Sanctuaire de Monte Sant'Angelo

Le sanctuaire de saint Michel Archange au Mont Gargano (Monte Sant'Angelo, Pouilles) : l'un des plus anciens lieux de culte d'Occident, bâti autour d'une grotte que la tradition dit consacrée par l'Archange lui-même. Sa fondation par les apparitions de 490-493, son rôle de sanctuaire national des Lombards, ses portes de bronze de 1076, son campanile angevin de 1274, ses gardiens et son immense pèlerinage médiéval, étape centrale de la Ligne sacrée de saint Michel.

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Au sommet du promontoire du Gargano — l'éperon montagneux qui forme l'« ergot » de la botte italienne, en Pouilles — la petite ville blanche de Monte Sant'Angelo s'accroche à la roche à près de 800 mètres d'altitude. Sous ses maisons s'ouvre une grotte naturelle que la tradition catholique tient pour l'un des lieux les plus saints d'Occident : le sanctuaire de saint Michel Archange, que les pèlerins du Moyen Âge appelaient la Celeste Basilica, la « Basilique céleste ».[1][2]

Ce sanctuaire occupe une place unique dans la géographie spirituelle de l'Europe. À la différence d'une église bâtie puis consacrée par un évêque, sa cavité aurait été, selon une tradition très ancienne, consacrée par saint Michel lui-même : on l'appelle pour cela « l'église que la main de l'homme n'a pas faite ». De ce fait, c'est non pas autour d'un tombeau de saint ni d'une apparition mariale que le pèlerinage s'est formé, mais autour d'une grotte angélique — fait rarissime dans le catholicisme.[3][4]

Devenu sanctuaire national des Lombards au VIIᵉ siècle, première grande étape michaélique d'Occident bien avant le Mont-Saint-Michel normand, le Gargano a attiré pendant quinze siècles évêques, empereurs, croisés, papes et saints. Sa grotte est tapissée d'inscriptions de pèlerins venus de toute l'Europe ; ses portes de bronze furent coulées à Constantinople ; son campanile fut élevé par un roi de Naples ; et il forme aujourd'hui l'un des maillons de la fameuse « Ligne sacrée de saint Michel » qui, du sud de l'Irlande à la Terre sainte, relie les grands sanctuaires de l'Archange.[5][6][7]

Cet article présente le lieu : la montagne et sa grotte, le récit de fondation du sanctuaire, son rôle de sanctuaire national lombard, son architecture séculaire — portes de bronze, escalier, campanile, cryptes — ses gardiens successifs, et l'immense réseau de pèlerinage dont il fut l'un des cœurs. Pour la figure de l'Archange lui-même, sa théologie et sa place dans l'Écriture, le lecteur se reportera à l'article dédié à saint Michel Archange.

Le Mont Gargano : une montagne sainte

Le promontoire du Gargano

Le Gargano est un massif calcaire isolé qui s'avance dans l'Adriatique, au nord des Pouilles, séparé du reste de l'Apennin par la grande plaine du Tavoliere. Couvert de l'antique Forêt Ombreuse (Foresta Umbra), criblé de grottes karstiques, dominant le golfe de Manfredonia, ce promontoire a très tôt été perçu comme un lieu à part, un seuil entre la terre et le ciel.[8][9]

C'est sur son flanc, à l'emplacement d'une grotte déjà chargée de sacralité, que naquit le sanctuaire. La ville qui s'est développée autour de lui a pris le nom de Monte Sant'Angelo — « le Mont de l'Ange » — et porte aujourd'hui encore, gravé dans sa toponymie, le souvenir de l'apparition qui la fit naître.[10]

Une grotte au lieu d'une basilique

Le trait le plus singulier du sanctuaire est qu'il n'a pas d'abord été construit : il a été reçu. Son noyau est une caverne naturelle, la Sacra Spelonca, dans laquelle suinte une eau réputée miraculeuse (la stilla). Tout le génie architectural des siècles suivants — escaliers, nefs, portails, campanile — n'a fait qu'aménager l'accès à cette cavité et la protéger, sans jamais prétendre la remplacer.[11][12]

Cette inversion — la grotte avant l'église, le Ciel avant la main de l'homme — explique la dévotion particulière qui s'attache au lieu. On n'y vient pas admirer un édifice, mais franchir un seuil : descendre sous terre, vers la roche que la tradition dit touchée par l'Archange.

La fondation du sanctuaire : les apparitions du Gargano

La mémoire de la grotte. Infographie IA, évocation symbolique ; d’après le Liber de apparitione et les notes sur la tradition du sanctuaire.

Le récit de fondation du sanctuaire est transmis par une source médiévale, le Liber de apparitione Sancti Michaelis in monte Gargano (« Livre de l'apparition de saint Michel au Mont Gargano »), rédigé probablement entre le VIIIᵉ et le IXᵉ siècle. Ce texte fixe la mémoire de trois apparitions primitives, auxquelles la tradition postérieure en ajouta une quatrième, celle de la peste de 1656.[13][14] Ces récits ne relèvent pas de la foi obligatoire, mais ils constituent l'acte de naissance du lieu : c'est par eux que la grotte est devenue sanctuaire, et les ignorer reviendrait à ne rien comprendre à Monte Sant'Angelo.

L'apparition du taureau (vers 490)

La tradition rapporte qu'un riche propriétaire de Siponte, nommé Elvio Emanuele, perdit son plus beau taureau. Il le retrouva agenouillé au fond d'une grotte inaccessible du Gargano. Irrité, il décocha une flèche pour l'abattre : mais le trait se retourna contre l'archer et le blessa. Troublé, l'homme s'en ouvrit à l'évêque de Siponte, saint Laurent Maïorane (Lorenzo Maiorano).[15][16]

L'évêque ordonna trois jours de prière et de pénitence. Au terme de ce jeûne, saint Michel lui apparut et lui révéla le sens du prodige :

« Je suis l'archange Michel, et je me tiens toujours en présence du Seigneur. » — Saint Michel à l'évêque de Siponte, selon le Liber de apparitione (première apparition)[17][18]

Dans la suite du même passage — résumée ici en paraphrase, non citée au mot près —, l'Archange déclare en substance avoir pris ce lieu et ses habitants sous sa protection, dont il se fait le surveillant et le gardien.

L'apparition de la victoire (492)

Une seconde apparition est liée à la défense de Siponte, alors menacée par des assaillants. Tandis que la cité priait, l'Archange aurait promis et donné la victoire, une tempête de sable et de grêle dispersant les attaquants. Le détail des assiégeants varie selon les versions du récit ; mais l'idée demeure constante : saint Michel, prince des armées célestes, protège la cité qui l'invoque.[19][20] C'est ce versant guerrier et protecteur qui séduira plus tard les Lombards.

La dédicace de la grotte (493)

Pour la troisième fois, saint Michel intervint au moment décisif. L'évêque, voulant agir avec prudence, consulta le pape saint Gélase Iᵉʳ (492-496), qui ordonna de consacrer la grotte au culte chrétien. Mais l'Archange apparut de nouveau pour annoncer qu'il l'avait déjà consacrée lui-même : il était inutile que la main de l'homme le fît. Une église fut alors aménagée à l'entrée de la caverne, et la dédicace fut célébrée le 29 septembre 493 — date qui restera la grande fête du sanctuaire.[21][22][23]

De cette troisième apparition vient le titre le plus saisissant du lieu : la grotte est « l'église que la main de l'homme n'a pas consacrée ». Saint Michel y aurait laissé, dans la roche, l'empreinte d'un pas et un autel rouge. C'est ce caractère non-construit, reçu d'en haut, qui fonde la singularité spirituelle du Gargano.

L'apparition de la peste (1656)

Plus d'un millénaire plus tard, une quatrième apparition s'ajouta au dossier. En 1656, alors que la peste ravageait le royaume de Naples, l'archevêque de Manfredonia Giovanni Alfonso Puccinelli se tourna vers saint Michel. Le 22 septembre 1656, l'Archange lui apparut, rapporte Joachim Bouflet, assurant que le fléau disparaîtrait dès que l'on aurait célébré un triduum en son honneur — ce qui advint[24]. L'Archange aurait aussi ordonné de bénir des pierres de la grotte gravées des lettres « M. A. » (Michael Archangelus) : la ville fut, dit la tradition, préservée du fléau. Ces « pierres de saint Michel », distribuées aux pèlerins, demeurent l'un des sacramentaux les plus caractéristiques du sanctuaire.[25][26]

Le sanctuaire national des Lombards

Saint Michel, patron des guerriers lombards

Au VIIᵉ siècle, le Gargano passa sous le contrôle des Lombards du duché de Bénévent. Ce peuple germanique, récemment converti, reconnut dans saint Michel — archange combattant, chef des armées du Ciel, vainqueur du dragon — une figure qui rejoignait son propre imaginaire guerrier, jusque-là attaché au dieu Wotan. Saint Michel devint ainsi le protecteur national des Lombards, et son sanctuaire du Gargano leur sanctuaire dynastique par excellence.[27][28]

La tradition lombarde rattache à l'Archange une grande victoire militaire remportée un 8 mai (les sources placent ici la bataille de 663, qui assura aux Lombards le contrôle du Gargano face aux Byzantins). De là vient la fête du 8 mai, l'« Apparition du Gargano », qui s'ajouta à celle du 29 septembre et que l'on continue de célébrer.[29][30]

Les ducs bâtisseurs et les graffitis des pèlerins

Ex-voto du XIᵉ siècle des musées TECUM, photographié à l’exposition Les Normands à Mannheim (2022). Schillerwein, Wikimedia Commons — CC0 1.0. Original non modifié.

Les ducs lombards firent du sanctuaire un véritable chantier : on leur doit, du VIIᵉ au VIIIᵉ siècle, un escalier monumental descendant vers l'autel, un long couloir d'environ 40 mètres pour abriter les pèlerins, et l'aménagement de l'accès à la grande grotte.[31] C'est de cette époque que datent les célèbres cryptes lombardes, aujourd'hui mises au jour.

Surtout, les parois du couloir d'accès conservent un trésor épigraphique exceptionnel : près de deux cents inscriptions gravées du VIᵉ au IXᵉ siècle, en latin, en grec et en caractères germaniques, dont au moins 97 noms d'origine germanique. On y a même identifié des inscriptions runiques — l'une des découvertes épigraphiques majeures des dernières décennies — preuve que des pèlerins venaient de très loin, du nord de l'Europe, prier dans la grotte de l'Archange.[32]

L'inscription à l'UNESCO (2011)

En reconnaissance de cette mémoire lombarde, le sanctuaire de San Michele Arcangelo a été inscrit en 2011 au patrimoine mondial de l'UNESCO, au sein du bien sériel « Les Lombards en Italie. Les lieux du pouvoir (568-774) », qui réunit sept ensembles monumentaux répartis sur la péninsule. Le Gargano y figure comme le grand sanctuaire de la civilisation lombarde, témoin de sa foi et de son art.[33][34]

L'architecture du sanctuaire

Cinq repères architecturaux et patrimoniaux. Infographie IA, éléments schématiques sans échelle ; d’après les notes Longobards in Italy, portes de bronze et campanile.

Le sanctuaire visible aujourd'hui est une stratification de quinze siècles : à la grotte primitive se sont ajoutés, couche après couche, l'aménagement lombard, le portail et les portes byzantines du XIᵉ siècle, le campanile angevin du XIIIᵉ siècle, et les remaniements modernes. L'ensemble se lit comme un livre de pierre.

La Sacra Spelonca et la Basilique céleste

Le cœur du sanctuaire reste la grotte elle-même. On y descend par un grand escalier ; on y trouve l'autel de saint Michel, la source de la stilla recueillie par les pèlerins, un trône épiscopal de marbre du XIIᵉ siècle, et de nombreux ex-voto. La cavité, irrégulière et sombre, forme la nef d'une « basilique » que nul architecte n'a dessinée : c'est la Celeste Basilica.[35][36]

La Sacra Spelonca photographiée en 2016. Mboesch, Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Original non modifié.

Au fond de la grotte se dresse la statue de marbre de saint Michel terrassant le démon, œuvre d'Andrea Sansovino (1507), où l'Archange brandit l'épée, image de la puissance divine sur le mal. C'est devant elle que prient aujourd'hui les pèlerins.[37][38]

L'escalier monumental et le portail gothique

Depuis la ville haute, on accède au sanctuaire par un escalier monumental qui plonge vers la grotte. Son portail d'entrée, surmonté de deux arcs gothiques, donne sur le couloir descendant. Une inscription latine y résume tout le sens du lieu : « Terribilis est locus iste » — « Ce lieu est redoutable [c'est la maison de Dieu et la porte du Ciel] », reprise du songe de Jacob à Béthel (Genèse 28).[39][40]

« Que ce lieu est redoutable ! Ce n'est rien de moins que la maison de Dieu et la porte du Ciel. » — Genèse 28, 17, inscription du sanctuaire[41]

Les portes de bronze de 1076

Les portes de bronze, photographie de 1930 (photographe inconnu, archive s.05921-01). Touring Club Italiano, Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Original non modifié.

Le couloir débouche sur les fameuses portes de bronze qui ferment l'entrée de la grotte. Coulées à Constantinople en 1076, elles furent commandées et offertes par un riche marchand amalfitain, Pantaléon (Pantaleone), dont la famille avait déjà doté d'autres sanctuaires de portes byzantines. Leurs vingt-quatre panneaux d'argent incrusté retracent des épisodes bibliques où interviennent les anges, dans l'Ancien et le Nouveau Testament.[42][43]

Une inscription gravée sur l'une des bandes horizontales date et localise l'œuvre avec une précision rare pour l'époque :

« Cette œuvre fut achevée dans la cité royale de Constantinople, par les soins du noble Pantaléon, qui la fit faire en l'an de l'Incarnation du Seigneur 1076. » — Inscription des portes de bronze du sanctuaire[44]

Le campanile angevin (1274)

La silhouette qui domine la ville n'est pas une coupole, mais une haute tour octogonale : le campanile angevin, élevé à partir de 1274 sur l'ordre de Charles Iᵉʳ d'Anjou, roi de Naples, en action de grâces pour sa conquête de l'Italie du Sud. Œuvre des maîtres Giordano et Maraldo de Monte Sant'Angelo, sa forme octogonale s'inspire du célèbre Castel del Monte de Frédéric II. Elle est l'un des grands jalons de l'architecture gothique des Pouilles.[45][46]

Les édifices voisins : cryptes, baptistère et Santa Maria Maggiore

Le sanctuaire ne se réduit pas à la grotte. Le complexe comprend les cryptes lombardes redécouvertes (longtemps appelées « ruines du Palais »), aujourd'hui intégrées au musée TECUM et à sa galerie lombarde de plus de deux cents sculptures.[47] À proximité subsistent le baptistère San Giovanni in Tumba (endommagé en 1942) — où la tradition place le tombeau de Rotari — et l'église romane de Santa Maria Maggiore (XIᵉ siècle), bâtie par l'archevêque Léon, témoins de la richesse médiévale de la ville sainte.[48][49]

Les gardiens du sanctuaire

Les gardiens du sanctuaire. Infographie IA, scènes symboliques ; synthèse des notes historiques et de la présentation du sanctuaire.

La garde de la grotte a changé de mains au fil des siècles, mais ne s'est jamais interrompue. À l'origine, le sanctuaire relevait des évêques de Siponte, dont saint Laurent Maïorane fut le fondateur spirituel. Sous les Lombards, ducs et abbés en assurèrent la protection et l'enrichissement. Au long du Moyen Âge et de l'époque moderne, un chapitre de chanoines desservit la basilique céleste, puis le clergé diocésain de l'archidiocèse de Manfredonia-Vieste-San Giovanni Rotondo.[50][51]

Depuis le 13 juillet 1996, le soin pastoral du sanctuaire a été confié à la Congrégation de Saint-Michel-Archange — les religieux Michaélites, congrégation d'origine polonaise vouée précisément au culte de l'Archange. Ce sont eux qui accueillent aujourd'hui les pèlerins, assurent les célébrations et veillent sur la grotte.[52][53]

Un carrefour de la chrétienté

La Via Sacra Langobardorum

Au Moyen Âge, le Gargano était l'un des grands buts de pèlerinage de l'Occident, au même rang que Rome, Saint-Jacques-de-Compostelle et la Terre sainte. On y montait par la Via Sacra Langobardorum, la « Voie sacrée des Lombards », variante méridionale de la Via Francigena : les pèlerins en route vers les ports des Pouilles pour s'embarquer vers Jérusalem faisaient le détour par la grotte de l'Archange pour s'y placer sous sa protection avant la traversée.[54][55]

La Ligne sacrée de saint Michel

La Ligne sacrée de saint Michel. Infographie IA, parcours dévotionnel schématique sans échelle ni tracé routier ; d’après la présentation de l’article.

Le sanctuaire est aussi tenu pour l'un des maillons de la fameuse Ligne sacrée de saint Michel (Linea Sacra di San Michele) : un alignement quasi rectiligne de grands sanctuaires micaéliques qui, selon une tradition dévotionnelle, relierait — du nord-ouest au sud-est — Skellig Michael (Irlande), St Michael's Mount (Cornouailles), le Mont-Saint-Michel (Normandie), la Sacra di San Michele (Val de Suse), Monte Sant'Angelo (Gargano), le monastère de Symi (Grèce) et le Mont Carmel (Terre sainte). Le Gargano en est le maillon central et le plus ancien : c'est de lui que le culte occidental de l'Archange a rayonné vers le nord.[56][57]

Papes, saints et croisés

La liste des pèlerins illustres du Gargano traverse tout le Moyen Âge. La tradition y fait venir de nombreux papes — Gélase Iᵉʳ, Léon IX, Urbain II, Alexandre III, Grégoire X, Célestin V, et bien plus tard Jean XXIII — et une foule de saints : saint Bernard de Clairvaux, saint Thomas d'Aquin, sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne. Les croisés, avant de s'embarquer dans les ports voisins, venaient confier leur expédition à l'Archange.[58][59]

L'épisode le plus célèbre est celui de saint François d'Assise. Venu en pèlerinage vers 1216, le Poverello se serait jugé indigne de pénétrer dans la grotte : il s'arrêta sur le seuil, pria, et grava de sa main le signe de la croix (un tau) sur une pierre de l'entrée, sans franchir le seuil de la Sacra Spelonca.[60][61] Cette retenue dit, mieux qu'un long discours, le caractère redoutable que les saints reconnaissaient au lieu.

Padre Pio et les pèlerins modernes

Le sanctuaire n'a rien perdu de sa force d'attraction à l'époque contemporaine. Tout proche de San Giovanni Rotondo — à une vingtaine de kilomètres sur le même promontoire — il fut un lieu cher à saint Pio de Pietrelcina, grand dévot de l'Archange, qui envoyait volontiers ses fils spirituels prier « à la grotte de saint Michel ».[62] Beaucoup de pèlerins associent aujourd'hui encore les deux sanctuaires du Gargano dans un même itinéraire.

Le 24 mai 1987, le pape saint Jean-Paul II vint à son tour en pèlerinage au sanctuaire ; sa visite est commémorée parmi les grands moments modernes du lieu, et figurée sur les panneaux de la porte de bronze contemporaine du flanc gauche.[63]

Le sanctuaire aujourd'hui

Les deux grandes fêtes

Le rythme du pèlerinage. Infographie IA, parcours symbolique sans échelle ; d’après les notes du sanctuaire et des musées TECUM.

Le calendrier du sanctuaire s'organise autour de deux fêtes majeures. Le 8 mai, l'« Apparition de saint Michel au Mont Gargano », commémore l'origine lombarde du culte et la première apparition ; c'est la fête propre du Gargano. Le 29 septembre, la fête de saint Michel Archange (aujourd'hui des saints Archanges Michel, Gabriel et Raphaël dans le calendrier romain), rappelle la dédicace de la grotte en 493. Ces deux dates attirent les plus grandes foules.[64][65]

Fréquentation et dévotion

Lieu de culte ininterrompu depuis quinze siècles, le sanctuaire demeure l'un des grands pèlerinages des Pouilles et un but de dévotion pour les fidèles venus de toute l'Italie et d'Europe. En 2014, le magazine National Geographic le classait parmi les dix plus belles grottes sacrées du monde.[66][67] Le complexe abrite aussi les musées TECUM et sa galerie lombarde, qui conservent la mémoire artistique du site.

Mais l'essentiel n'est pas dans les chiffres. Ce que le pèlerin vient chercher au Gargano, c'est le geste immémorial : descendre sous la terre, par l'escalier de pierre, jusqu'à la roche que la tradition dit consacrée par l'Archange — et là, dans l'ombre de la Sacra Spelonca, se tenir un instant à « la porte du Ciel ».

Pour aller plus loin

  • Saint Michel Archange — la figure de l'Archange, sa théologie et sa place dans l'Écriture.
  • Sanctuaire de Padre Pio à San Giovanni Rotondo — l'autre grand sanctuaire du Gargano, tout proche.
  • Le Mont-Saint-Michel — le grand sanctuaire micaélique normand, héritier du Gargano.

Notes et références

  1. Sanctuary of Monte Sant'Angelo, notice encyclopédique (en.wikipedia.org) : sanctuaire de saint Michel sur le promontoire du Gargano ; grotte consacrée selon la tradition par l'Archange lui-même ; portes de bronze de 1076 réalisées à Constantinople (24 panneaux d'épisodes angéliques) ; campanile élevé par Charles Iᵉʳ d'Anjou ; baptistère San Giovanni in Tumba et église Santa Maria Maggiore ; inscription UNESCO 2011 au sein des Lombards en Italie ; Via Sacra Langobardorum ; liste des papes et saints pèlerins ; garde confiée depuis le 13 juillet 1996 à la Congrégation de Saint-Michel-Archange.

    1 7 8 18 22 28 34 36 39 42 48 52 54 57 58 60
  2. Longobards in Italy: Places of Power (568-774) — fiche officielle du Sanctuary complex of San Michele Arcangelo (longobardinitalia.it) : sanctuaire national des Lombards de Bénévent, identification de saint Michel au dieu guerrier Wotan, prise de contrôle du Gargano après 650 ; escalier monumental, couloir d'environ 40 m et accès à la grotte financés par les ducs lombards (VIIᵉ-VIIIᵉ s.) ; environ 200 inscriptions du VIᵉ au IXᵉ s. (latin, grec, sémitique, au moins 97 noms germaniques, inscriptions runiques) ; musées TECUM et galerie lombarde ; inscription UNESCO 2011 ; classement National Geographic (2014) parmi les plus belles grottes sacrées.

    2 5 20 27 30 31 32 33 47 66
  3. Santuario di San Michele Arcangelo, notice encyclopédique (it.wikipedia.org) : récit des apparitions à saint Laurent Maïorane (taureau ~490, victoire 492, dédicace du 29 septembre 493, peste de 1656 avec Mgr Puccinelli et les pierres « M.A. »), campanile octogonal de 1274 (Charles Iᵉʳ d'Anjou, maîtres Giordano et Maraldo, inspiré de Castel del Monte), portes de bronze de 1076 (Pantaléon d'Amalfi), statue de saint Michel par Andrea Sansovino (1507), fêtes du 8 mai et du 29 septembre, garde du sanctuaire au fil des siècles.

    3 10 12 14 15 19 21 25 29 37 45 50 64
  4. Site officiel du Santuario di San Michele Arcangelo (santuariosanmichele.it) et présentation du sanctuaire : la Sacra Spelonca (grotte), la stilla (eau de la roche), les « pierres de saint Michel » gravées « M.A. », l'autel et la statue de l'Archange, les deux fêtes annuelles, et le service pastoral assuré par les Michaélites.

    4 11 26 35 38 51 53 61 65
  5. Italia.it, fiche Monte Sant'Angelo — Santuario di San Michele Arcangelo (italia.it) : présentation du promontoire du Gargano et de la Forêt Ombreuse, de la grotte et de son aménagement, du rôle du sanctuaire sur la Via Sacra Langobardorum et la Via Francigena, et de sa place parmi les grands sanctuaires micaéliques d'Europe.

    6 9 40 49 55 56 59 67
  6. Liber de apparitione Sancti Michaelis in monte Gargano (« Livre de l'apparition de saint Michel au Mont Gargano », BHL 5948), source hagiographique latine probablement composée entre le VIIIᵉ et le IXᵉ siècle ; éd. critique G. Waitz, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Langobardicarum et Italicarum saec. VI–IX, Hanovre, 1878, pp. 540–543 : § 2 la première apparition (le taureau et les paroles de l'Archange), § 3 la victoire sur les assiégeants, § 4 la dédicace de la grotte, §§ 5–6 la description du sanctuaire et ses miracles. La phrase citée entre guillemets dans l'article traduit au mot près le § 2 : « Ego enim sum Michael archangelus, qui in conspectu Domini semper adsisto ». Vérification faite sur le texte intégral (pp. 541–543) : aucune phrase sur le pardon des péchés ne figure dans le Liber ; l'ancienne « parole » du pardon, naguère citée ici, a donc été retirée, et la suite des paroles de l'Archange est donnée en paraphrase.

    13 17
  7. Dossier touristique et historique Santuario San Michele Arcangelo – Monte Sant'Angelo : l'origine del Santuario (calino.it, format PDF) : récit de l'apparition du taureau d'Elvio Emanuele, des trois jours de prière de saint Laurent Maïorane, de la consultation du pape Gélase Iᵉʳ et de la dédicace de la grotte le 29 septembre 493.

    16 23
  8. Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires de la vie mystique, tome 3 : Les Anges et leurs saints, Paris, Le Jardin des Livres, 2003, p. 107 : pendant la peste de 1656, saint Michel apparaît à Giovanni Alfonso Puccinelli, évêque de Manfredonia, le 22 septembre, et l'assure que le fléau disparaîtra dès que l'on aura célébré un triduum en son honneur — ce qui advint. Source approuvée : Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires de la vie mystique, tome 3 : Les Anges et leurs Saints, Paris, Le Jardin des Livres, 2003, p. 107

    24
  9. Livre de la Genèse 28, 17 (songe de Jacob à Béthel) : « Quam terribilis est locus iste ! Non est hic aliud nisi domus Dei et porta caeli. » — « Que ce lieu est redoutable ! Ce n'est rien d'autre que la maison de Dieu et la porte du Ciel. » Verset traditionnellement inscrit à l'entrée du sanctuaire.

    41
  10. Monte Sant'Angelo — Le porte di bronzo (montesantangelo.info) et notices d'histoire de l'art : portes de bronze exécutées à Constantinople en 1076 pour le noble amalfitain Pantaléon, vingt-quatre panneaux figurant des épisodes angéliques de l'Ancien et du Nouveau Testament ; inscription dédicatoire datant l'œuvre « en l'an de l'Incarnation du Seigneur 1076 », achevée « dans la cité royale de Constantinople ».

    43 44
  11. Monte Sant'Angelo — Il campanile angioino (montesantangelo.info) : campanile octogonal commandé par Charles Iᵉʳ d'Anjou à partir de 1274 en action de grâces pour la conquête de l'Italie méridionale, œuvre des maîtres Giordano et Maraldo de Monte Sant'Angelo, dont la forme s'apparente à celle du Castel del Monte de Frédéric II.

    46
  12. Monte Sant'Angelo et la grotte de Saint-Michel (st-padre-pio.fr) : dévotion de saint Pio de Pietrelcina à saint Michel Archange et lien dévotionnel entre San Giovanni Rotondo et le sanctuaire du Gargano, distants d'une vingtaine de kilomètres sur le même promontoire ; tradition selon laquelle Padre Pio recommandait le pèlerinage à la grotte de l'Archange.

    62
  13. Discours de saint Jean-Paul II à la population de Monte Sant'Angelo, 24 mai 1987 (vatican.va) : « Sono lieto di trovarmi in mezzo a voi all'ombra di questo Santuario di San Michele Arcangelo, che da quindici secoli è meta di pellegrinaggi » (« Je suis heureux de me trouver au milieu de vous, à l'ombre de ce sanctuaire de saint Michel Archange, qui depuis quinze siècles est un but de pèlerinages ») ; sa visite est commémorée parmi les grands moments modernes du sanctuaire, et figurée sur la porte de bronze contemporaine du flanc gauche de la basilique, qui retrace l'histoire du lieu jusqu'à ce pèlerinage.

    63