Élie (vers 875-850 av. J.-C.)

Élie le Thesbite, le prophète du feu qui ferma le ciel, triompha sur le Carmel et fut enlevé vivant : sa vie, sa prière modèle de l'Église, son retour en Jean-Baptiste et sa place au Carmel comme père des prophètes.

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Élie est, selon l'Écriture reçue par l'Église, le prophète du feu, l'homme qui a fermé le ciel par sa prière puis l'a rouvert, qui a fait tomber le feu sur le Carmel, entendu Dieu dans le murmure d'une brise légère à l'Horeb, et qui est monté au ciel dans un ouragan sans passer par la mort. Il surgit sans généalogie dans le récit au moment où le royaume d'Israël touche le fond, sous le roi Achab et la reine Jézabel qui imposent le culte de Baal, et il ne disparaît pas : un char de feu l'emporte vivant sous les yeux de son disciple Élisée, en qui repose désormais son esprit.

Son nom est déjà tout son programme : Eliyahou, le Seigneur est mon Dieu, et le cri du peuple vaincu au soir du Carmel reprend ce nom comme une confession de foi. Le Catéchisme de l'Église catholique l'appelle le père des prophètes et fait de sa prière l'un des sommets de la révélation de la prière dans l'Ancien Testament. Le Nouveau Testament le traite en personne vivante de l'histoire sainte : promis par le dernier prophète Malachie avant le jour du Seigneur, annoncé comme revenu en Jean-Baptiste, présent aux côtés de Moïse sur la montagne de la Transfiguration, cité par l'épître de Jacques comme le modèle de la prière du juste. L'ordre du Carmel l'honore comme son père spirituel et le fête chaque 20 juillet. L'article présente d'abord le récit tel que l'Église le reçoit, sa place dans le canon, son auteur traditionnel et ses témoins anciens, puis sa vie, sa théologie, son accomplissement dans le Christ, sa présence dans la liturgie, et enfin le débat avec l'exégèse historico-critique moderne.

Élie dans le canon des Écritures

Les deux livres qui racontent Élie

Élie n'a pas de livre à son nom : son histoire est portée par les livres des Rois, le grand récit qui va de la mort de David à la chute de Jérusalem, et que la tradition juive puis chrétienne range parmi les Prophètes antérieurs. Trois blocs structurent tout le dossier, et le tableau ci-dessous donne les passages qui le portent[1][2].

Bloc du récitPassages principauxCe que le bloc apporte sur Élie
La sécheresse et le Carmel1 R 17 à 19L'irruption devant Achab, le torrent de Kérit, la veuve de Sarepta, le sacrifice du Carmel, la pluie retrouvée, la marche vers l'Horeb
La vigne de Nabot1 R 21La condamnation du meurtre commandité par Jézabel et l'annonce du châtiment sur la maison d'Achab
Le feu du ciel et l'enlèvement2 R 1 à 2Le feu sur les deux capitaines d'Ochozias, la traversée du Jourdain à pied sec, le char de feu, le manteau transmis à Élisée

Aucun de ces blocs ne fonctionne seul : Kérit apprend la dépendance, Sarepta apprend la miséricorde, le Carmel apprend le jugement, l'Horeb apprend l'écoute, et le Jourdain apprend la transmission. C'est l'ensemble, reçu comme un tout, qui fait d'Élie le père des prophètes : le séparer de ce cadre, c'est perdre le sens de sa figure[3].

Les autres mentions d'Élie dans la Bible

Élie n'est pas confiné aux livres des Rois : une vingtaine de livres bibliques le nomment, le supposent ou le chantent, ce qui interdit de traiter son dossier comme une pièce rapportée tardive. Le tableau ci-dessous rassemble les principales mentions hors livres des Rois.

Livre bibliquePassageCe que le texte apporte sur Élie
2 Chroniques2 Ch 21, 12-15Une lettre d'Élie parvient au roi Joram de Juda pour dénoncer ses crimes et annoncer son châtiment
Ben SiraSi 48, 1-11Long éloge : prophète comme un feu, parole comme une torche, tourbillon et char de feu, retour promis pour apaiser
MalachieMl 3, 23-24La promesse qui clôt l'Ancien Testament : Élie envoyé avant le jour du Seigneur pour ramener les cœurs
Évangiles synoptiquesMt 11, 14 ; Mt 17, 1-13 ; Mc 9 ; Lc 1, 17 ; Lc 4, 25-26 ; Lc 9, 54Jean-Baptiste identifié à Élie, Transfiguration, veuve de Sarepta citée par Jésus, feu demandé par Jacques et Jean
Évangile selon saint JeanJn 1, 21À la question : es-tu Élie, Jean-Baptiste répond : non, ce qui écarte toute réincarnation
Épître aux RomainsRm 11, 2-4Paul rappelle Élie intercédant contre Israël et les sept mille qui n'ont pas fléchi devant Baal
Épître de JacquesJc 5, 17-18Élie, homme pareil à nous, modèle de la prière du juste qui ouvre et ferme le ciel
ApocalypseAp 11, 6Les deux témoins ont le pouvoir de fermer le ciel, trait reconnu d'Élie

Le témoin le plus décisif reste le Nouveau Testament lui-même : Jésus, Paul et Jacques parlent d'Élie comme d'un homme qui a prié, souffert et été exaucé, et en tirent des doctrines qui s'effondreraient s'il n'avait pas existé. On ne fonde ni une promesse de retour (Ml 3, 23-24), ni une identification prophétique (Mt 11, 14), ni une théologie de la prière (Jc 5, 17-18) sur un personnage dont on saurait qu'il n'a jamais vécu[4].

La lettre au roi Joram : une objection chronologique, et sa réponse

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La mention la plus discutée est la lettre qu'Élie adresse à Joram, roi de Juda, pour dénoncer son impiété et annoncer son châtiment (2 Ch 21, 12-15). L'objection est connue : l'enlèvement d'Élie est raconté sous le règne d'Ochozias (2 R 1-2), avant que Joram de Juda règne seul, donc la lettre semblerait arriver après son départ. Deux réponses reçues lèvent la difficulté sans forcer le texte. D'abord, rien n'interdit qu'Élie ait rédigé l'avertissement avant son enlèvement et qu'il ait été remis après : un prophète qui sait sa fin proche peut laisser une parole scellée pour le temps où elle portera. Ensuite, la chronologie des corégences, établie par Edwin Thiele en croisant les synchronismes des Rois avec les annales assyriennes, fait régner Joram de Juda aux côtés de son père Josaphat dès le vivant d'Élie : l'écart apparent vient de ce que les années de corégence et de règne seul sont comptées différemment selon les passages[5]. Loin d'être une pièce rapportée, la lettre confirme la cohérence du dossier : même ton, même sentence, même Dieu qui juge les rois[6].

L'auteur et la datation reçus par l'Église

Jérémie, auteur des livres des Rois

La tradition juive, consignée dans le Talmud, attribue les livres des Rois à Jérémie : c'est lui qui aurait rédigé le récit de la royauté jusqu'à la chute de Jérusalem dont il fut le témoin[7]. Les Pères reprennent cette attribution sans débat : pour eux, l'historien des Rois est un prophète contemporain des derniers rois, et l'auteur du récit d'Élie appartient à la même lignée prophétique que son héros. Saint Jérôme, dans son Prologus Galeatus, range les livres des Rois parmi les livres historiques du canon hébraïque reçu par l'Église[8].

Ce cadre fixe la date de composition : le récit se clôt sur la libération du roi Joïakîn en 561 av. J.-C., la trente-septième année de son exil (2 R 25, 27), donc la rédaction reçue se situe dans l'exil babylonien, une génération après les derniers événements racontés, par un milieu prophétique qui avait connu Jérémie. Le concile Vatican II enseigne que les livres de l'Ancien Testament, écrits sous l'inspiration du Saint-Esprit, gardent une valeur impérissable et préparent l'Évangile[9]. Ce qui vaut pour les livres des Rois vaut pour le dossier d'Élie : il est raconté par la tradition prophétique qui en est l'héritière directe, à quelques générations des faits.

La chronologie : Achab, Qarqar et les vingt-deux ans

L'Écriture donne elle-même le cadre qui date Élie : Achab, fils d'Omri, régna vingt-deux ans sur Israël à Samarie (1 R 16, 29)[10]. La chronologie reçue, établie par Edwin Thiele dans The Mysterious Numbers of the Hebrew Kings (1951) en croisant les synchronismes entre rois d'Israël et de Juda avec les annales assyriennes, place ce règne vers 874-853 av. J.-C., et Michael Coogan retient vers 871-852[11]. Le ministère d'Élie s'inscrit donc dans le troisième quart du IXe siècle, entre la fondation de Samarie par Omri et la bataille de Qarqar.

Repère (référence)Donnée du texte ou de la pierreComputation reçue
Omri fonde Samarie (1 R 16, 24)Colline achetée à Shémer pour deux talents d'argentVers 880 av. J.-C., capitale nouvelle
Achab règne vingt-deux ans (1 R 16, 29)Thiele 874-853 ; Coogan 871-852Cœur du IXe siècle
Bataille de Qarqar (monolithe de Kurkh)Salmanasar III, 853 : Achab aligne deux mille charsAchab meurt peu après, vers 853-852
Ochozias puis Joram (1 R 22, 52 ; 2 R 3, 1)Deux ans puis douze ansVers 853-841
Jéhu rend tribut (obélisque noir)Salmanasar III, 841 : Jéhu fils d'OmriFin de la maison d'Omri, accomplissement d'Élie
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Le monolithe de Kurkh, stèle de Salmanasar III conservée au British Museum, commémore la bataille de Qarqar en 853 et nomme Achab parmi les coalisés, avec le plus fort contingent de chars de toute la coalition[12]. La stèle de Mésha, conservée au Louvre, nomme Omri, roi d'Israël, et raconte la libération de Moab du joug de sa maison[13]. L'obélisque noir du même Salmanasar montre Jéhu, l'exécuteur des sentences d'Élie, prosterné en tributaire vers 841[14]. Trois pierres, trois rois du dossier d'Élie, attestés hors de la Bible : le cadre politique du récit est ancré dans l'histoire du IXe siècle.

Les témoins anciens d'Élie

La chaîne des témoins qui parlent d'Élie comme d'un homme réel part du IIe siècle avant Jésus-Christ et ne s'interrompt plus. Vers 180 av. J.-C., le sage Jésus, fils de Sira, lui consacre un éloge de onze versets (Si 48, 1-11) : prophète comme un feu, parole comme une torche, sécheresse commandée, morts ressuscités, rois châtiés, enlèvement dans le tourbillon, retour promis pour apaiser les cœurs avant la colère[15].

« Le prophète Élie surgit comme un feu, sa parole brûlait comme une torche. » — Ben Sira, 48, 1[16]

Vers la fin du Ier siècle, Flavius Josèphe raconte le cycle d'Élie en historien, pour des lecteurs romains : la sécheresse, la veuve de Sarepta, le Carmel, la fuite devant Jézabel[17]. Dans son Contre Apion, il cite l'historien tyrien Ménandre d'Éphèse, qui rapporte une sécheresse mémorable sous le roi Ithobaal, le beau-père phénicien d'Achab selon la Bible : le souvenir de la grande sécheresse a donc laissé une trace hors d'Israël[18]. Le Nouveau Testament prend le relais, puis les Pères : saint Ambroise consacre à Élie un traité entier, le De Elia et ieiunio, qui fait de son jeûne de quarante jours le modèle du carême chrétien[19]. Aucun de ces témoins, juif, païen cultivé ou chrétien, ne traite Élie en symbole : tous parlent d'un homme.

  1. Vers 880 av. J.-C.
    Omri fonde Samarie

    Le père d'Achab achète la colline à Shémer pour deux talents d'argent et y bâtit la capitale du royaume du Nord (1 R 16, 24).

  2. Vers 874-853 av. J.-C.
    Règne d'Achab et mariage avec Jézabel

    Vingt-deux ans de règne ; l'alliance phénicienne introduit le culte de Baal et d'Ashéra à Samarie (1 R 16, 29-33).

  3. Vers 870-860 av. J.-C.
    Irruption d'Élie et sécheresse

    L'annonce devant Achab, la retraite au Kérit, la veuve de Sarepta, puis le sacrifice du Carmel et la pluie retrouvée (1 R 17-18).

  4. Vers 860-855 av. J.-C.
    Horeb, Nabot, dernières sentences

    Les quarante jours vers l'Horeb, la transmission à Élisée, la vigne de Nabot, la mort d'Achab à Ramoth-Galaad (1 R 19-22).

  5. Vers 853-850 av. J.-C.
    Ochozias et l'enlèvement

    Le feu sur les capitaines, la traversée du Jourdain, le char de feu sous les yeux d'Élisée (2 R 1-2).

  6. 853 av. J.-C.
    Qarqar : Achab dans les annales assyriennes

    Salmanasar III grave le nom d'Achab sur le monolithe de Kurkh parmi les coalisés vaincus à Qarqar.

  7. Vers 841 av. J.-C.
    Jéhu accomplit les sentences

    L'onction ordonnée par Élie aboutit : Jéhu extermine la maison d'Achab et Jézabel périt à Jezreel (2 R 9-10).

  8. Vers 180 av. J.-C.
    Ben Sira chante Élie

    L'éloge du chapitre 48 prouve que le cycle complet est reçu comme histoire sainte deux siècles avant le Christ.

La vie d'Élie

L'irruption : pas de rosée ni de pluie

Élie entre dans l'histoire comme on entre dans une salle du trône : sans présentation, sans généalogie, avec une seule phrase qui est déjà une sentence. Devant Achab, il jure par le Dieu vivant qu'il sert qu'il n'y aura ni rosée ni pluie sauf à sa parole (1 R 17, 1)[20]. Le Thesbite de Galaad, l'homme des marges transjordaniennes vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir, défie ainsi frontalement Baal, le dieu phénicien de l'orage et de la fertilité que Jézabel a installé à Samarie avec quatre cent cinquante prophètes à sa table. Le duel est théologique avant d'être politique : si Baal est le maître de la pluie, qu'il pleuve ; si le Seigneur est Dieu, que le ciel se taise à la parole de son serviteur. Et le ciel se tait pendant trois ans et six mois, durée que Jésus lui-même puis Jacques confirmeront (Lc 4, 25 ; Jc 5, 17)[21].

Kérit et Sarepta : l'école de la dépendance

Aussitôt après sa sentence, Élie doit apprendre ce qu'il prêche : la parole de Dieu l'envoie se cacher au torrent de Kérit, à l'est du Jourdain, où des corbeaux, animaux impurs, lui apportent matin et soir du pain et de la viande[22]. Le paradoxe est voulu : le prophète qui affame le royaume est nourri par le ciel, et l'homme de Dieu découvre que la providence passe par les moyens les plus inattendus. Quand le torrent tarit, Dieu l'envoie hors d'Israël, à Sarepta de Sidon, en plein pays de Jézabel : une veuve païenne, qui ramasse deux morceaux de bois pour un dernier repas avec son fils, devient l'hôtesse du prophète.

Là se produisent les deux premiers grands signes. La farine de la jarre ne s'épuise pas et l'huile de la cruche ne tarit pas jusqu'au retour de la pluie, selon la parole annoncée[23]. Puis l'enfant de la veuve meurt, et Élie accomplit la première résurrection d'un mort racontée par l'Écriture : il s'étend trois fois sur l'enfant, supplie le Seigneur avec instance, et l'âme de l'enfant revient en lui. La confession de la veuve scelle l'épisode : maintenant je sais que tu es un homme de Dieu et que la parole du Seigneur dans ta bouche est vérité. Le Catéchisme retient la leçon : Élie apprend à la veuve la foi en la parole de Dieu, foi qu'il confirme par sa prière instante[24].

« Dieu fait revenir à la vie l'enfant de la veuve. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2583, sur le séjour à Sarepta[25]

Jésus lui-même tirera de cet épisode une leçon sur les nations : au temps d'Élie, il y avait beaucoup de veuves en Israël, et Élie ne fut envoyé à aucune d'elles, mais à une veuve de Sarepta, au pays de Sidon (Lc 4, 25-26)[26]. La veuve païenne accueillie pendant que le ciel reste fermé sur Israël annonce déjà l'ouverture aux nations : c'est le Christ en personne qui donne à Sarepta sa portée universelle.

Le Carmel : le jour où le feu trancha

La troisième année, l'ordre vient : va te montrer à Achab, je donnerai la pluie. Sur la route, Élie rencontre Abdias, l'intendant du palais resté fidèle, qui a caché cent prophètes du Seigneur dans des cavernes pour les soustraire à Jézabel[27]. Achab, lui, accueille le prophète par l'insulte : est-ce toi, le fléau d'Israël. La réponse d'Élie retourne l'accusation : ce n'est pas lui le fléau, c'est le roi et sa maison qui ont abandonné les commandements pour suivre les Baals. Puis vient la convocation : tout Israël, les quatre cent cinquante prophètes de Baal et les quatre cents prophètes d'Ashéra, sur le mont Carmel, la montagne qui avance dans la mer entre la plaine de Jezreel et la côte phénicienne[28].

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Le défi est d'une simplicité redoutable : deux taureaux, deux bûchers sans feu mis dessous, et que le dieu qui répondra par le feu soit reconnu pour Dieu. Les prophètes de Baal s'agitent du matin à midi, se tailladent selon leur coutume, et Élie les raille : criez plus fort, votre dieu est en voyage, il dort peut-être. Puis Élie rebâtit l'autel du Seigneur avec douze pierres, pour les douze tribus, creuse une tranchée, et fait verser par trois fois quatre cruches d'eau sur l'holocauste, en pleine sécheresse : l'eau ruisselle jusque dans la tranchée. Sa prière est brève, soixante-trois mots qui sont une épiclèse avant la lettre[29].

« Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi, pour que tout ce peuple sache que c'est toi, Seigneur, qui es Dieu, et qui as retourné leur cœur ! » — Élie, sur le mont Carmel, 1 R 18, 37[30]

Le feu du Seigneur tombe, consume l'holocauste, le bois, les pierres, la poussière et l'eau de la tranchée. Et le peuple tombe face contre terre avec le cri qui reprend le nom même du prophète.

« C'est le Seigneur qui est Dieu ! C'est le Seigneur qui est Dieu ! » — Le peuple d'Israël, sur le mont Carmel, 1 R 18, 39[31]

Les prophètes de Baal sont saisis et mis à mort au torrent de Qishon, selon la loi qui frappe les faux prophètes entraînant Israël vers d'autres dieux (Dt 13). Élie monte alors au sommet, se prosterne le visage entre les genoux, et envoie sept fois son serviteur guetter la mer : à la septième fois, un petit nuage comme la paume d'une main monte de la mer, et la pluie torrentielle s'abat tandis qu'Élie, la main du Seigneur sur lui, court devant le char d'Achab jusqu'à Jezreel[32]. Le Catéchisme note que les liturgies orientales reprennent les paroles mêmes d'Élie dans l'épiclèse eucharistique : la prière du Carmel est entrée dans la prière de l'Église[33].

L'Horeb : le murmure d'une brise légère

La victoire du Carmel est suivie de la plus profonde chute du récit : Jézabel jure de faire à Élie ce qu'il a fait à ses prophètes, et le vainqueur s'enfuit jusqu'à Bershéba, laisse son serviteur, marche un jour au désert et demande la mort sous un genêt[34]. L'ange le touche deux fois, lui donne un pain cuit sur la braise et une cruche d'eau : saint Ambroise y verra la figure du pain eucharistique qui fortifie le jeûne du carême[35]. Fortifié, Élie marche quarante jours et quarante nuits jusqu'à l'Horeb, la montagne de Dieu, comme Moïse avant lui, comme Jésus au désert après lui : les trois grands jeûnes de quarante jours de l'histoire sainte se répondent[36].

« Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à l'Horeb, la montagne de Dieu. » — 1 R 19, 8[37]

Dans la caverne, Dieu l'interroge : que fais-tu là, Élie. La plainte fuse, deux fois répétée comme un refrain : je suis rempli d'un zèle jaloux, les fils d'Israël ont abandonné ton alliance, renversé tes autels, tué tes prophètes par l'épée, je suis resté seul et ils cherchent à prendre ma vie. Alors Dieu passe : un ouragan qui fend les montagnes, mais le Seigneur n'est pas dans l'ouragan ; un tremblement de terre, mais le Seigneur n'est pas dedans ; un feu, mais le Seigneur n'est pas dans le feu ; et après le feu, le murmure d'une brise légère. Élie se voile le visage de son manteau : il a compris que Dieu ne se rencontre pas nécessairement dans la puissance, et que le zèle qui tue les prophètes de Baal doit devenir écoute[38].

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« Et après ce feu, le murmure d'une brise légère. » — 1 R 19, 12[39]

La réponse de Dieu est triple et commande la suite de l'histoire : oindre Hazaël roi d'Aram, Jéhu roi d'Israël, et Élisée prophète à sa place. Le découragé reçoit un successeur, l'isolé apprend qu'il reste sept mille hommes dont le genou n'a pas fléchi devant Baal, chiffre que Paul citera aux Romains pour prouver que Dieu n'a pas rejeté son peuple (Rm 11, 2-4)[40][41]. Sur le chemin du retour, Élie jette son manteau sur Élisée qui laboure avec douze paires de bœufs : l'appelé immole son attelage, fait cuire la viande sur le bois de l'attelage, et suit le maître[42].

La vigne de Nabot : le meurtre qui condamne une dynastie

À Jezreel, Achab veut la vigne de Nabot, enclavée près du palais, pour en faire un jardin potager. Nabot refuse au nom de l'héritage inaliénable : que le Seigneur me garde de te céder l'héritage de mes pères (Lv 25, 23)[43]. Jézabel organise alors un simulacre de procès : deux vauriens accusent Nabot d'avoir maudit Dieu et le roi, et la foule le lapide hors la ville. Quand Achab descend prendre possession, Élie l'attend dans la vigne avec la sentence la plus célèbre du cycle : tu as assassiné, et de plus tu voles ; à l'endroit même où les chiens ont lapé le sang de Nabot, ils laperont ton sang ; et Jézabel sera dévorée par les chiens dans la campagne de Jezreel[44].

L'épisode compte parmi les preuves internes les plus fortes de l'ancienneté du récit : aucune propagande royale ou sacerdotale postérieure n'aurait inventé contre son propre roi fondateur une infamie aussi précise, avec des noms, un lieu et une procédure, conservée au cœur du dossier national. Le critère de l'embarras, que l'historiographie applique à Jésus, vaut ici pour Achab : on n'invente pas la honte de sa propre maison[45]. La sentence s'accomplira point par point : Achab tombe à Ramoth-Galaad déguisé, frappé entre les jointures de la cuirasse, et on lave son char à l'étang de Samarie où les chiens lèchent son sang (1 R 22) ; Jézabel, fardée à la fenêtre de Jezreel, est précipitée par ses eunuques sur l'ordre de Jéhu, et les chiens ne laissent d'elle que le crâne, les pieds et les paumes (2 R 9)[46].

Ochozias : le feu tombe deux fois

Ochozias, fils d'Achab, tombé du balcon de sa chambre haute à Samarie, envoie consulter Baal-Zeboub, dieu d'Éqrôn, pour savoir s'il guérira : comme s'il n'y avait pas de Dieu en Israël[47]. Élie intercepte les messagers avec la question cinglante et annonce la mort du roi. Furieux, Ochozias envoie un capitaine et cinquante hommes : homme de Dieu, le roi dit : descends. Que le feu tombe du ciel et te dévore, répond Élie ; et le feu tombe. Un second capitaine, même insolence, même feu. Le troisième capitaine fléchit le genou et supplie : que ma vie compte à tes yeux. L'ange ordonne à Élie de descendre sans crainte avec lui, et le prophète annonce au roi sa mort en face : il mourut selon la parole du Seigneur (2 R 1, 17). Jacques et Jean, fils du tonnerre, s'en souviendront devant un village samaritain inhospitalier : Seigneur, veux-tu que nous commandions au feu de tomber du ciel, et Jésus les réprimandra (Lc 9, 54-55)[48]. Le zèle d'Élie reste une tentation pour les disciples tant qu'ils n'ont pas compris que le Fils de l'homme est venu sauver, non perdre.

Le char de feu : l'enlèvement sous les yeux d'Élisée

Le dernier acte se joue en quatre stations : Guilgal, Béthel, Jéricho, le Jourdain, comme une marche à rebours de l'entrée en Terre promise sous Josué (2 R 2)[49]. Trois fois Élie ordonne à Élisée de rester, trois fois le disciple jure qu'il ne le quittera pas. Cinquante frères-prophètes regardent de loin. Au bord du Jourdain, Élie roule son manteau, frappe les eaux qui s'écartent de part et d'autre, et tous deux passent à pied sec : le geste de Moïse à la mer et de Josué au même fleuve se répète une troisième fois, preuve que l'esprit des pères repose sur le Thesbite[50].

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Alors Élisée demande la double part de l'esprit d'Élie, la part de l'aîné selon la loi (Dt 21, 17) : tu demandes une chose difficile, mais si tu me vois enlevé, tu l'auras. Un char de feu aux chevaux de feu les sépare, Élie monte au ciel dans un ouragan, et le cri d'Élisée déchire l'air.

« Mon père !... Mon père !... Char d'Israël et ses cavaliers ! » — Élisée, voyant Élie enlevé, 2 R 2, 12[51]

Élisée ramasse le manteau tombé, frappe à son tour les eaux en criant : où est le Seigneur, le Dieu d'Élie ; et les eaux s'écartent : la succession est consommée. Les frères-prophètes de Jéricho confessent : l'esprit d'Élie repose sur Élisée. Comme Hénoch avant lui (Gn 5, 24), Élie entre vivant dans l'au-delà sans connaître la mort, ce qui fondera l'attente juive de son retour et la place unique qu'il occupe dans l'espérance d'Israël[52].

La théologie d'Élie : le zèle, la prière, la présence

Le zèle qui dévore et qui doit être converti

Le mot qui résume Élie dans sa propre bouche est le zèle : je suis rempli d'un zèle jaloux pour le Seigneur (1 R 19, 10.14). Ce zèle accomplit des prodiges, mais le récit montre aussi sa limite : le même homme qui triomphe au Carmel s'effondre devant une menace de femme, et Dieu doit le conduire à l'Horeb pour lui apprendre que la puissance n'est pas le lieu nécessaire de sa présence. La tradition spirituelle en tire une leçon permanente : le zèle pour Dieu est saint quand il consume le prophète lui-même, il devient dangereux quand il ne veut consumer que les autres. Les fils du tonnerre qui réclament le feu sur la Samarie en sont l'illustration évangélique : Jésus se retourne et les réprimande, car le zèle d'Élie sans la douceur du Christ n'est plus l'esprit du Christ[53].

La prière d'Élie, sommet de la révélation

Le Catéchisme de l'Église catholique consacre à Élie trois paragraphes qui en font le père des prophètes et l'un des sommets de la révélation de la prière dans l'Ancien Testament[54].

« Élie est le père des prophètes, de la race de ceux qui cherchent Dieu, qui poursuivent sa Face. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2582[55]

Le Catéchisme déploie ensuite les trois écoles de sa prière : Kérit où il apprend la miséricorde, Sarepta où sa prière instante rend la vie à l'enfant, le Carmel où sa supplication fait tomber le feu à l'heure de l'offrande du soir, puis l'Horeb où il apprend que la gloire de Dieu se dévoilera pleinement seulement sur la montagne de la Transfiguration, sur la face du Christ crucifié et ressuscité[56]. L'épître de Jacques tire la conclusion pour tous les baptisés.

« Élie était un homme pareil à nous ; il pria avec instance pour qu'il ne pleuve pas, et il ne tomba pas de pluie sur la terre pendant trois ans et six mois. Il pria de nouveau, et le ciel donna la pluie, et la terre produisit son fruit. » — Saint Jacques, 5, 17-18[57]

La supplication ardente du juste a beaucoup de puissance : c'est sur Élie, et non sur un ange ni sur un sage lointain, que Jacques appuie l'exhortation à la prière des malades et à la confession des péchés. Le plus grand thaumaturge de l'Ancien Testament est présenté comme un homme pareil à nous : la proximité, et non la distance, fonde l'exemple.

Moïse et Élie : les deux montagnes se répondent

Le récit construit une symétrie voulue entre Moïse et Élie, que le tableau ci-dessous rend visible. Loin d'être un artifice de rédacteur tardif, cette symétrie est revendiquée par le texte lui-même : Élie marche vers l'Horeb, c'est-à-dire vers le Sinaï, vers la montagne de Moïse, et Dieu l'y accueille dans la même caverne.

TraitMoïseÉlie
Le jeûneQuarante jours sur le Sinaï (Ex 34, 28)Quarante jours vers l'Horeb (1 R 19, 8)
L'eau ouverteLa mer s'ouvre devant le bâton (Ex 14)Le Jourdain s'ouvre devant le manteau (2 R 2)
La caverneMis au creux du rocher (Ex 33, 22)Blotti au creux du rocher (1 R 19, 13)
Le pain du cielLa manne au désert (Ex 16)Le pain apporté au désert (1 R 19, 6)
La finMeurt sur le Nébo, tombeau inconnu (Dt 34)Enlevé vivant, sans tombeau (2 R 2)
La gloireVisage rayonnant (Ex 34, 29)Visage vu dans la gloire (Lc 9, 30-31)
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C'est pourquoi, sur la montagne de la Transfiguration, les deux apparaissent ensemble : la Loi et les Prophètes rendent ensemble témoignage au Christ, et les deux hommes des deux montagnes contemplent ensemble le troisième sommet[58].

L'accomplissement chrétien : le retour d'Élie

La promesse qui clôt l'Ancien Testament

Le dernier prophète, Malachie, ferme l'Ancien Testament sur une promesse qui est aussi une attente : avant le jour du Seigneur, Élie reviendra pour ramener le cœur des pères vers les fils[59].

« Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères vers leurs fils, et le cœur des fils vers leurs pères. » — Malachie, 3, 23-24[60]

Ben Sira avait déjà chanté ce retour : Élie est désigné pour apaiser la colère avant qu'elle n'éclate et ramener le cœur des pères vers les fils (Si 48, 10)[61]. Cette attente explique la ferveur juive autour d'Élie : la coupe d'Élie posée sur la table du séder de Pâque, que nul ne boit, attend le précurseur ; à la circoncision, le siège d'Élie rappelle qu'il assiste à l'entrée des enfants dans l'alliance ; et la question posée à Jean-Baptiste : es-tu Élie, montre que tout Israël guettait son retour[62].

Jean-Baptiste, l'Élie qui doit venir

L'ange l'annonce à Zacharie avant même la conception du Précurseur : il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie, pour ramener les cœurs (Lc 1, 17)[63].

« Il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l'esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs fils. » — L'ange Gabriel à Zacharie, Lc 1, 17[64]

Jésus tranche lui-même : si vous voulez bien comprendre, c'est lui, l'Élie qui doit venir (Mt 11, 14)[65]. Et quand les scribes objectent qu'Élie doit venir d'abord, Jésus répond qu'Élie est déjà venu en Jean-Baptiste, et qu'on l'a traité comme on a traité les prophètes (Mt 17, 10-13). La réponse de Jean-Baptiste aux prêtres, qui nie être Élie (Jn 1, 21), n'est pas une contradiction : il refuse l'identité charnelle et la réincarnation que ses interrogateurs supposent, tandis que Jésus affirme l'identité de mission et d'esprit. Le Précurseur vient dans la puissance d'Élie : désert, vêtement de poil, ceinture de cuir, appel à la conversion des puissants, confrontation avec un roi adultère et une reine meurtrière, Hérode et Hérodiade rejouant Achab et Jézabel jusqu'au sang versé[66].

La Transfiguration : Élie dans la gloire

Six jours après la confession de Césarée, Jésus prend Pierre, Jacques et Jean sur une haute montagne : son visage devient brillant comme le soleil, et voici que Moïse et Élie leur apparaissent, s'entretenant avec lui (Mt 17, 1-5)[67]. Luc précise l'objet de l'entretien : ils parlaient de son départ, qu'il allait accomplir à Jérusalem (Lc 9, 31). La Loi et les Prophètes contemplent ensemble l'Exode nouveau, et la voix du Père dans la nuée ordonne : écoutez-le. Élie, qui avait voilé son visage devant la brise de l'Horeb, voit désormais la Face qu'il poursuivait : le Catéchisme l'enseigne, c'est seulement sur la montagne de la Transfiguration que se dévoile Celui dont Moïse et Élie poursuivaient la Face[68].

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La foule, elle, se méprend jusqu'au bout : prenant Jésus pour Élie revenu (Mt 16, 14 ; Mc 8, 28), puis prenant son cri de la croix pour un appel à Élie (Mc 15, 35-36). Ces méprises mêmes prouvent combien l'attente était vivante : au pied de la croix comme au bord du Jourdain, Israël guette Élie. Et l'Apocalypse donne aux deux témoins de la fin les pouvoirs mêmes d'Élie et de Moïse : fermer le ciel pour qu'il ne pleuve pas, changer les eaux en sang (Ap 11, 6)[69]. Le premier des témoins porte le visage du Thesbite : l'histoire sainte ne l'a pas congédié, elle l'attend encore.

Élie dans la liturgie et le Carmel

Le 20 juillet : la fête du père des prophètes

Élie est fêté le 20 juillet par l'ordre du Carmel, qui l'honore comme son père et son inspirateur, et par les Églises orientales, catholiques et orthodoxes, qui lui donnent le titre de prophète glorieux et voyant de Dieu[70]. Le lectionnaire romain proclame ses grands épisodes aux jours qui leur correspondent : la veuve de Sarepta, le Carmel, la marche vers l'Horeb et la brise légère irriguent les lectures féries et dominicales, et la Transfiguration, le 6 août, ramène chaque année Élie sur la montagne avec Moïse et le Christ[71]. Les liturgies orientales, comme le relève le Catéchisme, reprennent les paroles mêmes de sa prière du Carmel dans l'épiclèse eucharistique, l'appel à l'Esprit sur les offrandes : Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi[72].

Le Carmel : la montagne d'Élie devenue jardin de la Vierge

La tradition locale place le sacrifice sur les hauteurs du Carmel, au lieu-dit El-Muhraqa, le lieu du sacrifice par le feu, où un monastère carme accueille les pèlerins : il s'agit d'une tradition vénérable, non d'une preuve archéologique, et l'article la donne pour ce qu'elle est[73]. Au XIIe siècle, des ermites latins s'installent près de la source d'Élie, à Wadi Ain es-Siah, sur les pentes du Carmel, pour y mener la vie solitaire à l'imitation du prophète. Saint Albert de Jérusalem leur donne entre 1206 et 1214 la Règle qui fera d'eux l'ordre du Carmel, placé sous le patronage de Notre-Dame du Mont-Carmel[74].

« Dieu, qui par ton ange as donné à ton prophète et notre père le bienheureux Élie nourriture et boisson. » — Propre du Carmel, prière après la communion de la fête de saint Élie, 20 juillet[75]

Les grands réformateurs du Carmel, sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix, relisent constamment Élie : la montée vers Dieu comme une marche au désert, la nuit comme une caverne, l'union comme une brise légère après le feu. L'ordre comptera la fête de saint Élie parmi ses solennités propres, et les carmes portent le scapulaire sous le regard du père qui le premier habita leur montagne[76].

Les lieux d'Élie aujourd'hui

Le pèlerin qui veut marcher sur les pas du Thesbite trouve des lieux de mémoire plus que des ruines prouvées, et l'honnêteté commande de le dire. Thischbé de Galaad, sa patrie supposée, n'est pas identifiée avec certitude. Le torrent de Kérit est traditionnellement reconnu dans un oued à l'est du Jourdain. Sarepta est l'actuelle Sarfand sur la côte libanaise, où une chapelle marque le souvenir de la veuve. Le Carmel offre El-Muhraqa et la source d'Élie. L'Horeb se confond avec le Sinaï de la tradition, autour du monastère Sainte-Catherine. Le Jourdain coule toujours à l'endroit du passage. Aucune de ces traditions ne prouve le récit, mais leur convergence dessine une géographie cohérente avec le texte : les lieux d'Élie sont ceux du IXe siècle, non ceux d'une légende désincarnée[77].

Ce que propose l'exégèse moderne, et ses limites

L'hypothèse deutéronomiste : de quoi s'agit-il

Pour comprendre le débat, il faut d'abord l'exposer loyalement. Depuis Martin Noth et ses Études sur l'histoire de la tradition (1943), une partie de l'exégèse contemporaine propose que les livres des Rois appartiennent à une grande histoire deutéronomiste : un récit de la royauté composé pendant l'exil, au VIe siècle, pour expliquer la catastrophe de 587 par l'infidélité des rois à l'alliance[78]. Dans ce cadre, certains commentateurs datent les cycles d'Élie et d'Élisée de strates tardives : récits prophétiques d'abord indépendants, insérés après coup dans la trame royale, retouchés par des mains exiliques ou postexiliques. Frank Cross a affiné le modèle en 1973 avec deux rédactions successives, l'une sous Josias, l'autre pendant l'exil[79]. D'autres y ajoutent des lectures sociologiques : Élie serait la figure de proue d'un mouvement de résistance yahwiste contre la monarchie omride, amplifié par la légende[80].

Ces travaux contiennent des observations littéraires réelles : le cycle d'Élie forme un ensemble repérable, avec ses refrains, ses doublons et ses coutures visibles. L'article ne le nie pas : un texte ancien peut avoir été recueilli, ordonné et retouché sans cesser d'être véridique, comme les Évangiles eux-mêmes assemblent des traditions orales sans inventer leur héros.

Cinq fragilités de la lecture basse

Première fragilité : le présupposé anti-miraculeux. Quand toute intervention divine classe d'office un récit parmi les fictions tardives, la datation basse est présupposée, non démontrée : le miracle devient la preuve de la légende au lieu d'être l'objet de l'enquête. C'est un postulat philosophique, pas un résultat historique, et Benoît XVI a mis en garde contre l'exégèse qui réduit le texte à des strates sans jamais rencontrer les personnes[81].

Deuxième fragilité : les datations circulaires. Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon un présupposé d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution : le raisonnement tourne sur lui-même sans point d'appui extérieur[82].

Troisième fragilité : l'argument du silence. L'absence de mention d'Élie hors des Rois avant Ben Sira est traitée comme preuve de son inexistence, comme si les annales royales et les prophètes écrits devaient tout citer. Or Amos, le premier prophète écrivain, ne cite pas non plus Samuel : personne n'en conclut que Samuel n'a pas existé[83].

Quatrième fragilité : les sources invisibles. Aucun manuscrit des strates supposées n'existe ; leurs frontières et leurs dates varient selon les écoles, et ce que l'une attribue à l'exil, l'autre l'attribue à Josias ou au retour[84].

Cinquième fragilité : le démenti des pierres. Plus l'archéologie avance, plus le cadre omride se consolide : Omri et Achab sont nommés hors de la Bible, Jéhu rend tribut en 841, et les textes d'Ougarit, découverts à Ras Shamra à partir de 1929 et datés des XIVe-XIIIe siècles, décrivent Baal comme dieu de l'orage et de la pluie, exactement l'adversaire théologique du Carmel : le milieu religieux du récit est authentiquement cananéen, non une invention d'exilés babyloniens[85]. À ce dossier s'ajoute la stèle de Tel Dan, fragment araméen découvert en 1993 et attribué au roi Hazaël de Damas, celui-là même qu'Élie reçoit l'ordre d'oindre (1 R 19, 15) : elle nomme un roi de la maison de David vaincu par son auteur, preuve que les dynasties du récit et leurs guerres araméennes appartiennent bien au IXe siècle[86].

Pourquoi la datation traditionnelle reste défendable

Trois faisceaux convergent. D'abord, l'ancienneté du témoignage : Ben Sira, vers 180 av. J.-C., connaît le cycle complet, sécheresse, tourbillon, retour promis ; il faut donc que l'ensemble soit fixé bien avant les datations les plus basses proposées pour ses strates, ce qui resserre considérablement la marge des reconstructions[87]. Ensuite, la couleur d'époque : noms égyptiens et phéniciens du dossier, procédures juridiques de Jezreel, géographie exacte du Carmel au Jourdain, alliance phénicienne par mariage royal, tout respire le IXe siècle levantin documenté par les annales assyriennes[88]. Enfin, la psychologie du récit : un Nabot inventé après coup n'aurait ni nom ni vigne ni procédure ; un Élie inventé ne fuirait pas devant une femme au lendemain de son triomphe ; une propagande n'inventerait pas la honte de sa propre maison. Le texte porte les marques du vécu, non celles de la légende dorée[89].

La conclusion tient en une phrase : on peut discuter des retouches et de l'ordre des épisodes, on ne peut pas, sans arbitraire, transformer en fiction tardive un dossier ancré dans le IXe siècle, attesté par trois inscriptions contemporaines, reçu par toute la tradition juive et chrétienne, et traité comme histoire par le Christ lui-même.

Pour aller plus loin

  • Élisée : le disciple qui reçut la double part et poursuivit l'œuvre du maître.
  • Moïse : l'homme de la première montagne, avec qui Élie s'entretient à la Transfiguration.
  • Samuel : le dernier juge devenu prophète, autre fondateur de l'école prophétique.
  • David : le roi selon le cœur de Dieu, dont la dynastie survit à la maison d'Achab.
  • Abraham : le père des croyants, dont la prière d'intercession annonce celle d'Élie.
  • Salomon : le bâtisseur du Temple, un siècle avant le Carmel.

Notes et références

  1. Les livres des Rois forment avec Josué, les Juges et Samuel les Prophètes antérieurs du canon hébraïque reçu par l'Église. Voir saint Jérôme, Prologus Galeatus, sur l'ordre des vingt-deux livres.

    1
  2. Concile de Trente, IVe session, décret Sacrosancta, 8 avril 1546 : les livres des Rois figurent au canon reçu, avec l'Ancien Testament tout entier.

    2
  3. Sur l'unité du cycle : André Wénin et la tradition des commentaires narratifs ; la structure Kérit, Sarepta, Carmel, Horeb, Jourdain est revendiquée par le texte lui-même.

    3
  4. Mt 11, 14 ; Mt 17 ; Jc 5, 17-18 ; Rm 11, 2-4 : le Nouveau Testament traite Élie en personne de l'histoire sainte.

    4
  5. Deuxième livre des Chroniques, 21, 12-15 : la lettre d'Élie à Joram. Sur les corégences, Edwin R. Thiele, The Mysterious Numbers of the Hebrew Kings, 1951 : Joram de Juda corégent de Josaphat avant son règne seul, ce qui replace la lettre dans le vivant d'Élie.

    5
  6. La lettre annonce à Joram une grande plaie sur son peuple et une maladie des entrailles sans remède (2 Ch 21, 14-15), accomplies en 2 Ch 21, 16-19 : la sentence et son accomplissement portent la marque du cycle d'Élie.

    6
  7. Talmud de Babylone, traité Baba Batra, 15a : Jérémie a écrit son livre, les Rois et les Lamentations. Attribution constante de la tradition juive.

    7
  8. Saint Jérôme, Prologus Galeatus (préface à Samuel et aux Rois), fin IVe siècle : les livres des Rois parmi les livres historiques du canon hébraïque des vingt-deux livres.

    8
  9. Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum, § 14-16, 18 novembre 1965 : les livres de l'Ancien Testament, inspirés, gardent une valeur impérissable et préparent l'Évangile.

    9
  10. Premier livre des Rois, 16, 29 : Achab, fils d'Omri, régna vingt-deux ans. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    10
  11. Edwin R. Thiele, The Mysterious Numbers of the Hebrew Kings, University of Chicago Press, 1951 : Achab vers 874-853. Michael D. Coogan retient vers 871-852. L'écart porte sur l'ancrage, non sur la durée biblique de vingt-deux ans.

    11
  12. Monolithe de Kurkh, règne de Salmanasar III, bataille de Qarqar, 853 av. J.-C. : Achab d'Israël parmi les coalisés, avec deux mille chars, le plus fort contingent. British Museum, Londres.

    12
  13. Stèle de Mésha, roi de Moab, vers 840-830 av. J.-C. : Omri, roi d'Israël, et sa maison nommés comme oppresseurs de Moab. Musée du Louvre, Paris.

    13
  14. Obélisque noir de Salmanasar III, vers 841 av. J.-C. : Jéhu, dit fils d'Omri, prosterné en tributaire. British Museum, Londres.

    14
  15. Ben Sira, 48, 1-11, vers 180 av. J.-C. : l'éloge complet d'Élie, premier témoin daté du cycle entier.

    15
  16. Livre de Ben Sira le Sage, 48, 1 : le prophète Élie surgit comme un feu. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    16
  17. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre VIII, 13, fin Ier siècle : le récit d'Élie pour des lecteurs romains, sécheresse, Sarepta, Carmel.

    17
  18. Flavius Josèphe, Contre Apion, I, citant Ménandre d'Éphèse, historien de Tyr : une sécheresse mémorable sous le roi Ithobaal, contemporain d'Achab et père de Jézabel selon 1 R 16, 31.

    18
  19. Saint Ambroise, De Elia et ieiunio (Sur Élie et le jeûne), vers 389 : Élie modèle du jeûne chrétien, du Kérit à l'Horeb.

    19
  20. Premier livre des Rois, 17, 1 : ni rosée ni pluie sauf à ma parole. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    20
  21. Luc 4, 25 et Jacques 5, 17 : trois ans et six mois. Le Nouveau Testament fixe lui-même la durée que les Rois laissent implicite.

    21
  22. Premier livre des Rois, 17, 2-6 : la retraite au torrent de Kérit, les corbeaux porteurs de pain et de viande. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    22
  23. Premier livre des Rois, 17, 7-24 : Sarepta, la farine et l'huile inépuisables, la résurrection de l'enfant. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    23
  24. Catéchisme de l'Église catholique, § 2583, sur aelf.org et vatican.va : Kérit, Sarepta, Carmel, Horeb comme écoles de la prière d'Élie.

    24
  25. Catéchisme de l'Église catholique, § 2583 : Dieu fait revenir à la vie l'enfant de la veuve. Texte vérifié sur vatican.va.

    25
  26. Évangile selon saint Luc, 4, 25-26 : aucune veuve d'Israël, mais Sarepta au pays de Sidon. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    26
  27. Premier livre des Rois, 18, 3-4 : Abdias cache cent prophètes dans des cavernes. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    27
  28. Premier livre des Rois, 18, 19-20 : la convocation sur le Carmel. Montagne entre Jezreel et la mer, face à la Phénicie.

    28
  29. Premier livre des Rois, 18, 20-40 : le sacrifice du Carmel, douze pierres, l'eau versée trois fois, le feu, le cri du peuple. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    29
  30. Premier livre des Rois, 18, 37 : Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    30
  31. Premier livre des Rois, 18, 39 : C'est le Seigneur qui est Dieu, deux fois. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    31
  32. Premier livre des Rois, 18, 41-46 : les sept regards, le nuage comme une paume, la course vers Jezreel. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    32
  33. Catéchisme de l'Église catholique, § 2583 : ce sont les paroles mêmes d'Élie que les liturgies orientales reprennent dans l'épiclèse eucharistique. Texte vérifié sur vatican.va.

    33
  34. Premier livre des Rois, 19, 1-8 : la fuite devant Jézabel, le genêt, l'ange, le pain sur la braise. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    34
  35. Saint Ambroise, De Elia et ieiunio : le pain cuit sur la braise comme figure du pain qui fortifie le jeûne chrétien.

    35
  36. Ex 34, 28 (Moïse), 1 R 19, 8 (Élie), Mt 4, 2 (Jésus) : les trois jeûnes de quarante jours de l'histoire sainte.

    36
  37. Premier livre des Rois, 19, 8 : quarante jours et quarante nuits jusqu'à l'Horeb. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    37
  38. Premier livre des Rois, 19, 9-14 : la double plainte, l'ouragan, le séisme, le feu, puis la brise. Lecture reçue des Pères et du Catéchisme (§ 2583).

    38
  39. Premier livre des Rois, 19, 12 : le murmure d'une brise légère. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    39
  40. Premier livre des Rois, 19, 18, cité en Romains 11, 4 : les sept mille qui n'ont pas fléchi le genou devant Baal.

    40
  41. Épître aux Romains, 11, 2-4 : Élie intercède, les sept mille réservés. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    41
  42. Premier livre des Rois, 19, 19-21 : le manteau jeté sur Élisée, l'attelage immolé. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    42
  43. Premier livre des Rois, 21, 1-16 : la vigne de Nabot, le jeûne proclamé, les deux vauriens, la lapidation. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    43
  44. Premier livre des Rois, 21, 17-24 : la sentence d'Élie sur Achab et Jézabel. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    44
  45. Critère de l'embarras appliqué au dossier royal : une tradition nationale n'invente pas contre son fondateur une infamie aussi circonstanciée.

    45
  46. Premier livre des Rois, 22, 34-38 (Achab à Ramoth-Galaad) ; Deuxième livre des Rois, 9, 30-37 (Jézabel à Jezreel) : l'accomplissement littéral des sentences.

    46
  47. Deuxième livre des Rois, 1 : Baal-Zeboub d'Éqrôn, les deux capitaines consumés, le troisième épargné. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    47
  48. Évangile selon saint Luc, 9, 54-55 : Jacques et Jean veulent le feu du ciel sur un village samaritain, Jésus les réprimande.

    48
  49. Deuxième livre des Rois, 2, 1-15 : Guilgal, Béthel, Jéricho, Jourdain, char de feu, manteau. Traduction liturgique de l'AELF, textes vérifiés sur aelf.org.

    49
  50. Ex 14 (Moïse), Jos 3 (Josué), 2 R 2 (Élie puis Élisée) : les trois ouvertures des eaux de l'histoire sainte.

    50
  51. Deuxième livre des Rois, 2, 11-12 : le char de feu, l'ouragan, le cri d'Élisée. Traduction liturgique de l'AELF, texte vérifié sur aelf.org.

    51
  52. Genèse 5, 24 (Hénoch) ; 2 R 2, 11 (Élie) : les deux enlèvements sans mort de l'Ancien Testament, fondement de l'attente du retour.

    52
  53. 1 R 19, 10.14 (le zèle) ; Lc 9, 54-55 (la réprimande) : le zèle d'Élie relu par le Christ comme une étape vers la douceur.

    53
  54. Catéchisme de l'Église catholique, § 2582-2584, sur vatican.va : Élie père des prophètes, sommet de la révélation de la prière.

    54
  55. Catéchisme de l'Église catholique, § 2582 : Élie est le père des prophètes. Texte vérifié sur vatican.va.

    55
  56. Catéchisme de l'Église catholique, § 2583-2584 : les écoles de la prière d'Élie et la Transfiguration comme dévoilement. Textes vérifiés sur vatican.va.

    56
  57. Épître de saint Jacques, 5, 16b-18 : la supplication ardente du juste, Élie homme pareil à nous. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    57
  58. La symétrie est interne au texte (Horeb, caverne, quarante jours) et scellée par la Transfiguration (Mt 17, 3).

    58
  59. Livre de Malachie, 3, 23-24 : l'envoi d'Élie avant le jour du Seigneur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    59
  60. Livre de Malachie, 3, 23-24 : le retour promis. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    60
  61. Livre de Ben Sira le Sage, 48, 9-10 : l'enlèvement dans le tourbillon et le retour pour apaiser. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    61
  62. Coupe d'Élie au séder de Pâque, siège d'Élie à la circoncision : coutumes juives attestées qui portent l'attente du retour. Jean 1, 21 en témoigne dans le Nouveau Testament.

    62
  63. Évangile selon saint Luc, 1, 17 : l'esprit et la puissance d'Élie sur le Précurseur. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    63
  64. Évangile selon saint Luc, 1, 17 : l'annonce à Zacharie. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    64
  65. Évangile selon saint Matthieu, 11, 14 : c'est lui, l'Élie qui doit venir. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    65
  66. Mt 3, 4 (vêtement de poil) ; Mt 14, 3-12 (Hérode, Hérodiade, la mort du Précurseur) : le parallèle Achab et Jézabel rejoué, relevé par la tradition des Pères.

    66
  67. Évangile selon saint Matthieu, 17, 1-8 ; Marc 9, 2-8 ; Luc 9, 28-36 : Moïse et Élie dans la gloire. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    67
  68. Catéchisme de l'Église catholique, § 2583 : c'est seulement sur la montagne de la Transfiguration que se dévoilera Celui dont ils poursuivent la Face. Texte vérifié sur vatican.va.

    68
  69. Apocalypse, 11, 5-6 : fermer le ciel et changer les eaux en sang, les pouvoirs d'Élie et de Moïse réunis. Traduction liturgique de l'AELF, sur aelf.org.

    69
  70. Ordre du Carmel et Églises orientales : saint Élie honoré le 20 juillet, patron et père de l'ordre carmélitain.

    70
  71. Ordo Lectionum Missae : les épisodes d'Élie (Sarepta, Carmel, Horeb) aux lectures féries et dominicales ; Transfiguration au 6 août.

    71
  72. Catéchisme de l'Église catholique, § 2583 : les liturgies orientales reprennent les paroles d'Élie dans l'épiclèse. Texte vérifié sur vatican.va.

    72
  73. El-Muhraqa, sur le Carmel : lieu traditionnel du sacrifice, monastère carme. Tradition vénérable, non fouille probante : l'article la donne pour ce qu'elle est.

    73
  74. Règle de saint Albert de Jérusalem aux ermites du Carmel, 1206-1214 : l'acte de naissance de l'ordre, sur la montagne d'Élie, sous le patronage de Notre-Dame.

    74
  75. Propre du Carmel, 20 juillet, fête de saint Élie : la collecte et la prière après la communion honorent le prophète comme père de l'ordre.

    75
  76. Sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix : la relecture d'Élie dans la réforme du Carmel, marche, nuit, caverne et brise légère comme images de l'union.

    76
  77. Thischbé non identifiée, Kérit à l'est du Jourdain, Sarepta à Sarfand, Carmel à El-Muhraqa, Horeb au Sinaï traditionnel : l'honnêteté commande de distinguer tradition et preuve.

    77
  78. Martin Noth, Überlieferungsgeschichtliche Studien, 1943 : l'hypothèse de l'histoire deutéronomiste, récit exilique expliquant 587 par l'infidélité. Exposée loyalement, discutée ensuite.

    78
  79. Frank M. Cross, Canaanite Myth and Hebrew Epic, Harvard, 1973 : double rédaction deutéronomiste, sous Josias puis pendant l'exil. Hypothèse interprétative, non verdict.

    79
  80. Une partie de l'exégèse contemporaine propose de lire Élie comme figure d'une résistance yahwiste à la monarchie omride : lecture possible du milieu, non preuve de fiction.

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  81. Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, 30 septembre 2010 : contre une exégèse qui réduirait le texte à des strates sans rencontrer les personnes.

    81
  82. Les morceaux sont découpés selon des critères stylistiques, datés selon un présupposé d'évolution religieuse, puis invoqués comme preuve de cette évolution.

    82
  83. Amos ne cite pas Samuel, les Chroniques taisent bien des détails des Rois : le silence d'un livre postérieur ne prouve pas l'inexistence.

    83
  84. Aucun manuscrit des strates supposées n'existe ; leurs frontières et leurs dates varient selon les écoles.

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  85. Ras Shamra (Ougarit), à partir de 1929, textes des XIVe-XIIIe siècles : Baal-Hadad, dieu de l'orage et de la pluie. L'adversaire du Carmel est authentiquement cananéen.

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  86. Stèle de Tel Dan, fragments araméens découverts à Tel Dan en 1993-1994, milieu du IXe siècle : l'auteur, tenu pour Hazaël de Damas, se vante d'avoir tué le roi d'Israël et le roi de la maison de David (bytdwd). Musée d'Israël, Jérusalem.

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  87. Si 48, vers 180 av. J.-C. : le cycle complet est fixé bien avant les datations basses proposées pour ses strates.

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  88. Noms, procédures, géographie, alliance phénicienne, annales assyriennes : le dossier respire le IXe siècle levantin.

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  89. Nabot circonstancié, fuite devant Jézabel, honte de la maison d'Omri conservée : les marques du vécu, non de la légende dorée.

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