Saint Albert de Jérusalem (1149-1214)

Saint Albert de Jérusalem (Albert Avogadro, vers 1149-1214), né en Émilie, chanoine régulier de Mortara puis évêque de Bobbio et de Verceil pendant vingt ans, fut un grand évêque réformateur et un diplomate pacificateur de l'Italie communale. Nommé patriarche latin de Jérusalem par Innocent III en 1205, il résida à Saint-Jean-d'Acre, Jérusalem étant aux mains des musulmans (Ayyoubides) depuis la reprise de Saladin en 1187. À la demande des ermites du mont Carmel et de leur prieur « B. », traditionnellement identifié à saint Brocard, il rédigea la formula vitae qui devint la Règle du Carmel — la plus brève des règles, tout entière suspendue à l'appel à « vivre dans l'allégeance de Jésus Christ ». Convoqué au concile de Latran IV, il fut assassiné à Acre le 14 septembre 1214, pendant la procession de l'Exaltation de la Croix, par le maître de l'Hôpital du Saint-Esprit qu'il avait déposé. Législateur et patron du Carmel, il est fêté le 17 septembre.

Ignispedia

À la charnière des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, alors que l'Italie communale se déchire en guerres de cités et que la Terre sainte, reprise par Saladin, n'est plus qu'un mince ourlet de châteaux chrétiens le long de la mer, un homme réunit en lui le juriste, l'évêque réformateur, le diplomate et le pasteur : Albert Avogadro, que la tradition appelle saint Albert de Jérusalem. Né vers 1149 en Émilie, chanoine régulier puis évêque de Verceil pendant vingt ans, il fut l'un des prélats les plus respectés de son temps, médiateur entre l'Empereur et les communes, légat des papes, avant d'être appelé par Innocent III à la plus exposée des charges : le patriarcat latin de Jérusalem.

Repères chronologiques — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Mais ce n'est pas d'abord pour ses ambassades que l'Église l'honore. C'est parce qu'un petit groupe d'ermites latins, retirés sur les pentes du mont Carmel auprès de la fontaine d'Élie, vint lui demander une règle de vie — et qu'Albert leur donna un texte d'une brièveté et d'une densité évangéliques telles qu'il allait porter, à travers les siècles, l'immense floraison du Carmel, jusqu'à sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix. Cet article retrace le saint lui-même — son ascension dans l'Église d'Italie, son patriarcat en exil à Acre, sa Règle, sa mort violente et son culte — et montre comment ce législateur discret est devenu le père d'une des plus grandes écoles de prière de l'Occident.

Un fils de l'Italie communale

Naissance en Émilie (vers 1149)

Albert — Alberto en italien — naît vers 1149 à Castel Gualtieri (Castro di Gualtieri), bourg de la plaine du Pô situé près de Parme, dans l'actuelle province de Reggio d'Émilie.[1] Les sources médiévales hésitent sur son lignage : on le rattache tantôt à la famille Avogadro (d'où le surnom Avogadro), tantôt aux comtes de Sabbioneta. La tradition la plus reçue veut que son père ait été au service des princes-évêques de Verceil et que sa mère soit issue des comtes de Sabbioneta, ce qui inscrit l'enfant dans la petite noblesse de l'Italie du Nord.[2]

Il grandit dans un monde tendu : celui des communes lombardes révoltées contre l'empereur Frédéric Barberousse, des cités qui se font la guerre, des évêques qui sont à la fois pasteurs et seigneurs temporels. Cette Italie-là forme Albert : il y apprendra que l'autorité ecclésiastique doit, pour être féconde, savoir aussi pacifier les hommes.

Chanoine régulier de la Sainte-Croix de Mortara

D'Italie en Terre sainte — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Formé dans les lettres, la théologie et surtout le droit — il sera toute sa vie réputé comme canoniste —, Albert entre jeune, vers l'âge de vingt ans, chez les chanoines réguliers de la Sainte-Croix de Mortara, une congrégation de clercs vivant en communauté selon la Règle de saint Augustin, en Lomelline.[3] La vie canoniale conjugue l'office choral, la vie commune et le service pastoral : Albert y reçoit la double empreinte qui marquera son œuvre future, celle d'une vie régulière ordonnée tout entière à la prière.

Sa valeur le fait remarquer : vers 1180, ses frères l'élisent prieur de la communauté.[4] Il n'y restera que peu d'années, car l'Église d'Italie a besoin d'évêques de cette trempe.

L'évêque et le diplomate

De Bobbio à Verceil (1184-1185)

En 1184, Albert est nommé évêque de Bobbio, l'antique abbaye-cité fondée par saint Colomban dans l'Apennin ligure.[5] Mais dès l'année suivante, en 1185, il est transféré sur le siège plus important de Verceil (Vercelli), au cœur du Piémont, qu'il gouvernera pendant vingt ans, jusqu'en 1205.[6]

À Verceil, Albert n'est pas seulement un pasteur : il est aussi, selon l'usage du temps, un prince-évêque, détenteur de droits temporels sur la cité et son territoire. Il y déploie une activité de réformateur méthodique.

Le pasteur réformateur

L'évêque de Verceil prend au sérieux la réforme du clergé voulue par la papauté. Il tient des synodes diocésains, donne à son Église des constitutions synodales (vers 1191) pour discipliner les mœurs et la formation des clercs, et fonde une école cathédrale dispensant un enseignement gratuit.[7] Il fait de Verceil un foyer de vie ecclésiale soignée, ce qui lui vaut une réputation de sainteté autant que de compétence. C'est cette image d'un évêque à la fois saint et habile qui parviendra jusqu'à Rome.

L'artisan de paix et le légat pontifical

L'évêque-diplomate — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le talent propre d'Albert est celui du médiateur. Dans une Lombardie déchirée entre l'Empire et les villes, entre cités rivales, il devient l'homme des réconciliations. Il sert d'intermédiaire entre la papauté de Clément III et l'empereur Frédéric Barberousse.[8] En 1199, agissant comme légat pontifical, il met fin à la guerre qui oppose Parme et Plaisance, deux communes émiliennes que leurs querelles ruinaient.[9]

Cette vocation de pacificateur n'est pas un simple talent politique : elle découle de sa conception du sacerdoce. L'évêque, pour Albert, est un homme de paix, et la paix entre les hommes est une œuvre de Dieu. C'est précisément cette réputation qui va décider de son destin : on cherchait, pour la déchirante Église d'Orient, un homme capable de tenir ensemble Latins et Grecs, croisés et marchands, et de parler aussi bien aux chefs chrétiens qu'aux musulmans.

Patriarche latin de Jérusalem (1205-1214)

Une Église en exil à Saint-Jean-d'Acre

En 1205, le pape Innocent III appelle Albert à la dignité de patriarche latin de Jérusalem — le plus haut siège de la chrétienté d'Orient, mais aussi le plus précaire.[10] Car depuis la victoire de Saladin à Hattin et la chute de la Ville sainte en 1187, Jérusalem est aux mains des musulmans : le patriarche latin ne peut résider dans sa cathédrale du Saint-Sépulcre. Albert s'établit donc, au début de 1206, dans la capitale de fait du royaume franc, Saint-Jean-d'Acre (Akko), port fortifié au pied même du mont Carmel.[11]

Patriarche en exil — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le patriarche est alors la première autorité spirituelle des États latins d'Orient. Innocent III le nomme aussi son légat en Terre sainte, faisant de lui le représentant direct du Saint-Siège dans tout l'Orient croisé.[12]

Pasteur, arbitre et homme de paix en Terre sainte

Albert exerce en Orient les mêmes vertus qu'en Lombardie. Au milieu d'une société franque rongée par les rivalités de barons, d'ordres militaires et de cités marchandes, il est l'arbitre respecté, celui dont la sainteté et l'intelligence imposent le respect — jusque, dit-on, chez les musulmans eux-mêmes, qui voyaient en lui un homme juste.[13] Il s'emploie à réconcilier les factions, à défendre les droits de l'Église, à préparer les esprits à la grande entreprise que projette Innocent III : une nouvelle croisade pour reprendre Jérusalem.

« Que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, garde vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. » — saint Paul, Philippiens 4, 7, parole que la tradition carmélitaine aime appliquer à l'esprit du patriarche pacificateur[14]

C'est dans ces années d'Acre, entre le gouvernement d'une Église en exil et la préparation de la croisade, qu'Albert accomplit l'acte pour lequel la postérité l'a retenu : il donne une règle aux ermites du Carmel.

La Règle du Carmel

Les ermites du mont Carmel et le prieur « B. »

Vue du mont Carmel près de Haïfa, lieu biblique et berceau des premiers ermites carmélitains. Photo Chenspec, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Sur les pentes du mont Carmel, cette montagne de Galilée que la Bible associe au prophète Élie vainqueur des prophètes de Baal, s'étaient retirés, au tournant du XIIIᵉ siècle, des croisés et pèlerins devenus ermites. Près de la fontaine d'Élie, dans le vallon du Wadi 'ain es-Siah, ils menaient une vie de solitude, de pénitence et de prière, sans règle écrite ni statut canonique.[15] Pour exister dans l'Église, il leur fallait une forme de vie reconnue.

Ils s'adressèrent à leur évêque — le patriarche, présent tout près, à Acre. Vers 1206-1214 (la critique propose souvent les environs de 1209), Albert rédigea pour eux, à la demande de leur prieur désigné dans le texte par la seule initiale « B. » — que la tradition carmélitaine identifie à saint Brocard —, une brève formula vitae, une « formule de vie ».[16]

La plus brève des règles

Le texte d'Albert est d'une concision remarquable : c'est, dit-on, la plus courte des règles de vie consacrée de toute la tradition catholique, composée presque exclusivement de préceptes tirés de l'Écriture.[17] Ramassée en une vingtaine de brefs articles, elle tient en quelques pages.[18] Là où d'autres législateurs multiplient les articles, Albert va à l'essentiel : il greffe la vie des ermites directement sur l'Évangile.

La Règle de saint Albert — points principaux
AutoritéUn prieur, à qui l'on promet obéissance
HabitatDes cellules séparées, assignées par le prieur
CentreUn oratoire bâti au milieu des cellules
LiturgieMesse chaque matin ; psaumes et office quotidiens
PrièreDemeurer en sa cellule, méditant jour et nuit la loi du Seigneur
BiensPauvreté : rien en propre, tout en commun
TravailTravail manuel, à l'exemple des apôtres
AscèseSilence, jeûne et abstinence de viande
CombatRevêtir l'armure de Dieu (Éphésiens 6)

Le cœur de la Règle : vivre dans l'allégeance du Christ

La Règle de saint Albert — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Toute la Règle est suspendue à une seule phrase, son ouverture, qui en donne le programme spirituel : la vie consacrée n'est rien d'autre que de suivre Jésus Christ et le servir d'un cœur pur.

« Beaucoup de saints Pères ont enseigné de diverses manières comment chacun doit vivre dans l'allégeance de Jésus Christ et le servir fidèlement d'un cœur pur et d'une bonne conscience. » — saint Albert de Jérusalem, Règle du Carmel[19]

Le cœur spirituel de la Règle — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette formule — vivre dans l'allégeance de Jésus Christ — est devenue la devise spirituelle du Carmel tout entier. Elle dit que la sainteté n'est pas d'abord affaire de structures, mais d'attachement vivant à la personne du Christ.

L'oratoire, la cellule et la loi du Seigneur

Sur ce fondement, Albert dispose une vie d'équilibre entre solitude et communion. Chaque ermite a sa cellule propre, mais un oratoire commun est bâti au milieu des cellules, où tous se réunissent chaque matin pour la messe : la solitude n'isole pas, elle converge vers l'autel.

« Chacun demeurera seul dans sa cellule ou auprès d'elle, méditant jour et nuit la loi du Seigneur et veillant dans la prière, à moins qu'il ne soit légitimement occupé à autre chose. » — saint Albert de Jérusalem, Règle du Carmel[20]

Au cœur de cette vie, la lectio et la méditation continuelle de la Parole. La cellule n'est pas une prison mais un lieu d'intimité avec Dieu ; le silence, le jeûne et l'abstinence de viande y soutiennent la prière. Et parce que cette vie est un combat, Albert l'arme de l'image paulinienne par excellence :

« Revêtez l'armure de Dieu, afin de pouvoir tenir contre les embûches du diable. […] Prenez surtout le bouclier de la foi, et le casque du salut, et le glaive de l'Esprit, qui est la parole de Dieu. » — saint Paul, Éphésiens 6, repris au cœur de la Règle du Carmel[21]

Ainsi la Règle marie sans rupture la contemplation (la cellule, la méditation de la loi) et le combat spirituel (l'armure de Dieu), la solitude et la vie commune : un équilibre qui restera la marque propre du Carmel.

D'Honorius III à Innocent IV : approbation et mitigation

La formula vitae d'Albert n'était au départ qu'une concession épiscopale. Elle reçut peu à peu la sanction du Saint-Siège. Le pape Honorius III la confirma en 1226 par la bulle Ut vivendi normam ; Grégoire IX la confirma à son tour.[22] Surtout, lorsque les Carmes, chassés de Terre sainte par la reconquête musulmane, durent émigrer en Europe et y devenir un ordre mendiant, le pape Innocent IV adapta le texte aux conditions nouvelles par la bulle Quae honorem du 1ᵉʳ octobre 1247, en s'entourant de l'avis de théologiens dominicains.[23] C'est cette Règle mitigée de 1247 qui demeure aujourd'hui la règle de l'Ordre du Carmel, des Grands Carmes (O. Carm., Ordo Carmelitarum) comme des Carmes déchaux (O.C.D., Ordo Carmelitarum Discalceatorum).

Le génie d'Albert fut d'avoir écrit un texte assez bref et évangélique pour traverser ces métamorphoses sans rien perdre de son âme : trois siècles plus tard, c'est encore cette Règle que méditeront sainte Thérèse d'Avila, saint Jean de la Croix et, plus près de nous, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, tous fils et filles de la forma vitae écrite à Acre.[24]

L'assassinat (14 septembre 1214)

Le maître de l'Hôpital du Saint-Esprit

La mort de saint Albert de Jérusalem, tableau attribué à Francisco de Goya, v. 1772-1775. Wikimedia Commons, domaine public.

Albert avait gouverné l'Église d'Orient avec la même fermeté qu'il avait montrée en Italie — et cette fermeté lui coûta la vie. Il avait déposé le maître (ou recteur) de l'Hôpital du Saint-Esprit d'Acre, un homme dont la conduite immorale déshonorait sa charge.[25] L'homme, loin de se repentir, conçut une haine tenace contre le patriarche qui l'avait châtié.

Frappé pendant la procession de la Croix

L'occasion vint le 14 septembre 1214, jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix. Tandis qu'Albert, revêtu de ses ornements, conduisait la procession solennelle à travers Acre, son ennemi se jeta sur lui et le poignarda à mort, en pleine rue, sous les yeux du peuple.[26] Le patriarche tombait au pied de la Croix qu'il fêtait, victime de sa fidélité à la discipline de l'Église.

« Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » — Jésus, Matthieu 16, 24 : parole que la liturgie applique au patriarche tombé le jour de l'Exaltation de la Croix[27]

Cette mort survenait à la veille d'un grand événement : Innocent III avait convoqué Albert au concile œcuménique qui allait s'ouvrir à Rome en novembre 1215, le quatrième concile du Latran, où le patriarche aurait siégé parmi les premiers. On a même pensé qu'il devait y être consulté sur le statut des ordres nouveaux. Le poignard d'Acre l'en priva.[28]

Repères chronologiquesDate
Naissance à Castel Gualtieri (Émilie)vers 1149
Chanoine régulier, prieur de Mortaravers 1180
Évêque de Bobbio1184
Évêque de Verceil1185
Légat ; paix de Parme et Plaisance1199
Patriarche latin de Jérusalem1205
Installation à Saint-Jean-d'Acre1206
Règle donnée aux ermites du Carmelv. 1206-1214
Assassinat à Acre (Exaltation de la Croix)14 septembre 1214
Approbation de la Règle (Ut vivendi normam)1226
Mitigation par Innocent IV (Quae honorem)1247

Le culte de saint Albert

Un culte carmélitain

Comme beaucoup de saints du Moyen Âge, Albert n'a pas connu de procès de canonisation au sens du droit ultérieur : son culte s'est imposé par la vénération des fidèles et, surtout, de l'Ordre du Carmel qui lui doit sa Règle.[29] Les Carmes l'ont très tôt honoré comme leur législateur et l'un de leurs patrons, aux côtés de la Vierge du Mont-Carmel et du prophète Élie, les deux grandes figures tutélaires de l'Ordre.[30] Sa fête, longtemps célébrée à des dates diverses, est aujourd'hui fixée au 17 septembre dans le calendrier carmélitain.

Le père d'une grande école de prière

La grandeur de saint Albert tient à ceci : il n'a pas fondé d'ordre au sens où saint Dominique ou saint François d'Assise, ses contemporains exacts, ont fondé les leurs ; il n'a pas laissé d'écrits spirituels personnels comme saint Bernard. Il a fait quelque chose de plus discret et de plus durable : il a donné à un groupe d'ermites obscurs une forme de vie si juste qu'elle est devenue la matrice d'une des plus fécondes traditions mystiques de l'Église.

Une Règle, une école de prière — infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Par saint Albert de Jérusalem, vous nous avez donné une Règle de vie selon votre Évangile, pour nous aider à parvenir au parfait amour. » — collecte de la fête de saint Albert, liturgie carmélitaine[31]

De saint Simon Stock et du scapulaire jusqu'au grand Carmel réformé de Thérèse d'Avila, toute cette histoire spirituelle se tient sur les quelques pages écrites par un patriarche au bord de la mer d'Acre.

Pourquoi lire saint Albert aujourd'hui ?

Saint Albert de Jérusalem est d'une étonnante actualité pour trois raisons. Il rappelle d'abord que la sainteté peut prendre le visage du service public : juriste, évêque, diplomate, il a sanctifié des tâches d'autorité et de gouvernement, montrant qu'on peut servir Dieu en pacifiant les hommes. Il enseigne ensuite que l'essentiel tient en peu de mots : sa Règle, la plus brève de toutes, prouve qu'une vie chrétienne ne se mesure pas à la longueur des programmes mais à la pureté de l'attachement au Christ — vivre dans l'allégeance de Jésus Christ. Il témoigne enfin que la fidélité a un prix : tombé sous le poignard pour avoir corrigé un coupable, le jour même de l'Exaltation de la Croix, il a uni sa mort à celle qu'il annonçait.

« Chacun demeurera seul dans sa cellule, méditant jour et nuit la loi du Seigneur. » — telle pourrait être, en une phrase, la leçon que saint Albert laisse à tout chrétien : faire de son cœur une cellule où, jour et nuit, demeure la Parole de Dieu.[32]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Albert Avogadro naît vers 1149 (certaines sources : vers 1150) à Castel Gualtieri / Castro di Gualtieri, près de Parme, en Émilie. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « Born 1149 at Castel Gualtieri, Italy » ; Wikipédia FR, « Albert Avogadro » (« né vers 1150 à Castro di Gualtieri, près de Parme »).

    1
  2. Le lignage d'Albert est incertain : on le rattache à la famille Avogadro ou aux comtes de Sabbioneta (« Alberto dei Conti di Sabbioneta »). Selon Wikipédia FR, son père aurait été au service des princes-évêques de Verceil et sa mère descendrait des comtes de Sabbioneta. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » (« either the Avogadro family or Alberto dei Conti di Sabbioneta »).

    2
  3. Albert fut formé en théologie et en droit (il fut un canoniste réputé) et entra, vers vingt ans, chez les chanoines réguliers de la Sainte-Croix de Mortara (Lomelline), congrégation suivant la Règle de saint Augustin. Cf. Wikipédia FR, « Albert Avogadro » ; Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « entered the Canons Regular of the Holy Cross at Mortara. »

    3
  4. Albert fut élu prieur de la communauté de Mortara vers 1180. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « elected prior in 1180 » ; Wikipédia FR (« prieur de Mortara en 1180 »).

    4
  5. Albert fut nommé évêque de Bobbio en 1184. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « He became Bishop of Bobbio in 1184 » ; Carmelites.ie, « Saint Albert of Jerusalem » (« Bishop of Bobbio in 1184 »).

    5
  6. Transféré dès 1185 sur le siège de Verceil (Vercelli, Piémont), Albert le gouverna environ vingt ans, jusqu'à son appel au patriarcat en 1205. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « a year later was appointed Bishop of Vercelli » ; Carmelites.ie (« of Vercelli in 1185 »).

    6
  7. Comme évêque de Verceil, Albert tint des synodes, donna des constitutions synodales (v. 1191) pour la réforme du clergé et établit une école cathédrale à enseignement gratuit. Cf. Wikipédia FR, « Albert Avogadro » (« réformant le clergé par des décrets synodaux (1191)... une école cathédrale dispensant un enseignement gratuit »).

    7
  8. Albert servit de médiateur entre la papauté de Clément III et l'empereur Frédéric Barberousse. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « served as a mediator and diplomat under Pope Clement III » ; Carmelites.ie (« mediator between Pope Clement III and Emperor Frederick Barbarossa »).

    8
  9. En 1199, comme légat pontifical, Albert mit fin à la guerre entre Parme et Plaisance. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « As papal legate in 1199, he helped end the war between Parma and Piacenza. »

    9
  10. Le pape Innocent III nomma Albert patriarche latin de Jérusalem en 1205 (parfois daté 1204). Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « Innocent III appointed him Patriarch of Jerusalem in 1204 or 1205 » ; Carmelites.ie (« Latin Patriarch of Jerusalem in 1205 »).

    10
  11. Jérusalem ayant été reprise par Saladin en 1187, le patriarche ne pouvait y résider ; Albert arriva en Terre sainte au début de 1206 et s'établit à Saint-Jean-d'Acre, au pied du mont Carmel. Cf. la note de recherche : « He arrived in Palestine early in 1206, taking up residence at Acre, at the foot of Mount Carmel, as Jerusalem was occupied by the Saracens. »

    11
  12. Innocent III fit aussi d'Albert son légat en Terre sainte. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « whom he also served as papal legate in the Holy Land. »

    12
  13. Albert fut respecté des chrétiens et même des musulmans pour sa sainteté et son intelligence. Cf. AmericaNeedsFatima, « Saint Albert of Jerusalem » : « proved himself not only to the local Christians, but also to the Muslims who respected him for his sanctity and his intelligence » ; Go to Mary, « Saint Albert of Jerusalem » : « His sanctity procured him the veneration of even the Muslims. »

    13
  14. Philippiens 4, 7. Citation scripturaire appliquée à l'esprit pacificateur d'Albert ; elle illustre, sans lui être nommément attribuée par une source médiévale, sa vocation de médiateur. Traduction française liturgique courante.

    14
  15. Au tournant du XIIIᵉ siècle, des croisés et pèlerins devenus ermites s'étaient retirés sur le mont Carmel, près de la fontaine d'Élie (Wadi 'ain es-Siah), menant une vie « dans l'esprit d'Élie ». Cf. Wikipedia EN, « Carmelite Rule of St. Albert » : « hermits inhabiting Mount Carmel near the prophet's spring... lived in the spirit of Elias » ; carmel.asso.fr, « Règle primitive de l'Ordre ».

    15
  16. La Règle est adressée au prieur désigné par l'initiale « B. », identifié par la tradition à saint Brocard (parfois à saint Berthold), et aux ermites du Carmel ; elle est généralement datée entre 1206 et 1214 (souvent v. 1209). Cf. Wikipedia EN, « Carmelite Rule of St. Albert » : « directed to "Brother B.", traditionally identified as either Saint Bertold or Saint Brocard » ; Wikipédia FR, « Règle de saint Albert ».

    16
  17. La Règle de saint Albert est « la plus courte des règles de vie consacrée existant dans la tradition spirituelle catholique, et composée presque exclusivement de préceptes scripturaires ». Cf. Wikipedia EN, « Carmelite Rule of St. Albert » : « the shortest of the rules of consecrated life in existence... composed almost exclusively of scriptural precepts. »

    17
  18. La Règle primitive est ordonnée en une vingtaine de brefs articles (Wikipédia FR, « Règle de saint Albert » : « vingt-quatre principes organisés en paragraphes distincts »). Le texte mitigé de 1247 conserve cette brièveté. Cf. carmel.asso.fr, « Règle primitive de l'Ordre ».

    18
  19. Règle du Carmel, prologue, texte latin original : « Multifarie multisque modis sancti Patres instituerunt qualiter quisque, in quocumque ordine fuerit, vel quemcumque modum religiosae vitae elegerit, in obsequio Jhesu Christi vivere debeat, et eidem fideliter de corde puro et bona conscientia deservire » ; en français : « De bien des manières et par bien des moyens, les saints Pères ont établi comment chacun, quel que soit son ordre ou la forme de vie religieuse qu'il a choisie, doit vivre dans l'allégeance de Jésus Christ et le servir fidèlement d'un cœur pur et d'une bonne conscience ». Cf. Wikipedia EN, « Carmelite Rule of St. Albert » : « live a life in allegiance to Jesus Christ — how, pure in heart and stout in conscience, [one] must be unswerving in the service of the Master » ; carmel.asso.fr, « Règle primitive de l'Ordre ».

    19
  20. Règle du Carmel : « Que chacun demeure seul dans sa cellule ou auprès d'elle, méditant jour et nuit la loi du Seigneur et veillant dans la prière, à moins qu'il ne soit légitimement occupé à autre chose. » Cf. carmel.asso.fr, « Règle primitive de l'Ordre » ; OCD Friars Vocation, « The Rule of St. Albert » (« each one is to stay in his own cell... pondering the Lord's law day and night and keeping watch in prayer »).

    20 32
  21. La Règle reprend longuement Éphésiens 6, 11-17 (l'armure de Dieu : ceinture de vérité, cuirasse de justice, bouclier de la foi, casque du salut, glaive de l'Esprit). Cf. carmel.asso.fr, « Règle primitive de l'Ordre » ; OCD Friars Vocation, « The Rule of St. Albert ».

    21
  22. La Règle fut approuvée par Honorius III en 1226 (bulle Ut vivendi normam), puis confirmée par Grégoire IX. Cf. Wikipedia EN, « Carmelite Rule of St. Albert » : « Pope Honorius III formally approved the Rule on January 30, 1226, through the bull Ut vivendi normam » ; Wikipédia FR, « Règle de saint Albert ».

    22
  23. Innocent IV adapta la Règle aux Carmes devenus ordre mendiant en Europe, par la bulle Quae honorem (Conditoris omnium) du 1ᵉʳ octobre 1247, avec le concours de théologiens dominicains. Cf. Wikipedia EN, « Carmelite Rule of St. Albert » : « Pope Innocent IV revised the Rule on October 1, 1247, through the decree Quae Honorem... with Dominican theological consultation » ; Wikipédia FR, « Règle de saint Albert ».

    23
  24. La Règle de saint Albert, mitigée en 1247, demeure le fondement de la spiritualité carmélitaine jusqu'au grand Carmel réformé de Thérèse d'Avila et Jean de la Croix (XVIᵉ s.) et au Carmel de Thérèse de Lisieux (XIXᵉ s.). Cf. Wikipédia FR, « Règle de saint Albert » ; carmel.asso.fr, « Règle primitive de l'Ordre ».

    24
  25. Albert avait déposé le maître (recteur) de l'Hôpital du Saint-Esprit d'Acre pour sa conduite immorale. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « the Master of the Hospital of the Holy Spirit, whom he had rebuked and deposed for immorality » ; AmericaNeedsFatima, « Saint Albert of Jerusalem ».

    25
  26. Le 14 septembre 1214, fête de l'Exaltation de la Croix, l'homme déposé poignarda Albert pendant la procession. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « stabbed him to death on 14 September while taking part in a procession on the Feast of the Exaltation of the Holy Cross » ; Carmelites.ie (« murdered at Acre on September 14th, 1214 »).

    26
  27. Matthieu 16, 24. Parole évangélique du portement de croix ; Albert fut tué le jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix. Traduction française liturgique.

    27
  28. Innocent III avait convoqué Albert au quatrième concile du Latran (ouvert en novembre 1215) ; son assassinat en 1214 l'empêcha d'y participer. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « In 1214 he had been invited to the Fourth Lateran Council. »

    28
  29. Albert n'eut pas de canonisation formelle ; son culte, porté par l'Ordre du Carmel dont il est l'un des patrons et le législateur, l'honore comme saint. Le titre liturgique conservé par l'Ordre est celui d'« évêque et législateur » : selon le site officiel de l'Ordre (ocarm.org, « St. Albert of Jerusalem, Bishop and Lawgiver »), des démarches pour faire proclamer Albert martyr n'ont pas abouti (« There were attempts to have Albert proclaimed as a martyr but the Order continues to celebrate him as "bishop and legislator of our Order" »). Sa fête est fixée au 17 septembre (calendrier carmélitain). Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « Feast day: 17 September (Carmelite calendar). Patron of Carmelites » ; Carmelites.ie.

    29
  30. L'Ordre du Carmel reconnaît comme figures tutélaires la Vierge Marie (Notre-Dame du Mont-Carmel) et le prophète Élie, dont les ermites se réclamaient ; saint Albert y est honoré comme législateur et patron. Cf. Wikipedia EN, « Albert of Vercelli » : « Patron of Carmelites » ; Carmelites.ie, « Saint Albert of Jerusalem ».

    30
  31. Collecte de la fête de saint Albert dans la liturgie carmélitaine : « through St Albert of Jerusalem you have given us a Rule of life according to your Gospel to help us attain perfect love » (« par saint Albert de Jérusalem, vous nous avez donné une Règle de vie selon votre Évangile, pour nous aider à parvenir au parfait amour »). Cf. Carmelites.ie, « Saint Albert of Jerusalem » ; même texte repris par le Carmelite Institute of Britain and Ireland (cibi.ie, « Feast Day of St Albert of Jerusalem – 17 September ») : « Lord God, through St Albert of Jerusalem you have given us a Rule of life according to your Gospel to help us attain perfect love. »

    31