Pape saint Gélase I (Gelasius I, mort le 19 novembre 496 et inhumé le 21) gouverne l'Église de Rome du 1er mars 492 au 19 novembre 496. Le Saint-Siège le présente comme le 49e pape, succédant directement à saint Félix III et précédant saint Anastase II.[1] Son pontificat n'a duré que quatre ans et demi ; il appartient pourtant à la mémoire universelle de l'Église comme l'un des grands papes théologiens de l'Antiquité tardive, comparable à Léon le Grand par la densité doctrinale et institutionnelle de son enseignement.[2]
Trois actes ont rendu son nom inséparable de la doctrine catholique. En 494, il adresse à l'empereur Anastase I la lettre Famuli vestrae pietatis, où il formule la doctrine des deux pouvoirs : « Duo quippe sunt, imperator auguste, quibus principaliter mundus hic regitur : auctoritas sacrata pontificum et regalis potestas. »[3] La même année, il préside un synode romain dont les actes affirment que la primauté de l'Église de Rome ne tient pas d'une décision conciliaire, mais de la parole même du Christ à Pierre, et qui distingue les trois sièges pétriniens (Rome, Alexandrie, Antioche) — attribution discutée, voir « L'attribution discutée » ci-dessous.[4] En 495, son Tomus de anathematis vinculo explicite la souveraineté ecclésiale de lier et délier, sans que l'empereur puisse absoudre un évêque excommunié par le Siège apostolique.[5]
Gélase a poursuivi sans concession le schisme acacien ouvert par Félix III, exigeant que le nom du patriarche Acace soit retiré des diptyques de Constantinople avant tout rétablissement de la communion.[6] À Rome même, il a aboli les anciennes Lupercales dans un tractatus mémorable au sénateur Andromaque, combattu les Manichéens en prescrivant la communion sous les deux espèces comme mesure disciplinaire permettant de les reconnaître, et secouru les pauvres de Rome avec une charité que la Catholic Encyclopedia — d'après le témoignage contemporain de Denys le Petit (Dionysius Exiguus, lettre au prêtre Julien, PL 67, 231) — résume ainsi : « a true father to the poor, dying empty-handed as a result of his lavish charity » (« un véritable père des pauvres, mort les mains vides par l'effet de sa prodigue charité »).[7][8]
« Il y a, auguste empereur, deux pouvoirs par lesquels ce monde est principalement gouverné : l'autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal. De ces deux pouvoirs, celui des prêtres est d'autant plus pesant qu'ils devront rendre compte, au tribunal divin, même des rois eux-mêmes. » — Saint Gélase I, Famuli vestrae pietatis, à l'empereur Anastase, 494[9]
Pourquoi Gélase compte-t-il ?
Un pape de transition entre Antiquité et Moyen Âge
À la mort de Gélase, l'Empire romain d'Occident n'existe plus depuis vingt ans. L'Italie est gouvernée par Théodoric le Goth, arrivé à Ravenne en 493. L'empereur d'Orient, Anastase I, soutient discrètement les anti-chalcédoniens et tente de rallier Rome à la formule d'union de son prédécesseur Zénon.[10] Gélase est donc le pape d'un monde où Rome n'a plus d'empereur, où la papauté doit penser sa propre autorité sans l'appui d'un État chrétien d'Occident, et où l'Église risque d'être absorbée par une chancellerie impériale orientale pour qui « la paix dogmatique » signifie souvent « le silence sur Chalcédoine ».
C'est dans cette configuration que Gélase forge des formules destinées à structurer des siècles de réflexion sur l'Église et le monde : la distinction entre auctoritas et potestas, le titre de Vicarius Christi, l'enracinement de la primauté romaine dans la promesse christique à Pierre, et la souveraineté de l'Église dans la communion sacramentelle.
Le théoricien des deux pouvoirs
La lettre Famuli vestrae pietatis de 494 est tenue, selon Encyclopedia.com, pour « le plus célèbre document de l'Église ancienne concernant les « deux pouvoirs » qui existent sur terre » (traduit de l'anglais).[11] Elle figure au Denzinger (Enchiridion Symbolorum) sous le n. 347 — cote vérifiée sur exemplaire de l'édition française 1957 (« Le double pouvoir suprême sur terre ») ; la correspondance avec la numérotation de l'éd. Hünermann 2012 restant à recoller, seule l'édition 1957 est citée ici.[12] Elle n'est pas une déclaration anachronique de séparation moderne entre Église et État ; elle est la première formulation systématique, en latin chrétien, de la dualité ordonnée de deux pouvoirs distincts, chacun reçu de Dieu dans son ordre propre.
Le défenseur de la primauté pétrinienne
Le synode romain de 494 précise la doctrine catholique de la primauté. Il affirme que l'Église de Rome doit son rang « non à une décision conciliaire, mais à la parole évangélique du Seigneur » — c'est-à-dire à « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18).[13] Il distingue les trois sièges pétriniens : Rome (siège de Pierre martyr), Alexandrie (par Marc, disciple de Pierre), Antioche (où Pierre résida avant de venir à Rome).[14] Il prépare ainsi la liste canonique des écrits reçus et rejetés que la tradition manuscritienne appellera Decretum Gelasianum — une compilation dont la rédaction finale est, selon les éditeurs modernes (Dobschütz 1912), postérieure au pontificat (voir « L'attribution discutée » ci-dessous).
Origine et carrière avant le pontificat
Natione Afer ou Romanus natus ?
Le Liber Pontificalis ouvre sa notice par une formule devenue célèbre : « Gelasius, natione Afer, ex patre Valerio ».[15] La page officielle du Saint-Siège retient simplement « Africano ».[16] Mais Gélase lui-même, dans sa lettre à Anastase, se présente comme « Romanus natus » : « sicut Romanus natus Romanum principem amo, et diligo, et colo, et sicut Christianus... »[17]
Comment harmoniser les deux ? La Catholic Encyclopedia laisse le débat ouvert : pour les uns, le natione Afer du Liber Pontificalis signifie une origine africaine avec une naissance romaine ; pour les autres, natione Afer veut dire « Africain de naissance » et Romanus natus « né citoyen romain ».[18] Treccani note la même équivoque : l'expression peut aussi bien renvoyer à une origine proprement romaine qu'à l'appartenance à l'État romain ou à l'adhésion consciente aux traditions et à la culture de Rome.[19] Dans tous les cas, Romanus natus désigne une identité romaine — par naissance, par citoyenneté ou par culture ecclésiale — tandis que le Liber Pontificalis garde le souvenir d'une provenance africaine.
Cette distinction n'est pas un détail. Elle rappelle qu'au Ve siècle, l'Église romaine intègre déjà des hommes venus de toute la romanitas méditerranéenne. Le pape qui formule la primauté pétrinienne et la doctrine des deux pouvoirs n'est pas un « italien de souche » au sens moderne ; il est, selon le Liber Pontificalis, un Africain devenu Romain au service du siège de Pierre.
Diacre rédacteur sous Félix III
Avant son élection, Gélase est déjà l'un des principaux artisans de la politique pontificale sous Félix III. La Catholic Encyclopedia note qu'il « avait été beaucoup employé par son prédécesseur Félix III, en particulier dans la rédaction des documents ecclésiastiques ».[20] Treccani précise que Gélase, comme diacre romain, est l'un des rédacteurs des décrétales pontificales du temps de Félix III.[21]
Cette continuité est décisive pour comprendre son pontificat. La fermeté de Gélase face à Anastase n'est pas un changement de cap : c'est la ligne romaine forgée pendant les neuf années de pontificat de Félix III (483-492), au moment où Rome rompt avec Acace pour défendre Chalcédoine. Gélase pape ne fait que prolonger, avec une formulation plus systématique, ce que Gélase diacre avait contribué à rédiger.
Une élection rapide en mars 492
Félix III meurt entre le 25 février et le 1er mars 492. Gélase est élu le 1er mars 492, sans intervalle ni concours d'autres candidats. La rapidité de cette élection signale une chose : à Rome, il n'y a pas d'hésitation. Le clergé sait qui doit poursuivre la ligne du défunt, et Gélase apparaît comme le successeur évident.[22][23]
Le contexte politique est sensible. Odoacre est mort en 493 ; Théodoric s'installe à Ravenne ; Anastase devient empereur d'Orient en 491. Gélase n'a pas le luxe de la transition lente : il doit immédiatement notifier son élection à Constantinople, et il doit le faire sans plier sur la condamnation d'Acace, mort en 489 mais dont le nom continue d'être lu dans les diptyques.
| Date | Événement | Conséquence |
|---|---|---|
| 491 | Mort de l'empereur Zénon ; Anastase I monte sur le trône | Nouvelle politique impériale sur l'Orient |
| 1er mars 492 | Mort de Félix III, élection de Gélase | Continuité de la ligne romaine |
| 493 | Théodoric prend Ravenne, gouverne l'Italie | Pression arienne sur Rome |
| 494 | Synode romain ; lettre Famuli vestrae pietatis | Doctrine des deux pouvoirs, primauté pétrinienne |
| 495 | Synode du Latran ; réintégration de Misène | Affirmation de la souveraineté ecclésiale |
| 492-496 | Charité prodigue envers les pauvres de Rome | Témoignage contemporain (Denys le Petit, PL 67, 231) |
| 495 | Tractatus Adversus Andromachum | Abolition des Lupercales |
| 19 novembre 496 | Mort de Gélase à Rome ; inhumation le 21 à Saint-Pierre | Mémoire liturgique au 21 novembre, anniversaire de l'inhumation |
Le schisme acacien continué
L'héritage de Félix III
Le schisme acacien est l'arrière-plan permanent du pontificat. Il commence en 484 quand Félix III excommunie le patriarche Acace de Constantinople, qui avait reçu en communion Pierre Monge d'Alexandrie sur la base de l'Henotikon de Zénon — une formule d'union qui passait Chalcédoine sous silence. Cette rupture dure jusqu'en 519, sous le pape Hormisdas et l'empereur Justin I.[24]
Gélase hérite donc d'un conflit de plus de huit ans, déjà solidement noué. Le nouveau patriarche de Constantinople, Euphémius, est lui-même chalcédonien convaincu et désire la paix avec Rome. Mais il refuse d'effacer Acace des diptyques, par fidélité à son siège et par calcul politique. Pour Rome, ce refus rend la communion impossible : « prier publiquement avec un nom, c'est dire la communion », comme le rappelait déjà la pratique liturgique antique.[25]
Le refus de compromis avec Anastase
L'empereur Anastase I, monté sur le trône en 491, tente d'attirer Rome dans le compromis. La Catholic Encyclopedia note la fermeté gélasienne :
« Sa fermeté en traitant avec les partisans d'Acace [...] il ne ferait aucune paix qui compromettrait, ne serait-ce qu'au moindre degré, les droits et l'honneur de la Chaire de Pierre. » — Ambrose Coleman, Catholic Encyclopedia, vol. 6 (1909)[26]
Gélase répond à l'empereur, au patriarche Euphémius et aux évêques orientaux par une cascade de lettres qui reprennent toutes la même demande : tant que les noms d'Acace, de Pierre Monge et de leurs successeurs compromis restent dans les diptyques, Rome ne peut pas célébrer la même liturgie qu'eux. Ce n'est pas un caprice ; c'est la logique antique de la communion ecclésiale : la liste des noms commémorés est la signature visible de la communion réelle.
Le Tomus de anathematis vinculo (495)
En 495, Gélase publie le Tomus de anathematis vinculo (« Traité sur le lien de l'anathème »), où il développe une doctrine canonique fondamentale : l'empereur ne peut pas absoudre un évêque excommunié par le Siège apostolique.[27] Le pouvoir de lier et de délier vient du Christ et a été confié à Pierre (Mt 16, 19), non à l'empereur.
« Il est tout à fait clair pour tous ceux qui pensent droitement qu'un prêtre ne peut absolument pas être lié ni absous par le pouvoir séculier. » — Saint Gélase I, Tomus de anathematis vinculo, § 12, vers 495[28]
Cette affirmation prolonge la lettre à Anastase, mais la déplace sur le terrain juridique. Anastase, en tant qu'empereur chrétien, peut souhaiter la paix de l'Église ; il ne peut pas la fabriquer en levant unilatéralement une condamnation canonique. La communion catholique n'est pas un acte de pouvoir civil.
Le synode de 495 et la réintégration de Misène
En 495, Gélase convoque au Latran un synode pour absoudre et restaurer dans son siège Misène de Cumes, l'un des deux légats que Félix III avait envoyés à Constantinople dans l'affaire d'Acace et qui, compromis en 484, avait été condamné la même année pour avoir participé à une liturgie où Pierre Monge était nommé dans les diptyques.[29][30] Les sources divergent sur la date exacte et l'effectif : Treccani retient le 13 mars 495 avec quarante-cinq évêques (outre de nombreux clercs et laïcs), les actes transmis par The See of Peter sont datés du 13 mai 495 et mentionnent cinquante-cinq évêques, tandis que Wace parle d'un synode de quarante-six évêques la même année.[31][32][33]
Avant de recevoir l'absolution, Misène doit prononcer une formule solennelle qui condamne nommément Dioscore, Timothée Élure, Pierre Monge, Pierre le Foulon, Acace, « et tous leurs successeurs, complices et adhérents, et tous ceux qui ont communié avec eux ».[34] Le synode ne se contente pas de restaurer un homme ; il publie la liste des erreurs anathématisées pour que la communion de Rome ne demeure pas ambiguë.
C'est dans ce synode de 495 que se trouve, selon Britannica, la première attestation conservée du titre de Vicarius Christi (Vicaire du Christ) appliqué à un évêque de Rome.[35][36] Des formules de vicariat se rencontrent déjà chez ses prédécesseurs (Léon I), et le titre n'est pas alors réservé au seul évêque de Rome : la nouveauté de 495 est l'acclamation synodale explicite du titre complet pour Gélase.[37] Le titre, qui deviendra celui du pape dans la théologie médiévale, apparaît ici dans un contexte précis : celui d'un siège qui revendique d'agir au nom du Christ, contre une chancellerie impériale qui voudrait fabriquer la paix doctrinale par décret.
La doctrine des deux pouvoirs : Famuli vestrae pietatis (494)
Contexte de la lettre à Anastase
La lettre Famuli vestrae pietatis (lettre 12 dans l'édition Thiel, Ep. 8 dans la Patrologie latine), datée de 494, répond à des démarches impériales : Anastase voudrait que Rome cesse d'exiger l'effacement d'Acace des diptyques et accepte un modus vivendi qui permettrait la communion universelle. Gélase répond non, mais il le fait dans une lettre dont le ton n'est ni l'invective ni la diplomatie : c'est une explication doctrinale, claire, dense et déférente sur le plan civil.[38]
Gélase ne nie pas la dignité impériale. Il l'honore explicitement : « sicut Romanus natus Romanum principem amo, et diligo, et colo » — « en tant que né Romain, j'aime, je chéris et je révère le prince romain ».[39] La fermeté gélasienne n'est pas dirigée contre la personne d'Anastase ; elle porte sur la limite de la compétence impériale dans l'ordre du sacré.
Le passage central : Duo sunt
Vient alors la formule appelée à devenir, selon Encyclopedia.com, « le plus célèbre document de l'Église ancienne concernant les « deux pouvoirs » qui existent sur terre » (traduit de l'anglais).[40]
« Il y a, auguste empereur, deux pouvoirs par lesquels ce monde est principalement gouverné : l'autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal. » — Saint Gélase I, Famuli vestrae pietatis, § 2, 494[41]
Latin : « Duo quippe sunt, imperator auguste, quibus principaliter mundus hic regitur : auctoritas sacrata pontificum et regalis potestas. »[42]
Deux mots de vocabulaire sont cruciaux : auctoritas et potestas. L'auctoritas désigne, dans le droit romain, le fondement légitime, la garantie, l'origine reconnue d'une décision. La potestas désigne le pouvoir de coercition, la capacité de faire exécuter. Dans le langage civil romain, le Sénat possède l'auctoritas ; les magistrats possèdent la potestas. Gélase utilise cette grammaire connue de tout lecteur romain pour qualifier le rapport entre Église et empereur : l'Église a l'autorité fondatrice ; l'empereur a le pouvoir d'exécution civile.
Gravius est pondus sacerdotum : pourquoi le sacerdoce pèse davantage
La suite explique pourquoi, dans cette dualité, le sacerdoce est « d'un poids plus pesant » :
« De ces deux pouvoirs, celui des prêtres est d'autant plus pesant qu'ils auront à rendre compte, au tribunal divin, même des rois eux-mêmes. » — Saint Gélase I, Famuli vestrae pietatis, § 2, 494[43]
Le raisonnement est eschatologique, non sociologique. Gélase ne dit pas que les évêques sont « supérieurs » aux empereurs au sens d'un commandement civil. Il dit que les évêques, parce qu'ils répondent devant Dieu de la vie spirituelle des rois eux-mêmes, portent une responsabilité plus lourde. C'est une logique de tribunal divin, pas une logique de hiérarchie politique.
Une distinction, non une séparation
Lecteur moderne, méfie-toi de la projection. Gélase n'invente pas la séparation contemporaine de l'Église et de l'État, conçue comme deux ordres indépendants où la foi n'aurait aucune visibilité publique. Il propose une distinction ordonnée : deux pouvoirs reçus de Dieu, chacun dans son ordre propre, qui doivent coopérer sans se confondre.
« Car si, en ce qui regarde l'ordre de la discipline publique, les évêques eux-mêmes obéissent à vos lois, sachant que la souveraineté vous a été accordée d'en haut [...] avec quel élan, je le demande, ne devez-vous pas obéir, vous, à ceux qui ont été désignés pour la distribution des mystères vénérables ? » — Saint Gélase I, Famuli vestrae pietatis, § 2, 494[44]
L'évêque obéit à l'empereur dans l'ordre civil. L'empereur reçoit les sacrements dans l'ordre sacré. La dualité n'est pas symétrique : dans chaque ordre, l'autorité légitime est différente. Mais dans aucun des deux, l'un ne peut absorber l'autre.
Une formule pour les siècles suivants
L'historien Walter Ullmann, dans son étude classique Gelasius I (492-496) (1981), montre comment cette formulation va structurer la théologie politique latine pendant tout le Moyen Âge.[45] Le concile de Constance, les controverses de l'investiture, les théories de l'ordo coronationis, les traités de Bellarmin et de Suárez sur la puissance indirecte spirituelle : tous remontent à Duo sunt. Le concile Vatican II prolonge la même intuition quand il enseigne que « la communauté politique et l'Église sont indépendantes l'une de l'autre et autonomes » et que « toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes » (Vatican II, Gaudium et spes, 76, § 3 ; cf. CEC § 2245, qui en cite le § 2).[46]
| Vocabulaire | Auctoritas sacrata pontificum | Regalis potestas |
|---|---|---|
| Domaine | Vie spirituelle, sacrements, doctrine | Ordre civil, paix, justice publique |
| Origine | Christ confiant à Pierre les clefs | Don de Dieu pour le bien commun |
| Étendue | Tous les baptisés, y compris l'empereur | Tous les sujets, y compris les évêques |
| Mode | Enseignement, sanctification, gouvernement ecclésial | Loi, contrainte légitime, défense |
| Responsabilité ultime | Compte rendu pour les âmes au jugement divin | Compte rendu pour la justice et la paix |
| Application pratique chez Gélase | Communion sacramentelle ; diptyques | Notification d'élection ; lois civiles |
La primauté romaine fondée sur le Christ
Le synode romain de 494 et les trois sièges pétriniens
La même année que Famuli vestrae pietatis, Gélase préside à Rome un synode qui produit un décret en plusieurs parties : doctrine du Saint-Esprit, canon scripturaire, doctrine des sièges pétriniens, conciles œcuméniques reconnus, écrits patristiques approuvés, liste des écrits apocryphes refusés.[47][48] Si la rédaction finale du « Decretum Gelasianum » tel que la tradition manuscrite le transmet remonte vraisemblablement au début du VIᵉ siècle, le noyau gélasien de 494 sur la primauté et les sièges pétriniens est fermement attribué à Gélase.[49]
Rome non par décision conciliaire, mais par institution divine
Le décret formule ainsi la primauté :
« Le premier siège de l'apôtre Pierre est l'Église romaine, sans tache ni ride. » — Synode romain de 494 sous Gélase[50]
Latin : « Est ergo prima Petri apostoli sedes Romana Ecclesia, non habens maculam, neque rugam, nec aliquid hujusmodi. »[51]
Plus important encore, le décret explique d'où vient cette primauté :
« La sainte Église romaine catholique et apostolique a obtenu la primauté non par les décrets de quelque synode, mais par la parole évangélique de notre Seigneur et Sauveur : "Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église." » — Synode romain de 494 sous Gélase[52]
Cette affirmation est doctrinalement décisive. Elle dit que la primauté romaine n'est pas une concession des conciles (donc qu'on ne peut pas la révoquer par une décision conciliaire), mais une institution divine ancrée dans la promesse de Mt 16, 18. C'est le langage que reprendront, plus de mille ans plus tard, les définitions de Vatican I sur la primauté pontificale.[53]
Les trois sièges pétriniens
Le décret distingue ensuite trois sièges « pétriniens » selon des modes différents :
| Siège | Fondement pétrinien | Statut |
|---|---|---|
| Rome | Pierre y a fondé, gouverné et subi le martyre | Premier siège apostolique, sans tache ni ride |
| Alexandrie | Fondé par saint Marc, disciple de Pierre | Deuxième siège, « au nom du bienheureux Pierre par Marc » |
| Antioche | Pierre y résida avant de venir à Rome | Troisième siège, honorable parce qu'« il y demeura avant de venir à Rome » |
Cette hiérarchie n'est pas l'invention de Gélase : elle reprend la pratique des conciles antiques (Nicée 325, canon 6). Mais Gélase la systématise dans une logique pétrinienne explicite. La place d'Alexandrie et d'Antioche n'est pas politique ; elle est canoniquement ancrée dans la mission de Pierre.[54]
Le refus de Constantinople comme « deuxième Rome »
Le canon 28 de Chalcédoine (451) avait reconnu à Constantinople, « nouvelle Rome », un rang second dans l'honneur. Léon le Grand avait refusé d'approuver ce canon. Gélase tient la même ligne : il refuse d'élever Constantinople au-dessus d'Alexandrie et d'Antioche dans la hiérarchie ecclésiale.[55]
« Gélase rejeta la prétention impériale selon laquelle Constantinople serait la "Nouvelle Rome" en tout autre sens que politique, refusant même de lui donner la deuxième place dans l'honneur ecclésial avant les vénérables sièges métropolitains d'Alexandrie et d'Antioche. » — Henry Wace, Dictionary of Christian Biography[56]
Pour Gélase, la primauté n'a pas de fondement politique. Une capitale impériale ne crée pas un siège apostolique. Constantinople peut être la capitale d'un empire ; elle ne peut pas se substituer à un siège fondé par un apôtre. Cette ligne romaine, formulée par Gélase, sera plus tard une des racines du contentieux entre Rome et Byzance.
Vicarius Christi : un titre nouveau
Britannica présente Gélase comme le premier pape appelé Vicarius Christi (« Vicaire du Christ ») — première attestation conservée du titre pour un évêque de Rome, lors du synode romain de 495.[57] Avant lui, les papes étaient « successeurs de Pierre », « évêques du Siège apostolique », « vicaires de Pierre ». Le titre Vicarius Christi ajoute une dimension : le pape, dans l'exercice de son ministère, agit au nom et à la place du Christ.
Le titre n'est pas une auto-proclamation gélasienne. C'est une acclamation conciliaire des évêques romains, dans un contexte précis : celui où Rome doit dire à Constantinople que la communion catholique ne se négocie pas avec un empereur. Le titre traduit doctrinalement la souveraineté ecclésiale que le Tomus de anathematis vinculo défend juridiquement.
Le combat contre les Manichéens à Rome
Une secte tenace dans la capitale
À la fin du Vᵉ siècle, le manichéisme — religion dualiste fondée par Mani au IIIᵉ siècle — survit encore à Rome sous forme clandestine. Les manichéens enseignent que la matière est mauvaise, que la chair est l'œuvre du Mal, et donc que le vin (issu d'un fruit « matériel » et associé au sang) doit être évité. Pour eux, communier au pain seul est acceptable ; communier au calice serait toucher à une substance impure.[58]
Gélase saisit cette particularité doctrinale pour en faire une mesure disciplinaire de discernement. Il rappelle qu'à Rome, la communion eucharistique se reçoit sous les deux espèces, pain et vin. Refuser le calice n'est pas une option pieuse : c'est, dans le contexte romain, un signe d'appartenance manichéenne.
La communion sous les deux espèces comme mesure disciplinaire
La Catholic Encyclopedia présente cette prescription romaine comme le moyen retenu par Gélase pour reconnaître les Manichéens : ceux qui refusaient la coupe se révélaient d'eux-mêmes, tandis que ceux qui l'acceptaient confessaient en acte l'unité de la chair et du sang du Verbe incarné.[59]
« Reconnaître que le vin consacré est aussi le sang du Christ, c'est confesser que la matière n'est pas le mal, et que le Verbe s'est vraiment fait chair en assumant un corps réel. » — Synthèse de la position romaine sous Gélase[60]
Cette mesure pastorale, propre à un moment précis, sera abandonnée plus tard quand le contexte aura changé. Elle ne fonde pas une doctrine dogmatique sur la nécessité absolue de la communion sous les deux espèces pour les laïcs : elle illustre un principe plus durable, la souveraineté de l'Église pour adapter la discipline sacramentelle à la défense de la foi.
Livres brûlés sur la place publique
Gélase ordonne également la confiscation et la destruction publique des livres manichéens trouvés à Rome.[61] Le geste, qui peut surprendre un lecteur moderne, doit être lu dans son contexte. À Rome, les livres manichéens étaient des outils d'évangélisation clandestine : leur destruction publique répondait à leur diffusion clandestine. L'évêque de Rome est, pour les autorités civiles encore en partie chrétiennes, un garant de la paix religieuse.
Une réforme abandonnée plus tard
Quand le manichéisme romain disparaît, cette mesure disciplinaire perd sa raison d'être pastorale. La discipline latine évoluera, à partir du XIIᵉ-XIIIᵉ siècles, vers la communion sous la seule espèce du pain pour les laïcs (concile de Constance 1415), tout en maintenant la doctrine catholique : le Christ est présent tout entier sous chaque espèce (concile de Trente, session XXI, 1562). La mesure gélasienne n'est donc pas une doctrine dogmatique sur la nécessité du calice ; elle est une discipline conjoncturale qui a rempli son office.
Adversus Andromachum : la fin des Lupercales
Une fête païenne qui survit
Les Lupercales étaient l'une des plus anciennes fêtes religieuses de Rome, célébrées chaque 15 février. Des jeunes hommes presque nus, les luperci, couraient dans la ville en frappant les passants d'un fouet de peau de bouc pour conjurer la stérilité féminine. La fête mêlait rites de purification, fécondité et fondation mythique (Romulus et Rémus allaités par la louve dans la lupercale).[62]
À la fin du Vᵉ siècle, Rome est officiellement chrétienne depuis plus d'un siècle. Mais une partie de l'aristocratie sénatoriale, baptisée, continue de soutenir financièrement et de fréquenter les Lupercales — par tradition civique, par nostalgie identitaire, par crainte des conséquences sociales d'un abandon brusque. Gélase juge cette ambiguïté inacceptable.
Andromaque et l'aristocratie chrétienne ambiguë
Le tractatus Adversus Andromachum, transmis dans la Collectio Avellana et édité dans la collection Sources chrétiennes (vol. 65, Cerf, 1959), est adressé au sénateur Andromaque et à « d'autres Romains » qui voulaient maintenir les Lupercales.[63] La datation la plus probable est 495 ou 496.
L'occasion immédiate est révélatrice. Une épidémie ravage la Campanie, et Andromaque, comme d'autres sénateurs, l'attribue à la suspension des Lupercales : sans la course rituelle des luperci, les dieux laisseraient la peste s'installer.[64] L'argument est typique de l'ancien paganisme civique : la fête garantit la santé publique, donc la supprimer met la cité en danger.
L'argument de la peste : une superstition révélée
Gélase démonte l'argument par une logique imparable. Si les Lupercales protégeaient Rome de la peste, comment expliquer toutes les pestes survenues quand les Lupercales étaient pleinement célébrées ? Si elles garantissaient la fécondité, comment expliquer les stérilités passées ? L'argument paganiste est non vérifiable et non vérifié par l'histoire.
« Si les Lupercales garantissaient la prospérité de Rome, Rome n'aurait jamais souffert. Mais l'histoire montre que ni les pestes, ni les famines, ni les guerres ne sont liées à leur célébration ou à leur suspension. Ce que vous appelez religion d'État n'est qu'une vile superstition à laquelle vos pères eux-mêmes n'ajoutaient pas foi avec sérieux. » — Synthèse de l'argument gélasien dans Adversus Andromachum[65]
L'historien Roger Pearse, citant l'édition critique, note que Gélase qualifie les participants restants des Lupercales de « vile plèbe » et démontre, par les sources romaines elles-mêmes, que la fête a perdu toute consistance religieuse réelle.[66] La force du tractatus tient à ce qu'il n'invoque pas seulement la foi chrétienne : il utilise la culture classique pour montrer que les paganistes ne croient plus à ce qu'ils défendent.
Le mythe de la Saint-Valentin substituée
Un mythe tenace, popularisé au XIXᵉ siècle, prétend que Gélase aurait « remplacé » les Lupercales par la Saint-Valentin (14 février) ou par la Présentation au Temple / Chandeleur (2 février). L'enquête de Jack B. Oruch et la synthèse de Roger Pearse montrent que cette substitution est une invention rétroactive, principalement due au cardinal Cesare Baronio au XVIᵉ siècle.[67]
La réalité historique est plus sobre :
- Gélase abolit les Lupercales en 495.
- La Présentation au Temple (2 février) est attestée à Jérusalem dès le IVᵉ siècle (récit d'Égérie) avant d'être introduite à Rome — sans rapport direct avec les Lupercales.
- Saint Valentin est commémoré le 14 février depuis très tôt comme martyr local, sans lien établi avec la fête païenne.
L'abolition gélasienne ne « remplace » donc rien : elle supprime simplement un culte civique devenu vide, sans introduire de fête de substitution. L'argument de la « continuation païenne » du christianisme repose, sur ce point précis, sur une légende.
Que reste-t-il vraiment ?
Le tractatus Adversus Andromachum est conservé dans la Collectio Avellana et reste l'une des sources les plus précieuses sur la mentalité religieuse de l'aristocratie romaine du Vᵉ siècle. Il montre une élite baptisée qui hésite encore entre identité chrétienne et tradition païenne ; il montre un évêque de Rome qui ne tolère plus cette ambiguïté. À partir de 495, les Lupercales disparaissent du calendrier officiel de Rome.
Le Decretum Gelasianum : canon, sièges, apocryphes
Structure en cinq chapitres
Le texte que la tradition manuscrite transmet sous le nom de Decretum Gelasianum de libris recipiendis et non recipiendis (« Décret de Gélase sur les livres à recevoir et à ne pas recevoir ») se présente en cinq parties :
- Le Saint-Esprit et les titres christologiques
- Le canon scripturaire complet (livres reçus de l'Ancien et du Nouveau Testament)
- Les trois sièges pétriniens (Rome, Alexandrie, Antioche)
- Les conciles œcuméniques reçus (Nicée, Constantinople, Éphèse, Chalcédoine) et les écrits patristiques approuvés
- La liste des apocryphes refusés (Évangile de Thomas, Actes de Pierre, Actes d'André, Apocalypse de Pierre, etc.)[68]
Le canon biblique presque identique à celui de Trente
Le canon biblique du Decretum est très proche de celui que le concile de Trente fixera en 1546 :
- Ancien Testament : tous les livres hébraïques, plus les deutérocanoniques (Tobie, Judith, Sagesse, Ecclésiastique, 1-2 Maccabées, Baruch dans certaines variantes).
- Nouveau Testament : quatre Évangiles, Actes, quatorze épîtres de Paul (Hébreux incluse), sept épîtres catholiques, Apocalypse.[69]
Cette continuité montre que le canon catholique latin est stabilisé dès la fin du Vᵉ siècle, bien avant les controverses protestantes des XVIᵉ-XVIIᵉ siècles. Les anciens conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397, 419), ainsi que la Vetus Latina et la Vulgate de Jérôme, avaient déjà reçu ces livres comme inspirés.
La liste des apocryphes refusés
La cinquième partie du décret énumère un grand nombre d'écrits apocryphes circulant dans l'Antiquité tardive : Évangile selon Thomas, Évangile selon Matthias, Actes apocryphes de plusieurs apôtres, Apocalypses pseudépigraphes, etc. Cette liste sert encore aujourd'hui d'inventaire de référence pour les historiens du christianisme ancien.[70]
L'attribution discutée
Les éditeurs modernes (notamment Ernst von Dobschütz, en 1912) ont montré que la rédaction finale du Decretum tel qu'il nous est parvenu ne peut pas être strictement gélasienne, parce qu'elle cite des Pères postérieurs à 496.[71] L'hypothèse dominante chez les chercheurs est aujourd'hui :
- Le noyau du décret (sections sur le Saint-Esprit, la primauté pétrinienne et les conciles) remonte au synode romain de 494 ou 495 sous Gélase.
- La liste finale des apocryphes est probablement enrichie et stabilisée dans la première moitié du VIᵉ siècle.
- La forme transmise est une compilation gélasienne, non un autographe pontifical.
Pourquoi le décret reste gélasien dans l'esprit
Même si la rédaction finale est légèrement postérieure, le décret reste « gélasien » dans un sens fort : il codifie l'esprit du pontificat de Gélase, qui voulait à la fois fixer le canon catholique, énoncer la primauté romaine d'origine divine, et démarquer la communion catholique des hérésies orientales et des écrits hétérodoxes. Que le rédacteur final ait été Gélase lui-même ou un de ses successeurs immédiats ne change pas l'attribution doctrinale fondamentale.
Le sacramentaire gélasien : un nom, plusieurs strates
Une attribution traditionnelle, une histoire complexe
La tradition liturgique latine appelle « Sacramentaire gélasien » (Sacramentarium Gelasianum) un livre liturgique transmis par plusieurs manuscrits dont le plus ancien (Vatican Reg. lat. 316) date du milieu du VIIIᵉ siècle. La Catholic Encyclopedia note que ce sacramentaire dans sa forme transmise « appartient proprement au siècle suivant » — c'est-à-dire au VIᵉ ou VIIᵉ siècle, et non au temps de Gélase.[72]
Hymnes, préfaces et collectes gélasiens authentiques
Mais cela ne signifie pas que Gélase n'a rien composé liturgiquement. La Catholic Encyclopedia affirme qu'« il composa des hymnes, des préfaces et des collectes, organisant un livre de Messe standard ».[73] Une partie de ce matériel gélasien authentique survit, intégrée dans des couches plus récentes du sacramentaire dit « gélasien ».
L'œuvre liturgique de Gélase est donc réelle, mais filtrée par les transmissions du VIᵉ-VIIIᵉ siècles. Il appartient aux liturgistes d'identifier, par analyse philologique et théologique, les couches strictement gélasiennes des couches franques ou carolingiennes postérieures.
Réforme liturgique de Gélase
Le pontificat est également marqué par des décisions disciplinaires sur la vie liturgique romaine : ordinations sur les quatre-temps, division quadripartite des revenus ecclésiastiques (pauvres, églises, évêque, clergé inférieur), discipline pénitentielle dans les diocèses suburbicaires d'Italie.[74] Toutes ces décisions s'inscrivent dans une réforme générale du gouvernement de l'Église romaine, à un moment où l'Italie n'a plus d'empereur d'Occident et où le siège apostolique doit consolider ses propres structures.
Gélase pasteur : famine, charité, gouvernement
Une charité prodigue envers les pauvres
Pendant son pontificat, Gélase se signale par une charité prodigue envers les pauvres de Rome. La Catholic Encyclopedia s'appuie sur le témoignage contemporain de Denys le Petit (lettre au prêtre Julien, PL 67, 231) pour le décrire comme « a true father to the poor, dying empty-handed as a result of his lavish charity ».[75] Le martyrologe romain (2004, au 21 novembre) rejoint ce portrait : Gélase y est célébré comme mort dans une extrême pauvreté pour secourir les nécessiteux.[76]
Le portrait transmis par Denys le Petit
Denys le Petit (Dionysius Exiguus), moine scythe venu à Rome peu après la mort de Gélase, donne dans sa lettre au prêtre Julien (PL 67, 231) un portrait éclatant du pape disparu. La Catholic Encyclopedia en transmet l'essentiel dans une formule restée célèbre — qui est la sienne, non une citation littérale de Denys :
« a true father to the poor, dying empty-handed as a result of his lavish charity » (« un véritable père des pauvres, mort les mains vides par l'effet de sa prodigue charité »). — Ambrose Coleman, Catholic Encyclopedia (1909), d'après Denys le Petit[77]
Le verdict est précieux. Denys le Petit n'est pas un panégyriste de cour : il est l'humble organisateur du « cycle pascal » et l'inventeur de l'ère chrétienne (Anno Domini). Quand la tradition contemporaine qu'il transmet montre Gélase mort les mains vides à force d'avoir donné, elle livre un témoignage contemporain crédible sur le caractère ascétique du pape, sur sa charité réelle envers les pauvres romains, et sur la dimension intérieure d'un pontificat que l'historiographie politique a parfois réduit à ses joutes avec Constantinople.
Un évêque administrateur de l'Italie suburbicaire
Plus d'une centaine de lettres et fragments survivent du pontificat de Gélase ; la bibliographie recensée par Treccani (Enciclopedia dei Papi) les donne comme conservés notamment dans la Patrologia Latina 59, dans l'édition critique d'Andreas Thiel (Epistolae Romanorum Pontificum genuinae, 1868, p. 285-613), dans les Monumenta Germaniae Historica, Auctores antiquissimi XII (1894, p. 389-92), et dans la Collectio Avellana éditée par Otto Guenther (1895-1898).[78]
Ces lettres montrent un évêque-administrateur attentif aux diocèses suburbicaires d'Italie : Lucanie, Bruttium, Picenum, Sicile, Sardaigne, Dalmatie. Discipline des clercs, ordinations, biens d'Église, jugements ecclésiastiques, restitution des esclaves indûment ordonnés, retour des hérétiques, accueil des convertis : Gélase n'est pas seulement le théologien des deux pouvoirs, il est aussi l'évêque local qui fait fonctionner concrètement une Église dont l'État impérial s'est retiré.
Ordinations et création de basiliques
Le Liber Pontificalis rapporte chiffres et constructions :
- Ordinations : 32 prêtres, 2 diacres, 67 évêques « pour divers lieux ».[79]
- Basiliques : Gélase dédie une basilique à sainte Euphémie (à Tibur, près de Rome), et une autre aux saints Nicandre, Eleuthère et André sur la Via Lavicane.[80]
Le souci épiscopal est concret : ordonner, dédier, construire, gouverner. Les grandes doctrines de la lettre à Anastase sont l'œuvre du même homme qui ordonne 67 évêques pour des sièges de toute l'Italie suburbicaire.
Lutte contre le pélagianisme résiduel
Gélase consacre plusieurs lettres au combat contre le pélagianisme, qui subsiste dans certains milieux italiens un demi-siècle après la condamnation initiale par Innocent I (417) et la consolidation par Léon le Grand. Il rappelle aux évêques de Picenum la doctrine catholique de la grâce et l'autorité du Siège apostolique sur les controverses orientales du Vᵉ siècle.[81]
Mort et sépulture
Mort le 19, inhumé le 21 novembre 496
Les sources hésitent entre le 19 novembre (date de mort retenue par la Catholic Encyclopedia) et le 21 novembre (date que Treccani et le calendrier liturgique romain ont conservée).[82][83] La cohabitation des deux dates s'explique probablement ainsi : Gélase meurt le 19 novembre, l'inhumation est faite le 21, et le calendrier romain retient le jour de l'inhumation comme mémoire liturgique.
La sépulture à Saint-Pierre
Le Liber Pontificalis affirme que Gélase est inhumé dans la basilique vaticane Saint-Pierre, « XI kalendas decembris » (21 novembre).[84] Ce détail est significatif. Son prédécesseur Félix III avait choisi Saint-Paul-hors-les-Murs ; Gélase revient à la basilique vaticane, près du tombeau de Pierre. C'est cohérent avec sa théologie : la primauté du Siège apostolique est ancrée dans le tombeau de l'apôtre Pierre. Le pape qui a formulé cette doctrine repose là où elle prend sa source historique et liturgique.
La mémoire liturgique du 21 novembre
Le calendrier romain retient la mémoire liturgique de saint Gélase au 21 novembre, jour de son inhumation.[85] Le martyrologe romain (éd. typique 2004, au 21 novembre, n° 5) le célèbre en ces termes — cités ici dans une traduction française provisoire de travail, établie d'après la version anglaise vérifiée (Boston Catholic Journal) de l'édition 2004, le texte latin de l'édition typique n'ayant pas été recollé en session : « À Rome, près de Saint-Pierre, saint Gélase I, pape, remarquable par sa doctrine et sa sainteté : pour que l'autorité impériale ne nuise pas à l'unité de l'Église, il exposa le premier avec clarté les propriétés distinctes et la liberté mutuelle des deux pouvoirs ; touché d'une immense charité et par les besoins des pauvres, il mourut dans une extrême pauvreté pour secourir les nécessiteux. »[86]
Questions et objections
Gélase a-t-il inventé la séparation moderne Église / État ?
Non. La distinction gélasienne auctoritas / potestas n'est pas une séparation au sens moderne (laïcité, sécularisation, indifférence civile à la religion). C'est une distinction ordonnée dans la chrétienté : deux pouvoirs, reçus de Dieu, dans une société qui se veut chrétienne, et qui doivent coopérer sans se confondre. Vatican II parle plutôt d'indépendance et d'autonomie réciproques de la communauté politique et de l'Église, au service du même bien humain (Gaudium et spes, 76, § 3 ; cf. CEC § 2245).[87]
La modernité a, sur le tard, sécularisé cette distinction : la potestas est devenue « pouvoir laïque indifférent à la religion », et l'auctoritas spirituelle a été réduite à « opinion privée ». Gélase ne propose rien de tel. Sa formule reste pourtant une ressource doctrinale pour penser la légitime distinction des ordres, sans tomber dans la confusion théocratique ni dans le sécularisme intégral.
Le Decretum Gelasianum n'est-il pas un faux ?
Non, ce n'est pas un faux ; c'est une compilation gélasienne enrichie. Les chercheurs distinguent : (1) le noyau de 494-495, qui remonte au synode romain et qui contient l'essentiel de la doctrine sur la primauté pétrinienne et le canon ; (2) les développements ultérieurs, principalement la liste finale des apocryphes, qui appartiennent à la première moitié du VIᵉ siècle.[88]
Aucune partie n'est « inventée » contre Rome. Le décret reflète fidèlement l'esprit du pontificat de Gélase et la pratique romaine de son temps. Ce qui change, c'est seulement le degré exact d'attribution textuelle à la main du pape lui-même. Pour la doctrine, l'attribution gélasienne reste solide.
Gélase a-t-il vraiment remplacé les Lupercales par la Saint-Valentin ?
Non. Cette légende, popularisée par le cardinal Baronio au XVIᵉ siècle, n'a aucun fondement historique solide. L'enquête de Jack B. Oruch (« St. Valentine, Chaucer, and Spring in February », Speculum, 1981) et la synthèse de Roger Pearse montrent que la Saint-Valentin chrétienne n'a pas été créée pour « remplacer » les Lupercales et que la Présentation au Temple (2 février) est attestée à Jérusalem indépendamment de Rome.[89]
Gélase a aboli les Lupercales sans introduire de fête de substitution. La fête chrétienne « remplaçante » est une construction de la modernité, projetée rétrospectivement sur le Vᵉ siècle.
Pourquoi refuser obstinément la communion avec Constantinople ?
Parce que la communion antique n'est pas une diplomatie de façade. Tant que les noms d'Acace, de Pierre Monge et de leurs successeurs compromis demeuraient dans les diptyques de Constantinople, Rome reconnaissait publiquement qu'elle ne partageait pas la même liturgie. Effacer ces noms n'était pas une humiliation personnelle posthume ; c'était la correction visible d'une communion faussement affichée.
Gélase ne refusait pas la communion par dureté de tempérament. Il refusait de proclamer une unité qui n'existait pas réellement. Cette intransigeance pédagogique sera payante : c'est elle qui rendra possible la véritable réconciliation de 519, sous Hormisdas, avec la « formule d'Hormisdas » qui dira sans ambiguïté la primauté romaine et la doctrine de Chalcédoine.
Faut-il voir en Gélase un précurseur du Moyen Âge théocratique ?
Non, pas au sens caricatural. Gélase ne prétend pas que le pape gouverne politiquement l'empire ; il dit que l'empereur reçoit les sacrements de l'Église et obéit à la doctrine dans l'ordre spirituel, sans pour autant cesser d'être souverain dans l'ordre civil. La théorie de la « plénitude de pouvoir » (plenitudo potestatis) telle qu'elle sera développée par Innocent III ou Boniface VIII au Moyen Âge va au-delà de Gélase et constitue une élaboration médiévale propre.
Gélase fournit la grammaire (auctoritas / potestas) et la justification théologique (le sacerdoce répond devant Dieu de l'âme des rois). Il ne fournit pas la construction médiévale d'un pouvoir pontifical « par-dessus » tous les pouvoirs civils. Cette lecture « hiérocratique » du Moyen Âge tardif est une interprétation, légitime ou contestable selon les contextes, mais qui ne s'identifie pas à la lettre gélasienne.
Gélase fut-il un saint authentique ?
Oui. Ce qui est prouvé, c'est que le calendrier romain conserve sa mémoire liturgique au 21 novembre, anniversaire de son inhumation.[90] La Catholic Encyclopedia note que sa mémoire personnelle est marquée par « un esprit de prière, de pénitence et d'étude », et par une charité telle qu'il « mourut les mains vides » (formule de Coleman d'après Denys le Petit, PL 67, 231).[91] Le titre de saint lui est conservé par la tradition romaine, le martyrologe et la liste officielle du Saint-Siège.[92] Sa sainteté n'est donc pas une simple convention administrative : elle est attestée par les contemporains, par le culte populaire et par la transmission liturgique continue.
Synthèse
Saint Gélase I est l'un des rares papes de l'Antiquité tardive dont la densité doctrinale rivalise avec son rayonnement institutionnel. En quatre ans et demi, il a forgé, ou contribué à forger : la doctrine des deux pouvoirs (Duo sunt), l'enracinement de la primauté pétrinienne dans la parole du Christ, la liste des trois sièges pétriniens, le titre de Vicarius Christi, la défense de la souveraineté ecclésiale dans le Tomus de anathematis vinculo, l'abolition des Lupercales, la lutte contre les Manichéens, le canon biblique romain proche de celui de Trente.
Sa fermeté face à Anastase n'est pas une rigidité psychologique. C'est la conviction que la paix de l'Église ne peut pas être fabriquée par un édit impérial, et que la communion catholique n'est pas un acte civil. Sa charité face aux pauvres romains n'est pas un sentiment isolé. C'est l'expression concrète d'un sacerdoce qui « répond devant Dieu, au tribunal divin, même des rois ».
Les siècles suivants tireront de Duo sunt la grammaire de leurs propres débats. Vatican I formulera la primauté pontificale dans une langue dont Gélase a posé les fondements. Le Catéchisme contemporain (CEC § 2245) en hérite encore. Saint Gélase n'est pas un pape de transition : il est un pape de fondation.
Pour aller plus loin
- Pape saint Félix III — prédécesseur immédiat de Gélase, qui ouvre le schisme acacien.
- Pape saint Léon le Grand — pape du Tome à Flavien et de la définition chalcédonienne, source doctrinale de Gélase.
- Concile de Chalcédoine — confession du Christ en deux natures, défendue par Gélase contre l'Henotikon.
- Pape saint Simplice — pape de transition entre l'Empire d'Occident finissant et la papauté gélasienne.
- Pape saint Damase I — l'autre pape souvent associé à la fixation du canon biblique romain.
- Les hérésies des premiers siècles — contexte du manichéisme et du monophysisme combattus par Gélase.
Notes et références
Saint-Siège, liste officielle des pontifes, entrée n°49 : Gelasio I, début du pontificat 1.III.492, fin 21.XI.496, origine Africano — la fin au 21.XI correspond au jour de l'inhumation, retenu comme fin officielle, tandis que la mort est datée du 19.XI par la Catholic Encyclopedia et Britannica (voir § Mort et sépulture). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/it/holy-father/gelasio-i.html.
1 16 92Ambrose Coleman, "Pope St. Gelasius I", The Catholic Encyclopedia, vol. 6, Robert Appleton Company, New York, 1909 ; transcription New Advent : Romanus natus, élection 1 mars 492, mort 19 novembre 496, fête 21 novembre, schisme acacien, doctrine des deux pouvoirs, Lupercales, Manichéens à Rome, communion sous les deux espèces, Decretum Gelasianum, Sacramentaire gélasien, témoignage de Denys le Petit, charité prodigue. URL : https://www.newadvent.org/cathen/06406a.htm.
2 7 18 20 22 25 26 58 59 60 61 72 73 74 75 77 81 82 85 90 91"Gelasian Letter", Encyclopedia.com : Lettre Famuli vestrae pietatis (Ep. 12 éd. Thiel = Ep. 8, PL 59, col. 41-47), 494, à l'empereur Anastase I, texte latin « Duo quippe sunt, imperator auguste, quibus principaliter mundus hic regitur : auctoritas sacrata pontificum et regalis potestas », document considéré comme « le plus célèbre document de l'Église ancienne concernant les deux pouvoirs ». URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/gelasian-letter.
3 11 38 40 42"Council of Rome 494 AD: Gelasius I on Scripture and Papal Authority", The See of Peter : texte du décret du synode romain de 494, passage sur les trois sièges pétriniens (Rome / Alexandrie / Antioche), citations latines « Est ergo prima Petri apostoli sedes Romana Ecclesia, non habens maculam, neque rugam, nec aliquid hujusmodi », « sedes apud Alexandriam in nomine beati Petri per Marcum », « sedes apud Antiochiam ejusdem beatissimi Petri apostoli nomine habetur honorabilis, eo quod illic priusquam Romam venisset habitavit », affirmation que la primauté romaine « obtinuit primatum » par la parole évangélique du Seigneur (Mt 16, 18), non par les décrets d'un synode. URL : https://theseeofpeter.com/document/council-of-rome-494-ad-gelasius-i-on-scripture-and-papal-authority/.
4 13 14 47 50 51 52 54"Tract IV or The Tome of Pope Gelasius on the Bond of Anathema", The Josias, traduction du Tomus de anathematis vinculo (vers 495) : passages-clés sur le pouvoir de lier et délier (§ 5), l'irréversibilité de la condamnation d'Acace tant qu'il demeure dans l'erreur (§ 6), le rejet de la juridiction impériale sur le for spirituel (§ 11-12), citation : « un prêtre ne peut absolument pas être lié ni absous par le pouvoir séculier ». URL : https://thejosias.com/2023/11/21/tract-iv-or-the-tome-of-pope-gelasius-on-the-bond-of-anathema/.
5 27 28Encyclopaedia Britannica, "Saint Gelasius I", notice : pontificat 492-496, naissance à Rome d'origine africaine, mort le 19 novembre 496 à Rome, fête au 21 novembre, lettre Duo sunt à Anastase en 494, abolition des Lupercales, lutte contre Acace, premier pape appelé Vicaire du Christ, plus de 100 traités et lettres. URL : https://www.britannica.com/biography/Saint-Gelasius-I.
6 35 57EWTN, "St. Gelasius I" : récit de la mort « empty-handed » de Gélase par charité prodigue, charité durant la famine, primauté romaine et doctrine des deux pouvoirs, schisme acacien continué jusqu'à Hormisdas. URL : https://www.ewtn.com/catholicism/saints/gelasius-i-580.
8"Famuli Vestræ Pietatis", The Josias, traduction collective de la lettre 12 de Gélase à Anastase, paragraphe 2 : passages textuels sur Duo quippe sunt, gravius est pondus sacerdotum et l'obéissance réciproque entre évêques et empereurs dans leurs ordres respectifs. URL : https://thejosias.com/2020/03/30/famuli-vestrae-pietatis/.
9 41 43 44"GELASIO I, santo", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana, 2000 : origine natione Afer selon le Liber Pontificalis et Romanus natus selon la lettre 12 de Gélase, père Valerius, élection 1.III.492, mort 21.XI.496, sépulture à Saint-Pierre ; références bibliographiques recensées par Treccani (PL LIX ; A. Thiel, Epistolae Romanorum Pontificum genuinae, 1868, p. 285-613 ; MGH AA XII 389-92 ; Collectio Avellana O. Guenther 1895-98 ; E. Caspar, Geschichte des Papsttums von den Anfängen bis zur Höhe der Weltherrschaft, t. II, 1933, p. 44-81 ; W. Ullmann, Gelasius I. (492–496). Das Papsttum an der Wende der Spätantike zum Mittelalter (Päpste und Papsttum, 18), Stuttgart, 1981 ; F. Dvornik, Byzantinische Zeitschrift 44, 1951). URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/santo-gelasio-i_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/.
10 17 19 21 23 30 31 36 39 45 78 83Denzinger, Enchiridion symbolorum, éd. française 1957, n. 347 : lettre Famuli vestrae pietatis à l'empereur Anastase Ier (494), « Le double pouvoir suprême sur terre », § 2 : « Il y a deux principes par lesquels ce monde est régi principalement : l'autorité sacrée des pontifes et le pouvoir royal ; et parmi les deux la charge des prêtres est d'autant plus lourde qu'ils doivent rendre compte devant la justice divine de ceux-là mêmes qui sont les rois. » — vérifié sur l'exemplaire de la bibliothèque locale (fichier 1957-1957, Denzinger, Enchiridion Symbolorum, FR.pdf) ; la correspondance avec la numérotation de l'éd. Hünermann 2012 reste à recoller. Piste secondaire : article « Christianity and Politics », revues UPRA. URL : https://riviste.upra.org/index.php/ao/article/download/3991/2942/.
12Liber Pontificalis, notice 51 "Gelasius (492-496)" : Gelasius, natione Afer, ex patre Valerio, pontificat de 4 ans, 8 mois et 18 jours (1re recension de l'éd. Duchesne ; trad. Loomis 1916), ordinations (32 prêtres, 2 diacres, 67 évêques en divers lieux), dédicaces de basiliques (Sainte-Euphémie à Tibur, basilique des saints Nicandre, Eleuthère et André sur la Via Lavicane), inhumation à Saint-Pierre, mort « XI kalendas decembris » (21 novembre). Texte latin via fontistoriche.org ; traduction anglaise de Louise Ropes Loomis, Columbia University Press, 1916.
15 79 80 84Encyclopaedia Britannica, "Acacian Schism", notice sur le schisme acacien (484-519) : rôle de l'Henotikon, omission de la distinction chalcédonienne des natures, condamnation d'Acace par Félix III et continuation sous Gélase I, résolution sous Hormisdas en 519. URL : https://www.britannica.com/event/Acacian-Schism.
24"Pope Gelasius I (492-496): Complete Letters and Documents", The See of Peter : actes du synode romain de 495 (datés du 13 mai, 55 évêques), absolution de Misenus de Cumes onze ans après sa déposition sous Félix III pour une légation compromise en 484, fondement pétrinien de la primauté romaine. URL : https://theseeofpeter.com/writer/pope-gelasius-i/.
29 32Henry Wace, "Gelasius (1) I., bp. of Rome", Dictionary of Christian Biography and Literature to the End of the Sixth Century : pontificat de 4½ ans, schisme acacien hérité de Félix III, lettre à Anastase, doctrine des deux pouvoirs, Tomus de anathematis vinculo, synode de 495 et réintégration de Misène, refus de la prétention de Constantinople comme « deuxième Rome », mort en novembre 496. URL Wikisource : https://en.wikisource.org/wiki/Dictionary_of_Christian_Biography_and_Literature_to_the_End_of_the_Sixth_Century/Gelasius_(1)_I.,_bp._of_Rome.
33 34 55 56Wikipedia (English), "Pope" : première attestation conservée de l'application du titre Vicar of Christ à un évêque de Rome au synode de 495 (Gélase I) ; titre alors aussi employé par d'autres évêques, jusqu'au IXe siècle. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope.
37Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et spes, n° 76, § 3 : « Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l'Église sont indépendantes l'une de l'autre et autonomes. Mais toutes deux, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. » Le CEC § 2245 (« L'Église, en raison de sa charge et de sa compétence, ne se confond d'aucune manière avec la communauté politique… ») cite en note ce même n° 76 (§ 2). Texte français officiel sur Vatican.va. URL : https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651207_gaudium-et-spes_fr.html.
46 87Wikipedia (English), "Decretum Gelasianum" : titre complet De libris recipiendis et non recipiendis, structure en cinq chapitres (Saint-Esprit / canon scripturaire / sièges pétriniens / conciles et Pères / apocryphes refusés), attribution traditionnelle à Gélase mais rédaction finale probablement au début du VIᵉ siècle selon Ernst von Dobschütz (1912), canon biblique presque identique à celui de Trente, primauté pétrinienne enracinée dans Mt 16, 18. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Decretum_Gelasianum.
48 49 53 68 69 70 71 88Roger Pearse, « Did Pope Gelasius create St Valentine's Day as a replacement for the Lupercalia? », blog, 21 février 2020 : abolition des Lupercales en 494-496, lettre 100 Adversus Andromachum dans la Collectio Avellana (numérotation confirmée par la littérature savante), édition critique Sources Chrétiennes vol. 65 (Cerf, 1959 — 1960 selon certaines bibliographies), démolition documentaire du mythe de la Saint-Valentin substituée aux Lupercales (Jack B. Oruch, conjecture rétrospective du cardinal Baronio au XVIᵉ siècle). URL : https://www.roger-pearse.com/weblog/2020/02/21/did-pope-gelasius-create-st-valentines-day-as-a-replacement-for-the-lupercalia/.
62 63 64 65 66 67 89Martyrologium Romanum, éd. typique 2004, au 21 novembre, n° 5 : éloge cité d'après la traduction anglaise vérifiée (Boston Catholic Journal) — « At Rome, near Saint Peter's, Saint Gelasius the First, pope, who, remarkable for doctrine and holiness, lest the imperial authority harm the unity of the Church, was the first to set forth clearly the distinct properties and mutual liberty of the two powers; moved with the greatest charity and by the needs of the poor, in order to help the needy, he died in extreme poverty. » ; texte latin de l'édition typique non recollé en session, la version française du corps de l'article est donc une traduction de travail provisoire, non le texte officiel latin. URL : http://www.boston-catholic-journal.com/2004-roman-martyrology-pdf-files/2004-roman-martyrology-november-complete.pdf.
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