Au tournant du XIIIᵉ siècle, alors que l'hérésie cathare déchire le sud du royaume et que le roi Philippe Auguste se heurte au Saint-Siège, l'Église de France reçoit un pasteur d'une espèce rare : un moine qui ne cessa jamais d'être moine, même couronné de la mitre. Saint Guillaume de Bourges — Guillaume de Donjeon, issu de la maison des comtes de Nevers — avait tout pour faire carrière dans le siècle : la naissance, la fortune, l'épée que son père lui réservait. Il choisit le cilice. Chanoine, puis ermite de Grandmont, puis cistercien à Pontigny, il fuyait les honneurs ; ce sont les honneurs qui le rattrapèrent.[1]
Élu archevêque de Bourges presque malgré lui, en l'an 1200, il porta sous l'habit l'austérité du moine : jamais de viande, jamais d'adoucissement de ses pénitences, mais une tendresse inépuisable pour les pauvres, les prisonniers et les pécheurs.[2] Il convertit par la douceur des hérétiques que d'autres ne savaient que condamner, et mourut le 10 janvier 1209 agenouillé sur la cendre, au moment où il s'apprêtait à partir prêcher contre les Albigeois.[3] Cet article retrace le saint lui-même : ses origines, sa fuite vers le cloître, son gouvernement, ses austérités, son combat contre l'hérésie, sa mort et son culte.
Un fils des comtes de Nevers
Une naissance noble vers 1150
Guillaume naît vers 1150, en Nivernais, dans l'une des grandes maisons féodales de Bourgogne : il appartient à la famille des comtes de Nevers.[4] La tradition hagiographique situe sa naissance au château d'Arthel, près de Nevers ; certaines notices retiennent simplement Nevers.[5] Son père, nommé Baudoin, voyait dans cet enfant de sang noble un futur chevalier et le destinait à la carrière des armes, selon l'usage des cadets de l'aristocratie.[6]
Mais l'âme de l'enfant penchait ailleurs. Très tôt, Guillaume montra un goût pour la prière, le silence et l'étude qui contrariait les projets paternels. Là où l'on attendait un homme d'épée, grandissait un homme de Dieu.
Le surnom de « Donjeon »
La postérité l'a connu sous deux noms. On l'appelle Guillaume de Donjeon — du nom d'une seigneurie familiale —, et aussi Guillaume Berruyer, c'est-à-dire « le Berruyer », l'homme du Berry, par le siège archiépiscopal qui devait couronner sa vie.[7] Ces surnoms disent à eux seuls sa trajectoire : un seigneur de naissance que la Providence fit berger d'un peuple.
Formé par son oncle Pierre, archidiacre de Soissons
L'éducation de Guillaume fut confiée à son oncle Pierre, archidiacre de Soissons, homme d'Église réputé pour sa science et sa vertu.[8] C'est auprès de lui que l'enfant reçut sa formation cléricale et apprit à aimer l'Écriture et la liturgie. Cette tutelle ecclésiastique orienta définitivement sa vocation : au lieu d'embrasser le métier des armes, Guillaume embrassa l'état clérical.
« Quiconque ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple. » — Jésus, selon saint Luc 14, 33[9]
Cette parole de l'Évangile devait devenir le programme de toute sa vie : un dépouillement progressif, des honneurs du siècle vers la pauvreté du cloître, puis du cloître vers la croix de l'épiscopat.
Le chanoine qui voulut tout quitter
Chanoine de Soissons, puis de Paris
Ordonné et engagé dans la cléricature, Guillaume devint chanoine de Soissons, puis obtint le même rang à Paris.[10] Une carrière brillante s'ouvrait à lui : les chapitres cathédraux étaient alors la pépinière des évêques et des grands administrateurs de l'Église. Beaucoup s'en seraient contentés. Guillaume, lui, ressentit le canonicat comme une forme de confort spirituel insuffisant.
La soif de solitude : l'ordre de Grandmont
Aspirant à une vie plus radicale, Guillaume quitta le chapitre et se fit moine dans l'ordre de Grandmont, l'un des plus austères de la chrétienté.[11] Fondé par saint Étienne de Muret, Grandmont prônait une pauvreté évangélique extrême, le silence et le retrait du monde. Ce choix révèle l'orientation profonde de Guillaume : non la dignité, mais le dépouillement.
L'expérience tourna pourtant court. Des dissensions agitaient la communauté grandmontine — l'ordre traversait au XIIᵉ siècle de graves querelles internes entre clercs et frères convers.[12] Cherchant la paix plutôt que les disputes, Guillaume comprit qu'il devait chercher ailleurs le silence qu'il était venu trouver.
Le passage à Cîteaux : l'abbaye de Pontigny
Il se tourna alors vers l'ordre cistercien, héritier de saint Étienne Harding et de saint Bernard de Clairvaux, et entra à l'abbaye de Pontigny, l'une des quatre premières filles de Cîteaux, vers 1167.[13] Il y trouva enfin l'équilibre qu'il cherchait : une règle exigeante mais structurée, le travail manuel, la lectio divina, la liturgie chorale, la stabilité monastique.
Pontigny n'était pas une abbaye ordinaire : terre d'accueil des archevêques exilés de Cantorbéry — Thomas Becket y avait séjourné quelques années plus tôt —, elle reliait Guillaume au grand courant réformateur de l'Église. Le futur archevêque s'y forma à l'école de la Charte de charité.
L'abbé cistercien
Prieur de Pontigny
La sainteté et la prudence de Guillaume ne tardèrent pas à se faire remarquer. Il devint prieur de Pontigny, second du monastère, chargé du bon ordre de la communauté.[14] Le moine qui avait fui les charges se voyait peu à peu confier le gouvernement des âmes — premier signe de cette loi qui marque sa vie : plus il se dérobait, plus l'Église le poussait en avant.
Abbé de Fontaine-Saint-Jean (1184)
En 1184, Guillaume fut élu abbé de Fontaine-Saint-Jean (Fontaine-Jean), abbaye cistercienne du diocèse de Sens.[15] À la tête de cette maison, il déploya les qualités d'un vrai père spirituel : douceur, fermeté dans la règle, exemple personnel d'austérité.
Abbé de Chaalis (1187)
Trois ans plus tard, en 1187, il fut transféré à la tête d'une abbaye plus importante encore, Chaalis (Châalis), près de Senlis, fondation royale et l'une des plus prospères de l'ordre.[16] C'est de cette charge abbatiale prestigieuse que le tirèrent les électeurs de Bourges. Sans le savoir, Guillaume était mûr pour la mission de sa vie.
L'archevêque malgré lui (1200)
La mort d'Henri de Sully et l'élection par tirage au sort
En 1200, l'archevêque de Bourges Henri de Sully mourut, laissant vacant l'un des plus grands sièges de France, primatial d'Aquitaine.[17] Le chapitre, désireux d'un pasteur saint, s'en remit à Eudes de Sully, évêque de Paris et frère du défunt, pour choisir parmi des candidats cisterciens.
Le récit hagiographique rapporte une scène frappante : le 23 novembre 1200, les noms de trois abbés cisterciens furent inscrits sur des billets déposés sur l'autel ; après la prière, c'est le nom de Guillaume, abbé de Chaalis, qui fut tiré.[18] L'Église lisait dans ce sort la volonté de Dieu.
La double obéissance : refuser, puis céder
Guillaume, lui, fut épouvanté. Le moine qui avait fui le canonicat, puis Grandmont, ne voulait à aucun prix de la mitre. Il refusa. Il fallut deux ordres formels d'obéissance — l'un de son supérieur cistercien, le chapitre général de Cîteaux, l'autre du pape lui-même — pour le contraindre à accepter.[19] Il céda enfin, non par ambition, mais par soumission : l'obéissance, vertu première du moine, l'emporta sur sa répugnance.
« Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et établis. » — Jésus, selon saint Jean 15, 16[20]
Un moine sur le siège de Bourges
Sacré en 1200, Guillaume monta sur le trône archiépiscopal de Bourges sans rien renier de sa vie de moine.[21] Là est tout le sens de sa sainteté : il ne troqua pas la coule cistercienne contre les fastes de la cour. Sous les ornements de l'archevêque, il garda le cœur et les pratiques du cloître.
Un pasteur austère et charitable
Le cilice et le jeûne perpétuel
Devenu archevêque, Guillaume redoubla ses pénitences au lieu de les relâcher. Les sources concordent : il portait constamment le cilice sous son habit religieux ; il n'ajoutait rien à son vêtement l'hiver ni n'en retranchait l'été ; il ne mangeait jamais de viande.[22] Sa table d'archevêque restait celle d'un moine de Cîteaux. Il voulait que la dignité reçue par obéissance ne devînt jamais un prétexte au relâchement.
Le défenseur des pauvres et des prisonniers
Cette dureté envers lui-même avait pour revers une tendresse sans mesure pour autrui. Guillaume assistait personnellement les pauvres, les malades, les prisonniers et les pécheurs déchus, pourvoyant à leurs besoins spirituels et corporels.[23] Il voyait dans le pauvre le visage même du Christ.
« Tout ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » — Jésus, selon saint Matthieu 25, 40[24]
« Moi, je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » — Jésus, selon saint Jean 10, 11[25]
Cette parole du Bon Pasteur résume son épiscopat : un homme qui ne se servait pas du troupeau, mais le servait jusqu'à l'épuisement.
Le défenseur des droits de l'Église face à Philippe Auguste
Guillaume fut aussi un évêque courageux face au pouvoir civil. Il défendit les droits de l'Église contre les empiétements de la couronne de France.[26] Son épiscopat coïncide avec le grave conflit qui opposa Philippe Auguste au Saint-Siège : le roi avait répudié son épouse légitime Ingeburge de Danemark pour vivre avec Agnès de Méran, attirant sur le royaume l'interdit du pape Innocent III. Comme Thomas Becket en Angleterre, Guillaume se rangea du côté de la loi de Dieu contre la raison d'État, au risque de déplaire au souverain.[27]
Le prédicateur contre l'hérésie albigeoise
Le catharisme et la fracture du royaume
L'épiscopat de Guillaume se déroule au moment où le catharisme — l'hérésie dite des Albigeois — gagne du terrain. Ce dualisme, qui opposait un dieu bon du monde spirituel à un dieu mauvais créateur de la matière, niait l'Incarnation, les sacrements et la bonté de la Création.[28] L'archevêque de Bourges, primatial d'Aquitaine, se trouvait aux portes des terres contaminées.
Convertir plutôt que condamner
Réputé grand prédicateur, Guillaume choisit l'arme de la parole et de la douceur. Les sources lui attribuent la conversion de nombreux Albigeois de son diocèse, ramenés à la foi catholique non par la contrainte mais par la persuasion et l'exemple d'une vie sainte.[29] Il anticipait ainsi, à sa manière, la grande intuition de saint Dominique et de saint François d'Assise, ses contemporains : on ne réfute pas l'austérité hérétique par le luxe, mais par une sainteté plus vraie et plus pauvre.
Le projet de mission interrompu
À la fin de sa vie, Guillaume se préparait à porter lui-même la prédication au cœur des terres albigeoises, dans le cadre de la croisade qui s'annonçait contre l'hérésie.[30] Il rassemblait ses forces pour cette mission lorsque la mort le surprit — comme s'il était tombé au seuil du combat, l'arme à la main.
La mort d'un saint (10 janvier 1209)
Mourir sur la cendre
Le récit traditionnel de sa mort, transmis par les hagiographes, est d'une grande beauté. Sentant sa fin venir, Guillaume voulut mourir en pénitent : il se fit étendre sur la cendre, revêtu de son cilice, à la manière des moines de son temps qui rendaient l'âme à terre, et il s'éteignit en prière, un peu après minuit, dans la nuit du 10 janvier 1209.[31]
Ainsi mourut l'archevêque comme avait vécu le moine : dépouillé, par terre, le regard tourné vers Dieu. Il avait environ cinquante-neuf ans.
« Je suis entré nu dans ce monde, et nu j'en sortirai. » — d'après Job 1, 21[32]
Les funérailles et le tombeau
Le corps de Guillaume fut enseveli dans sa cathédrale Saint-Étienne de Bourges, l'admirable édifice gothique alors en pleine construction.[33] Son tombeau devint aussitôt un lieu de pèlerinage, car les miracles s'y multiplièrent. Le peuple du Berry l'avait reconnu pour saint avant même que Rome ne le proclamât.
Miracles, canonisation et culte
Dix-huit miracles avant, dix-huit après
La tradition hagiographique rapporte un détail remarquable : on attribua à Guillaume dix-huit miracles de son vivant et dix-huit autres après sa mort, parmi lesquels des guérisons de sourds, d'aveugles et d'aliénés survenues à son tombeau.[34] Ces prodiges, examinés lors de l'enquête de canonisation, fondèrent la reconnaissance officielle de sa sainteté.
La canonisation par Honorius III (1218)
Neuf ans seulement après sa mort, le pape Honorius III canonisa Guillaume de Bourges, le 17 mai 1218.[35] La rapidité de cette canonisation — exceptionnelle pour l'époque — témoigne de l'évidence de sa sainteté aux yeux de ses contemporains.
| Étape | Date | Acte |
|---|---|---|
| Mort de Guillaume | 10 janvier 1209 | À Bourges, sur la cendre, en prière |
| Enquête et miracles | 1209-1218 | 18 miracles de son vivant, 18 après sa mort |
| Canonisation | 17 mai 1218 | Par le pape Honorius III, neuf ans après sa mort |
| Fête liturgique | 10 janvier | Mémoire au Martyrologe romain |
Reliques, destin du tombeau et patronage
Les reliques de saint Guillaume furent vénérées à la cathédrale de Bourges durant tout le Moyen Âge. Selon la tradition locale, sa châsse souffrit gravement pendant les guerres de Religion, lorsque la ville de Bourges fut prise par les protestants en 1562 et sa cathédrale saccagée.[36] La mémoire du saint, elle, ne fut jamais effacée : il est resté l'un des grands patrons de l'Église de Bourges, et la tradition universitaire le compte parmi les patrons de l'ancienne Université de Paris, où il avait été chanoine.[37]
La spiritualité de saint Guillaume
Le moine qui resta moine
La leçon centrale de saint Guillaume tient en une fidélité : il resta moine jusque sous la mitre. Sa sainteté n'est pas dans des révélations extraordinaires ni dans une œuvre théologique — il n'a guère laissé d'écrits —, mais dans la cohérence absolue entre ce qu'il avait promis à Dieu dans le cloître et ce qu'il vécut au gouvernement des âmes. La dignité ne le changea pas ; elle ne fit que donner à sa pénitence un théâtre plus large.
La douceur envers les pécheurs
Second trait : la douceur. Dur pour lui-même jusqu'au cilice perpétuel, il fut d'une mansuétude inépuisable pour les faibles, les tombés, les hérétiques mêmes. Il convertissait par bonté ce que d'autres voulaient briser par la force. En cela, il appartient à la même famille spirituelle que les grands maîtres de la douceur et annonce la méthode apostolique des Ordres mendiants.
L'amour des pauvres comme présence du Christ
Troisième trait : l'amour des pauvres. Pour Guillaume, le pauvre, le prisonnier, le malade n'étaient pas des destinataires d'aumône, mais le Christ lui-même rencontré dans les petits. Son cilice et sa charité sont les deux faces d'une même médaille : un homme qui se retranche tout pour pouvoir tout donner.
« Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. » — parole de Jésus rapportée par saint Paul, Actes des Apôtres 20, 35[38]
Pourquoi (re)lire saint Guillaume aujourd'hui ?
Saint Guillaume de Bourges parle à notre temps d'une voix singulière. À une époque qui confond souvent autorité et privilège, il rappelle que gouverner dans l'Église, c'est servir et se dépouiller davantage, non se servir. À une culture qui oppose la fermeté doctrinale et la douceur pastorale, il montre qu'on peut combattre l'erreur sans mépriser l'errant : intraitable sur la vérité, désarmant de tendresse avec les personnes. Et à des chrétiens tentés par la tiédeur, ce seigneur devenu mendiant volontaire enseigne que la sainteté commence là où l'on renonce pour donner.
Le moine qui mourut sur la cendre, après avoir refusé trois fois les honneurs et les avoir portés comme une croix, demeure l'un des plus purs visages de l'épiscopat médiéval : un pasteur que rien ne sépara jamais de son Dieu.
Pour aller plus loin
- Saint Bernard de Clairvaux — le grand docteur cistercien dont l'esprit anima l'abbaye de Pontigny où Guillaume se fit moine.
- Saint Étienne Harding — le fondateur de Cîteaux et de la Charte de charité, racine de l'ordre auquel Guillaume appartint.
- Saint Dominique — le contemporain de Guillaume qui fit de la prédication doublée de pauvreté l'arme contre l'hérésie cathare.
- Saint François d'Assise — l'autre grand réformateur contemporain, qui répondit au catharisme par la pauvreté évangélique.
- Saint Hugues de Grenoble — un autre évêque-moine, modèle d'austérité épiscopale antérieur à Guillaume.
- Saint Thomas Becket — l'archevêque martyr qui défendit, comme Guillaume, les droits de l'Église contre le pouvoir royal.
Notes et références
Guillaume de Donjeon, dit Guillaume de Bourges ou Guillaume Berruyer, naquit vers 1150 dans la famille des comtes de Nevers, fut chanoine puis moine de Grandmont et cistercien à Pontigny, et mourut archevêque de Bourges le 10 janvier 1209. Cf. New Catholic Encyclopedia, « William of Bourges, St. » (encyclopedia.com) ; EWTN, « St. William of Bourges » ; VaticanSite, « St William of Bourges or Donjeon » (« also referred to as Saint William of Donjeon and St William the Confessor, was Archbishop of Bourges from 1200 until 1209 »). Certaines notices populaires donnent une naissance vers 1155 ; la New Catholic Encyclopedia retient v. 1150.
1Comme archevêque, Guillaume « always wore a hair shirt under his religious habit, and never added to his clothing in winter or diminished it in summer; he never ate any flesh meat » (« portait toujours un cilice sous son habit religieux, n'ajoutait rien à son vêtement l'hiver ni n'en retranchait l'été, et ne mangeait jamais de viande »). Cf. Sanctoral.com, « Saint William, Archbishop of Bourges » (d'après Alban Butler).
2Guillaume « died while preparing to participate in a crusade against the Albigenses » (« mourut alors qu'il se préparait à participer à une croisade contre les Albigeois »). Cf. New Catholic Encyclopedia, « William of Bourges, St. ». Le récit traditionnel précise qu'il mourut étendu sur la cendre, dans son cilice, en prière (cf. footnote [^mort-detail]).
3Guillaume était « member of a noble family of Nevers » / « of the family of the Counts of Nevers » (« membre d'une famille noble de Nevers » / « de la famille des comtes de Nevers »). Cf. New Catholic Encyclopedia, « William of Bourges, St. » ; Catholic Online, « St. William of Bourges » ; CatholicSaints.Info, « Saint William of Bourges » (« Member of the family of the Counts of Nevers »).
4La New Catholic Encyclopedia donne « b. Arthel, France, 1150 » (naissance à Arthel, près de Nevers) ; plusieurs notices indiquent simplement Nevers. Arthel est un village du Nivernais (actuel département de la Nièvre).
5Selon CatholicSaints.Info, « Saint William of Bourges », son père Baldwin (Baudoin) le destinait d'abord à une carrière militaire (« his father Baldwin intended a military career for him »).
6Le saint est appelé Guillaume de Donjeon (du nom d'une seigneurie familiale) et Guillaume Berruyer (« le Berruyer », par référence au Berry, dont Bourges est la capitale). Cf. VaticanSite, « St William of Bourges or Donjeon » ; New Catholic Encyclopedia (« William de Donjeon »).
7Guillaume « was educated by his uncle, Peter, Archdeacon of Soissons » (« fut élevé par son oncle Pierre, archidiacre de Soissons »). Cf. VaticanSite, « St William of Bourges or Donjeon » ; Catholic Online, « St. William of Bourges » (« studied under his uncle, Peter, the archdeacon of Soissons »). Plusieurs notices précisent qu'il s'agit de son oncle maternel, parfois surnommé « Pierre l'Ermite » pour ses austérités.
8Évangile selon saint Luc 14, 33 : « Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple. » Texte évangélique cité comme clé de lecture de la vocation de Guillaume (renoncement progressif aux honneurs).
9Guillaume fut « canon of Soissons and then of Paris » (« chanoine de Soissons puis de Paris »). Cf. New Catholic Encyclopedia, « William of Bourges, St. » ; EWTN, « St. William of Bourges » (« appointed as a canon of Soissons... He held the same position in Paris »).
10Avant de devenir cistercien, Guillaume entra dans l'ordre de Grandmont, réputé pour son austérité (« monk in the Order of Grandmont, noted for austerities »). Cf. CatholicSaints.Info, « Saint William of Bourges » ; EWTN, « St. William of Bourges » (« entered the monastery of Grandmont »). L'ordre de Grandmont, fondé par saint Étienne de Muret (✝ 1124), prônait une pauvreté et un retrait extrêmes.
11Guillaume quitta Grandmont en raison des divisions qui agitaient la communauté (« moved to a Cistercian monastery when divisions in the community became a distraction »). Cf. Catholic Online, « St. William of Bourges ». Au XIIᵉ siècle, l'ordre de Grandmont connut de violentes querelles internes entre clercs et frères convers.
12Guillaume rejoignit l'ordre cistercien à l'abbaye de Pontigny (l'une des quatre premières filles de Cîteaux), « joined the Cistercians at Pontigny in 1167 » selon la New Catholic Encyclopedia. Pontigny avait accueilli l'archevêque exilé Thomas Becket (1164-1166).
13Guillaume devint prieur de Pontigny (« became Prior of Pontigny Abbey »). Cf. Sanctoral.com, « Saint William, Archbishop of Bourges » ; VaticanSite, « St William of Bourges or Donjeon ».
14Guillaume fut abbé de Fontaine-Saint-Jean (Fontaine-Jean), abbaye cistercienne du diocèse de Sens, à partir de 1184 selon la New Catholic Encyclopedia (« In 1184 he became abbot of Fontaine Saint-Jean »). Plusieurs notices situent cet abbatiat « in Sens ». Cf. EWTN, Catholic Online (« abbot of Fontaine-Jean, in Sens »).
15Guillaume devint ensuite abbé de Chaalis (Châalis), près de Senlis, en 1187 selon la New Catholic Encyclopedia (« then of Châlis in 1187 ») et VaticanSite (« then of Chalis in 1187 »). Chaalis, fondation royale, était l'une des abbayes cisterciennes les plus prospères du domaine capétien.
16L'archevêque de Bourges Henri de Sully mourut en 1200 (septembre 1200 selon Catholic-Hierarchy et GCatholic, qui marquent la date exacte comme incertaine ; la liste épiscopale donne son pontificat 1183-1200). La New Catholic Encyclopedia précise que Guillaume fut nommé archevêque le 23 novembre 1200. Le chapitre demanda à Eudes (Eudo) de Sully, évêque de Paris et frère du défunt, de choisir parmi des candidats cisterciens.
17Selon le récit hagiographique, les noms de trois abbés cisterciens furent inscrits sur des billets déposés sur l'autel ; après la prière, Eudes, évêque de Paris, tira le nom de Guillaume, abbé de Chaalis. Cf. VaticanSite, « St William of Bourges or Donjeon » (« names of three [abbots] were placed on parchment slips on the altar, with Eudo, Bishop of Paris, drawing William's name after prayer »).
18Guillaume, réticent à quitter sa vie de moine, ne fut décidé à accepter que par deux ordres d'obéissance : celui de son supérieur religieux (le chapitre général cistercien) et celui du pape lui-même. Cf. Catholic Online, « St. William of Bourges » (« It took two orders of obedience, one from his religious superior and another from the pope himself, to convince him to accept the role ») ; Sanctoral.com (« accepting only under papal and Cistercian orders »).
19Évangile selon saint Jean 15, 16 : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi ; mais c'est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit. » Parole évangélique citée pour éclairer le sens de l'élection « par le sort » comme appel de Dieu.
20Guillaume fut nommé/sacré archevêque de Bourges en 1200 (la New Catholic Encyclopedia précise « On Nov. 23, 1200, he was named archbishop of Bourges » ; EWTN : « receiving consecration in 1200 »). Il conserva sur le siège épiscopal les pratiques monastiques cisterciennes.
21Détail répété par les sources : Guillaume portait en permanence le cilice, ne mangeait jamais de viande et n'adaptait pas son vêtement aux saisons. Cf. Sanctoral.com (Alban Butler) ; VaticanSite (« always wore a hair-shirt under his religious habit »). « In his bishopric he lived with strictest regularity and austerity » (New Catholic Encyclopedia).
22Guillaume « defended clerical rights against the state, cared personally for the poor, sick, imprisoned and debauched » (« défendit les droits du clergé contre l'État, prit personnellement soin des pauvres, des malades, des prisonniers et des dévoyés »). Cf. CatholicSaints.Info, « Saint William of Bourges » ; EWTN (« concern for the poor »).
23Évangile selon saint Matthieu 25, 40 : « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » Texte évangélique fondateur de la charité chrétienne envers les pauvres.
24Évangile selon saint Jean 10, 11 : « Moi, je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » Image classique du pasteur appliquée à l'épiscopat de Guillaume.
25Guillaume « distinguished himself by... the defense of the rights of the Church against the French crown » (« se distingua par la défense des droits de l'Église contre la couronne de France »). Cf. EWTN, « St. William of Bourges » ; Catholic Online (« the defense of the rights of the Church against the French crown »).
26Le pontificat d'Innocent III et l'épiscopat de Guillaume coïncident avec le conflit entre le roi Philippe II Auguste et le Saint-Siège, à propos de la répudiation d'Ingeburge de Danemark au profit d'Agnès de Méran ; le royaume fut frappé d'interdit (1200). Plusieurs notices relient l'attitude de Guillaume à ce conflit (« angered King Philippe II regarding his remarriage to Agnès de Méranie »). Le parallèle avec Thomas Becket est éditorial.
27Le catharisme (hérésie dite albigeoise) est un dualisme médiéval opposant un principe bon (le monde spirituel) à un principe mauvais (la matière, le créateur du monde visible), niant l'Incarnation, les sacrements et la bonté de la Création. Contexte historique de la lutte de Guillaume et, peu après, de la croisade albigeoise (1209-1229).
28Guillaume, « a great preacher », eut « success in converting many members of the Albigensian heresy » / « converted many Albigensians in his diocese to orthodox Christianity » (« convertit de nombreux Albigeois de son diocèse à la foi orthodoxe »). Cf. EWTN, « St. William of Bourges » ; CatholicSaints.Info ; Catholic Online.
29Guillaume mourut « while preparing to participate in a crusade against the Albigenses » (« alors qu'il se préparait à participer à une croisade contre les Albigeois »). Cf. New Catholic Encyclopedia, « William of Bourges, St. ». La croisade albigeoise commença en 1209, année même de sa mort.
30Le récit traditionnel (Alban Butler) rapporte que Guillaume, sentant sa mort venir, se fit étendre sur la cendre, vêtu de son cilice (« laid on ashes in his hair cloth »), et mourut en prière, « a little past midnight, on the morning of January 10, 1209 » (« un peu après minuit, au matin du 10 janvier 1209 »). Cf. Sanctoral.com ; VaticanSite. La mort sur la cendre, en forme de pénitence, était une coutume monastique du temps.
31Job 1, 21 : « Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j'y retournerai. » Verset biblique évoquant le dépouillement total, en écho à la mort de Guillaume sur la cendre.
32Guillaume fut enseveli dans la cathédrale Saint-Étienne de Bourges, alors en construction (chantier gothique majeur des XIIᵉ-XIIIᵉ siècles, aujourd'hui inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO). Son tombeau devint un lieu de pèlerinage en raison des miracles qui s'y produisirent. Cf. Sanctoral.com (« miracles at his tomb in Bourges Cathedral »).
33« Witnesses claim he performed 18 miracles during his life, and another 18 after his death » (« des témoins affirment qu'il accomplit 18 miracles de son vivant et 18 autres après sa mort »). Cf. CatholicSaints.Info, « Saint William of Bourges » ; Catholic Online (« eighteen miracles during his life, and another eighteen after his death »). Sanctoral.com mentionne des guérisons de sourds, d'aveugles et d'aliénés à son tombeau.
34Guillaume fut canonisé par le pape Honorius III le 17 mai 1218, neuf ans après sa mort. Cf. New Catholic Encyclopedia, « William of Bourges, St. » (« Pope Honorius III canonized him on May 17, 1218 »). Quelques notices écrivent 1217 ; la date du 17 mai 1218 est celle de la New Catholic Encyclopedia. Selon la tradition, le pape Innocent III aurait d'abord reconnu son culte avant la canonisation par son successeur.
35La cathédrale de Bourges fut prise et saccagée par les protestants en 1562, au début des guerres de Religion ; selon la tradition locale, la châsse de saint Guillaume souffrit de ces destructions. (Fait du saccage de Bourges en 1562 historiquement attesté ; le détail précis sur la châsse relève de la tradition locale et reste à confirmer sur source primaire.)
36Saint Guillaume de Bourges est compté parmi les patrons de l'ancienne Université de Paris, où il avait été chanoine. Cf. Newman Connection, « Saint William of Bourges » ; Catholic Online (« Patron Saint of the University of Paris »).
37Actes des Apôtres 20, 35 : « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir », parole du Seigneur Jésus rapportée par saint Paul aux anciens d'Éphèse. Verset cité pour éclairer la charité de Guillaume envers les pauvres.
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