À une trentaine de kilomètres au nord de Lyon, au cœur du plateau humide de la Dombes, s'élève un village qui ne devrait rien avoir d'extraordinaire : Ars-sur-Formans, deux cent trente âmes lorsque, en février 1818, un prêtre de trente et un ans, Jean-Marie Vianney, y arriva comme curé. Quarante et un ans plus tard, à sa mort, ce hameau perdu était devenu l'un des plus grands lieux de pèlerinage de France : jusqu'à cent mille personnes y venaient chaque année, par toutes les routes du royaume, pour se confesser à un homme que l'on appelait déjà « le saint Curé d'Ars ».[1][2]
Le sanctuaire d'Ars est né de cette affluence et ne s'est jamais éteint. On y vénère aujourd'hui le corps conservé du saint, exposé dans une châsse de verre au-dessus d'un autel, son cœur dans une chapelle voisine, l'ancienne église où il a passé sa vie au confessionnal, le presbytère devenu musée, et l'œuvre de charité qu'il avait fondée. Au-dessus de l'humble église romane qu'il avait agrandie, une vaste basilique néo-byzantine a été dressée pour accueillir les foules.
Ce sanctuaire occupe une place singulière dans la géographie spirituelle catholique. À Lourdes ou à Fátima, c'est une apparition de la Vierge qui a fait jaillir le pèlerinage ; à Ars, il n'y a ni apparition, ni source miraculeuse, ni prodige spectaculaire à l'origine. Le sanctuaire est né de la sainteté d'un seul prêtre — de ses confessions interminables, de ses larmes, de sa pauvreté et de sa charité. C'est pourquoi Ars est devenu, plus que tout autre lieu, le sanctuaire mondial du sacerdoce : Pie XI y attacha le patronage de tous les curés de l'univers, Jean XXIII et Benoît XVI en firent le modèle proposé à tous les prêtres.[3][4]
Cet article présente le sanctuaire tel qu'il est : pourquoi un village est devenu un lieu de pèlerinage du vivant même de son curé, comment la mort de 1859 a fixé le sanctuaire, ce que le pèlerin y voit aujourd'hui — la basilique, la châsse, le cœur, la Providence — et le sens spirituel d'un lieu qui adore Dieu en célébrant un prêtre obscur. Pour la biographie complète, la vie intérieure et le procès en canonisation du saint, voir l'article Saint Jean-Marie Vianney.
Ars-sur-Formans : un village devenu capitale spirituelle
Un hameau de 230 âmes dans la Dombes
Quand Jean-Marie Vianney prend possession de sa paroisse, en 1818, Ars n'est qu'un hameau de deux cent trente habitants, sans relief, posé sur le plateau marécageux de la Dombes, entre étangs et champs. La paroisse est si modeste que l'évêché ne sait trop qu'en faire : on y envoie un prêtre dont les supérieurs jugent l'intelligence limitée, mais la piété solide. « Il n'y a pas beaucoup d'amour de Dieu dans cette paroisse, vous l'y mettrez », lui aurait-on dit en l'y envoyant — formule restée attachée à son arrivée.[5]
Le contraste est total avec ce que le village deviendra. Au milieu du XIXᵉ siècle, Ars figure sur les cartes de France comme une destination de pèlerinage ; au XXIᵉ siècle, il reste le site le plus visité du département de l'Ain, avec plus de trois cent cinquante mille pèlerins et visiteurs par an — et un record de plus d'un demi-million de personnes accueillies pendant l'Année sacerdotale de 2009-2010.[6] Tout cela pour un village qui, sans son curé, n'aurait jamais eu de raison d'attirer un seul voyageur.
Le chemin d'Ars et le chemin du Ciel
La tradition a fixé la scène de l'arrivée. Égaré dans le brouillard de la Dombes, le jeune curé aurait demandé son chemin à un petit berger, Antoine Givre, qui le conduisit jusqu'au village. Vianney lui aurait alors promis, en substance, de lui montrer à son tour le chemin du Ciel.[7]
L'anecdote, transmise par ses biographes du XIXᵉ siècle, condense d'avance tout le sanctuaire : un homme venu se perdre dans un village minuscule pour y ouvrir à des foules le chemin du Ciel. C'est cette promesse, et non un prodige, qui fait l'identité d'Ars.
Pourquoi Ars est devenu un lieu de pèlerinage du vivant du Curé
Le sanctuaire d'Ars présente une particularité rare : il existe déjà avant la mort du saint. Dès les années 1830, la réputation du confesseur d'Ars dépasse les Dombes ; dans les années 1840-1850, le flot devient continu. On vient de Lyon, de Paris, de toute la France et de l'étranger, parfois pour attendre plusieurs jours son tour au confessionnal. Le village s'organise autour de cette affluence — auberges, logements, services — bien avant qu'aucune basilique ne soit bâtie.
Cette antériorité explique la nature du lieu. Ars n'est pas un sanctuaire édifié a posteriori autour d'un tombeau, mais un pèlerinage vivant qui s'est simplement prolongé après 1859. Le pèlerin d'aujourd'hui marche sur les pas de pèlerins qui, du vivant de Vianney, venaient déjà chercher au même endroit la confession, le conseil et la prière.
Le ministère qui a fait le sanctuaire
Pour la biographie détaillée — l'enfance à Dardilly, les études laborieuses, l'ordination de 1815, le combat spirituel, la spiritualité et le procès de canonisation — voir l'article Saint Jean-Marie Vianney. On ne retient ici que ce qui explique la naissance du sanctuaire.
Le confessionnal : jusqu'à seize heures par jour
Ce qui a fait d'Ars un sanctuaire, c'est avant tout le confessionnal. À la fin de sa vie, le Curé d'Ars y passait jusqu'à seize heures par jour, retenu par la foule croissante des pénitents.[8] Benoît XVI, rappelant ce ministère, écrivait :
« Par la suite, la foule croissante des pénitents qui venaient de la France entière, le retint au confessionnal jusqu'à 16 heures par jour. » — Benoît XVI, Lettre pour l'indiction d'une Année sacerdotale, 16 juin 2009[9]
Cette endurance n'était pas un exploit physique recherché pour lui-même : elle était la conséquence directe de l'affluence. Les pénitents arrivaient par centaines ; le curé ne pouvait les renvoyer. Le confessionnal d'Ars est ainsi devenu le cœur du sanctuaire, et la réconciliation des pécheurs sa raison d'être — un trait qui distingue Ars des sanctuaires mariaux centrés sur la guérison ou l'apparition.
Les foules : jusqu'à cent mille pèlerins par an
Le mouvement n'a cessé de croître. Au début des années 1830, on compte déjà plusieurs milliers de visiteurs ; à la fin de sa vie, autour de 1858, ce sont environ cent mille personnes qui viennent à Ars en une seule année.[10] Une telle affluence, dans un village sans gare ni grande route, supposait une organisation considérable : hébergement des pèlerins, files d'attente devant le confessionnal, parfois plusieurs jours de patience pour approcher le curé.
Cette popularité, le Curé ne l'a jamais cherchée ni goûtée : il tenta plusieurs fois de fuir Ars pour se retirer dans la solitude, et fut rattrapé par ses paroissiens. Mais c'est elle qui a créé le sanctuaire : un lieu n'attire les foules que lorsqu'il répond à un besoin profond, et Ars répondait à la faim de réconciliation et de Dieu d'un XIXᵉ siècle déchristianisé.
La Providence : l'œuvre de charité d'Ars
Le Curé n'a pas seulement confessé : il a bâti une œuvre. En 1824, il fonde à Ars La Providence, une école et un refuge gratuits pour les filles pauvres et orphelines de la région ; il y ajoutera plus tard une école de garçons (1849).[11][12] Il y prenait lui-même ses maigres repas et y donnait son célèbre catéchisme. La Providence fait partie intégrante du sanctuaire : elle montre que la sainteté d'Ars n'était pas seulement contemplative, mais incarnée dans le service concret des plus pauvres.
La mort du Curé et la naissance du sanctuaire (1859)
Le 4 août 1859
Épuisé par quarante et un ans de ministère, le Curé d'Ars meurt le 4 août 1859, vers deux heures du matin, dans son presbytère, à l'âge de soixante-treize ans.[13][14] Sa mort, loin d'arrêter le pèlerinage, le transforme : le lieu vivant devient un tombeau vénéré, et le mouvement des foules, au lieu de se tarir, se reporte sur sa dépouille et sur les lieux de sa vie.
L'Église, elle, met aussitôt en route les procédures qui conduiront à la béatification puis à la canonisation. Le sanctuaire entre alors dans une seconde vie : celle d'un lieu de pèlerinage canoniquement reconnu, où l'on vient prier un saint dont le corps repose sur place.
Les exhumations (1885, 1904) et le corps conservé
Conformément aux usages des procès en sainteté, le corps de Vianney fut exhumé et examiné. Une première exhumation eut lieu le 12 octobre 1885 : on trouva les mains momifiées et noircies, la tête décharnée, mais le corps reconnaissable.[15] Une seconde exhumation, en 1904, dans le cadre du procès de béatification, décrivit un corps d'une coloration noirâtre sur toute sa surface, aux membres encore intacts et aux articulations restées mobiles, sans odeur de décomposition.[16]
Il faut être précis, car le langage populaire exagère parfois : le corps du Curé d'Ars n'est pas resté « frais » ni intact comme celui de certains corps réputés incorruptibles. Il est conservé mais noirci, suffisamment préservé pour être exposé, mais marqué par le temps. C'est précisément cette honnêteté qui a valeur de témoignage : l'Église n'a jamais transformé Ars en récit de prodige, mais en lieu de prière autour d'une dépouille remarquablement conservée.
Le masque de cire et la châsse
Pour que les pèlerins puissent contempler le saint, le visage et les mains du Curé furent recouverts d'un masque de cire modelé à sa ressemblance, et le corps revêtu des ornements sacerdotaux.[17] Il repose désormais dans une châsse de verre, placée au-dessus d'un autel, où les fidèles peuvent le voir et prier devant lui. Cette présentation — un saint visible, accessible au regard — est l'un des traits qui frappent le plus les pèlerins d'Ars : on ne prie pas devant un tombeau scellé, mais devant le corps même du curé.
La basilique d'Ars
L'ancienne église romane agrandie par le Curé
Le noyau du sanctuaire reste l'ancienne église paroissiale d'Ars, d'origine romane (XIIᵉ siècle), où le Curé a célébré la messe et passé sa vie au confessionnal. Trop petite pour les foules, elle fut agrandie de plusieurs chapelles du vivant même de Vianney, qui consacra à ces travaux l'argent des dons reçus — notamment une chapelle dédiée à sainte Philomène, dont il avait répandu la dévotion et à laquelle il attribuait les grâces obtenues à Ars.[18] Cette église ancienne, conservée, est aujourd'hui enveloppée par la grande basilique qui s'est greffée sur elle.
Pierre Bossan et la grande basilique (à partir de 1862)
Pour accueillir des dizaines de milliers de pèlerins, on décida d'élever une vaste basilique sur les bases de l'église ancienne. Le projet fut confié à l'architecte lyonnais Pierre Bossan (1814-1888), celui-là même qui concevait alors la basilique de Fourvière à Lyon. La construction commença en 1862, du vivant encore proche du Curé, et fut menée par ses successeurs, avec le concours du peintre Paul Borel et du sculpteur Charles Dufraine.[19][20]
L'édifice, de style néo-byzantin et néo-roman, déploie un décor riche placé sous le vocable de sainte Philomène, ce qui lui a valu les appellations de « basilique du Curé d'Ars », « basilique Sainte-Philomène » ou encore « basilique Saint-Sixte ».[21] L'ensemble — ancienne église et basilique — a été classé Monument historique le 2 février 1982 et a fait l'objet d'une longue campagne de restauration de 1988 à 2006.[22]
Le titre de basilique mineure (1997)
Longtemps appelée « basilique » par usage et par dévotion, l'église d'Ars a reçu officiellement le titre de basilique mineure le 4 août 1997, jour de la fête du saint Curé d'Ars.[23] La date n'est pas indifférente : elle inscrit dans le droit canonique ce que la piété populaire affirmait depuis longtemps — qu'Ars est l'une des grandes églises de pèlerinage de l'Église catholique.
L'église souterraine Notre-Dame de la Miséricorde (1959)
L'affluence du XXᵉ siècle imposa une nouvelle extension. À partir de 1959 — centenaire de la mort du Curé — fut bâtie une vaste église souterraine dédiée à Notre-Dame de la Miséricorde, sur les plans des architectes Pierre Pinsard et Hugo Vollmar, capable d'accueillir les grands rassemblements de pèlerins.[24] Cet espace moderne, labellisé « Patrimoine du XXᵉ siècle » en 2003, complète l'ancienne église et la basilique : trois âges de la foi superposés sur le même sol.
Les lieux du sanctuaire aujourd'hui
Le sanctuaire d'Ars n'est pas un monument unique, mais un parcours de lieux que le pèlerin visite en chaîne. Le tableau ci-dessous en donne la vue d'ensemble.
| Lieu | Ce que le pèlerin y trouve |
|---|---|
| La basilique (église Saint-Sixte) | La grande église de Bossan et, en son sein, l'ancienne église romane du Curé ; la châsse contenant son corps |
| La chapelle du Cœur | Le reliquaire du cœur du saint, prélevé en 1904 |
| Le presbytère | La maison du Curé (vers 1614), conservée comme musée : chambre, mobilier, objets et vêtements |
| La Providence | L'ancienne école-refuge gratuite pour filles fondée en 1824 |
| L'église souterraine Notre-Dame de la Miséricorde | L'espace moderne (1959) pour les grands rassemblements |
| Le musée de cire | « Un petit homme grand comme l'univers » : la vie du saint reconstituée en scènes |
La châsse et le corps du saint
Le point central du pèlerinage est la châsse où repose le corps du Curé, dans la basilique. Les pèlerins s'y arrêtent pour prier devant le saint, recouvert de son masque de cire et revêtu des ornements liturgiques. C'est ici que converge tout le sanctuaire : la basilique a été bâtie pour abriter ce corps et les foules qui viennent le vénérer.
La chapelle du Cœur et la relique du cœur
Lors de l'exhumation de 1904, le cœur du Curé fut prélevé et conservé séparément. Après la canonisation de 1925, il fut placé dans un reliquaire de bronze incrusté d'ivoire, vénéré dans une chapelle du Cœur située près de la maison du saint.[25][26] Le cœur d'un prêtre tout entier donné à la confession et à la charité est ainsi devenu, à Ars, une relique à part — signe de ce que l'Église a voulu retenir de lui : un « cœur » de pasteur.
Le presbytère-musée et La Providence
À quelques pas de la basilique, le presbytère — bâtisse du début du XVIIᵉ siècle où Vianney a vécu quarante et un ans — est conservé en l'état comme musée. On y voit sa chambre, son mobilier pauvre, ses ornements, les objets de sa vie quotidienne et les traces de son ascèse. Tout près, La Providence rappelle l'œuvre de charité du saint. Ces lieux donnent au pèlerinage d'Ars sa dimension biographique : on ne vénère pas seulement un saint lointain, on visite la maison où il a vécu et l'école qu'il a fondée.
Le « pèlerinage du cœur » (depuis 2022)
Le sanctuaire continue d'inventer des formes nouvelles. Depuis le 31 mai 2022, dans le cadre d'un jubilé diocésain, la relique du cœur du Curé d'Ars sort de sa chapelle pour visiter, doyenné après doyenné, les communautés du diocèse de Belley-Ars, et a été reçue par d'autres diocèses français.[27] Ce « pèlerinage du cœur » prolonge hors les murs ce qui se vit à Ars : porter aux paroisses, par la relique d'un curé, l'appel à la sainteté sacerdotale.
La spiritualité du sanctuaire d'Ars
Le sanctuaire ne se comprend pas sans la doctrine spirituelle qui y est attachée. Le Curé d'Ars n'a pas laissé de traités, mais des paroles, recueillies dans ses catéchismes et ses sermons, que l'Église a faites siennes. Quatre thèmes en forment le cœur.
Le sacerdoce : « l'amour du cœur de Jésus »
Si Ars est devenu le sanctuaire des prêtres, c'est à cause de la manière dont son curé parlait du sacerdoce. Sa formule la plus célèbre, reprise par Jean XXIII et par Benoît XVI, résume tout :
« Le sacerdoce, c'est l'amour du cœur de Jésus. » — Saint Jean-Marie Vianney[28][29]
Il y ajoutait des paroles qui ont marqué des générations de séminaristes :
« Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! S'il se comprenait, il mourrait. […] Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre, on y adorera les bêtes. » — Saint Jean-Marie Vianney[30]
Ces phrases expliquent pourquoi le sanctuaire d'Ars est devenu le lieu de référence pour la formation et le ressourcement des prêtres : on y vient apprendre, du Curé lui-même, ce qu'est le sacerdoce.
L'Eucharistie : « Il est là »
Le Curé d'Ars passait de longues heures devant le tabernacle, et il enseignait à ses paroissiens la présence réelle avec une simplicité bouleversante. La tradition a retenu son geste, la main tendue vers le tabernacle, accompagné, en substance, de cette parole : là se tient celui qui nous aime tant, et il ne reste qu'à l'aimer en retour.[31]
L'adoration eucharistique reste l'une des grandes pratiques du sanctuaire, prolongeant ce que le Curé vivait lui-même devant son autel.
La prière : « Je l'avise et il m'avise »
L'anecdote la plus connue d'Ars touche la prière. Interrogeant un vieux paysan qui passait de longues heures à l'église sans rien dire, immobile devant le tabernacle, le Curé lui aurait demandé ce qu'il faisait là. Le paysan répondit :
« Je l'avise et il m'avise. » — Paysan d'Ars, parole rapportée par les biographes du Curé d'Ars[32]
« Je le regarde et il me regarde » : cette définition paysanne de l'oraison, le Curé la citait comme un sommet de la vie de prière. Elle est devenue, à travers Ars, l'une des images les plus diffusées de la contemplation chrétienne. Le Curé enseignait d'ailleurs, en substance, que la prière n'est autre chose qu'une union avec Dieu — et que plus on prie, plus on veut prier.[33]
La miséricorde et le confessionnal
Enfin, le sanctuaire est inséparable de la miséricorde. Le Curé, qui pleurait sur les péchés de ses pénitents, leur répétait, en substance, que la bonté de Dieu dépasse infiniment leurs fautes : leurs péchés ne sont que des grains de sable face à la grande montagne des miséricordes divines.[34]
C'est pourquoi Ars reste un grand lieu de confession : on y vient encore aujourd'hui recevoir le sacrement de réconciliation, dans la continuité directe du ministère qui a fondé le sanctuaire. Sur le sens de ce sacrement, voir Pourquoi se confesser à un prêtre ?.
Ars dans l'enseignement de l'Église
Le rayonnement du sanctuaire tient aussi à ce que les papes en ont fait. En un siècle et demi, Ars est passé du statut de pèlerinage populaire à celui de référence officielle du sacerdoce catholique.
Béatification (1905) et canonisation (1925)
Le Curé d'Ars fut béatifié le 8 janvier 1905 par le pape Pie X, qui le proposa comme patron des prêtres de France.[35][36] Vingt ans plus tard, Pie XI le canonisa le 31 mai 1925, l'inscrivant au catalogue des saints de l'Église universelle.[37][38] Ces deux actes fixent définitivement le statut du sanctuaire : Ars n'est plus seulement un lieu de dévotion locale, mais le tombeau d'un saint reconnu par l'Église entière.
Patron des curés de l'univers (Pie XI, 1929)
C'est encore Pie XI qui, en 1929, proclama saint Jean-Marie Vianney patron de tous les curés de l'univers.[39][40] Ce titre est la clé du sanctuaire moderne : il fait d'Ars, non plus le pèlerinage d'un saint parmi d'autres, mais le lieu emblématique du sacerdoce paroissial dans toute l'Église. C'est ce patronage de 1929, et lui seul, qui constitue le patronage universel officiel du Curé d'Ars.
Jean XXIII : « Sacerdotii nostri primordia » (1959)
Pour le centenaire de la mort du saint, Jean XXIII publia, le 1ᵉʳ août 1959, l'encyclique Sacerdotii nostri primordia, entièrement consacrée au Curé d'Ars et proposée à tous les prêtres comme modèle d'ascèse, de prière et de zèle pastoral.[41] Le document cite abondamment ses paroles sur le sacerdoce et la sainteté du prêtre, scellant pour le XXᵉ siècle le rôle d'Ars comme école sacerdotale.
Benoît XVI et l'Année sacerdotale (2009-2010)
Cinquante ans plus tard, Benoît XVI proclama une Année sacerdotale, du 19 juin 2009 au 19 juin 2010, à l'occasion du 150ᵉ anniversaire de la mort du Curé d'Ars, qu'il donna en exemple à tous les prêtres du monde.[42] Sa Lettre du 16 juin 2009 est l'un des plus beaux portraits spirituels du saint écrits par un pape. Le sanctuaire d'Ars connut cette année-là une affluence record — plus de cinq cent mille visiteurs.[43]
Une précision historique s'impose ici, car la confusion est fréquente : l'idée de proclamer alors le Curé d'Ars « patron de tous les prêtres du monde » fut envisagée, puis le Saint-Siège y renonça. Le patronage universel officiellement reconnu demeure donc celui établi par Pie XI en 1929 ; l'Année sacerdotale de Benoît XVI fut un grand temps de dévotion, non une nouvelle proclamation de patronage.[44]
Le sanctuaire d'Ars aujourd'hui
Un centre mondial pour les prêtres et les séminaristes
Fidèle à sa vocation, Ars est devenu un centre de formation et de ressourcement pour les prêtres et les séminaristes du monde entier. On y vient en retraite, en pèlerinage diocésain, en session de formation ; des communautés y assurent l'accueil spirituel et le service des confessions, perpétuant le ministère qui a fait la gloire du lieu. Le sanctuaire dépend du diocèse de Belley-Ars, dont le nom même porte la mémoire du saint Curé.[45]
Chiffres du pèlerinage contemporain
Aujourd'hui, le sanctuaire accueille plus de trois cent cinquante mille pèlerins et visiteurs par an, ce qui en fait le site le plus visité du département de l'Ain.[46] Le pèlerin d'Ars y trouve ce que ses devanciers du XIXᵉ siècle venaient chercher : la confession, l'adoration eucharistique, la prière devant le corps du saint — et, pour les prêtres, le visage d'un confrère qui a porté le sacerdoce jusqu'au bout.
À côté de Lourdes ou de Guadalupe, qui prolongent une apparition mariale, Ars demeure le sanctuaire d'un autre genre : celui où l'on vénère, non un signe venu du ciel, mais la sainteté d'un homme — la preuve, selon Benoît XVI dans sa Lettre pour l'Année sacerdotale, que la sainteté d'un curé pauvre et obscur porte un fruit qui dépasse de loin sa paroisse.[47]
Pour aller plus loin
- Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859) — la biographie complète du saint Curé d'Ars : enfance, vocation, combat spirituel, spiritualité et canonisation.
- La confession — le sacrement qui est au cœur du sanctuaire d'Ars.
- Pourquoi se confesser à un prêtre ? — la question que le ministère du Curé d'Ars éclaire de l'intérieur.
- Les corps incorruptibles — pour situer le cas, plus nuancé, du corps conservé du Curé d'Ars.
- Pourquoi vénérer les reliques ? — le sens de la vénération du corps et du cœur du saint.
- Notre-Dame de Lourdes — un sanctuaire contemporain d'Ars, né d'une apparition mariale.
Notes et références
Benoît XVI, Lettre du Souverain Pontife pour l'indiction d'une Année sacerdotale à l'occasion du 150ᵉ anniversaire du « dies natalis » du saint Curé d'Ars, 16 juin 2009. Texte intégral sur vatican.va. La lettre rappelle qu'Ars comptait « 230 âmes » à l'arrivée du Curé et qu'il passait au confessionnal « jusqu'à 16 heures par jour » (citation mot pour mot dans le texte en ligne). Elle cite de même mot pour mot ses paroles sur le sacerdoce (« Le Sacerdoce, c'est l'amour du cœur de Jésus » — la lettre renvoie elle-même à Nodet, éd. Xavier Mappus, Foi Vivante, 1966, p. 98) et sur le prêtre (« Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand !… », « Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre : on y adorera les bêtes… »). C'est aussi cette lettre qui rappelle le patronage universel établi par Pie XI en 1929.
1 3 8 9 28 30 39 42 47Sanctuaire d'Ars, chronologie officielle (arsnet.org, timeline). Données concordantes : arrivée du Curé en 1818, ministère de quarante et un ans (1818-1859), affluence d'environ cent mille pèlerins en 1858, fondation de La Providence (1824) et de l'école de garçons (1849), béatification (1905) et canonisation (1925).
2 10 12 13 36 37 40Jean XXIII, encyclique Sacerdotii nostri primordia, 1ᵉʳ août 1959, publiée pour le centenaire de la mort du saint Curé d'Ars et entièrement consacrée à son exemple sacerdotal. Texte intégral sur vatican.va.
4 29 41Parole traditionnellement attachée à l'envoi du Curé à Ars, rapportée par ses biographes du XIXᵉ siècle (notamment Alfred Monnin, Le Curé d'Ars. Vie de M. Jean-Baptiste-Marie Vianney, Paris, 1861) et reprise par la tradition du sanctuaire. Benoît XVI la reprend mot pour mot dans sa Lettre pour l'indiction d'une Année sacerdotale du 16 juin 2009 (texte intégral sur vatican.va) : « Il n'y a pas beaucoup d'amour de Dieu dans cette paroisse, vous l'y mettrez ».
5Mairie d'Ars-sur-Formans (ars-sur-formans.fr, rubrique pèlerinage) et réseau Villes Sanctuaires en France (villes-sanctuaires.com) : plus de 350 000 pèlerins et visiteurs par an, site le plus visité du département de l'Ain ; affluence record de plus de 500 000 personnes pendant l'Année sacerdotale (2009-2010). Le sanctuaire relève du diocèse de Belley-Ars.
6 43 45 46Anecdote de l'arrivée à Ars (le jeune Antoine Givre montrant le chemin au curé égaré dans le brouillard), rapportée par les biographes classiques du Curé d'Ars (Monnin, op. cit. ; Francis Trochu, Le Curé d'Ars, saint Jean-Marie-Baptiste Vianney, Lyon, Vitte, 1925). Le récit (« Tu m'as montré le chemin d'Ars, je te montrerai le chemin du Ciel ») est anthologique ; les formulations variant selon les éditions sans page précisément localisable, il est rendu ici en paraphrase.
7Sanctuaire d'Ars (arsnet.org) : fondation de La Providence en 1824 comme école et refuge gratuits pour filles pauvres et orphelines, où le Curé prenait ses repas et donnait son catéchisme ; ouverture d'une école de garçons en 1849.
11Jean-Marie Vianney, notice encyclopédique de référence (fr.wikipedia.org), recoupée avec les sources du sanctuaire : mort le 4 août 1859 vers 2 h du matin ; première exhumation le 12 octobre 1885 (mains momifiées et noircies, tête décharnée) ; seconde exhumation en 1904 (corps de coloration noirâtre, membres intacts, articulations mobiles, sans odeur) lors du procès de béatification ; prélèvement du cœur ; visage et mains recouverts d'un masque de cire pour l'exposition. La notice rappelle aussi que la proclamation d'un patronage universel des prêtres envisagée pour l'Année sacerdotale (2009-2010) n'a finalement pas été retenue par le Saint-Siège.
14 15 16 17 25 35 38 44Inventaire général du patrimoine — Région / Département de l'Ain, notice « Basilique Saint-Sixte d'Ars-sur-Formans » (patrimoines.ain.fr). Données : grande basilique construite à partir de 1862 sur les plans de l'architecte Pierre Bossan (1814-1888), avec le peintre Paul Borel et le sculpteur Charles Dufraine, sur les bases de l'église romane du XIIᵉ siècle ; chapelle de sainte Philomène ; classement Monument historique le 2 février 1982 ; restauration 1988-2006 ; titre de basilique obtenu le 4 août 1997 ; église souterraine Notre-Dame de la Miséricorde construite à partir de 1959 (architectes Pierre Pinsard et Hugo Vollmar), labellisée « Patrimoine du XXᵉ siècle » en 2003.
18 19 22 23 24Basilique d'Ars, notice encyclopédique (fr.wikipedia.org), recoupée avec patrimoines.ain.fr : style néo-byzantin de Pierre Bossan, architecte également de la basilique de Fourvière à Lyon ; vocable de sainte Philomène ; appellations « basilique du Curé d'Ars », « basilique Sainte-Philomène », « basilique Saint-Sixte » ; châsse du saint exposée dans la basilique ; chapelle du Cœur située à proximité ; visite de Jean-Paul II le 6 octobre 1986.
20 21Pèlerinages de France (pelerinagesdefrance.fr, « Relique du cœur du saint Curé d'Ars ») : le cœur, prélevé en 1904, est conservé dans un reliquaire de bronze incrusté d'ivoire dans la chapelle du Cœur, près de la maison du Curé ; depuis le 31 mai 2022, dans le cadre d'un jubilé diocésain, la relique du cœur visite les communautés du diocèse de Belley-Ars et a été reçue par d'autres diocèses français.
26 27« Paroles du saint Curé d'Ars », recueil publié par la Congrégation pour le clergé à l'occasion de l'Année sacerdotale (clerus.org), d'après les catéchismes et sermons recueillis par ses contemporains. Les libellés variant selon les recueils sans page précisément localisable, ils sont rendus ici en paraphrase : l'adoration devant le tabernacle, la prière comme union avec Dieu, et les fautes comparées à des grains de sable face à la miséricorde divine.
31 33 34Anecdote du paysan d'Ars en adoration, rapportée par les biographes du Curé d'Ars (Monnin, op. cit. ; Bernard Nodet, Jean-Marie Vianney, curé d'Ars : sa pensée, son cœur, Le Puy, Mappus, 1958). La formule est fixée par le Catéchisme de l'Église catholique, n. 2715 : « "Je L'avise et Il m'avise", disait au temps de son saint Curé le paysan d'Ars en prière devant le Tabernacle » (« je le regarde et il me regarde », en parler local) — passage repris par Benoît XVI dans sa Lettre du 16 juin 2009.
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