Saint Bruno le Chartreux (1030-1101)

Maître célèbre de l'école de Reims, où il forme le futur pape Urbain II, Bruno de Cologne abandonne charges et honneurs pour le désert. En 1084 il fonde la Grande Chartreuse, inventant un genre de vie inédit — des ermites en communauté — d'où naîtra l'ordre des Chartreux. Rappelé à Rome par son ancien élève devenu pape, il refuse l'archevêché de Reggio et se retire en Calabre, où il meurt en 1101. Culte étendu à toute l'Église par Grégoire XV en 1623.

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Saint Bruno est l'un des grands fondateurs du Moyen Âge, et sans doute le plus discret. Maître célèbre de l'école de Reims, où il forme pendant vingt ans l'élite cléricale de son temps — dont un futur pape, Urbain II —, il abandonne au sommet de sa réussite charges, honneurs et carrière pour se retirer au désert. En 1084, avec six compagnons, il s'enfonce dans un site sauvage des Alpes du Dauphiné, la Chartreuse, et y invente un genre de vie inédit : des ermites vivant en communauté, mariant la solitude des Pères d'Orient à la stabilité monastique d'Occident. De ce silence naîtra l'ordre des Chartreux, le seul ordre de la chrétienté qui se vante de n'avoir « jamais été réformé parce que jamais déformé ».[1][2]

Sa vie tient en un mouvement unique : fuir le monde pour trouver Dieu. Deux fois il quitte tout — d'abord Reims pour la Chartreuse, puis la Chartreuse elle-même lorsque son ancien élève devenu pape le rappelle à Rome ; et lorsqu'on lui offre l'archevêché de Reggio, il le refuse encore, pour s'enfoncer une seconde fois au désert, cette fois en Calabre, où il meurt en 1101. De lui nous restent deux lettres d'une beauté limpide, un commentaire des Psaumes et de saint Paul, et une profession de foi prononcée sur son lit de mort.[3][4]

« Quel bien, quelle joie divine la solitude et le silence du désert réservent à ceux qui les aiment ! » — Saint Bruno, Lettre à Raoul le Verd[5]

Cet article retrace la vie de Bruno — le maître de Reims, le converti, le fondateur, le conseiller du pape, l'ermite de Calabre —, puis sa spiritualité (le désert, le silence, la cellule, la contemplation de la Bonté), enfin sa mort, ses reliques et son culte. Il ne refait pas l'histoire institutionnelle de l'ordre des Chartreux ni le récit détaillé de la fondation des Chartreux, qui ont leurs propres dossiers, ni la biographie de son hôte saint Hugues de Grenoble.

Le maître de Reims (vers 1030-1080)

Naissance à Cologne dans la maison Hartenfaust

De Cologne à la Calabre : les grands jalons de la vie de saint Bruno, de l'école de Reims au désert calabrais. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Bruno naît vers 1030 à Cologne, l'une des plus puissantes cités de l'Empire, dans une famille du patriciat rhénan que la tradition rattache à la maison des Hartenfaust (ou Hardebüst).[6][7] Il fait ses premières études à l'école collégiale de Saint-Cunibert de Cologne, avant de partir, jeune encore, parfaire sa formation dans l'une des écoles les plus réputées de la chrétienté : celle de la cathédrale de Reims, alors dirigée par le maître Hérimann.[8]

Cologne et Reims : la double patrie de Bruno résume sa vie de clerc savant. Il appartient à ce monde des écoles cathédrales d'où sortira, un siècle plus tard, la première scolastique. Mais ce brillant intellectuel ne deviendra ni un évêque de cour ni un théologien de chaire : il finira ermite dans une forêt de Calabre.

Les écoles de Reims et le maître Hérimann

Vers 1055, Bruno revient un temps à Cologne, où il reçoit un canonicat à Saint-Cunibert et, vraisemblablement, l'ordination sacerdotale.[9] Mais sa réputation de savant l'a précédé : dès 1056, l'évêque Gervais de Reims le rappelle pour seconder Hérimann à la tête des écoles. L'année suivante, quand Hérimann quitte la charge pour entrer en religion, c'est tout naturellement Bruno qui lui succède.

L'écolâtre de Reims : vingt ans d'enseignement

En 1057, Bruno devient écolâtre (scholasticus, magister scholarum) de Reims : il dirige l'école cathédrale et supervise l'ensemble des écoles du diocèse.[10] Il occupera cette fonction pendant près de vingt ans, jusque vers 1075, et fera de Reims l'un des premiers foyers intellectuels du royaume. On le surnomme simplement magister Bruno — « le maître Bruno » —, et ce titre suffit à le désigner.

Sa science est large : ses commentaires montrent qu'il connaît l'hébreu et le grec, et qu'il cite abondamment les Pères, notamment saint Augustin et saint Ambroise.[11] Bruno n'est pas un compilateur : c'est un exégète qui travaille les textes. La trace la plus durable de cet enseignement sera son commentaire des Psaumes et son commentaire des épîtres de saint Paul, sur lesquels nous reviendrons.

Un élève promis à la tiare : Eudes de Châtillon (Urbain II)

La gloire d'un maître se mesure à ses disciples. Or l'école de Bruno donne au siècle un évêque de Langres, un cardinal — Rangier, futur archevêque de Reggio — et surtout Eudes de Châtillon, le futur pape Urbain II, celui-là même qui lancera la première croisade.[12][13] Ce détail n'est pas une anecdote : c'est parce qu'Urbain II se souviendra de son vieux maître que Bruno, des années plus tard, sera arraché à sa solitude et appelé à Rome.

« Parmi ses élèves figurait Eudes de Châtillon, le futur pape Urbain II. » — Encyclopædia Britannica, art. « Saint Bruno the Carthusian »[14]

Chancelier de Reims (1075)

En 1075, Bruno est promu chancelier de l'Église de Reims, c'est-à-dire l'un des premiers personnages du diocèse après l'archevêque.[15][16] Au sommet de sa carrière ecclésiastique, il a tout : la science, la réputation, l'autorité, des amitiés puissantes. C'est précisément à ce moment que sa vie va basculer — non par disgrâce, mais par dégoût du monde et par fidélité à la réforme de l'Église.

La rupture avec le monde

Le conflit avec l'archevêque Manassès de Gournai

Reims, la crise qui prépare le désert : la lutte contre Manassès de Gournai et le refus de l'archevêché éclairent la rupture de Bruno avec le monde. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le siège de Reims est alors occupé par un prélat indigne : Manassès de Gournai (Manassès Ier), archevêque mondain, violent et simoniaque, type même de l'évêque-seigneur que la réforme grégorienne entend abattre.[17][18] Chancelier, Bruno ne peut se taire. Avec le clergé réformateur de Reims, il porte les plaintes contre Manassès devant le légat du pape, Hugues de Die.

Le conflit est rude. Manassès se venge : il fait piller les maisons de ses adversaires et vendre leurs biens. Bruno doit fuir Reims (vers 1076) et se réfugier loin du diocèse, le temps que l'affaire soit jugée.[19][20]

Le concile d'Autun (1077) et la chute de Manassès

L'affaire remonte jusqu'au tribunal de l'Église. Au concile d'Autun (1077), sous l'autorité du légat Hugues de Die, l'archevêque Manassès est suspendu.[21][22] Il résistera quelques années encore, mais sera déposé en 1080 et finira excommunié. On lui prête une repartie restée célèbre — « Reims serait une bonne place, s'il ne fallait pas y chanter la messe » — mot rapporté sans source établie, qui résume bien l'homme contre lequel Bruno avait engagé son honneur.[23]

Cette victoire de la réforme est aussi, pour Bruno, une libération : le clergé de Reims, reconnaissant, songe à le porter lui-même sur le siège archiépiscopal.

Le refus de l'archevêché de Reims

À la chute de Manassès (1080), Bruno est en effet présenté pour l'archevêché de Reims par les autorités ecclésiastiques.[24][25] Il refuse. Le maître qui avait combattu l'évêque indigne ne veut pas prendre sa place : il a déjà résolu, intérieurement, de quitter le monde. Ce refus d'une grande dignité — le premier d'une série — est le signe que sa vocation n'est plus dans l'Église militante des honneurs, mais au désert.

La légende de Raymond Diocrès

Eustache Le Sueur, Le Songe de saint Bruno (1645-1648), série peinte pour la chartreuse de Paris. Image Wikimedia Commons, domaine public, fichier local.

La tradition chartreuse, fixée plus tardivement, rattache la conversion de Bruno à un épisode célèbre : celui de Raymond Diocrès, docteur réputé de Paris. Lors de ses funérailles, le mort se serait redressé sur son cercueil pour crier, trois jours de suite : « Par le juste jugement de Dieu, je suis accusé… jugé… condamné. » Bouleversé, Bruno aurait alors décidé de fuir le monde.

« Par le juste jugement de Dieu, je suis condamné. » — Parole prêtée au cadavre de Raymond Diocrès, selon la légende chartreuse[26]

Ce récit, magnifiquement illustré au XVIIᵉ siècle par Eustache Le Sueur dans sa série La Vie de saint Bruno, n'apparaît pas dans les sources les plus anciennes : la critique historique — notamment la Catholic Encyclopedia (notice « St. Bruno » d'Ambrose Mougel, 1908) — lui oppose le silence des contemporains et des premiers biographes du saint, le silence de Bruno lui-même dans sa lettre à Raoul le Verd, et l'impossibilité de prouver qu'il soit jamais allé à Paris.[27] Il faut le recevoir pour ce qu'il est : non une chronique, mais une parabole dramatisant une conversion dont les causes réelles — le dégoût des intrigues de Reims, l'appel de la solitude — sont, elles, parfaitement historiques. Le rejeter comme une pieuse invention serait excessif ; le donner pour un fait avéré le serait tout autant.

Le vœu de quitter le monde

Les sources sûres situent la décision de Bruno vers 1077 : avec deux compagnons de Reims, Raoul et Foulques (Fulcius), il fait le vœu d'abandonner le siècle pour embrasser la vie religieuse.[28] Le projet mûrit quelques années. Bruno cherche d'abord conseil et expérience auprès des maîtres de la vie érémitique de son temps, avant de trouver enfin le lieu de son désert.

La fondation de la Chartreuse (1084)

Robert de Molesme et la première étape

Les deux déserts de saint Bruno : la route spirituelle du maître de Reims passe par la Grande Chartreuse, Rome et la Calabre. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Vers 1083, Bruno se met d'abord à l'école de Robert de Molesme, le futur fondateur de Cîteaux, qui dirige une communauté d'ermites à Sèche-Fontaine, près de Molesme.[29] L'essai est bref : la formule de Molesme ne correspond pas à la solitude radicale que Bruno cherche. Il faut un lieu plus retiré, un désert plus dur. Bruno se tourne alors vers un homme dont la sainteté est déjà célèbre dans les Alpes : l'évêque de Grenoble, Hugues.

Le songe des sept étoiles

La tradition chartreuse raconte que saint Hugues de Grenoble vit en songe sept étoiles le conduisant à un lieu désert de son diocèse, où Dieu se préparait une demeure ; le lendemain, sept voyageurs — Bruno et ses six compagnons — se présentaient à lui.[30][31] L'évêque y reconnut un signe et accueillit les ermites comme un don du Ciel.

« Sept étoiles, en songe, montrèrent à l'évêque Hugues le lieu où Dieu voulait être servi ; le matin venu, sept pèlerins frappèrent à sa porte. » — Tradition rapportée par les sources chartreuses[32]

C'est ainsi que Hugues de Grenoble — qui restera le grand protecteur et ami de l'ordre — installe Bruno et ses compagnons dans un site sauvage des Alpes du Dauphiné nommé Chartreuse, à quatre lieues de Grenoble.[33]

Le désert de Chartreuse et les six compagnons

La Grande Chartreuse, maison mère de l'ordre né de saint Bruno en 1084. Photo Wikimedia Commons par Floriel, CC BY 2.5, fichier local.

En 1084, Bruno et six compagnons s'établissent dans ce val glacé, cerné de forêts et de rochers. Leurs noms nous sont parvenus : les clercs Landuin, Étienne de Bourg, Étienne de Die, Hugues le Chapelain, et les deux convers laïcs André et Guérin.[34] Ils construisent un petit oratoire et des cabanes de bois dispersées — l'embryon de ce qui deviendra la Grande Chartreuse, maison mère de l'ordre.

Un genre de vie nouveau : des ermites en communauté

L'originalité de Bruno n'est pas d'avoir écrit une règle — il n'en rédige aucune —, mais d'avoir inventé un équilibre. Ses moines vivent en ermites, chacun dans sa cellule, voués au silence, à la prière solitaire, au travail manuel et à la copie des manuscrits ; mais ils se retrouvent pour certains offices et forment une véritable communauté.[35][36] C'est la synthèse du désert oriental et du cénobitisme occidental : la solitude sans l'isolement, la communauté sans la dispersion.

Bruno ne songe pas à fonder un ordre : il veut seulement vivre seul avec Dieu. C'est la postérité — et surtout le prieur Guigues Ier, qui mettra par écrit les Coutumes vers 1127 — qui fera de cette expérience un institut durable. Pour cette histoire institutionnelle, on renvoie à l'ordre des Chartreux et à la fondation des Chartreux ; ici, l'essentiel est l'âme que Bruno a insufflée : le primat absolu de la contemplation. C'est dans cette lignée qu'il rejoint les grands maîtres du désert, des Pères du désert aux fondateurs d'ordres religieux du XIᵉ siècle.

L'appel de Rome (1090)

Urbain II rappelle son ancien maître

Le repos de Bruno sera bref : six ans seulement. En 1088, son ancien élève Eudes de Châtillon est élu pape sous le nom d'Urbain II. En pleine lutte contre l'antipape Clément III (Guibert de Ravenne) et l'empereur Henri IV, le pape a besoin d'hommes sûrs. Vers 1090, au nom de la sainte obéissance, il rappelle Bruno ad Sedis Apostolicae servitium — « au service du Siège apostolique ».[37][38]

Bruno obéit, à contrecœur. Il quitte sa chère Chartreuse — qui faillit alors se disperser, tant le fondateur était l'âme de la maison — et descend en Italie rejoindre la cour pontificale, qui suit le pape dans ses pérégrinations à travers le sud de la péninsule.

Le refus de l'archevêché de Reggio

Deux mitres refusées : Reims puis Reggio manifestent le même choix de saint Bruno, préférer la disparition contemplative aux honneurs ecclésiastiques. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

À Rome, l'histoire de Reims se répète. Le clergé de Reggio de Calabre, siège vacant, élit Bruno archevêque (1090).[39][40] De nouveau, l'ermite refuse la mitre. Bien plus, il fait élire à sa place son ancien élève Rangier. Bruno ne veut d'aucune dignité : ni à Reims, ni à Reggio, ni nulle part. Sa seule ambition est de disparaître en Dieu.

Rester en Italie : la permission de Rome

Bruno supplie le pape de le laisser retourner à la solitude. Urbain II y consent — mais à une condition : qu'il demeure en Italie, à portée du Saint-Siège, et ne reparte pas pour la France.[41][42] Le maître et l'élève, le vieil ermite et le jeune pape, scellent ainsi un compromis : Bruno gardera son désert, mais ce sera un désert italien.

Le désert de Calabre (1091-1101)

Santa Maria della Torre et Santo Stefano

La vie chartusienne selon Bruno : une solitude personnelle, mais portée par l'Église, la messe, l'office et la communauté. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1091, Bruno s'enfonce dans les hautes forêts de la Sila, en Calabre, au diocèse de Squillace. Il y bâtit, comme à Chartreuse, une humble chapelle de planches et des cabanes couvertes de boue : c'est l'ermitage de Santa Maria della Torre (Sainte-Marie de la Tour).[43] Quelques années plus tard s'y ajoutera le monastère voisin de Santo Stefano (Saint-Étienne du Bois). Le désert calabrais devient ainsi la seconde Chartreuse de Bruno.

Le comte Roger et l'amitié d'un saint

Le grand bienfaiteur de cette fondation est Roger de Hauteville, comte de Sicile et de Calabre, qui donne le terrain en 1091, visite souvent l'ermite, et fait construire à ses frais le monastère de Saint-Étienne (1095).[44] L'amitié est réelle : Bruno baptise le fils du comte, le futur roi Roger II de Sicile (1097), et se rend auprès de Roger lors de ses maladies (1098, 1101).

La légende liturgique de la fête de saint Bruno — citée par Dom Guéranger dans L'Année liturgique (6 octobre) — rapporte même un épisode frappant : pendant que le comte Roger assiégeait Capoue, un officier de sa garde nommé Sergius s'apprêtait à le trahir ; Bruno, resté dans son désert, lui apparut en songe, lui révéla toute la trahison et le sauva du péril.[45] Reçue comme tradition hagiographique et non comme fait documenté, l'anecdote dit l'autorité spirituelle du vieux moine sur les puissants de son temps — autorité qu'il n'a jamais recherchée.

Les écrits de Bruno : Psaumes, saint Paul, deux lettres

De Bruno nous restent quelques écrits, peu nombreux mais précieux :[46][47]

ŒuvreNatureDatation probable
Commentaire des Psaumes (Expositio in Psalmos)exégèseépoque de Reims (probable)[48]
Commentaire des épîtres de saint PaulexégèseGrande Chartreuse (selon un manuscrit vu par Mabillon)[49]
Lettre à Raoul le Verdlettre spirituelleCalabre
Lettre aux Chartreux (à la communauté)lettre spirituelleCalabre
Profession de foitestament doctrinallit de mort (1101)
Serra San Bruno, héritière calabraise du second désert de saint Bruno. Photo Wikimedia Commons par GJo, CC BY-SA 3.0, fichier local.

Le manuscrit de son commentaire de saint Paul porte ce colophon révélateur de son humilité : « Ici s'achève le glossaire de Bruno l'ermite sur les épîtres du bienheureux Paul » — non magister, non cancellarius, mais heremita, « l'ermite ».[50] Les deux lettres, surtout, sont le joyau de son héritage : c'est là que Bruno chante, en quelques pages d'une beauté limpide, l'amour du désert et la joie de la solitude.

La mort et la profession de foi (6 octobre 1101)

Sentant sa fin venir, Bruno réunit sa communauté et lui dicte une profession de foi, où il confesse solennellement le mystère de la Sainte Trinité et la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie — réponse précise aux erreurs de son siècle (trithéisme, impanation).[51] Puis il meurt, entouré de ses fils, le 6 octobre 1101, à Santa Maria della Torre.

D'après le texte conservé, dont voici le sens en paraphrase : Bruno confesse sa foi aux sacrements que croit et vénère l'Église, et en particulier que le pain et le vin consacrés sur l'autel sont véritablement le Corps et le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ.[52]

Selon l'usage médiéval, un rouleau des morts (rotulus) porté par un messager parcourut l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Angleterre pour annoncer son trépas : 178 communautés y inscrivirent leur hommage, témoignage de l'estime universelle qui entourait déjà le maître devenu ermite.[53]

La spiritualité de saint Bruno

L'éloge du désert et de la solitude

Les piliers de la spiritualité brunonienne : désert, solitude, silence et contemplation convergent vers le O Bonitas. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le cœur de la spiritualité de Bruno est l'amour du désert. Dans sa Lettre à Raoul le Verd — un ami resté dans le monde, qu'il presse de venir le rejoindre —, il décrit la solitude non comme une privation mais comme une joie et une exaltation divine.[54]

« Quel bien, quelle joie divine la solitude et le silence du désert réservent à ceux qui les aiment ! C'est là le lieu où l'œil, par la limpidité de son regard, blesse d'amour l'Époux. » — Saint Bruno, Lettre à Raoul le Verd[55]

Pour Bruno, le désert n'est pas une fuite hors de la vie : c'est le port où l'âme trouve enfin la sécurité, loin des naufrages du monde. Sa Lettre aux Chartreux le dit à ses fils avec une tendresse paternelle.

« Réjouissez-vous d'avoir échappé aux flots agités de ce monde, où les périls et les naufrages se multiplient ; réjouissez-vous d'avoir gagné le repos paisible et la sécurité d'un port caché. » — Saint Bruno, Lettre aux Chartreux[56]

Le silence et la cellule

Chez Bruno, la cellule est le lieu de la rencontre avec Dieu, et le silence la condition de cette rencontre. Le moine n'y est jamais seul : il y est avec le Christ. Cette intuition — que le silence intérieur ouvre l'âme à Dieu — traverse toute la tradition spirituelle catholique ; on la retrouve chez les maîtres de l'oraison et dans ce que les saints disent du silence intérieur. Bruno en est l'un des premiers grands témoins d'Occident : il ne théorise pas le silence, il le vit, et il invite ses fils à y entrer comme dans une terre promise.

« O Bonitas » : la contemplation de la Bonté

La tradition prête à Bruno une exclamation devenue sa devise : « O Bonitas ! » — « Ô Bonté ! ».[57] Contemplant Dieu, le vieux maître ne trouvait plus qu'un mot : sa bonté. L'iconographie chartreuse l'a fixé : on représente souvent Bruno tenant un phylactère portant ces deux mots, parfois couronné de sept étoiles rappelant le songe de Hugues de Grenoble. Toute sa théologie tient dans ce cri d'émerveillement : Dieu est Bonté, et la solitude n'a d'autre but que de laisser l'âme s'y abîmer.

Un ordre jamais réformé parce que jamais déformé

L'héritage spirituel de Bruno est tel que l'ordre qu'il a, sans le vouloir, engendré, a traversé neuf siècles sans jamais connaître ni décadence ni réforme. De là le mot fameux que la tradition applique aux Chartreux : Cartusia numquam reformata quia numquam deformata — « la Chartreuse jamais réformée parce que jamais déformée ».[58] Ce miracle de constance est, dans l'histoire des ordres religieux, l'unique en son genre ; il est le fruit le plus visible de l'âme que Bruno a déposée dans son désert. Mais cette histoire appartient à l'ordre des Chartreux : ici, retenons seulement qu'elle remonte tout entière à la radicalité contemplative du fondateur.

Culte, reliques et canonisation

Une canonisation refusée par humilité, puis accordée

Du silence au culte universel : Bruno, longtemps célébré avec discrétion par ses fils, est donné à toute l'Église au XVIIe siècle. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Fidèles à l'esprit de leur fondateur, les Chartreux ont longtemps refusé de demander la canonisation de Bruno : promouvoir la gloire d'un des leurs eût contredit leur humilité même.[59] C'est seulement en 1514, lors d'un chapitre général, que l'ordre sollicite et obtient du pape Léon X l'autorisation de célébrer sa fête. Puis, le 17 février 1623, le pape Grégoire XV étend la fête de saint Bruno à toute l'Église — une canonisation équipollente, c'est-à-dire prononcée par la seule autorité du pape, sans procès.[60][61] Clément X l'élèvera au rang de fête double en 1674.

ÉtapePapeDatePortée
Autorisation du culte pour l'ordreLéon X1514Chartreux
Extension à l'Église universelleGrégoire XV17 février 1623Toute l'Église
Élévation au rang de fête doubleClément X1674Toute l'Église

Le contraste est éloquent : ce maître qui refusa deux archevêchés ne fut jamais canonisé par un procès ordinaire ; sa sainteté fut reconnue comme on reconnaît une évidence, par un acte direct du Souverain Pontife. L'homme qui avait fui tous les honneurs reçut le plus grand de tous malgré lui.

Reliques et patronage

Les reliques de Bruno furent retrouvées en 1513 à Santa Maria della Torre, avec l'épitaphe « Haec sunt ossa magistri Brunonis » — « Ceci sont les os du maître Bruno ».[62] Elles reposent à Serra San Bruno, en Calabre, où elles sont portées en procession le lundi et le mardi de la Pentecôte, jusqu'à l'ermitage Sainte-Marie où il vécut. Saint Bruno est le saint populaire de la Calabre ; on l'invoque pour la délivrance des possédés. Sa fête est célébrée le 6 octobre.[63][64]

Saint Bruno dans l'art

L'iconographie a retenu de Bruno l'image du contemplatif silencieux : le saint en cuculle blanche, un doigt sur les lèvres, un crâne ou un livre en main, parfois entouré des sept étoiles ou tenant la devise O Bonitas. Le chef-d'œuvre du genre est la série des vingt-deux tableaux d'Eustache Le Sueur, La Vie de saint Bruno (vers 1645-1648), peints pour le cloître de la chartreuse de Paris et conservés au Louvre — où la légende de Raymond Diocrès tient une place centrale. Une statue de saint Bruno figure aussi parmi les fondateurs d'ordres sur la colonnade de la basilique Saint-Pierre de Rome.

Pour aller plus loin

  • Sources primaires : les deux Lettres de saint Bruno — la Lettre à Raoul le Verd (Raoul, prévôt de Reims) et la Lettre à ses fils chartreux — éditées et traduites dans la collection Sources Chrétiennes (n° 88, Lettres des premiers Chartreux, éd. du Cerf) ; sa Profession de foi ; ses commentaires Expositio in Psalmos et Expositio in epistolas Pauli (Patrologie latine de Migne, t. 152-153).
  • Notices de référence : Catholic Encyclopedia, art. « St. Bruno » (New Advent, newadvent.org/cathen/03014b.htm) ; Encyclopædia Britannica, art. « Saint Bruno the Carthusian » ; site officiel des Chartreux (chartreux.org), pages « Saint Bruno ».
  • Articles liés sur Ignispedia : l'ordre des Chartreux (la règle, les Coutumes de Guigues, l'essaimage) et la fondation des Chartreux ; saint Hugues de Grenoble, qui donna le désert de Chartreuse ; le pape Urbain II, ancien élève de Bruno ; saint Bernard de Clairvaux, autre grand contemplatif du siècle ; les Pères du désert et l'histoire des ordres religieux ; ce que disent les saints sur le silence intérieur.

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia (Ambrose Mougel, notice « St. Bruno », 1908), New Advent (newadvent.org/cathen/03014b.htm) : notice catholique de référence. Naissance à Cologne vers 1030, famille Hartenfaust ; études à Saint-Cunibert puis à Reims sous le maître Hérimann ; canonicat à Cologne (~1055) ; écolâtre de Reims dès 1057 pour environ vingt ans ; élèves dont Eudes de Châtillon (Urbain II) ; chancelier de Reims (1075) ; conflit avec l'archevêque Manassès de Gournai, plaintes au légat Hugues de Die, suspension au concile d'Autun (1077), déposition en 1080 ; vœu de quitter le monde avec Raoul et Foulques (~1077) ; passage chez Robert de Molesme ; fondation de la Chartreuse (1084) avec six compagnons (Landuin, Étienne de Bourg, Étienne de Die, Hugues le Chapelain, André et Guérin) installés par Hugues de Grenoble ; appel à Rome par Urbain II (~1090) ; refus de l'archevêché de Reggio (élection de Rangier) ; fondation en Calabre (Santa Maria della Torre, Santo Stefano) avec le comte Roger ; commentaires des Psaumes et de saint Paul, deux lettres et profession de foi ; mort le 6 octobre 1101 ; rouleau des morts (178 hommages) ; culte autorisé par Léon X (1514), étendu par Grégoire XV (17 février 1623), élevé par Clément X (1674). Datations des commentaires selon la même notice : celui des Psaumes « probablement pendant son professorat à Reims » (« the former written probably during his professorship at Reims ») ; celui des épîtres de saint Paul « pendant son séjour à la Grande Chartreuse, s'il faut en croire un vieux manuscrit vu par Mabillon » (« the latter during his stay at the Grande Chartreuse if we may believe an old manuscript seen by Mabillon »).

    1 6 8 9 10 11 12 15 17 19 21 24 28 29 31 33 34 35 37 39 41 43 44 46 48 49 51 53 60 64
  2. Encyclopædia Britannica, art. « Saint Bruno the Carthusian » : synthèse — naissance à Cologne vers 1030, mort le 6 octobre 1101 à La Torre (Calabre) ; appel à Reims par Gervais en 1057 comme chef de l'école cathédrale ; élève Eudes de Châtillon (Urbain II) ; chancelier de Reims (1075) ; protestation contre Manassès de Gournai, fuite (1076), suspension de l'archevêque au concile d'Autun (1077), déposition (1080) ; refus de l'archevêché de Reims ; fondation de la Chartreuse (1084) avec Hugues de Grenoble ; appel à Rome par Urbain II ; refus de Reggio ; fondation calabraise ; culte étendu par l'Église ; fête le 6 octobre.

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  3. Site officiel des Chartreux, chartreux.org, pages « Saint Bruno » (versions moines et moniales) : dates (naissance vers 1030, fondation de la Chartreuse en juin 1084, ermitage de Calabre vers 1090, mort le 6 octobre 1101) ; spiritualité du désert, de la solitude, du silence, du travail manuel et de la copie des manuscrits ; extraits traduits des deux lettres de saint Bruno (à Raoul le Verd et à ses fils chartreux).

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  4. Les deux lettres de saint Bruno et sa profession de foi constituent l'essentiel de ses écrits spirituels conservés ; elles sont éditées avec traduction française dans Lettres des premiers Chartreux, Sources Chrétiennes n° 88 (Éd. du Cerf). Avec les commentaires bibliques, ce sont les seules sources directes de sa pensée.

    4
  5. Saint Bruno, Lettre à Raoul le Verd (Raoul, prévôt de l'église de Reims), § 6 : éloge de la solitude et du silence du désert. Traduction française dans le corps, d'après le texte édité et traduit dans Lettres des premiers Chartreux, Sources Chrétiennes n° 88 (Éd. du Cerf ; traduction française de Dom Maurice Laporte). La traduction anglaise publiée par l'ordre (chartreuse de la Transfiguration, Two Letters and the Profession of Faith by Saint Bruno, Carthusian Booklets n° 1) porte : « what benefits and divine exultation the silence and solitude of the desert hold in store for those who love it », et « the eye that wounds the Bridegroom with love by the clearness of its gaze ».

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  6. Encyclopædia Britannica, art. « Saint Bruno the Carthusian » : « Among his pupils was Eudes de Châtillon, later Pope Urban II » (traduction française dans le corps). Détail capital, car c'est ce pape, ancien élève de Bruno, qui l'arrachera à sa solitude vers 1090 pour le faire venir à Rome.

    14
  7. Mot prêté à Manassès de Gournai : « Reims serait une bonne place, s'il ne fallait pas y chanter la messe ». Nous n'en avons retrouvé aucune source primaire ; il est notamment absent de la Catholic Encyclopedia (notice « St. Bruno », New Advent). Présenté ici comme un mot rapporté, non comme une citation attestée.

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  8. Légende de Raymond Diocrès : récit selon lequel, aux funérailles d'un docteur réputé de Paris, le cadavre se serait redressé pour proclamer trois jours de suite sa damnation, décidant Bruno à fuir le monde. La Catholic Encyclopedia (Ambrose Mougel, notice « St. Bruno », 1908, newadvent.org/cathen/03014b.htm) le présente comme « une tradition conservée dans l'ordre des Chartreux » (« According to a tradition preserved in the Carthusian Order ») et lui oppose le silence des contemporains et des premiers biographes du saint, le silence de Bruno lui-même dans sa lettre à Raoul le Verd, et l'impossibilité de prouver qu'il soit jamais allé à Paris. Popularisé par la série de tableaux d'Eustache Le Sueur, La Vie de saint Bruno (vers 1645-1648, musée du Louvre), il est rapporté ici comme tradition iconographique, non comme fait historique établi.

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  9. Songe des sept étoiles : tradition chartreuse rapportée par les sources de l'ordre (chartreux.org) selon laquelle saint Hugues de Grenoble vit en songe sept étoiles le guidant vers le lieu désert où Dieu voulait être servi, la veille de l'arrivée de Bruno et de ses six compagnons. Les sept étoiles deviendront un attribut iconographique de saint Bruno et de l'ordre.

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  10. Siège de Capoue : la légende liturgique de la fête de saint Bruno (6 octobre), citée en latin par Dom Prosper Guéranger, L'Année liturgique : « Cum enim idem Rogerius Capuam obsideret, eumque Sergius quidam excubiarum magister prodere statuisset, Bruno adhuc in dicta eremo vivens, in somnis illi omnia aperiens, ab imminenti periculo comitem liberavit » (« pendant que ce même Roger assiégeait Capoue et qu'un certain Sergius, officier de sa garde, avait résolu de le trahir, Bruno, vivant encore dans ledit désert, lui révéla tout en songe et délivra le comte du péril imminent »). Traduction anglaise publiée sur sensusfidelium.com (« October 6 – St. Bruno, Confessor »). Tradition hagiographique, non fait documenté.

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  11. Colophon du manuscrit du commentaire des épîtres de saint Paul : « Explicit glosarius Brunonis heremitae super Epistolas B. Pauli » — « Ici s'achève le glossaire de Bruno l'ermite sur les épîtres du bienheureux Paul ». Cf. Catholic Encyclopedia, art. « St. Bruno », New Advent. L'auto-désignation comme heremita (« ermite »), et non par ses titres de maître ou de chancelier, illustre son humilité.

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  12. Profession de foi de saint Bruno, prononcée sur son lit de mort (6 octobre 1101) devant sa communauté : il y confesse le mystère de la Sainte Trinité et la présence réelle du Corps et du Sang du Christ dans l'Eucharistie, contre les erreurs de son temps (trithéisme de Roscelin et impanation de Bérenger). Le fait et ce contenu sont rapportés par la Catholic Encyclopedia (Ambrose Mougel, notice « St. Bruno », 1908, newadvent.org/cathen/03014b.htm), qui ne cite pas le texte verbatim. Texte latin : ses écrits, dont la profession de foi, sont édités notamment dans Migne, Patrologie latine, t. 152-153 ; texte latin et traduction française dans Lettres des premiers Chartreux, Sources Chrétiennes n° 88 (Éd. du Cerf). Traduction anglaise publiée par l'ordre (chartreuse de la Transfiguration, Two Letters and the Profession of Faith by Saint Bruno, Carthusian Booklets n° 1) : « I believe in the sacrements which the Catholic Church believes and venerates, and expressly that what is consecrated on the altar is the true body, true flesh and true blood of Our Lord Jesus Christ ». Le passage du corps de l'article en est une paraphrase, pas une citation verbatim.

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  13. Saint Bruno, Lettre à ses fils chartreux (à la communauté de la Chartreuse), § 1-2. Traduction française dans le corps, d'après le texte édité et traduit dans Lettres des premiers Chartreux, Sources Chrétiennes n° 88 (Éd. du Cerf ; traduction française de Dom Maurice Laporte). La traduction anglaise publiée par l'ordre (chartreuse de la Transfiguration, Two Letters and the Profession of Faith by Saint Bruno, Carthusian Booklets n° 1) porte : « Rejoice that you have succeeded in escaping the countless dangers and shipwrecks of this storm-tossed world, and have reached a quiet anchorage in the security of a hidden harbor ».

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  14. « O Bonitas » (« Ô Bonté ») : devise portée sur le rouleau dont saint Bruno est ordinairement représenté — la Catholic Encyclopedia (Ambrose Mougel, notice « St. Bruno », 1908, newadvent.org/cathen/03014b.htm) le décrit « avec un rouleau portant la devise O Bonitas » (« or with a roll bearing the device O Bonitas »). Attribut repris par l'iconographie chartreuse, souvent associé aux sept étoiles du songe de Hugues de Grenoble.

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  15. « Cartusia numquam reformata quia numquam deformata » — « la Chartreuse jamais réformée parce que jamais déformée » : adage célèbre exprimant la continuité ininterrompue de l'ordre des Chartreux depuis sa fondation. La formule, de tradition postérieure, est citée dans l'historiographie de l'ordre ; elle est développée dans l'article ordre des Chartreux.

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  16. Reliques et culte calabrais : la Catholic Encyclopedia (Ambrose Mougel, notice « St. Bruno », 1908, newadvent.org/cathen/03014b.htm) présente Bruno comme « le saint populaire de la Calabre » (« St. Bruno is the popular saint of Calabria ») : chaque année, une grande foule se rend à la chartreuse Saint-Étienne le lundi et le mardi de la Pentecôte, « quand ses reliques sont portées en procession jusqu'à l'ermitage Sainte-Marie, où il vécut » (« when his relics are borne in procession to the hermitage of St. Mary, where he lived ») ; il est « spécialement invoqué, et avec succès, pour la délivrance des possédés » (« He is especially invoked, and successfully, for the deliverance of those possessed »). La découverte de 1513 et l'épitaphe « Haec sunt ossa magistri Brunonis » (« Ceci sont les os du maître Bruno ») sont rapportées par la tradition hagiographique.

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