Saint Hugues de Grenoble (1053-1132)

Saint Hugues de Grenoble (1053-1132) : élu évêque à 27 ans avant d'être ordonné puis consacré par Grégoire VII, réformateur de son diocèse pendant 52 ans, donateur de la Chartreuse à saint Bruno en 1084, mort le 1er avril 1132 et canonisé en 1134.

Ignispedia

Au cœur du XIe siècle, tandis que l'Église d'Occident se redresse sous l'impulsion de la réforme grégorienne, un jeune chanoine du Dauphiné est arraché à l'obscurité pour devenir, presque malgré lui, l'un des grands évêques de son siècle : saint Hugues de Grenoble. Élu à vingt-sept ans, alors qu'il n'était pas encore ordonné, il reçut la consécration des mains de saint Grégoire VII et trouva un diocèse en ruine — rongé par la simonie, le mariage des clercs et la confiscation des biens ecclésiastiques. Pendant cinquante-deux ans, il s'épuisa à le relever.

Mais l'histoire a surtout retenu un geste : en 1084, cet évêque accueillit un maître de Reims devenu ermite, saint Bruno, qu'il avait vu en songe sous l'image de sept étoiles, et lui donna un désert sauvage de ses montagnes. De ce don naquit la Grande Chartreuse et, avec elle, l'ordre des Chartreux. Sa vocation, son combat réformateur, sa fuite au monastère, sa spiritualité de larmes et de pénitence, sa charité et le culte qui s'attacha aussitôt à sa mémoire en font une figure majeure de la réforme grégorienne.

Une jeunesse dauphinoise et l'appel de la réforme

Naissance à Châteauneuf

Hugues naît vers 1052-1053 à Châteauneuf — l'actuel Châteauneuf-sur-Isère, près de Valence —, dans le comté d'Albon qui deviendra le Dauphiné[1]. Son père, Odilon de Valence, est un homme de condition, chevalier au service des seigneurs du pays ; sa mère, dirigée par son fils, servit Dieu dans sa propre maison par la prière, le jeûne et d'abondantes aumônes[2]. Le détail le plus frappant de cette famille tient à son père : sur les conseils de son propre fils, Odilon entrera à la Grande Chartreuse à plus de quatre-vingts ans, y vivra en moine dix-huit ans et y mourra centenaire — preuve que la sainteté d'Hugues fut d'abord un rayonnement familial[3].

Le chanoine de Valence

Le jeune Hugues est remarqué très tôt pour sa gravité, sa pureté et son amour de l'étude. On le fait chanoine de la cathédrale de Valence alors qu'il n'est pas encore ordonné[4]. Sa chasteté est telle que ses biographes diront de lui qu'il « ne connaissait qu'une seule femme de vue » — manière médiévale de souligner une innocence sans faille au milieu d'un clergé alors souvent relâché[5].

« Aucune vertu ne brille d'un plus vif éclat avec le savoir que la modestie. » — réflexion de Butler sur l'humilité du jeune chanoine, qui joignit toute sa vie la science à l'humilité[6]

Dans le sillage de la réforme grégorienne

La haute taille, la prestance et la réputation du jeune chanoine attirent l'attention d'un des grands artisans de la réforme : Hugues de Die, alors évêque de Die et légat du pape en Gaule, futur archevêque de Lyon[7]. Ce légat intransigeant, bras armé de Grégoire VII contre la simonie et l'investiture laïque, prend Hugues dans son entourage et l'associe à son œuvre. C'est à cette école que le futur évêque apprend ce que signifie une Église libre, purifiée du trafic des charges sacrées et de l'emprise des puissants. Le mouvement grégorien — ce vaste effort du siège de Pierre pour rendre à l'Église sa liberté et sa sainteté — deviendra le combat de toute sa vie[8].

L'évêque malgré lui (1080)

Le concile d'Avignon et l'élection

Les principaux lieux de la vie de saint Hugues : du Dauphiné à Rome, puis de Grenoble au désert de Chartreuse. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1080, un concile se tient à Avignon pour pourvoir au siège vacant — et fort délabré — de Grenoble. Les Pères, frappés par la réputation du jeune chanoine, le désignent comme évêque. Hugues n'a que vingt-sept ans et n'est pas encore ordonné[9]. Il résiste, se juge indigne ; on passe outre ses refus. La localisation avignonnaise est la mieux attestée : la Catholic Encyclopedia (article « Councils of Avignon ») confirme qu'en 1080 un concile s'y tint sous la présidence du légat Hugues de Die et qu'Hugues de Grenoble fut du nombre des trois évêques élus conduits à Rome pour y être consacrés par Grégoire VII ; la variante lyonnaise de la New Catholic Encyclopedia (un « synode de Lyon ») reste isolée et s'explique vraisemblablement par la promotion d'Hugues de Die au siège de Lyon en 1081[10].

La consécration par Grégoire VII

Conduit à Rome, Hugues y est ordonné et reçoit la consécration épiscopale des mains mêmes du pape saint Grégoire VII, l'âme de la réforme[11]. Ce lien direct avec le pontife réformateur n'est pas anecdotique : il scelle la mission d'Hugues. Il ne sera pas un évêque féodal de plus, installé par un prince et soumis à ses intérêts ; il sera l'homme du Siège apostolique dans une province à reconquérir pour Dieu.

Un diocèse en ruine

De retour à Grenoble, le nouvel évêque mesure l'ampleur du désastre. Le diocèse est dans un état spirituel et matériel effrayant : ignorance du clergé et du peuple, simonie (trafic des fonctions sacrées), nicolaïsme (mariage et concubinage des prêtres), abandon des âmes, et surtout spoliation massive des biens de l'Église, dont les seigneurs laïcs se sont emparés[12]. Les revenus de l'évêché ont fondu, les usages chrétiens se sont effacés, et la foi elle-même semble en sommeil.

Le diocèse de Grenoble en 1080Ce qu'Hugues entreprend
Clergé ignorant, peu instruit de la foiPrédication assidue, instruction, exigence morale du clergé
Simonie : charges sacrées achetées et venduesApplication stricte des décrets grégoriens contre la simonie
Nicolaïsme : prêtres mariés ou concubinairesRappel de la continence cléricale, discipline restaurée
Biens d'Église usurpés par les seigneursReconquête patiente du patrimoine, mise par écrit des droits (cartulaires)
Foi assoupie, pratique relâchéePénitence publique, larmes, exemple personnel d'austérité

Le réformateur grégorien

La guerre à la simonie et au nicolaïsme

Les trois fronts de la réforme grégorienne dans le diocèse de Grenoble : simonie, nicolaïsme et biens usurpés. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Hugues se met aussitôt à la tâche. Il prêche sans relâche, exige des clercs une vie digne, traque la simonie et combat le concubinage des prêtres. Son arme la plus forte n'est pas l'autorité, mais l'exemple : un évêque qui jeûne, qui pleure ses péchés et ceux de son peuple, qui ne possède rien en propre, désarme les résistances mieux qu'aucun décret. Peu à peu, le visage du diocèse change.

La reconquête du patrimoine de l'Église

Une part considérable de son effort consiste à récupérer les biens ecclésiastiques que des laïcs s'étaient appropriés au fil des décennies de relâchement. Pour cela, Hugues fait mettre par écrit les droits, les donations et les limites des possessions de son Église : les cartulaires de Saint-Hugues comptent aujourd'hui parmi les sources précieuses de l'histoire du Dauphiné médiéval[13]. Restituer à l'Église ce qui lui revenait n'était pas, pour lui, une affaire d'argent, mais de justice : les biens de l'Église sont le patrimoine des pauvres.

La tentation de la fuite : le moine de la Chaise-Dieu

Le poids de la charge accable cet homme épris de solitude. Après environ deux ans d'épiscopat, découragé par la lenteur de la réforme et attiré par la vie cachée, Hugues abandonne secrètement son siège, présumant du consentement tacite du Saint-Siège, et se retire à l'abbaye bénédictine de la Chaise-Dieu, en Auvergne[14]. Il y revêt l'habit monastique et y goûte enfin le silence dont il rêvait.

Mais le pape veille. Grégoire VII lui ordonne de reprendre sa crosse : un évêque ne s'appartient pas, il appartient à son peuple. Hugues obéit, après une année environ de vie monastique, et rentre à Grenoble[15]. Cette fuite, comme sa demande ultérieure au pape Innocent II, révèle le ressort profond de son âme : un moine contrarié, retenu de force sur un trône épiscopal pour le bien des âmes.

Saint Hugues et la naissance de la Grande Chartreuse (1084)

Le songe des sept étoiles

Le songe des sept étoiles : Hugues reconnaît dans Bruno et ses six compagnons l'accomplissement de sa vision. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1084, un maître célèbre des écoles de Reims, Bruno de Cologne, ayant tout quitté pour chercher Dieu dans la solitude, se présente à l'évêque de Grenoble avec six compagnons. Or, peu auparavant, Hugues avait eu un songe : il avait vu Dieu se bâtir une demeure dans un lieu désert de ses montagnes, et sept étoiles lui montrant le chemin[16]. En voyant arriver ces sept hommes, il reconnut aussitôt l'accomplissement de sa vision.

« L'évêque, à qui Dieu avait montré ces hommes en songe sous l'image de sept étoiles, les conduisit et les installa lui-même (1084) dans un lieu sauvage des Alpes du Dauphiné nommé Chartreuse. » — la Catholic Encyclopedia (« St. Bruno ») sur la rencontre fondatrice de l'ordre[17]

Le don du désert de Chartreuse

Saint Hugues recevant saint Bruno : vitrail de la chapelle Saint-Hugues à Grenoble, par Alexandre Debelle, XIXe siècle. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Hugues conduit lui-même Bruno et ses compagnons dans un lieu sauvage, rocheux et enneigé des Alpes du Dauphiné, nommé Chartreuse, et le leur donne pour qu'ils y vivent selon leur idéal de silence et de pénitence[18]. De ce don naît la Grande Chartreuse, maison mère et berceau de l'ordre des Chartreux — l'un des ordres les plus austères et les plus stables de l'histoire de l'Église, dont on a pu dire qu'il ne fut « jamais réformé parce que jamais déformé »[19]. L'évêque de Grenoble est donc, après Bruno, le second fondateur de la Chartreuse : sans son accueil et sa générosité, l'aventure cartusienne n'aurait pas eu de terre où prendre racine. Sur la vie même de l'ermite de Reims, voir saint Bruno le Chartreux.

Une amitié et une vocation contrariée

Entre l'évêque et les ermites se noue une amitié spirituelle profonde. Hugues descend souvent au désert de Chartreuse pour y prier et y goûter la paix qu'il n'a pas dans son palais. Il aime tant cette vie qu'il supplia le pape Innocent II de lui permettre de résigner son évêché pour mourir dans la solitude ; il ne put jamais obtenir cette permission[20]. Toute sa vie, Hugues portera ainsi en lui un déchirement : l'âme d'un contemplatif enfermée dans les devoirs d'un pasteur.

La spiritualité de saint Hugues

Pénitence, larmes et prière

Saint Hugues fut avant tout un pénitent. Le don des larmes l'accompagna : le souvenir de l'amour divin, ou celui de ses propres misères spirituelles et de celles des autres, lui tirait souvent des flots de larmes — il pleurait ses propres fautes, qu'il jugeait énormes, et les péchés de son peuple. La prière était sa respiration ; quand, à la fin de sa vie, sa mémoire défaillit au point de tout oublier, il retenait encore le psautier et le Pater, qu'il récitait avec dévotion presque sans relâche, et l'on rapporte qu'il répéta l'oraison dominicale jusqu'à trois cents fois en une nuit[21].

« Cette vie nous est tout entière donnée pour pleurer et faire pénitence, non pour de vains discours. » — saint Hugues de Grenoble[22]

Les épreuves intérieures

La sainteté d'Hugues ne fut pas un long fleuve tranquille. Pendant une grande partie de sa vie, il fut tourmenté par d'importunes pensées blasphématoires contre la divine providence, et il souffrit les plus rudes tentations intérieures. Ses biographes voient dans ces assauts une permission divine pour le purifier et le couronner.

« Cet ange de Satan ne lui fut permis par Dieu, dans sa douce miséricorde, que pour le frapper, seulement pour son épreuve et sa couronne. » — le pape saint Grégoire VII à Hugues, paroles qui le consolèrent grandement[23]

À ces combats spirituels s'ajoutaient des souffrances du corps : des maux de tête violents et des maux d'estomac chroniques le minèrent des années durant.

« Dans les plus vives douleurs, il ne laissa jamais échapper une parole de plainte et ne parla jamais de ce qu'il souffrait ; tout son souci semblait être pour les autres. » — Butler, Vies des saints[24]

La charité envers les pauvres

Pendant une famine, Hugues vend un calice d'or et des ornements épiscopaux pour secourir les affamés. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'amour des pauvres fut l'autre grand trait de sa sainteté. Pendant une famine, ne sachant comment nourrir les affamés qui se pressaient à sa porte, Hugues vendit un calice d'or et une partie des ornements de son évêché pour les secourir[25]. Pour lui, l'or des autels n'était jamais aussi bien employé que lorsqu'il devenait du pain pour le Christ souffrant dans ses membres.

« La vanité et les affections déréglées suffisent à damner une âme. Ce n'est que par la divine miséricorde que nous pouvons espérer être sauvés. » — saint Hugues de Grenoble[26]

Mort, canonisation et culte

La mort (1132)

Usé par cinquante-deux ans d'épiscopat, par les jeûnes, les veilles et les maladies, Hugues s'éteint à Grenoble le 1er avril 1132[27]. Il meurt deux mois avant ses quatre-vingts ans, après cinquante-deux ans d'épiscopat — une durée exceptionnelle pour l'époque, presque entièrement consacrée à relever un diocèse qu'il avait trouvé en cendres.

La canonisation par Innocent II et la Vita de Guigues

Repères chronologiques de la vie de saint Hugues : naissance, élection, consécration, retraite, Chartreuse, mort et canonisation. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Des miracles attestèrent la sainteté de sa mort, et le culte de l'évêque fut si vif que sa canonisation suivit de très près : le pape Innocent II le proclama saint par une bulle datée du 22 avril 1134, deux ans seulement après son décès[28]. C'est ce même pape qui demanda à Guigues Ier (Guigo I), cinquième prieur de la Grande Chartreuse et grand législateur de l'ordre, d'écrire la Vie de saint Hugues : cette Vita est la source primaire de tout ce que nous savons du saint, et un témoignage de première main, écrit par un familier qui l'avait connu et aimé[29].

Repères chronologiquesDate
Naissance à Châteauneuf (Dauphiné)vers 1052-1053
Chanoine de Valence, puis dans l'entourage du légat Hugues de Dievers 1075-1080
Élu évêque de Grenoble au concile d'Avignon1080
Consacré à Rome par Grégoire VII1080
Retraite à l'abbaye de la Chaise-Dieu, puis retour sur ordre du papevers 1082-1083
Accueil de saint Bruno : don du désert de Chartreuse1084
Mort à Grenoble1er avril 1132
Canonisation par Innocent II22 avril 1134

Reliques et culte

Regardé à Grenoble comme son patron, saint Hugues y fut vénéré durant des siècles dans sa cathédrale[30]. Mais en 1562, au cœur des guerres de Religion, la ville tomba aux mains des huguenots du baron des Adrets et son corps fut brûlé, dispersant ses reliques[31]. La haine iconoclaste n'effaça pourtant pas sa mémoire : sa fête, fixée au 1er avril, demeure inscrite au calendrier, et son nom reste à jamais lié à celui de la Chartreuse qu'il fit naître.

Pourquoi lire saint Hugues aujourd'hui ?

À neuf siècles de distance, la figure de saint Hugues garde une force singulière. Il enseigne d'abord que l'on peut relever ce qui semble perdu : un diocèse en ruine, un clergé corrompu, une foi assoupie ne sont jamais hors d'atteinte de la grâce, pourvu qu'un pasteur accepte de s'y user pendant cinquante-deux ans. Il montre ensuite que la sainteté traverse les épreuves intérieures : tentations contre la providence divine et maladies n'ont pas brisé Hugues, elles l'ont purifié. Il rappelle enfin que l'humilité est plus féconde que le pouvoir : cet homme qui ne rêvait que de fuir au désert, et que l'obéissance retint de force sur son siège, fit plus de bien en restant qu'il n'en aurait fait en partant — et c'est en accueillant la vocation d'un autre, Bruno, qu'il offrit à l'Église l'un de ses plus purs joyaux.

« Cette vie nous est tout entière donnée pour pleurer et faire pénitence. » — telle pourrait être, en une phrase, la leçon que saint Hugues laisse à tout chrétien : se savoir pécheur, espérer dans la seule miséricorde, et donner aux pauvres jusqu'à l'or des autels[32].

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. L'année de naissance diverge selon les sources : Encyclopedia.com (« Hugh of Grenoble, St. », New Catholic Encyclopedia) donne « b. Châteauneuf-d'Isère, Dauphiné, France, 1052 » ; Butler intitule sa notice « 1053-1132 » mais écrit que le saint mourut le 1er avril 1132 « wanting only two months of being eighty years old », ce qui conduit aussi à 1052 ; la publication officielle des chartreux, A Dwelling Place Worthy of God (Chartreuse de la Transfiguration, 2018, Carthusian Booklets Series n° 23), donne elle aussi « in the year 1052 ». Wikipédia (« Hugh of Châteauneuf ») retient 1053, date conservée dans le titre par convention. D'où : « vers 1052-1053 ». Lieu : Châteauneuf, l'actuel Châteauneuf-sur-Isère, près de Valence, dans le comté d'Albon qui formera le Dauphiné.

    1
  2. Son père est Odilon (Odilo) de Valence, chevalier (Wikipédia, « Hugh of Châteauneuf » : « His father was Odilo of Valence »). Sur sa mère, Butler (Lives of the Saints, EWTN) écrit : « his mother, who had for many years, under his direction, served God in her own house, by prayer, fasting, and plenteous alms-deeds » (« sa mère, qui pendant de longues années, sous sa direction, avait servi Dieu dans sa propre maison, par la prière, le jeûne et d'abondantes aumônes »).

    2
  3. Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « By the advice of his son, St. Hugh, he afterwards became a Carthusian monk, when he was upwards of fourscore years old, and lived eighteen years in great humility and austerity under St. Bruno and his successors, in the Great Chartreuse, where he died one hundred years old » (« Sur le conseil de son fils saint Hugues, il se fit ensuite moine chartreux alors qu'il avait plus de quatre-vingts ans, et vécut dix-huit ans dans une grande humilité et austérité, sous saint Bruno et ses successeurs, à la Grande Chartreuse, où il mourut âgé de cent ans »). Entré à plus de quatre-vingts ans donc — et non l'âge de sa mort —, dix-huit ans à la Chartreuse, mort centenaire.

    3
  4. Les sources divergent sur le statut exact du jeune chanoine. La New Catholic Encyclopedia (Encyclopedia.com, « Hugh of Grenoble, St. ») écrit : « Hugh's first ecclesiastical office was a canonry at the cathedral of Valence, an office he held although still a layman » ; Wikipédia (« Hugh of Châteauneuf ») : « While still a layman, Hugh was made a canon of Valence ». Butler, lui, ne parle pas de laïc : « Having chosen to serve God in an ecclesiastical state, that he might always dwell in his house and be occupied in his praises, he accepted a canonry in the cathedral of Valence ». Pour l'élection de 1080, la même encyclopédie écrit « not yet ordained » (voir [^election]). D'où le choix ici de « pas encore ordonné ».

    4
  5. De sa pureté, ses biographes disaient qu'il « ne connaissait qu'une seule femme de vue ». Cf. Wikipedia, « Hugh of Châteauneuf » : « His piety was such that it was said of him that he only knew one woman by sight. »

    5
  6. Ce n'est pas une sentence de saint Hugues mais le commentaire du narrateur chez Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « For no virtue shines brighter with learning than modesty, as nothing renders scholars more odious or despicable than haughtiness and pride » (« Car aucune vertu ne brille d'un plus vif éclat avec le savoir que la modestie, comme rien ne rend les savants plus odieux ni plus méprisables que la hauteur et l'orgueil »).

    6
  7. Au moment où il remarque le jeune chanoine, avant 1080, Hugues de Die n'est pas encore archevêque de Lyon. Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « Hugh, then Bishop of Die, but soon after Archbishop of Lyons, and also cardinal legate of the holy see » (« Hugues, alors évêque de Die, mais bientôt archevêque de Lyon, et aussi légat cardinal du Saint-Siège »). La New Catholic Encyclopedia (Encyclopedia.com) : Hugues de Die « was papal legate and later to become archbishop of Lyons ». Wikipédia (« Hugh of Die ») le fait archevêque de Lyon à partir de 1081. D'où : « alors évêque de Die et légat du pape, futur archevêque de Lyon ».

    7
  8. La réforme grégorienne, du nom du pape Grégoire VII (1073-1085), désigne le grand mouvement de purification de l'Église du XIe siècle : lutte contre la simonie (vente des charges sacrées), contre le nicolaïsme (mariage et concubinage des clercs), et contre l'investiture laïque (nomination des évêques par les princes). Hugues de Die, légat de Grégoire VII, en fut un agent zélé en Gaule, et c'est dans son sillage que saint Hugues de Grenoble s'y forma : Butler écrit du légat qu'« He employed him in extirpating simony, and in many other affairs of importance » (« Il l'employa à extirper la simonie, et à bien d'autres affaires d'importance »).

    8
  9. Au concile d'Avignon de 1080, Hugues, âgé de vingt-sept ans et non encore ordonné, fut élu évêque de Grenoble : Wikipédia (« Hugh of Châteauneuf ») : « At the Council of Avignon in 1080, he was elected bishop of Grenoble, though he was not yet ordained » ; Butler : « In 1080, the Legate Hugh held a synod at Avignon [...] The eyes of the legate and of the whole council were fixed on St. Hugh ». La New Catholic Encyclopedia (Encyclopedia.com) écrit pour sa part : « In 1080, while at a synod at Lyons, Hugh, although only 27 and not yet ordained, was elected bishop of Grenoble » — elle place donc l'élection à un synode de Lyon, et ajoute : « Ordained immediately, Hugh went to Rome and received consecration from Pope Gregory VII ». Cette localisation lyonnaise reste isolée : la Catholic Encyclopedia (« Councils of Avignon », newadvent.org/cathen/02159a.htm) confirme qu'« In 1080 a council was held under the presidency of Hugues de Dié, papal legate, in which Achard, usurper of the See of Arles, was deposed, and Gibelin put in his place. Three bishops elect (Lautelin of Embrun, Hugues of Grenoble, Didier of Cavaillon) accompanied the legate to Rome and were consecrated there by Pope Gregory VII » ; la publication officielle des chartreux (A Dwelling Place Worthy of God, 2018, Carthusian Booklets Series n° 23) situe de même l'élection à « a synod at Avignon » en 1080. La mention de Lyon s'explique vraisemblablement par la promotion d'Hugues de Die à l'archevêché de Lyon en 1081 (voir [^die]). D'où le choix d'Avignon retenu dans le corps.

    9 10
  10. Conduit à Rome, Hugues reçut la consécration épiscopale du pape saint Grégoire VII lui-même, en 1080. Cf. Encyclopedia.com, « Hugh of Grenoble, St. » : « received consecration from Pope Gregory VII » ; Wikipedia, « Hugh of Châteauneuf » : « ordained by Pope Gregory VII himself ».

    11
  11. Butler (Lives of the Saints, EWTN) décrit un diocèse ravagé : ignorance profonde du peuple, « Simony and usury seemed [...] to reign almost without control. Many lands belonging to the church were usurped by laymen; and the revenues of the bishopric were dissipated ». Il ne nomme pas le nicolaïsme — pas davantage que la New Catholic Encyclopedia. Le nicolaïsme (mariage et concubinage des clercs) est en revanche attesté par Franciscan Media (« Saint Hugh of Grenoble ») : « the buying and selling of Church offices, violations of clerical celibacy, lay control of Church property, religious indifference and/or ignorance ». La New Catholic Encyclopedia résume l'épiscopat : « strenuous efforts at reform during an episcopate of 52 years were marked with success ».

    12
  12. Pour reconquérir le patrimoine ecclésiastique usurpé, Hugues fit consigner par écrit les droits et les biens de son Église ; les cartulaires de Saint-Hugues sont une source de premier ordre pour l'histoire du Dauphiné médiéval. Cf. J. Marion (éd.), Cartulaires de l'église cathédrale de Grenoble dits cartulaires de saint Hugues, Paris, Imprimerie impériale, 1869.

    13
  13. Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « After two years, imitating therein the humility of some other saints, he privately resigned his bishopric, presuming on the tacit consent of the holy see; and, putting on the habit of St. Bennet, he entered upon a noviciate in the austere abbey of Chaise-Dieu, or Casa-Dei, in Auvergne, of the reformation of Cluni » (« Après deux ans [...], il résigna secrètement son évêché, présumant du consentement tacite du Saint-Siège ; et, prenant l'habit de saint Benoît, il entra en noviciat dans l'austère abbaye de Chaise-Dieu, ou Casa-Dei, en Auvergne, de la réforme de Cluny »). L'épithète « clunisienne » vient de cette formulation du XVIIIe siècle ; les sources actuelles font de la Chaise-Dieu le chef de sa propre congrégation bénédictine (casadéenne), comptée parmi les grandes congrégations monastiques avec Cluny et Cîteaux.

    14
  14. Après environ un an de vie monastique, le pape Grégoire VII ordonna à Hugues de reprendre son siège. Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « There he lived a year a perfect model of all virtues to that house of saints, till Pope Gregory VII commanded him, in virtue of holy obedience, to resume his pastoral charge » (« Il y vécut une année, modèle parfait de toutes les vertus pour cette maison de saints, jusqu'à ce que le pape Grégoire VII lui ordonne, en vertu de la sainte obéissance, de reprendre sa charge pastorale »).

    15
  15. Avant l'arrivée de Bruno, Hugues avait eu un songe : il vit Dieu se bâtir une demeure dans un lieu désert de ses montagnes, et sept étoiles lui en montrant le chemin. Cf. Guigues Ier, Vie de saint Hugues, § 16, cité par chartreux.org : « Hugh had seen God in his dream build a house in the desert for His glory; he had also seen seven stars that showed him the way » (« Hugues avait vu en songe Dieu bâtir une maison dans le désert pour sa gloire ; il avait aussi vu sept étoiles qui lui montraient le chemin »). Voir aussi la Catholic Encyclopedia, « St. Bruno », citée en [^songe-eng].

    16
  16. Catholic Encyclopedia, « St. Bruno » (newadvent.org/cathen/03014b.htm), texte exact : « The bishop, to whom God had shown these men in a dream, under the image of seven stars, conducted and installed them himself (1084) in a wild spot on the Alps of Dauphiné named Chartreuse, about four leagues from Grenoble, in the midst of precipitous rocks and mountains almost always covered with snow » (« L'évêque, à qui Dieu avait montré ces hommes en songe sous l'image de sept étoiles, les conduisit et les installa lui-même (1084) dans un lieu sauvage des Alpes du Dauphiné nommé Chartreuse [...] »). L'article « The Carthusian Order » de la même encyclopédie ne contient pas le songe.

    17
  17. En 1084, Hugues conduisit Bruno et ses six compagnons dans un lieu sauvage, rocheux et enneigé des Alpes du Dauphiné nommé Chartreuse, et le leur donna. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Bruno » et « The Carthusian Order » ; Wikipedia, « Hugh of Châteauneuf » : « In 1084, he received Bruno of Cologne and six of his companions... and installed the seven in a snowy and rocky Alpine location called Chartreuse ». De ce don naquit la Grande Chartreuse, berceau de l'ordre des Chartreux.

    18
  18. La maxime traditionnelle appliquée à l'ordre des Chartreux — « Cartusia nunquam reformata, quia nunquam deformata » (« la Chartreuse jamais réformée, parce que jamais déformée ») — exprime la fidélité de l'ordre à son idéal primitif de solitude et de pénitence, idéal rendu possible par le don du désert de Chartreuse que fit saint Hugues en 1084. Cf. Catholic Encyclopedia, « Charterhouse » : « so that the saying that it has never been reformed because it never grew lax is justified — "Cartusia nunquam reformata, quia nunquam deformata." »

    19
  19. Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « He earnestly solicited Pope Innocent II for leave to resign his bishopric, that he might die in solitude; but was never able to obtain his request » (« Il supplia instamment le pape Innocent II de lui permettre de résigner son évêché, afin de mourir dans la solitude ; mais il ne put jamais obtenir sa demande »). Butler rapporte aussi que, Hugues s'attardant à la Chartreuse, « St. Bruno was obliged to order him to go to his flock » (« saint Bruno fut obligé de lui ordonner de rejoindre son troupeau »).

    20
  20. Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « Some time before his death he lost his memory for everything but his prayers; the psalter and the Lord's prayer he recited with great devotion, almost without intermission; and he was said to have repeated the last three hundred times in one night » (« Quelque temps avant sa mort, il perdit la mémoire de tout sauf de ses prières ; le psautier et l'oraison dominicale, il les récitait avec une grande dévotion, presque sans relâche ; et l'on dit qu'il répéta cette dernière jusqu'à trois cents fois en une nuit »).

    21
  21. Saint Hugues de Grenoble, parole rapportée par Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « This life is all given us for weeping and penance, not for idle discourses » (« Cette vie nous est tout entière donnée pour pleurer et faire pénitence, non pour de vains discours »).

    22 32
  22. C'est la parole du pape à Hugues, rapportée par Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « Pope Gregory, who was a man very well versed in the interior trial of souls, assured him that this angel of Satan was permitted by God, in his sweet mercy, to buffet him only for his trial and crown: which words exceedingly comforted the saint » (« Le pape Grégoire, homme très versé dans l'épreuve intérieure des âmes, l'assura que cet ange de Satan ne lui était permis par Dieu, dans sa douce miséricorde, que pour le frapper, seulement pour son épreuve et sa couronne : paroles qui consolèrent grandement le saint » ; cf. 2 Co 12, 7).

    23
  23. Butler (Lives of the Saints, EWTN), passage unique cité exactement : « Under the sharpest pains, he never let fall one word of complaint nor mentioned what he suffered; his whole concern seemed only to be for others. » (« Dans les plus vives douleurs, il ne laissa jamais échapper une parole de plainte et ne parla jamais de ce qu'il souffrait ; tout son souci semblait être pour les autres. »)

    24
  24. Pendant une famine, Hugues vendit un calice d'or et une partie de ses ornements épiscopaux pour secourir les pauvres. Cf. Butler, Lives of the Saints (EWTN) : « he sold, in the time of famine, a gold chalice, and part of his episcopal ornaments » pour assister les affamés.

    25
  25. Saint Hugues de Grenoble, parole rapportée par Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « Vanity and inordinate affections suffice to damn a soul. It is only through the divine mercy that we can hope to be saved. »

    26
  26. Butler (Lives of the Saints, EWTN), texte exact : « He closed his penitential course on the 1st of April, in 1132, wanting only two months of being eighty years old, of which he had been fifty-two years bishop » (« Il acheva sa course pénitente le 1er avril 1132, à deux mois de ses quatre-vingts ans, dont il avait été cinquante-deux ans évêque »). D'où : « deux mois avant ses quatre-vingts ans, après cinquante-deux ans d'épiscopat ».

    27
  27. Butler (Lives of the Saints, EWTN) : « Miracles attested the sanctity of his happy death; and he was canonized by Innocent II in 1134 » (« Des miracles attestèrent la sainteté de sa mort heureuse ; et il fut canonisé par Innocent II en 1134 »). La date précise du 22 avril 1134 ne repose plus sur la seule Wikipédia (« Hugh of Châteauneuf » : « Canonised on 22 April 1134 by Pope Innocent II, only two years after his death ») : la publication officielle des chartreux, A Dwelling Place Worthy of God (Chartreuse de la Transfiguration, 2018, Carthusian Booklets Series n° 23), l'attribue explicitement à la bulle elle-même — « In his Bull of Canonization of April 22, 1134, Innocent II took note of Hugh's activity as a Bishop [...] ».

    28
  28. La Vie de saint Hugues fut écrite par Guigues Ier (Guigo I), cinquième prieur de la Grande Chartreuse et auteur des Consuetudines Cartusiae, à la demande du pape Innocent II ; elle est la source primaire de sa biographie (Butler s'ouvre sur : « From his life, written two years after his decease, by his intimate friend Guigo, fifth prior of the Great Chartreuse, by the order of Pope Innocent II. Bollandus ad Apr. I, p. 36 »). Édition : Acta Sanctorum, Aprilis I. Cartulaires : J. Marion (éd.), Cartulaires de l'église cathédrale de Grenoble dits cartulaires de saint Hugues, Paris, Imprimerie impériale, 1869. Canonisation : bulle d'Innocent II (1134). Étude : Aurélien Le Coq, Hugues de Châteauneuf, évêque de Grenoble (1080-1132). Réforme grégorienne et pouvoir épiscopal entre Rhône et Alpes, université Paris-Est, 2015, 522 p. (HAL tel-01304778 ; référence signalée, non consultée ici).

    29
  29. Le patronage de Grenoble (ville et diocèse) n'est attesté ici que par Wikipédia (« Hugh of Châteauneuf », infobox « Patronage | Grenoble » ; « Hugues de Châteauneuf » : corps déposé dans une châsse d'argent de la cathédrale Notre-Dame, exposé à la vénération jusqu'aux guerres de Religion). Sa commémoration le 1er avril figure au Martyrologe romain et dans le diocèse de Grenoble-Vienne — références citées par Wikipédia (B. Bligny, Histoire des diocèses de France : Grenoble, Beauchesne, 1979, p. 331-333 ; nominis.cef.fr), non consultées directement ici. D'où la formulation prudente retenue dans le corps.

    30
  30. Le contexte est corroboré par la Catholic Encyclopedia (1913), article « Grenoble » : « The diocese was sorely tried by the wars of religion, especially in 1562, when the cruel Baron des Andrets acted as the Prince de Condé's lieutenant-general in Dauphiné ». Les précisions du jour (3 juin 1562) et du lieu (bûcher public place Notre-Dame) ne sont données que par Wikipédia (« Hugues de Châteauneuf », qui renvoie au Bulletin de l'Académie delphinale, 1877, p. 117, non consulté ici) : elles ont été retirées du corps en attendant une vérification directe. Sa fête demeure fixée au 1er avril.

    31