Sainte Aude de Paris (Ve-début VIe siècle)

Sainte Aude de Paris (ou Aulde, Odette), vierge consacrée du Ve-début VIe siècle, est présentée par la tradition comme une disciple de sainte Geneviève. Fêtée le 18 novembre, son culte est attesté à Paris dès 1239 et à Sainte-Aulde dès 1109.

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Sainte Aude de Paris (aussi Aulde ; Aida, Auda dans les Petits Bollandistes ; Odette dans l'usage moderne) est une vierge consacrée du tournant des Ve et VIe siècles, présentée par la tradition comme une disciple de sainte Geneviève à Paris. Elle est fêtée le 18 novembre, date que Nominis qualifie de « fête locale ». Son dossier est un culte local médiéval et moderne : aucun document du VIe siècle ne la nomme, et elle ne figure pas dans le Martyrologe romain. Cet article distingue ce que la tradition rapporte de ce que l'histoire peut affirmer.[1][2][3]

Une compagne de sainte Geneviève

D'après la tradition reçue, Aude naît au temps de Clovis, roi des Francs, à Sainte-Aulde (Seine-et-Marne), dans une famille de chrétiens fervents. Une légende lui est attribuée : pour se rendre à la messe du village voisin, elle marcha sur la Marne sur des pierres qui apparurent miraculeusement ; ces pierres servirent ensuite de bornes à des champs disputés. Le récit est explicitement présenté comme légendaire par Nominis et par la commune de Sainte-Aulde.[4][5]

Selon le même ensemble de sources, elle aurait entendu parler de sainte Geneviève venue à Meaux, l'aurait rejointe à Paris et se serait installée dans sa communauté. La reine Clotilde voyait en Geneviève et ses compagnes les « anges gardiens du royaume ». Sainte Geneviève meurt selon la tradition le 3 janvier 512 ; les travaux critiques (Heinzelmann-Poulin) penchent plutôt vers 502. Aude l'aurait suivie quelques années plus tard, un 18 novembre, et sa tombe aurait été placée près de celle de Geneviève, dans la basilique des Saints-Apôtres (Saint-Pierre-et-Saint-Paul, montagne Sainte-Geneviève). Ni l'année ni les circonstances de sa mort ne sont documentées.[6][7][8]

Ce que l'histoire peut dire

Le noyau recevable est mince. Aude n'apparaît pas dans les vitae anciennes de sainte Geneviève, ni chez Grégoire de Tours. Les Acta Sanctorum ne l'ont jamais traitée : les Bollandistes s'arrêtent au 10 novembre. Elle est absente du Martyrologe romain (vérifié sur l'édition de 1859 : au 18 novembre figurent la dédicace des basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul, saint Odon de Cluny, saint Thomas d'Antioche et la translation de saint Frigdien, sans mention d'Aude). Le seul texte « bollandiste » qui la concerne est l'entrée des Petits Bollandistes (1876), classée sous le Martyrologe de France, supplément local.[9][10][11]

Ce qui est documenté, c'est le culte : le toponyme « Sancta Auda » dès 1109 (Archives nationales), une paroisse et une église dédiées en Brie, et une châsse parisienne au XIIIe siècle. L'historicité d'une compagne nommée Aude auprès de Geneviève reste indémontrable ; la tradition la retient sans que l'histoire puisse la confirmer.[12][13]

Culte parisien, reliques et Sainte-Aulde

La châsse de sainte Aude est citée parmi les reliques des chanoines de Sainte-Geneviève lors de l'entrée de la Sainte Couronne à Paris, le 18 août 1239. Un détail précieux des Petits Bollandistes rapporte que les chanoines ne purent sortir la châsse de Geneviève qu'à la condition que le clergé de Paris vînt à leur rencontre avec le corps de saint Marcel ; saint Louis permit de substituer la châsse de sainte Aude à celle de sainte Geneviève. C'est le témoin le plus ancien et le plus solide du culte parisien.[14][15][16]

Le porche du XIIIe siècle de l'église de Sainte-Aulde (Seine-et-Marne). Photo Judith lacelle, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Des restes d'ossements sont conservés à l'église paroissiale de Sainte-Aulde (Seine-et-Marne). Avant la Révolution, Bossuet, évêque de Meaux, obtint « une partie de ses reliques » pour le village natal ; le transfert du 10 mai 1699 fut célébré le deuxième dimanche de mai, devenu fête patronale puis fête communale. Les reliques furent en grande partie détruites ou dispersées à la Révolution, sauf un fragment conservé au village.[17][18][19]

Homonymies : Aude, Haude, Aure, Odile

Le prénom Aude et ses variantes ont porté plusieurs saintes. Il faut distinguer :

  1. Aude de Paris (notre sujet) : vierge, disciple de sainte Geneviève, fête du 18 novembre, culte parisien et briard. Absente du Martyrologe romain.[20][21]
  2. Haude de Trémazan : martyre en Pays de Léon (Bretagne), morte vers 545, elle aussi fêtée le 18 novembre. Une thèse moderne (Jacques Baudouin, 2006) propose une identité unique par transfert de reliques lors des invasions normandes ; les Petits Bollandistes et Nominis les distinguent. Le doute subsiste ; cet article ne tranche pas.[22][23][24]
  3. Sainte Aure (Aurea) de Paris : première abbesse du monastère Saint-Martial de Paris (fondé par saint Éloi vers 631-633), morte le 4 octobre 666. Elle, au contraire, figure dans le Martyrologe romain au 4 octobre (« Lutetiæ Parisiarum sanctæ Aureæ Virginis »). Personnage distinct, du VIIe siècle.[25][26]
  4. Sainte Odile d'Alsace (Odilia), patronne de l'Alsace, fêtée le 13 ou 14 décembre, est une autre sainte. La ressemblance des prénoms (Odile / Odette) a pu créer des confusions ; le prénom « Odette » lui-même est un usage moderne de Nominis, non attesté dans les sources anciennes qui donnent Aida, Auda.[27][28]
La façade de l'église de Sainte-Aulde (Seine-et-Marne). Photo Judith lacelle, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Le nom de lieu Sainte-Aulde (Seine-et-Marne, code postal 77260) et l'église qui lui est dédiée perpétuent la mémoire locale ; ils attestent le culte, pas la naissance dans ce village, qui relève de la tradition.[29][30]

Fête, mémoire et iconographie

Sainte Aude est fêtée le 18 novembre, date que Nominis note comme « fête locale » et que le calendrier des saints du jour retient pour le bandeau du 18 novembre. Les prénoms fêtés le même jour sont Aude, Aoda, Audie, Eodez, Haude.[31]

Son iconographie est rare. Les représentations la montrent le plus souvent en vierge consacrée du haut Moyen Âge, parfois avec l'attribut de la traversée de la Marne (pierres, fleuve), qui relève de la légende. Le principal lieu de mémoire en France est l'église de Sainte-Aulde (Seine-et-Marne) ; à Paris, le souvenir est rattaché à l'ancienne abbaye Sainte-Geneviève et à la montagne qui porte le nom de sa patronne. Aucune image ancienne propre à sainte Aude n'a été identifiée dans Wikimedia Commons.[32][33][34]

Note sur les sources

Les sources de cette notice sont tardives par rapport aux faits supposés du VIe siècle : Nominis (notice « Sainte Aude »), les Petits Bollandistes (t. XIII, 18 novembre 1876, p. 488-489, section « Martyrologe de France »), Wikipédia FR (« Aude de Paris », « Sainte-Aulde », « Sainte Couronne »), le site de la commune de Sainte-Aulde, et Jacques Baudouin (Grand livre des saints, 2006). Aucune source primaire contemporaine ne la nomme : ni les vitae anciennes de sainte Geneviève (Heinzelmann-Poulin 1986), ni Grégoire de Tours, ni le Martyrologe romain. Le récit de la traversée de la Marne est une légende ; l'identité avec Haude de Trémazan est discutée ; l'année de mort est inconnue. Nous n'avons ajouté aucun détail au dossier.[35][36][37][38][39]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Nominis (CEF), « Sainte Aude, Ou Odette, vierge à Paris (Ve siècle) » : nominis.cef.fr. Notice consultée le 11 octobre 2026 (calendrier du 18 novembre 2026) : disciple de sainte Geneviève ; légende de la traversée de la Marne ; naissance présumée à Sainte-Aulde au temps de Clovis ; dévotion attestée à Paris dès le XIIIe siècle ; châsse portée en procession le 18 août 1239 à l'occasion de la réception de la Couronne d'épines ; fête du 18 novembre, « fête locale » ; prénoms fêtés Aude, Aoda, Audie, Eodez, Haude.

    1 4 6 15 20 23 27 31 32 35
  2. Petits Bollandistes, t. XIII, 18 novembre 1876, p. 488-489, art. « Sainte Aide ou Aude (Aida, Auda) », section « Martyrologe de France, revu et augmenté » : archive.org. Notice : vierge, disciple de sainte Geneviève ; sépulture près de Geneviève dans la basilique des Saints-Apôtres ; châsse portée à la procession de la Sainte Couronne (18 août 1239), sainte Aude substituée à sainte Geneviève avec l'autorisation de saint Louis ; ossements à l'église de Sainte-Aulde ; distincte de Haude de Trémazan. Ne pas confondre avec le Martyrologe romain : l'entrée est classée dans le supplément français.

    2 9 14 17 22 28 36
  3. Wikipédia (FR), « Aude de Paris » : fr.wikipedia.org. Notice : Aude (ou Aulde, voire Odette) ; née au Ve siècle à Sainte-Aulde, morte au début du VIe siècle à Paris ; vierge consacrée, disciple de sainte Geneviève ; légende de la traversée de la Marne ; tombe près de Geneviève ; 18 août 1239, châsse et Couronne d'épines ; Bossuet et le transfert du 10 mai 1699 ; débat d'identité avec Haude de Trémazan.

    3 5 7 13 19 34 39
  4. Martin Heinzelmann & Joseph-Claude Poulin, Les Vies anciennes de sainte Geneviève de Paris. Études critiques, Paris, Champion, 1986 : étude de référence sur la tradition manuscrite ; aucune compagne nommée Aude n'y est signalée. Voir aussi Jacques Dubois & Laure Beaumont-Maillet, Sainte Geneviève de Paris, Paris, Beauchesne, 1982.

    8 11 37
  5. Martyrologium Romanum (éd. 1859, dépouillée le 11 octobre 2026) : archive.org. Au 18 novembre : dédicace des basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul, saint Odon de Cluny, saint Thomas d'Antioche, translation de saint Frigdien. Aucune mention d'Aude. Au 4 octobre, p. 195 : « Lutetiæ Parisiarum sanctæ Aureæ Virginis » (= sainte Aure de Paris, personnage distinct).

    10 21 25 38
  6. Archives nationales, S 1413, n° 43 : forme « Sancta Auda » en 1109 (cité par Wikipédia FR « Sainte-Aulde », section Toponymie : fr.wikipedia.org). Formes ultérieures : « Sancta Hauda » (1170), « Ecclesia de Haldes » (vers 1180), « Sainte Aulde en Brie » (1568).

    12 29
  7. Wikipédia (FR), « Sainte Couronne » : fr.wikipedia.org. Entrée de la Couronne d'épines à Paris le 18 août 1239 (le 11 août est l'arrivée à Sens ; ne pas confondre).

    16
  8. Commune de Sainte-Aulde (77260), page « Histoire » : sainte-aulde.fr. Tradition locale : légende de la Marne, reliques obtenues de Bossuet et transfert du 10 mai 1699, fête patronale du deuxième dimanche de mai, destruction révolutionnaire.

    18 30 33
  9. Wikipédia (FR), « Sainte Aude » (page d'homonymie) : fr.wikipedia.org. Distingue Aude ou Haude de Trémazan (morte en 545, martyre en Pays de Léon, fête du 18 novembre) et Aude de Paris (début du VIe siècle, disciple de sainte Geneviève, fête du 18 novembre).

    24
  10. François Dolbeau, « Vie et miracles de sainte Aure », Analecta Bollandiana, t. 125, 2007, p. 17-91 : étude de référence sur sainte Aure (Aurea) de Paris († 4 octobre 666), première abbesse du monastère Saint-Martial, personnage distinct d'Aude de Paris.

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