Pape saint Simplice (Simplicius) gouverne l'Église de Rome du 3 mars 468 au 10 mars 483. Le Saint-Siège le présente comme le 47e pape de l'Église catholique, né à Tivoli, successeur de saint Hilaire et prédécesseur de saint Félix III.[2] Son pontificat traverse l'un des moments les plus lourds de l'Antiquité chrétienne : la déposition de Romulus Augustule par Odoacre en 476, la disparition pratique de l'Empire romain d'Occident, et la montée d'une politique impériale orientale tentée de contourner le concile de Chalcédoine.
Simplice n'est pas un pape de grands traités comme Léon le Grand. Son importance tient à une autre fidélité : tenir Chalcédoine quand les empereurs et certains patriarches veulent l'affaiblir, protéger l'indépendance doctrinale de l'Église contre le césaropapisme byzantin — la prétention de l'empereur à trancher lui-même les questions de foi —, et maintenir l'administration catholique de Rome sous un roi arien qui respecte toutefois l'Église.[3]
Son pontificat prépare directement le schisme acacien. Simplice meurt avant la rupture formelle de 484, mais les éléments sont déjà là : Acace de Constantinople, d'abord allié de Rome contre les monophysites, accepte ensuite l'Henotikon de Zénon, compromis impérial qui évite de nommer clairement Chalcédoine. La fermeté de Simplice explique la ligne que son successeur Félix III suivra jusqu'à l'excommunication d'Acace.[4][5]
Simplice écrit à Basiliscus, le 10 janvier 476, que la même norme de doctrine apostolique est fermement maintenue par les successeurs de Pierre, à qui le Seigneur a confié le soin de tout le troupeau — synthèse en français (traduction de travail) d'après la version anglaise de Kirsch, non une citation littérale de Simplice.[6]
Pourquoi Simplice compte-t-il ?
Le pape de la fin de l'Empire d'Occident
Simplice est le pape en fonction au moment où l'Empire romain d'Occident cesse d'avoir un empereur propre. En 476, Odoacre dépose Romulus Augustule, renvoie les insignes impériaux à Constantinople et gouverne l'Italie comme roi, reconnu de fait par l'empereur oriental Zénon.[7] L'événement est considérable pour l'histoire universelle ; pour l'Église de Rome, il est moins brutal qu'on pourrait le croire.
La Catholic Encyclopedia souligne qu'Odoacre, bien qu'arien, traite l'Église catholique avec respect et conserve une large part de l'organisation administrative précédente.[8] Rome ne devient pas du jour au lendemain une ville sans ordre. Mais la disparition de l'empereur d'Occident change l'équilibre : l'évêque de Rome se retrouve dans une Italie gouvernée par un roi germanique, tandis que l'Empire d'Orient tente plus fortement de peser sur les affaires doctrinales.
Le gardien de Chalcédoine
Le grand dossier doctrinal du pontificat est la réception de Chalcédoine. Le concile de 451 a confessé que le Christ est un seul et même Fils, reconnu en deux natures, sans confusion ni séparation. Cette définition corrige l'erreur d'Eutychès, mais elle reste contestée en Égypte, en Syrie et dans certains milieux orientaux.
Simplice hérite donc de la ligne de Léon, Sixte III et Hilaire : la paix ne peut pas se faire en sacrifiant la confession du Christ vrai Dieu et vrai homme. Quand Basiliscus publie en 475-476 une encyclique impériale qui rejette Chalcédoine et la lettre de Léon, Simplice écrit au pouvoir impérial, à Acace, aux moines et aux prêtres de Constantinople pour maintenir la foi catholique.[9]
Un pontificat qui annonce le schisme acacien
Acace de Constantinople est l'une des figures les plus délicates du dossier. Au début, il paraît défendre Chalcédoine avec Rome contre Basiliscus. Mais après le retour de Zénon, il soutient progressivement une politique de compromis avec Pierre Monge d'Alexandrie, puis accepte l'Henotikon de 482.[10]
Simplice ne voit pas encore l'excommunication d'Acace, qui interviendra sous Félix III en 484. Mais ses lettres montrent déjà la fracture : Rome demande une confession nette ; Constantinople cherche une formule politique capable de rallier les anti-chalcédoniens. L'enjeu n'est pas une querelle de prestige entre sièges. Il touche à la question centrale : un empereur peut-il produire une paix doctrinale en laissant dans l'ombre un concile œcuménique ?
| Dossier | Acteur principal | Décision ou tension | Enjeu catholique |
|---|---|---|---|
| Chalcédoine | Simplice, Acace, empereurs orientaux | Maintien ou affaiblissement de la définition de 451 | Confesser le Christ vrai Dieu et vrai homme |
| Basiliscus | Usurpateur oriental, 475-476 | Encyclique rejetant Chalcédoine et le Tome de Léon | Résister à une politique impériale hérétique |
| Alexandrie | Timothée Élure, Timothée Salophaciole, Pierre Monge, Jean Talaia | Luttes de succession et communion avec les monophysites | Ne pas reconnaître un patriarche compromis |
| Constantinople | Acace | Passage d'une défense de Chalcédoine à l'Henotikon | Début de la rupture avec Rome |
| Italie | Odoacre | Gouvernement arien mais respect relatif de l'Église catholique | Maintenir la vie romaine sans empereur d'Occident |
Les sources principales sur Simplice
Le Saint-Siège et les repères chronologiques
La fiche officielle du Saint-Siège donne les repères les plus sobres : Simplicius, 47e pape, début du pontificat le 3 mars 468, fin le 10 mars 483, naissance à Tivoli.[11] Ces dates doivent servir de base à l'Infobox, même si les notices anciennes connaissent des variantes pour le jour de sépulture ou la mémoire liturgique.
La Catholic Encyclopedia donne le règne de 468 à 483, une naissance inconnue, une mort au 10 mars 483, et rattache son origine au Liber Pontificalis, qui le présente comme fils d'un citoyen de Tivoli nommé Castinus.[12] Britannica confirme la succession : Simplice devient pape le 3 mars 468, après saint Hilaire.[13]
Le Liber Pontificalis
Le Liber Pontificalis est indispensable pour les constructions romaines, l'origine familiale, la sépulture et les données administratives. Dans la traduction anglaise de Louise Ropes Loomis, Simplice occupe la notice XLIX, immédiatement après Hilaire et avant Félix III.[14] La notice attribue à Simplice des édifices et des dispositions liturgiques qui éclairent la Rome chrétienne de la fin du Ve siècle.
Il faut l'utiliser comme les articles voisins l'ont fait pour Sixte III, Léon et Hilaire : source ancienne précieuse, mais à croiser avec les lettres, les regestes et les notices critiques modernes. Sa valeur est forte pour la topographie romaine ; elle est plus limitée quand elle résume des dossiers orientaux complexes.
Les lettres de Simplice
Le corpus épistolaire de Simplice est plus important que sa célébrité ne le laisse croire. Le projet Roman Letters publie 31 lettres envoyées par Simplice (468-483) dans sa collection dédiée, adressées notamment à Acace, à Zénon et aux évêques orientaux.[15] La page auteur du même site agrège 40 lettres liées au nom de Simplicius, mais les lettres « reçues » mêlent des homonymes — lettres de Sidoine Apollinaire à ses proches, pièces d'Augustin et de Synésios antérieures de plusieurs décennies à son pontificat : seules les 31 lettres envoyées sont retenues ici.[16] Les textes sont conservés notamment dans les collections éditées par Thiel et signalées par Jaffé.[17]
Ces lettres ne sont pas des méditations spirituelles. Elles sont des actes de gouvernement : demandes à l'empereur, avertissements à Acace, défense de Timothée Salophaciole, rejet de Pierre Monge, rappel de Chalcédoine. Elles montrent un pape qui a peu de pouvoir militaire, mais une conscience très ferme de sa charge apostolique.
Catholic Encyclopedia, Britannica et les synthèses modernes
La notice de Johann Peter Kirsch dans la Catholic Encyclopedia reste la synthèse la plus détaillée disponible en accès libre : elle présente l'élection, Odoacre, le canon 28 de Chalcédoine, Basiliscus, Zénon, Acace, Alexandrie, Ravenne, les églises romaines et la question de l'élection pontificale après la mort de Simplice.[18]
Britannica offre une lecture plus brève, utile pour vérifier les dates politiques et l'enchaînement Basiliscus-Zénon-Henotikon.[19] L'intérêt d'Ignispedia est de ne pas se limiter à ces notices : il faut replacer Simplice dans la série des papes post-chalcédoniens et montrer comment sa résistance prépare les décisions de Félix III et de Gélase.
Élection et contexte immédiat
Une succession sans crise après Hilaire
Saint Hilaire meurt le 29 février 468, en année bissextile. Simplice lui succède le 3 mars 468 selon la liste vaticane, conformément à la datation de Duchesne.[20] Jaffé propose pour sa part le 25 février, datation que Pennacchio juge « assai improbable ».[21] La Catholic Encyclopedia note que son élévation ne fut accompagnée d'aucune difficulté particulière.[22] C'est un détail utile : dans un siècle où certaines élections romaines avaient été tendues, celle-ci se déroule sans schisme connu.
La transition est aussi théologique. Hilaire avait été le légat romain d'Éphèse 449, puis le gardien de la réception chalcédonienne en Occident. Simplice reprend le même héritage, mais dans un contexte plus dangereux : l'Occident politique se défait, et l'Orient impérial cherche une paix religieuse qui risque de rendre Chalcédoine négociable.
Un pape de Tivoli
Le Saint-Siège indique Tivoli comme lieu de naissance.[23] Le Liber Pontificalis précise qu'il est fils de Castinus, citoyen de cette ville.[24][25] Les sources ne donnent pas de récit de jeunesse, de formation ou de fonctions antérieures. Il ne faut donc pas inventer une biographie psychologique : Simplice entre dans l'histoire surtout par son pontificat.
Cette sobriété n'appauvrit pas l'article. Elle rappelle que beaucoup de papes antiques sont connus moins par leur enfance que par les crises qu'ils ont portées. Dans le cas de Simplice, la matière principale est son gouvernement dans une Église prise entre trois pressions : le roi arien d'Italie, l'empereur oriental, et les patriarcats orientaux divisés par la christologie.
Rome sans empereur d'Occident
De Valentinien III à Romulus Augustule
Depuis l'assassinat de Valentinien III en 455, l'Occident connaît une succession rapide d'empereurs faibles, souvent dépendants de chefs militaires. En 476, Odoacre dépose Romulus Augustule, dernier empereur d'Occident au sens traditionnel, et prend le pouvoir en Italie.[26][27]
Pour le lecteur moderne, cette date ressemble à une rupture absolue. Pour les contemporains, elle est aussi l'aboutissement d'un long effondrement. L'administration romaine ne disparaît pas totalement ; les élites sénatoriales restent présentes ; les structures ecclésiastiques continuent. Simplice doit donc gouverner non dans un vide politique, mais dans un régime nouveau où l'Église doit préserver sa liberté sans provoquer inutilement le pouvoir.
Odoacre, roi arien respectueux de l'Église
Odoacre est arien. Cela signifie qu'il appartient à une forme de christianisme qui ne confesse pas pleinement la foi de Nicée sur le Fils consubstantiel au Père. Pourtant, la Catholic Encyclopedia précise qu'il respecte l'Église catholique et conserve une bonne part de l'administration ancienne.[28]
Ce point évite une caricature. Simplice ne mène pas sous Odoacre une persécution comparable à celles des premiers siècles. Son vrai combat doctrinal se joue surtout en Orient. En Italie, la difficulté est plutôt institutionnelle : comment l'élection du pape, les droits du clergé et la vie des basiliques se maintiennent-ils quand le souverain civil n'est plus un empereur catholique d'Occident ?
La tentative d'influence sur l'élection pontificale
Après la mort de Simplice, le préfet Basile affirme que le pape aurait demandé avant sa mort qu'aucun évêque de Rome ne soit consacré sans son consentement. Le clergé romain s'oppose à cette limitation du droit d'élection.[29] La question est importante : elle montre que le pouvoir civil italien, même relativement respectueux, cherche déjà à peser sur la succession pontificale.
La réponse du clergé s'appuie sur le principe traditionnel : l'évêque de Rome légitime est celui qui est élu selon la forme canonique, avec approbation divine et consentement universel.[30] Cette tension annonce les siècles suivants, où les rois goths, les empereurs byzantins, les familles romaines puis les empereurs germaniques tenteront tour à tour d'influencer la papauté.
Chalcédoine contre les compromis impériaux
Le canon 28 et la question de Constantinople
Le concile de Chalcédoine a défini la foi christologique, mais son canon 28 a aussi accordé à Constantinople des privilèges d'honneur après Rome. Les légats romains avaient protesté ; Léon le Grand n'avait confirmé que les décrets dogmatiques du concile.[31] Selon Kirsch, c'est l'empereur Léon II — Auguste dès novembre 473, seul empereur de janvier à novembre 474 — qui cherche encore à obtenir de Simplice la confirmation de cette promotion.[32]
Simplice refuse. L'enjeu n'est pas une susceptibilité romaine. Le canon 28 touchait l'équilibre ancien des patriarcats orientaux et donnait à la capitale impériale un poids ecclésiastique fondé sur le prestige politique de la ville. Rome voit là un risque : l'ordre apostolique ne doit pas être remodelé simplement parce qu'une ville est capitale de l'Empire.
Basiliscus et l'Enkyklikon
La crise s'aggrave avec Basiliscus, qui chasse Zénon et prend le pouvoir en Orient en 475. Pour se gagner les milieux monophysites, il permet le retour de Timothée Élure à Alexandrie et de Pierre le Foulon à Antioche, puis publie une encyclique impériale, l'Enkyklikon, qui ne reconnaît que les trois premiers conciles œcuméniques et rejette Chalcédoine ainsi que la lettre de Léon.[33]
La manœuvre est grave. Elle ne propose pas seulement une nuance terminologique : elle demande aux évêques de signer une ligne impériale qui efface le concile œcuménique le plus décisif sur les deux natures du Christ. Pour Simplice, céder signifierait accepter que l'empereur puisse modifier la réception de la foi selon les nécessités politiques du moment.
Simplice écrit à Basiliscus
Simplice répond le 10 janvier 476. Kirsch, dans la Catholic Encyclopedia, résume ainsi sa lettre sur le Siège de Pierre : la même norme de doctrine apostolique est fermement maintenue par les successeurs de Pierre, à qui le Seigneur a confié le soin de tout le troupeau entier (traduction de travail d'après la version anglaise de Kirsch, non une citation littérale).[34] Le passage est capital pour l'histoire de la primauté.
La citation doit être lue dans son contexte. Simplice ne développe pas une théorie abstraite de la papauté ; il répond à une crise concrète. Quand un usurpateur veut imposer un édit contraire à Chalcédoine, le pape rappelle que la norme apostolique ne dépend pas du succès politique d'un empereur.
Les moines de Constantinople et la résistance populaire
La résistance ne vient pas seulement de Rome. À Constantinople, les moines et le peuple fidèle poussent Acace à refuser l'édit de Basiliscus.[35] Ce point est précieux : dans la crise, la foi catholique n'est pas défendue par une diplomatie romaine isolée, mais par une convergence de Rome, d'évêques orientaux, de prêtres, d'abbés et de fidèles attachés à Chalcédoine.
Alexandrie, Antioche et Constantinople
Timothée Élure et Timothée Salophaciole
À Alexandrie, le conflit oppose Timothée Élure, anti-chalcédonien, à Timothée Salophaciole, patriarche catholique. Basiliscus favorise Élure ; Zénon, une fois rétabli, restaure la situation catholique sans aller jusqu'à régler définitivement le problème.[36]
Simplice intervient pour soutenir Salophaciole. Mais le dossier est instable : après la mort d'Élure, les monophysites poussent Pierre Monge ; les catholiques défendent ensuite Jean Talaia. La succession alexandrine devient l'un des foyers majeurs de la rupture entre Rome et Constantinople.[37]
Pierre le Foulon à Antioche
À Antioche, Pierre le Foulon représente une autre figure du parti anti-chalcédonien. Simplice demande son éloignement et suit de près les violences liées aux successions patriarcales.[38] Quand le patriarche Étienne II est tué dans une émeute, Acace consacre des successeurs, mais dépasse aussi sa compétence.
La réaction de Simplice est équilibrée : il demande que les meurtriers soient punis, reproche à Acace d'avoir outrepassé son rôle, mais accorde ensuite la dispense nécessaire.[39] La fermeté romaine n'est donc pas aveugle ; elle corrige l'abus sans refuser de régulariser ce qui peut l'être pour le bien des Églises.
Acace : d'allié à problème
Acace est d'abord encouragé par Simplice quand il résiste à Basiliscus. Le pape le délègue même pour agir contre certains hérétiques orientaux.[40] Mais le même Acace devient progressivement le cœur du problème, surtout quand il s'allie à Pierre Monge et accepte l'Henotikon.
Cette évolution donne une leçon ecclésiale sobre. Un évêque peut bien agir dans une crise, puis faiblir dans une autre. La communion catholique ne repose pas sur la réputation passée d'un homme, mais sur sa fidélité présente à la foi reçue.
L'Henotikon de Zénon
En 482, Zénon promulgue l'Henotikon, document d'union destiné à calmer la querelle monophysite. Britannica note qu'il réaffirme Nicée, mais fait une référence défavorable ou insuffisante à Chalcédoine, ce qui le rend acceptable à des anti-chalcédoniens.[41] La Catholic Encyclopedia explique que Simplice proteste contre l'élévation de Pierre Monge et contre l'action d'Acace.[42]
Le problème est simple à comprendre : l'Henotikon cherche une paix par omission. Il ne nie pas frontalement toute la foi catholique, mais il rend silencieux ce qui doit être confessé clairement. Or une paix qui évite le mot décisif au moment décisif prépare une rupture plus profonde.
| Personnage | Siège ou rôle | Position dans la crise | Attitude de Simplice |
|---|---|---|---|
| Basiliscus | Usurpateur oriental | Rejette Chalcédoine par l'Enkyklikon | Lettre de protestation, rappel de la doctrine apostolique |
| Zénon | Empereur oriental | Restaure l'ordre puis impose l'Henotikon | Félicitations en 477, puis vigilance et protestation |
| Acace | Constantinople | D'abord défenseur de Chalcédoine, puis compromis avec Pierre Monge | Encouragement initial, reproches sévères ensuite |
| Timothée Élure | Alexandrie | Anti-chalcédonien rétabli par Basiliscus | Opposition romaine[43] |
| Pierre Monge | Alexandrie | Candidat monophysite, accepté dans la politique d'union | Refus de reconnaître son élévation[44] |
| Jean Talaia | Alexandrie | Patriarche catholique élu contre Pierre Monge | Arrive à Rome quand Simplice vient de mourir[45] |
Gouvernement occidental et discipline
Zénon de Séville, vicaire pontifical en Espagne
Simplice ne gouverne pas seulement l'Orient par lettres. En Occident, il nomme Zénon de Séville vicaire pontifical en Espagne, afin que certaines prérogatives du Siège apostolique puissent être exercées localement pour le bien de l'administration ecclésiastique.[46]
Cette décision s'inscrit dans une ligne déjà visible chez Hilaire : Rome sait que les provinces ont besoin de relais. La primauté n'implique pas que chaque affaire soit matériellement jugée à Rome ; elle implique que les relais agissent dans une communion et une délégation clairement ordonnées.
Ravenne et Modène
En 482, Jean de Ravenne revendique Modène comme diocèse suffragant de son siège et consacre sans attendre Georges pour ce diocèse. Simplice s'y oppose vigoureusement et défend les droits du Siège apostolique.[47]
Le dossier peut sembler local, mais il répond au même principe que les affaires gauloises et espagnoles d'Hilaire. Un évêque métropolitain, même puissant, ne peut pas s'approprier une juridiction ni consacrer par fait accompli. Dans un monde politique fragilisé, la discipline canonique devient une protection contre les rapports de force.
Bâtisseur et organisateur liturgique à Rome
San Stefano Rotondo
Simplice transforme une grande salle circulaire du Cælius en église dédiée à saint Étienne. La Catholic Encyclopedia identifie cette fondation avec San Stefano Rotondo, dont la partie principale subsiste encore.[48] Le choix de saint Étienne, premier martyr, inscrit la Rome de la fin de l'Empire dans la mémoire primitive du témoignage chrétien.
Cette église est importante pour la phase visuelle de l'article. Elle offre un point d'ancrage concret : alors que les controverses orientales peuvent paraître abstraites, San Stefano Rotondo montre Simplice comme pape bâtisseur d'une Rome chrétienne qui continue à prier, célébrer et transmettre.
Saint-André, Saint-Étienne et Sainte-Bibiane
La même notice attribue à Simplice une église Saint-André près de Sainte-Marie-Majeure, une église Saint-Étienne derrière Saint-Laurent in Agro Verano, et une église en l'honneur de sainte Bibiane près du palais Licinien.[49] Les éditions modernes du Liber Pontificalis donnent Bibiana — la bibliographie de Pennacchio renvoie ici à Krautheimer, Corpus basilicarum christianarum Romae, I, 1937, p. 94 (S. Bibiana) ; Kirsch écrivait encore Balbina en 1912.[50][51] Certaines ont disparu ; Sainte-Bibiane subsiste encore.
Ces fondations ne sont pas de simples embellissements. Dans une ville dont le statut impérial s'efface, l'Église occupe l'espace par les lieux saints, les martyrs et la liturgie. Simplice répond à l'effondrement politique non par nostalgie impériale, mais par densification chrétienne de la ville.
Les grandes basiliques suburbaines
Simplice organise aussi le service liturgique des grandes églises situées hors les murs : Saint-Pierre au Vatican, Saint-Paul sur la voie d'Ostie et Saint-Laurent sur la voie Tiburtine. Il répartit des sections du clergé romain pour assurer les fonctions, le baptême et la discipline de la pénitence dans ces lieux.[52]
Cette mesure montre un pasteur attentif au quotidien sacramentel. Les controverses dogmatiques ne le coupent pas du peuple. Il veille à ce que les basiliques des Apôtres et des martyrs ne soient pas seulement des monuments, mais des lieux où les sacrements sont administrés régulièrement.
Mort, culte et héritage
Mort et sépulture
Le Saint-Siège donne la fin du pontificat au 10 mars 483.[53] Le Liber Pontificalis situe sa sépulture à Saint-Pierre du Vatican ; selon la Catholic Encyclopedia (1912), le texte du Liber donne le 2 mars comme jour d'ensevelissement (VI non.), mais il faut probablement lire le 10 mars (VI id.).[54][55]
Pour la mémoire liturgique, la fête est célébrée le 10 mars, date retenue par l'édition typique 2001 du Martyrologium Romanum (citée pour cette date).[56] Maria Cristina Pennacchio précisait en 2000 que la mémoire, indiquée au 2 mars par le Martyrologium Romanum, est célébrée le 10 mars depuis 1971.[57]
Une sainteté de fermeté
Simplice n'est pas un martyr sanglant. Sa sainteté est celle d'un pasteur qui garde la règle reçue quand les pressions politiques recommandent le flou. Il aurait été plus facile de laisser l'empereur oriental fabriquer une formule d'union, de laisser Acace gérer Alexandrie, de ne pas rappeler Chalcédoine à chaque étape. Simplice refuse cette facilité.
Sa figure est donc précieuse pour comprendre la tradition catholique : l'unité n'est pas l'art d'éviter les mots qui fâchent. L'unité est la communion dans la vérité confessée. Chalcédoine n'était pas une opinion de parti, mais la protection de l'Évangile lui-même : si le Christ n'est pas vraiment Dieu et vraiment homme, le salut est atteint dans son cœur.
L'héritage laissé à Félix III et Gélase
À sa mort, le conflit n'est pas résolu. Jean Talaia arrive à Rome alors que Simplice vient de mourir ; Acace maintient son alliance avec Pierre Monge ; l'Henotikon reste en place.[58] Félix III devra prendre la décision que Simplice a préparée : rompre avec Acace plutôt que laisser la communion se construire sur une ambiguïté doctrinale.
Gélase I ira plus loin encore dans la formulation théologique de l'indépendance de l'autorité sacerdotale face au pouvoir impérial. Mais sans Simplice, la ligne serait moins lisible : entre Léon le Grand et Gélase, il est le pape qui tient ferme au moment précis où l'Occident politique tombe et où l'Orient impérial veut traiter la doctrine comme un instrument de paix civile.
Questions et objections
La chute de l'Empire d'Occident a-t-elle bouleversé immédiatement l'Église de Rome ?
Moins qu'on ne l'imagine. La déposition de Romulus Augustule en 476 est capitale pour l'histoire politique, mais Odoacre maintient une administration et respecte largement l'Église catholique malgré son arianisme.[59] La crise la plus profonde du pontificat de Simplice vient donc moins de l'Italie que de l'Orient, où la politique impériale menace Chalcédoine.
Simplice a-t-il provoqué inutilement le conflit avec Constantinople ?
Non. Le conflit naît d'abord de l'ambiguïté doctrinale imposée par l'Henotikon et de l'alliance d'Acace avec Pierre Monge. Simplice ne cherche pas une rupture ; il cherche une confession claire. La suite montrera que l'évitement de Chalcédoine ne produit pas une paix durable, mais le schisme acacien de 484 à 519.
Pourquoi refuser le canon 28 de Chalcédoine si Chalcédoine est orthodoxe ?
Parce qu'un concile peut contenir une définition dogmatique reçue et une disposition disciplinaire contestée. Léon confirme les décrets dogmatiques de Chalcédoine, mais refuse le canon 28 qui élève Constantinople sur une logique de capitale impériale.[60] Simplice poursuit cette distinction : défendre Chalcédoine ne signifie pas accepter que l'ordre ecclésial soit redessiné par le prestige politique de Constantinople.
Pourquoi un pape si important reste-t-il peu connu ?
Parce que son pontificat est dominé par des dossiers complexes : noms grecs, patriarcats orientaux, empereurs éphémères, formules doctrinales. Il n'a ni l'éclat littéraire de Léon, ni la formulation théologique de Gélase. Mais il est le maillon indispensable entre les deux : celui qui garde la ligne quand la tentation du compromis devient très forte.
Synthèse
Saint Simplice est un pape de transition seulement en apparence. Il est le pape de la fin de l'Empire d'Occident, mais aussi celui de la résistance romaine à l'effacement de Chalcédoine. Son pontificat montre une Église qui ne s'effondre pas avec les structures politiques antiques : elle garde la foi, organise ses basiliques, nomme des vicaires, corrige les abus de juridiction et refuse qu'un empereur décide de la doctrine par décret d'union.
Pour aller plus loin
- Pape saint Hilaire — prédécesseur immédiat de Simplice, gardien de la réception de Chalcédoine en Occident.
- Pape saint Léon le Grand — pape du Tome à Flavien et de la définition chalcédonienne.
- Concile de Chalcédoine — définition du Christ en deux natures, sans confusion ni séparation.
- Concile d'Éphèse — arrière-plan christologique des crises nestorienne et eutychienne.
- Basilique Sainte-Marie-Majeure — repère romain majeur des papes post-éphésiens.
- Ancienne basilique Saint-Pierre — lieu de sépulture de Simplice selon le Liber Pontificalis.
Notes et références
Maria Cristina Pennacchio, « SIMPLICIO, santo », Enciclopedia dei Papi, Treccani, 2000 (https://www.treccani.it/enciclopedia/santo-simplicio_(Enciclopedia-dei-Papi)/, texte intégral vérifié en session le 4 octobre 2026) : « La sua memoria liturgica, indicata dal Martyrologium Romanum al 2 marzo, dal 1971 viene celebrata il 10 marzo. » La même notice précise que l'élection, selon Duchesne, « dovette avvenire il 3 marzo del 468 (mentre secondo Ph. Jaffé, ma ciò è assai improbabile, fu eletto il 25 febbraio) », donne la mort « il 10 marzo del 483 » et cite dans sa bibliographie Jaffé I, pp. 77-80, Duchesne I et Krautheimer I, 1937, p. 94 (S. Bibiana). La fête au 10 mars correspond à l'édition typique 2001 du Martyrologium Romanum (Libreria Editrice Vaticana, citée pour cette date).
1 21 50 56 57Saint-Siège, liste officielle des pontifes, entrée n°47 : Simplicius, début du pontificat 3.III.468, fin 10.III.483, naissance à Tivoli.
2 11 20 23 53Johann Peter Kirsch, "Pope St. Simplicius", The Catholic Encyclopedia, vol. 14, Robert Appleton Company, New York, 1912 ; transcription New Advent, imprimatur du cardinal Farley. Notice : élection, Odoacre, Chalcédoine, Basiliscus, Zénon, Acace, Alexandrie, Ravenne, constructions romaines et élection pontificale.
3 8 9 12 18 22 24 26 28 29 30 31 32 33 35 36 37 38 39 40 42 43 44 45 46 47 48 51 52 54 58 59 60Encyclopaedia Britannica, notice « Saint Simplicius » (https://www.britannica.com/biography/Saint-Simplicius, consultée le 4 octobre 2026 ; page non rouvrable en session, protection anti-robot) : Tivoli, mort le 10 mars 483, pontificat 468-483, Basiliscus, Zénon, Odoacre, Henotikon et fidélité chalcédonienne — points corroborés en session par Kirsch, Pennacchio et le Saint-Siège.
4 7 10 13 19 27 41Roman Letters, collection « Simplicius Letters » (https://romanletters.org/letters/simplicius_pope/, consultée le 4 octobre 2026) : « 31 letters 468-483 AD by Simplicius » ; page auteur « Simplicius (420-483 AD) » (https://romanletters.org/authors/simplicius/, consultée le 4 octobre 2026) : « 31 Letters sent », « 9 Letters received », « 40 Total letters » — total incluant des homonymes (lettres de Sidoine à ses proches, pièces antérieures au pontificat), d'où la retenue des seuls 31 envois.
5 15 16Simplice, lettre à Basiliscus, 10 janvier 476, d'après Kirsch, "Pope St. Simplicius", Catholic Encyclopedia (New Advent, https://www.newadvent.org/cathen/14002a.htm, consultée le 4 octobre 2026) : « This same norm of Apostolic doctrine is firmly maintained by his (Peter's) successors, of him to whom the Lord entrusted the care of the entire flock of sheep, to whom He promised not to leave him until the end of time » (Thiel, Rom. Pont., p. 182) — citation anglaise et renvoi vérifiés en session dans le texte de Kirsch. Le français du corps est une traduction de travail d'après cette version anglaise ; le latin de Thiel n'a pas été vérifié et le corps ne guillemette donc aucune parole exacte de Simplice.
6 34Liber Pontificalis, notice « Simplicius (468-483) », dans The Book of the Popes (Liber Pontificalis), traduction anglaise de Louise Ropes Loomis, Columbia University Press, New York, 1916, notice XLIX, p. 105-107 (sommaire et texte vérifiés en session sur le scan Internet Archive 1916 : notice « XLIX. Simplicius (468-483) » ouverte p. 105, « Felix III (483-492) » p. 107 ; lecture Bibiana et ensevelissement « March 2 » confirmés dans le texte).
14 49 55Kirsch, "Pope St. Simplicius", section "Sources" : Liber Pontificalis éd. Duchesne I, p. 249-251 ; Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2e éd., I, p. 77-80 ; Thiel, Epistolae Romanorum Pontificum, I, Braunsberg, 1868, p. 174 sq. Références recollées en session : Duchesne I, 249 cité par Kirsch pour Castinus ; Jaffé I, pp. 77-80 et Thiel repris dans la bibliographie de Pennacchio (Treccani 2000) ; Loomis cite Jaffé I, pp. 78-79 dans ses notes.
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