La charité politique — appelée aussi « charité sociale » — désigne la plus haute forme de la charité lorsqu'elle ne se contente plus de secourir une personne, mais s'efforce de transformer les structures, les lois et les institutions de la cité pour que la dignité de chacun y soit honorée. Elle n'est pas une vertu nouvelle à côté de la charité théologale : c'est la charité elle-même, « reine des vertus », déployée jusque dans l'ordre social. Le mot a été forgé par Pie XI qui, recevant des étudiants catholiques en 1927, n'a pas hésité à présenter l'engagement pour la cité comme « le champ de la plus vaste charité, la charité politique »[1].
Tout le paradoxe de l'expression tient dans cette tension : la politique semble être le domaine du pouvoir, des intérêts et des rapports de force ; la charité, celui de la gratuité et du don. Le magistère catholique affirme pourtant qu'elles peuvent — et doivent — se rejoindre. « Aimer quelqu'un, c'est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela », rappelle Benoît XVI ; or il existe un bien que l'on ne peut vouloir au prochain qu'en agissant sur les structures communes : « C'est là la voie institutionnelle — politique peut-on dire aussi — de la charité, qui n'est pas moins qualifiée et déterminante que la charité qui est directement en rapport avec le prochain »[2].
Cet article traite la charité politique en tant que sommet et âme de la doctrine sociale : ce qu'elle est, d'où vient son nom, ses fondements bibliques et théologiques, son articulation délicate avec la justice, ses grandes reprises magistérielles (Pie XI, Benoît XVI, François) et son exercice concret aujourd'hui. Les principes et matières connexes — le bien commun, la solidarité, la subsidiarité, la dignité de la personne, l'autorité politique, la démocratie ou la destination universelle des biens — sont renvoyés à leurs articles propres : ici, c'est la charité qui couronne et anime l'ensemble.
Qu'est-ce que la charité politique ?
La charité politique n'ajoute rien au contenu de la charité chrétienne : elle en élargit le champ d'application. Le commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 39) ne s'arrête pas à la porte de la maison : il concerne aussi la manière dont une société organise le travail, la santé, l'école, la justice et le partage des biens. Aimer son prochain « qui a faim », ce n'est pas seulement lui donner du pain aujourd'hui ; c'est aussi vouloir des structures où il puisse gagner ce pain demain.
Une charité à deux portées : « micro » et « macro »
La tradition catholique distingue donc deux portées de la même charité. Il y a d'abord la charité directe, de personne à personne : nourrir l'affamé, visiter le malade, consoler l'affligé. Et il y a une charité indirecte, qui agit sur les « macro-relations » — les rapports sociaux, économiques et politiques. Le pape François pose d'abord que cette charité doit rester unie à la vérité :
« La charité a besoin de la lumière de la vérité que nous cherchons constamment, et "cette lumière est, en même temps, celle de la raison et de la foi". » — Pape François, Fratelli Tutti, n° 185[3]
Puis il précise, en s'appuyant sur saint Thomas d'Aquin :
« Il y a un amour dit "élicité" qui consiste dans les actes procédant directement de la vertu de charité envers les personnes et les peuples. Il y a également un amour "impéré" : ces actes de charité qui poussent à créer des institutions plus saines, des réglementations plus justes, des structures plus solidaires. » — Pape François, Fratelli Tutti, n° 186[4]
Cette distinction est décisive : elle interdit deux erreurs symétriques. La première serait de réduire la charité aux gestes privés, comme si aimer son prochain n'avait rien à voir avec la justice des lois. La seconde serait de dissoudre la charité dans la politique, comme si militer remplaçait aimer. La charité politique tient les deux bouts : l'amour « s'exprime non seulement dans des relations d'intimité et de proximité, mais aussi dans "des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques" »[5].
Charité sociale, amour politique, amitié sociale : un même réel
Le magistère désigne cette réalité sous plusieurs noms, qu'il faut savoir reconnaître comme synonymes ou quasi-synonymes :
| Expression | Source principale | Accent propre |
|---|---|---|
| Charité sociale | Pie XI, Ubi Arcano (1922), Quadragesimo Anno (1931) | La charité comme « âme » de l'ordre social, qui informe la justice[6] |
| Charité politique | Pie XI, audience à la FUCI (1927) ; François, Fratelli Tutti (2020) | L'engagement pour la cité comme acte d'amour[7] |
| Voie institutionnelle / politique de la charité | Benoît XVI, Caritas in Veritate 7 (2009) | La charité qui passe par les institutions, non contre elles[8] |
| Amour politique | François, Fratelli Tutti 180-182 (2020) | L'amour comme dynamisme de la « meilleure politique »[9] |
| Civilisation de l'amour | Paul VI (1975), Jean-Paul II | La cité tout entière transfigurée par la charité[10] |
Le Catéchisme atteste lui aussi l'expression « charité sociale », qu'il identifie d'abord à un autre nom de la solidarité : « Le principe de solidarité, énoncé encore sous le nom d'"amitié" ou de "charité sociale", est une exigence directe de la fraternité humaine et chrétienne »[11]. Et le Compendium de la doctrine sociale tranche lui-même en faveur de l'équivalence des deux formules : « Cet amour peut être appelé "charité sociale" ou "charité politique" » (n° 581)[12]. La charité politique est donc à la fois le nom propre d'un sommet (la charité informant la cité) et un fil rouge qui traverse toute la doctrine sociale.
Ce qu'elle n'est pas : philanthropie, militantisme, sentiment
Parce qu'elle touche au pouvoir et aux structures, la charité politique est exposée à des contrefaçons. Elle n'est pas la philanthropie, qui peut faire beaucoup de bien sans référence à Dieu ni à la dignité surnaturelle du prochain. Elle n'est pas le militantisme, où l'action sociale devient une fin en soi, parfois aux dépens des personnes qu'elle prétend servir. Elle n'est pas non plus un sentiment généreux mais vague : comme la solidarité, elle est « la détermination ferme et persévérante » de vouloir le bien de tous[13]. On peut s'engager intensément pour des causes justes sans grandir d'un pouce dans la charité, si l'on agit par vanité, par colère ou par esprit de domination ; sur cette dérive intérieure, voir Comment grandir dans la charité.
« Quand bien même je distribuerais toute ma fortune aux affamés, quand bien même je livrerais mon corps aux flammes, s'il me manque l'amour, cela ne me sert à rien. » — Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens 13, 3[14]
Le critère discriminant est donc intérieur : la charité politique reste charité — orientée vers Dieu et vers le bien réel des personnes — ou elle se dégrade en idéologie. C'est pourquoi le magistère insiste : « la charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l'Église », et non un simple supplément d'âme ajouté après coup[15].
L'origine de l'expression : Pie XI
Si l'idée que la charité doit s'étendre à la cité est aussi ancienne que l'Évangile, l'expression « charité politique » a une date de naissance précise : le 18 décembre 1927, dans une audience accordée par Pie XI aux dirigeants de la Fédération universitaire catholique italienne (FUCI), dont l'un des assistants ecclésiastiques avait été le futur Paul VI, Giovanni Battista Montini.
Le discours à la FUCI (18 décembre 1927)
Devant ces étudiants tentés, comme beaucoup de catholiques de l'époque, de se tenir à l'écart d'une politique jugée sale, Pie XI renverse la perspective. La politique, dit-il, « regarde les intérêts de la société tout entière » ; à ce titre, loin d'être indigne du chrétien, elle peut devenir le lieu d'une charité d'une ampleur inégalée :
« Tel est le champ de la politique, qui regarde les intérêts de la société tout entière, et qui, sous ce rapport, est le champ de la plus vaste charité, la charité politique, à laquelle on pourrait dire que rien n'est supérieur, sinon la religion. » — Pie XI, audience aux dirigeants de la FUCI, 18 décembre 1927[16]
La formule est restée. Elle place la charité politique juste au-dessous de la religion elle-même dans la hiérarchie des engagements : servir la cité par amour, c'est servir, à travers elle, tous ceux qu'elle abrite. Près d'un siècle plus tard, le pape François citera presque mot pour mot ce passage pour ouvrir sa propre réflexion sur la « meilleure politique »[17].
De la « charité sociale » à la « justice sociale » : Pie XI législateur du vocabulaire social
Pie XI ne s'est pas contenté d'une formule heureuse. Dès sa première encyclique, Ubi Arcano Dei Consilio (1922), il avait diagnostiqué le mal du siècle comme une rupture de la « paix du Christ » et appelé à une « charité sociale » capable de réconcilier des classes opposées[18]. Neuf ans plus tard, dans Quadragesimo Anno (1931), publiée pour le quarantième anniversaire de Rerum Novarum, il forge le couple conceptuel qui structurera toute la doctrine sociale du XXᵉ siècle : la justice sociale et la charité sociale.
« À cette fin, il faut que les institutions elles-mêmes des peuples et toute la vie sociale soient pénétrées de cette justice [sociale], et surtout qu'elle soit vraiment efficace, c'est-à-dire qu'elle constitue un ordre juridique et social qui informe pour ainsi dire toute l'économie. La charité sociale doit être comme l'âme de cet ordre. » — Pie XI, Quadragesimo Anno, n° 88[19]
Le rapport est ici fixé une fois pour toutes : la justice sociale établit les structures (lois, institutions, droits) ; la charité sociale en est « l'âme », c'est-à-dire le principe vivant qui les anime de l'intérieur et les empêche de devenir des mécanismes froids. La charité politique sera, dans cette ligne, la charité sociale exercée précisément dans le champ de la décision politique.
Les fondements : pourquoi la charité doit-elle devenir « politique » ?
Cette extension de la charité à la cité n'est pas une trouvaille moderne : elle s'enracine dans l'Écriture, chez les Pères et dans la grande théologie médiévale. Trois racines la portent.
La charité, « reine des vertus » et forme de toutes les autres
Pour saint Paul, la charité est la plus grande des vertus théologales et la mesure de toute action : sans elle, le don, la connaissance et même le martyre « ne servent à rien » (1 Co 13, 1-3). Saint Thomas d'Aquin reprendra cette intuition en faisant de la charité la « forme » de toutes les vertus : elle ne s'ajoute pas aux autres comme une vertu de plus, elle les ordonne toutes à leur fin dernière, qui est Dieu[20]. Une justice, une prudence, un courage politiques qui ne seraient pas « informés » par la charité resteraient des vertus tronquées.
« La charité est appelée la fin des autres vertus, parce qu'elle ordonne toutes les autres vertus à sa propre fin. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 23, a. 8[21]
De là découle une conséquence sociale immédiate : si la charité doit informer toutes les vertus, elle doit informer aussi celles qui s'exercent dans la cité — la justice du législateur, la prudence du gouvernant, le courage du citoyen. Une vie politique « neutre » à l'égard de la charité serait, pour la tradition catholique, une vie politique appauvrie.
Les « deux amours » bâtissent deux cités (saint Augustin)
La pensée chrétienne sur la dimension politique de l'amour trouve sa source la plus profonde chez saint Augustin. Dans La Cité de Dieu, il montre que ce qui distingue radicalement les sociétés humaines, ce n'est pas leur constitution ni leur puissance, mais l'objet de leur amour. Deux amours ont bâti deux cités :
« Deux amours ont donc bâti deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité céleste. » — Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XIV, ch. 28[22]
Pour Augustin, on connaît la qualité d'un peuple en examinant ce qu'il aime. Un peuple qui aime la vérité, la justice et Dieu est un bon peuple ; un peuple qui aime la gloire, l'argent et la domination porte en lui sa ruine. La charité politique est précisément l'effort pour que la cité aime ce qu'il faut aimer : non l'ordre social comme structure de Mammon, mais comme service du prochain. Cette intuition fonde toute la suite de la tradition (voir aussi Le bien commun).
Aimer le prochain, c'est aussi vouloir des structures justes
Le troisième fondement est anthropologique et évangélique. L'homme n'est pas un individu isolé : il est un être social, qui ne peut vivre, grandir et se sauver que dans des communautés. Aimer réellement le prochain, c'est donc vouloir le bien de la communauté où il vit, et non seulement lui faire l'aumône. Saint Paul exhorte les Corinthiens à ce que « tout, chez vous, se passe dans la charité » (1 Co 16, 14)[23] : tout, y compris l'organisation de la collecte pour les pauvres de Jérusalem (2 Co 8-9), qui est déjà une forme embryonnaire de charité « structurée » entre Églises[24].
L'Évangile lui-même lie indissociablement l'amour de Dieu et l'amour du prochain (Mt 22, 37-40)[25] et fait du service des plus petits le critère du jugement dernier : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40)[26]. Or, à l'échelle d'une société, « ces plus petits » ne sont pas atteints seulement par des gestes individuels : ils dépendent de salaires, de lois, de systèmes de soin et d'éducation. La charité, pour les atteindre vraiment, doit donc se faire politique.
Charité et justice : ni confusion ni séparation
C'est sans doute le point le plus délicat de toute la question. Si l'on confond charité et justice, on dissout l'une dans l'autre ; si on les sépare, on obtient soit une justice froide et sans âme, soit une charité naïve qui dispense de réformer les structures injustes. Benoît XVI a consacré à ce nœud les pages les plus denses de Deus Caritas Est (2005).
La justice, devoir propre du politique
Benoît XVI commence par reconnaître pleinement l'autonomie du politique : créer un ordre juste de la société et de l'État est le devoir propre de la politique, qui relève de la raison et de la responsabilité des citoyens, et non d'abord de l'Église comme telle. La charité ne dispense jamais de la justice : il serait illusoire de croire qu'on peut secourir les pauvres par l'aumône tout en laissant en place des structures qui les appauvrissent. L'Église, écrit-il, « ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour réaliser la société la plus juste possible » : cette tâche revient aux fidèles laïcs.
« L'ordre juste de la société et de l'État est le devoir essentiel du politique. […] La justice est le but et donc aussi la mesure intrinsèque de toute politique. » — Benoît XVI, Deus Caritas Est, n° 28[27]
« Un État sans justice, une grande bande de brigands »
Pour souligner que la justice n'est pas une option mais la mesure interne de tout pouvoir, Benoît XVI reprend une formule fulgurante de saint Augustin, qui résume des siècles de réflexion chrétienne sur la légitimité du pouvoir :
« Enlève le droit — et alors qu'est-ce qui distingue l'État d'une grande bande de brigands ? » — Saint Augustin, La Cité de Dieu, IV, 4, cité par Benoît XVI, Deus Caritas Est, n° 28[28]
Un pouvoir qui renonce à la justice cesse d'être un service du bien commun pour devenir une simple organisation de la force : c'est exactement ce que la charité politique refuse. Aimer la cité, c'est d'abord vouloir qu'elle soit juste.
La charité « suppose et dépasse » la justice
Mais la justice ne suffit pas. Benoît XVI le dit sans détour : « L'amour — la caritas — sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste », car « il n'existe aucun ordre étatique juste qui puisse rendre superflu le service de l'amour »[29]. Il y a toujours, dans toute société, des besoins que la justice ne couvre pas : la solitude, la souffrance, le besoin d'attention concrète et de proximité. Surtout, la charité dépasse la justice par sa logique de gratuité : la justice rend à chacun son dû ; la charité donne au-delà du dû.
Le rapport, déjà fixé par Pie XI (la charité « âme » de la justice), est ainsi confirmé : la charité présuppose et transcende la justice — on ne peut donner par charité ce que l'on doit par justice —, et la justice elle-même « doit trouver son complément dans la charité »[30].
Le rôle propre des laïcs
Benoît XVI tire de cette distinction une conséquence pratique majeure : l'engagement direct pour un ordre social juste relève d'abord des fidèles laïcs. Ce sont eux qui, comme citoyens, doivent porter dans la vie publique l'exigence de justice et la lumière de la charité, sans attendre que la hiérarchie le fasse à leur place.
« L'engagement pour la justice […] est le devoir propre des fidèles laïcs. Comme citoyens de l'État, ils sont appelés à participer personnellement à la vie publique. » — Benoît XVI, Deus Caritas Est, n° 29[31]
La charité politique est donc, pour l'immense majorité des chrétiens, un devoir d'état ordinaire : voter, s'informer, servir, parfois s'engager directement (voir L'autorité politique selon l'Église et La démocratie selon l'Église).
Caritas in Veritate : la « voie institutionnelle » de la charité
Quatre ans après Deus Caritas Est, Benoît XVI consacre une encyclique sociale entière, Caritas in Veritate (2009), à montrer que la charité est non un supplément sentimental mais le cœur même de la doctrine sociale.
« La charité dans la vérité »
Le titre lui-même est un programme. La charité, pour être politique sans devenir idéologie, doit rester unie à la vérité sur l'homme : sans vérité, l'amour social glisse vers le sentimentalisme ou la manipulation ; sans amour, la vérité devient froide et stérile. C'est pourquoi Benoît XVI peut affirmer que la charité est « la voie maîtresse de la doctrine sociale de l'Église »[32], la force qui pousse au véritable développement de chaque homme et de toute l'humanité.
« La voie institutionnelle — politique — de la charité »
L'apport propre de Caritas in Veritate à notre sujet est la justification théologique de la charité structurelle. Benoît XVI part d'une définition simple de l'amour — « aimer quelqu'un, c'est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela » — et en tire que vouloir le bien commun, « et s'en occuper, est une exigence de justice et de charité ». Travailler pour le bien commun, c'est aimer l'ensemble des personnes qu'une institution touche :
« À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société : le bien commun. […] Vouloir le bien commun et s'employer pour lui est une exigence de justice et de charité. […] C'est là la voie institutionnelle — politique peut-on dire aussi — de la charité, qui n'est pas moins qualifiée et déterminante que la charité qui est directement en rapport avec le prochain. » — Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 7[33]
Cette phrase est le cœur doctrinal de la charité politique : aimer par les institutions n'est pas une charité au rabais, c'est une charité aussi haute, parfois plus efficace, que le geste direct. Le fonctionnaire honnête, le législateur juste, l'élu intègre exercent, dans leur fonction même, une véritable charité — « la plus vaste », disait Pie XI.
Fratelli Tutti : la charité politique comme « meilleure politique »
C'est le pape François qui, dans Fratelli Tutti (2020), a donné à l'expression « charité politique » sa plus large diffusion contemporaine, en lui consacrant un chapitre entier, le cinquième, intitulé « La meilleure politique ».
La charité dans les « macro-relations »
François reprend explicitement Pie XI et élargit la charité aux processus sociaux :
« Un individu peut aider une personne dans le besoin, mais lorsqu'il s'associe à d'autres pour créer des processus sociaux de fraternité et de justice pour tous, il entre dans "le champ de la plus grande charité, la charité politique". » — Pape François, Fratelli Tutti, n° 180[34]
La « meilleure politique » — « mise au service du vrai bien commun »[35] — n'est donc pas la politique des intérêts, du marketing électoral ou du mépris des pauvres, mais une politique qui a le courage d'aimer. François ouvre son chapitre en rappelant que reconnaître chaque être humain comme un frère et chercher une amitié sociale qui intègre tout le monde « ne sont pas de simples utopies » : « cela exige la décision et la capacité de trouver les voies efficaces qui les rendent réellement possibles », et « tout engagement dans ce sens devient un exercice suprême de la charité »[36].
Amour « élicité » et amour « impéré » : la distinction thomiste
Le cœur théologique du chapitre est la distinction, empruntée à saint Thomas d'Aquin, entre l'amour élicité et l'amour impéré (déjà citée plus haut, FT 186). Cette distinction technique a une portée pastorale immense : elle réhabilite l'engagement politique comme acte de charité à part entière. Celui qui réforme une loi injuste, qui crée une institution de soin, qui défend les droits des travailleurs, aime aussi réellement son prochain que celui qui le visite à l'hôpital — parfois davantage, parce qu'il touche un plus grand nombre.
« L'amour s'exprime non seulement dans des relations d'intimité et de proximité, mais aussi dans "des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques". » — Pape François, Fratelli Tutti, n° 181[37]
Le même numéro 186 illustre cette charité « impérée » par deux images restées célèbres :
« Si quelqu'un aide une personne âgée à traverser une rivière, et c'est de la charité exquise, le dirigeant politique lui construit un pont, et c'est aussi de la charité. Si quelqu'un aide les autres en leur donnant de la nourriture, l'homme politique crée pour lui un poste de travail et il exerce un genre très élevé de charité qui ennoblit son action politique. » — Pape François, Fratelli Tutti, n° 186[38]
Le bon politique : tendresse, service et courage
François dresse enfin le portrait du bon homme politique, qui n'est pas le technocrate efficace ni le démagogue habile, mais celui qui exerce une charité sociale faite de tendresse et de service. Il pose les questions du jugement : non « combien de personnes m'ont approuvé ? Combien ont voté pour moi ? », mais « quel amour ai-je mis dans le travail ? […] Quels liens réels ai-je construits, […] quelle paix sociale ai-je semée ? »[39]. La tendresse — « l'amour qui se fait proche et se concrétise » — a sa place, dit-il de façon surprenante pour un vocabulaire politique, jusque dans l'exercice du pouvoir[40].
La charité politique dans le magistère : une chaîne ininterrompue
L'expression est récente, mais la chose est ancienne : de Léon XIII à François, chaque grand texte social a confirmé que la charité doit informer la cité. Le tableau suivant retrace cette continuité doctrinale.
| Pape / texte | Date | Apport sur la charité sociale et politique |
|---|---|---|
| Léon XIII, Rerum Novarum | 1891 | La charité, « reine et maîtresse de toutes les vertus », doit présider aux rapports entre classes ; fondement de toute la doctrine sociale moderne[41] |
| Pie XI, Ubi Arcano | 1922 | Forge l'expression « charité sociale » pour réconcilier une société divisée[42] |
| Pie XI, audience à la FUCI | 1927 | Forge l'expression « charité politique » : la politique, « champ de la plus vaste charité »[43] |
| Pie XI, Quadragesimo Anno | 1931 | La charité sociale, « âme » de l'ordre que la justice établit[44] |
| Paul VI, Populorum Progressio / clôture de l'Année sainte | 1967 / 1975 | « Le développement est le nouveau nom de la paix » ; lance la « civilisation de l'amour »[45] |
| Catéchisme de l'Église catholique | 1992 | Atteste « charité sociale » comme autre nom de la solidarité (§ 1939)[46] |
| Benoît XVI, Deus Caritas Est | 2005 | Distingue justice (devoir du politique) et charité (jamais superflue) ; rôle propre des laïcs[47] |
| Benoît XVI, Caritas in Veritate | 2009 | « La voie institutionnelle — politique — de la charité » ; charité « voie maîtresse » de la DSE[48] |
| Pape François, Fratelli Tutti | 2020 | Chapitre entier sur la « charité politique » ; amour élicité / impéré ; « la meilleure politique »[49] |
Cette continuité est remarquable : malgré des contextes très différents — la question ouvrière du XIXᵉ siècle, les totalitarismes du XXᵉ, la mondialisation du XXIᵉ —, le magistère n'a cessé de répéter la même vérité de fond. La justice établit l'ordre ; la charité en est l'âme ; et l'engagement pour la cité, quand il est animé par l'amour, est l'une des plus hautes formes de la charité.
Exercer la charité politique aujourd'hui
La charité politique n'est pas réservée aux gouvernants. Elle est un devoir ordinaire du chrétien dans la cité, et elle se décline à toutes les échelles.
À l'échelle de la cité : voter, servir, s'engager
Pour l'immense majorité, la charité politique commence par les gestes simples de la vie civique exercés « dans un esprit de vérité, de justice, de solidarité et de liberté » : s'informer honnêtement, voter en conscience, payer ses impôts, respecter les lois justes, participer à la vie associative et communale. Le Catéchisme rappelle que la participation à la vie publique est un devoir moral pour tous[50]. Pour certains, la charité politique appellera un engagement direct — mandat électoral, syndicalisme, action associative — vécu comme un service et non comme une conquête (voir Les syndicats et la doctrine sociale).
Charité politique, solidarité et subsidiarité
La charité politique ne flotte pas dans le vide : elle s'incarne à travers les autres principes de la doctrine sociale, qu'elle couronne. Elle anime la solidarité — « la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun » —, qui sans la charité retomberait dans le simple calcul ; elle anime la subsidiarité, qui demande d'aimer assez les personnes et les corps intermédiaires pour les laisser agir par eux-mêmes plutôt que de les écraser ; elle oriente la recherche du bien commun et le respect de la dignité de chaque personne. C'est en ce sens que Benoît XVI rappelait que subsidiarité et solidarité doivent rester « étroitement liées » : la charité est le lien qui les tient ensemble[51].
Le sommet : la « civilisation de l'amour »
L'horizon ultime de la charité politique porte un nom, lancé par Paul VI à la clôture de l'Année sainte 1975 et repris sans cesse par Jean-Paul II : la civilisation de l'amour. Il ne s'agit pas d'un slogan, mais de l'idéal d'une société où les structures elles-mêmes — lois, institutions, économie — seraient devenues l'expression visible de l'amour du prochain. Cet idéal ne sera jamais pleinement atteint ici-bas, car il suppose une conversion des cœurs que nulle structure ne peut produire ; mais il fixe la direction. Comme le rappelle le Compendium, « l'amour est la seule force […] qui peut conduire à la perfection personnelle et sociale et orienter l'histoire vers le bien »[52].
La charité politique et la spiritualité de la Divine Volonté
Par Divine Volonté, on entend ici le don par lequel Dieu veut non seulement que l'homme fasse sa volonté en lui obéissant, mais qu'il vive dans sa Volonté elle-même — une seule volonté pour deux, comme avant la chute.
Cette charité qui veut le bien « de tous et de chacun » trouve un écho saisissant dans la spiritualité de la Divine Volonté transmise à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947)[53]. L'âme qui vit dans la Volonté divine, écrit Luisa, agit « au nom de tous », embrassant dans un seul acte d'amour toute la création et tous les peuples, pour restituer à Dieu la gloire que lui doit l'humanité entière[54]. Dans cette lecture, propre à une spiritualité reçue comme révélation privée, porter ainsi l'humanité entière devant Dieu est une expression éminente de la charité : non plus seulement réformer telle loi ou telle institution, mais porter devant Dieu, dans la prière et l'offrande, l'humanité tout entière comme un seul corps à aimer et à sauver.
Cette perspective ne dispense évidemment pas de l'engagement concret — Luisa elle-même vécut une vie de réparation cachée, mais profondément ordonnée au bien de tous. Elle en révèle au contraire la racine : la charité politique la plus efficace naît de cœurs unis à la Volonté de Dieu, parce que, comme le dit l'Évangile, « sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5)[55]. Réformer les structures sans convertir les cœurs ne produit que des cités neuves habitées par les mêmes égoïsmes ; convertir les cœurs sans réformer les structures laisse les pauvres écrasés. La charité politique authentique tient les deux : elle aime Dieu jusque dans la cité, et elle aime la cité à cause de Dieu.
Pour aller plus loin
- Le bien commun — la fin que la charité politique poursuit dans la cité.
- La solidarité — la détermination de travailler pour le bien de tous, que la charité couronne et dépasse.
- La subsidiarité — aimer assez les personnes et les corps intermédiaires pour les laisser agir.
- La dignité de la personne humaine — le fondement : on aime des personnes, jamais une masse.
- L'autorité politique selon l'Église — le pouvoir compris comme service et comme forme de charité.
- La démocratie selon l'Église — l'engagement civique comme acte d'amour du prochain.
- Le libéralisme économique — l'économie à habiter du dedans par la logique du don.
- Les syndicats et la doctrine sociale — la charité sociale appliquée au monde du travail.
- Comment grandir dans la charité — la racine intérieure : sans conversion du cœur, l'action sociale n'est pas encore charité.
Notes et références
Pie XI, audience accordée aux dirigeants de la Fédération universitaire catholique italienne (FUCI), 18 décembre 1927. Texte italien : « E tale è il campo della politica, che riguarda gli interessi di tutta la società, e che sotto questo riguardo è il campo della più vasta carità, della carità politica, a cui si potrebbe dire null'altro, all'infuori della religione, essere superiore. » Publié dans L'Osservatore Romano, 23 décembre 1927, n° 296, p. 1-4 ; repris dans D. Bertetto (éd.), Discorsi di Pio XI, vol. I (1922-1928), Società Editrice Internazionale, p. 745. Cité par le pape François, Fratelli Tutti, n° 180.
1 7 16 43Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 7 (texte officiel français, vatican.va) : « À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société : le bien commun. […] C'est là la voie institutionnelle — politique peut-on dire aussi — de la charité, qui n'est pas moins qualifiée et déterminante que la charité qui est directement en rapport avec le prochain, hors des médiations institutionnelles de la cité. »
2 8 33 48Pape François, Fratelli Tutti, 3 octobre 2020, n° 185 (texte officiel français, vatican.va) : « La charité a besoin de la lumière de la vérité que nous cherchons constamment et "cette lumière est, en même temps, celle de la raison et de la foi", sans relativisme. »
3Pape François, Fratelli Tutti, 3 octobre 2020, n° 186 (texte officiel français, vatican.va), citant saint Thomas d'Aquin : « Il y a un amour dit "élicité" qui consiste dans les actes procédant directement de la vertu de charité envers les personnes et les peuples. Il y a également un amour "impéré" : ces actes de charité qui poussent à créer des institutions plus saines, des réglementations plus justes, des structures plus solidaires. » Le même numéro illustre la distinction par l'image du pont construit au lieu du passage à gué aidé, et du poste de travail créé au lieu de la nourriture donnée.
4 38Pape François, Fratelli Tutti, n° 181 (texte officiel français, vatican.va) : « Voilà pourquoi l'amour s'exprime non seulement dans des relations d'intimité et de proximité, mais aussi dans "des macro-relations : rapports sociaux, économiques, politiques". »
5 37Pie XI, Quadragesimo Anno, 15 mai 1931, n° 88 : la justice sociale doit informer tout l'ordre juridique et social, et « la charité sociale doit être comme l'âme de cet ordre ». Forge le couple justice sociale / charité sociale repris par toute la doctrine sociale ultérieure.
6 19 44Pape François, Fratelli Tutti, n° 180 (texte officiel français, vatican.va) : « Un individu peut aider une personne dans le besoin, mais lorsqu'il s'associe à d'autres pour créer des processus sociaux de fraternité et de justice pour tous, il entre dans "le champ de la plus grande charité, la charité politique". » La formule entre guillemets reprend Pie XI (FUCI, 1927), qui disait « la plus vaste charité » ; le même numéro ajoute : « Il s'agit de progresser vers un ordre social et politique dont l'âme sera la charité sociale. »
9 17 34 49« Civilisation de l'amour » : expression lancée par Paul VI lors de la clôture de l'Année sainte, 25 décembre 1975, puis reprise très fréquemment par saint Jean-Paul II (notamment Dives in Misericordia, 1980, et la lettre Gratissimam Sane / aux familles, 1994). Désigne l'idéal d'une société transformée par la charité.
10Catéchisme de l'Église catholique, § 1939 : « Le principe de solidarité, énoncé encore sous le nom d'"amitié" ou de "charité sociale", est une exigence directe de la fraternité humaine et chrétienne. » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.
11 46Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Libreria Editrice Vaticana, 2004 (texte officiel français, vatican.va) : n° 204 (la charité, « critère suprême et universel de l'éthique sociale tout entière ») ; n° 206-207 (« La charité présuppose et transcende la justice : cette dernière "doit trouver son complément dans la charité" » ; seule la charité, « forma virtutum », peut animer l'action sociale vers la paix) ; n° 581 (« Cet amour peut être appelé "charité sociale" ou "charité politique" ») ; n° 582-583 (l'amour, « norme constante et suprême de l'action » ; « la charité représente le plus grand commandement social », exige la pratique de la justice et seule rend capable de la pratiquer).
12 30Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987, n° 38 : la solidarité n'est pas « un sentiment de compassion vague » mais « la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun ». Appliqué ici par analogie à la charité politique, qui partage cette fermeté.
13Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 13, 3, traduction liturgique officielle (AELF). L'hymne à la charité (1 Co 13, 1-13) : sans l'amour, le don le plus total « ne sert à rien ».
14Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 2 : « La charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l'Église. » Toute responsabilité et tout engagement définis par cette doctrine sont « tirés de la charité qui, selon l'enseignement de Jésus, est la synthèse de toute la Loi (cf. Mt 22, 36-40) ».
15 32Pie XI, Ubi Arcano Dei Consilio, 23 décembre 1922 (première encyclique du pontificat) : diagnostic d'une société divisée et appel à la « paix du Christ dans le règne du Christ » par la « charité sociale ». Premier emploi magistériel marquant de l'expression « charité sociale ».
18 42Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 23, sur la charité comme vertu (a. 1-4), comme « forme » des vertus (a. 8) et comme la plus excellente des vertus (q. 23, a. 6 ; cf. q. 184, a. 1). La charité ordonne toutes les autres vertus à leur fin dernière, Dieu.
20 21Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre XIV, ch. 28 : « Fecerunt itaque civitates duas amores duo : terrenam scilicet amor sui usque ad contemptum Dei, caelestem vero amor Dei usque ad contemptum sui » — « Deux amours ont bâti deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité céleste. »
22Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 16, 14, traduction liturgique officielle (AELF) : « Que tout, chez vous, se passe dans la charité. » Exhortation finale qui étend la charité à toute la vie de la communauté, y compris ses affaires matérielles et organisationnelles.
23Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 8-9, traduction liturgique officielle (AELF) : la grande collecte organisée par Paul au profit des pauvres de l'Église de Jérusalem, fondée sur l'exemple du Christ « qui s'est fait pauvre » (2 Co 8, 9) et sur un principe d'égalité entre Églises (2 Co 8, 13-15). Première forme d'entraide « structurée » de l'Église primitive.
24Évangile selon saint Matthieu 22, 37-40, traduction liturgique officielle (AELF) : le double commandement de l'amour de Dieu et du prochain, dont « dépendent toute la Loi et les Prophètes ». Cité par Benoît XVI (Caritas in Veritate 2) comme synthèse de toute la Loi.
25Évangile selon saint Matthieu 25, 31-46, traduction liturgique officielle (AELF) ; v. 40 : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » Le service des plus petits comme critère du jugement dernier.
26Benoît XVI, Deus Caritas Est, 25 décembre 2005, n° 28 : « L'ordre juste de la société et de l'État est le devoir essentiel du politique. […] La justice est le but et donc aussi la mesure intrinsèque de toute politique. » L'Église « ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour réaliser la société la plus juste possible » ; cette tâche revient aux laïcs.
27 47Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre IV, ch. 4 : « Remota itaque iustitia quid sunt regna nisi magna latrocinia ? » — « Une fois la justice écartée, que sont les royaumes sinon de grandes bandes de brigands ? » Cité par Benoît XVI, Deus Caritas Est, n° 28.
28Benoît XVI, Deus Caritas Est, n° 28 : « L'amour — caritas — sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste. Il n'existe aucun ordre étatique juste qui puisse rendre superflu le service de l'amour. »
29Benoît XVI, Deus Caritas Est, n° 29 : « La construction d'un ordre juste de la société et de l'État […] est le devoir propre des fidèles laïcs. Comme citoyens de l'État, ils sont appelés à participer personnellement à la vie publique. »
31Pape François, Fratelli Tutti, n° 154 (texte officiel français, vatican.va), ouverture du chapitre « La meilleure politique » : « Une meilleure politique, mise au service du vrai bien commun, est nécessaire pour permettre le développement d'une communauté mondiale, capable de réaliser la fraternité à partir des peuples et des nations. »
35Pape François, Fratelli Tutti, n° 180 (texte officiel français, vatican.va) : « Reconnaître chaque être humain comme un frère ou une sœur et chercher une amitié sociale qui intègre tout le monde ne sont pas de simples utopies. Cela exige la décision et la capacité de trouver les voies efficaces qui les rendent réellement possibles. Tout engagement dans ce sens devient un exercice suprême de la charité. »
36Pape François, Fratelli Tutti, n° 197 (texte officiel français, vatican.va) : « la question ne sera pas : "Combien de personnes m'ont approuvé ? Combien de personnes ont voté pour moi ? […]". Les questions […] seront plutôt : "Quel amour ai-je mis dans le travail ? En quoi ai-je fait progresser le peuple ? […] quels liens réels ai-je construits, […] quelle paix sociale ai-je semée, qu'ai-je réalisé au poste qui m'a été confié ?" ».
39Pape François, Fratelli Tutti, n° 194 (texte officiel français, vatican.va) : « En politique il est aussi possible d'aimer avec tendresse. "Qu'est-ce que la tendresse ? C'est l'amour qui se fait proche et se concrétise." » Les plus petits et les plus pauvres « ont le droit de prendre possession de notre âme, de notre cœur ».
40Léon XIII, Rerum Novarum, 15 mai 1891, exhortation finale (texte officiel français, vatican.va) : « ...qu'ils s'appliquent à nourrir en eux-mêmes et à faire naître dans les autres [...] la charité reine et maîtresse de toutes les vertus. C'est en effet d'une abondante effusion de charité qu'il faut principalement attendre le salut. » Première grande encyclique sociale, matrice de toute la doctrine sociale moderne.
41Saint Paul VI, Populorum Progressio, 26 mars 1967, n° 87 : « Le développement est le nouveau nom de la paix » ; et clôture de l'Année sainte, 25 décembre 1975, lançant l'idéal de la « civilisation de l'amour ».
45Catéchisme de l'Église catholique, § 2239 : « La participation à la vie publique » est un devoir ; le bon citoyen contribue volontiers au bien de la société « dans un esprit de vérité, de justice, de solidarité et de liberté ». Cf. § 2240 sur le devoir de voter.
50Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 58 : « Le principe de subsidiarité doit rester étroitement lié au principe de solidarité et vice versa. » La charité est le lien vivant qui empêche la subsidiarité de tomber dans le particularisme et la solidarité dans l'assistanat.
51Compendium de la doctrine sociale de l'Église, n° 580 (texte officiel français, vatican.va) : « l'amour est la seule force […] qui peut conduire à la perfection personnelle et sociale et orienter l'histoire vers le bien » ; cf. n° 582-583 sur la charité comme norme suprême de l'action sociale.
52Luisa Piccarreta (1865-1947), laïque de Corato (Pouilles) : cause de béatification ouverte le 20 novembre 1994 — elle est depuis Servante de Dieu ; Nulla Osta du Dicastère pour la Doctrine de la Foi pour la poursuite de la cause (juin 2024), confirmé par lettre du 3 décembre 2024.
53Jésus à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 8, dictée du 9 février 1908 (« La manière d'être avec Jésus ») : « ...reviens en Moi pour Me donner au nom de tous toute la Gloire qu'ils doivent me donner. Prie, excuse-les, répare, aime [...] aime-Moi pour tous » (éd. GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis, texte « pour usage privé »).
54Évangile selon saint Jean 15, 5, traduction liturgique officielle (AELF) : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. » Fondement de la primauté de la grâce et de la conversion des cœurs dans toute action sociale efficace.
55