Saint Odon de Cluny (vers 878 – 942) est, après le fondateur Bernon, le véritable architecte spirituel de Cluny. Deuxième abbé de la grande abbaye bourguignonne, il transforme une fondation encore fragile en foyer rayonnant d'une réforme qui marquera toute la chrétienté latine pendant deux siècles. On l'a surnommé le « restaurateur des monastères et de la sainte Règle »[2][3], tant son action a relevé la vie bénédictine là où elle s'était relâchée — en Gaule comme en Italie, jusqu'à Rome.
Mais réduire Odon à un organisateur serait le trahir. Ses contemporains, puis le pape Benoît XVI mille ans après, ont surtout retenu de lui une bonté peu commune : « il était austère, mais surtout il était bon »[4]. Réformateur exigeant, il l'était par amour, non par dureté ; et sa rigueur monastique n'avait d'autre but que de rendre les hommes à la miséricorde de Dieu.
Cet article présente le saint lui-même : ses origines vouées à saint Martin, sa conversion, son abbatiat réformateur, sa mission romaine, son œuvre écrite, sa spiritualité et sa mort à Tours. Pour l'histoire institutionnelle de l'abbaye et de l'« ordre » qui en est né, voir La réforme de Cluny ; pour le cadre monastique qu'il prolonge, voir Le monachisme bénédictin et saint Benoît de Nursie.
Qui est saint Odon de Cluny ?
Le deuxième abbé de Cluny
L'abbaye de Cluny est fondée en 909 ou 910 par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, qui la place — fait décisif — sous la dépendance directe du Saint-Siège, à l'abri de toute mainmise des seigneurs laïques et des évêques voisins. Son premier abbé est Bernon, déjà abbé de Baume, qui apporte à Cluny l'observance fervente qu'il y avait restaurée[5][6].
À la mort de Bernon, en 927, c'est Odon qui lui succède[7][8]. Il n'est pas le fondateur, mais c'est sous son gouvernement (927-942) que Cluny cesse d'être une abbaye parmi d'autres pour devenir un modèle. L'observance qu'il y fixe — la stricte Règle de saint Benoît, une liturgie splendide, l'indépendance à l'égard du pouvoir laïque — prend le nom d'ordo cluniacensis et se diffuse de maison en maison[9].
Le « restaurateur des monastères »
Au Xe siècle, beaucoup d'abbayes sont tombées : pillées par les invasions normandes et hongroises, données en commende à des laïcs, vidées de leur ferveur. Odon parcourt ce paysage de ruines et y rallume partout la vie régulière. La tradition lui attribue la réforme de dizaines de monastères, au point qu'on lui décerne ce titre d'honneur : « restaurateur des monastères et de la sainte Règle »[10].
« Il fut si efficace qu'on l'appela le restaurateur des monastères et de la sainte Règle. » — Catholic Encyclopedia, art. « St. Odo »[11]
Ce n'est pas une réforme de bureaucrate. Odon agit en père, par la persuasion, l'exemple et la patience. Là où d'autres auraient imposé par la force, lui désarme par la douceur — comme le montrera l'épisode célèbre de Fleury.
Les sources de sa vie
Nous connaissons Odon par une biographie remarquablement proche : la Vita sancti Odonis, écrite vers 943, l'année même qui suit sa mort, par son disciple Jean de Salerne (Jean l'Italien), moine qu'Odon avait formé en Italie[12][13]. C'est l'unique biographie contemporaine, et une source de premier ordre : Jean a vécu auprès du saint, recueilli ses paroles, observé sa manière de gouverner.
Comme toute Vita médiévale, elle reste une hagiographie édifiante, soucieuse d'exalter la sainteté de son héros plus que de tenir une chronique critique. C'est pourquoi plusieurs dates de la vie d'Odon — son année de naissance, son lieu d'origine — restent discutées, et l'article les présente honnêtement comme des fourchettes.
Crédit image ci-contre : Wikimedia Commons.[14]Origines : une enfance vouée à saint Martin
Naissance vers 878
Odon naît vers 878, dans une famille de la noblesse. Les sources hésitent sur l'année (878 ou 879) et sur le lieu : la tradition la plus répandue le fait naître en Aquitaine, d'autres dans la région de Tours ou du Mans[15][16]. Son père se nomme Abbon (ou Ebbon Iᵉʳ), seigneur de Déols, en Berry[17][18]. Le récit pieux rapporté par sa Vie veut que ses parents, longtemps sans enfant, l'aient obtenu après une prière à la Vierge la nuit de Noël[19].
Le don à saint Martin de Tours
Le trait qui décide de toute sa vie, c'est que son père le voue dès l'enfance à saint Martin de Tours, le grand apôtre des Gaules[20][21]. Cette consécration n'est pas une formule : Odon gardera toute sa vie une dévotion brûlante au saint évêque de Tours, jusqu'à composer pour lui ses derniers vers, sur son lit de mort. Martin, le soldat qui partage son manteau, l'homme de la charité et du dépouillement, restera son modèle.
Page à la cour, puis chanoine de Tours
Adolescent, Odon est élevé à la cour : il sert comme page à la cour des comtes d'Anjou, puis auprès de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine — celui-là même qui fondera Cluny[22]. Mais le monde des armes et des honneurs ne le retient pas. Vers dix-neuf ans, il reçoit la tonsure et devient chanoine de Saint-Martin de Tours, menant, dit son biographe, « une vie austère et laborieuse »[23][24].
Les études à Paris sous Rémi d'Auxerre
Sa soif de savoir le conduit ensuite à Paris, où il étudie les arts libéraux, la philosophie et la théologie sous le plus grand maître de son temps, Rémi d'Auxerre[25][26]. Cette formation, rare pour l'époque, donnera à son œuvre écrite une densité patristique et lettrée que ses contemporains admireront. Odon lit Virgile autant que les Pères ; mais, raconte-t-il lui-même, un songe l'avertit de ne pas préférer la beauté des poètes païens à la vérité de l'Écriture.
La conversion monastique
L'insatisfaction du chanoine
Chanoine de Tours, lettré, estimé, Odon avait tout pour une belle carrière ecclésiastique. Mais la vie des chanoines, trop tiède à son gré, ne comble pas son désir d'absolu. Il cherche plus dur et plus haut : la vie monastique dans sa rigueur. Cette inquiétude spirituelle — le sentiment qu'il faut tout quitter pour appartenir à Dieu seul — est la racine de toute sa réforme future.
L'entrée à Baume sous l'abbé Bernon
Vers 909, Odon entre au monastère de Baume (Baume-les-Messieurs, dans le Jura), gouverné par saint Bernon[27][28]. Il y embrasse la Règle de saint Benoît dans toute son exigence. Sa ferveur et son humilité lui gagnent vite la confiance de l'abbé[29] : on lui confie l'école du monastère, et il devient, vers la trentaine, maître des jeunes moines.
« Il aimait la cellule où il demeurait, loin des regards de tous, désireux de plaire à Dieu seul. » — Jean de Salerne, Vie de saint Odon, cité par Benoît XVI[30]
De Baume à Cluny
Or, c'est précisément Bernon qui, en 909-910, est appelé par Guillaume le Pieux à fonder Cluny. Bernon gouverne désormais les deux maisons, et Odon, son disciple le plus sûr, le suit dans cette aventure naissante. Quand Bernon meurt en 927, après avoir réparti ses abbayes entre ses fils spirituels, c'est à Odon que revient Cluny[31]. L'élève de Tours et de Paris devient le second père de l'abbaye qui changera la face du monachisme occidental.
Abbé de Cluny et réformateur (927-942)
Le privilège d'exemption de Jean XI (931)
L'arme décisive de la réforme clunisienne est juridique autant que spirituelle : l'exemption. Dès sa fondation, Cluny ne dépend que du pape. En 931, Odon obtient du pape Jean XI un privilège qui étend cette liberté : il est autorisé à réformer les monastères de France et d'Italie, et à recevoir dans l'observance clunisienne les moines venus des maisons relâchées[32][33][34].
« Il obtint du pape Jean XI le privilège de l'exemption et fut autorisé par lui à réformer les monastères de France et d'Italie. » — Encyclopædia Britannica, art. « Saint Odo of Cluny »[35]
Soustraits à la convoitise des seigneurs et au laisser-aller des évêques, les monastères réformés peuvent enfin vivre la Règle sans entrave. C'est cette indépendance qui fait la force de Cluny — et qui prolonge, en la radicalisant, l'œuvre carolingienne de saint Benoît d'Aniane.
Fleury et l'âne : la réforme par la douceur
Toutes les réformes ne se font pas sans résistance. À l'abbaye de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire), qui garde les reliques de saint Benoît, les moines refusent l'arrivée d'Odon et l'attendent en armes. L'épisode est resté célèbre : au lieu de forcer le passage, Odon s'avance seul, monté sur son âne, désarmé et paisible. Devant tant de douceur, les moines déposent leurs armes et l'accueillent[36].
« Odon s'avança vers le monastère sur son âne, et les moines déposèrent leurs armes. » — d'après Odo of Cluny (notice de synthèse)[37]
Tout Odon est dans cette scène. Il ne réforme pas par la contrainte mais par l'ascendant de la sainteté. L'âne — la monture de l'humilité, celle du Christ entrant à Jérusalem — dit mieux qu'un long discours la méthode du saint : vaincre le mal par le bien, la violence par la paix.
Un semeur de réformes
Sous son abbatiat, Odon réforme ou relève un grand nombre de monastères, en Gaule puis en Italie. Sa Vie parle d'une activité incessante ; les chartes conservées montrent l'ampleur des dons reçus — près de 188 actes de donation pendant son gouvernement[38]. Voici quelques-uns des foyers qu'il a restaurés :
| Monastère | Région | Note |
|---|---|---|
| Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire) | Orléanais | Réforme v. 930 ; résistance armée vaincue par la douceur[39] |
| Romainmôtier | Bourgogne / Suisse actuelle | Prieuré clunisien sous sa garde[40] |
| Jumièges | Normandie | Abbaye relevée après les ravages normands[41] |
| Saint-Géraud d'Aurillac | Auvergne | Abbaye liée au saint laïc dont Odon écrira la Vie[42] |
| Saint-Paul-hors-les-murs | Rome | Quartier général romain de la réforme[43] |
| Mont-Cassin et Subiaco | Italie centrale | Berceaux bénédictins, réformés par ses disciples[44] |
| Sainte-Marie de l'Aventin | Rome | Monastère fondé par Odon lui-même[45] |
La mission romaine et italienne
Sous la protection d'Albéric II
À partir de 936, Odon est appelé à plusieurs reprises en Italie, et notamment à Rome, sous la protection d'Albéric II de Spolète, le prince qui gouverne alors la Ville[46][47]. Albéric, soucieux de relever les monastères romains, fait d'Odon son grand réformateur. L'abbé bourguignon établit son quartier général à Saint-Paul-hors-les-murs, qu'il restaure[48], et fonde sur l'Aventin un monastère dédié à la Vierge[49].
De là, son influence rayonne sur toute l'Italie centrale et méridionale : il rénove ou réforme des maisons à Rome, Naples, Salerne et Bénévent, et envoie ses disciples relever les deux grands berceaux bénédictins, le Mont-Cassin et Subiaco[50].
Le pacificateur
Odon n'est pas seulement réformateur ; on lui confie des missions de paix. Le pape et les princes l'envoient arbitrer le conflit qui oppose Albéric II au roi d'Italie Hugues de Provence (Hugues d'Arles), qui assiège Rome[51][52]. Le saint moine, respecté de tous, négocie une trêve — scellée, dit-on, par un mariage entre les deux maisons rivales.
Ce rôle de médiateur dit la stature morale d'Odon : dans une Italie déchirée, un humble moine désarmé pèse plus que les armées. Sa parole vaut parce qu'elle ne cherche aucun pouvoir pour elle-même.
L'œuvre écrite de saint Odon
Formé aux lettres par Rémi d'Auxerre, Odon laisse une œuvre abondante, où la culture classique se met au service de la doctrine spirituelle. Quatre titres surtout retiennent l'attention.
| Œuvre | Genre | Contenu |
|---|---|---|
| Occupatio | Poème en sept livres | Vaste méditation sur l'histoire sainte et la Rédemption[53][54] |
| Collationes | Trois livres d'essais moraux | Critique des vices du siècle, culture patristique et humaniste[55][56] |
| Vita sancti Geraldi | Hagiographie | Vie de saint Géraud d'Aurillac, un laïc sanctifié[57] |
| Moralia in Job (épitomé) | Abrégé | Résumé du grand commentaire de Grégoire le Grand[58] |
L'Occupatio et les Collationes
L'Occupatio est un long poème en sept livres : une fresque de toute l'histoire du salut, de la création à la Rédemption, écrite dans une langue savante[59]. Les Collationes (trois livres) sont des essais moraux où Odon, en moraliste lucide, dénonce les désordres de son temps et appelle à la conversion : « un changement radical de vie, fondé sur l'humilité, l'austérité, le détachement des choses passagères et l'attachement à celles qui sont éternelles »[60].
La Vie de saint Géraud d'Aurillac
L'œuvre la plus originale est sans doute la Vita sancti Geraldi Auriliacensis : la Vie d'un laïc, le comte Géraud d'Aurillac, sanctifié dans le monde sans entrer au cloître[61]. C'est un texte capital : à une époque où la sainteté semblait réservée aux moines, Odon montre qu'un seigneur, qu'un chevalier peut être saint en exerçant le pouvoir avec justice, douceur et charité envers les pauvres. Au cœur de la réforme monastique, voilà une spiritualité pour les laïcs.
Hymnes et antiennes pour saint Martin
Musicien autant que poète, Odon compose pour son cher saint Martin plusieurs hymnes et douze antiennes, ainsi qu'un hymne De corpore Christi sur l'eucharistie[62][63]. La liturgie clunisienne, célèbre pour sa splendeur, doit beaucoup à ce goût d'Odon pour le chant comme louange de Dieu.
La spiritualité de saint Odon
« Austère, mais surtout bon »
La grande leçon d'Odon n'est pas dans une doctrine nouvelle, mais dans une manière d'être. Réformateur intransigeant sur la Règle, il était d'une bonté que tous ses proches ont remarquée. Benoît XVI, lui consacrant une catéchèse, en a fait le cœur de son portrait :
« Il était austère, mais surtout il était bon, un homme d'une grande bonté, une bonté qui vient du contact avec la bonté divine. » — Benoît XVI, audience générale du 2 septembre 2009[64]
Son biographe insiste sur sa joie : ses paroles étaient « pleines de joie », et « sa gaieté instillait dans nos cœurs une joie profonde »[65]. L'austérité d'Odon n'était jamais tristesse : elle était le revers d'une espérance.
L'amour des pauvres
Cette bonté avait un visage privilégié : les pauvres et les mendiants. Sa Vie en a fait l'un des traits dominants de sa sainteté[66]. Pour Odon, le pauvre n'est pas un importun mais le Christ lui-même sous un déguisement : le servir, c'est servir Dieu. Sa réforme n'a jamais séparé la rigueur envers soi de la miséricorde envers les petits.
La miséricorde divine et le Christ « amant des hommes »
Au centre de sa prédication, il y a la confiance dans la miséricorde de Dieu. Odon ne fait pas peur ; il appelle à se convertir parce que Dieu attend, patient et bon :
« La miséricorde divine est toujours offerte : elle attend l'heure de notre conversion. » — Saint Odon, d'après Benoît XVI[67]
Il aime appeler le Christ « amant des hommes » — amator hominum Christus[68] : un Dieu qui n'a d'autre désir que de sauver. Toute l'ascèse clunisienne, chez Odon, est ordonnée à cette rencontre avec un Dieu qui aime.
La foi eucharistique
Odon professe enfin une foi nette en la présence réelle du Christ dans l'eucharistie. Pour lui, à la parole du Créateur, « le pain devient aussitôt chair, et le vin devient sang »[69]. Cette foi eucharistique, qu'il chante dans son hymne De corpore Christi, est le sommet de sa vie spirituelle : tout le reste — la Règle, la réforme, la liturgie splendide — converge vers l'autel.
La mort à Tours (942)
Le dernier voyage et l'ultime hymne
En 942, revenant de Rome épuisé, Odon tombe malade et s'arrête au monastère Saint-Julien de Tours[70]. Il a voulu finir près du tombeau de saint Martin, celui à qui son père l'avait voué enfant. Il assiste, mourant, aux fêtes de saint Martin (11 novembre) et compose, sur son lit, un dernier hymne en l'honneur du saint[71]. La boucle d'une vie se referme : l'enfant donné à Martin meurt en chantant Martin.
Après avoir désigné Aymard pour lui succéder à Cluny, Odon s'éteint le 18 novembre 942, à Tours[72][73].
Culte, reliques et fête
Vénéré aussitôt comme un saint, Odon est l'un des grands intercesseurs du monachisme médiéval. Ses reliques furent longtemps conservées à L'Isle-Jourdain (Gers) ; une partie fut brûlée par les huguenots au temps des guerres de Religion[75]. Sa fête se célèbre le 18 novembre, jour de sa mort[76][77].
- vers 878Naissance dans la noblesseEn Aquitaine ou région de Tours
- vers 897Chanoine de Saint-Martin de ToursAprès une jeunesse à la cour
- ParisÉtudes sous Rémi d'AuxerreArts libéraux, philosophie, théologie
Il étudie à Paris auprès du grand maître Rémi d'Auxerre, acquérant la culture lettrée de son œuvre future.[82]
- vers 909Entrée à Baume sous BernonEmbrasse la Règle de saint Benoît
- 927Deuxième abbé de ClunySuccesseur de Bernon
- 931Le privilège d'exemption de Jean XIRéformer France et Italie
Le pape Jean XI autorise Odon à réformer les monastères de France et d'Italie ; il sera le « restaurateur des monastères ».[86][87]
- vers 930La réforme de FleuryVaincue par la douceur
- 936-942Les missions romainesSous Albéric II de Spolète
Odon réforme les monastères de Rome (Saint-Paul-hors-les-murs), du Mont-Cassin et de Subiaco, et arbitre la paix en Italie.[89][90]
- 18 novembre 942La mort à ToursPrès du tombeau de saint Martin
Pourquoi prier saint Odon aujourd'hui ?
À plus de mille ans de distance, saint Odon désarme nos caricatures. On imagine volontiers le réformateur comme un homme dur, obsédé de discipline. Odon était l'inverse : exigeant par bonté. Il rappelle que la vraie réforme — d'une communauté, d'une famille, d'une âme — ne se fait jamais par la contrainte seule, mais par la sainteté qui rayonne et qui désarme, comme l'âne de Fleury a désarmé les moines en armes.
Il enseigne aussi la joie de l'austérité. À une époque qui confond souvent renoncement et tristesse, Odon montre un homme dépouillé et pourtant rayonnant, dont « la gaieté instillait dans les cœurs une joie profonde »[93]. Le détachement, chez lui, n'éteint pas la vie : il la libère.
Il enseigne enfin la confiance. Son Dieu n'est pas un comptable mais un « amant des hommes » dont la miséricorde « attend l'heure de notre conversion »[94]. Dans un monde anxieux, saint Odon redit que Dieu est bon, et que la sainteté est, d'abord, le débordement de cette bonté reçue.
« Il était austère, mais surtout il était bon. » — Cette parole de Benoît XVI sur saint Odon demeure le plus beau résumé de sa vie : une rigueur tout entière au service de l'amour.
Pour aller plus loin
- La réforme de Cluny — l'histoire institutionnelle de l'abbaye et de l'« ordre » clunisien, dont Odon fut le grand architecte.
- Le monachisme bénédictin — la grande tradition de la Règle de saint Benoît qu'Odon a restaurée.
- Saint Benoît d'Aniane (750-821) — le réformateur carolingien dont l'œuvre prépare Cluny.
- Saint Romuald (951-1027) — autre grand réformateur monastique du tournant de l'an mille, du côté de la vie érémitique.
- Saint Martin de Tours — le patron auquel Odon fut voué dès l'enfance et près duquel il voulut mourir.
Notes et références
Wikimedia Commons, fichier Odo Cluny-11.jpg : miniature du XIIIe siècle, codex BnF Latin 17716, représentant saint Odon de Cluny ou Pierre le Vénérable. Auteur inconnu, domaine public (PD-Art / PD-old-100-expired). URL : commons.wikimedia.org/wiki/File:Odo_Cluny-11.jpg.
1Catholic Encyclopedia, article « St. Odo » (texte repris par EWTN, ewtn.com/catholicism/library/st-odo-of-cluny-5871) : chanoine de Saint-Martin de Tours, dévotion profonde au saint ; moine à Baume sous saint Bernon (que la Catholic Encyclopedia nomme « St. Berno », premier abbé de Cluny) ; « In 927, he succeeded Berno as abbot of Cluny » ; il obtient de Jean XI « the privilege of exemption » et l'autorisation de réformer les monastères de France et d'Italie ; appelé « the restorer of monasteries and of the holy rule » ; quartier général romain à Saint-Paul-hors-les-murs ; mort à Tours le 18 novembre 942.
2 8 10 11 32 43 48 86New Catholic Encyclopedia, 2e éd., article « Odo of Cluny, St. » (texte intégral repris par encyclopedia.com, page « Odo of Cluny, St. » : encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/odo-cluny-st) : né v. 879 en Aquitaine, fils d'Ebbon Iᵉʳ, seigneur de Déols, qui le voue à saint Martin ; tonsure à 19 ans ; chanoine de Tours puis moine à Baume sous Bernon, maître de l'école vers 30 ans ; élu abbé de Cluny en 927 ; « initiator of the Cluniac monastic observance, the ordo cluniacensis » ; 188 actes de donation reçus, exemption pontificale obtenue dès mars 931 ; « the restorer of monasteries and of the Holy Rule » ; œuvres : Occupatio (poème en sept livres, méditation sur l'histoire sainte), Collationes, Vita s. Geraldi Auriliacensis, Vita Gregorii Turonensis, abrégé des Moralia in Job de Grégoire le Grand, 12 antiennes et hymnes pour saint Martin, hymne De corpore Christi ; mort le 18 novembre 942 à Tours, Aymard désigné successeur ; reliques à L'Isle-Jourdain.
3 9 16 21 28 29 38 53 58 59 62 72 76 79 84 92Benoît XVI, Audience générale du 2 septembre 2009 (vatican.va), catéchèse sur saint Odon de Cluny : « He was austere, but above all he was good, a man of great goodness, a goodness that comes from contact with the divine goodness » (« Il était austère, mais surtout il était bon… ») ; il aimait la cellule « removed from the eyes of all, eager to please God alone » (citation de Jean de Salerne) ; ses paroles « full of joy », sa gaieté instillant « deep joy » dans les cœurs ; il prêche « a radical change of life, based on humility, austerity, detachment from ephemeral things and adherence to those that are eternal » ; « Divine mercy is always available; it awaits the hour of our conversion » ; le Christ « amator hominum » ; foi eucharistique : « the bread instantly becomes flesh, and the wine becomes blood ». Traductions françaises faites d'après le texte de référence du Saint-Siège.
4 30 60 64 65 67 68 69 93 94New World Encyclopedia, article « Odo of Cluny » : grand abbé réformateur de Cluny « which became the model of monasticism for over a century » ; amour profond des mendiants au centre de sa spiritualité ; mission politique de paix entre Hugues d'Arles et le parti de Rome ; fonde à Rome le monastère de Notre-Dame sur l'Aventin ; écrits dont la Vie de saint Géraud d'Aurillac, les trois livres de Collationes et douze antiennes pour saint Martin ; biographie par Jean de Salerne.
5 13 18 23 45 47 49 52 63 66 90Pour l'histoire institutionnelle de l'abbaye de Cluny, de sa fondation par Guillaume le Pieux (909-910) à l'apogée de l'« ordre » clunisien, et du rôle de Bernon, premier abbé, voir l'article dédié La réforme de Cluny. Le présent article traite le saint Odon lui-même et ne refait pas cette histoire d'ensemble.
6Encyclopædia Britannica, article « Saint Odo of Cluny » : né en 878 ou 879, probablement en Aquitaine, mort le 18 novembre 942 à Tours ; fils d'Ebbon Iᵉʳ, seigneur de Déols ; étudie à Paris sous Rémi d'Auxerre ; chanoine de Saint-Martin de Tours, puis moine à Baume sous saint Bernon ; « In 927, he succeeded Berno as abbot of Cluny » ; obtient de Jean XI le privilège d'exemption et l'autorisation de réformer les monastères de France et d'Italie ; appelé « restorer of monasteries » ; au retour de Rome en 942, tombe malade au monastère Saint-Julien de Tours et meurt le 18 novembre, après avoir composé un hymne en l'honneur de saint Martin.
7 17 20 24 25 31 33 35 70 71 73 77 81 82 85 87 91Jean de Salerne, Vita sancti Odonis (« Vie de saint Odon »), composée vers 943, soit l'année qui suit la mort du saint, par un disciple qu'Odon avait formé en Italie. Texte dans la Patrologia Latina (PL 133, 43-86). Seule biographie contemporaine d'Odon, source fondatrice de tout ce que nous savons de lui ; à lire comme une hagiographie édifiante appuyée sur un témoignage direct.
12Wikimedia Commons, fichier Cluny abbey narthex and palais gelase.JPG : photo des vestiges de l'abbaye de Cluny, narthex et palais dit de Gélase. Auteur : LeZibou, 2013, licence CC BY-SA 4.0. URL : commons.wikimedia.org/wiki/File:Cluny_abbey_narthex_and_palais_gelase.JPG.
14Odo of Cluny, notice encyclopédique de synthèse (en.wikipedia.org/wiki/Odo_of_Cluny) et sources liées : naissance v. 878, père Abbon, seigneur de Déols, mère Arenberga, enfant obtenu après une prière à la Vierge la nuit de Noël ; page à la cour d'Anjou puis auprès de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine ; chanoine de Saint-Martin de Tours à 19 ans ; études à Paris sous Rémi d'Auxerre ; entrée à Baume sous Bernon v. 909 ; réforme de Fleury (v. 930) où, devant les moines en armes, « Odo rode towards the monastery on his donkey, and the monks put down their weapons » ; missions romaines (936-942) sous Albéric II ; reliques à L'Isle-Jourdain, en partie brûlées par les huguenots ; mort le 18 novembre 942.
15 19 22 26 27 36 37 39 40 41 42 44 46 50 51 55 75 78 80 83 88 89Le privilège d'exemption clunisien : dès la charte de fondation de 909-910, Cluny est placée sous la seule autorité du Saint-Siège, à l'abri du pouvoir laïque et épiscopal. Le privilège obtenu d'Jean XI en 931 étend cette liberté à l'œuvre réformatrice d'Odon. Sur le mécanisme et sa portée historique, voir La réforme de Cluny.
34Occupatio : long poème didactique en sept livres, où Odon parcourt l'histoire du salut, de la création à la Rédemption, dans une langue nourrie de culture classique et patristique. Témoigne de la formation lettrée reçue à Paris sous Rémi d'Auxerre. Cf. New Catholic Encyclopedia, art. « Odo of Cluny »[^newcatho].
54Collationes (Collationum libri tres) : trois livres d'essais moraux où Odon, moraliste de son temps, dénonce les vices du siècle et appelle à la conversion. Benoît XVI y lit l'appel à « un changement radical de vie, fondé sur l'humilité, l'austérité, le détachement des choses passagères et l'attachement à celles qui sont éternelles »[^benoit16].
56Vita sancti Geraldi Auriliacensis (« Vie de saint Géraud d'Aurillac ») : biographie d'un comte laïc sanctifié dans le monde, sans entrer au cloître. Œuvre majeure d'Odon : à une époque où la sainteté semblait réservée aux moines, il y montre qu'un seigneur peut être saint en exerçant le pouvoir avec justice et charité. Géraud, fondateur de l'abbaye d'Aurillac réformée par Cluny, devient le modèle du chevalier chrétien.
57 61Wikimedia Commons, fichier OdoClunyAltar.jpg : retable de l'église Saint-Martin de L'Isle-Jourdain avec les reliques de saint Odon de Cluny. Auteur : Bocachete, photographie personnelle scannée, domaine public. URL : commons.wikimedia.org/wiki/File:OdoClunyAltar.jpg.
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