L'eutychianisme tient son nom d'Eutychès, supérieur d'un grand monastère de Constantinople, déjà septuagénaire quand son affaire éclate en 448[1]. Sa thèse est simple et massive : le Christ serait bien « de deux natures » avant l'union de la divinité et de l'humanité, mais après l'union il n'y aurait plus qu'une seule nature — et cette chair du Christ ne serait pas consubstantielle à la nôtre[2]. Autrement dit, l'humanité du Sauveur se dissoudrait dans sa divinité comme une goutte d'eau dans l'océan, et ce ne serait plus vraiment notre chair qu'il a portée, fait souffrir et ressuscitée.
Eutychès n'est pas un spéculateur cynique : c'est un vieux moine effrayé par le nestorianisme, condamné à Éphèse en 431, qui divise le Christ en deux sujets[3]. À force de vouloir protéger l'unité du Christ, il tombe dans l'erreur inverse : il confond ce que Nestorius séparait. La crise nestorienne avait tranché un premier excès ; l'affaire Eutychès tranche l'excès symétrique[4].
Le verdict tient en trois dates. En novembre 448, le synode de Constantinople présidé par saint Flavien dépose et excommunie Eutychès[5]. Le 13 juin 449, saint Léon le Grand répond par son Tome à Flavien, lettre dogmatique qui expose la foi des deux natures[6]. En octobre 451, le concile de Chalcédoine définit solennellement un seul et même Christ « en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation », et condamne nommément Eutychès[7]. Exilé après le concile, le vieil archimandrite disparaît de l'histoire[8].
Cet article s'en tient à l'homme, à ses formules exactes, à son procès et à sa réfutation. La doctrine du « une seule nature » en général est exposée dans Monophysisme, et le récit complet de la crise — Éphèse II, l'Hénotique, le schisme acacien, Constantinople II, les dialogues modernes — dans La crise monophysite.
Qui était Eutychès ?
Un archimandrite influent de Constantinople
Eutychès — en grec Eutychês, « le fortuné » — naît vers 378 et embrasse très tôt la vie monastique[9]. Au moment où son nom surgit dans l'histoire, en 448, il est depuis longtemps archimandrite, c'est-à-dire supérieur, d'un grand monastère de Constantinople, la capitale impériale où se jouent alors tous les destins de l'Église d'Orient[10]. Ce n'est ni un évêque ni un théologien de métier : c'est un moine, entouré de moines, écouté comme un père spirituel.
Son influence dépasse pourtant son monastère. Eutychès est le parrain de Chrysaphe, le tout-puissant eunuque grand chambellan de l'empereur Théodose II[11]. Ce parrainage à la cour explique en partie l'obstination impériale à le défendre ensuite : l'affaire Eutychès ne sera jamais une pure querelle de sacristie, parce que le palais y a ses entrées.
Le vieil archimandrite a aussi un passé de bon soldat de l'orthodoxie. Il avait soutenu saint Cyrille d'Alexandrie contre Nestorius, et voici le trait piquant de l'affaire : son accusateur de 448, Eusèbe, évêque de Dorylée, est lui-même l'homme qui, vingt ans plus tôt, avait le premier dénoncé publiquement Nestorius[12]. Ce sont deux anciens compagnons de lutte anti-nestorienne qui s'affrontent désormais entre eux — signe que la victoire de 431 n'avait pas dissipé toutes les confusions.
Un zèle anti-nestorien qui dépasse la mesure
Tout Eutychès tient dans une peur : celle de diviser le Christ. Il a vu le nestorianisme faire du Fils deux sujets accolés — un homme Jésus à côté du Verbe — et il ne veut à aucun prix retomber dans ce partage[13]. Alors il serre l'unité jusqu'à l'écraser : pour être sûr qu'il n'y a qu'un seul Christ, il n'admet plus qu'une seule nature. C'est l'erreur inverse, symétrique et tout aussi ruineuse : Nestorius séparait ce que Dieu avait uni, Eutychès confond ce que Dieu a uni sans les confondre.
Saint Léon, en recevant les actes du synode de 448, juge l'homme avec une clairvoyance charitable : Eutychès lui apparaît comme un vieil homme peu instruit qui a erré par ignorance plutôt que par malice, et qui pourrait être relevé s'il acceptait de se rétracter[14]. Le jugement est sévère sur la doctrine et miséricordieux sur l'homme — et il donne le ton de toute la réponse catholique : on condamne l'erreur sans se lasser d'appeler l'errant.
« Je leur rends ce témoignage : ils ont du zèle pour Dieu, mais ce zèle est sans intelligence. » — Saint Paul, Romains 10, 2[15]
Ce verset de l'Apôtre pourrait servir d'épigraphe à toute l'affaire : le zèle d'Eutychès pour l'unité du Christ est réel, et c'est précisément ce qui le rend dangereux — une erreur grossière portée par un homme pieux entraîne plus de monde qu'une thèse cynique.
Que professait Eutychès ? La doctrine en trois thèses
Première thèse : deux natures avant l'union, une seule après
La formule d'Eutychès est attestée par les actes mêmes du synode de 448, où le patriarche saint Flavien et le patrice Florentius le pressent de s'expliquer[16]. Sommé de dire clairement ce qu'il confesse, l'archimandrite répond :
« Je confesse que notre Seigneur était de deux natures avant l'union ; mais après l'union, je ne confesse qu'une seule nature. » — Eutychès, au synode de Constantinople, novembre 448 (traduction Ignispedia)[17]
Tout est dit. Avant l'Incarnation — ou, dans son esprit, avant que la divinité et l'humanité ne se rencontrent — on peut parler de deux natures ; mais dès lors que l'union est accomplie, il n'y en a plus qu'une. L'humanité du Christ n'a donc pas de permanence propre dans l'union : elle y est absorbée, comme le veut l'image que les manuels retiendront — une goutte de vinaigre ou d'eau perdue dans l'océan[18].
Le synode lui demande alors d'anathématiser tout ce qui contredit les lettres de saint Cyrille, l'autorité que lui-même invoque : Eutychès refuse[19]. Ce refus scelle sa condamnation : on ne peut pas se réclamer de Cyrille et rejeter ce que Cyrille a fixé avec Jean d'Antioche en 433.
Deuxième thèse : une chair qui n'est pas la nôtre
Eutychès va plus loin encore, et c'est le point le plus grave. Pressé de confesser que le corps du Christ est consubstantiel au nôtre — de même substance que nous selon l'humanité — il s'y refuse[20]. La chair du Sauveur serait donc d'une autre étoffe que la nôtre : venue de la Vierge Marie, certes — Eutychès ne nie pas la naissance virginale — mais transformée par l'union au point de n'être plus vraiment notre chair[21].
On mesure le désastre : si le Christ n'a pas assumé notre chair réelle, alors ce n'est pas notre chair qui a souffert sur la croix, qui est morte et ressuscitée. Le salut ne nous touche plus. C'est contre cette conséquence que toute la tradition dressera le principe de Grégoire de Nazianze : ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri — on y reviendra[22].
Précisons pour être justes : Eutychès n'est pas un docétiste pur. Le docétisme antique fait du Christ un fantôme sans chair véritable ; Eutychès, lui, confesse une naissance réelle de Marie et une chair réelle, mais altérée et absorbée par la divinité[23]. Son erreur est plus subtile, donc plus contagieuse : elle garde le vocabulaire de l'Incarnation en lui retirant sa substance.
Troisième thèse : Cyrille en caution, mal lu
Comme tous les partisans du « une seule nature », Eutychès se réclame de saint Cyrille d'Alexandrie et de sa formule : « une seule nature du Verbe incarnée » — en grec, mia physis tou theou logou sesarkômenê[24]. Cyrille avait forgé ce mot d'ordre contre Nestorius, pour marteler que le sujet né de Marie et crucifié est un seul et même Fils, le Verbe lui-même.
Mais Eutychès lit Cyrille à contresens, et doublement. D'abord parce que la formule cyrillienne vise l'unité du sujet — un seul Fils — et non la fusion des natures : Cyrille n'a jamais nié que ce Fils unique soit à la fois vrai Dieu et vrai homme[25]. Ensuite parce que le mot d'ordre circulait sous une forme corrompue : la phrase attribuée à saint Athanase, dont Cyrille s'était servi de bonne foi, était en réalité un faux d'Apollinaire de Laodicée, comme l'article L'Apollinarisme l'expose[26]. Toute une génération a donc brandi contre Nestorius une formule apollinariste sans le savoir — et Eutychès en tire la conclusion qu'Apollinaire lui-même aurait tirée.
Or le vrai Cyrille, celui de la réconciliation avec Jean d'Antioche en 433, confesse explicitement le Christ « consubstantiel à nous selon l'humanité » — homoousion hêmin kata tên anthrôpotêta[27]. C'est cette Formule d'union de 433, et non les slogans de combat, qui exprime la pensée mûre de Cyrille : un seul Fils, en qui la divinité consubstantielle au Père et l'humanité consubstantielle à nous demeurent entières. Eutychès retient le slogan et oublie la précision — exactement l'inverse du travail théologique sérieux.
Ce que l'eutychianisme n'est pas : trois contresens à écarter
Le tableau suivant fixe les distinctions, parce que trois confusions reviennent sans cesse chez les lecteurs pressés[28] :
| Question | Eutychès (448) | Saint Cyrille (433) | Chalcédoine (451) |
|---|---|---|---|
| Après l'union, combien de natures ? | Une seule | Un seul Fils, vrai Dieu et vrai homme | Deux natures, sans confusion ni séparation |
| La chair du Christ est-elle la nôtre ? | Non, non consubstantielle à nous | Oui, consubstantielle à nous selon l'humanité | Oui, consubstantiel à nous selon l'humanité |
| D'où vient le mot d'ordre « une nature » ? | Cyrille, lu à la lettre | Formule anti-nestorienne sur l'unité du sujet | Reçue au sens de Cyrille, précisée par « en deux natures » |
| Le Christ est-il un ou deux ? | Un seul — à juste titre | Un seul Fils, un seul Christ | Un seul et même Christ en deux natures |
Premier contresens : l'eutychianisme n'est pas le nestorianisme — il en est l'envers. Nestorius divise le Christ en deux sujets ; Eutychès fond les deux natures en une. Les deux erreurs se répondent comme deux excès contraires, et l'Église les condamne toutes deux[29].
Deuxième contresens : l'eutychianisme n'est pas tout le monophysisme. Après 451, le parti anti-chalcédonien produira des théologiens savants comme Sévère d'Antioche, qui rejettent explicitement Eutychès tout en refusant Chalcédoine[30]. Réduire tout le monophysisme à Eutychès serait injuste envers ses adversaires les plus sérieux — et l'article Monophysisme distingue les visages de l'erreur.
Troisième contresens : l'eutychianisme n'est pas le docétisme. Eutychès confesse une vraie naissance de Marie ; ce qu'il nie, c'est la permanence et la consubstantialité de cette chair après l'union[31]. Nuance capitale : son erreur porte sur la durée de l'humanité du Christ, pas sur son existence initiale.
Comment l'erreur fut-elle jugée ? Le synode de Constantinople (novembre 448)
L'accusation d'Eusèbe de Dorylée
C'est Eusèbe, évêque de Dorylée, qui porte l'accusation devant un synode local réuni à Constantinople sous la présidence du patriarche saint Flavien[32]. Rappelons le paradoxe : Eusèbe avait été, en 428, le premier à protester publiquement contre un sermon de Nestorius ; vingt ans plus tard, le pourfendeur du diviseur dénonce le confondeur[33]. L'orthodoxie n'est le monopole d'aucun parti : elle se tient au milieu, et ce sont parfois les mêmes hommes qui la défendent successivement contre les deux excès.
Eutychès, convoqué à plusieurs reprises, tarde à comparaître et finit par se présenter au synode[34]. L'interrogatoire, conservé dans les actes, est un modèle de précision : Flavien et les évêques ne lui demandent ni de philosopher ni de renier Cyrille, mais de confesser deux choses claires — le Christ en deux natures après l'Incarnation, et sa chair consubstantielle à la nôtre[35]. Eutychès s'y refuse, comme on l'a vu, et refuse même d'anathématiser le contraire des lettres de Cyrille.
La déposition et l'appel
Le synode prononce alors la sentence : Eutychès est déposé de sa charge d'archimandrite et excommunié[36]. La sanction est disciplinaire autant que doctrinale : un supérieur de moines qui enseigne publiquement contre la foi ne peut garder la charge des âmes.
Mais le condamné ne se soumet pas : il fait appel à la fois à Rome, à Alexandrie, à Jérusalem et à Thessalonique[37]. Flavien, de son côté, transmet les actes du synode à saint Léon le Grand, qui va répondre par le document le plus célèbre de toute la crise[38]. Pendant ce temps, à la cour impériale, le filleul Chrysaphe manœuvre pour son parrain : l'empereur Théodose II impose la convocation d'un nouveau concile qui révisera le jugement[39]. Le drame peut commencer : ce sera Éphèse II.
Que répondit Rome ? Le Tome de saint Léon à Flavien (13 juin 449)
Une lettre dogmatique devenue règle de foi
Le 13 juin 449, saint Léon le Grand adresse à Flavien sa vingt-huitième lettre, entrée dans l'histoire sous le nom de « Tome à Flavien »[40]. Le pape a reçu les actes du synode de 448 et la confession d'Eutychès ; il répond par un exposé complet de la foi : un seul et même Christ, vrai Dieu et vrai homme, chaque nature gardant sa propriété dans l'unité de la personne[41].
Le texte, conservé dans les Actes du concile de Chalcédoine[42], réfute d'un même mouvement les deux erreurs symétriques : contre Nestorius, il affirme l'unité du sujet — c'est le même qui est Dieu et qui souffre ; contre Eutychès, il affirme la dualité permanente des natures — la divinité n'absorbe pas l'humanité[43]. Deux ans plus tard, les évêques réunis à Chalcédoine l'acclameront d'une formule restée célèbre : « Pierre a parlé par Léon »[44]. Rarement une lettre pontificale aura été à ce point reçue comme l'expression de la foi des apôtres.
Le cœur du Tome : chaque nature accomplit ce qui lui est propre
Le passage décisif tient en une phrase, que Chalcédoine fera sienne et que Constantinople III citera encore deux siècles plus tard[45] :
« Car chaque forme accomplit, en communion avec l'autre, ce qui lui est propre : le Verbe, ce qui appartient au Verbe, et la chair, ce qui appartient à la chair. » — Saint Léon le Grand, Tome à Flavien, § 4 (traduction Ignispedia)[46]
Contre Eutychès, la pointe est claire : si la chair accomplit encore, après l'union, « ce qui appartient à la chair » — naître, grandir, souffrir, mourir — c'est qu'elle subsiste réellement dans l'union au lieu de s'y dissoudre[47]. Une nature absorbée n'agit plus ; or le Christ des Évangiles agit humainement jusqu'au bout, jusque dans sa mort et sa résurrection. L'absorption eutychienne est donc contredite par l'Évangile lui-même.
Pourquoi le Tome tranche le cas d'Eutychès
Léon ne se contente pas d'exposer : il démontre que l'erreur d'Eutychès vide le salut. En refusant la chair consubstantielle à la nôtre, l'archimandrite refuse que ce soit notre humanité qui ait été portée, crucifiée et relevée[48]. Or, selon la foi reçue des apôtres, le Fils s'est fait consubstantiel à nous précisément pour nous rendre participants de sa divinité : s'il n'a pas pris notre chair, nous ne recevons pas sa vie. La christologie commande la sotériologie — qui mutile le Christ mutile le salut.
Et pourtant le Tome n'est pas un réquisitoire haineux. Léon garde à l'égard du vieil homme la porte ouverte : qu'Eutychès reconnaisse son ignorance, qu'il confesse la foi des Pères, et il sera relevé[49]. Cette main tendue au milieu du combat doctrinal le plus rude du siècle est une leçon en soi : la fermeté sur la doctrine n'exclut jamais l'appel au retour.
Que se passa-t-il à Éphèse II (août 449) ?
Le récit détaillé appartient à La crise monophysite : on n'en retient ici que ce qui touche Eutychès. Grâce aux manœuvres de Chrysaphe, l'empereur Théodose II convoque un concile œcuménique à Éphèse pour réviser le jugement de 448, et en confie la présidence à Dioscore, patriarche d'Alexandrie, protecteur d'Eutychès[50].
Ce qui s'y passe en août 449 justifiera le surnom infamant que saint Léon lui donnera : le « brigandage » — latrocinium — d'Éphèse[51]. Les légats romains sont réduits au silence, le Tome de Léon n'est pas même lu, Eutychès est déclaré orthodoxe et réhabilité, tandis que saint Flavien et Eusèbe de Dorylée sont déposés[52]. Les violences vont jusqu'au sang : Flavien, brutalisé par les partisans de Dioscore, meurt quelques jours après des suites de ses blessures — le 11 août 449 selon la tradition[53].
Ainsi, moins d'un an après sa condamnation, Eutychès triomphe : réhabilité par un concile, soutenu par Alexandrie et par la cour, son accusateur déposé, son juge mort. Le triomphe sera bref. La mort accidentelle de Théodose II en 450 change tout : son successeur Marcien et l'impératrice Pulchérie convoquent un nouveau concile pour réparer le « brigandage »[54]. Ce sera Chalcédoine.
Que trancha Chalcédoine (octobre 451) ?
D'octobre à novembre 451 — les sessions décisives s'ouvrent le 8 octobre — plus de cinq cents évêques se réunissent à Chalcédoine, sur la rive asiatique du Bosphore, face à Constantinople[55]. Le concile commence par instruire le procès d'Éphèse II : les actes du « brigandage » sont lus, les violences établies, et les décisions de 449 annulées[56]. Le Tome de Léon, enfin lu publiquement, soulève l'acclamation : « Pierre a parlé par Léon »[57].
Puis vient la Définition de foi, qui reprend le Tome et la Formule d'union de 433 pour fixer à jamais le langage catholique[58] :
« Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Unique-engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation, la distinction des natures n'étant en rien supprimée par l'union, mais bien plutôt la propriété de chacune étant sauvegardée et concourant en une seule personne et une seule hypostase. » — Définition de Chalcédoine, 451 (traduction française courante)[59]
Chaque mot vise une erreur. « Sans confusion, sans changement » : c'est Eutychès qui est visé — l'union ne mélange ni ne transforme les natures[60]. « Sans division, sans séparation » : c'est Nestorius — l'union ne coupe pas le Christ en deux sujets. « En deux natures » — et non « de deux natures » seulement — : la dualité demeure après l'union, ce qui ruine la formule même d'Eutychès[61]. Le concile condamne nommément l'archimandrite avec Nestorius, dépose Dioscore, et demande à l'empereur l'exil d'Eutychès[62].
Notons au passage le 28e canon, qui accorde au siège de Constantinople, « nouvelle Rome », des privilèges égaux à ceux de l'ancienne : les légats romains protestent et saint Léon refusera de le ratifier[63]. L'épisode rappelle que Chalcédoine, tout œcuménique qu'il soit, n'a pas tout réglé d'un coup — et que la réception d'un concile fait partie de son histoire.
Pour la suite — la résistance de l'Égypte et de la Syrie, l'Hénotique de Zénon, le schisme acacien, Sévère d'Antioche, Constantinople II et les dialogues du XXe siècle — voir La crise monophysite et Monophysisme.
Que devint Eutychès après 451 ?
L'exil et la fin obscure
Après sa condamnation nominative à Chalcédoine, Eutychès est exilé par l'autorité impériale[64]. Et c'est à peu près tout ce que l'histoire sait de lui avec certitude : le vieil archimandrite disparaît des sources, et sa mort — en exil, à une date inconnue, après 451 — n'a laissé ni tombeau célèbre ni disciples organisés[65]. Né vers 378, il a vécu assez pour voir sa doctrine successivement condamnée, triompher par la violence, puis condamnée à jamais : trajectoire vertigineuse pour un moine qui n'avait voulu que défendre l'unité du Christ.
Cette obscurité finale est elle-même un enseignement. Les grands hérésiarques laissent parfois des Églises — Arius des empereurs acquis, Nestorius une Église d'Orient, Sévère six Églises vivantes encore aujourd'hui. Eutychès ne laisse rien qu'un nom, parce que sa formule était trop grossière pour fonder durablement : même ses héritiers objectifs s'en démarqueront[66].
D'un nom propre à une étiquette
« Eutychien » devient vite une injure polémique commode : on traite d'eutychien tout partisan du « une seule nature », y compris ceux qui rejettent expressément Eutychès[67]. Sévère d'Antioche, le docteur du parti anti-chalcédonien, condamne explicitement l'archimandrite tout en refusant Chalcédoine — preuve que le refus du concile ne se réduit pas à la thèse de 448[68].
Précision capitale pour le lecteur d'aujourd'hui : les Églises orthodoxes orientales non chalcédoniennes — coptes, syriaques, arméniennes, éthiopiennes — ne sont pas « eutychiennes » au sens de 448[69]. Elles confessent un Christ parfait Dieu et parfait homme, et le dialogue moderne — notamment la déclaration commune de Paul VI et de Shenouda III en 1973 — l'a solennellement constaté[70]. Coller l'étiquette d'Eutychès sur ces Églises sœurs serait une injustice historique et un obstacle œcuménique : tout le dossier est exposé dans Monophysisme.
Pourquoi ce dossier compte encore pour un catholique
Une bonne intention ne suffit pas à faire une bonne doctrine
Eutychès voulait protéger le Christ : c'est pour cela qu'il est dangereux. L'histoire des hérésies montre que les erreurs les plus contagieuses naissent rarement du cynisme ; elles naissent d'une vérité saisie par un bout et serrée jusqu'à l'étouffer — ici, l'unité du Christ[71]. Apollinaire, lui aussi, voulait protéger la divinité du Christ contre l'arianisme, et il lui a retiré son âme ; Eutychès veut protéger son unité contre le nestorianisme, et il lui retire sa chair. Dans les deux cas, protéger le Christ en rognant l'homme, c'est perdre le Christ lui-même.
« Ce qui n'est pas assumé n'est pas guéri »
Saint Grégoire de Nazianze avait forgé contre Apollinaire le principe qui condamne d'avance Eutychès[72] :
« Ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri ; mais ce qui s'est uni à Dieu, cela aussi est sauvé. » — Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 à Clédonios (traduction Ignispedia)[73]
Si la chair du Christ n'est pas consubstantielle à la nôtre, alors notre chair n'a pas été assumée — donc pas guérie, pas sauvée. L'enjeu de 448-451 n'est pas une querelle de mots grecs : c'est de savoir si le salut nous atteint réellement, dans notre chair mortelle, ou s'il reste suspendu au-dessus de nous[74]. Le monophysisme sous toutes ses formes vide la rédemption de sa prise sur l'homme ; Chalcédoine la lui rend.
La fermeté qui laisse la porte ouverte
Dernière leçon, et non la moindre : la manière. Saint Léon condamne l'erreur sans fermer la porte à l'errant — Eutychès repentant aurait été relevé[75]. Saint Flavien paie de sa vie, mais c'est en martyr d'un concile de brigands, non en persécuteur[76]. Et l'Église, après avoir défini, ne cesse de dialoguer : de la Formule d'union de 433 à la déclaration de 1973, elle cherche sans relâche les mots qui permettent aux séparés de reconnaître la même foi[77]. Vérité sans arrogance, fermeté sans haine : le dossier Eutychès reste un modèle de controverse catholique.
Chronologie
- 431ÉphèseIIIe concile œcuménique
- 433Formule d'unionCyrille et Jean d'Antioche
Réconciliation d'Alexandrie et d'Antioche : un seul Fils, consubstantiel à nous selon l'humanité — la mesure que trahira Eutychès[79].
- nov. 448Synode de ConstantinopleFlavien contre Eutychès
Sur l'accusation d'Eusèbe de Dorylée, Eutychès confesse « une seule nature après l'union » et refuse la chair consubstantielle : déposé et excommunié ; il fait appel[80].
- 13 juin 449Tome de saint LéonLettre 28 à Flavien
Rome répond : chaque nature accomplit ce qui lui est propre dans l'unité de la personne. Le texte deviendra la règle de Chalcédoine[81].
- août 449Éphèse IIle « brigandage »
Sous la présidence de Dioscore, Eutychès est réhabilité, Flavien et Eusèbe déposés, le Tome écarté ; Flavien meurt de ses blessures[82].
- 450Marcien et Pulchériechangement de règne
Mort accidentelle de Théodose II : le nouvel empereur Marcien et l'impératrice Pulchérie convoquent un concile réparateur[83].
- oct. 451ChalcédoineIVe concile œcuménique
Plus de cinq cents évêques définissent un seul Christ « en deux natures » et condamnent nommément Eutychès, exilé ensuite[84].
Pour aller plus loin
- Monophysisme — la doctrine du « une seule nature » en général : formules, quatre visages de l'erreur, Églises orientales, dialogue moderne.
- La crise monophysite — le récit complet : Éphèse II, Chalcédoine, Hénotique, schisme acacien, Constantinople II.
- Le nestorianisme — l'erreur inverse : diviser le Christ en deux sujets, réfutée à Éphèse (431).
- La crise nestorienne — le récit de la crise qui précède et explique la peur d'Eutychès.
- L'apollinarisme — le Christ amputé de son âme rationnelle, et la fraude des faux Athanase qui empoisonna Cyrille lui-même.
- Le docétisme — le Christ fantôme, sans chair véritable : plus radical qu'Eutychès, qui confesse une naissance réelle de Marie.
- L'arianisme — la grande crise antérieure, sur la divinité du Fils.
- Le concile d'Éphèse (431) — le concile où Eutychès figurait encore parmi les défenseurs de l'orthodoxie.
- Saint Léon le Grand (390-461) — l'auteur du Tome, docteur de l'unité du Christ en deux natures.
- Saint Cyrille d'Alexandrie (376-444) — l'autorité invoquée par Eutychès, et le vrai sens de sa formule.
- Nestorius (v. 386-v. 451) — l'hérésiarque dont la crainte fit tomber Eutychès dans l'excès inverse.
- Les hérésies des premiers siècles — le panorama d'ensemble des erreurs antiques.
Notes et références
« Eutyches », The Catholic Encyclopedia, New Advent (newadvent.org/cathen/05631a.htm) : Eutychès, archimandrite d'un monastère proche de Constantinople, déjà âgé au moment du synode de 448.
1« Eutyches », art. cité : « I confess that our Lord was of [ek] two natures before the union; but after the union, I acknowledge one nature » (traduction Ignispedia dans le corps) ; refus de confesser la chair consubstantielle à la nôtre.
2« Eutyches », art. cité : l'archimandrite agit par crainte du nestorianisme, dans le sillage du parti cyrillien extrême d'Alexandrie.
3 13J. N. D. Kelly, Early Christian Doctrines, 5e éd., Londres, A & C Black, 1977, chapitres sur la controverse nestorienne puis eutychienne : les deux erreurs comme excès symétriques sur l'union.
4« Eutyches », art. cité : synode réuni à Constantinople en novembre 448 sous la présidence de Flavien ; comparution d'Eutychès, condamnation, déposition et excommunication.
5 80« Eutyches », Encyclopaedia Britannica (britannica.com/topic/Eutyches) : Flavien transmet l'affaire au pape Léon Ier, qui publie le 13 juin 449 son célèbre Tome condamnant l'eutychianisme.
6Denzinger-Hünermann, Enchiridion symbolorum, n. 301-302 : Définition de Chalcédoine (451), « en deux natures » ; condamnation nominative d'Eutychès avec Nestorius.
7« Eutyches », art. cité (Catholic Encyclopedia) et Britannica, art. cité : après Chalcédoine, Eutychès est exilé ; on perd ensuite sa trace.
8 64Repère traditionnel « vers 378 » (archimandrite septuagénaire en 448) ; Britannica, art. cité, situe sa vie au tournant des IVe-Ve siècles.
9« Eutyches », art. cité : « former archimandrite of a monastery near Constantinople » — supérieur d'un grand monastère de la capitale impériale.
10« Eutyches », art. cité : Eutychès est le parrain de Chrysaphe, le tout-puissant eunuque et ministre de Théodose II — d'où son crédit à la cour.
11« Eutyches », art. cité, et « Eusebius of Dorylaeum », The Catholic Encyclopedia : Eusèbe, qui avait le premier dénoncé Nestorius vers 428, porte l'accusation contre Eutychès en 448.
12 33« Eutyches », art. cité : en recevant les actes, saint Léon juge Eutychès « a foolish old man who had erred through ignorance, and might be restored if he repented » — un vieil homme peu instruit, égaré par ignorance, qui pourrait être relevé s'il se repentait (traduction Ignispedia).
14 49 75Saint Paul, Épître aux Romains 10, 2 (Bible de la liturgie) : « Je leur rends ce témoignage : ils ont du zèle pour Dieu, mais ce zèle est sans intelligence. »
15Actes du synode de Constantinople (448) : ACO, t. II, vol. 1, 1, éd. E. Schwartz ; Mansi, Sacrorum conciliorum, t. VI. Citations d'Eutychès transmises par ces actes via la Catholic Encyclopedia, art. cité.
16« Eutyches », art. cité, d'après les actes du synode : « I confess that our Lord was of [ek] two natures, before the union; but after the union, I acknowledge one nature » — « Je confesse que notre Seigneur était de deux natures avant l'union ; mais après l'union, je ne confesse qu'une seule nature » (traduction Ignispedia).
17Image classique des manuels (la goutte d'eau dans l'océan) pour l'absorption de l'humanité dans la divinité ; cf. Kelly, Early Christian Doctrines, chap. sur Eutychès.
18« Eutyches », art. cité : le synode ordonne à Eutychès d'anathématiser tout ce qui contredit les lettres de Cyrille ; il refuse.
19« Eutyches », art. cité : sommé par le patrice Florentius de confesser le Seigneur consubstantiel à nous selon la chair, Eutychès s'y refuse.
20« Eutyches », art. cité : Eutychès confesse la naissance du Christ de la Vierge Marie — ce qui distingue son erreur du docétisme pur.
21Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 à Clédonios : « to gar aproslêpton, atherapeuton » — voir note dédiée ci-dessous.
22 73Voir article Le docétisme : le docétisme nie toute chair réelle ; Eutychès confesse une chair réelle de Marie, mais non permanente ni consubstantielle après l'union.
23 31Saint Cyrille d'Alexandrie, formule « mia physis tou theou logou sesarkômenê » (« une seule nature du Verbe incarnée »), mot d'ordre anti-nestorien ; cf. Kelly, Early Christian Doctrines, chap. sur Cyrille.
24Kelly, Early Christian Doctrines, chap. sur Cyrille : la formule vise l'unité du sujet (un seul Fils), non la fusion des natures.
25Voir article L'apollinarisme : la prétendue phrase d'Athanase reprise par Cyrille est un faux d'Apollinaire de Laodicée.
26Saint Cyrille d'Alexandrie, Lettre 39 à Jean d'Antioche (Formule d'union, 433) : le même Christ « consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité » ; cf. Denzinger-Hünermann, n. 272.
27 79Synthèse Ignispedia d'après les sources citées dans cette section : actes du synode via la Catholic Encyclopedia, Formule d'union de 433, Définition de Chalcédoine (DzH 301-302).
28Voir articles Le nestorianisme et La crise nestorienne : Nestorius divise le sujet, Eutychès confond les natures — erreurs inverses, condamnées l'une et l'autre.
29Voir article Monophysisme, section « Les quatre visages d'une même erreur » : Sévère d'Antioche rejette explicitement Eutychès.
30 68« Eutyches », art. cité : accusation portée par Eusèbe de Dorylée devant le synode présidé par Flavien, novembre 448.
32« Eutyches », art. cité : convoqué à plusieurs reprises, Eutychès finit par comparaître devant le synode.
34« Eutyches », art. cité : l'interrogatoire porte sur les deux points — deux natures après l'Incarnation, chair consubstantielle à la nôtre.
35« Eutyches », art. cité : déposition de la charge d'archimandrite et excommunication.
36« Eutyches », art. cité : Eutychès fait appel à Rome, à Alexandrie, à Jérusalem et à Thessalonique.
37« Eutyches », art. cité : Flavien transmet les actes du synode à saint Léon.
38« Eutyches », art. cité, et Britannica, art. cité : sous l'influence de Dioscore d'Alexandrie et avec l'appui de la cour, Théodose II convoque un concile général à Éphèse.
39Britannica, art. cité : le Tome est publié le 13 juin 449 ; Saint Léon le Grand, Lettre 28 à Flavien (ACO, t. II, vol. 2, 1, éd. E. Schwartz, pp. 24-33).
40 81Saint Léon le Grand, Lettre 28, §§ 1-6 : exposé de la foi des deux natures dans l'unité de la personne ; cf. Kelly, Early Christian Doctrines, chap. sur le Tome.
41Texte du Tome : ACO, t. II, vol. 2, 1, éd. E. Schwartz, pp. 24-33 ; Patrologie latine, t. 54 (lettres de saint Léon).
42Saint Léon le Grand, Lettre 28, §§ 4-5 : réfutation conjointe de Nestorius (division) et d'Eutychès (confusion).
43R. Price – M. Gaddis, The Acts of the Council of Chalcedon, Liverpool University Press, 2005, vol. 1 (IIe session, 10 octobre 451) : à la lecture du Tome, les évêques acclament « Pierre a parlé par Léon ».
44 57Le passage « agit enim utraque forma… » est repris par Chalcédoine puis cité par Constantinople III (680-681) ; cf. Denzinger-Hünermann, n. 301-302 et 556-557.
45Saint Léon le Grand, Lettre 28, § 4 : « agit enim utraque forma cum alterius communione quod proprium est ; Verbo scilicet operante quod Verbi est, et carne exsequente quod carnis est » — « car chaque forme accomplit, en communion avec l'autre, ce qui lui est propre : le Verbe, ce qui appartient au Verbe, et la chair, ce qui appartient à la chair » (traduction Ignispedia).
46Saint Léon le Grand, Lettre 28, § 4 : la permanence des opérations propres à chaque nature prouve la permanence des natures elles-mêmes dans l'union.
47Saint Léon le Grand, Lettre 28, § 5 : sans chair consubstantielle à la nôtre, le Christ ne nous rachète pas — la négation eutychienne ruine la rédemption.
48Britannica, art. cité : à la demande de Dioscore et avec l'accord de Théodose II, un concile général est convoqué à Éphèse pour l'été 449.
50Saint Léon le Grand, lettres sur Éphèse II (notamment Lettre 95) : le concile de 449 y est flétri comme un « brigandage » (latrocinium) ; cf. « Eutyches », art. cité.
51« Eutyches », art. cité : Éphèse II (août 449), sous la présidence de Dioscore, réhabilite Eutychès, dépose Flavien et Eusèbe ; le Tome n'y est pas lu.
52 82« Eutyches », art. cité : Flavien, brutalisé lors du concile, meurt quelques jours après — le 11 août 449 selon la tradition.
53W. H. C. Frend, The Rise of the Monophysite Movement, Cambridge University Press, 1972, chap. 1 : après la mort accidentelle de Théodose II (450), Marcien et Pulchérie convoquent le concile de Chalcédoine.
54 83Price – Gaddis, The Acts of the Council of Chalcedon, vol. 1 : ouverture le 8 octobre 451, plus de cinq cents évêques, clôture le 1er novembre.
55 84Price – Gaddis, vol. 1 (Ire session) : lecture des actes d'Éphèse II et annulation de ses sentences.
56Denzinger-Hünermann, n. 301-302 : Définition de foi de Chalcédoine, qui fait siennes la Formule d'union de 433 et le Tome de Léon.
58Denzinger-Hünermann, n. 302 : « un seul et même Christ… reconnu en deux natures, sans confusion (asynchytôs), sans changement (atreptôs), sans division (adiairetôs), sans séparation (achôristôs)… » (traduction française courante).
59Denzinger-Hünermann, n. 302 : « sans confusion, sans changement » — la réponse directe à l'absorption eutychienne.
60Kelly, Early Christian Doctrines, chap. sur Chalcédoine : le passage de « de deux natures » à « en deux natures » (en duo physesin) ruine la formule d'Eutychès, qui n'admettait la dualité qu'avant l'union.
61Denzinger-Hünermann, n. 301-303 et canons disciplinaires : condamnation nominative d'Eutychès avec Nestorius ; Dioscore déposé ; exil d'Eutychès demandé à l'empereur.
62Price – Gaddis, vol. 3 (XVe session) : le 28e canon accorde à Constantinople les privilèges de la « nouvelle Rome » ; les légats protestent et saint Léon refuse de le ratifier.
63Après l'exil, les sources se taisent : ni disciples organisés, ni tombeau, ni écrits conservés — contrairement à Arius, Nestorius ou Sévère.
65A. Grillmeier, Christ in Christian Tradition, vol. 1, 2e éd., Londres, Mowbrays, 1975, chap. sur Eutychès : la grossièreté de la formule explique qu'elle n'ait fondé aucune tradition durable.
66Frend, The Rise of the Monophysite Movement, chap. 1-2 : « eutychien » employé comme injure polémique contre tout le parti anti-chalcédonien, au-delà du cas d'Eutychès.
67Voir article Monophysisme, section « Monophysites ou miaphysites ? » : les Églises non chalcédoniennes confessent un Christ parfait Dieu et parfait homme.
69Déclaration commune du pape Paul VI et du patriarche Shenouda III, 10 mai 1973 : confession commune du Christ « parfait Dieu et parfait homme » ; voir article Monophysisme.
70R. V. Sellers, The Council of Chalcedon, Londres, SPCK, 1953, conclusion : les deux erreurs naissent d'une vérité partielle saisie exclusivement — l'unité contre Nestorius, la dualité contre Eutychès.
71Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 à Clédonios (contre Apollinaire) : le principe vaut contre toute amputation de l'humanité du Christ, y compris l'eutychienne.
72Catéchisme de l'Église catholique, §§ 464-469, dont § 467 (vatican.va) : sans humanité vraie et complète assumée par le Fils, pas de réconciliation de l'homme avec Dieu.
74Saint Flavien de Constantinople, mort des suites d'Éphèse II, est honoré comme martyr de la foi de Chalcédoine (fête au calendrier romain traditionnel le 18 février).
76De la Formule d'union de 433 (Cyrille-Jean d'Antioche) à la déclaration Paul VI-Shenouda III (1973), l'Église ne cesse de chercher les formules de la communion sans trahir la foi définie.
77IIIe concile œcuménique, Éphèse, 431 : condamnation de Nestorius et confession de Marie Mère de Dieu (Theotokos) ; voir article Le concile d'Éphèse (431).
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