Sur le promontoire calcaire du Gargano, l'éperon montagneux qui forme l'« ergot » de la botte italienne, s'étend San Giovanni Rotondo, petite ville des Pouilles qui ne comptait au début du XXᵉ siècle que quelques milliers d'habitants autour d'un couvent capucin perdu dans la pierraille. C'est là que, le 4 septembre 1916, arriva un jeune frère mineur capucin de vingt-neuf ans, Francesco Forgione, en religion Padre Pio — celui que le monde connaîtrait bientôt comme le moine aux mains percées.[1][2] Il ne quittera plus ce couvent jusqu'à sa mort, le 23 septembre 1968.[3]
De cette présence est né l'un des plus grands sanctuaires de la chrétienté. On y vénère aujourd'hui le corps conservé de saint Pio de Pietrelcina, exposé dans une crypte couverte de mosaïques d'or, au cœur d'une vaste église de pèlerinage dessinée par l'architecte Renzo Piano. Autour de ce tombeau gravitent l'ancienne petite église où Padre Pio reçut les stigmates en 1918, le couvent et sa cellule, une nouvelle église de 1959, un chemin de croix monumental sur la colline, et un grand hôpital qu'il fonda lui-même, la Casa Sollievo della Sofferenza.
Le sanctuaire de San Giovanni Rotondo occupe une place singulière dans la géographie spirituelle catholique. À Lourdes ou à Fátima, c'est une apparition de la Vierge qui a fait jaillir le pèlerinage ; ici, comme au sanctuaire d'Ars, il n'y a ni apparition mariale ni source, mais la sainteté d'un seul homme — ses cinquante années de stigmates, ses confessions interminables, ses charismes et sa charité. Les chiffres souvent avancés en font, après la basilique de Guadalupe au Mexique, l'un des lieux de pèlerinage catholiques les plus fréquentés du monde.[4][5]
Cet article présente le sanctuaire tel qu'il est : comment un couvent obscur du Gargano est devenu, du vivant même de Padre Pio, un lieu de pèlerinage ; ce que le pèlerin y voit aujourd'hui — les trois églises, la crypte d'or, le couvent, le chemin de croix, l'hôpital ; et le sens spirituel d'un lieu tout entier ordonné à la confession et au soulagement de la souffrance. Pour la vie, les charismes et le procès en canonisation du saint, voir l'article Saint Pio de Pietrelcina ; pour le phénomène des plaies, Les stigmates de Padre Pio.
San Giovanni Rotondo : un bourg du Gargano devenu capitale du pèlerinage
Padre Pio au couvent Santa Maria delle Grazie (1916-1968)
Quand Padre Pio arrive à San Giovanni Rotondo, le 4 septembre 1916, le couvent Santa Maria delle Grazie — Sainte-Marie-des-Grâces — est un modeste établissement capucin du XVIᵉ siècle, posé à l'écart de la ville, sur les pentes du mont Castellana.[6][7] Affaibli par une santé fragile, le jeune frère y est envoyé pour respirer l'air sec de la montagne. Il ne le quittera plus : pendant cinquante-deux ans, de 1916 à 1968, ce couvent sera tout son horizon géographique.
Deux ans après son arrivée, le 20 septembre 1918, agenouillé dans le chœur de l'ancienne église, devant un grand crucifix, le frère reçoit les stigmates : les cinq plaies du Christ s'ouvrent dans ses mains, ses pieds et son côté, et ne se refermeront qu'à l'approche de sa mort, un demi-siècle plus tard.[8][9] C'est ce crucifix, conservé sur place, qui fait de la petite église le noyau historique du sanctuaire. Le récit détaillé de cet événement et son discernement par l'Église relèvent de l'article Les stigmates de Padre Pio.
Pourquoi un sanctuaire est né autour d'un frère vivant
Comme Ars au siècle précédent, San Giovanni Rotondo présente une particularité rare : le sanctuaire existe déjà du vivant du saint. Dès les années 1920, la réputation du frère stigmatisé attire des foules grandissantes ; dans les années 1950 et 1960, le flot devient ininterrompu. On vient d'Italie, puis d'Europe et du monde entier, souvent pour une seule chose : se confesser à Padre Pio, ou assister à sa messe. Le village s'organise autour de cette affluence — hôtels, routes, services — bien avant qu'aucune grande basilique ne soit bâtie.
Cette antériorité explique la nature du lieu. San Giovanni Rotondo n'est pas un sanctuaire édifié a posteriori autour d'un tombeau ancien, mais un pèlerinage vivant qui s'est prolongé après 1968. Le pèlerin d'aujourd'hui marche sur les pas de ceux qui, du vivant du frère, faisaient déjà la queue des heures durant devant son confessionnal. La mort du saint, en 1968, n'a pas tari le mouvement : elle l'a fixé sur sa dépouille et sur les lieux de sa vie.
Le couvent et l'ancienne église : le cœur historique
Le couvent capucin et la cellule du saint
Le couvent Santa Maria delle Grazie demeure le centre vivant du sanctuaire : il est toujours habité par une communauté de Frères Mineurs Capucins, qui assurent l'accueil des pèlerins, les célébrations et le service des confessions. C'est dans ce couvent que Padre Pio a vécu, prié, confessé et célébré la messe pendant plus d'un demi-siècle.
Le pèlerin peut suivre un parcours dans les lieux du saint : le vieux cloître, le chœur, la sacristie, et surtout la cellule où Padre Pio mourut, la cellule n°5, conservée avec son mobilier pauvre — le lit, le prie-Dieu, quelques objets de sa vie quotidienne.[10] Une partie de l'aile conventuelle relève toujours de la clôture religieuse ; l'accès aux lieux de mémoire se fait selon un itinéraire balisé par les capucins. Ces lieux donnent au pèlerinage sa dimension biographique : on ne vénère pas seulement un saint lointain, on visite la maison où il a vécu et la chambre où il est mort.
L'ancienne église et le crucifix des stigmates
Au cœur du sanctuaire se trouve l'ancienne église Santa Maria delle Grazie, petit édifice du XVIᵉ siècle accolé au couvent.[11][12] C'est là que Padre Pio a célébré ses messes — parfois longues de plusieurs heures —, là qu'il passait des heures au confessionnal, et là, dans le chœur, que se dresse le crucifix devant lequel il reçut les stigmates le 20 septembre 1918.[13][14] Cette église minuscule, conçue pour un couvent de campagne, s'est vite révélée trop petite pour les foules : c'est elle qui a appelé la construction des deux églises suivantes.
Le confessionnal et les reliques
Ce qui a fait de San Giovanni Rotondo un sanctuaire, c'est avant tout le confessionnal. Padre Pio y passait de longues heures chaque jour, recevant des pénitents venus de toute l'Italie et au-delà ; on attendait parfois plusieurs jours pour obtenir son tour.[15] Le confessionnal qu'il utilisait est conservé et vénéré : il rappelle que la réconciliation des pécheurs fut le cœur de son ministère, et reste la raison d'être du lieu.
Le sanctuaire conserve aussi des reliques liées au saint et à ses plaies : les mitaines de laine brunâtres dont il couvrait ses mains stigmatisées, des linges marqués de sang, des objets de sa vie quotidienne, présentés dans les espaces muséographiques du couvent. La vénération de ces reliques, comme du corps lui-même, s'inscrit dans la tradition catholique du culte des saints ; sur son sens et ses limites, voir Pourquoi vénérer les reliques ?.
Les trois églises du sanctuaire
Le sanctuaire de San Giovanni Rotondo n'est pas un monument unique, mais une superposition de trois églises d'âges et de tailles très différents, bâties à mesure que l'affluence grandissait. Le tableau ci-dessous en donne la vue d'ensemble.
| Église | Date | Capacité | Ce que le pèlerin y trouve |
|---|---|---|---|
| Ancienne église Santa Maria delle Grazie | XVIᵉ siècle | très réduite | Le chœur et le crucifix des stigmates ; le lieu des messes et des confessions de Padre Pio |
| Nouvelle église Santa Maria delle Grazie | 1956-1959 | quelques milliers | Bâtie pour absorber les foules ; longtemps le lieu du tombeau du saint |
| Église de pèlerinage San Pio (Renzo Piano) | 1998-2004 | ~6 500 assis (≈30 000 sur le parvis) | La grande église contemporaine et la crypte où repose désormais le corps du saint |
La nouvelle église Santa Maria delle Grazie (1959)
Dès le milieu des années 1950, l'ancienne église ne suffit plus. Une nouvelle église Santa Maria delle Grazie, beaucoup plus vaste, est construite à partir de 1956 sur les plans de l'architecte Giuseppe Gentile, et consacrée le 1ᵉʳ juillet 1959 par l'évêque de Foggia.[16][17] Accolée à l'ancienne, elle devint pour plusieurs décennies le centre du culte : c'est dans sa crypte que Padre Pio fut d'abord enseveli après sa mort en 1968, et c'est là, dans cette crypte de Santa Maria delle Grazie, que Jean-Paul II vint s'agenouiller sur son tombeau en 1987.[18]
L'église de pèlerinage San Pio, de Renzo Piano (2004)
À la fin du XXᵉ siècle, l'affluence — désormais comptée en millions — appelait une église d'une tout autre échelle. Le projet fut confié à l'un des plus grands architectes contemporains, le Génois Renzo Piano. Étudiée à partir des années 1990 et construite pour l'essentiel entre 1998 et 2004, l'église de pèlerinage San Pio de Pietrelcina fut consacrée le 1ᵉʳ juillet 2004.[19][20][21]
L'édifice est l'une des plus vastes églises bâties au XXᵉ-XXIᵉ siècle : il peut accueillir environ 6 500 fidèles assis, et son parvis communiquant prolonge l'assemblée jusqu'à quelque 30 000 personnes pour les grandes célébrations.[22][23] Sa structure repose sur une couronne d'arches de pierre d'Apricena, calcaire beige des Pouilles choisi comme matériau unique de l'ensemble : vingt et une arches s'imbriquent en deux anneaux concentriques pour porter la toiture.[24] L'arche maîtresse, d'une portée d'environ 45,80 mètres, est présentée comme la plus grande arche de pierre du monde, sa stabilité étant assurée par des câbles d'acier dissimulés dans la pierre.[25][26]
« Le choix de la pierre d'Apricena comme unique matériau de construction de la nouvelle église fut fondamental : il en fait un tout homogène. » — Renzo Piano Building Workshop, présentation du projet de l'église de pèlerinage Padre Pio[27]
Le résultat est une église résolument contemporaine, à la fois immense et lumineuse, en rupture franche avec l'architecture des sanctuaires traditionnels — un choix qui a nourri débats et admiration, mais qui répond d'abord à une nécessité pastorale : abriter les foules de l'un des premiers pèlerinages du monde.
Le tombeau de saint Pio et la crypte d'or
L'exhumation de 2008 et l'ostension du corps
Quarante ans après sa mort, dans le cadre des procédures liées au culte des saints, le corps de Padre Pio fut exhumé le 3 mars 2008.[28][29] La reconnaissance médicale décrivit un corps en bon état de conservation, sans toutefois user du mot d'incorruption au sens strict ; pour permettre l'exposition, le visage, marqué par le temps, fut recouvert d'un masque de silicone modelé à sa ressemblance, réalisé par une entreprise spécialisée britannique.[30] À partir du 24 avril 2008, le corps fut exposé à la vénération des fidèles, attirant des centaines de milliers de pèlerins.[31]
Il faut être précis, car le langage populaire exagère parfois : on parle souvent du « corps incorrompu » de Padre Pio, mais l'Église n'a jamais fait de cette conservation un récit de prodige. Pour situer ce cas dans la tradition catholique, plus nuancée qu'on ne le croit, voir Les corps incorruptibles.
Le transfert dans la crypte (2010)
Le 19 avril 2010, le corps de saint Pio fut transféré dans une nouvelle crypte, aménagée sous l'église de Renzo Piano, où il repose désormais dans un sépulcre de verre, visible des pèlerins.[32][33] Cette crypte est devenue le point d'aboutissement du pèlerinage : c'est vers elle que converge la foule, par une longue rampe descendante, pour prier devant le saint.
Les mosaïques de la crypte
La crypte et la rampe qui y mène sont entièrement revêtues de mosaïques d'or, déployant des scènes de la vie de saint François d'Assise et de la vie de Padre Pio.[34][35] Cet ensemble monumental est l'œuvre de l'artiste Marko Ivan Rupnik et de l'atelier du Centro Aletti de Rome, dont le style — figures hiératiques sur fond d'or, héritées de l'art byzantin — orne de nombreux sanctuaires contemporains.[36][37] L'or qui enveloppe le tombeau veut signifier la gloire céleste où l'Église croit le saint entré : la crypte n'est pas un caveau funèbre, mais un espace de lumière ordonné à la prière.
La Casa Sollievo della Sofferenza : « soulager la souffrance »
Le sanctuaire de San Giovanni Rotondo ne se comprend pas sans l'œuvre de charité qui lui est attachée. Convaincu que la prière et le soin du corps devaient aller de pair, Padre Pio fit construire, à quelques pas du couvent, un grand hôpital : la Casa Sollievo della Sofferenza — la « Maison du soulagement de la souffrance » —, inaugurée le 5 mai 1956.[38][39]
L'établissement n'a cessé de croître. Il est aujourd'hui l'un des grands hôpitaux d'Italie : un institut de soins et de recherche reconnu (Istituto di Ricovero e Cura a Carattere Scientifico, IRCCS), doté de plus d'un millier de lits, où l'on soigne chaque année des dizaines de milliers de malades.[40][41] Padre Pio voulait que ce lieu fût à la fois un temple de science et de prière, où le malade rencontre, dans sa propre souffrance, le Christ souffrant.[42]
Cette dimension est essentielle : à San Giovanni Rotondo, la sainteté ne fut pas seulement contemplative, mais incarnée dans le service concret des pauvres et des malades. L'hôpital fait partie intégrante du sanctuaire, comme La Providence à Ars : il prolonge dans la pierre et dans le soin ce que le saint vivait dans son confessionnal.
Le Chemin de croix monumental de Francesco Messina
Sur le flanc boisé du mont Castellana, derrière le couvent, s'étire un vaste Chemin de croix en plein air, l'un des plus grands de la chrétienté. Œuvre du sculpteur sicilien Francesco Messina (1900-1995), il fut commencé en 1968 — quelques jours seulement avant la mort de Padre Pio — et achevé au cours des années suivantes ; ses stations de bronze, disposées le long de la montée, mêlent la sculpture, le granit et le paysage.[43][44]
Ce chemin de croix offre au pèlerin un espace de méditation en marge des grandes églises : on y gravit la colline en suivant la Passion du Christ, dans un cadre naturel qui rappelle que toute la vie de Padre Pio — ses stigmates, ses souffrances offertes, son hôpital — fut une longue configuration au Crucifié.
Un des plus grands pèlerinages du monde
Les chiffres de la fréquentation
San Giovanni Rotondo est devenu l'un des premiers lieux de pèlerinage catholiques du monde. Les chiffres généralement cités situent la fréquentation à plus de six à sept millions de visiteurs et pèlerins par an, ce qui en ferait, selon plusieurs sources, le sanctuaire catholique le plus fréquenté après la basilique de Guadalupe au Mexique.[45][46] Ces estimations doivent être maniées avec prudence — elles ne reposent pas sur un comptage officiel unique —, mais elles donnent l'ordre de grandeur : pour une ville d'environ vingt-sept mille habitants, l'afflux est considérable et continu tout au long de l'année.[47][48]
Le sanctuaire et les papes
Le rayonnement du sanctuaire tient aussi à l'attention que lui ont portée les papes. La tradition rapporte que le jeune prêtre polonais Karol Wojtyła — le futur Jean-Paul II — vint rencontrer Padre Pio et se confesser à lui vers 1947-1948, alors qu'il étudiait à Rome ; le récit d'une parole prophétique annonçant son futur pontificat appartient à la dévotion populaire et doit être reçu avec réserve, mais le lien spirituel entre les deux saints est, lui, bien attesté.[49][50]
Devenu pape, Jean-Paul II revint à San Giovanni Rotondo le 23 mai 1987 : il descendit dans la crypte de Santa Maria delle Grazie et pria à genoux sur le tombeau de Padre Pio — alors simple « serviteur de Dieu » non encore béatifié.[51] C'est lui qui le béatifia le 2 mai 1999, puis le canonisa le 16 juin 2002, place Saint-Pierre, devant des foules immenses.[52][53]
Ses successeurs ont confirmé cette faveur. Benoît XVI se rendit au sanctuaire le 21 juin 2009 ; après s'être recueilli devant le Saint-Sacrement, il visita la cellule où le saint était mort, puis descendit vénérer sa dépouille.[54] Reprenant le mot du pape Paul VI, il rappela ce qui faisait le rayonnement du frère :
« Voyez quelle renommée il a eue, quelle foule rassemblée autour de lui dans le monde entier ! Mais pourquoi ? […] Parce qu'il était un homme de prière et de souffrance. » — Paul VI, propos de 1971 sur Padre Pio, cités par Benoît XVI, homélie de San Giovanni Rotondo, 21 juin 2009[55]
Enfin, le 17 mars 2018, le pape François vint à son tour à San Giovanni Rotondo — après s'être arrêté à Pietrelcina, le village natal du saint — pour marquer le centenaire des stigmates permanents (1918) et le cinquantenaire de la mort (1968).[56] Il pria en silence devant le corps du saint et rappela le sens de tout le sanctuaire :
« C'est la prière, la force unie de toutes les âmes bonnes, qui meut le monde, qui renouvelle les consciences. » — Pape François, homélie de San Giovanni Rotondo, 17 mars 2018[57]
Les reliques en pèlerinage (2016)
Le sanctuaire n'a pas le monopole de la présence du saint. Pour le Jubilé de la Miséricorde, le pape François demanda que les corps de saint Pio de Pietrelcina et de saint Léopold Mandić — deux capucins « apôtres du confessionnal » — fussent portés à Rome : ils arrivèrent le 3 février 2016 à la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, furent présents le 10 février pour l'envoi des « missionnaires de la miséricorde », et passèrent par la basilique Saint-Pierre avant de regagner San Giovanni Rotondo.[58] Le choix n'avait rien de fortuit : il désignait, dans ces deux confesseurs infatigables, le cœur du Jubilé — la miséricorde de Dieu offerte au pénitent.
La spiritualité du sanctuaire
Le sanctuaire ne se comprend pas sans la doctrine spirituelle dont il est le foyer. Padre Pio n'a pas laissé de traités, mais des lettres, des conseils et des formules brèves, recueillis par ses fils spirituels, que l'Église a faites siennes. Trois axes en forment le cœur.
Confession et réconciliation
San Giovanni Rotondo est avant tout un grand lieu de confession, dans la continuité directe du ministère qui l'a fondé. Padre Pio passait l'essentiel de ses journées au confessionnal ; on venait à lui de très loin pour recevoir l'absolution et un conseil souvent abrupt, toujours chargé de miséricorde. Aujourd'hui encore, des prêtres y assurent en plusieurs langues le sacrement de réconciliation, et la file des pénitents y demeure ininterrompue. Sur le sens de ce sacrement, voir Pourquoi se confesser à un prêtre ?.
Eucharistie et adoration
La messe de Padre Pio — longue, recueillie, parfois bouleversée de larmes — est restée légendaire ; elle était le centre de sa journée. Le sanctuaire prolonge cette centralité de l'Eucharistie : on y célèbre sans cesse, et l'adoration eucharistique y tient une grande place. Le mot le plus célèbre du saint résume son esprit, fait de confiance abandonnée :
« Prie, espère et ne t'inquiète pas. » — Saint Pio de Pietrelcina, devise spirituelle transmise par ses fils spirituels[59]
Souffrance offerte et charité
Enfin, tout le sanctuaire est marqué par le mystère de la souffrance offerte. Stigmatisé pendant cinquante ans, Padre Pio voyait dans ses plaies une participation à la Passion du Christ pour le salut des âmes ; et c'est cette même conviction qui lui fit bâtir un hôpital, pour que la souffrance des malades fût soulagée et unie à celle du Christ. Peu avant l'inauguration de la Casa Sollievo, il exhortait ses fils spirituels :
« Priez beaucoup, mes enfants, priez toujours, sans jamais vous lasser. » — Saint Pio de Pietrelcina, 5 mai 1966, cité par le pape François, San Giovanni Rotondo, 17 mars 2018[60]
À côté de Lourdes ou de Guadalupe, qui prolongent une apparition mariale, San Giovanni Rotondo demeure le sanctuaire d'un autre genre : celui où l'on vénère, non un signe venu du ciel, mais la sainteté d'un homme crucifié dans sa chair — preuve qu'un humble frère, enfermé cinquante ans dans un couvent du Gargano, a pu, par la confession et la charité, toucher le monde entier.
Pour aller plus loin
- Saint Pio de Pietrelcina (1887-1968) — la biographie complète du saint : enfance à Pietrelcina, vocation capucine, charismes, procès et canonisation.
- Les stigmates de Padre Pio — l'événement du 20 septembre 1918, les enquêtes et le discernement de l'Église.
- Les bilocations — l'un des charismes attribués à Padre Pio et à d'autres saints.
- Les corps incorruptibles — pour situer, plus nuancé qu'on ne le croit, le cas du corps conservé de saint Pio.
- Pourquoi vénérer les reliques ? — le sens de la vénération du corps et des objets du saint.
- La confession — le sacrement qui est au cœur du sanctuaire de San Giovanni Rotondo.
- Sanctuaire d'Ars — un autre grand sanctuaire né de la seule sainteté d'un confesseur.
Notes et références
Arrivée de Padre Pio (Francesco Forgione, 1887-1968) au couvent capucin Santa Maria delle Grazie de San Giovanni Rotondo le 4 septembre 1916, où il demeura jusqu'à sa mort le 23 septembre 1968. Données concordantes : Padre Pio, notice encyclopédique de référence (en.wikipedia.org) ; sites du sanctuaire (santuariopadrepio.it ; conventosantuariopadrepio.it).
1 6Padre Pio, notice encyclopédique de référence (en.wikipedia.org / fr.wikipedia.org), recoupée avec les sites officiels du sanctuaire : stigmates reçus le 20 septembre 1918 dans le chœur de l'ancienne église, présence des plaies pendant une cinquantaine d'années, mort le 23 septembre 1968, béatification le 2 mai 1999 et canonisation le 16 juin 2002 par Jean-Paul II.
2 3 8 14 52Italia.it (portail officiel du tourisme italien), « The Sanctuary of Padre Pio » / « Sanctuary of Saint Pio », et sources de pèlerinage : fréquentation estimée à plus de sept millions de personnes par an, San Giovanni Rotondo étant présenté comme l'un des sanctuaires catholiques les plus visités du monde, après la basilique de Notre-Dame de Guadalupe (Mexico). Estimations à manier avec prudence (absence de comptage officiel unique).
4 9 15 45 48Italia.it, fiche du sanctuaire de saint Pio de Pietrelcina (province de Foggia, Pouilles) : présentation du complexe (couvent, ancienne et nouvelle église, église de Renzo Piano), de la Casa Sollievo della Sofferenza et de l'ampleur du pèlerinage.
5 46Santuario di Santa Maria delle Grazie (San Giovanni Rotondo), notice encyclopédique (it.wikipedia.org) et site officiel du sanctuaire : couvent capucin du XVIᵉ siècle sur les pentes du mont Castellana, ancienne église, nouvelle église construite à partir de 1956 et consacrée en 1959.
7 11 17Présentation des lieux de Padre Pio par le couvent-sanctuaire (conventosantuariopadrepio.it ; vocedipadrepio.com) : Padre Pio occupa la cellule n°5 du couvent de son arrivée en 1916 jusqu'à sa mort en 1968 ; la cellule, conservée avec son mobilier, fait partie du parcours de visite, une partie de l'aile conventuelle relevant toujours de la clôture religieuse.
10Santuario di Santa Maria delle Grazie, présentation officielle (padrepioesangiovannirotondo.it ; conventosantuariopadrepio.it) : l'ancienne église du XVIᵉ siècle, le chœur et le crucifix devant lequel Padre Pio reçut les stigmates le 20 septembre 1918.
12 13Construction de la nouvelle église Santa Maria delle Grazie à partir de 1956 sur les plans de l'architecte Giuseppe Gentile, consacrée le 1ᵉʳ juillet 1959 par l'évêque de Foggia (it.wikipedia.org, Santuario di Santa Maria delle Grazie ; sources du sanctuaire). La crypte de cette église abrita d'abord le tombeau de Padre Pio après 1968.
16Jean-Paul II, visite pastorale à San Giovanni Rotondo le 23 mai 1987 : prière à genoux sur le tombeau de Padre Pio dans la crypte de Santa Maria delle Grazie. Référence : homélie de Jean-Paul II, Concelebrazione Eucaristica a San Giovanni Rotondo, 23 mai 1987, texte intégral sur vatican.va (document daté 19870523). Le même pape béatifia Padre Pio le 2 mai 1999 et le canonisa le 16 juin 2002.
18 50 51 53Renzo Piano Building Workshop, fiche du projet « Padre Pio Pilgrimage Church » (rpbw.com) : église de pèlerinage à San Giovanni Rotondo, étudiée à partir des années 1990 et inaugurée le 1ᵉʳ juillet 2004 ; capacité d'environ 6 500 places assises à l'intérieur et jusqu'à environ 30 000 personnes sur le parvis ; structure en arches de pierre d'Apricena, matériau unique de l'édifice. Texte original anglais : « The decision to use Apricena stone as the sole building material for the new church was fundamental and rendered it a homogeneous whole. »
19 22 26 27ArchDaily, « Padre Pio Pilgrimage Church / Renzo Piano Building Workshop » (archdaily.com) : description technique — vingt et une arches de pierre d'Apricena disposées en deux anneaux concentriques (intérieur et extérieur) portant la toiture ; arche maîtresse d'une portée d'environ 45,80 m et d'une hauteur intérieure maximale d'environ 15,70 m, présentée comme la plus grande arche de pierre du monde, stabilisée par des câbles d'acier ; capacité d'environ 6 500 places assises et jusqu'à 30 000 personnes avec le parvis.
20 23 24 25San Giovanni Rotondo, notice encyclopédique (en.wikipedia.org) : ville de la province de Foggia (Pouilles) d'environ 27 000 habitants sur le promontoire du Gargano ; église San Pio de Renzo Piano construite vers 1998-2004, capacité de 6 500 places assises et 30 000 debout ; transfert du corps du saint au sanctuaire en 2010.
21 47Exhumation du corps de Padre Pio le 3 mars 2008, quarante ans après sa mort, dans le cadre des procédures liées au culte ; reconnaissance d'un corps en bon état de conservation, visage recouvert d'un masque de silicone réalisé par une entreprise britannique pour permettre l'exposition ; ostension publique du corps à partir du 24 avril 2008. Sources : Remains of St Padre Pio exhumed in Italy (The Irish Times, 2008) ; couverture de presse (NBC News, 2008) ; Catholic News Agency, Padre Pio's incorrupt body is in Rome — here's why (2016).
28 30 31(source introuvable : cna-2016)
29Transfert du corps de saint Pio dans la nouvelle crypte aménagée sous l'église de Renzo Piano le 19 avril 2010 ; crypte et rampe d'accès entièrement revêtues de mosaïques d'or représentant la vie de saint François d'Assise et celle de Padre Pio. Sources : La Gazzetta del Mezzogiorno, « Il corpo di Padre Pio torna nella chiesa nuova » ; padrepiodapietrelcina.com, « Padre Pio's Tomb ».
32 34 36padrepiodapietrelcina.com, « Padre Pio's Tomb — Where Padre Pio's body can be found » : le corps de saint Pio repose dans la crypte de l'église San Pio, dans un sépulcre visible des pèlerins, au sein d'un ensemble de mosaïques dorées descendant le long de la rampe vers la crypte.
33 35Les mosaïques de la crypte et de la rampe sont l'œuvre de l'artiste Marko Ivan Rupnik et de l'atelier du Centro Aletti (Rome), dont le style néo-byzantin orne de nombreux sanctuaires contemporains. L'artiste a depuis fait l'objet d'accusations graves et de sanctions canoniques (renvoi de la Compagnie de Jésus en 2023), ce qui a suscité un débat sur le maintien de ses œuvres dans les lieux de culte ; ce point relève de l'actualité ecclésiale et non de l'histoire du sanctuaire lui-même.
37Casa Sollievo della Sofferenza, présentation officielle (operapadrepio.it ; padrepioesangiovannirotondo.it) et notices encyclopédiques : hôpital fondé par Padre Pio, inauguré le 5 mai 1956 ; aujourd'hui institut de soins et de recherche reconnu (IRCCS) doté de plus d'un millier de lits, l'un des grands établissements hospitaliers d'Italie.
38 40padrepioesangiovannirotondo.it, « Casa Sollievo della Sofferenza, l'ospedale di Padre Pio » : Padre Pio voulait que l'hôpital fût un lieu de science et de prière où le malade rencontre, dans sa souffrance, le Christ souffrant ; l'œuvre est gérée par l'Opera di Padre Pio.
39 41 42padrepioesangiovannirotondo.it, « Via Crucis monumentale dello scultore Francesco Messina », et visitsangiovannirotondo.eu, « I monumenti di Francesco Messina » : chemin de croix monumental sur le flanc du mont Castellana, œuvre du sculpteur Francesco Messina, commencé en 1968 (peu avant la mort de Padre Pio) ; stations de bronze, granit et marbre, parmi les plus grands chemins de croix du monde chrétien.
43Francesco Messina (1900-1995), sculpteur italien d'origine sicilienne, auteur de nombreuses œuvres religieuses et monumentales ; concepteur du Chemin de croix monumental et d'autres monuments de San Giovanni Rotondo (visitsangiovannirotondo.eu).
44Rencontre du jeune prêtre Karol Wojtyła (futur Jean-Paul II) avec Padre Pio à San Giovanni Rotondo, traditionnellement située vers 1947-1948, durant ses études romaines ; le récit d'une parole prophétique annonçant son pontificat appartient à la dévotion populaire et n'est pas historiquement établi. Sources : « Giovanni Paolo II e Padre Pio » (saintpiofoundation.org ; acistampa.com) ; à recevoir avec la prudence requise pour les anecdotes hagiographiques.
49Benoît XVI, visite pastorale et homélie à San Giovanni Rotondo, 21 juin 2009, texte intégral sur vatican.va : le pape rappelle, citant Paul VI (1971), que Padre Pio fut « un homme de prière et de souffrance ». Texte original anglais du passage cité : « he was a man of prayer and suffering. » La même visite comporta un temps d'adoration, la visite de la cellule de la mort du saint et la vénération de sa dépouille.
54 55Pape François, visite pastorale à Pietrelcina et San Giovanni Rotondo le 17 mars 2018, à l'occasion du centenaire des stigmates permanents (1918) et du cinquantenaire de la mort (1968) de saint Pio ; homélie sur vatican.va et couverture de Vatican News. Citations : « It is prayer, the united force of all good souls, that moves the world, that renews consciences » (texte original anglais de l'homélie) ; et l'exhortation de Padre Pio du 5 mai 1966, « Pray a lot, my children, pray always, never tiring », reprise par le pape.
56 57 60Translation des corps de saint Pio de Pietrelcina et de saint Léopold Mandić à Rome pour le Jubilé de la Miséricorde : arrivée le 3 février 2016 à la basilique Saint-Laurent-hors-les-Murs, présence le 10 février (mercredi des Cendres) pour l'envoi des « missionnaires de la miséricorde », passage à la basilique Saint-Pierre. Sources : Catholic News Agency, Padre Pio's incorrupt body is in Rome — here's why (3 février 2016) ; National Catholic Register, Incorrupt Bodies of Sts. Pio and Leopold Arrive in Rome for Jubilee of Mercy (2016).
58Devise spirituelle traditionnellement attribuée à Padre Pio et largement diffusée par ses fils spirituels et l'Opera di Padre Pio. Texte original italien : « Prega, spera e non ti agitare. »
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