La bioéthique est la réflexion morale née de la rencontre entre les pouvoirs nouveaux de la médecine et des sciences du vivant, d'une part, et la dignité de la personne humaine, d'autre part. Fécondation in vitro, diagnostic génétique, recherche sur l'embryon, transplantations, réanimation, euthanasie, manipulations du génome : en l'espace d'un demi-siècle, l'homme a acquis sur la vie humaine — la sienne et celle d'autrui — un pouvoir d'intervention sans précédent. La question décisive n'est plus seulement « que peut-on faire ? », mais « que doit-on faire, et au nom de quoi ? »
Pour l'Église catholique, la bioéthique n'est pas une spécialité technique réservée aux experts : c'est un chapitre majeur de la morale et de la doctrine sociale, parce qu'elle touche au plus fragile et au plus précieux — la vie de l'être humain à ses commencements et à son terme, là où il ne peut ni se défendre ni revendiquer. Benoît XVI a formulé l'enjeu d'un mot : « la question sociale est devenue radicalement une question anthropologique »[1]. Comment l'homme conçoit, traite et manipule la vie révèle ce qu'il croit être l'homme lui-même.
La position catholique tient en un principe simple et exigeant, énoncé par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dès 1987 : « Ce qui est techniquement possible n'est pas pour autant moralement admissible »[2]. La technique ne porte pas en elle-même la mesure du bien ; cette mesure est la dignité de la personne, reconnue « à tout être humain depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle »[3]. C'est de cette dignité — son fondement, sa méthode, ses principes, ses applications — que traite cet article, en renvoyant pour le détail de chaque grand dossier (l'embryon, l'euthanasie, la peine de mort) aux articles qui leur sont consacrés.
Qu'est-ce que la bioéthique ?
Naissance d'un mot, naissance d'une discipline
Le mot lui-même est récent. On le doit d'abord à un pasteur protestant allemand, Fritz Jahr, qui forge en 1927 le néologisme Bio-Ethik dans la revue Kosmos, pour désigner « la reconnaissance d'obligations morales non seulement envers l'homme, mais envers toutes les formes de vie »[4]. Le terme tombe dans l'oubli, puis renaît aux États-Unis sous la plume du cancérologue Van Rensselaer Potter, qui publie en 1970 un article puis, en 1971, un livre au titre programmatique : Bioethics: Bridge to the Future (« La bioéthique : un pont vers l'avenir »)[5]. Potter rêvait d'une « nouvelle discipline » unissant le savoir biologique et la connaissance des systèmes de valeurs humaines.
Mais la chose, bien avant le mot, existait déjà : c'est la vénérable tradition de l'éthique médicale, depuis le serment d'Hippocrate — qui interdisait au médecin de donner un poison mortel ou de provoquer l'avortement — jusqu'à la théologie morale catholique, qui réfléchissait depuis des siècles sur la légitime défense, la mutilation, l'expérimentation ou le soin des mourants. La bioéthique contemporaine est l'héritière élargie de cette tradition, sommée de répondre à des questions que les Anciens n'avaient pas même pu imaginer.
Le tournant biotechnologique du XXe siècle
Ce qui fait de la bioéthique une discipline neuve, et urgente, c'est l'accélération vertigineuse des pouvoirs techniques sur le vivant. Quelques dates suffisent à mesurer le séisme : en 1953, Watson et Crick décrivent la structure en double hélice de l'ADN ; en 1967, le premier cœur humain est transplanté ; en 1978 naît Louise Brown, premier « bébé éprouvette » conçu par fécondation in vitro ; en 1996, la brebis Dolly est le premier mammifère cloné à partir d'une cellule adulte ; en 2003, le Projet génome humain annonce l'achèvement du séquençage de référence du génome humain ; depuis 2012, la technique d'édition génétique CRISPR-Cas9 permet de « réécrire » l'ADN[6]. Chacune de ces percées a ouvert des bienfaits réels et des abîmes moraux.
Le diagnostic de Benoît XVI est ici central : la technique, livrée à elle-même, prétend à une autonomie absolue, comme si le faisable valait permission.
« Un domaine primordial et crucial de l'affrontement culturel entre la technique considérée comme un absolu et la responsabilité morale de l'homme est aujourd'hui celui de la bioéthique, où se joue de manière radicale la possibilité même d'un développement humain intégral. » — Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 74[7]
Pourquoi l'Église s'en mêle
Pourquoi une institution religieuse aurait-elle voix au chapitre dans des matières aussi techniques ? Parce que la bioéthique, sous ses apparences scientifiques, pose des questions qui ne sont pas scientifiques mais anthropologiques et morales : qu'est-ce qu'une personne ? la vie humaine a-t-elle une valeur intrinsèque ou une valeur conférée ? l'embryon est-il quelqu'un ou quelque chose ? la souffrance ôte-t-elle la dignité ? Aucun microscope ne répond à ces questions ; elles relèvent de la sagesse, de la philosophie et de la foi.
L'Église revendique cette compétence non comme un pouvoir, mais comme un service de l'homme — surtout du plus faible, qui n'a pas de voix dans les débats où l'on décide de son sort. Selon Jean-Paul II, « la société entière doit respecter, défendre et promouvoir la dignité de toute personne humaine, à tous les moments et en tous les états de sa vie »[8] : une parole adressée à tous, croyants ou non. La bioéthique catholique se veut donc une parole adressée à tous, fondée non d'abord sur la Révélation, mais sur la raison et la loi morale inscrite au cœur de chaque conscience.
La bioéthique, chapitre de la doctrine sociale et morale
« La question sociale est devenue une question anthropologique »
On rangerait volontiers la bioéthique parmi les questions de morale individuelle. Ce serait une erreur. Pour l'Église, elle est aussi, et indissociablement, une question sociale : la manière dont une société traite ses embryons, ses malades, ses mourants, ses personnes handicapées engage la justice, le bien commun, et le visage même de la cité. Benoît XVI a opéré ici un déplacement décisif :
« Il faut affirmer aujourd'hui que la question sociale est devenue radicalement une question anthropologique, au sens où elle implique la manière même, non seulement de concevoir, mais aussi de manipuler la vie, remise toujours plus entre les mains de l'homme par les biotechnologies. » — Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 75[9]
Autrement dit, on ne peut pas séparer la défense des pauvres, des migrants et des travailleurs de la défense de l'enfant à naître ou du vieillard en fin de vie : c'est le même homme que l'on respecte ou que l'on instrumentalise. C'est pourquoi la bioéthique voisine, dans la doctrine sociale, avec le bien commun, la solidarité, la subsidiarité et la dignité de la personne humaine, dont elle est l'application aux frontières de la vie.
Le respect de la vie, premier des droits
Le fil rouge de toute la bioéthique catholique est le caractère sacré et inviolable de la vie humaine innocente. Le Catéchisme l'énonce sans détour :
« La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte l'action créatrice de Dieu et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique fin. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2258[10]
Ce respect n'est pas un dogme réservé aux croyants : il fonde ce que Jean-Paul II appelle « le premier des droits fondamentaux », le droit à la vie, sans lequel tous les autres sont illusoires[11]. Une société qui retire à une catégorie d'êtres humains — l'embryon, l'handicapé, le mourant — la protection de la loi ouvre une brèche par laquelle, tôt ou tard, d'autres faibles seront engloutis.
Un magistère continu : de Pie XII à Dignitas Infinita
Contrairement à une idée reçue, l'Église n'a pas attendu les polémiques récentes pour parler de bioéthique. Dès les années 1950, Pie XII fut un pionnier de l'éthique médicale moderne, multipliant les allocutions aux médecins sur l'anesthésie, la réanimation, la transplantation, l'expérimentation et les « moyens ordinaires et extraordinaires » de conserver la vie[12]. Le magistère a ensuite bâti, document après document, un corpus d'une rare cohérence.
- 1950-1957Pie XII, pionnier de l'éthique médicale
Allocutions aux médecins et chirurgiens sur l'anesthésie, la réanimation, les transplantations et la distinction des moyens proportionnés et disproportionnés de soigner.
- 5 mai 1980Iura et Bona
Déclaration de la CDF sur l'euthanasie : condamnation de l'euthanasie, défense des soins palliatifs et du droit de refuser un acharnement thérapeutique disproportionné.
- 22 février 1987Donum Vitae
Instruction de la CDF sur le respect de la vie naissante et la dignité de la procréation : embryon, fécondation artificielle, le critère du licite.
- 11 février 1994Académie pontificale pour la Vie
Jean-Paul II fonde l'Académie par le motu proprio Vitae Mysterium ; le généticien Jérôme Lejeune en est le premier président.
- 25 mars 1995Evangelium Vitae
Encyclique de Jean-Paul II sur la valeur et l'inviolabilité de la vie : « culture de mort » contre « Évangile de la vie », déclarations solennelles sur l'avortement et l'euthanasie.
- 8 septembre 2008Dignitas Personae
Instruction de la CDF actualisant Donum Vitae : DPI, congélation d'embryons, cellules souches, clonage, nouvelles techniques de procréation.
- 14 juillet 2020Samaritanus Bonus
Lettre de la CDF sur le soin des personnes en phase critique et terminale : « guérir si possible, toujours prendre soin ».
- 8 avril 2024Dignitas Infinita
Déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la Foi sur la dignité humaine : avortement, GPA, euthanasie, genre, changement de sexe, dans un cadre unifié.
Cette continuité — d'un pape à l'autre, d'un dicastère à l'autre, sur soixante-dix ans — est en elle-même un argument : la bioéthique catholique n'obéit pas aux modes mais déploie, face à des techniques toujours nouvelles, une même conviction sur l'homme.
La méthode catholique : une bioéthique personnaliste
La dignité de la personne comme critère premier
Pour juger une intervention biomédicale, la bioéthique catholique ne part ni de l'utilité, ni du progrès, ni du désir, mais de la personne. C'est ce qu'on appelle une bioéthique personnaliste : l'être humain n'est jamais un simple moyen, un matériau, un produit ; il est toujours une fin en lui-même, doté d'une dignité que rien ne lui confère et que rien ne lui retire. Dignitas Personae en fait le principe organisateur de tout le reste :
« La dignité de la personne doit être reconnue à tout être humain depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle. Ce principe fondamental, qui exprime un grand "oui" à la vie humaine, doit être mis au centre de la réflexion éthique sur la recherche biomédicale, qui acquiert de plus en plus, dans le monde d'aujourd'hui, une grande importance. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, 8 septembre 2008[13]
La Déclaration Dignitas Infinita (2024) a précisé que cette dignité est d'abord ontologique : elle tient à l'être même de la personne, « voulue, créée et aimée par Dieu », et « ne peut jamais être effacée », même chez celui qui souffre, qui se trompe ou qui pèche[14]. C'est cette dignité ontologique — et non un quelconque degré d'autonomie, de conscience ou d'utilité sociale — qui rend tout être humain digne d'un respect inconditionnel.
« Ce qui est techniquement possible n'est pas pour autant moralement admissible »
De ce primat de la personne découle la règle d'or de la bioéthique catholique, déjà citée, qui sépare nettement l'ordre du pouvoir et l'ordre du bien :
« Aussi la science et la technique requièrent-elles, pour leur signification intrinsèque même, le respect inconditionné des critères fondamentaux de la moralité [...]. Ce qui est techniquement possible n'est pas pour autant moralement admissible. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, 22 février 1987[15]
Cette phrase est le cœur de toute la discipline. Elle ne condamne pas la science — le Magistère tient « à encourager et à exprimer sa confiance envers ceux qui considèrent la science comme un précieux service pour le bien intégral de la vie et pour la dignité de chaque être humain »[16]. Elle pose seulement que le progrès n'est pas sa propre fin : il vaut s'il sert la personne, il devient pervers s'il l'asservit.
La loi morale naturelle, langage commun avec la raison
Comment l'Église peut-elle prétendre s'adresser à une société plurielle, où beaucoup ne partagent pas sa foi ? Par la loi morale naturelle : cette capacité de la raison humaine à discerner le bien et le mal, inscrite en tout homme, indépendamment de sa religion. La bioéthique catholique se présente d'abord comme une argumentation rationnelle, accessible à tous, et non comme l'imposition d'un credo. Le Magistère, écrit Donum Vitae, « offre aussi en ce domaine à la raison humaine la lumière de la Révélation », et l'Instruction appelle « tous les hommes de bonne volonté » à faire réformer les lois et les pratiques contraires à la vie[17].
C'est là un point capital : l'Église ne demande pas qu'on l'écoute parce qu'elle est l'Église, mais parce que ses arguments — la valeur de la vie, l'égale dignité de tous, l'interdit d'instrumentaliser une personne — peuvent être reconnus par toute conscience droite. Face à l'objection de conscience du soignant, voir aussi La liberté de conscience.
Bioéthique personnaliste contre bioéthique de l'autonomie
La bioéthique séculière dominante, surtout dans le monde anglo-saxon, s'est largement construite sur les « quatre principes » de Beauchamp et Childress : autonomie, bienfaisance, non-malfaisance, justice. Dans la pratique, le premier — l'autonomie du sujet — tend à devenir absolu : serait moral ce que l'individu consent librement. La bioéthique catholique ne rejette pas l'autonomie, mais refuse d'en faire le critère ultime, car une liberté coupée de la vérité du bien peut consentir à sa propre destruction — et surtout, l'autonomie ne dit rien de ceux qui n'ont pas de voix : l'embryon, le nouveau-né, le comateux, le grand handicapé.
Le tableau suivant oppose les deux logiques sur leur point de départ.
| Question | Bioéthique de l'autonomie | Bioéthique personnaliste catholique |
|---|---|---|
| Critère ultime | Le consentement libre de l'individu | La dignité objective de la personne |
| Statut de la vie | Valeur conférée selon des critères (conscience, viabilité) | Valeur intrinsèque, dès la conception |
| Le faible sans voix | Mal protégé : il ne peut consentir | Protégé d'abord, parce qu'il ne peut se défendre |
| La liberté | Pouvoir de choisir sans entrave | Pouvoir de choisir le bien réel |
| Le corps | Propriété disponible du sujet | Dimension de la personne, non un simple avoir |
La différence n'est pas d'humeur mais de fondation : pour l'une, l'homme se donne à lui-même sa dignité par ses choix ; pour l'autre, il la reçoit avec son existence.
Les principes opératoires de la bioéthique catholique
De ce socle découlent quelques principes concrets, forgés par des siècles de théologie morale, qui permettent de juger les cas particuliers.
Le principe d'inviolabilité de la vie innocente
C'est le principe premier et négatif : on ne peut jamais tuer directement un être humain innocent, ni comme fin ni comme moyen. Il interdit l'avortement direct, l'euthanasie, la suppression des embryons « surnuméraires », l'élimination des handicapés. Jean-Paul II en a fait l'objet d'une déclaration de la plus haute solennité, engageant l'autorité reçue de Pierre :
« Je déclare que l'avortement direct, c'est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d'un être humain innocent. » — Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, 25 mars 1995, n° 62[18]
L'interdit ne souffre pas d'exception parce qu'il protège précisément ceux qui n'ont aucun autre rempart. Il se distingue des cas où la mort est subie ou indirecte (légitime défense, double effet) et ne concerne pas la même question que la peine de mort, qui touche un coupable et relève de la justice pénale.
Le principe de totalité et d'intégrité
Issu de la tradition médicale catholique, le principe de totalité énonce qu'une partie du corps peut être sacrifiée pour le bien de l'organisme tout entier : on ampute un membre gangrené pour sauver le corps. Mais il interdit, à l'inverse, de mutiler une personne saine pour un bien qui ne serait pas le sien, ou de traiter le corps comme un simple matériau disponible. Le corps n'est pas une chose que la personne posséderait : il est une dimension de la personne elle-même. C'est ce principe qui éclaire la licéité de la chirurgie thérapeutique, le don d'organes entre vivants dans des limites strictes, mais aussi l'illicéité des stérilisations directes ou des mutilations non thérapeutiques.
Le principe du double effet
Forgé par la théologie morale, le principe du double effet permet de poser un acte bon ou neutre qui entraîne, à côté de l'effet voulu, un effet mauvais non voulu — à condition que le bon effet ne soit pas obtenu par le moyen du mauvais, et que les biens en jeu soient proportionnés. Exemple classique, déjà éclairé par Pie XII : administrer à un mourant des antalgiques puissants pour soulager une douleur extrême, au risque d'abréger sa vie, est licite si l'intention est de soulager et non de tuer — étant entendu qu'une analgésie bien conduite, aujourd'hui, n'abrège généralement pas la vie ; en revanche, donner une dose létale pour provoquer la mort est une euthanasie. La frontière n'est pas dans le geste apparent mais dans l'intention et la structure de l'acte.
Le principe des moyens proportionnés et disproportionnés
Hérité de Pie XII et précisé par la Déclaration Iura et Bona (1980), ce principe gouverne les décisions de fin de vie. On doit en principe les soins de base — hygiène, soulagement de la douleur et, tant que l'organisme est capable d'en tirer profit, l'alimentation et l'hydratation, même artificielles, « lorsqu'elles ne sont pas trop pénibles ou ne présentent aucun inconvénient »[19]. En revanche, on n'est pas tenu de recourir à des traitements disproportionnés, trop lourds, douloureux ou inutiles au regard du résultat espéré. Refuser un tel acharnement n'est pas une euthanasie : c'est accepter l'inéluctable.
« Le renoncement à des moyens extraordinaires et/ou disproportionnés "n'est pas équivalent au suicide ou à l'euthanasie ; il traduit plutôt l'acceptation de la condition humaine devant la mort". » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Samaritanus Bonus, 14 juillet 2020[20]
Les grandes questions du commencement de la vie
La procréation : l'enfant, un don et non un droit
La première grande application concerne la transmission de la vie. Face à l'infertilité, douloureuse et digne de toute compassion, l'Église distingue les techniques qui aident l'acte conjugal de celles qui le remplacent. La fécondation in vitro (FIVETE), l'insémination artificielle qui se substitue à l'union des époux, et a fortiori le recours à un tiers donneur, dissocient la procréation de l'union des époux et font de l'enfant le produit d'une technique plutôt que le fruit d'un don.
« L'enfant n'est pas un dû et il ne peut être considéré comme objet de propriété : il est plutôt un don — "le plus grand" — et le plus gratuit du mariage. [...] Un droit véritable et strict à l'enfant serait contraire à sa dignité et à sa nature. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, II, 8[21]
Le glissement du langage est révélateur : on est passé du désir d'enfant — légitime et bon — au droit à l'enfant, qui inverse le rapport en faisant de l'enfant l'objet d'une revendication. La maternité de substitution (GPA) pousse cette logique à l'extrême, en réduisant l'enfant à l'objet d'un contrat et la femme à un instrument. Dignitas Infinita la condamne sans ambiguïté comme une atteinte à la dignité de l'enfant et de la mère porteuse[22].
L'embryon humain, une personne dès la conception
Tout le débat sur la procréation, la recherche et le diagnostic se cristallise sur une question : qu'est-ce que l'embryon ? La réponse catholique est nette : un être humain, qui doit être traité comme une personne, dès l'instant de sa conception.
« Dès le moment de sa conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée [...]. L'être humain doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception, et donc, dès ce moment, on doit lui reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels en premier lieu le droit inviolable de tout être humain innocent à la vie. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Donum Vitae, I, 1[23]
L'Église ne prétend pas démontrer philosophiquement le moment de l'animation ; elle constate que la science établit qu'un nouvel individu, génétiquement distinct et auto-organisé, existe dès la fécondation, et elle en conclut qu'il serait gravement injuste de lui refuser le respect dû à la personne sur la base d'un doute. Le développement complet de cette question — statut de l'embryon, embryons surnuméraires, congélation — fait l'objet de l'article La dignité de l'embryon, auquel on renvoie.
Diagnostic prénatal, DPI et la tentation eugénique
Le diagnostic prénatal (DPN) n'est pas en lui-même condamnable : examiner l'enfant à naître pour le soigner est un acte de soin légitime. Il devient gravement immoral lorsqu'il est ordonné à un tri — garder l'enfant sain, éliminer l'enfant malade. Le diagnostic préimplantatoire (DPI), qui sélectionne in vitro les embryons à implanter et détruit les autres, relève d'une « mentalité eugénique » explicitement dénoncée :
« Ce diagnostic [...] vise en réalité une sélection qualitative avec pour conséquence la destruction des embryons, ce qui se traduit par une forme de pratique abortive précoce. [...] Le diagnostic préimplantatoire est donc l'expression de cette mentalité eugénique "qui accepte l'avortement sélectif pour empêcher la naissance d'enfants affectés de différents types d'anomalies". » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Dignitas Personae, n° 22[24]
Derrière la technique, c'est une certaine idée de l'homme qui se joue : un monde où l'on n'accueille plus l'enfant tel qu'il vient, mais où on le valide selon des critères de qualité, est un monde qui a rompu avec l'inconditionnalité de l'amour.
Cellules souches, clonage et recherche sur l'embryon
La recherche sur les cellules souches illustre exactement la règle d'or. L'Église encourage la recherche sur les cellules souches adultes ou issues du sang de cordon, prometteuse et moralement irréprochable. Elle interdit la recherche qui détruit des embryons humains pour en prélever les cellules, parce qu'elle sacrifie des êtres humains à l'utilité d'autrui — fût-elle médicale. Le clonage humain, qu'il soit « reproductif » ou « thérapeutique », est condamné comme une instrumentalisation radicale, « contraire à la dignité de la procréation humaine et à celle de l'union conjugale »[25]. Le principe demeure : on ne guérit pas un homme en en détruisant un autre.
Les grandes questions de la fin de la vie
Euthanasie et suicide assisté
À l'autre extrémité de l'existence, la même logique commande. L'euthanasie — l'acte ou l'omission qui donne la mort pour supprimer la douleur — est jugée « une grave violation de la loi de Dieu », parce qu'elle est le meurtre délibéré d'une personne humaine. Jean-Paul II l'a là encore déclaré dans la forme la plus solennelle :
« en conformité avec le Magistère de mes prédécesseurs et en communion avec les évêques de l'Église catholique, je confirme que l'euthanasie est une grave violation de la loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d'une personne humaine. » — Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 65[26]
La souffrance, si lourde soit-elle, ne fait pas perdre à la personne sa dignité ; elle appelle non l'élimination du souffrant, mais l'intensification du soin et de la présence. Le dossier complet — distinction euthanasie / sédation, droit civil, accompagnement — est traité dans l'article Que dit l'Église sur l'euthanasie ?.
Ni acharnement, ni abandon
La position de l'Église se tient sur une ligne de crête, à égale distance de deux excès. Elle refuse l'acharnement thérapeutique — la prolongation à tout prix d'une vie par des moyens disproportionnés — comme elle refuse l'abandon et l'euthanasie. Entre les deux, il y a l'accompagnement : « guérir si possible, toujours prendre soin » — car, rappelle la Lettre, « incurable » n'est jamais synonyme de « non soignable »[27].
« L'euthanasie est donc un acte intrinsèquement mauvais, quelles que soient l'occasion ou les circonstances. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Samaritanus Bonus, 14 juillet 2020[28]
Les soins palliatifs
C'est pourquoi l'Église promeut avec insistance les soins palliatifs : non pour hâter ni pour retarder la mort, mais pour soulager la douleur, entourer le malade et l'accompagner jusqu'au bout dans sa dignité. Samaritanus Bonus observe d'ailleurs un fait d'expérience décisif : « l'application de soins palliatifs réduit considérablement le nombre de personnes qui demandent l'euthanasie »[29]. Le désir de mourir, presque toujours, est un appel à n'être pas abandonné. Les soins palliatifs répondent à cet appel par la présence, là où l'euthanasie y répond par l'élimination.
Les nouveaux fronts : gène, genre, transhumanisme
Manipulations génétiques et thérapie génique
Les techniques d'édition du génome (CRISPR) ouvrent un champ inédit. L'Église y applique une distinction simple : la thérapie génique somatique, qui vise à soigner une maladie sur les cellules d'un individu sans toucher à sa descendance, est en principe licite et même souhaitable. En revanche, les manipulations germinales, qui modifient le patrimoine transmissible, et surtout les interventions d'« amélioration » de la dotation génétique au-delà du soin franchissent un seuil : elles « font montre d'une sorte d'insatisfaction ou même de refus de la valeur de l'être humain en tant que créature » et « favorisent une mentalité eugénique »[30]. Là encore, la frontière passe entre soigner et fabriquer.
Idéologie du genre et « changement de sexe »
Dignitas Infinita a rangé parmi les atteintes à la dignité humaine l'idéologie du genre, qui prétend que l'identité sexuelle serait un pur construit séparable du corps, et certaines interventions de « changement de sexe ». La Déclaration distingue soigneusement le respect dû à chaque personne, toujours requis, et la théorie qui nie la différence sexuée inscrite dans la création : « vouloir disposer de soi », sans recevoir son être comme un don, « ne signifie rien d'autre que céder à la tentation séculaire de l'être humain se faisant Dieu »[31]. Elle réserve le cas des anomalies génitales objectives, où une intervention médicale est légitime. La logique de fond reste celle de toute la bioéthique : recevoir son corps comme un don, plutôt que le traiter comme une matière à reconfigurer au gré de la volonté.
Transhumanisme : l'homme augmenté
À l'horizon se profile le transhumanisme, projet de dépasser les limites de la condition humaine — maladie, vieillissement, mort elle-même — par la fusion de la biologie et de la technologie. L'Église ne méprise pas le désir de soigner et d'améliorer la vie ; mais elle met en garde contre le rêve d'un homme « augmenté » qui ne serait plus reçu mais construit, et où les plus fragiles — ceux qu'on ne « répare » pas — risqueraient d'être tenus pour des rebuts. Le vrai dépassement de la condition humaine, pour la foi chrétienne, n'est pas technique mais pascal : il s'appelle résurrection, et il est donné, non fabriqué.
Les institutions et les figures
L'Académie pontificale pour la Vie
Pour soutenir cette réflexion, Jean-Paul II a institué le 11 février 1994, par le motu proprio Vitae Mysterium, l'Académie pontificale pour la Vie, chargée d'« étudier, d'informer et de former sur les principaux problèmes de biomédecine et de droit, relatifs à la promotion et à la défense de la vie »[32]. Elle réunit des savants de toutes disciplines et de diverses appartenances, signe que la défense de la vie se veut un dialogue ouvert à la raison de tous, et non un magistère replié sur lui-même.
Jérôme Lejeune, le « médecin de la vie »
Le premier président de l'Académie fut le généticien français Jérôme Lejeune (1926-1994), découvreur en 1958 de la trisomie 21 — premier lien établi entre une maladie et une anomalie chromosomique. Mondialement reconnu, promis aux plus hautes distinctions, Lejeune vit sa carrière brisée pour avoir refusé que sa découverte serve à « dépister pour éliminer » les enfants trisomiques, et avoir consacré sa vie à les soigner et à les défendre. « La qualité d'une civilisation se mesure au respect qu'elle porte au plus faible de ses membres », aimait-il dire. Mort le 3 avril 1994, quelques semaines après sa nomination, il a été déclaré vénérable par le pape François en 2021 : la bioéthique catholique a ainsi son savant en chemin vers les autels.
Les comités d'éthique et le dialogue avec la cité
Enfin, l'Église encourage la présence de catholiques compétents dans les comités d'éthique, les conseils consultatifs et les débats législatifs, non pour imposer la foi, mais pour y porter la voix de la raison et des sans-voix. Face aux lois permissives, elle rappelle aussi le droit et le devoir de l'objection de conscience du soignant qui refuse de coopérer à un acte contre la vie — un point développé dans La liberté de conscience et, pour le citoyen-électeur, dans l'article sur le vote.
Une bioéthique au service de l'amour et de la vie
Au terme de ce parcours, une équivoque doit être levée : la bioéthique catholique n'est pas une série d'interdits crispés contre la science. Elle est une manière d'aimer l'homme jusque dans les laboratoires, les blocs opératoires et les chambres de fin de vie — un refus que le plus faible soit jamais réduit à un matériau, un déchet ou un produit. C'est ce que Jean-Paul II appelait l'« Évangile de la vie » : la bonne nouvelle que toute vie humaine, même la plus blessée, la plus minuscule, la plus diminuée, est aimée de Dieu et confiée à notre garde.
« L'homme est appelé à une plénitude de vie qui va bien au-delà des dimensions de son existence sur terre, puisqu'elle est la participation à la vie même de Dieu. [...] La vie que Dieu offre à l'homme est un don par lequel Dieu fait participer sa créature à quelque chose de lui-même. » — Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 2 et n° 34[33]
Cette garde du plus petit rejoint, dans la tradition spirituelle de la Divine Volonté transmise à Luisa Piccarreta, l'idée que l'âme qui vit dans la Volonté de Dieu porte devant Lui « tous » les hommes, et d'abord les plus démunis, sans en retrancher aucun[34]. Défendre la vie de l'embryon, du malade, du mourant et du handicapé, ce n'est pas un combat de surplus pour les chrétiens : c'est la forme la plus concrète de la charité — aimer l'homme à l'endroit même où il est sans défense, comme Dieu l'a aimé en se faisant lui-même un petit enfant, puis un crucifié.
Pour aller plus loin
- La dignité de la personne humaine — le fondement de toute la bioéthique : une dignité que rien ne confère et que rien ne retire.
- La dignité de l'embryon — le statut de l'être humain à son commencement, cœur du débat bioéthique.
- Que dit l'Église sur l'euthanasie ? — le dossier complet de la fin de vie, du suicide assisté et des soins palliatifs.
- La peine de mort — l'autre grande question de vie et de mort, mais du côté de la justice pénale.
- Le bien commun — la fin que poursuit la cité, et que la défense de la vie sert.
- La liberté de conscience — l'objection de conscience du soignant face aux lois contre la vie.
- Un catholique peut-il voter pour un candidat pro-avortement ? — la responsabilité de l'électeur devant les questions de vie.
- L'écologie intégrale — le respect de toute la création, dont l'homme est le sommet.
Notes et références
Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 75 : « Il faut affirmer aujourd'hui que la question sociale est devenue radicalement une question anthropologique, au sens où elle implique la manière même, non seulement de concevoir, mais aussi de manipuler la vie, remise toujours plus entre les mains de l'homme par les biotechnologies. »
1 9Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Donum Vitae sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la procréation, 22 février 1987 (card. Joseph Ratzinger, préfet ; vatican.va), Introduction, n° 2 : « Aussi la science et la technique requièrent-elles, pour leur signification intrinsèque même, le respect inconditionné des critères fondamentaux de la moralité [...] » ; n° 4 : « ...ce qui est techniquement possible n'est pas pour autant moralement admissible. »
2 15Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Instruction Dignitas Personae sur certaines questions de bioéthique, 8 septembre 2008 (card. William Levada, préfet ; vatican.va), n° 1 : « La dignité de la personne doit être reconnue à tout être humain depuis sa conception jusqu'à sa mort naturelle. Ce principe fondamental, qui exprime un grand "oui" à la vie humaine, doit être mis au centre de la réflexion éthique sur la recherche biomédicale, qui acquiert de plus en plus, dans le monde d'aujourd'hui, une grande importance. »
3 13Fritz Jahr, « Bio-Ethik : Eine Umschau über die ethischen Beziehungen des Menschen zu Tier und Pflanze », revue Kosmos, vol. 24, 1927, p. 2-4. Le pasteur protestant de Halle y forge le néologisme Bio-Ethik ; le terme tombera dans l'oubli avant d'être redécouvert. Texte original allemand.
4Van Rensselaer Potter, Bioethics: Bridge to the Future, Englewood Cliffs (N.J.), Prentice-Hall, 1971 ; précédé de l'article « Bioethics, the Science of Survival », Perspectives in Biology and Medicine, vol. 14, 1970, p. 127-153. Potter y définit la bioéthique comme « une nouvelle discipline combinant la connaissance biologique et la connaissance des systèmes de valeurs humaines ».
5Repères : structure en double hélice de l'ADN (James Watson et Francis Crick, Nature, 1953) ; première transplantation cardiaque (Christiaan Barnard, Le Cap, 3 décembre 1967) ; premier « bébé éprouvette », Louise Brown (Oldham, 25 juillet 1978, travaux de Robert Edwards et Patrick Steptoe, prix Nobel de médecine 2010) ; brebis Dolly, premier mammifère cloné à partir d'une cellule somatique adulte (Roslin Institute, née le 5 juillet 1996, annonce en février 1997) ; achèvement annoncé du séquençage de référence du génome humain (Projet génome humain, avril 2003 ; séquence complète dite « télomère-à-télomère » en 2022) ; système CRISPR-Cas9 (Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, Science, 2012, prix Nobel de chimie 2020).
6Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 74 (vatican.va, version française intégrale) : « Un domaine primordial et crucial de l'affrontement culturel entre la technique considérée comme un absolu et la responsabilité morale de l'homme est aujourd'hui celui de la bioéthique, où se joue de manière radicale la possibilité même d'un développement humain intégral. »
7Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 81 : « la société entière doit respecter, défendre et promouvoir la dignité de toute personne humaine, à tous les moments et en tous les états de sa vie ».
8Catéchisme de l'Église catholique, § 2258 (édition officielle française, Mame/Plon, 1992) : « La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte l'action créatrice de Dieu et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique fin. »
10Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, 25 mars 1995, n° 20 (vatican.va, version française intégrale) : « Alors, tout est matière à convention, tout est négociable, même le premier des droits fondamentaux, le droit à la vie. »
11Pie XII, ensemble d'allocutions médicales : au Ier Congrès international d'histopathologie du système nerveux (14 septembre 1952), à un congrès d'anesthésiologie sur la réanimation et les « moyens extraordinaires » (24 novembre 1957, Acta Apostolicae Sedis 49 [1957], 1027-1033), aux médecins sur la transplantation et l'expérimentation. Pie XII y pose les bases de l'éthique médicale catholique contemporaine, notamment la distinction des moyens ordinaires et extraordinaires de conserver la vie.
12Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Dignitas Infinita sur la dignité humaine, 8 avril 2024 (card. Víctor Manuel Fernández, préfet ; approuvée par le pape François le 25 mars 2024 ; vatican.va), n° 7 : la dignité ontologique concerne « la personne en tant que telle par le simple fait d'exister et d'être voulue, créée et aimée par Dieu. Cette dignité ne peut jamais être effacée et reste valable au-delà de toutes les circonstances dans lesquelles les individus peuvent se trouver ».
14Dignitas Personae, n° 3 : « Le Magistère tient à encourager et à exprimer sa confiance envers ceux qui considèrent la science comme un précieux service pour le bien intégral de la vie et pour la dignité de chaque être humain. »
16Donum Vitae, Introduction, n° 5 et Conclusion : le Magistère « offre aussi en ce domaine à la raison humaine la lumière de la Révélation » ; « Tous les hommes de bonne volonté doivent s'employer [...] à ce que soient réformées les lois civiles moralement inacceptables », au nom des « lois non écrites » gravées par le Créateur dans le cœur de l'homme.
17Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 62 : « Avec l'autorité conférée par le Christ à Pierre et à ses Successeurs, en communion avec les Évêques de l'Église catholique, je déclare que l'avortement direct, c'est-à-dire voulu comme fin ou comme moyen, constitue toujours un désordre moral grave, en tant que meurtre délibéré d'un être humain innocent. »
18CDF, Samaritanus Bonus, V : « il n'est pas permis de suspendre des soins efficaces pour soutenir des fonctions physiologiques essentielles tant que l'organisme est capable d'en tirer profit » ; « La nutrition et l'hydratation, même si elles sont administrées artificiellement, font partie des traitements de base dus au mourant, lorsqu'elles ne sont pas trop pénibles ou ne présentent aucun inconvénient. »
19Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre Samaritanus Bonus sur le soin des personnes en phases critiques et terminales de la vie, 14 juillet 2020 (vatican.va), V : le renoncement à des moyens extraordinaires et/ou disproportionnés « n'est pas équivalent au suicide ou à l'euthanasie ; il traduit plutôt l'acceptation de la condition humaine devant la mort » ; reprise de la Déclaration Iura et Bona (5 mai 1980).
20Donum Vitae, partie II, n° 8 (« Le désir d'enfant ») : « L'enfant n'est pas un dû et il ne peut être considéré comme objet de propriété : il est plutôt un don — "le plus grand" — et le plus gratuit du mariage [...]. Un droit véritable et strict à l'enfant serait contraire à sa dignité et à sa nature. »
21Dignitas Infinita, n° 48-50 : par la gestation pour autrui, « l'enfant, immensément digne, devient un simple objet » ; citant le pape François, la Déclaration souhaite « un engagement de la Communauté internationale pour interdire cette pratique au niveau universel », qui « lèse gravement la dignité de la femme et de l'enfant ».
22Donum Vitae, partie I, n° 1 (« Le respect dû à l'embryon humain ») : « Dès le moment de sa conception, la vie de tout être humain doit être absolument respectée [...]. L'être humain doit être respecté et traité comme une personne dès sa conception, et donc, dès ce moment, on doit lui reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels en premier lieu le droit inviolable de tout être humain innocent à la vie. »
23Dignitas Personae, n° 22 (« Le diagnostic préimplantatoire ») : « Ce diagnostic [...] vise en réalité une sélection qualitative avec pour conséquence la destruction des embryons, ce qui se traduit par une forme de pratique abortive précoce. [...] Le diagnostic préimplantatoire est donc l'expression de cette mentalité eugénique "qui accepte l'avortement sélectif pour empêcher la naissance d'enfants affectés de différents types d'anomalies". »
24Dignitas Personae, n° 28 : « Le clonage humain est intrinsèquement illicite dans la mesure où [...] il entend donner origine à un nouvel être humain sans aucun lien avec l'acte de don réciproque entre deux époux et, plus radicalement, sans aucun lien avec la sexualité. »
25Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 65 : « en conformité avec le Magistère de mes Prédécesseurs et en communion avec les Évêques de l'Église catholique, je confirme que l'euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d'une personne humaine. »
26CDF, Lettre Samaritanus Bonus, 14 juillet 2020 (vatican.va) : « L'euthanasie est donc un acte intrinsèquement mauvais, quelles que soient l'occasion ou les circonstances » ; « Reconnaître l'impossibilité de guérir dans la perspective de la mort prochaine ne signifie cependant pas la fin de l'action médicale » : « guérir si possible, toujours prendre soin » ; « incurable [...] n'est jamais synonyme de "non soignable" ». L'interdiction de l'euthanasie y est réaffirmée « comme un enseignement définitif ».
27 28Samaritanus Bonus, V (« Les soins palliatifs ») : « L'expérience montre que l'application de soins palliatifs réduit considérablement le nombre de personnes qui demandent l'euthanasie. » Le document plaide pour le développement des soins palliatifs comme alternative à la logique de l'élimination.
29Dignitas Personae, n° 25-27 (« La thérapie génique ») : les interventions sur les cellules somatiques à finalité strictement thérapeutique sont « en principe, moralement licites » ; la thérapie génique germinale est déclarée « moralement illicite » en l'état actuel de la recherche ; les manipulations à finalité d'« amélioration » de la dotation génétique « favorisent une mentalité eugénique » et « font montre d'une sorte d'insatisfaction ou même de refus de la valeur de l'être humain en tant que créature ».
30Dignitas Infinita, n° 55-60 : la Déclaration distingue le respect dû à toute personne et la « théorie du genre » qui nie la différence sexuée ; « Vouloir disposer de soi, comme le prescrit la théorie du genre, sans tenir compte de cette vérité fondamentale de la vie humaine comme don, ne signifie rien d'autre que céder à la tentation séculaire de l'être humain se faisant Dieu » ; le n° 60 réserve le cas des anomalies génitales objectivement constatées.
31Saint Jean-Paul II, motu proprio Vitae Mysterium, 11 février 1994 (vatican.va), instituant l'Académie pontificale pour la Vie, chargée d'« étudier, informer et former sur les principaux problèmes de biomédecine et de droit relatifs à la promotion et à la défense de la vie, surtout dans le rapport direct qu'ils ont avec la morale chrétienne ». Le généticien Jérôme Lejeune en fut nommé premier président.
32Saint Jean-Paul II, Evangelium Vitae, n° 2 et n° 34 (vatican.va) : « L'homme est appelé à une plénitude de vie qui va bien au-delà des dimensions de son existence sur terre, puisqu'elle est la participation à la vie même de Dieu. [...] La vie que Dieu offre à l'homme est un don par lequel Dieu fait participer sa créature à quelque chose de lui-même. »
33Thème central de la spiritualité de la Divine Volonté transmise à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel : l'âme qui vit dans la Volonté divine agit « au nom de tous » et porte devant Dieu l'humanité entière, sans en retrancher les plus petits (référence générale au corpus).
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