Au sommet d'un promontoire qui plonge dans la Méditerranée, à la pointe nord du mont Carmel, une église trapue de pierre claire veille sur la baie de Haïfa : le monastère Stella Maris, cœur historique de l'ordre du Carmel. Ce n'est pas une cathédrale gothique ni une grande basilique romaine, mais un couvent-forteresse aux murs épais, élevé au XIXᵉ siècle au-dessus de la grotte du prophète Élie — la montagne où, selon une tradition continue, des ermites se rassemblèrent jadis « à la manière d'Élie » et donnèrent naissance à l'un des grands ordres contemplatifs de l'Église.[1][2]
Le sanctuaire est dédié à la Vierge sous le vocable de Stella Maris, l'Étoile de la mer : un titre marial ancien que le phare voisin, plus tard, est venu redoubler de son faisceau tourné vers le large.[3][4] C'est ici que l'ordre des Carmes plonge ses racines, ici qu'il revient toujours comme à sa source, et c'est cette même montagne qui a donné au monde le scapulaire du Carmel et la fête du 16 juillet.
Cet article traite du lieu : la montagne et sa grotte, les monastères successifs détruits et relevés, la construction de l'édifice actuel, son architecture, ses gardiens carmes, ses pèlerinages et son rôle de sanctuaire-mère de l'ordre. La spiritualité du Carmel et la vision du scapulaire confiée à saint Simon Stock relèvent d'un dossier distinct, auquel on renvoie ici même ; on ne les évoque que pour comprendre comment un couvent d'ermites est devenu un haut lieu de pèlerinage marial.
Le mont Carmel : la montagne d'Élie
Une montagne posée sur la mer
Le mont Carmel n'est pas un sommet isolé mais un massif d'une vingtaine de kilomètres qui s'avance vers la Méditerranée, formant la pointe sud de la baie de Haïfa.[5] À son extrémité nord-ouest, le promontoire domine d'environ 230 mètres la mer et la ville ; par temps clair, le regard porte sur la plaine côtière jusqu'à Saint-Jean-d'Acre et, au loin, sur les premiers contreforts du Liban.[6] Cette position de vigie — une montagne plantée au bord de l'eau, à la fois retirée et ouverte sur le large — a fait du Carmel, depuis l'Antiquité, un lieu de solitude habitée.
Son nom même, en hébreu Karmel, évoque le « jardin » ou le « verger de Dieu » : une hauteur fertile, couverte de maquis, célèbre dans la Bible pour sa beauté (« la gloire du Liban lui est donnée, la magnificence du Carmel et de Saron », Is 35, 2).[7] C'est sur cette montagne que la tradition place les grands gestes du prophète Élie.
Élie et la grotte
La présence chrétienne au Carmel s'enracine dans le souvenir d'Élie le Thesbite, le prophète du IXᵉ siècle avant Jésus-Christ qui, selon le Premier Livre des Rois, défia les prophètes de Baal sur cette montagne et y connut Dieu dans « le murmure d'une brise légère ».[8] La tradition carmélitaine vénère sur le promontoire une grotte où Élie se serait retiré, et plus bas, sur le flanc, une autre caverne plus vaste — la « grotte d'Élie » proprement dite — où la mémoire populaire situe sa retraite et son « école de prophètes ».[9][10]
« Il est vivant, le Seigneur, le Dieu d'Israël, devant qui je me tiens ! » — Élie le Thesbite, 1 Rois 17, 1 — parole devenue la devise de l'ordre du Carmel[11]
Cette figure d'Élie, « zélé pour le Seigneur, le Dieu des armées » (1 R 19, 10), est le modèle spirituel que les premiers ermites du Carmel se donnèrent. Tout le sanctuaire, jusqu'à la grotte enchâssée sous son maître-autel, est ordonné à ce souvenir.
Le berceau de l'ordre du Carmel
À la fin du XIIᵉ siècle, à l'époque du royaume latin de Jérusalem, des ermites latins vinrent vivre dans les grottes du Carmel, près de la source d'Élie, menant une vie de prière et de pénitence « à l'imitation du saint prophète ».[12][13] La tradition attribue à un croisé, saint Berthold de Malifaye, le mérite d'avoir rassemblé ces solitaires dispersés en une première communauté.[14]
Au début du XIIIᵉ siècle, leur supérieur — la documentation l'appelle sobrement « frère B. », peut-être saint Brocard — demanda au patriarche latin de Jérusalem, Albert Avogadro, une règle de vie écrite. Albert la rédigea entre 1206 et 1214 : c'est la formula vitae qui, approuvée et adaptée par la suite, deviendra la Règle du Carmel.[15][16] Les ermites élevèrent au milieu de leurs cellules un oratoire dédié à la Vierge Marie, qu'ils placèrent sous le titre de Notre-Dame, Étoile de la mer — Stella Maris : de là vient le nom du sanctuaire, et de là vient que l'ordre tout entier se reconnaisse comme marial dès son origine.[17][18]
Ainsi naît, sur cette montagne, l'ordre des Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel. Le sanctuaire n'est donc pas un couvent parmi d'autres : il est, au sens propre, le lieu natal d'un ordre répandu aujourd'hui sur toute la terre.
Des monastères détruits et relevés
L'histoire matérielle du sanctuaire est celle d'une succession de destructions et de relèvements. Aucun des édifices anciens n'a survécu ; l'église actuelle est au moins le quatrième sanctuaire bâti sur cette montagne. Cette fragilité même fait partie de l'identité du lieu : un sanctuaire que l'on relève toujours.
La chute d'Acre et la dispersion (1291)
Tant que dura le royaume latin, les Carmes restèrent au Carmel. Mais la chute de Saint-Jean-d'Acre, en 1291, livra la région aux Mamelouks et chassa les chrétiens de Terre sainte. Les frères du Carmel furent dispersés — la tradition parle même d'un massacre de ceux qui demeurèrent — et l'ordre se transplanta en Europe, où il connut son grand essor.[19][20] La montagne mère resta plus de trois siècles sans communauté stable.
Le retour des Carmes déchaux (1631)
Le retour vint de la branche réformée de l'ordre, les Carmes déchaux nés de la réforme de sainte Thérèse d'Avila et de saint Jean de la Croix au XVIᵉ siècle. En 1631, sous la conduite du vénérable père Prospero du Saint-Esprit (Prospero del Santo Spirito), les Carmes déchaux revinrent au Carmel et y bâtirent un petit monastère sur le promontoire.[21][22] Pour la première fois depuis 1291, une communauté priait de nouveau sur la montagne d'Élie.
L'expulsion de 1761 et le transfert au-dessus de la grotte
Ce premier couvent moderne ne dura pas. En 1761, Daher al-Umar, maître de fait de la Galilée, ordonna l'évacuation et la démolition du monastère.[23] Les frères se reportèrent alors sur l'emplacement actuel, plus élevé, au-dessus de la grotte du prophète Élie. Pour y bâtir, ils durent déblayer des ruines médiévales — celles d'une abbaye grecque dédiée à sainte Marguerite et d'une chapelle byzantine — et y élevèrent une grande église et un couvent.[24] C'est cet emplacement, sanctifié par la grotte, qui restera désormais celui du sanctuaire.
Napoléon et le massacre des soldats (1799)
L'épisode le plus tragique de l'histoire du lieu se noue lors de la campagne d'Égypte et de Syrie de Napoléon Bonaparte. Durant le siège de Saint-Jean-d'Acre, au printemps 1799, le monastère du Carmel fut transformé en hôpital militaire pour les soldats français malades et blessés.[25][26] Quand l'armée française, ayant échoué devant Acre, battit en retraite, elle laissa derrière elle environ deux cents blessés. Les troupes ottomanes du gouverneur d'Acre les massacrèrent et chassèrent les frères.[27][28]
« Comment sont tombés les héros, et comment ont péri les armes de guerre ! » — Inscription du monument aux soldats français de 1799, citant le Deuxième Livre de Samuel (2 S 1, 27)[29]
Le souvenir de ce drame est resté inscrit dans la pierre, au seuil même de l'église, sous la forme d'un petit monument pyramidal que l'on décrit plus bas.
La destruction d'Abdallah Pacha (1821)
La dernière destruction fut la plus complète. En 1821, Abdallah Pacha, gouverneur d'Acre, fit raser entièrement l'église en ruine, pour qu'elle ne pût servir de forteresse à ses ennemis tandis qu'il marchait sur Jérusalem.[30][31] Les pierres du monastère furent emportées et réemployées pour bâtir son palais d'été et le phare qui s'élève en face.[32][33] De l'ancien sanctuaire, il ne resta rien : tout était à recommencer.
| Date | Étape du sanctuaire |
|---|---|
| Fin XIIᵉ s. | Premiers ermites latins, oratoire de la Stella Maris |
| v.1206-1214 | Règle du Carmel donnée par Albert de Jérusalem |
| 1291 | Chute d'Acre, dispersion des Carmes |
| 1631 | Retour des Carmes déchaux (P. Prospero) |
| 1761 | Démolition ordonnée par Daher al-Umar ; transfert au-dessus de la grotte |
| 1799 | Hôpital militaire de Napoléon, massacre des blessés |
| 1821 | Destruction totale par Abdallah Pacha |
| 1827-1836 | Construction de la basilique actuelle (frère Casini) |
| 1839 | Élévation au rang de basilique mineure (Grégoire XVI) |
La construction du sanctuaire actuel (1827-1836)
Le frère Casini et le chantier
L'édifice que l'on visite aujourd'hui est l'œuvre d'un seul homme tenace : le frère italien Giovanni Battista Casini. Venu dès 1816 pour superviser le relèvement du Carmel, il fit poser la première pierre du nouveau monastère en 1827 et conduisit un long chantier — un véritable couvent-forteresse — jusqu'à son achèvement en 1836.[34][35] Le 10 juin 1836, l'église restaurée fut bénie, la statue de Notre-Dame intronisée, et la vie monastique régulière reprit à Stella Maris.[36]
L'élévation au rang de basilique mineure (1839)
La reconnaissance romaine suivit de peu. En 1839, le pape Grégoire XVI éleva le sanctuaire au rang de basilique mineure, consacrant son importance dans l'Église universelle et son statut de sanctuaire-mère de l'ordre du Carmel.[37]
Le rachat des pierres (1831-1846)
Le palais et les bâtiments élevés par Abdallah Pacha avec les pierres volées au monastère firent retour aux Carmes : le bâtiment principal leur fut remis dès 1831 et utilisé comme hôtellerie pour pèlerins, puis l'ensemble — palais et phare — leur fut revendu en 1846.[38] La montagne avait, en quelque sorte, restitué ses pierres au sanctuaire.
L'architecture de la basilique Stella Maris
Un édifice-forteresse
L'église et le monastère forment un bloc rectangulaire massif, de plan cruciforme, haut de trois étages et mesurant environ soixante mètres sur trente-six.[39] L'aspect est délibérément défensif : murs épais, rares ouvertures petites et barreaudées au rez-de-chaussée — souvenir des conflits incessants qui marquèrent la construction et des destructions répétées du lieu.[40] À l'intérieur, en revanche, l'espace s'ouvre et s'illumine : marbres d'Italie, colonnes habillées de pierre polie, et une coupole peinte qui couronne la croisée.[41][42]
La coupole et ses peintures
La coupole est le joyau de l'édifice. Elle fut décorée par le frère convers Luigi Poggi dans les années 1924-1928 d'un grand cycle peint où se déploient les figures fondatrices du Carmel et de l'Écriture :[43][44]
- Élie enlevé au ciel sur le char de feu ;
- le roi David jouant de la harpe ;
- les prophètes Isaïe, Daniel et Ézéchiel ;
- la Sainte Famille ;
- les quatre Évangélistes ;
- les saints fondateurs de l'ordre du Carmel.
Des versets bibliques en latin courent à la base de la coupole, faisant de la voûte une véritable prédication peinte : le regard du pèlerin, en se levant, parcourt toute l'histoire du salut, d'Élie à l'Évangile.[45]
Le maître-autel et la statue de Notre-Dame du Mont-Carmel
Au sommet du sanctuaire, sur un autel surélevé tourné vers l'orient, trône la statue de Notre-Dame du Mont-Carmel : la Vierge portant l'Enfant Jésus et, dans la main, le scapulaire — d'où son autre nom de Notre-Dame du Scapulaire.[46][47] La statue a une histoire composite révélatrice de la dévotion : la tête est l'œuvre du sculpteur Caraventa de Gênes (1820), tandis que le corps en bois de cèdre fut ajouté environ un siècle plus tard, avant que l'image, bénie par le pape, ne fût envoyée au Carmel.[48] C'est cette statue qui est portée chaque année en procession à travers Haïfa.
« Celui qui mourra revêtu de ce saint scapulaire ne souffrira pas le feu éternel. » — Promesse mariale attachée au scapulaire du Carmel, selon la tradition de l'ordre (voir Le scapulaire du Carmel)[49]
La grotte d'Élie sous l'autel
Le cœur du sanctuaire n'est pas la coupole, mais ce qu'elle abrite en dessous. Sous le maître-autel surélevé, quelques marches descendent vers une petite grotte, d'environ trois mètres sur cinq, vénérée comme l'un des refuges du prophète Élie.[50][51] On y voit un autel de pierre surmonté d'une statue d'Élie, et une inscription latine rappelle la mémoire du lieu :
« Dans cette grotte demeura parfois le grand chef et père des prophètes, Élie le Thesbite. » — Inscription latine de la grotte d'Élie, sous le maître-autel de Stella Maris[52]
Toute l'architecture de la basilique est ainsi pensée comme un écrin posé sur une caverne : on a bâti l'église pour abriter une grotte, comme Loreto a bâti une basilique pour abriter une maison.
Le phare Stella Maris
Face au monastère se dresse le phare Stella Maris, élevé au XIXᵉ siècle — sa construction est liée aux pierres mêmes de l'ancien couvent.[53][54] Le nom du phare redouble le symbole marial du lieu : Marie, Étoile de la mer, « guide en toute sécurité, jusqu'au royaume de son divin Fils, ceux qui ont recours à son intercession ».[55] Le faisceau tourné vers le large et le vocable marial du sanctuaire se répondent ainsi à quelques mètres l'un de l'autre.
Les gardiens : les Carmes du Mont-Carmel
Le sanctuaire-mère de l'ordre
Stella Maris est confié aux Carmes déchaux, qui le gardent et l'animent comme le berceau et le cœur spirituel de leur ordre.[56][57] On le décrit volontiers comme un « centre de la spiritualité carmélitaine pour le monde entier » : c'est ici que l'ordre prend conscience de son origine, ici que reviennent en pèlerinage frères et sœurs du Carmel venus de tous les continents.[58] La continuité du lieu — toujours relevé, toujours rendu aux Carmes après chaque destruction — en fait un point d'ancrage unique pour une famille religieuse répandue sur toute la terre.
Une communauté au carrefour des peuples
Posé au sommet d'une ville où se côtoient juifs, chrétiens, musulmans et druzes, le sanctuaire accueille des pèlerins de toutes les religions.[59] La grotte d'Élie, en particulier, est vénérée par les trois fois monothéistes, qui reconnaissent tous dans le prophète une figure majeure. Le couvent-forteresse, jadis bâti pour se défendre de ses voisins, est ainsi devenu un lieu de rencontre au carrefour des peuples de Terre sainte.
Un sanctuaire de pèlerinage
La fête du 16 juillet
La grande fête du sanctuaire est celle de Notre-Dame du Mont-Carmel, le 16 juillet, jour où l'Église célèbre la Vierge du Carmel et le scapulaire.[60][61] La date est commune à tout l'ordre et à toute l'Église ; mais c'est ici, sur la montagne d'origine, qu'elle prend son sens le plus plein. Le contenu spirituel de cette fête — la vision du scapulaire rapportée à saint Simon Stock, les promesses qui s'y attachent — est traité dans le dossier Le scapulaire du Carmel.
La grande procession
Le pèlerinage le plus spectaculaire est la procession annuelle qui, chaque année depuis 1919, le premier dimanche après Pâques, porte la statue de Notre-Dame du Mont-Carmel depuis le centre de Haïfa jusqu'au sanctuaire, en gravissant le flanc occidental de la montagne.[62][63] Réunissant responsables chrétiens et foule de fidèles, elle est tenue pour l'une des plus grandes processions catholiques de Terre sainte.[64] Elle commémore le retour de la statue mise à l'abri en temps de guerre — geste qui rejoue, à sa manière, l'éternel relèvement du sanctuaire.
Le monument aux soldats français
Devant l'entrée de l'église se dresse un petit monument pyramidal, surmonté d'une croix de fer, à la mémoire des quelque deux cents soldats français tués en 1799 après la retraite de Napoléon.[65][66] On y lit l'inscription empruntée à l'élégie de David sur Saül et Jonathan : « Comment sont tombés les héros, et comment ont péri les armes de guerre ! » (2 S 1, 27).[67] Ce monument, qui n'est pas un objet de dévotion mais un mémorial historique, doit rester une vignette discrète : il rappelle que le sanctuaire fut aussi, un temps, un lieu de souffrance et de mort.
El-Mouhraqa : l'autre Carmel
Le lieu du sacrifice d'Élie
À l'autre extrémité du massif, sur les hauteurs sud-est du Carmel, un second sanctuaire carme prolonge la mémoire d'Élie : le monastère de Deir el-Mouhraqa (Keren Carmel), perché sur une colline d'environ 474 mètres qui domine la plaine de Yizréel.[68][69] Le lieu commémore le sacrifice d'Élie et son défi aux quatre cent cinquante prophètes de Baal, raconté au chapitre 18 du Premier Livre des Rois, lorsque « le feu du Seigneur tomba » et consuma l'holocauste, le bois, les pierres et jusqu'à la poussière.[70] Le nom arabe « Mouhraqa » signifie précisément « le lieu de la combustion », le « sacrifice » consumé par le feu du ciel.[71]
Le monastère de 1883 et la statue d'Élie
Le monastère actuel d'El-Mouhraqa fut bâti par les Carmes en 1883, sur des fondations plus anciennes, et reste tenu par les Carmes déchaux.[72][73] La chapelle conserve un autel formé de douze pierres brutes, en mémoire des douze tribus d'Israël rassemblées par Élie (1 R 18, 31).[74] Dans la cour, une statue dressée représente le prophète, l'épée levée au-dessus d'un prêtre de Baal — image saisissante du « zèle » d'Élie « pour le Seigneur, le Dieu des armées ».[75][76] Avec Stella Maris au nord et El-Mouhraqa au sud, le Carmel garde donc, à ses deux extrémités, la double mémoire d'Élie : la grotte de la solitude et la montagne du combat.
Le sens spirituel du lieu
Le sanctuaire du Mont-Carmel n'est pas un grand édifice de prestige : c'est un couvent souvent détruit, toujours relevé, posé sur une grotte. Tout y dit la persévérance : celle d'Élie « se tenant devant Dieu », celle des ermites fidèles à leur montagne, celle des frères qui, après chaque ruine — Mamelouks, Napoléon, Abdallah Pacha — sont revenus reconstruire au-dessus de la même caverne. La pierre volée pour un palais a fini par revenir au sanctuaire ; la statue mise à l'abri revient chaque année en procession ; l'ordre dispersé en 1291 revient toujours à sa source.
« J'ai été rempli de zèle pour le Seigneur, le Dieu des armées. » — Élie le Thesbite, 1 Rois 19, 10 — devise inscrite au cœur de l'ordre né sur le Carmel[77]
C'est ce mouvement de retour qui fait du Carmel, plus encore qu'un lieu de mémoire, un lieu d'espérance : la montagne où l'on apprend que ce que Dieu fonde, les hommes peuvent le détruire, mais qu'il se relève toujours.
Pour aller plus loin
- Le scapulaire du Carmel — la vision de saint Simon Stock, les promesses et la dévotion du 16 juillet.
- Pourquoi vénérer les reliques ? — le discernement catholique entre vénération légitime et idolâtrie.
- Le sanctuaire de Loreto — autre basilique bâtie pour abriter un lieu saint.
- Le sanctuaire de Lisieux — sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, carmélite, fille spirituelle du Carmel.
- Le sanctuaire de Manoppello et le sanctuaire de Monte Sant'Angelo — autres sanctuaires de la même série.
Notes et références
en.wikipedia.org, « Stella Maris Monastery » : monastère des Carmes déchaux sur le mont Carmel à Haïfa ; origines érémitiques au XIIIᵉ siècle, Règle d'Albert de Jérusalem, oratoire dédié à Notre-Dame, Étoile de la mer ; dispersion après la chute d'Acre en 1291 ; retour des Carmes déchaux en 1631 sous le P. Prospero ; transfert de 1761 ; épisode napoléonien de 1799 ; destruction de 1821 par Abdallah Pacha ; édifice actuel ouvert en 1836 ; coupole peinte (Élie sur le char de feu, David, Isaïe, Sainte Famille, Évangélistes) ; statue de Notre-Dame du Scapulaire ; grotte d'Élie sous l'autel ; basilique mineure ; procession annuelle depuis 1919.
1 10 12 15 17 19 21 23 24 28 30 32 34 37 40 44 45 46 57 58 59 62 64seetheholyland.net, « Stella Maris Monastery » : sanctuaire au bord occidental du mont Carmel au-dessus de Haïfa ; Stella Maris, « Étoile de la mer », titre marial redoublé par le phare ; saint Berthold, croisé français, rassemble les ermites à la fin du XIIᵉ siècle ; Règle de saint Albert de Jérusalem (1206) ; massacre de 1291 ; retour de 1631 ; marbres italiens, coupole peinte (Élie sur le char de feu) ; statue de Marie en cèdre au-dessus de l'autel ; grotte d'Élie sous l'autel ; monument aux soldats français de 1799.
2 4 9 13 20 22 41 51 56etoilenotredame.org, « Le Mont-Carmel, Stella Maris » et opusdei.org, « Mont Carmel : sanctuaire Stella Maris » : panorama sur Haïfa, la plaine côtière jusqu'à Saint-Jean-d'Acre et le Liban ; dédicace à la Vierge Stella Maris ; phare du XIXᵉ siècle portant ce nom ; Règle reçue du patriarche de Jérusalem Albert ; fête du 16 juillet ; symbolique de Marie « Étoile de la mer » qui guide vers le royaume de son Fils.
3 6 16 18 42 54 55 61en.wikipedia.org, « Mount Carmel » : massif côtier d'une vingtaine de kilomètres formant la pointe sud de la baie de Haïfa, dominant la Méditerranée.
5Karmel en hébreu, « le verger / jardin » ; le mont Carmel est cité dans l'Écriture pour sa beauté et sa fertilité (Isaïe 35, 2 : « la magnificence du Carmel et de Saron »). Traduction liturgique française de la Bible.
7Premier Livre des Rois, ch. 18-19 : Élie le Thesbite, prophète du IXᵉ siècle av. J.-C., défie les prophètes de Baal sur le Carmel, puis rencontre Dieu à l'Horeb « dans le murmure d'une brise légère » (1 R 19, 12).
81 Rois 17, 1 : « Le Seigneur est vivant, le Dieu d'Israël, devant qui je me tiens » — parole d'Élie devenue devise de l'ordre du Carmel. Traduction liturgique française.
11La tradition carmélitaine attribue à saint Berthold de Malifaye, croisé, le rassemblement des premiers ermites du Carmel à la fin du XIIᵉ siècle. Sources : seetheholyland.net ; etoilenotredame.org.
14isachar-photography (légende documentaire) et tripadvisor, avis « Napoleon was here (1799) » : le monastère Stella Maris servit d'hôpital aux soldats de Napoléon durant le siège d'Acre en 1799 ; après la retraite française, les Turcs tuèrent les blessés (environ 200) et chassèrent les frères ; un monument leur est dédié dans la cour.
25 27 66biblewalks.com, « Stella Maris » : en 1821, le gouverneur ottoman Abdallah réemploya les pierres du monastère carme du XVIIᵉ siècle (et de la forteresse croisée) pour bâtir son palais d'été et le phare ; bâtiment remis aux Carmes en 1831 (hôtellerie), ensemble revendu en 1846 ; reconstruction du monastère en 1836.
26 31 33 38 53biblewalks.com, « Carmelite Monastery / Stella Maris » : monument pyramidal surmonté d'une croix de fer, à la mémoire des 200 soldats français tués en 1799, portant l'inscription « How are the mighty fallen, and the weapons of war perished! » (2 Samuel 1, 27). Traduction française dans le corps de l'article. (Certaines sources rapportent une variante tirée de 2 S 1, 25.)
29 65 67biblewalks.com, « Carmelite Monastery » : première pierre en 1827, monastère achevé en 1836 ; édifice rectangulaire de plan cruciforme, haut de trois étages, env. 60 m × 36 m ; coupole décorée par le frère convers Luigi Poggi (1924-1928) — Élie enlevé au ciel sur un char de feu, David à la harpe, prophètes Daniel, Ézéchiel et Isaïe, Sainte Famille, fondateurs du Carmel ; grotte d'Élie sous l'autel (env. 3 m × 5 m) avec inscription latine ; colonnes et décor de marbre.
35 39 43 50Maria Angela Grow, « Second Sunday After Easter: Our Lady of Mt. Carmel, Haifa, Israel », mariaangelagrow.substack.com, 19 avril 2026 : l'église restaurée fut bénie le 10 juin 1836, la statue de Notre-Dame intronisée et la vie monastique régulière reprise à Stella Maris.
36beinharimtours.com, « Stella Maris Monastery » et carmelholylanddco.org : la statue de Notre-Dame du Mont-Carmel (Notre-Dame du Scapulaire) représente Marie portant l'Enfant et le scapulaire ; la tête est l'œuvre de Caraventa de Gênes (1820), le corps en bois de cèdre fut ajouté environ un siècle plus tard, l'image étant bénie par le pape avant son envoi au Carmel.
47 48Tradition de l'ordre du Carmel sur le scapulaire et la promesse mariale attachée à saint Simon Stock (16 juillet 1251). Le contenu détaillé est traité dans l'article Ignispedia Le scapulaire du Carmel. Source d'appui : etoilenotredame.org.
49 60biblewalks.com, « Carmelite Monastery » : la grotte sous l'autel porte une inscription latine signifiant « Dans cette grotte demeura parfois le grand chef et père des prophètes, Élie le Thesbite » ; autel de pierre surmonté d'une statue d'Élie. Texte original latin (tel que relevé par la source) : « Hanc aliquando speluncam incoluit Maguns illa Prophetarum Dux et Pater Elias Thesbites ».
52en.wikipedia.org, « Stella Maris Monastery » : depuis 1919, la procession annuelle du premier dimanche après Pâques porte la statue depuis le centre de Haïfa jusqu'au sanctuaire en gravissant le flanc occidental du mont Carmel ; tenue pour l'une des plus grandes processions catholiques de Terre sainte ; commémore le retour de la statue mise à l'abri en temps de guerre.
63dannythedigger.com (« Muhraka ») et pilgrimaps.com, « Deir Al-Mukhraqa Carmelite Monastery » : sanctuaire carme sur les hauteurs sud-est du Carmel, commémorant le sacrifice d'Élie et son défi aux 450 prophètes de Baal (1 R 18) ; « Mukhraqa » = « le lieu de la combustion » ; monastère bâti en 1883 sur des fondations antérieures ; autel de douze pierres (douze tribus, 1 R 18, 31) ; statue d'Élie l'épée levée sur un prêtre de Baal dans la cour ; tenu par les Carmes déchaux.
68 71 72 74 75biblewalks.com, « Keren Carmel (Mukhraka) » : monastère sur une colline de 474 m au sud-est du Carmel, près du village druze de Daliyat al-Karmel, dominant la plaine de Yizréel ; église carme de 1883 (Saint-Élie) sur fondation byzantine ; autel des douze pierres ; statue d'Élie en bronze.
69 73 76Premier Livre des Rois, ch. 18 : Élie rassemble douze pierres (1 R 18, 31) et « le feu du Seigneur tomba et consuma l'holocauste, le bois, les pierres et la poussière » (1 R 18, 38) ; 1 R 19, 10 : « J'ai été rempli de zèle pour le Seigneur, le Dieu des armées. » Traduction liturgique française.
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