautes légères, ni un sentiment de ferveur. L'Eucharistie n'est pas la récompense des parfaits, mais le pain des faibles qui veulent guérir.
La rupture avec le rigorisme janséniste
Si ce rappel fut nécessaire, c'est qu'une erreur tenace avait dévié la piété. Au XVIIe siècle, le jansénisme — dont le manifeste fut le traité De la fréquente communion d'Antoine Arnauld (1643) — avait répandu l'idée qu'il fallait, pour communier, une pureté quasi angélique et de longues pénitences préalables[14]. Sous couvert de respect, on éloignait les âmes de l'autel. Le décret de 1905 nomme cette dérive sans détour : « le venin du jansénisme », écrit-il, « qui avait infecté l'âme même des bons, sous couvert de l'honneur et de la vénération dus à l'Eucharistie, sans avoir entièrement disparu », en multipliant les obstacles à la communion[15]. Saint Pie X tranche : la révérence due au sacrement ne consiste pas à s'en tenir éloigné, mais à le recevoir souvent et bien.
Faut-il être sans aucun péché véniel ?
Une objection demeure dans bien des consciences scrupuleuses : « Mais je ne suis pas digne, j'ai encore tant de défauts. » Le décret y répond directement. Il est souhaitable, certes, que celui qui communie souvent soit exempt de péchés véniels pleinement délibérés et de toute affection au péché ; mais ce n'est pas une condition requise :
« Bien qu'il soit très désirable que ceux qui communient fréquemment ou chaque jour soient exempts de péchés véniels, du moins pleinement délibérés, et de toute affection à ces péchés, il suffit néanmoins qu'ils soient exempts de péché mortel, avec le propos de ne plus pécher à l'avenir. » — Sacra Tridentina Synodus, décret 3[16]
Autrement dit, attendre d'être parfait pour communier souvent serait se condamner à ne jamais communier — et se priver justement du remède qui guérit ces imperfections. C'est en communiant qu'on devient digne de communier.
Ce que demandent aujourd'hui le Catéchisme et le droit de l'Église
L'enseignement de saint Pie X est devenu la discipline ordinaire de l'Église. Le Catéchisme confirme que recevoir la communion à chaque messe est conforme au sens même de l'Eucharistie : « il est conforme au sens même de l'Eucharistie que les fidèles, s'ils ont les dispositions requises, reçoivent la communion chaque fois qu'ils participent à la messe »[17]. Et il rappelle la double exigence : l'Église oblige à communier au moins à Pâques, mais « recommande vivement aux fidèles de recevoir la sainte Eucharistie les dimanches et les jours de fête, ou plus souvent encore, même tous les jours »[18].
Le droit canonique précise le cadre concret. On peut communier une fois par jour ; une seconde fois le même jour est permise, mais seulement à l'intérieur d'une messe à laquelle on participe (can. 917)[19]. Avant de communier, il faut observer le jeûne eucharistique : s'abstenir d'aliment et de boisson — l'eau et les médicaments exceptés — pendant au moins une heure (can. 919)[20]. Enfin, qui a conscience d'un péché grave doit d'abord recevoir le sacrement de pénitence avant de s'approcher de la sainte Table (can. 916)[21] : c'est tout le lien entre communion fréquente et confession régulière.
La sagesse des maîtres : combien de fois communier ?
Saint Thomas d'Aquin : communier chaque jour est louable
La question de la fréquence n'est pas neuve. Saint Thomas d'Aquin l'avait posée avec netteté : faut-il recevoir ce sacrement chaque jour ? Sa réponse distingue deux points de vue. Du côté du sacrement lui-même, dont la vertu est salutaire aux hommes, « il est utile de le recevoir quotidiennement, pour en percevoir quotidiennement le fruit »[22]. Du côté de celui qui reçoit, en revanche, il faut s'approcher avec dévotion et révérence, qui peuvent parfois conseiller de s'abstenir, par humilité ou par crainte respectueuse. Thomas conclut, citant saint Augustin, que les deux attitudes sont bonnes, mais que l'amour l'emporte sur la crainte :
« Ce pain est quotidien : reçois-le chaque jour, pour qu'il te profite chaque jour. Vis de telle sorte que tu mérites de le recevoir chaque jour. » — Saint Augustin, cité par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, q. 80, a. 10[23]
La règle d'or de saint Thomas n'est donc pas un nombre, mais une disposition : qui peut s'approcher chaque jour avec révérence et amour fait bien de le faire.
Saint François de Sales : les forts et les faibles
Maître de la dévotion accessible à tous, saint François de Sales encourageait vivement la communion fréquente dans son Introduction à la vie dévote (1609). À qui s'étonnerait de le voir communier souvent, il fait répondre que deux sortes de personnes doivent communier souvent : les parfaits, parce qu'étant bien disposés ils auraient grand tort de s'éloigner de la source de la perfection ; et les imparfaits, afin de pouvoir y prétendre — « les forts, afin qu'ils ne deviennent faibles, et les faibles, afin qu'ils deviennent forts »[24]. La communion fréquente n'est donc réservée ni à une élite spirituelle, ni aux seuls commençants : elle est pour tous, à chacun selon son état.
« À force d'adorer et manger la beauté, la bonté et la pureté même en ce divin Sacrement, vous deviendrez toute belle, toute bonne et toute pure. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIe partie[25]
Ni laxisme ni rigorisme : le rôle du discernement
François de Sales ajoute aussitôt une sage mesure : « Communiez souvent, Philothée, et le plus souvent que vous pourrez, avec l'avis de votre père spirituel »[26]. La fréquence concrète — chaque jour, plusieurs fois la semaine, chaque dimanche — se règle avec un confesseur ou un directeur, en tenant compte de l'état de l'âme, de ses devoirs et de ses possibilités. Contre le rigorisme qui éloigne, l'Église a rouvert la sainte Table ; contre un laxisme qui banaliserait, elle maintient les conditions de l'état de grâce et de la droite intention. Le juste chemin, ni scrupuleux ni présomptueux, se trouve dans ce discernement accompagné.
Les fruits d'une communion fréquente
Pourquoi tant insister sur la fréquence ? Parce que chaque communion bien faite produit des fruits réels, que le Catéchisme énumère avec précision[27]. Multiplier les communions, c'est multiplier ces grâces.
Elle unit intimement au Christ
Le premier fruit, le plus grand, est l'union au Christ lui-même. « Le fruit principal de la réception de l'Eucharistie dans la communion est l'union intime au Christ Jésus »[28]. Le Seigneur l'avait promis : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui » (Jn 6, 56). Communier souvent, c'est demeurer souvent en lui — laisser cette présence devenir l'air habituel de l'âme plutôt qu'une visite exceptionnelle.
Elle nourrit et fait grandir la vie de la grâce
Ce que la nourriture matérielle fait pour le corps, la communion le fait pour l'âme : elle restaure, fortifie, fait croître. « Ce que la nourriture matérielle produit dans notre vie corporelle, la communion le réalise d'une manière admirable dans notre vie spirituelle »[29] : elle conserve, augmente et renouvelle la vie de la grâce reçue au baptême. Une âme privée de communion est une âme sous-alimentée ; une âme qui communie souvent grandit.
Elle sépare du péché et préserve
La communion fréquente est aussi un remède contre le péché — exactement le contraire du préjugé janséniste qui réservait la communion aux purs. Le Catéchisme est formel :
« L'Eucharistie ne peut pas nous unir au Christ sans nous purifier en même temps des péchés commis et nous préserver des péchés futurs. […] Comme la nourriture corporelle sert à restaurer les forces perdues, l'Eucharistie fortifie la charité qui, dans la vie quotidienne, tend à s'affaiblir ; et cette charité vivifiée efface les péchés véniels. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1393-1394[30]
Plus encore, par la charité qu'elle ranime, l'Eucharistie « nous préserve des péchés mortels futurs » : plus on partage la vie du Christ, plus il devient difficile de rompre avec lui par le péché grave[31]. Voilà pourquoi communier souvent n'est pas une présomption mais une protection.
Elle fait l'Église et engage envers les pauvres
Enfin, la communion n'unit pas seulement chacun au Christ, mais tous les fidèles entre eux : « l'Eucharistie fait l'Église »[32]. Elle renforce l'incorporation au Corps mystique commencée au baptême, et elle engage concrètement envers les plus pauvres, dans lesquels le Christ continue de se donner : reconnaître le Christ dans l'hostie conduit à le reconnaître dans le frère[33]. La communion fréquente fait ainsi grandir la charité tout entière, envers Dieu et envers le prochain.
Les moyens concrets pour grandir dans la communion fréquente
Communier souvent ne s'improvise pas : cela se cultive. Voici les moyens que la tradition spirituelle propose pour passer d'une communion rare ou distraite à une communion fréquente et fructueuse.
Vivre en état de grâce : la confession régulière
La première condition d'une communion fréquente est de demeurer en état de grâce. Qui veut communier souvent doit donc fuir le péché mortel et, s'il y tombe, recourir sans tarder au sacrement de pénitence avant de revenir à l'autel (can. 916)[34]. Une confession régulière, même en l'absence de faute grave, purifie l'âme, déracine les attaches au péché véniel et avive le désir de l'Eucharistie. Communion fréquente et confession régulière avancent ensemble : la seconde garde ouvert le chemin de la première.
Purifier l'intention : communier par amour, non par habitude
Le danger de la communion fréquente est précisément la routine que le décret de 1905 dénonçait. À force de communier chaque jour, on risque de le faire machinalement, sans désir. Le remède est de renouveler souvent l'intention : communier « pour plaire à Dieu, s'unir plus étroitement à lui par la charité, et porter remède à ses faiblesses »[35]. Avant chaque communion, un bref acte de désir — « Seigneur, je veux te recevoir parce que je t'aime et que j'ai besoin de toi » — suffit à arracher l'âme à l'habitude. Sur les déformations à éviter, voir les erreurs fréquentes concernant la communion fréquente.
Ne rien ressentir n'est pas communier par routine : on peut recevoir le Christ dans la sécheresse, sans ferveur sensible, et le recevoir pourtant par amour. Le R.P. Luis López Retenaga, professeur de théologie, posa à deux des voyantes de Garabandal, Conchita et Loli, cette question : « Que choisiriez-vous entre une apparition, une communion, ou une locution ? » — « La Communion ! » répondirent-elles en même temps[36]. Le prêtre en souligna la portée :
« Comprenez la valeur de cette réponse, qui contraste avec l'état de bonheur et de joie que leur apportent les apparitions et les locutions, alors que l'aridité ou la sécheresse accompagnent bien souvent leurs communions. Oui, seule une grande foi peut amener ces jeunes filles sans formation spéciale à formuler une réponse aussi juste. » — R.P. Luis López Retenaga, cité par Eusebio García de Pesquera, Garabandal — Faits et dates (1992)[37]
Préférer le Christ reçu dans l'aridité aux joies les plus vives, c'est chercher le Seigneur lui-même, et non ce que l'on éprouve.
Bien se préparer : la communion commence avant la messe
« Les sacrements de la Loi nouvelle […] produisent un effet d'autant plus grand que les dispositions de celui qui les reçoit sont meilleures », rappelle le décret : aussi faut-il que la communion soit « précédée d'une préparation soignée »[38]. Saint Paul l'enseignait déjà : « Que chacun donc s'examine soi-même » avant de manger ce pain (1 Co 11, 28)[39]. Se préparer, c'est arriver à la messe sans précipitation, écouter la Parole, raviver la foi en la présence réelle, désirer celui qu'on va recevoir. Le Curé d'Ars disait la grandeur de ce qui s'approche :
« La nourriture de l'âme, c'est le corps et le sang d'un Dieu ! Ô la belle nourriture ! […] L'âme ne peut se nourrir que de Dieu ; […] il n'y a que Dieu qui puisse la rassasier. » — Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars[40]
Faire une vraie action de grâce après la communion
Le décret de 1905 demande que la communion soit aussi « suivie d'une action de grâce convenable, selon les forces, la condition et les devoirs de chacun »[41]. Les minutes qui suivent la communion sont un temps unique : le Christ est réellement présent en nous tant que durent les espèces. Sainte Thérèse d'Avila pressait les âmes de ne pas gâcher ce moment :
« Après avoir reçu le Seigneur, puisque vous avez la Personne même présente, efforcez-vous de fermer les yeux du corps et d'ouvrir ceux de l'âme, et regardez au-dedans de votre cœur. » — Sainte Thérèse d'Avila, Chemin de la perfection, ch. 34[42]
Quelques minutes de silence, d'adoration et de demande après la communion font plus pour la vie spirituelle que de longues dévotions dispersées. C'est là que la communion fréquente devient féconde, en se prolongeant dans l'oraison.
Communier spirituellement entre les messes
On ne peut pas toujours communier sacramentellement — le travail, la maladie, l'éloignement d'une église en empêchent. La tradition propose alors la communion spirituelle : désirer ardemment recevoir le Christ, et l'accueillir en esprit. Loin de concurrencer la communion sacramentelle, elle l'entretient et la prépare, en gardant l'âme dans le désir habituel de l'Eucharistie. Multiplier dans la journée ces brefs élans de désir, c'est tendre tout le cœur vers la communion suivante.
Désirer la messe quotidienne selon ses possibilités
Grandir dans la communion fréquente, c'est aussi, pour qui le peut, tendre vers la messe quotidienne — non par obligation, mais par désir. Beaucoup de saints en ont fait le centre de leur journée. Là où la vie ne le permet pas chaque jour, on peut ajouter une messe en semaine, ou choisir un jour fixe. L'essentiel n'est pas le nombre mais la fidélité croissante : faire de l'Eucharistie un rendez-vous régulier et aimé, vers lequel toute la journée s'oriente.
Apprendre des saints et de Marie
Enfin, on grandit dans la communion fréquente en se mettant à l'école de ceux qui en ont vécu. Tous les saints furent des âmes eucharistiques. Saint Pie X, qui rouvrit la sainte Table à tous, tenait la sainte communion reçue souvent pour le chemin le plus court et le plus sûr vers le Ciel : c'est le sens constant de son magistère eucharistique, du décret de 1905 à la communion précoce des enfants en 1910 — la formule brève qu'on lui prête souvent ne fait que le résumer[43].
Marie, enfin, qui porta le Verbe fait chair dans son sein, est le modèle de toute communion : on peut lui demander de communier avec son cœur, sa foi et son amour. Pour entendre les autres grandes voix — Augustin, Thomas, Catherine de Sienne, Thérèse, le Curé d'Ars, Padre Pio —, voir le florilège Que disent les saints sur la communion fréquente.
Un chemin concret, jour après jour
Grandir dans la communion fréquente ne se décide pas une fois pour toutes : cela se construit par des habitudes simples, reprises chaque jour. Le tableau ci-dessous récapitule les pratiques évoquées et leur ressort spirituel.
| Quand | Quoi faire | Ressort spirituel |
|---|---|---|
| Régulièrement | Se confesser pour demeurer en état de grâce | Première condition de la communion (can. 916) |
| Avant la messe | Arriver sans hâte, raviver la foi, désirer le Christ | Une préparation soignée (Sacra Tridentina, décret 4) |
| Au moment de communier | Renouveler l'intention : « je te reçois par amour » | Purifier l'intention, fuir la routine (décret 2) |
| Juste après la communion | Quelques minutes de silence et d'adoration | L'action de grâce (Thérèse d'Avila ; décret 4) |
| Entre les messes | Faire des communions spirituelles | Garder l'âme dans le désir de l'Eucharistie |
| Chaque semaine | Ajouter, si possible, une messe en plus du dimanche | La fidélité croissante plus que le nombre |
| Toujours | Communier « pour plaire à Dieu et s'unir à lui » | Le désir même du Christ et de l'Église (Trente ; Pie X) |
La communion fréquente n'est pas un exploit réservé à quelques privilégiés : c'est le chemin ordinaire de la sainteté, ouvert à tout fidèle en état de grâce. Elle commence par une seule décision — revenir souvent, et toujours mieux, à celui qui se donne en nourriture —, répétée assez de fois pour devenir, peu à peu, le battement même de la vie chrétienne.
Pour aller plus loin
- La communion spirituelle — désirer et recevoir le Christ en esprit quand on ne peut pas communier sacramentellement : le complément de la communion fréquente.
- Quelle est la bonne manière de recevoir la communion ? — les dispositions du corps et de l'âme pour bien recevoir l'hostie.
- Les erreurs fréquentes concernant la communion fréquente — routine, scrupule, communions sacrilèges : les pièges à éviter.
- Comment grandir dans l'adoration eucharistique — prolonger la communion par l'adoration du Saint-Sacrement.
- Comment grandir dans la confession régulière — garder ouvert, par la pénitence, le chemin de la sainte Table.
- Que disent les saints sur la communion fréquente — un florilège des grandes paroles des saints sur l'Eucharistie.
Notes et références
Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium (1964), § 11 : l'Eucharistie est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne » (totius vitae christianae fons et culmen). Repris par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1324.
1Sacrée Congrégation du Concile, décret Sacra Tridentina Synodus, 20 décembre 1905, approuvé par saint Pie X, décret 1 : « Communio frequens et quotidiana, utpote a Christo Domino et a Catholica Ecclesia optatissima, omnibus Christifidelibus cuiusvis ordinis aut conditionis pateat; ita ut nemo, qui in statu gratiae sit et cum recta piaque mente ad s. mensam accedat, prohiberi ab ea possit. » Texte : Acta Sanctae Sedis, vol. 38 (1905), p. 404.
2 12Évangile selon saint Jean 6, 55-56, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. »
3Évangile selon saint Jean 6, 53, traduction liturgique officielle (AELF) : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous. »
4Évangile selon saint Matthieu 6, 11, traduction liturgique officielle (AELF) : « Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour. »
5Catéchisme de l'Église catholique, § 2837 : pris à la lettre (épiousios : « sur-essentiel »), il « désigne directement le Pain de Vie, le Corps du Christ, "remède d'immortalité" (saint Ignace d'Antioche) sans lequel nous n'avons pas la Vie en nous » (cf. Jn 6, 53-56). Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.
6Saint Ambroise, De Sacramentis, V, 4, 25-26 : « Si c'est un pain quotidien, pourquoi le prends-tu seulement après un an ? […] Reçois chaque jour ce qui te profite chaque jour. » ; saint Augustin, Sermon 57, 7, lit pareillement le « pain quotidien » du Notre Père comme l'Eucharistie. Sources citées par le CEC, § 2837.
7Saint Ignace d'Antioche (mort vers 107), Lettre aux Éphésiens, 20, 2 : l'Eucharistie est « le remède d'immortalité, l'antidote pour ne pas mourir, mais pour vivre à jamais en Jésus Christ » (pharmakon athanasias, antidotos tou mê apothanein). Cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1405.
8Concile de Trente, session XXII (17 septembre 1562), Doctrina de sanctissimo Missae sacrificio, ch. 6 : « Optaret quidem sacrosancta Synodus, ut in singulis Missis fideles adstantes non solum spirituali affectu, sed sacramentali etiam Eucharistiae perceptione communicarent, quo ad eos sanctissimi huius sacrificii fructus uberior proveniret. »
9Sur le contexte du décret : sous le pontificat de saint Pie X (1903-1914), la pratique de la communion rare (souvent annuelle ou pascale) était courante, héritée du rigorisme post-tridentin et janséniste. Le décret de 1905 inverse cette tendance et fonde la pratique moderne de la communion fréquente et quotidienne.
10Sacrée Congrégation des Sacrements, décret Quam singulari, 8 août 1910, sous saint Pie X : fixe l'admission des enfants à la première communion à l'« âge de raison » (environ 7 ans), contre l'usage qui la repoussait à 12-14 ans. Acta Apostolicae Sedis, vol. 2 (1910).
11Sacra Tridentina Synodus, décret 2 : « Recta autem mens in eo est, ut qui ad sacram mensam accedit non usui, aut vanitati, aut humanis rationibus indulgeat, sed Dei placito satisfacere velit, ei arctius caritate coniungi, ac divino illo pharmaco suis infirmitatibus ac defectibus occurrere. » Traduction : s'approcher de la sainte Table non par habitude, vanité ou respect humain, mais pour plaire à Dieu, s'unir à lui plus étroitement par la charité et, grâce à ce divin remède, combattre ses faiblesses et ses défauts. Texte : Acta Sanctae Sedis, vol. 38 (1905), p. 404.
13 35Antoine Arnauld (1612-1694), De la fréquente communion, Paris, 1643 : ouvrage emblématique du jansénisme, qui exigeait de longues pénitences et un report de l'absolution avant de communier, éloignant les fidèles de la communion fréquente. Le mouvement janséniste fut condamné à plusieurs reprises (bulle Cum occasione, 1653 ; Unigenitus, 1713).
14Sacra Tridentina Synodus, préambule : « Virus tamen iansenianum, quod bonorum etiam animos infecerat, sub specie honoris ac venerationis Eucharistiae debiti, haud penitus evanuit. » — « le venin du jansénisme qui avait infecté l'âme même des bons, sous couvert de l'honneur et de la vénération dus à l'Eucharistie, sans avoir entièrement disparu ». Texte : Acta Sanctae Sedis, vol. 38 (1905), p. 403.
15Sacra Tridentina Synodus, décret 3 : « Etsi quam maxime expediat ut frequenti et quotidiana Communione utentes, venialibus peccatis, saltem plene deliberatis, eorumque affectu sint expertes, sufficit nihilominus ut culpis mortalibus vacent, cum proposito se nunquam in posterum peccaturos. […] » Texte : Acta Sanctae Sedis, vol. 38 (1905), p. 404.
16Catéchisme de l'Église catholique, § 1388 : « Il est conforme au sens même de l'Eucharistie que les fidèles, s'ils ont les dispositions requises, reçoivent la communion chaque fois qu'ils participent à la messe. »
17Catéchisme de l'Église catholique, § 1389 : « L'Église fait obligation aux fidèles […] de recevoir au moins une fois l'an l'Eucharistie […]. Mais l'Église recommande vivement aux fidèles de recevoir la sainte Eucharistie les dimanches et les jours de fête, ou plus souvent encore, même tous les jours. »
18Code de droit canonique (1983), can. 917 : « Qui a reçu la très sainte Eucharistie peut la recevoir une seconde fois le même jour seulement à l'intérieur de la célébration eucharistique à laquelle il participe » (sauf le cas du viatique, can. 921 § 2).
19Code de droit canonique (1983), can. 919 § 1 : « Celui qui va recevoir la très sainte Eucharistie s'abstiendra, au moins une heure avant la sainte communion, de prendre tout aliment et boisson, à la seule exception de l'eau et des médicaments. » Les personnes âgées, malades, et qui les soignent, en sont dispensées (§ 3).
20Code de droit canonique (1983), can. 916 : « Qui a conscience d'être en état de péché grave ne célébrera pas la messe ni ne communiera au Corps du Seigneur sans recourir auparavant à la confession sacramentelle », à moins d'une raison grave et de l'impossibilité de se confesser, avec l'obligation de faire un acte de contrition parfaite. Cf. 1 Co 11, 27-29.
21 34Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, q. 80, a. 10 (« Faut-il recevoir ce sacrement quotidiennement ? ») : du côté du sacrement lui-même, dont la vertu est salutaire aux hommes, « il est utile de le recevoir quotidiennement, pour en percevoir quotidiennement le fruit » ; du côté du communiant, « si quelqu'un se trouve chaque jour bien préparé, il est louable qu'il le reçoive chaque jour » — la révérence peut toutefois conseiller de s'abstenir parfois, l'amour l'emportant sur la crainte.
22Saint Augustin, cité par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, q. 80, a. 10 (d'après le De verbis Domini, Sermon 57) : « Iste panis quotidianus est, accipe quotidie quod quotidie tibi prosit. […] Sic vive, ut quotidie merearis accipere. » — « Ce pain est quotidien : reçois-le chaque jour, pour qu'il te profite chaque jour. […] Vis de telle sorte que tu mérites de le recevoir chaque jour. »
23Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote (1609), IIe partie, ch. 21 (« Comme il faut communier ») : deux sortes de gens doivent souvent communier, « les parfaits » et « les imparfaits » — « les forts, afin qu'ils ne deviennent faibles, et les faibles, afin qu'ils deviennent forts ».
24Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIe partie, ch. 21 : « à force d'adorer et manger la beauté, la bonté et la pureté même en ce divin Sacrement, vous deviendrez toute belle, toute bonne et toute pure ». (Texte original, cf. édition Annecy des Œuvres.)
25Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIe partie, ch. 21 : « Communiez souvent, Philothée, et le plus souvent que vous pourrez, avec l'avis de votre père spirituel. » L'auteur subordonne la fréquence concrète au discernement du directeur, selon l'état de chaque âme.
26Catéchisme de l'Église catholique, § 1391 : « Le fruit principal de la réception de l'Eucharistie dans la communion est l'union intime au Christ Jésus. » Cf. Jn 6, 56.
27 28Catéchisme de l'Église catholique, § 1392 : « Ce que la nourriture matérielle produit dans notre vie corporelle, la communion le réalise d'une manière admirable dans notre vie spirituelle. » La communion conserve, accroît et renouvelle la vie de la grâce reçue au baptême.
29Catéchisme de l'Église catholique, § 1393-1394 : « L'Eucharistie ne peut pas nous unir au Christ sans nous purifier en même temps des péchés commis et nous préserver des péchés futurs » ; « comme la nourriture corporelle sert à restaurer les forces perdues, l'Eucharistie fortifie la charité qui, dans la vie quotidienne, tend à s'affaiblir ; et cette charité vivifiée efface les péchés véniels. »
30Catéchisme de l'Église catholique, § 1395 : « Par cette même charité qu'elle allume en nous, l'Eucharistie nous préserve des péchés mortels futurs. Plus nous participons à la vie du Christ et plus nous progressons dans son amitié, plus il nous est difficile de rompre avec lui par le péché mortel. » L'Eucharistie n'est cependant pas ordonnée au pardon des péchés mortels, propre au sacrement de pénitence.
31Catéchisme de l'Église catholique, § 1396 : « L'unité du Corps mystique : l'Eucharistie fait l'Église. » Ceux qui reçoivent l'Eucharistie sont unis plus étroitement au Christ, et par lui à tous les fidèles en un seul corps.
32Catéchisme de l'Église catholique, § 1397 : « L'Eucharistie engage envers les pauvres. » Pour recevoir en vérité le Corps et le Sang du Christ livrés pour nous, il faut reconnaître le Christ dans les plus pauvres, ses frères.
33R.P. Eusebio García de Pesquera, Garabandal — Faits et dates, Éditions Résiac, 1992, p. 127, qui rapporte la question du R.P. Luis López Retenaga aux « deux fillettes » — Conchita et Loli, dont traite tout le passage sur les locutions (p. 126-127) —, leur réponse donnée en même temps et le commentaire du prêtre sur l'aridité de leurs communions. Le même ouvrage présente ce prêtre comme professeur de théologie au séminaire de San Sebastián (p. 126). Ouvrage traduit de l'espagnol par le Centre d'information sur Garabandal (Montsûrs, mars 1992 ; ISBN 2-85268-226-5).
36 37Sacra Tridentina Synodus, décret 4 : « Cum vero Sacramenta Novae Legis, etsi effectum suum ex opere operato sortiantur, maiorem tamen producant effectum quo maiores dispositiones in iis suscipiendis adhibeantur, idcirco curandum est ut sedula ad sacram Communionem praeparatio antecedat, et congrua gratiarum actio inde sequatur, iuxta uniuscuiusque vires, conditionem ac officia. » — une préparation soignée doit précéder la communion, et une action de grâce convenable la suivre. Texte : Acta Sanctae Sedis, vol. 38 (1905), p. 404.
38 41Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 11, 28-29, traduction liturgique officielle (AELF) : « Que chacun donc s'examine soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe ; car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur, mange et boit sa propre condamnation. »
39Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars, Petit catéchisme : « La nourriture de l'âme, c'est le corps et le sang d'un Dieu ! Ô la belle nourriture ! » (catéchisme sur la communion) ; « L'âme ne peut se nourrir que de Dieu ; […] il n'y a que Dieu qui puisse la rassasier » (catéchisme sur la communion fréquente). Recueillis dans l'Esprit du curé d'Ars (l'abbé Monnin).
40Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), Chemin de la perfection, ch. 34 : « Après avoir reçu le Seigneur, puisque vous avez la Personne même présente, efforcez-vous de fermer les yeux du corps et d'ouvrir ceux de l'âme, et regardez au-dedans de votre cœur. » Conseil sur l'action de grâce après la communion.
42Saint Pie X (1835-1914) : paraphrase, non citation textuelle — aucune source primaire datée (ouvrage, page ou discours) n'a été retrouvée pour la formule « le chemin le plus court et le plus sûr pour aller au Ciel » mise sous son nom ; on la trouve seulement rapportée, sans date ni référence primaire, dans F.A. Forbes, Life of Pius X (R. & T. Washbourne, 1918, chapitre eucharistique), d'après une allocution à la Confraternité du Saint-Sacrement. En revanche, le magistère du « pape de l'Eucharistie » dit bien la même chose en actes : communion fréquente (Sacra Tridentina, 1905) et précoce (Quam singulari, 1910).
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