Le monophysisme est l'hérésie christologique qui ne confesse qu'une seule nature — en grec monê physis — dans le Christ après l'Incarnation : la divinité aurait en quelque sorte absorbé l'humanité, comme une goutte d'eau absorbée par l'océan[1][2]. Son père est Eutychès, vieux moine de Constantinople, qui enseigne vers 448 que le Christ est bien « de deux natures » avant l'union, mais d'une seule nature après l'union — et qui refuse de dire que sa chair est consubstantielle à la nôtre[3]. Condamnée par le concile de Chalcédoine en 451, qui confesse un seul et même Christ « en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation »[4], l'erreur ne meurt pourtant pas : elle devient, sous la plume savante de Sévère d'Antioche, la théologie d'Églises entières — coptes, syriaques, arméniennes — qui durent encore aujourd'hui[5].
Le mot demande donc de la précision. Au sens strict, monophysite désigne l'erreur condamnée : la fusion ou l'absorption de l'humanité du Christ dans sa divinité[6]. Mais beaucoup de chrétiens d'Orient rejetèrent Chalcédoine sans vouloir nier l'humanité réelle du Christ : ils craignaient que la formule « en deux natures » ne ramène le nestorianisme, tout juste condamné à Éphèse (431)[7]. Pour nommer leur position sans l'assimiler à l'eutychianisme grossier, on parle aujourd'hui de miaphysisme — d'une formule de saint Cyrille, « une seule nature du Verbe incarnée », lue autrement que par Eutychès[8]. L'Église catholique, elle, tient les deux exigences ensemble : fidélité à Chalcédoine et justice envers ses interlocuteurs, comme l'a montré la déclaration commune de Paul VI et Shenouda III en 1973[9].
Cet article traite la doctrine : ce que le monophysisme affirme, d'où vient sa formule, pourquoi l'Église le refuse, et ce qu'il en reste. Pour le récit des événements — synode de 448, brigandage d'Éphèse en 449, Chalcédoine, Hénotique de Zénon, schisme acacien — voir La crise monophysite ; pour la doctrine d'Eutychès en propre, l'Eutychianisme ; pour l'erreur inverse qui divise le Christ en deux sujets, le Nestorianisme ; et pour le panorama de toutes les erreurs antiques, Les hérésies des premiers siècles.
Ce que le monophysisme affirme : une seule nature après l'union
La formule : « de deux natures » avant, une seule après
Tout part d'une phrase d'Eutychès devant le synode de Constantinople en 448 : interrogé par saint Flavien, le vieil archimandrite déclare adorer « une seule nature de Dieu incarnée et faite homme », confesse le Christ « de deux natures » avant l'union, mais d'une seule nature après l'union[10]. Sommé de dire si la chair du Christ est consubstantielle à la nôtre — de même humanité que nous —, il répond qu'il ne l'a « jamais jusqu'ici » dit, puis finit par céder du bout des lèvres : « puisque vous le dites, je suis d'accord sur tout » — une soumission que le synode juge insincère et qui vaut à Eutychès sa déposition[11].
« J'adore une seule nature du Dieu Verbe, incarnée et faite homme. » — Eutychès, d'après les actes du synode de Constantinople (448), relus à Chalcédoine[12]
La formule paraît modeste : elle ne nie pas que le Christ soit Dieu, elle veut même protéger son unité contre le nestorianisme qui venait d'être condamné. Mais elle vide l'Incarnation de son contenu : si l'humanité du Christ n'est pas consubstantielle à la nôtre, alors le Verbe n'a pas vraiment pris notre condition — il s'est fait une chair à lui, céleste ou absorbée, qui n'est pas la nôtre[13]. C'est toute la doctrine du salut qui vacille, comme on le verra : ce qui n'est pas assumé n'est pas guéri[14].
L'image de l'océan : comment les monophysites pensent l'union
Pour faire comprendre leur thèse, les monophysites usent d'une comparaison restée célèbre : l'humanité du Christ serait à sa divinité ce qu'une goutte d'eau est à l'océan — ou, selon une autre version, ce qu'une goutte de vinaigre est à la mer : elle y disparaît, absorbée sans retour[15]. L'union serait donc une fusion : deux réalités au départ, une seule à l'arrivée, la plus petite dissoute dans la plus grande.
L'image séduit parce qu'elle exalte la divinité et l'unité du Christ. Mais elle avoue exactement ce que Chalcédoine refusera : la confusion (synchysis) et le changement (tropê) — deux des quatre écueils nommés par la définition de 451[16]. Car si l'humanité est dissoute comme une goutte dans l'océan, alors le Christ n'est plus vraiment homme : il n'a ni la même chair que nous, ni la même âme, ni la même expérience de la faim, de la fatigue et de la mort[17]. Et si le Christ n'est pas vraiment homme, qui donc est mort sur la croix pour nous ?
Ce que le monophysisme n'est pas : trois contresens à écarter
Premier contresens : le monophysisme n'est pas un simple excès de piété envers la divinité du Christ. L'Église n'a jamais reproché à Eutychès d'aimer trop la divinité du Seigneur, mais de nier sa pleine humanité — exactement comme elle avait reproché à Arius, plus d'un siècle plus tôt, de nier sa pleine divinité[18]. Les deux erreurs sont symétriques : l'une mutile Dieu, l'autre mutile l'homme — et les deux mutilent le salutl'Arianisme.
Deuxième contresens : le monophysisme n'est pas le docétisme. Le docète dit que le Christ n'a jamais eu de chair véritable — un fantôme, une apparence. Le monophysite dit qu'il a eu une humanité au départ, mais qu'elle a été absorbée par l'union[19]. Le résultat pratique se ressemble — un Christ dont l'humanité n'est pas la nôtre — mais le chemin diffère, et l'Église les condamne pour des raisons distinctes : l'un nie l'Incarnation, l'autre la défigure.
Troisième contresens : tous les adversaires de Chalcédoine ne sont pas des monophysites au sens strict. C'est le point capital du dossier moderne : confondre Sévère d'Antioche avec Eutychès, ou traiter les coptes d'aujourd'hui d'« eutychiens », c'est commettre une injustice historique que l'Église catholique elle-même refuse[20]. La suite de l'article distinguera donc quatre visages, du plus grossier au plus savant.
D'où vient la formule : un Cyrille mal lu, un Athanase qui n'en est pas un
« Une seule nature du Verbe incarnée » : le mot d'ordre cyrillien
Le cri de ralliement des monophysites n'est pas une invention d'Eutychès : c'est une formule de saint Cyrille d'Alexandrie lui-même — mia physis tou Theou Logou sesarkômenê, « une seule nature du Dieu Verbe incarnée »[21]. Après Éphèse (431), toute l'Égypte répète cette phrase comme le résumé de l'orthodoxie : un seul Christ, pas deux ; une seule réalité incarnée, pas une association de Dieu avec un homme[22].
Le drame, c'est que la formule est ambiguë dès l'origine — et Cyrille le savait. Prise à la lettre hors contexte, elle semble dire qu'après l'Incarnation il n'y a plus qu'une nature. Mais Cyrille lui-même, dans sa lettre d'union Laetentur caeli (433) à Jean d'Antioche, confesse explicitement deux natures unies sans confusion dans l'unique Christ[23] :
« Nous confessons un seul Seigneur Jésus-Christ [...], Dieu parfait et homme parfait, de même substance que le Père selon la divinité, et de même substance que nous selon l'humanité. » — Saint Cyrille d'Alexandrie, lettre d'union à Jean d'Antioche (433), relue à Chalcédoine[24]
Eutychès et ses partisans retiennent la première formule et oublient la seconde. Ils font de Cyrille un monophysite malgré lui — alors que Cyrille refusait deux sujets (Nestorius), non la réalité de l'humanité assumée[25]. Toute l'histoire du monophysisme tient dans ce malentendu : brandir Cyrille contre Chalcédoine, quand Chalcédoine ne faisait que lire Cyrille en entier.
Le faux Athanase : quand Apollinaire empoisonne le siècle suivant
Il y a pire : la formule mia physis ne vient peut-être même pas de Cyrille. Cyrille la tenait lui-même d'un texte qu'il croyait d'Athanase — et qui était en réalité d'Apollinaire de Laodicée, l'hérésiarque condamné en 381 pour avoir amputé le Christ de son âme rationnelle[26]. Pour faire croire leur erreur, les apollinaristes avaient fait circuler des traités sous des noms approuvés — une Exposition de la foi sous le nom de Grégoire le Thaumaturge, un De l'Incarnation sous le nom d'Athanase — et la supercherie ne fut démontrée que bien plus tard, par Lequien en 1740, Caspari en 1879 et Dräseke en 1892[27].
Ainsi le monophysisme du Ve siècle boit à une source apollinariste du IVe sans le savoir : c'est le même montage — sauver l'unité du Christ en rognant son humanité — qui ressurgit à un siècle de distance, avec les mêmes faux papiers[28]. L'article l'Apollinarisme raconte cette fraude en détail : on n'y reviendra pas ici, sinon pour mesurer l'ironie tragique — des moines qui croyaient défendre Cyrille avec des armes d'Athanase maniaient en fait les armes d'Apollinaire.
La peur de Nestorius : une réaction qui dépasse la mesure
Reste à comprendre le mobile : pourquoi des moines pieux, des évêques sincères, des foules entières ont-ils préféré l'erreur à Chalcédoine ? La réponse tient en un nom : Nestorius. Condamné à Éphèse (431) pour avoir divisé le Christ en deux sujets — un homme Jésus d'un côté, le Verbe de l'autre —, il incarne aux yeux de l'Égypte le péril absolu[29]. Dès lors, tout discours sur « deux natures » sent le nestorianisme : parler de deux réalités dans le Christ, n'est-ce pas déjà le couper en deux ?[30]
Le raisonnement est humain, mais il va trop loin : pour éviter la division nestorienne, Eutychès tombe dans la confusion monophysite — il protège l'unité du sujet en sacrifiant la dualité des natures[31]. C'est le double écueil de toute la christologie, que Chalcédoine nommera d'un mot chacun : ni division, ni confusion. L'histoire détaillée de l'erreur inverse se lit dans La crise nestorienne et le Nestorianisme.
Pourquoi l'Église dit non : sans humanité vraie, pas de salut
« Ce qui n'est pas assumé n'est pas guéri »
L'argument décisif contre le monophysisme n'est pas un raffinement d'école : c'est une question de salut. Saint Grégoire de Nazianze l'avait formulée dès 382 contre Apollinaire, et elle vaut mot pour mot contre Eutychès[32] :
« Ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri ; mais ce qui s'est uni à Dieu est sauvé. » — Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 à Clédonios[33]
Si le Verbe n'a pas pris une humanité consubstantielle à la nôtre — corps, âme raisonnable, volonté, affects — alors notre humanité n'est pas guérie : il a sauvé une chair céleste qui n'est pas la nôtre, et nous restons, nous, avec la nôtre[34]. L'Écriture elle-même l'exige : « Puisque les enfants ont en commun le sang et la chair, lui aussi, pareillement, a partagé la même condition » — et : « Il lui fallait se rendre en tout semblable à ses frères »[35]. Un Christ dont l'humanité est absorbée ne peut être ce frère-là.
C'est aussi le sens du titre qui résume tout le mystère : Médiateur. « Il n'y a qu'un seul Dieu, qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus »[36]. Le médiateur touche les deux rives : vrai Dieu, il nous unit à Dieu ; vrai homme, il nous représente devant Dieu. Ôtez l'une des deux natures, et le pont s'effondre d'un côté[37].
Le Tome de Léon : chaque nature accomplit ce qui lui est propre
En 449, le pape saint Léon le Grand adresse à Flavien de Constantinople la lettre doctrinale — le Tome à Flavien — qui deviendra la charte de Chalcédoine[38]. Écartée au brigandage d'Éphèse, relue et acclamée à Chalcédoine, elle formule l'équilibre avec une précision que douze siècles n'ont pas entamée[39] :
« Chaque nature accomplit ce qui lui est propre, avec le concours de l'autre : le Verbe opère ce qui est du Verbe, et la chair exécute ce qui est de la chair. » — Saint Léon le Grand, Tome à Flavien, chap. 4[40]
La phrase ne signifie pas deux sujets agissant côte à côte — ce serait du nestorianisme. Elle signifie qu'un seul sujet, le Verbe incarné, agit selon ce qui convient à sa divinité (les miracles, le pardon des péchés) et selon ce qui convient à son humanité (la faim, les larmes, la mort)[41]. La distinction des opérations prouve la distinction des natures ; l'unité du sujet prouve qu'il n'y a qu'un seul Christ. C'est toute la grammaire catholique en deux phrases.
Chalcédoine (451) : un seul Christ en deux natures
Le concile de Chalcédoine, IVe concile œcuménique, reprend Nicée, Constantinople I, Éphèse, Cyrille et Léon, puis tranche d'une définition restée le texte le plus précis de toute l'histoire chrétienne[42] :
« Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Unique-engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. » — Concile de Chalcédoine, définition de foi (451)[43]
Les quatre adverbes sont deux garde-fous de chaque côté : sans confusion, sans changement — contre Eutychès, la fusion est interdite ; sans division, sans séparation — contre Nestorius, la coupure est interdite[44]. Et le sujet de la phrase dit l'essentiel : c'est un seul et même Christ qui est reconnu en deux natures — Chalcédoine ne remplace pas Cyrille, elle l'interprète contre les excès d'Eutychès[45].
Le tableau suivant résume les trois positions — c'est toute la controverse en neuf cases :
| Nestorius (condamné 431) | Eutychès (condamné 451) | Foi catholique (Chalcédoine) | |
|---|---|---|---|
| Sujets dans le Christ | Deux : l'homme Jésus et le Verbe | Un seul | Un seul : le Verbe incarné |
| Natures dans le Christ | Deux, juxtaposées | Une seule après l'union | Deux, sans confusion ni séparation |
| Humanité du Christ | Complète mais séparée | Absorbée, non consubstantielle à la nôtre | Complète et consubstantielle à la nôtre |
| Faute | Division, séparation | Confusion, changement | Ni l'une ni l'autre |
Constantinople II et III : l'Église ne lâche rien
Chalcédoine ne suffit pas à éteindre l'incendie : il faut deux conciles de plus pour verrouiller la doctrine. Constantinople II (553) relit Chalcédoine dans la continuité de Cyrille et d'Éphèse, en condamnant les écrits nestorianisants des Trois Chapitres — preuve que l'Église ne choisit pas l'anti-monophysisme au prix d'un retour au nestorianisme[46]. Puis, quand une partie des anciens monophysites propose un compromis — une seule volonté et une seule opération dans le Christ —, Constantinople III (680-681) condamne à son tour le monothélisme : le Christ possède deux volontés naturelles, divine et humaine, la seconde librement soumise à la première[47]. Jusqu'au bout, la logique est la même : rien de l'homme ne doit manquer dans le Christ, sinon c'est notre salut qui manque[48].
Les quatre visages d'une même erreur
Le monophysisme n'est pas un bloc : dès le VIe siècle, ses partisans se divisent entre eux — parfois jusqu'à l'anathème mutuel. Quatre figures se détachent, du plus grossier au plus savant[49].
| Visage | Thèse | Figure | Sort |
|---|---|---|---|
| Eutychianisme strict | Une seule nature après l'union ; la chair du Christ n'est pas consubstantielle à la nôtre | Eutychès (vers 378-vers 454) | Condamné en 448, réhabilité en 449, recondamné à Chalcédoine (451) |
| Sévérianisme | Une seule nature « composée » ; rejet d'Eutychès, fidélité à Cyrille, mais refus de « deux natures » | Sévère d'Antioche (patriarche 512-518, mort en 538) | Devient la théologie des Églises non chalcédoniennes |
| Julianisme (aphthartodocétisme) | Le corps du Christ est incorruptible dès sa conception : il ne souffre et ne meurt que par miracle volontaire | Julien d'Halicarnasse (mort après 527) | Condamné par Sévère lui-même ; frise vers le docétisme |
| Trithéisme philoponien | Pour sauver l'unité du Christ sans l'étendre à toute la Trinité, la nature divine serait triple | Jean Philopon (vers 490-vers 570) | Rejeté par les sévériens eux-mêmes |
Eutychès : l'erreur grossière du fondateur
Eutychès est un moine plus pieux que théologien : sa formule — « de deux natures avant, une seule après » — ne tient devant aucun examen[50]. Il refuse d'anathématiser ce qui contredit Cyrille, refuse la consubstantialité de la chair du Christ avec la nôtre, puis se soumet du bout des lèvres[51]. Le synode de 448 le dépose ; Éphèse II le réhabilite par la violence ; Chalcédoine le condamne définitivement — et l'histoire, même hostile à Chalcédoine, n'a jamais fait d'Eutychès un docteur : sa doctrine propre est traitée dans l'Eutychianisme.
Sévère : l'erreur savante du docteur
Tout change avec Sévère, moine palestinien devenu patriarche d'Antioche en 512, déposé en 518 à l'avènement de Justin Ier, mort en exil en 538[52]. Écrivain immense — le plus fécond du camp anti-chalcédonien —, il rejette Eutychès explicitement et veut rester cyrillien : il confesse une seule nature incarnée du Verbe, non comme confusion grossière, mais comme unité composée du Christ[53]. Son adversaire n'est pas l'humanité du Christ, qu'il veut réelle, mais la formule « en deux natures », qu'il juge nestorienne[54].
C'est cette position — savante, sincère, cyrillienne d'intention — qui fait toute la difficulté du dossier : peut-on appeler « hérétique » un homme qui confesse le Christ vrai Dieu et vrai homme, et ne refuse que le vocabulaire de 451 ? L'Église répond oui pour la doctrine — la formule protège un contenu sans lequel l'humanité du Christ se dissout — mais elle distingue les personnes : beaucoup d'anti-chalcédoniens, dit déjà la Catholic Encyclopedia, ne sont coupables que matériellement, non formellement, pris dans une querelle de mots autant que de foi[55]. C'est cette justice-là que le dialogue moderne a reprise.
Julien et Philopon : quand le parti se déchire lui-même
Le monophysisme porte en lui sa propre réfutation : ses docteurs s'excommunient entre eux. Julien d'Halicarnasse, évêque chassé de son siège en 518 et réfugié à Alexandrie comme Sévère, enseigne que le corps du Christ est incorruptible (aphthartos) dès sa conception : s'il a souffert et s'il est mort, c'est par un miracle de sa volonté, non par la condition commune[56]. Sévère s'insurge — c'est le parti des phthartolâtres (« adorateurs du corruptible ») contre les aphthartodocètes — et les julianistes, qui nient en pratique que le Christ ait vraiment partagé notre chair mortelle, frisent le docétisme que tout le monde avait pourtant condamné[57].
Pendant ce temps, le philosophe Jean Philopon pousse la logique jusqu'à l'absurde inverse : pour que l'humanité du Christ ne soit unie qu'au Fils seul et non à toute la Trinité, il fait de la nature divine une réalité triple — trois dieux, en pratique[58]. Les sévériens le rejettent avec horreur : le remède est pire que le mal, et le parti monophysite se découvre incapable de dire l'unité de Dieu sans diviser Dieu lui-même[59]. Deux divisions internes, deux aveux : sans la grammaire de Chalcédoine — une personne, deux natures — on ne tient ni le Christ ni la Trinité.
De Sévère à Jacques Baradée : quand l'erreur devient Églises
Pierre le Foulon et le Trisagion trafiqué
Le monophysisme ne reste pas dans les livres : il entre dans la liturgie. Pierre le Foulon, patriarche intrus d'Antioche dans les années 470-480, fait ajouter au Trisagion — le « Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel » chanté dans toutes les Églises — une incise adressée au Christ : « qui as été crucifié pour nous »[60] :
« Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, qui as été crucifié pour nous, aie pitié de nous. » — Trisagion interpolé de Pierre le Foulon (Antioche, vers 477)[61]
L'addition paraît dévotionnelle — elle exalte la croix — mais elle trahit la théologie d'une seule nature : rapporter la crucifixion à la divinité elle-même, c'est confondre ce que Chalcédoine distingue — le Christ souffre selon son humanité, non selon sa divinité[62]. L'Orient chalcédonien refuse l'interpolation ; les Églises non chalcédoniennes la conservent encore aujourd'hui dans leurs liturgies : quinze siècles plus tard, on chante toujours la controverse[63].
Jacques Baradée : l'organisateur d'un schisme durable
Après Chalcédoine, l'empereur tente d'abord la conciliation — l'Hénotique de Zénon (482), qui condamne Nestorius et Eutychès mais tait Chalcédoine —, puis la répression sous Justin Ier : en 518, les évêques anti-chalcédoniens sont déposés, dont Sévère[64]. Le parti semble mort. C'est alors qu'un moine obscur le ressuscite : Jacques Baradée (vers 500-578), ordonné évêque en secret, parcourt pendant trente ans la Syrie et la Mésopotamie, ordonnant des évêques et des prêtres par dizaines — dont un patriarche d'Antioche — et donnant au schisme sa hiérarchie parallèle[65]. De son surnom — Baradaeus, « l'homme en haillons » — les Églises syriaques non chalcédoniennes tirent leur nom de jacobites[66]. Le détail du bras de fer impérial — Hénotique, schisme acacien (484-519), Trois Chapitres — appartient au récit : voir La crise monophysite.
Six Églises, une même fidélité à Cyrille relu sans Chalcédoine
Le schisme a produit des Églises vivantes, ferventes, martyres — et c'est un fait que l'article doit dire avec respect : des millions de chrétiens confessent le Christ, le vénèrent dans l'Eucharistie et meurent pour lui dans ces communions[67]. Les principales sont six :
| Église | Siège | Langue liturgique |
|---|---|---|
| Copte orthodoxe | Le Caire (Alexandrie) | Copte, arabe |
| Syriaque orthodoxe (jacobite) | Damas (Antioche) | Syriaque |
| Arménienne apostolique | Etchmiadzine et Antélias (Cilicie) | Arménien classique |
| Éthiopienne orthodoxe | Addis-Abeba | Guèze |
| Érythréenne orthodoxe | Asmara | Guèze |
| Malankare orthodoxe syrienne | Kerala (Inde) | Syriaque, malayalam |
Toutes rejettent Chalcédoine, toutes se réclament de Cyrille — et aucune ne se reconnaît dans la caricature d'Eutychès[68]. C'est pourquoi l'Église catholique ne les appelle plus « monophysites » au sens d'Eutychès, mais Églises orthodoxes orientales, et dialogue avec elles comme avec des frères séparés sur une formule — non comme avec des eutychiens niant l'humanité du Christ[69].
Monophysites ou miaphysites ? Le dialogue d'aujourd'hui
Le mot qui change tout : mia contre mono
La sortie du malentendu tient à un préfixe. Mono-physisme : une seule nature au détriment de l'humanité — la fusion condamnée. Mia-physisme : « une seule nature du Verbe incarnée » sans nier l'humanité réelle — la formule cyrillienne lue avec la lettre d'union de 433[70]. Les Églises orthodoxes orientales se reconnaissent dans le second mot, pas dans le premier : elles confessent le Christ parfait Dieu et parfait homme, d'une humanité consubstantielle à la nôtre, tout en refusant le vocabulaire « en deux natures » par fidélité à Cyrille et par peur du nestorianisme[71].
L'Église catholique maintient que la formule de Chalcédoine protège mieux ce contenu — les siècles de divisions internes du parti adverse (Julien, Philopon) l'ont montré — mais elle reconnaît que le désaccord est pour une large part un désaccord de vocabulaire, aggravé par des siècles de politique impériale, de langues liturgiques différentes et de méfiances accumulées[72]. C'est exactement ce que dit le Catéchisme, qui définit l'erreur au sens strict sans l'étendre à tous les non-chalcédoniens :
« Les monophysites affirmaient que la nature humaine avait cessé d'exister comme telle dans le Christ en étant assumée par sa personne divine de Fils de Dieu. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 467[73]
1973 : Paul VI et Shenouda III confessent ensemble
Le 10 mai 1973, le pape Paul VI et le pape copte orthodoxe Shenouda III signent au Vatican une déclaration christologique commune — le premier texte de ce genre depuis quinze siècles[74] :
« Nous confessons que notre Seigneur [...] est parfait quant à sa divinité et parfait quant à son humanité. Sa divinité est unie à son humanité dans une union réelle, parfaite, sans mélange, sans commixtion, sans confusion, sans altération, sans division, sans séparation. » — Déclaration commune Paul VI–Shenouda III (10 mai 1973)[75]
On y entend l'écho direct de Chalcédoine — sans confusion, sans division, sans séparation — dans un texte signé aussi par le successeur de Dioscore[76]. La déclaration ne transforme pas rétroactivement 451 en malentendu total : elle montre que les deux Églises peuvent confesser ensemble le cœur de la foi christologique, tout en reconnaissant que les différences théologiques ont été nourries et élargies par des facteurs non théologiques[77]. La voie est tracée : fidélité à Chalcédoine et justice envers les interlocuteurs — ni brader le dogme, ni traiter d'eutychiens des frères qui confessent le Christ vrai homme.
Ce que le dossier apprend au lecteur catholique
Trois leçons ferment le dossier. D'abord, l'orthodoxie n'est pas un milieu vague entre deux erreurs : elle est une formule positive — un seul sujet personnel, deux natures réelles — qui interdit à la fois la fusion et la séparation[78]. Ensuite, une formule juste peut être rejetée pour de mauvaises raisons : peur du mot adverse, fidélité blessée à un saint (Cyrille), politique impériale, langues et identités — et l'Église doit juger les personnes avec cette histoire en tête, sans pour autant sacrifier la clarté[79]. Enfin, les mots protègent le salut : dire « deux natures » n'est pas de la scolastique pour experts — c'est garantir que le Christ qui nous sauve est vraiment l'un de nous, le frère dont parle l'épître aux Hébreux, le médiateur homme dont parle saint Paul[80].
Jalons doctrinaux
Le récit complet des événements se lit dans La crise monophysite : on ne retient ici que les jalons qui fixent la doctrine.
- 433Formule d'unionCyrille et Jean d'Antioche
Cyrille confesse le Christ « de même substance que nous selon l'humanité » : la lecture en deux natures existe avant Chalcédoine[81].
- 448Synode de ConstantinopleFlavien contre Eutychès
- 451ChalcédoineIVe concile œcuménique
Un seul et même Christ « en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation »[83].
- 512-538Sévère d'Antiochele monophysisme savant
- 553Constantinople IIVe concile œcuménique
Chalcédoine relue dans la continuité de Cyrille ; condamnation des lectures nestorianisantes, sans toucher à 451[85].
- 680-681Constantinople IIIcontre le monothélisme
Deux volontés naturelles dans le Christ : le dernier compromis monophysite — une seule volonté — est condamné[86].
- 1973Paul VI et Shenouda IIIdéclaration commune
Le Christ parfait Dieu et parfait homme, « sans confusion, sans division, sans séparation » : la foi commune confessée ensemble[87].
Pour aller plus loin
- La crise monophysite — le récit complet : Eutychès, Dioscore, Éphèse II, Chalcédoine, Hénotique, schisme acacien, Constantinople II.
- L'Eutychianisme — la doctrine d'Eutychès en propre, dans le détail.
- La crise nestorienne — l'erreur inverse : diviser le Christ en deux sujets.
- Le Nestorianisme — la doctrine de Nestorius réfutée à Éphèse (431).
- L'Apollinarisme — le Christ amputé de son âme rationnelle, et la fraude des faux Athanase.
- Le docétisme — le Christ fantôme, sans chair véritable.
- Le Monothélisme — le dernier compromis : une seule volonté dans le Christ.
- L'Arianisme — la grande crise antérieure, sur la divinité du Fils.
- Les hérésies des premiers siècles — le panorama d'ensemble des erreurs antiques.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 467 (vatican.va) : « Les monophysites affirmaient que la nature humaine avait cessé d'exister comme telle dans le Christ en étant assumée par sa personne divine de Fils de Dieu » ; la définition de Chalcédoine (451) y est citée dans sa traduction française officielle.
1 6 73John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », The Catholic Encyclopedia, vol. 10, New York, Robert Appleton Company, 1911, New Advent : le mot vient du grec monê physis, « une seule nature » ; au sens strict, l'absorption ou la confusion de l'humanité du Christ dans sa divinité.
2John Chapman, « Eutyches », The Catholic Encyclopedia, vol. 5, New York, Robert Appleton Company, 1909, New Advent : vieil archimandrite de Constantinople, adversaire déclaré de Nestorius, doctrine des deux natures avant l'union et d'une seule après.
3Concile de Chalcédoine, définition de foi, session V, 22 octobre 451 (DS 301-302), dans The Seven Ecumenical Councils, trad. Henry R. Percival, Nicene and Post-Nicene Fathers, 2ᵉ série, vol. 14, Buffalo, Christian Literature Publishing Co., 1900 ; formule « en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation » (traduction française officielle reprise au CEC 467).
4 16 43 83John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent, section « Severus » : Sévère, patriarche d'Antioche de 512 à 518, mort en 538, écrivain majeur du courant anti-chalcédonien, qui rejette Eutychès et veut rester cyrillien.
5 52 84John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent : beaucoup d'Orientaux rejettent Chalcédoine non par goût de l'eutychianisme, mais par crainte que la formule « en deux natures » ne rouvre la porte au nestorianisme condamné à Éphèse.
7 30Sur la distinction mono- / mia- : monê physis, « une seule nature » au sens de la fusion, contre la formule cyrillienne mia physis tou Theou Logou sesarkômenê, « une seule nature du Dieu Verbe incarnée », lue avec la lettre d'union de 433 ; cf. John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent, et la déclaration commune Paul VI–Shenouda III, Vatican, 10 mai 1973.
8 70Paul VI et Shenouda III, Déclaration commune signée par le Saint-Père et par Sa Sainteté Shenouda III, Vatican, 10 mai 1973, vatican.va : la divinité du Christ est unie à son humanité « dans une union réelle, parfaite, sans mélange, sans commixtion, sans confusion, sans altération, sans division, sans séparation ».
9 20 75 87John Chapman, « Eutyches », New Advent : actes du synode de Constantinople (448) sous saint Flavien — lecture de la deuxième lettre de Cyrille à Nestorius et de la lettre d'union, confession d'Eutychès (« de deux natures » avant l'union, une seule après), refus initial puis admission du bout des lèvres de la consubstantialité de la chair du Christ avec la nôtre, déposition.
10 11 12 51 82John Chapman, « Eutyches », New Advent : Flavien résume la foi comme confession du Christ « de deux natures » après l'Incarnation, appuyée sur les deux lettres de Cyrille relues au synode.
13Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 à Clédonios (contre Apollinaire), § 32 : « ce qui n'a pas été assumé n'a pas été guéri » (Sources chrétiennes 208, p. 50) ; cf. Benoît XVI, audience générale du 22 août 2007, vatican.va.
14 33Comparaison classique rapportée par la tradition controversiste : l'humanité absorbée dans la divinité comme une goutte d'eau dans l'océan (ou de vinaigre dans la mer) ; cf. John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent, sur la confusion (synchysis) reprochée aux eutychiens.
15Catéchisme de l'Église catholique, §§ 476-477 (vatican.va) : le Christ possède une vraie humanité complète — corps, âme raisonnable — connue par tout ce qu'il vit humainement : faim, fatigue, larmes, mort réelle.
17Sur la crise arienne et Nicée (325) : voir l'Arianisme ; le Fils consubstantiel au Père contre Arius.
18Sur le docétisme antique (Christ sans chair véritable, simple apparence) : voir Le docétisme ; condamné pour négation de l'Incarnation, quand l'eutychianisme est condamné pour défiguration de l'union.
19Saint Cyrille d'Alexandrie, formule mia physis tou Theou Logou sesarkômenê reprise de la tradition athanasienne apparente ; cf. John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent.
21Saint Cyrille d'Alexandrie, deuxième lettre à Nestorius, reçue par le concile d'Éphèse (431), dans The Seven Ecumenical Councils, NPNF II, vol. 14, New Advent, « Council of Ephesus », Session I : un seul Christ, Marie Mère de Dieu (Theotokos).
22Saint Cyrille d'Alexandrie, lettre à Jean d'Antioche (Laetentur caeli, 433, formule d'union), lue en session II de Chalcédoine, dans The Seven Ecumenical Councils, NPNF II, vol. 14, section « The Letter of Cyril to John of Antioch » : un seul Christ, Dieu parfait et homme parfait, « de même substance que le Père selon la divinité, et de même substance que nous selon l'humanité » (traduction Ignispedia).
23 24 81John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent : Cyrille refusait deux sujets à la manière de Nestorius, non la réalité de l'humanité assumée ; ses partisans extrêmes retiennent la formule mia physis en oubliant la lettre d'union.
25Un opuscule anonyme contemporain, le Contre les fraudes des apollinaristes, donne l'alerte sur les traités apollinaristes circulant sous des noms approuvés (Exposition de la foi sous Grégoire le Thaumaturge, De l'Incarnation sous Athanase) ; cf. article l'Apollinarisme.
26La supercherie est démontrée par Lequien en 1740, Caspari en 1879 et Dräseke en 1892, qui attribuent ces pièces à Apollinaire lui-même ; cf. article l'Apollinarisme.
27Sur la continuité du montage — sauver l'unité du Christ en rognant son humanité, d'Apollinaire à Eutychès — voir l'Apollinarisme et Les hérésies des premiers siècles.
28Sur Nestorius, deux sujets dans le Christ, condamné à Éphèse (431) : voir le Nestorianisme et La crise nestorienne.
29La formule du double écueil — ni division nestorienne, ni confusion eutychienne — est celle de Chalcédoine elle-même (DS 301-302) : « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ».
31Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 à Clédonios, écrite vers 382 contre Apollinaire ; l'axiome vaut contre toute amputation de l'humanité du Christ, apollinariste comme eutychienne.
32Principe sotériologique constant de la patristique grecque, repris au Catéchisme de l'Église catholique, § 460 (vatican.va) : le Verbe s'est fait homme « pour que l'homme devienne Dieu » — ce qui suppose une humanité réellement assumée, donc réellement la nôtre.
34Épître aux Hébreux, 2, 14-17 : « Puisque les enfants ont en commun le sang et la chair, lui aussi, pareillement, a partagé la même condition » (v. 14) ; « Il lui fallait se rendre en tout semblable à ses frères » (v. 17).
35Saint Paul, Première épître à Timothée, 2, 5 : « Il n'y a qu'un seul Dieu, qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus ».
36Sur le Christ médiateur vrai Dieu et vrai homme : Catéchisme de l'Église catholique, §§ 480-481 (vatican.va) : « Jésus-Christ possède deux natures, la divine et l'humaine, non confondues, mais unies dans l'unique Personne du Fils de Dieu ».
37Saint Léon le Grand, Lettre 28 à Flavien de Constantinople, dite Tome à Flavien (449), chap. 4 (DS 294), dans Nicene and Post-Nicene Fathers, 2ᵉ série, vol. 12, New Advent ; texte écarté à Éphèse II (449), reçu à Chalcédoine (451).
38Francis J. Schaefer, « Council of Chalcedon », The Catholic Encyclopedia, vol. 3, New York, Robert Appleton Company, 1908, New Advent : convocation par Marcien et Pulchérie, relecture des actes de 448 et d'Éphèse II, déposition de Dioscore, réception du Tome de Léon, définition du 22 octobre 451.
39 42Saint Léon le Grand, Tome à Flavien, chap. 4 (DS 294), NPNF II, vol. 12 : « Each form does what is proper to it with the co-operation of the other » (« Chaque nature accomplit ce qui lui est propre, avec le concours de l'autre », traduction Ignispedia).
40Saint Léon le Grand, Tome à Flavien, chap. 4 : les miracles et le pardon manifestent la divinité, la faim, la soif, les larmes et la mort manifestent l'humanité — un seul et même Fils dans les deux séries d'actes.
41Concile de Chalcédoine, définition de foi (DS 301-302) : asynchytôs, atreptôs, adiairetôs, achôristôs — sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ; les deux premiers ferment la porte à Eutychès, les deux derniers à Nestorius.
44Concile de Chalcédoine, définition de foi : « un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Unique-engendré » (hena kai ton auton Christon) — l'unité du sujet précède et commande la dualité des natures.
45Thomas Shahan, « Second Council of Constantinople », The Catholic Encyclopedia, vol. 4, New York, Robert Appleton Company, 1908, New Advent : convocation par Justinien, crise des Trois Chapitres, confirmation de Chalcédoine dans la continuité de Cyrille et d'Éphèse.
46 85Catéchisme de l'Église catholique, § 475 (vatican.va) : le Christ possède deux volontés naturelles, divine et humaine, « non pas opposées, mais coopérantes » — définition du IIIe concile de Constantinople (680-681) contre le monothélisme.
47 86Sur le monothélisme, dernière tentative de compromis (une seule volonté, une seule opération) : voir le Monothélisme, en cours de rédaction ; condamné par Constantinople III (680-681).
48Typologie établie d'après John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent (Eutychès, Sévère, Julien d'Halicarnasse, trithéisme), et Wace, Dictionary of Christian Biography, art. « Julianus » et « Aphthartodocetae ».
49John Chapman, « Eutyches », New Advent : piété du vieux moine, faiblesse théologique de la formule, refus d'anathématiser, soumission jugée insincère par le synode de 448.
50John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent, section « Severus » : une seule nature incarnée du Verbe comme unité composée, rejet explicite d'Eutychès, fidélité revendiquée à Cyrille.
53John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent, section « Severus » : le refus sévérien porte sur la formule « en deux natures », jugée nestorienne, non sur la réalité de l'humanité du Christ.
54John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent : beaucoup d'anti-chalcédoniens ne sont coupables que matériellement — pris dans une querelle de mots, de fidélités et de politique autant que de foi —, non formellement hérétiques comme Eutychès.
55Wace, Dictionary of Christian Biography and Literature, art. « Julianus, bishop of Halicarnassus » : chassé de son siège en 518, réfugié à Alexandrie, enseigne l'incorruptibilité (aphtharsia) du corps du Christ dès sa conception ; les souffrances ne seraient que volontaires et miraculeuses.
56Wace, Dictionary of Christian Biography, art. « Aphthartodocetae » : les julianistes, dits aussi phantasiastes, frisent le docétisme en ne reconnaissant au Christ qu'un corps en apparence passible ; les sévériens, dits phthartolâtres, maintiennent la corruptibilité du corps avant la Résurrection.
57John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent : pour que l'humanité du Christ ne soit unie qu'au Fils seul, Jean Philopon fait de la nature divine une réalité triple — position trithéiste en pratique.
58John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent : les sévériens eux-mêmes rejettent le trithéisme philoponien — le parti avoue ainsi qu'on ne tient ni le Christ ni la Trinité sans la grammaire de Chalcédoine.
59John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent (Pierre le Foulon, patriarche intrus d'Antioche vers 477) : addition au Trisagion de l'incise « qui as été crucifié pour nous » (ho staurôtheis di' hêmas).
60 61L'incise rapporte la crucifixion à la divinité elle-même, contre la distinction chalcédonienne des propriétés de chaque nature (le Christ souffre selon son humanité) ; cf. Saint Léon le Grand, Tome à Flavien, chap. 4.
62Les liturgies des Églises orthodoxes orientales conservent l'incise fullonienne dans leur Trisagion ; l'Orient chalcédonien et l'Occident l'ont refusée.
63Adrian Fortescue, « Henoticon », The Catholic Encyclopedia, vol. 7, New York, Robert Appleton Company, 1910, New Advent : édit de Zénon (482) condamnant Nestorius et Eutychès mais taisant Chalcédoine ; dépositions de 518 sous Justin Ier. Récit complet dans La crise monophysite.
64John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent : Jacques Baradée (vers 500-578), ordonné en secret, organise pendant trente ans la hiérarchie parallèle syrienne — évêques, prêtres, patriarche d'Antioche — qui fait survivre le schisme à la répression impériale.
65Du surnom de Jacques Baradée, Baradaeus (« l'homme en haillons »), les Syriaques non chalcédoniens tirent leur nom occidental de jacobites ; cf. John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent.
66Ferveur, vie monastique et martyre contemporain des Églises orthodoxes orientales — fait notoire de l'histoire ecclésiastique récente, qui commande le respect dû à des frères séparés et non le mépris dû à une secte éteinte.
67Toutes les Églises orthodoxes orientales se réclament de saint Cyrille et refusent l'assimilation à Eutychès ; cf. Paul VI et Shenouda III, déclaration commune, 10 mai 1973, et John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent.
68L'Église catholique les désigne comme Églises orthodoxes orientales et dialogue avec elles comme avec des frères séparés ; cf. déclaration commune Paul VI–Shenouda III, 10 mai 1973, vatican.va.
69Position dite miaphysite : le Christ parfait Dieu et parfait homme, d'une humanité consubstantielle à la nôtre, dans l'unité d'une seule nature incarnée du Verbe — sans la fusion eutychienne ; cf. déclaration commune Paul VI–Shenouda III, 10 mai 1973.
71Pour une large part, le désaccord tient au vocabulaire (grec physis contre syriaque kyana, peur du nestorianisme), aggravé par la politique impériale et les identités locales ; cf. Paul VI et Shenouda III, déclaration commune, 10 mai 1973 (différences « nourries et élargies par des facteurs non théologiques »).
72Première rencontre christologique de ce niveau depuis le schisme : Paul VI reçoit Shenouda III au Vatican en mai 1973 ; cf. déclaration commune, 10 mai 1973, vatican.va.
74La formule de 1973 — « sans confusion, sans division, sans séparation » — reprend visiblement les adverbes de Chalcédoine (DS 301-302) dans un texte cosigné par le successeur de Dioscore.
76Paul VI et Shenouda III, déclaration commune, 10 mai 1973 : les différences nées depuis 451 ont été « nourries et élargies par des facteurs non théologiques ».
77Concile de Chalcédoine, définition de foi (DS 301-302) : la formule positive — « un seul et même Christ [...] en deux natures » — commande les quatre refus.
78John Chapman, « Monophysites and Monophysitism », New Advent : juger les personnes (culpabilité souvent seulement matérielle) sans sacrifier la clarté doctrinale (l'erreur condamnée reste condamnée).
79Épître aux Hébreux, 2, 14-17 ; 1 Tm 2, 5 ; Saint Grégoire de Nazianze, Lettre 101 : sans humanité vraie et complète dans le Christ, pas de salut réel pour l'homme.
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