Sanctuaire des martyrs de l'Ouganda (Namugongo)

Le sanctuaire des martyrs de l'Ouganda, à Namugongo près de Kampala : la basilique en forme de hutte africaine aux 22 colonnes de cuivre, bâtie sur le lieu où saint Charles Lwanga fut brûlé en 1886. De la première pierre de Paul VI (1969) au lac et à son île-autel, un des plus grands pèlerinages du monde, le 3 juin.

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Sur une colline de la banlieue nord-est de Kampala se dresse l'un des plus grands lieux de pèlerinage du continent africain : le sanctuaire des martyrs de l'Ouganda, à Namugongo. Sa basilique, reconnaissable entre toutes, a la forme d'une hutte africaine dont la charpente conique s'élève autour de vingt-deux colonnes de cuivre — une pour chacun des vingt-deux martyrs catholiques brûlés ou exécutés sous le règne du roi Mwanga II du Buganda entre 1885 et 1887.[1][2]

Cet article traite du lieu, non du martyre lui-même. On y suit la naissance du sanctuaire après la canonisation de 1964, la première pierre posée par Paul VI en 1969, le chantier des années 1970, l'inauguration du 3 juin 1975, l'architecture singulière de la basilique, le lac artificiel et son île-autel où se célèbre la messe devant des foules immenses, l'élévation au rang de basilique mineure en 1993, les gardiens du lieu, le grand réaménagement des années 2010 et les pèlerinages du 3 juin. Le récit du martyre de 1885-1887 et la biographie de Charles Lwanga et de ses compagnons relèvent d'un dossier distinct, vers lequel on renvoie.[3]

Namugongo n'est pas un sanctuaire ordinaire. Il en existe en réalité deux sur la même colline — un sanctuaire catholique et un sanctuaire anglican — car la persécution frappa indistinctement les convertis des deux confessions. Le lieu est ainsi devenu l'un des rares hauts lieux chrétiens où la mémoire d'un martyre commun nourrit un véritable œcuménisme du sang, selon le mot du pape François.[4]

Aucun chiffre ne dit mieux l'importance du lieu que l'affluence du 3 juin : chaque année, des centaines de milliers — parfois plusieurs millions — de pèlerins venus de tout l'Ouganda, du Kenya, de la Tanzanie et du Rwanda convergent vers Namugongo, beaucoup à pied, au terme de marches qui peuvent durer deux semaines.[5][6] C'est aujourd'hui l'un des plus vastes rassemblements religieux réguliers du monde.

Namugongo, le lieu du grand brasier

Où se trouve le sanctuaire ?

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Le sanctuaire se situe à Namugongo, localité de la municipalité de Kira, dans le district de Wakiso, en Ouganda central. Il se trouve à environ 17,5 kilomètres au nord-est du centre des affaires de Kampala, la capitale, par coordonnées 0° 23′ 07″ nord et 32° 39′ 05″ est.[7] L'agglomération de la capitale a depuis longtemps rejoint et entouré ce qui était, au XIXe siècle, un lieu d'exécution situé hors de la ville royale.

Le nom de Namugongo est resté attaché, dans la mémoire ougandaise, à un lieu de mise à mort. C'est là que la cour du roi du Buganda conduisait certains condamnés pour les exécuter, et c'est là que, le 3 juin 1886, le chef des pages chrétiens, Charles Lwanga, fut brûlé vif, suivi d'un groupe de ses compagnons.[8] Le sanctuaire n'a donc pas été planté sur un terrain choisi pour sa beauté ou sa commodité : il marque, à l'emplacement même du supplice, la terre du martyre.

Pourquoi ici ? Le supplice du 3 juin 1886

Entre 1885 et 1887, le roi Mwanga II du Buganda fit exécuter de jeunes convertis chrétiens de sa cour — des pages, des serviteurs, des soldats — qui refusaient de renoncer à leur foi. L'Église catholique en a retenu vingt-deux comme martyrs ; les anglicans en comptent vingt-trois de leur côté.[9] Le bûcher de Namugongo, le 3 juin 1886, en fut l'épisode le plus marquant : enveloppés de nattes de roseau, plusieurs jeunes gens y furent brûlés ensemble, après que Charles Lwanga eut été supplicié séparément.

Ce récit — l'arrestation, le refus, la marche au supplice, le bûcher — appartient au dossier du martyre et à la biographie des saints, traités ailleurs.[10] Ici, il importe seulement de comprendre que le lieu vient du sang : c'est parce que des chrétiens sont morts à cet endroit précis qu'un sanctuaire y a été élevé, selon la plus ancienne logique chrétienne de la memoria martyrum — bâtir l'autel sur le tombeau ou sur le lieu du témoignage.

Deux sanctuaires sur une même colline

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Une particularité du lieu déroute souvent le visiteur : Namugongo abrite deux sanctuaires distincts, l'un catholique, l'autre anglican, séparés de quelques centaines de mètres. La persécution de Mwanga ne distingua pas les confessions : parmi les suppliciés se trouvaient des convertis catholiques formés par les Pères Blancs et des convertis anglicans liés à la Church Missionary Society.[11][12]

L'Église anglicane d'Ouganda a élevé son propre mémorial sur la colline, tandis que l'Église catholique a bâti la grande basilique. Les deux communautés commémorent le 3 juin, et les papes qui se sont rendus à Namugongo ont tenu à saluer aussi les martyrs anglicans. Ce voisinage fait de Namugongo un symbole national : la fête des martyrs y est un jour férié qui rassemble tout le pays, par-delà les confessions.[13]

La naissance du sanctuaire catholique (1964-1975)

La transformation du lieu du supplice en grand sanctuaire moderne s'est jouée en une décennie, portée par un double élan : la canonisation des martyrs en 1964 et la première visite d'un pape sur le sol africain.

  1. 6 juin 1920
    La béatification

    Le pape Benoît XV béatifie les martyrs de l'Ouganda à Rome. Le lieu de Namugongo commence à être vénéré comme terre de martyre.

  2. 18 octobre 1964
    La canonisation

    Au cœur du concile Vatican II, Paul VI canonise les vingt-deux martyrs catholiques en la basilique Saint-Pierre. Le projet d'un grand sanctuaire à Namugongo prend forme.

  3. 2 août 1969
    La première pierre de Paul VI

    Premier pape à fouler le continent africain, Paul VI vient à Namugongo et pose la première pierre du sanctuaire, dont le chantier est déjà engagé.

  4. 3 juin 1975
    L'inauguration

    Après plusieurs années de travaux, la basilique est inaugurée le jour de la fête des martyrs par le cardinal Sergio Pignedoli, envoyé de Rome.

  5. 28 avril 1993
    Basilique mineure

    Le sanctuaire est érigé en basilique mineure ; Jean-Paul II l'annonce lors de sa visite du 7 février 1993.

De la canonisation de 1964 à la décision de bâtir

Les martyrs furent d'abord béatifiés par Benoît XV le 6 juin 1920, puis canonisés par Paul VI le 18 octobre 1964, en pleine troisième session du concile Vatican II.[14] Cette canonisation des vingt-deux martyrs catholiques eut un retentissement considérable : elle plaçait l'Afrique chrétienne au premier rang de l'actualité de l'Église et appelait un lieu de mémoire à la mesure de l'événement. Dans son homélie de canonisation, Paul VI inscrivait les nouveaux saints dans la lignée des grandes figures africaines (traduction du texte officiel) :

« Qui aurait pu prévoir qu'avec les grandes figures historiques des martyrs et confesseurs africains comme Cyprien, Félicité et Perpétue et l'extraordinaire Augustin, nous citerions un jour les noms bien-aimés de Charles Lwanga, Matthias Mulumba Kalemba et leurs vingt compagnons ? » — Paul VI, homélie de canonisation des martyrs de l'Ouganda, 18 octobre 1964[15]

C'est dans cet élan que l'archidiocèse de Kampala résolut d'ériger, à Namugongo même, un sanctuaire digne de l'affluence croissante des fidèles.

La première pierre de Paul VI (1969)

L'événement fondateur du sanctuaire fut la venue de Paul VI en 1969. Premier pape de l'histoire à se rendre en Afrique subsaharienne, il vint en pèlerinage à Namugongo et, le 2 août 1969, posa la première pierre du sanctuaire et bénit l'autel élevé à l'endroit où, selon la tradition, Charles Lwanga avait été brûlé.[16] Le geste donnait au projet une portée universelle : ce n'était plus seulement une affaire ougandaise, mais un lieu reconnu par Rome.

La presse ougandaise rapporte que Paul VI contribua personnellement au financement du chantier, ce qui décida l'archevêque Emmanuel Nsubuga à l'inviter à venir poser cette première pierre.[17] La date du 2 août 1969 reste l'un des moments les plus célébrés de l'histoire catholique du pays.

Un chantier de Roko Construction

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Le gros œuvre fut confié à l'entreprise Roko Construction, et la conception architecturale, selon les sources ougandaises, à l'architecte suisse Justus Dahinden (1925-2020), connu pour avoir bâti des centres ecclésiaux en Europe et en Afrique.[18][19] Les sources divergent sur les dates exactes du début des travaux — la fiche encyclopédique évoque un terrassement vers le milieu des années 1960, tandis que la presse situe le lancement du chantier en 1967 — mais elles s'accordent sur l'aboutissement : une basilique achevée au bout de plusieurs années de travail.[20][21]

Le parti pris architectural fut audacieux : plutôt que d'imiter une église européenne, on choisit une forme directement inspirée de l'habitat traditionnel du Buganda, la grande hutte ronde, réinterprétée en béton, en métal et en cuivre.

L'inauguration du 3 juin 1975

Le sanctuaire fut inauguré le 3 juin 1975, jour de la fête des martyrs, par le cardinal Sergio Pignedoli, envoyé de Rome pour la circonstance.[22][23] La date n'était pas neutre : en ouvrant l'édifice le jour anniversaire du bûcher de 1886, on liait à jamais la pierre et le sang. À partir de cette inauguration, Namugongo cessa d'être un simple lieu de mémoire pour devenir le cœur liturgique du grand pèlerinage annuel.

L'architecture : une hutte africaine de cuivre et de lumière

La basilique de Namugongo est l'une des églises les plus reconnaissables d'Afrique. Sa silhouette conique, coiffée d'un sommet clair évoquant le faîte d'une case, traduit une volonté délibérée d'inculturation : donner à la foi chrétienne un vêtement africain, et non importé.

Vingt-deux colonnes pour vingt-deux martyrs

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Le cœur du symbole tient dans un chiffre : vingt-deux. L'édifice est structuré par vingt-deux longues poutres de cuivre qui montent en convergeant vers le sommet, chacune représentant l'un des vingt-deux martyrs catholiques canonisés.[24] La nef est de plan circulaire, les sièges disposés en cercle autour de l'autel, dans un édifice dont la capacité d'assise est de l'ordre du millier de places.[25] Le visiteur entre ainsi dans une forme qui rassemble : non pas une longue perspective vers un chœur lointain, mais une ronde autour du lieu du témoignage.

La forme de hutte n'est pas un simple ornement folklorique. Elle dit que l'Évangile, en Ouganda, n'est pas resté un objet étranger : il a pris la forme de la maison africaine. C'est le même message que Paul VI puis Jean-Paul II développèrent dans leurs homélies — l'Afrique n'a pas reçu la foi comme un emprunt, mais l'a faite sienne jusqu'au sang.

L'autel sur le lieu du martyre et la relique de Charles Lwanga

La toiture vue de l’intérieur, 2007. Isabelle Prondzynski / Wikimedia Commons, CC BY 2.0. Image redimensionnée.

L'élément le plus sacré de la basilique est son autel, dressé à l'endroit même où Charles Lwanga aurait été brûlé le 3 juin 1886.[26] Sous l'autel, un reliquaire de verre conserve un ossement de saint Charles Lwanga, relique de première classe vénérée par les pèlerins.[27] Tout l'édifice s'ordonne autour de ce point : la grande hutte de cuivre n'est qu'un écrin construit pour abriter et signaler ce lieu précis du martyre.

Cette disposition prolonge la plus vieille tradition de l'Église, celle des basiliques romaines élevées sur le tombeau des martyrs : l'autel n'est pas placé n'importe où, mais sur le témoin, de sorte que l'eucharistie soit célébrée littéralement au-dessus du don de la vie.

Les portes sculptées et le décor

Les grandes portes de bois de la basilique sont sculptées de scènes qui racontent l'histoire des martyrs — l'arrestation, le procès, la marche, le bûcher —, offrant au pèlerin un véritable catéchisme visuel avant même l'entrée.[28] La piété populaire veut que l'on touche ces portes avec un chapelet ou un linge, pour en rapporter une bénédiction.[29] À l'intérieur, vitraux et fresques prolongent le récit, faisant de l'édifice un livre d'images autant qu'un lieu de culte.

Le lac des martyrs et le pavillon-autel

Le lac, la passerelle et le pavillon-autel, 2016. Philipp Jakob / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Image redimensionnée.

L'église, si vaste soit-elle, ne peut contenir qu'une infime fraction des foules du 3 juin. C'est pourquoi le sanctuaire s'est doté d'un dispositif unique : un lac artificiel au centre duquel se dresse une île-autel, face à un grand amphithéâtre de plein air.

Un plan d'eau chargé de mémoire

Un lac artificiel a été creusé sur le site en mémoire des martyrs.[30] La tradition locale lui attache un sens fort : on y voit le lieu où, après les exécutions, les soldats venaient laver le sang de leurs armes — de sorte que l'eau elle-même rappelle le martyre.[31] Le plan d'eau n'est donc pas un simple ornement paysager : il fait partie de la mémoire sacrée du lieu.

L'île-autel en forme de barque

Au milieu du lac, un socle de béton porte un pavillon circulaire couvert de chaume, accordé à la forme de la basilique, conçu pour abriter l'autel des grandes célébrations en plein air.[32][33] Selon les descriptions, l'ensemble évoque une barque moderne : sous le pont où se trouve l'autel, une coque abrite une sacristie et des locaux de service.[34] C'est là, sur cette île reliée à la rive par une passerelle, que le pape François célébra la messe le 28 novembre 2015.[35]

L'amphithéâtre des grands rassemblements

Tout autour du lac, des gradins couverts et de vastes espaces de plein air permettent d'accueillir les foules.[36] L'eau, l'île et l'amphithéâtre forment un théâtre liturgique à ciel ouvert, dimensionné non pour mille fidèles mais pour des centaines de milliers. La basilique devient alors une chapelle de garde du Saint-Sacrement et un sanctuaire des reliques, tandis que la célébration de masse se déplace au bord de l'eau.

L'élévation au rang de basilique mineure (1993)

Le 7 février 1993, le pape Jean-Paul II vint à son tour en pèlerinage à Namugongo et y célébra une messe pontificale ; le sanctuaire fut érigé en basilique mineure par décret du 28 avril 1993.[37][38] Cette élévation consacrait, au sens canonique, le rang exceptionnel du lieu dans l'Église universelle.

L'homélie de Jean-Paul II fixa pour longtemps le sens du lieu, en jouant sur le contraste de la ténèbre et de la lumière :

« Ce fut ici le lieu des ténèbres, Namugongo, où la lumière du Christ a brillé avec éclat dans le grand feu qui consuma saint Charles Lwanga et ses compagnons. » — Jean-Paul II, homélie au sanctuaire de Namugongo, 7 février 1993[39]

Le pape ajouta que le sacrifice des martyrs avait hâté la renaissance de l'Église en Afrique — manière d'inscrire le sanctuaire non dans le passé, mais dans l'avenir d'un christianisme africain en pleine croissance.[40]

Les gardiens et l'organisation du lieu

L'archidiocèse de Kampala

Le sanctuaire relève de l'archidiocèse catholique romain de Kampala, qui en assure la garde, la liturgie et la pastorale.[41] L'administration du lieu — accueil des pèlerins, entretien, organisation du grand rassemblement annuel — est confiée à un rectorat dépendant de l'archevêque. Chaque année, l'organisation de la fête du 3 juin est confiée tour à tour à un diocèse différent de l'Ouganda, qui prépare la liturgie et les chants : façon de faire vivre le sanctuaire comme un bien national de toute l'Église du pays.[42]

Le grand réaménagement de 2013-2015

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À l'approche du cinquantenaire de la canonisation (1964-2014), l'archidiocèse engagea un vaste réaménagement du sanctuaire, mené entre 2013 et 2015 en vue de la visite du pape François.[43] Les travaux, conduits pour le compte des trustees de l'archidiocèse de Kampala, comprirent la construction de trois pavillons, d'un amphithéâtre à gradins, d'un nouveau presbytère, la rénovation de l'ancienne basilique, l'aménagement de sanitaires et la réfection du lac des martyrs.[44] Le sanctuaire qu'admirent aujourd'hui les pèlerins est, pour une large part, le fruit de cette campagne de modernisation.

Munyonyo et le réseau des lieux du martyre

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Namugongo n'est pas isolé : il s'inscrit dans un réseau de lieux liés à la persécution. À Munyonyo, au bord du lac Victoria, là où le roi Mwanga ordonna le déclenchement des exécutions, un autre sanctuaire des martyrs a été érigé ; sa première pierre fut posée le 3 mai 2015 par le nonce apostolique, peu avant la venue de François.[45] Entre Munyonyo et Namugongo court le chemin que les condamnés parcoururent, et que refont aujourd'hui certains pèlerins. Le sanctuaire de Namugongo est ainsi le terme d'un itinéraire de mémoire plus vaste, qui maille la région de Kampala.

Un des plus grands pèlerinages du monde

Le 3 juin, fête nationale

Le 3 juin, fête liturgique des saints martyrs de l'Ouganda, est un jour férié national, retransmis à la télévision et suivi par tout le pays.[46] C'est le grand rendez-vous de Namugongo. La célébration, qui s'ouvre par une longue procession des reliques, des palmes et de l'encens, peut durer cinq heures ; les délégations diocésaines y défilent en costumes traditionnels et présentent leurs offrandes.[47]

Des marcheurs venus de toute l'Afrique de l'Est

La singularité du pèlerinage tient à la marche. Des pèlerins partent du Kenya, de Tanzanie, du Rwanda et de toutes les régions d'Ouganda, beaucoup à pied, au terme de cheminements qui peuvent durer jusqu'à deux semaines.[48][49] Certains groupes parcourent ainsi des centaines de kilomètres, dormant dans les écoles et les paroisses, dans une ascèse volontaire qui fait partie intégrante de la dévotion.

Une affluence parmi les plus grandes du monde

Les estimations de fréquentation varient fortement selon les sources et les années. Un rapport gouvernemental a recensé environ 690 000 pèlerins pour la Journée des martyrs de 2024 au seul sanctuaire de Namugongo ;[50] d'autres comptages, incluant l'ensemble des sites et des environs, avancent deux à trois millions de participants.[51] Quel que soit le chiffre exact, Namugongo figure parmi les plus grands rassemblements religieux réguliers de la planète.

RepèreDonnée
Date du grand pèlerinage3 juin (fête des saints martyrs)
StatutJour férié national, retransmis en direct
Pays de provenance des marcheursOuganda, Kenya, Tanzanie, Rwanda
Durée de marche (groupes les plus lointains)jusqu'à ~2 semaines
Fréquentation Namugongo 2024 (rapport officiel)~690 000 pèlerins
Estimation large (sites et environs)2 à 3 millions

Faits rapportés et prudence de l'Église

Comme tout grand lieu de pèlerinage, Namugongo voit circuler des récits de grâces et de guérisons obtenues par l'intercession des martyrs, et l'eau du lac fait l'objet d'une dévotion populaire. L'Église s'en tient toutefois à la vénération des saints reconnus : aucun fait prodigieux attaché au lieu lui-même n'a fait l'objet d'une reconnaissance officielle, et la crédibilité du sanctuaire tient à la solidité du martyre, non à une collection de prodiges. Cette sobriété fait partie de la physionomie du lieu : on y vient honorer des témoins, non courir après le merveilleux.

Trois papes à Namugongo

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Peu de sanctuaires africains peuvent se prévaloir d'avoir reçu trois papes. Cette continuité pontificale a fait de Namugongo un symbole de l'attention constante de Rome à l'Afrique chrétienne.

Paul VI (1969)

La visite de Paul VI, le 2 août 1969, fut historique à double titre : premier voyage d'un pape en Afrique subsaharienne, et acte fondateur du sanctuaire par la pose de la première pierre.[52] Elle plaça d'emblée Namugongo sous le regard de l'Église universelle.

Jean-Paul II (1993)

Jean-Paul II vint le 7 février 1993, célébra la messe pontificale et marqua l'élévation au rang de basilique mineure.[53][54] Son homélie, sur la lumière jaillie des ténèbres, reste la référence spirituelle du lieu.

François (2015)

Le pape François se rendit à Namugongo le 28 novembre 2015, célébrant la messe sur l'île-autel du lac devant une foule immense.[55][56] Il tint à honorer aussi les martyrs anglicans et à se rendre à leur sanctuaire voisin, faisant du lieu un signe d'unité :

« Nous nous souvenons aussi des martyrs anglicans, dont la mort pour le Christ témoigne de l'œcuménisme du sang. » — Pape François, homélie au sanctuaire des martyrs de Namugongo, 28 novembre 2015[57]

Il rappela que le témoignage d'amour des martyrs ougandais pour le Christ et son Église était vraiment allé « jusqu'aux extrémités de la terre ».[58]

Le sens spirituel du lieu

Namugongo n'est ni une cathédrale gothique ni une basilique romaine : c'est une colline africaine où le sang des jeunes convertis a fait jaillir une hutte de cuivre et de lumière. Tout y ramène au feu — celui du bûcher de 1886, transfiguré en feu de l'Esprit. La basilique en forme de case dit que l'Évangile a pris la chair de l'Afrique ; le lac dit que la mémoire du sang ne s'efface pas ; l'autel sur le lieu du supplice dit que la vie donnée est devenue source.

Les paroles de Jean-Paul II résument la vocation du sanctuaire : faire de ce lieu de ténèbres un foyer de clarté pour tout un continent. C'est ce que viennent y chercher, chaque 3 juin, les foules venues à pied de quatre pays : non d'abord des prodiges, mais la force d'un témoignage plus fort que la peur, et la confiance que, selon le mot du même pape, le sacrifice des martyrs a « hâté la renaissance de l'Église en Afrique ».[59]

Pour aller plus loin

Articles Ignispedia connexes

  • Sanctuaire de Kibeho — l'autre grand sanctuaire d'Afrique, bâti autour des apparitions reconnues de Notre-Dame des Douleurs au Rwanda.
  • L'Église en Afrique aujourd'hui — la vitalité du catholicisme africain dont Namugongo est l'un des symboles.
  • Les missions catholiques en Afrique — le contexte missionnaire (Pères Blancs) d'où sont issus les martyrs.
  • Pourquoi vénérer les reliques ? — la doctrine catholique des reliques et des sanctuaires bâtis sur le tombeau des témoins.
  • Charles Lwanga et les martyrs de l'Ouganda — le récit du martyre de 1885-1887 et la biographie des saints.

Sources principales

  • Basilica of the Uganda Martyrs, Namugongo, en.wikipedia.org — localisation, statut de basilique mineure, visite de François.
  • Uganda Martyrs, en.wikipedia.org — béatification (1920), canonisation (1964), martyrs catholiques et anglicans, sanctuaire de Munyonyo.
  • New Vision (Ouganda), The genesis of Namugongo Martyrs shrines — chantier, architecte, première pierre de Paul VI, lac, inauguration de 1975.
  • Catholics & Cultures, Ugandan Martyrs' Feast — lac, île-autel, amphithéâtre, déroulement et affluence du pèlerinage du 3 juin.
  • Vatican.va — homélie de Jean-Paul II à Namugongo (7 février 1993), homélie de François (28 novembre 2015), homélie de canonisation de Paul VI (18 octobre 1964, citée par Jean-Paul II à Namugongo).
  • Monitor (Ouganda), Namugongo had 690,000 pilgrims for 2024 Martyrs' Day — chiffres de fréquentation.

Notes et références

  1. Basilica of the Uganda Martyrs, Namugongo, en.wikipedia.org : sanctuaire situé à Namugongo, municipalité de Kira, district de Wakiso, à env. 17,5 km au nord-est de Kampala (coord. 0°23′07″N, 32°39′05″E) ; basilique mineure par décret du 28 avril 1993 ; gérée par l'archidiocèse catholique romain de Kampala ; messe de François le 28 novembre 2015.

    1 7 20 37 41 53 55
  2. catholicshare.com, « What Makes the Uganda Martyrs Shrine in Namugongo a Global Beacon of Catholic Faith? » : basilique en forme de hutte africaine ; 22 colonnes de cuivre pour les 22 martyrs catholiques ; capacité d'environ 1 000 places en disposition circulaire ; autel sur le lieu où Charles Lwanga fut brûlé ; reliquaire de verre contenant un ossement (relique de 1re classe) ; portes de bois sculptées de l'histoire des martyrs ; île-autel du lac où François célébra la messe en 2015 ; ouverture le 3 juin 1975 par le cardinal Sergio Pignedoli.

    2 23 24 25 26 27 28 33 34 35 56
  3. Uganda Martyrs, en.wikipedia.org : convertis exécutés sous Mwanga II du Buganda entre 1885 et 1887 ; 22 martyrs catholiques et 23 anglicans ; béatification le 6 juin 1920 par Benoît XV ; canonisation le 18 octobre 1964 par Paul VI ; Charles Lwanga brûlé à Namugongo le 3 juin 1886 ; sanctuaire de Munyonyo (première pierre le 3 mai 2015). Le récit détaillé du martyre relève d'un dossier biographique distinct.

    3 8 9 10 11 14 45
  4. François, homélie pour la messe des martyrs de l'Ouganda, sanctuaire catholique de Namugongo, 28 novembre 2015, vatican.va : « We remember also the Anglican martyrs whose deaths for Christ testify to the ecumenism of blood » ; le témoignage des martyrs « has truly gone "to the end of the earth" ». Traduction française dans le corps.

    4 57 58
  5. catholicsandcultures.org, « Ugandan Martyrs' Feast » : sanctuaires catholique et anglican voisins ; lac (lieu où les soldats lavaient le sang de leurs armes) ; île-autel accessible par passerelle, gradins couverts ; pèlerinage du 3 juin, jour férié national retransmis à la télévision ; marcheurs du Kenya, de Tanzanie, du Rwanda et d'Ouganda, jusqu'à deux semaines de marche ; messe d'env. cinq heures ouverte par une procession des reliques ; estimations de 500 000 à plusieurs millions de participants ; organisation confiée chaque année à un diocèse différent.

    5 13 29 31 36 42 46 47 48 51
  6. National Catholic Register, « Pilgrimage to Ugandan Martyrs' Shrine Paved by Prayer and Perseverance » : des pèlerins parcourent des centaines de kilomètres à pied pour rejoindre Namugongo et invoquer l'intercession des martyrs.

    6 49
  7. New Vision (Ouganda), « Namugongo shrine, Christian pilgrimage destination visited by three Popes » : Namugongo, destination de pèlerinage chrétien visitée par Paul VI (1969), Jean-Paul II (1993) et François (2015) ; coexistence des sanctuaires catholique et anglican.

    12
  8. Paul VI, homélie de canonisation des martyrs de l'Ouganda, 18 octobre 1964, citée par Jean-Paul II dans son homélie au sanctuaire de Namugongo, 7 février 1993, vatican.va. Texte officiel anglais : « "Who could foresee", the Pope asked, "that with the great historical figures of African martyrs and confessors like Cyprian, Felicity and Perpetua and the outstanding Augustine, we should one day list the beloved names of Charles Lwanga, Matthias Mulumba Kalemba and their twenty companions?" » ; texte officiel italien : « "Chi avrebbe potuto prevedere che insieme alle grandi figure storiche dei martiri e dei confessori africani come Cipriano, Felicita e Perpetua e lo straordinario Agostino, un giorno avremmo citato gli amati nomi di Charles Lwanga, Matthias Mulumba Kalemba e i loro venti compagni?" ». Traduction française dans le corps. L'ancienne formulation (« Honneur donc à la généreuse terre d'Afrique et à ses magnifiques chrétientés »), donnée comme citation textuelle d'un discours aux pèlerins, n'a pu être vérifiée sur vatican.va ni en français, ni en italien, ni en anglais, et a été retirée.

    15
  9. New Vision (Ouganda), « The genesis of Namugongo Martyrs shrines » : chantier confié à Roko Construction ; architecte présenté comme « Dr Dahinden » ayant conçu l'édifice en forme de hutte africaine autour de 22 colonnes de cuivre ; Paul VI, premier pape en Afrique, pose la première pierre et consacre l'autel le 2 août 1969 et contribue au financement (sur invitation de Mgr Nsubuga) ; lac creusé en mémoire des martyrs ; inauguration le 3 juin 1975 par le cardinal Sergio Pignedoli ; déclaration de basilique mineure liée à la visite de Jean-Paul II en 1993.

    16 17 18 21 22 30 32 38 52
  10. Justus Dahinden, en.wikipedia.org : architecte suisse (18 mai 1925 – 11 avril 2020), auteur de nombreux bâtiments dans le monde, dont des centres ecclésiaux en Europe et en Afrique. L'attribution précise de la basilique de Namugongo provient de la presse ougandaise et doit être tenue comme telle.

    19
  11. Jean-Paul II, homélie au sanctuaire des martyrs de l'Ouganda de Namugongo, 7 février 1993, vatican.va : « This was the place of darkness, Namugongo, where Christ's light shone bright in the great fire which consumed Saint Charles Lwanga and his companions » ; « Their sacrifice hastened the rebirth of the Church in Africa. » Traductions françaises dans le corps.

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  12. CAT & ASHE Ltd, « The Refurbishment of Namugongo Catholic Martyrs Shrine » (et The Builders' Garage) : réaménagement conduit entre 2013 et 2015 pour le compte des trustees de l'archidiocèse de Kampala, en vue du cinquantenaire de la canonisation (1964-2014) et de la visite de François — construction de trois pavillons, d'un amphithéâtre, d'un presbytère, rénovation de l'ancienne basilique, nouveaux sanitaires et réfection du lac des martyrs.

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  13. Monitor (Ouganda), « Namugongo had 690,000 pilgrims for 2024 Martyrs' Day – govt report » : un rapport gouvernemental chiffre à environ 690 000 le nombre de pèlerins au sanctuaire de Namugongo pour la Journée des martyrs 2024.

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