La communion spirituelle

La communion spirituelle est l'acte par lequel le fidèle qui ne peut communier sacramentellement désire ardemment recevoir Jésus-Christ et l'accueille spirituellement par la foi et la charité : son fondement (les trois manières de recevoir l'Eucharistie selon Trente, la manducatio spiritualis de saint Thomas), son histoire (Thérèse d'Avila, Alphonse de Liguori, le Curé d'Ars), sa formule et sa manière.

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La communion spirituelle est l'acte par lequel un fidèle qui ne peut — ou ne doit — pas recevoir l'Eucharistie sous les espèces sacramentelles désire ardemment de la recevoir et accueille Jésus-Christ spirituellement dans son cœur, par un mouvement de foi et de charité. Elle n'est pas un sacrement, ni une cérémonie : c'est une prière du désir, que l'on peut faire à tout moment, partout, seul ou en groupe, devant le tabernacle comme au bord d'une route. Saint Alphonse de Liguori la résume d'un mot, en reprenant saint Thomas : c'est « un désir ardent de recevoir Jésus au Saint-Sacrement et de l'embrasser amoureusement, comme si on l'avait déjà reçu »[1].

Cette pratique repose sur une distinction que le concile de Trente a fixée pour toujours : on peut recevoir l'Eucharistie de trois manières — sacramentellement seulement (c'est le cas du pécheur qui communie indignement), spirituellement seulement (celui qui, ne pouvant communier, mange ce pain « en désir », par une foi vive opérant par la charité, et en goûte le fruit), ou sacramentellement et spirituellement à la fois (le fidèle bien disposé)[2]. La communion spirituelle correspond à la deuxième manière : on reçoit l'effet du sacrement — l'union au Christ — sans en recevoir le signe sensible. Saint Thomas l'avait théorisé sous le nom de manducatio spiritualis : manger spirituellement, c'est obtenir le fruit de l'Eucharistie « par le désir » du sacrement lui-même[3].

Loin d'être une dévotion mineure, la communion spirituelle a été enseignée et pratiquée par les plus grands maîtres : sainte Thérèse d'Avila la jugeait « d'un très grand profit »[4], saint Alphonse en a composé la formule la plus célèbre[5], le Curé d'Ars la recommandait « à chaque instant »[6], et Jean-Paul II en a fait l'éloge dans son encyclique sur l'Eucharistie[7]. Elle a connu un regain saisissant pendant la pandémie de 2020, lorsque des millions de catholiques, privés de messe, l'ont redécouverte comme un pont vers le Christ-Hostie qu'ils ne pouvaient plus recevoir.

Cet article expose le fondement doctrinal, l'histoire, la manière de faire et le sens de la communion spirituelle. Il faut la distinguer de réalités voisines, traitées ailleurs : elle complète sans la remplacer la communion sacramentelle fréquente, prolonge l'adoration eucharistique hors de la messe, et s'enracine dans la foi en l'Eucharistie, présence réelle du Christ. Pour la manière concrète de recevoir le sacrement, voir Quelle est la bonne manière de recevoir la communion ?.

Qu'est-ce que la communion spirituelle ?

Une union au Christ par le désir, hors de la réception sacramentelle

Communier, au sens plein, c'est recevoir le Corps et le Sang du Christ sous les espèces consacrées et s'unir à lui. Mais l'union au Christ que produit ce sacrement peut aussi être obtenue, dans une certaine mesure, par le désir de le recevoir, quand la réception réelle est impossible. C'est cela, la communion spirituelle : non pas imaginer qu'on communie, ni « faire semblant », mais poser un acte réel de foi, d'amour et de désir qui ouvre l'âme à la grâce du sacrement absent.

L'objet de cet acte n'est pas une idée ni un symbole : c'est la personne même de Jésus-Christ, réellement présent au tabernacle de l'église la plus proche, et présent par sa grâce à toute âme qui l'appelle. Le fidèle qui fait une communion spirituelle ne reçoit pas l'hostie ; mais il reçoit Celui que l'hostie contient, dans la mesure où son désir l'y dispose. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui », dit le Christ (Jn 6, 56)[8] ; ce « demeurer » mutuel commence déjà dans le cœur qui désire ardemment l'Eucharistie.

Les trois actes qui la constituent

La communion spirituelle se ramène à trois mouvements intérieurs, qui correspondent aux trois vertus théologales :

  • un acte de foi en la présence réelle : « Je crois que vous êtes réellement présent au Saint-Sacrement » ;
  • un acte d'amour : « Je vous aime par-dessus toutes choses » ;
  • un acte de désir : « Je vous désire dans mon âme ; venez du moins spirituellement dans mon cœur ».

Ces trois actes, on les retrouve mot pour mot dans la formule de saint Alphonse, qui n'a fait que mettre en prière la doctrine de saint Thomas. Tout le reste — la posture, le lieu, la longueur — est accessoire.

Ce que la communion spirituelle n'est pas

Trois contresens guettent cette pratique, qu'il faut écarter d'emblée.

Elle n'est pas un sacrement. Elle ne confère pas la grâce ex opere operato, c'est-à-dire par la seule force du rite accompli[9] ; elle agit ex opere operantis, selon la ferveur de celui qui prie. Sa fécondité dépend donc entièrement de la qualité du désir.

Elle n'est pas un substitut qui dispenserait de communier sacramentellement quand on le peut. Au contraire : elle est tout entière ordonnée au sacrement, dont elle entretient la faim. Celui qui pourrait communier et s'en abstiendrait sous prétexte de « communier spirituellement » se tromperait gravement sur sa nature.

Elle n'est pas une auto-communion ni une communion « que l'on se donne à soi-même ». C'est le Christ qui se donne ; le fidèle ne fait que l'accueillir par le désir. C'est pourquoi elle suppose la même orientation du cœur que la communion sacramentelle : la foi vive, la charité, le repentir des péchés.

Le fondement doctrinal

« Manger spirituellement » : les trois manières selon le concile de Trente

Le socle dogmatique de la communion spirituelle se trouve dans le concile de Trente. Dans son décret sur l'Eucharistie (session XIII, 11 octobre 1551), au chapitre 8, « sur l'usage de cet admirable sacrement », les Pères distinguent trois manières de recevoir l'Eucharistie :

« Quant à l'usage, nos Pères ont distingué avec justesse et sagesse trois manières de recevoir ce saint sacrement. Ils ont enseigné que les uns le reçoivent seulement sacramentellement, comme les pécheurs ; d'autres, seulement spirituellement, à savoir ceux qui, mangeant en désir le pain céleste qui leur est proposé, en ressentent, par une foi vive qui opère par la charité, le fruit et le bienfait ; les troisièmes enfin le reçoivent à la fois sacramentellement et spirituellement, et ce sont ceux qui s'éprouvent et se préparent d'avance, de manière à s'approcher de cette table divine revêtus de la robe nuptiale. » — Concile de Trente, session XIII, chap. 8[10]

Ce texte est décisif. Il enseigne qu'il existe une réception spirituelle seule de l'Eucharistie, « en désir » (voto), qui n'est pas une métaphore pieuse mais une vraie participation au fruit du sacrement, à condition d'être animée par « une foi vive qui opère par la charité » (cf. Ga 5, 6). La communion spirituelle, comme pratique de dévotion, n'est rien d'autre que la mise en œuvre volontaire et fréquente de cette deuxième manière.

Manière de recevoirQui ?Ce qu'il reçoitFruit
Sacramentellement seulementLe pécheur qui communie indignementLe signe (l'hostie) sans la grâceAucun fruit, voire condamnation (1 Co 11, 29)[11]
Spirituellement seulementCelui qui mange « en désir », par la foi et la charitéLe fruit (l'union au Christ) sans le signeLa grâce de l'union, selon la ferveur
Sacramentellement et spirituellementLe fidèle bien disposéLe signe et le fruitLa plénitude du sacrement

Saint Thomas d'Aquin : la manducatio spiritualis

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Trois siècles avant Trente, saint Thomas d'Aquin avait posé la distinction avec sa précision habituelle. Dans la Somme théologique, il demande s'il faut distinguer deux manières de manger le corps du Christ, et répond par l'affirmative : il y a un manger sacramentel (recevoir le sacrement) et un manger spirituel (recevoir l'effet du sacrement, par lequel « l'homme est uni au Christ par la foi et la charité »)[12].

Le point capital est que le manger spirituel peut exister sans la réception sacramentelle, par le seul « désir de recevoir le sacrement lui-même » (le votum). C'est ainsi, explique saint Thomas, que les justes de l'Ancienne Alliance ont pu communier au Christ avant même l'institution du sacrement, et que tout fidèle peut s'unir au Christ par le désir avant ou en dehors de la communion réelle[13]. La communion spirituelle est donc l'expression la plus pure de cette manducatio spiritualis : un désir formé, conscient, qui obtient par la charité ce que la circonstance refuse au corps.

Les racines bibliques : Jean 6 et la faim du pain vivant

La doctrine de l'union par le désir s'enracine dans le discours sur le pain de vie (Jn 6). Le Christ y affirme à la fois la nécessité de manger sa chair — « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous » (Jn 6, 53)[14] — et la primauté de la foi : « Celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 6, 47)[15]. Les Pères ont vu dans cette tension non une contradiction, mais l'articulation entre le sacrement et le désir croyant qui l'accueille. Le terme même de « demeurer » — « Celui qui mange ma chair… demeure en moi » (Jn 6, 56) — décrit une union stable que le désir entretient entre deux communions.

D'autres textes éclairent la pratique : la scène d'Emmaüs, où les disciples reconnaissent le Ressuscité « à la fraction du pain » (Lc 24, 30-31)[16], et la promesse du Christ : « Si quelqu'un m'aime… nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23)[17]. La communion spirituelle est précisément cet accueil du Christ qui « vient faire sa demeure » dans l'âme qui l'aime et le désire.

« Crois, et tu as mangé » : saint Augustin et les Pères

Chez les Pères, saint Augustin a donné la formule la plus frappante de la manducation spirituelle. Commentant le discours sur le pain de vie, il interpelle son auditeur : pourquoi préparer les dents et l'estomac ? C'est par la foi qu'on mange le Christ.

« Pourquoi prépares-tu tes dents et ton ventre ? Crois, et tu as mangé. » — Saint Augustin, Traités sur l'évangile de saint Jean, traité XXV, 12[18]

Augustin ne nie évidemment pas la réalité du sacrement — il l'affirme ailleurs avec force ; il souligne que manger le Christ, c'est croire en lui : « Crois, et tu as mangé. » Cette intuition patristique est la semence de toute la théologie ultérieure de la communion spirituelle : la foi vive, qui adhère au Christ et le désire, fait déjà goûter le fruit que le sacrement donnera en plénitude.

Histoire de la pratique

Une réalité ancienne, un nom plus récent

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La réalité de la communion par le désir est aussi ancienne que la foi en l'Eucharistie : dès lors qu'on croyait que la foi et l'amour unissent au Christ, on tenait l'essentiel. Mais l'expression « communion spirituelle » et la pratique organisée d'un acte de communion spirituelle se sont développées plus tard, à mesure que la dévotion eucharistique se précisait. Le Moyen Âge, qui voit naître l'élévation, la Fête-Dieu, l'exposition et l'adoration eucharistique, est aussi celui où la théologie scolastique, avec saint Thomas, formalise la manducatio spiritualis.

Un facteur historique a renforcé l'importance de la pratique : pendant des siècles, par crainte de communier indignement, les fidèles communiaient rarement — souvent une seule fois l'an. La communion spirituelle offrait alors le moyen de s'unir au Christ entre deux communions sacramentelles espacées. L'Imitation de Jésus-Christ (XVe siècle), dont le livre IV est tout entier consacré à l'Eucharistie, le rappelle déjà : celui qui ne peut communier réellement « peut aussi communier en esprit tous les jours, à toute heure, avec beaucoup de fruit »[19]. Quand saint Pie X rouvrira la communion fréquente à tous au début du XXe siècle, la communion spirituelle ne perdra pas son sens : elle restera la prière de l'entre-deux, du désir continu.

Sainte Thérèse d'Avila et l'âge d'or de la dévotion

C'est à l'époque moderne, et particulièrement avec l'école carmélitaine, que la communion spirituelle devient un thème explicite de la vie intérieure. Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), dans son Chemin de perfection, la recommande sans détour à ses moniales :

« Lorsque vous ne communiez pas, mes filles, et que vous entendez la messe, vous pouvez communier spirituellement : c'est d'un très grand profit. Recueillez-vous ensuite en vous-mêmes comme après la communion, car c'est beaucoup, l'amour de ce Seigneur qui s'imprime ainsi dans l'âme. » — Sainte Thérèse d'Avila, Chemin de perfection, chap. 35[20]

Thérèse en fait une école d'intimité : la communion spirituelle prépare et prolonge la communion réelle, et imprime peu à peu « l'amour de ce Seigneur » dans le cœur. C'est ce passage que Jean-Paul II citera quatre siècles plus tard pour fonder son éloge de la pratique[21].

Saint François de Sales et la dévotion accessible à tous

Quelques décennies plus tard, saint François de Sales (1567-1622) intègre la communion spirituelle à la dévotion des laïcs. Dans son célèbre manuel de vie chrétienne, l'Introduction à la vie dévote (1609), il la recommande à toute âme empêchée de communier réellement :

« Mais quand vous ne pourrez pas avoir ce bien de communier réellement à la sainte messe, communiez au moins de cœur et d'esprit, vous unissant par un ardent désir à cette chair vivifiante du Sauveur. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIᵉ partie, chap. 21[22]

La pratique sort ainsi des cloîtres pour devenir le bien de tous les fidèles : un moyen simple, à la portée du marchand comme de la moniale, d'entretenir l'union au Christ au fil des jours.

Saint Alphonse de Liguori et la formule classique

Saint Alphonse de Liguori, gravure anonyme. Wikimedia Commons, domaine public.

Au XVIIIe siècle, saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église, donne à la communion spirituelle sa diffusion populaire. Dans ses Visites au Saint-Sacrement et à la très sainte Vierge Marie (1745) — l'un des livres de piété les plus lus de l'histoire catholique —, il recommande d'en faire fréquemment, et fournit la formule devenue universelle :

« Mon Jésus, je crois que vous êtes réellement présent au très saint Sacrement. Je vous aime par-dessus toutes choses et je vous désire dans mon âme. Puisque je ne puis maintenant vous recevoir sacramentellement, venez du moins spirituellement dans mon cœur. Comme si vous étiez déjà venu, je vous embrasse et je m'unis tout entier à vous ; ne permettez pas que je me sépare jamais de vous. » — Saint Alphonse de Liguori, formule d'acte de communion spirituelle[23]

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Cette prière condense parfaitement les trois actes (foi, amour, désir) et y ajoute une demande de persévérance. Alphonse, citant saint Thomas, définit la pratique comme « un désir ardent de recevoir Jésus au Saint-Sacrement et de l'embrasser amoureusement, comme si on l'avait déjà reçu »[24]. Sa diffusion fut telle que cette formule est aujourd'hui la plus récitée dans le monde catholique, traduite en toutes langues.

Le Curé d'Ars : « à chaque instant »

Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars, en a fait l'un des axes de sa prédication eucharistique. Pour lui, la communion spirituelle est le secret des âmes embrasées, qui ne se contentent pas de l'unique communion quotidienne permise :

« Si nous sommes privés de la communion sacramentelle, remplaçons-la, autant qu'il se peut, par la communion spirituelle, que nous pouvons faire à chaque instant. » — Saint Jean-Marie Vianney, Catéchisme sur la communion[25]

Il en donne une image restée célèbre : la communion « fait à l'âme comme un coup de soufflet à un feu qui commence à s'éteindre, mais où il y a encore beaucoup de braise : on souffle, et le foyer se rallume »[26]. Et il précise la logique du désir continu : « Nous ne pouvons recevoir le bon Dieu qu'une fois le jour ; une âme embrasée d'amour supplée à cela par le désir de le recevoir à chaque instant »[27]. La communion spirituelle est ainsi l'instrument d'une union permanente au Christ, par-delà la limite matérielle d'une communion par jour.

Le magistère moderne : de Pie XII à Jean-Paul II

Le magistère contemporain a recueilli cet héritage. Dès 1947, Pie XII, dans son encyclique sur la liturgie Mediator Dei, souhaite que les chrétiens « — surtout lorsqu'ils ne peuvent recevoir facilement la sainte communion — la reçoivent au moins par le désir »[28] : la communion de désir est ainsi présentée comme le complément normal de la vie eucharistique, et non comme un simple expédient.

Le pas décisif vient de Jean-Paul II. Dans son encyclique sur l'Eucharistie Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), il invite à « cultiver dans le cœur un désir constant du sacrement de l'Eucharistie », et ajoute :

« C'est ce qui a fait naître la pratique de la "communion spirituelle", heureusement établie dans l'Église depuis des siècles et recommandée par les saints maîtres de la vie spirituelle. » — Saint Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, § 34[29]

À l'appui, l'encyclique cite précisément le passage de sainte Thérèse d'Avila sur le « très grand profit » de la communion spirituelle[30]. Le magistère confirme ainsi que cette pratique n'est ni une dévotion privée marginale, ni un pis-aller, mais une voie éprouvée, traversant les siècles et garantie par les grands spirituels.

Comment faire une communion spirituelle ?

Les trois actes : croire, aimer, désirer

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Faire une communion spirituelle ne demande ni livre, ni lieu particulier, ni formule imposée. Il suffit de poser les trois actes : croire en la présence réelle du Christ ; l'aimer par-dessus toutes choses ; le désirer et l'accueillir spirituellement. On peut le faire avec ses propres mots, ou avec la formule de saint Alphonse, ou plus brièvement encore : « Mon Jésus, venez dans mon cœur. » L'essentiel n'est pas la longueur, mais la vérité du désir.

Quand et combien de fois ?

La tradition encourage à la faire souvent, et notamment :

  • pendant la messe, au moment de la communion, quand on ne communie pas sacramentellement (par exemple à une seconde messe le même jour, ou faute d'être en état de communier) ;
  • au cours de l'adoration ou d'une visite au Saint-Sacrement ;
  • au long de la journée, à tout moment de désir : à l'éveil, devant une église, dans l'épreuve, avant un acte difficile.

Le Curé d'Ars et saint Alphonse encouragent à multiplier ces actes : l'âme qui ne peut recevoir le Christ qu'une fois par jour peut le désirer « à chaque instant »[31]. La communion spirituelle devient alors une respiration de l'âme, un fil continu d'union qui relie les communions sacramentelles entre elles.

Les dispositions du cœur

Parce qu'elle agit selon la ferveur, la communion spirituelle réclame de vraies dispositions : la foi en la présence réelle, l'amour de Dieu, le repentir des péchés. Idéalement, on la fait en état de grâce ; mais celui qui se sait en faute peut d'abord faire un acte de contrition et désirer la réconciliation — le désir du sacrement de pénitence accompagnant alors le désir de l'Eucharistie. Comme pour la communion sacramentelle, c'est la charité qui mesure le fruit : plus le désir est pur et brûlant, plus l'union est profonde.

À qui s'adresse la communion spirituelle ?

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La communion spirituelle est offerte à tous, mais elle est particulièrement précieuse pour ceux que les circonstances ou leur situation tiennent éloignés de la communion sacramentelle.

Les empêchés par les circonstances. Les malades, les personnes âgées, les prisonniers, les marins, les habitants de régions sans prêtre, tous ceux que la distance, la maladie ou la persécution privent de la messe : pour eux, la communion spirituelle est le pont quotidien vers le Christ-Hostie. Aux mourants à qui l'on porte le sacrement — le viatique —, elle prépare et accompagne l'ultime communion.

Ceux qui ne peuvent recevoir sacramentellement. Pour les fidèles qui, en raison de leur situation, ne peuvent accéder à la communion sacramentelle — par exemple, dans certains cas, les personnes divorcées remariées, ou ceux qui se savent en état de péché grave sans avoir encore pu se confesser —, la communion spirituelle maintient vivant le lien avec le Christ et nourrit le désir de la pleine communion, dont elle est l'aiguillon vers la conversion. Elle ne dispense d'aucune des conditions de la réception sacramentelle : elle les fait au contraire désirer.

Tous les fidèles, comme prolongement de la vie eucharistique. Même ceux qui communient chaque jour gagnent à faire des communions spirituelles : elles entretiennent la faim du sacrement, fructifient l'action de grâce, et étendent à toute la journée la grâce reçue à l'autel. Pour ceux qui vivent dans des conditions où les sacrements sont rares, voir Comment vivre la Divine Volonté sans sacrements disponibles.

La communion spirituelle pendant la pandémie de 2020

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L'année 2020 a donné à cette pratique ancienne une actualité brûlante. Avec les confinements liés à la pandémie de Covid-19, les églises se sont fermées, les messes publiques ont été suspendues dans de nombreux pays, et des millions de catholiques se sont retrouvés, pour la première fois de leur vie, privés de la communion sacramentelle pendant des semaines. Les évêques du monde entier ont alors invité les fidèles, suivant la messe à la télévision ou en ligne, à faire un acte de communion spirituelle.

Le pape François lui-même, célébrant chaque matin à la chapelle de la Maison Sainte-Marthe devant des fidèles connectés à distance, a invité à cette communion du désir et récité un acte de communion spirituelle[32]. La formule de saint Alphonse a été reprise et diffusée partout. Cette redécouverte a rappelé une vérité que les siècles précédents connaissaient bien : la grâce de l'Eucharistie n'est jamais totalement hors d'atteinte pour qui la désire vraiment, même quand l'autel devient inaccessible.

La communion spirituelle et la vie dans la Divine Volonté

La communion spirituelle rejoint le cœur de la spiritualité de la Divine Volonté. Désirer continuellement le Christ, l'accueillir à tout instant par la foi et l'amour, c'est apprendre à demeurer sans cesse uni à lui — non plus seulement aux moments de la communion sacramentelle, mais dans le tissu même de la journée. La Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), alitée des décennies durant et ne se nourrissant pratiquement que de l'Eucharistie quotidienne, offre une figure de cette union ininterrompue : sa vie cachée fut une communion permanente, où l'âme reste fixée en Dieu comme l'hostie demeure sur l'autel[33]. La communion spirituelle, faite « à chaque instant », est précisément l'apprentissage quotidien de cette permanence : se donner sans cesse à Celui qui se donne sans cesse.

Objections et limites

« La communion spirituelle dispense-t-elle de communier réellement ? »

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Non, et c'est un point décisif. La communion spirituelle est tout entière ordonnée à la communion sacramentelle : elle en entretient le désir, elle n'en tient pas lieu. La communion sacramentelle reste supérieure, car elle nous donne le Christ en personne sous les espèces, ex opere operato, indépendamment de notre ferveur ; la communion spirituelle ne nous donne que ce que notre désir peut accueillir. Celui qui pourrait communier et s'en abstiendrait en se disant « je communie spirituellement » inverserait l'ordre des choses. La règle est claire : quand on peut communier dignement, on communie ; quand on ne le peut pas, on fait une communion spirituelle.

« N'est-ce pas une illusion sentimentale ? »

L'objection suppose que rien ne se passe vraiment, faute de signe sensible. Mais la foi catholique enseigne le contraire : l'union au Christ par la foi et la charité est réelle, même sans le sacrement, comme le proclame Trente (« le fruit et le bienfait » sont « ressentis »)[34]. La communion spirituelle n'est pas une émotion qu'on se procure : c'est un acte de vertu théologale qui obtient un effet objectif de grâce, proportionné au désir. Loin d'être un repli sentimental, elle est une école d'amour réel : sainte Thérèse note qu'elle « imprime » l'amour de Dieu dans l'âme[35].

« Est-ce une voie de paresse spirituelle ? »

Au contraire : bien comprise, la communion spirituelle aiguise la faim du sacrement plutôt qu'elle ne l'endort. Celui qui la pratique vraiment désire d'autant plus ardemment communier réellement et adorer. Le danger n'est pas dans la pratique, mais dans son détournement : la réduire à une formule machinale, ou s'en servir pour se dispenser de l'effort de la messe, de la confession et de la conversion. Faite dans la vérité du désir, elle est l'un des moyens les plus simples et les plus puissants de la vie intérieure.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint Alphonse de Liguori, Visites au Saint-Sacrement, reprenant saint Thomas d'Aquin : la communion spirituelle est « un désir ardent de recevoir Jésus au Saint-Sacrement et de l'embrasser amoureusement, comme si on l'avait déjà reçu » (« un ardente desiderio di ricevere Gesù sacramentato e un amoroso abbraccio, come se già si fosse ricevuto »).

    1 24
  2. Concile de Trente, session XIII (11 octobre 1551), Décret sur le très saint sacrement de l'Eucharistie, chap. 8 (« De l'usage de cet admirable sacrement »). Texte latin : « Quoad usum autem recte et sapienter Patres nostri tres rationes hoc sanctum Sacramentum accipiendi distinxerunt. Quosdam enim docuerunt sacramentaliter tantum id sumere, ut peccatores ; alios tantum spiritualiter, illos nimirum, qui voto propositum illum coelestem panem edentes, fide viva, quae per dilectionem operatur, fructum eius et utilitatem sentiunt ; tertios porro sacramentaliter simul et spiritualiter [sumere] ; ii autem sunt, qui ita se prius probant et instruunt, ut vestem nuptialem induti ad divinam hanc mensam accedant. » Dans H. Denzinger, Enchiridion Symbolorum (Symboles et définitions de la foi catholique), n° 1648 (anc. 881). La distinction des trois manières est le fondement dogmatique direct de la communion spirituelle.

    2 10 34
  3. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa pars, q. 80, a. 1 : on distingue le manger sacramentel (recevoir le sacrement) et le manger spirituel, « par lequel on reçoit l'effet de ce sacrement, par lequel l'homme est spirituellement uni au Christ par la foi et la charité » (spiritualis, per quem aliquis percipit effectum huius sacramenti, quo homo Christo spiritualiter coniungitur per fidem et caritatem).

    3 12
  4. Sainte Thérèse d'Avila, Chemin de perfection (Camino de perfección), chap. 35 (édition de Valladolid, 2ᵉ rédaction). Texte espagnol : « Y cuando no comulgareis, hijas, y oyereis misa, podéis comulgar espiritualmente, que es de grandísimo provecho, y hacer lo mismo de recogeros después en vos, que es mucho lo que se imprime el amor así de este Señor. » La numérotation du chapitre varie selon les rédactions et éditions : chap. 35 dans l'édition de Valladolid (référence moderne) ; Jean-Paul II la cite sous le chap. 37 (Œuvres complètes, Paris, 1948, p. 766) dans Ecclesia de Eucharistia, § 34, note 70.

    4 20 35
  5. Saint Alphonse-Marie de Liguori, Visites au Saint-Sacrement et à la très sainte Vierge Marie (Visite al SS. Sacramento e a Maria santissima, 1745), « Atto per la Comunione spirituale ». Texte italien original (§ 303) : « Gesù mio, credo che voi state nel SS. Sacramento. V'amo sopra ogni cosa e vi desidero nell'anima mia. Giacché ora non posso ricevervi sacramentalmente, venite almeno spiritualmente al cuore mio. Come già venuto io v'abbraccio, e tutto mi unisco a voi. Non permettete ch'io m'abbia mai a separare da voi. » La version moderne la plus répandue précise « credo che sei realmente presente » (« je crois que vous êtes réellement présent ») — fidèle au sens, l'adverbe realmente ne figurant pas dans l'original de 1745. C'est cette forme reçue qui est citée dans le corps de l'article.

    5 23
  6. Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars, Catéchisme sur la communion : « Si nous sommes privés de la communion sacramentelle, remplaçons-la, autant qu'il se peut, par la communion spirituelle que nous pouvons faire à chaque instant. » Recueilli dans l'Esprit du curé d'Ars (sermons et catéchismes de saint Jean-Marie Vianney, abbé Alfred Monnin).

    6 25
  7. Saint Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), § 34 : « Il est bon de cultiver dans le cœur le désir constant du sacrement de l'Eucharistie. C'est ce qui a fait naître la pratique de la "communion spirituelle", heureusement établie dans l'Église depuis des siècles et recommandée par les saints maîtres de la vie spirituelle. »

    7 29
  8. Évangile selon saint Jean, 6, 56 (discours sur le pain de vie, à la synagogue de Capharnaüm) : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. »

    8
  9. Sur la distinction ex opere operato / ex opere operantis, voir le Catéchisme de l'Église catholique, § 1128 : les sacrements agissent « par le fait même que l'action est accomplie » (ex opere operato), tandis que les dévotions et sacramentaux dépendent des dispositions de celui qui les reçoit. La communion spirituelle, n'étant pas un sacrement, agit selon la ferveur (ex opere operantis).

    9
  10. Première lettre aux Corinthiens, 11, 27-29 : « Celui qui mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement […] mange et boit sa propre condamnation. » Saint Paul fonde la nécessité d'être en état de grâce pour communier dignement — d'où la « réception sacramentelle seulement » des pécheurs selon Trente.

    11
  11. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIa, q. 80, a. 1, ad 3 et a. 2 : le manger spirituel peut exister par le seul désir (votum) de recevoir le sacrement, avant ou en dehors de la réception sacramentelle ; ainsi les justes de l'Ancienne Loi ont pu communier au Christ par le désir avant l'institution de l'Eucharistie. Cf. aussi q. 73, a. 3 (l'Eucharistie comme res tantum : l'unité du Corps mystique, accessible par le désir).

    13
  12. Évangile selon saint Jean, 6, 53 : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme et ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous. » Affirmation de la nécessité de l'Eucharistie, que la tradition lit en lien avec le votum (désir) pour ceux qui en sont empêchés.

    14
  13. Évangile selon saint Jean, 6, 47 : « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit a la vie éternelle. » La tension entre Jn 6, 47 (la foi) et Jn 6, 53 (manger la chair) fonde l'articulation patristique entre le sacrement et le désir croyant.

    15
  14. Évangile selon saint Luc, 24, 30-31 : les disciples d'Emmaüs reconnaissent le Christ ressuscité « à la fraction du pain ». Figure traditionnelle de la reconnaissance du Christ dans l'Eucharistie.

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  15. Évangile selon saint Jean, 14, 23 : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure. » Texte classique de l'inhabitation, appliqué à l'accueil du Christ par le désir.

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  16. Saint Augustin, In Iohannis Evangelium tractatus (Traités sur l'évangile de saint Jean), traité XXV, 12 (commentaire de Jn 6, vers 414-417) : « Ut quid paras dentes et ventrem ? Crede, et manducasti » (« Pourquoi prépares-tu tes dents et ton ventre ? Crois, et tu as mangé »). Texte dans Corpus Christianorum, Series Latina (CCL) 36 ; Patrologia Latina (PL) 35.

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  17. Imitation de Jésus-Christ, livre IV (« Du sacrement de l'autel »), chap. 10 (« Qu'on ne doit pas facilement s'éloigner de la sainte communion ») : celui qui est empêché de communier sacramentellement « peut aussi communier en esprit tous les jours, à toute heure, avec beaucoup de fruit ». Traduction de F. de Lamennais. Voir aussi le chap. 14 du même livre sur l'ardent désir de communier.

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  18. Saint Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, § 34, note 70, citant sainte Thérèse de Jésus, Chemin de perfection, chap. 35, sur le « très grand profit » de la communion spirituelle.

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  19. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (1609), IIᵉ partie, chap. 21 (« Comme il faut communier ») : « Mais quand vous ne pourrez pas avoir ce bien de communier réellement à la sainte messe, communiez au moins de cœur et d'esprit, vous unissant par un ardent désir à cette chair vivifiante du Sauveur. »

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  20. Saint Jean-Marie Vianney, Catéchisme sur la communion : « La communion fait à l'âme comme un coup de soufflet à un feu qui commence à s'éteindre, mais où il y a encore beaucoup de braise : on souffle, et le foyer se rallume. »

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  21. Saint Jean-Marie Vianney, Catéchisme sur la communion : « Nous ne pouvons recevoir le bon Dieu qu'une fois le jour ; une âme embrasée d'amour supplée à cela par le désir de le recevoir à chaque instant. » Le saint dit aussi : « Après la réception des sacrements, lorsque nous sentons l'amour de Dieu se ralentir, vite la communion spirituelle ! » (la forme « se refroidir », souvent citée, est une paraphrase). La limite d'une communion par jour correspond à la discipline toujours en vigueur : une seconde communion le même jour n'est possible qu'au cours d'une messe à laquelle on participe (Code de droit canonique, 1983, can. 917).

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  22. Pie XII, encyclique Mediator Dei (20 novembre 1947), § 117 : l'Église souhaite que les chrétiens, « surtout lorsqu'ils ne peuvent recevoir facilement la sainte communion, la reçoivent au moins par le désir » (texte latin : « saltem voto et desiderio »).

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  23. Pape François, messe à la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, durant le confinement lié à la pandémie de Covid-19 (printemps 2020) : invitation à faire un acte de communion spirituelle pour les fidèles ne pouvant communier sacramentellement. La pratique fut alors recommandée par de nombreuses conférences épiscopales ; la formule de saint Alphonse de Liguori fut largement diffusée.

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  24. Luisa Piccarreta (1865-1947), Servante de Dieu, « la petite fille de la Divine Volonté », alitée durant des décennies et ne se nourrissant pratiquement que de l'Eucharistie quotidienne. Données biographiques : Maria Rosaria Del Genio, The Sun of My Will — Luisa Piccarreta, Libreria Editrice Vaticana ; Centro Studi Piccarreta (Corato).

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