La Toussaint est la grande fête catholique du 1er novembre, la solennité de Tous les Saints : en un seul jour, l'Église honore ensemble tous ceux qui sont au Ciel — les saints inscrits au calendrier comme la foule immense des saints inconnus, « de toutes nations, tribus, peuples et langues », que nul ne peut dénombrer[1]. Le prêtre porte le blanc, on chante le Gloria, et les lectures sont chaque année les mêmes : la vision de la foule immense dans l'Apocalypse, le psaume de ceux qui cherchent la face du Seigneur, la promesse que « nous verrons Dieu tel qu'il est », et l'évangile des Béatitudes[2].
C'est une fête de précepte : comme le dimanche, les catholiques sont tenus d'y participer à la messe[3]. En France, où elle est restée l'une des quatre fêtes conservées depuis 1802, elle est aussi un jour férié, le jour où les familles fleurissent les tombes et où commencent les vacances scolaires d'automne[4][5]. Le lendemain, 2 novembre, l'Église consacre un second jour aux fidèles défunts : les deux journées se suivent et se répondent, mais elles ne célèbrent pas la même chose — l'allégresse des saints d'abord, la prière pour les morts ensuite[6].
La date du 1er novembre vient du haut Moyen Âge. À Rome, le pape saint Boniface IV avait dédié le Panthéon à Marie et à tous les martyrs, fête fixée au 13 mai[7] ; au VIIIe siècle, le pape saint Grégoire III honora « tous les justes » dans un oratoire de Saint-Pierre[8]. C'est dans les îles Britanniques que la fête de tous les saints apparaît au 1er novembre, attestée par une lettre de l'érudit Alcuin vers l'an 800[9] ; en 835, l'empereur Louis le Pieux, à la demande du pape Grégoire IV et avec l'accord de ses évêques, l'étendit à tout l'Empire franc pour ce même jour[10]. Depuis, le 1er novembre est la Toussaint de tout l'Occident, tandis que les Églises d'Orient gardent leur propre date : le dimanche qui suit la Pentecôte[11].
Le sens de la fête tient en une phrase, celle que le pape Benoît XVI reprit de saint Bernard : les saints « n'ont pas besoin de nos honneurs », mais « lorsque je pense aux saints, je sens brûler en moi de grands désirs »[12]. La Toussaint réveille le désir d'être saint : elle montre la foule de ceux qui ont vécu les Béatitudes, rappelle que cet appel s'adresse à tous[13], et fait goûter par avance la joie de « la grande famille des amis de Dieu »[14]. La doctrine de la communion des saints, l'intercession des saints et la prière pour les morts sont exposées dans leurs articles propres ; ici, c'est la fête qui est racontée : son nom, sa date, son histoire, sa liturgie, ses coutumes et sa joie.
Quand l'Église fête-t-elle la Toussaint ?
Le nom de la fête
Le Missel romain intitule la messe du 1er novembre In festo Omnium Sanctorum, « en la fête de Tous les Saints », et le calendrier officiel lui donne le titre de solennité de Tous les Saints (Sollemnitas Omnium Sanctorum) : le degré le plus élevé du calendrier, celui de Noël, de Pâques, de l'Assomption et de la Pentecôte[15][16]. Le mot français Toussaint vient de l'ancien français feste de Toz Sainz, « fête de tous les saints », traduction du latin médiéval festum omnium sanctorum : les premiers textes l'attestent vers 1135 (feste Toz Sainz dans le Couronnement de Louis) et vers 1260 (le jour de la Touz Sainz)[17]. Le nom populaire dit donc exactement ce que dit le nom latin : ce n'est pas la fête d'un saint, c'est la fête de tous les saints.
L'anglais garde la même logique sous une autre forme : All Saints' Day, la « journée de tous les saints », dont la veille — All Hallows' Eve, la « veille de tous les saints » — a donné le mot Halloween[18]. Le soir du 31 octobre s'appelle ainsi parce que le 1er novembre est la Toussaint, et non l'inverse.
Le rang : une solennité
Dans l'année liturgique, la Toussaint est une solennité : messe avec Gloria et Credo, lectures propres qui ne changent jamais d'une année à l'autre, premières vêpres la veille au soir, et célébration jusque dans l'office des lectures, des laudes et des vêpres du jour[19][20]. La couleur liturgique est le blanc, couleur des fêtes du Seigneur, de la Vierge et des saints non martyrs[21].
Le calendrier romain compte peu de solennités de saints : la plupart des saints sont fêtés au rang de mémoire ou de fête. La Toussaint fait exception parce qu'elle ne fête personne en particulier : elle honore ensemble toute la cour céleste, « tous les saints qui ont resplendi sur la terre, de tous les temps et de tous les lieux, connus et inconnus » — c'est ainsi que les Églises d'Orient définissent leur propre fête de Tous les Saints[22]. Le Concile Vatican II donne la raison théologique de cette primauté : c'est « surtout dans la sainte liturgie que se réalise de la façon la plus haute notre union avec l'Église du ciel », quand les rachetés « de toute tribu, langue, peuple ou nation, rassemblés en l'unique Église, glorifient, dans un chant unanime de louange, le Dieu un en trois Personnes »[23].
Une fête de précepte
Le Code de droit canonique range la Toussaint parmi les fêtes où, « comme le dimanche », les fidèles « sont tenus par l'obligation de participer à la messe » et de s'abstenir des travaux incompatibles avec ce jour[24]. Avec Noël, l'Ascension et l'Assomption, elle fait partie des quatre fêtes de préceptes conservées en France depuis l'indult du cardinal Caprara du 9 avril 1802, publié par arrêté consulaire du 19 avril 1802 : « Les jours de fête qui seront célébrés en France, outre les dimanches, sont : la Naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'Ascension, l'Assomption de la très-sainte Vierge, la fête de tous les Saints »[25]. C'est pourquoi le 1er novembre est resté en France un jour férié chômé, inscrit au Code du travail aux côtés du 25 décembre, du 15 août et du lundi de Pâques[26].
Concrètement, la Toussaint « remplace » tout ce qu'elle rencontre : si le 1er novembre tombe un dimanche — comme en 2026 — la solennité prend la place du dimanche du temps ordinaire, avec ses lectures propres et non celles du dimanche[27]. Et la messe du soir du 31 octobre, après les premières vêpres, est déjà la messe de la fête : comme pour les dimanches, on peut satisfaire au précepte dès la veille au soir[28].
Pourquoi le 1er novembre ?
Ni l'Évangile ni les Apôtres ne fixent de date pour honorer tous les saints ensemble : le 1er novembre est un choix de l'Église, mûri entre le VIIe et le IXe siècle, dont l'histoire est racontée plus loin dans cet article. Rome célébra d'abord tous les saints le 13 mai, jour de la dédicace du Panthéon devenu église[29] ; les îles Britanniques célébraient déjà la fête aux calendes de novembre vers l'an 800[30] ; et c'est cette date d'automne que l'empereur Louis le Pieux étendit à tout l'Occident en 835[31]. Les raisons précises du choix de l'automne ne sont dites par aucun document d'époque : les historiens notent seulement qu'après les travaux des champs, les routes et les greniers permettaient aux foules de se rassembler et aux pèlerins de voyager — à Rome comme en Gaule, les grandes fêtes d'automne sont aussi des fêtes de moisson rentrée. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que ce n'est pas une fête païenne christianisée : aucun texte du haut Moyen Âge ne relie le 1er novembre à une fête celtique, et la question est traitée pour elle-même plus loin[32].
Ne pas confondre : le 1er et le 2 novembre
Le 1er novembre, l'Église célèbre dans l'allégresse tous ceux qui sont déjà dans la gloire ; le 2 novembre, elle prie pour tous les fidèles défunts, ceux qui sont morts et que Dieu seul juge[33]. La première journée est une solennité, avec Gloria et blanc ; la seconde est une commémoration plus grave, où le prêtre porte traditionnellement le violet et où chaque prêtre peut célébrer trois messes pour les morts[34]. La conviction que les vivants doivent prier pour les morts remonte aux premiers temps du christianisme ; l'idée d'un jour spécial de prière dans le prolongement de la Toussaint est antérieure à l'an mil, et c'est saint Odilon, abbé de Cluny, qui l'étendit en 998 à tous les monastères de son ordre — d'où la date du 2 novembre dans toute l'Église[35].
En pratique française, les deux journées se recouvrent : c'est le 1er, jour férié, que les familles se rendent au cimetière fleurir les tombes[36]. Mais la distinction compte : aller au cimetière le 1er novembre, c'est visiter ses morts dans la lumière de la fête des saints, en professant que la mort n'a pas le dernier mot[37]. Le 2 novembre, jour ouvré, les messes pour les défunts accueillent ceux qui peuvent se libérer : prêtres, religieux et fidèles y portent ensemble le deuil de l'Église vers l'espérance[38].
La prière pour les âmes du purgatoire, les saints et les âmes du purgatoire et le sens de l'intercession appartiennent à leurs articles propres : pourquoi prier pour les morts, le purgatoire.
D'où vient la fête de la Toussaint ?
La fête en quelques dates
- IVᵉ siècleLes martyrs honorés ensemble en Orient
En Orient, les Églises célèbrent déjà ensemble « tous les martyrs » : une homélie transmise sous le nom de saint Jean Chrysostome est prêchée pour leur mémoire commune. Le Concile Vatican II rappellera cette genèse : l'Église vénéra d'abord les Apôtres et les martyrs, puis « s'en ajoutèrent bientôt d'autres », vierges, pauvres et témoins éclatants des vertus chrétiennes[39].
- 13 mai 609Le Panthéon devient une église
Le pape saint Boniface IV (608-615) obtient de l'empereur Phocas le Panthéon et le dédie à Marie et à tous les martyrs. Les martyrologes fixent la dédicace au 13 mai : Rome fête désormais « tous les saints » au printemps[40][41].
- 1ᵉʳ novembre 731Un synode romain un 1er novembre
Le pape saint Grégoire III convoque pour le 1er novembre 731 le synode romain contre les destructeurs d'images. La date a déjà du poids à Rome — le même pontife construit dans ces années-là son oratoire de « tous les justes » à Saint-Pierre[42][43].
- Vers 800Alcuin : les calendes de novembre
De Tours, le savant Alcuin écrit à Arn de Salzbourg : « aux calendes de novembre, solennité de tous les saints ». La fête du 1er novembre est attestée dans le monde franc et anglo-saxon, préparée par trois jours de jeûne et de prière[44].
- 835Tout l'Empire franc adopte le 1er novembre
L'empereur Louis le Pieux, à la demande du pape Grégoire IV et avec l'accord de ses évêques, ordonne que la fête de tous les saints soit célébrée chaque année à perpétuité au 1er novembre. Le martyrologe d'Adon de Vienne, vers 855, enregistre la décision[45].
- 998Le 2 novembre pour les défunts
Saint Odilon, abbé de Cluny, étend à tous ses monastères une journée de prière pour les morts le lendemain de la Toussaint. Le 1er et le 2 novembre marcheront désormais ensemble[46].
- Vers 1260La Légende dorée popularise la fête
Jacques de Voragine raconte la Toussaint dans la Légende dorée, le livre le plus lu du Moyen Âge après la Bible, et donne quatre raisons de son institution : honorer les saints sans fête propre, réparer les négligences, intéresser tous les saints à la défense de l'Église, et montrer aux fidèles le bonheur qui les attend[47].
- 1480Sixte IV donne une octave
Le pape Sixte IV ajoute à la Toussaint une octave, huit jours de prolongation comme aux plus grandes fêtes, avec la vigile jeûnée du 31 octobre[48].
- 1568Le missel et le bréviaire de saint Pie V
- 1955Pie XII simplifie : fin de la vigile et de l'octave
La réforme des rubriques supprime la plupart des vigiles et des octaves : la Toussaint garde son rang mais perd sa vigile jeûnée du 31 octobre et son octave. Le 31 octobre n'est plus un jour de jeûne liturgique[50].
- 1969La solennité au calendrier actuel
Le pape saint Paul VI promulgue le calendrier romain révisé : la Toussaint y figure comme solennité de Tous les Saints, avec des lectures propres invariables[51].
Cette frise montre que la Toussaint n'est pas née d'un décret unique mais d'une lente maturation, de Rome aux îles Britanniques puis à l'Empire franc. Chaque étape ajoute une pierre : un lieu, une date, une prière. Et la seconde moitié de l'histoire se lit dans les détails : pourquoi le printemps romain a cédé à l'automne franc, comment le Moyen Âge a habillé la fête, et ce que les réformes modernes en ont gardé.
Les martyrs d'Orient, première foule des saints
Avant Rome, il y eut Antioche et tout l'Orient chrétien. Là où les persécutions avaient fait des foules de martyrs, les Églises prirent l'habitude de les honorer ensemble, en une mémoire commune, faute de pouvoir donner à chacun son anniversaire. Une homélie ancienne, transmise sous le nom de saint Jean Chrysostome, est prêchée « pour tous les saints martyrs du monde entier » : le titre à lui seul contient déjà toute la Toussaint[52]. C'est cette mémoire collective des martyrs que le Concile Vatican II décrit comme le berceau du culte des saints : d'abord les Apôtres et ceux qui versèrent leur sang, puis tous ceux dont la vie éclatante recommanda « à la pieuse dévotion et à l'imitation des fidèles »[53].
L'Orient garda cette logique : sa fête de Tous les Saints n'est pas une date d'automne mais le dimanche qui suit la Pentecôte, comme on le verra. L'Occident, lui, allait donner à la même foule une autre date — et c'est cette histoire romaine puis franque que racontent les pierres et les parchemins.
Rome, 13 mai : le Panthéon devient Sainte-Marie-aux-Martyrs
La première fête romaine de « tous les saints » est née d'un geste spectaculaire. Au début du VIIe siècle, le pape saint Boniface IV (608-615) obtient de l'empereur byzantin Phocas le Panthéon, le temple élevé à tous les dieux de Rome, et le change en église. Le Liber pontificalis, la chronique officielle des papes, le dit en une phrase : Boniface « demanda au prince Phocas le temple appelé Panthéon, dans lequel il fit une église de la bienheureuse Marie toujours vierge et de tous les martyrs ; l'empereur offrit à cette église de nombreux dons »[54]. Pour l'éditeur du texte, Mgr Louis Duchesne, c'est « le premier exemple connu d'un temple romain changé en église »[55].
Un siècle plus tard, Bède le Vénérable donne le sens du geste dans sa Chronique :
« Là où se célébrait autrefois le culte, non de tous les dieux, mais de tous les démons, se ferait désormais la mémoire de tous les saints. » — Bède le Vénérable, Chronica maiora, § 536[56]
Bède reprend la même idée dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais : Boniface fit du Panthéon une église « de la sainte Mère de Dieu et de tous les martyrs du Christ, afin que, la multitude des démons en étant exclue, la multitude des saints y eût sa mémoire »[57]. Ni Bède ni le Liber pontificalis ne donnent le jour de la dédicace, ni même son année : on sait seulement qu'elle eut lieu au début du pontificat, en 609 selon la chronologie traditionnelle — les Petits Bollandistes du XIXe siècle écrivaient « vers l'an 607 » avec les tables de leur temps[58]. Le 13 mai vient des martyrologes, les calendriers des fêtes de saints : le petit martyrologe romain et celui d'Adon de Vienne inscrivent au 13 mai « le jour de la dédicace de Sainte-Marie-aux-Martyrs, établi par le pape Boniface »[59].
Rome célébra donc d'abord « tous les saints » au printemps, autour de la Vierge Marie et des martyrs dont on disait — d'après Baronius — que vingt-huit chariots d'ossements tirés des catacombes avaient été déposés sous l'autel du Panthéon[60]. Culte des reliques, patronage de Marie, foule des martyrs : tous les ingrédients de la future Toussaint sont déjà là, sauf la date d'automne.
Grégoire III et l'oratoire de « tous les justes »
Le deuxième jalon romain est l'œuvre du pape saint Grégoire III (731-741). Le Liber pontificalis raconte qu'il fit construire, à l'intérieur de la basilique Saint-Pierre, près de l'arc principal, du côté des hommes, un oratoire où il déposa « en l'honneur du Sauveur et de sa sainte Mère, les reliques des saints apôtres et de tous les saints martyrs et confesseurs, des justes parfaits qui reposent dans le monde entier »[61]. Pour la première fois, ce n'est plus seulement la foule des martyrs qui est honorée ensemble, mais tous les justes, de toute la terre.
Le pape organise aussi la prière de ce lieu. Les moines de trois monastères voisins y chantent chaque jour les vigiles des saints, et les prêtres de semaine y célèbrent leurs messes. Dans la prière eucharistique de cet oratoire, Grégoire III fait ajouter une phrase qu'il fait graver sur des tables de marbre :
« … dont la solennité est célébrée aujourd'hui en présence de ta majesté, Seigneur notre Dieu, dans le monde entier. » — Grégoire III, formule insérée au canon de la messe dans l'oratoire de Saint-Pierre, Liber pontificalis[62]
Ce règlement fut pris en synode, par l'assemblée des prêtres réunie devant le tombeau de saint Pierre, et ses tables de marbre étaient encore visibles au XVe siècle, avant d'être brisées[63]. Le Liber pontificalis ne date pas la dédicace de l'oratoire — et il faut se garder d'affirmer qu'elle eut lieu un 1er novembre. Mais un indice est troublant : le grand synode de Grégoire III contre les destructeurs d'images avait été convoqué pour le 1er novembre 731, d'après la lettre de convocation envoyée à l'évêque de Grado[64]. Au VIIIe siècle, le 1er novembre compte déjà à Rome : c'est le jour où l'on réunit les évêques pour défendre les saintes images.
Les calendes de novembre : le témoignage d'Alcuin
C'est hors de Rome que la date du 1er novembre apparaît d'abord clairement. Au début de l'an 800, le savant Alcuin — formé puis maître à l'école de la cathédrale d'York, simple diacre, attiré à sa cour par Charlemagne, rencontré à Parme en 781, et devenu en 796 abbé de Saint-Martin de Tours[65] — écrit à son ami Arn, archevêque de Salzbourg :
« Aux calendes de novembre, solennité de tous les saints. Voici, vénérable père Arn, que tu as la solennité de tous les saints fixée, comme nous l'avons dit. Garde-la sans cesse en mémoire et ne cesse jamais de la célébrer chaque année à son époque. » — Alcuin, lettre 193 à Arn de Salzbourg, vers mars 800[66]
La suite de la lettre dit pourquoi cette fête lui tient tant à cœur : si le prophète Élie, un seul juste, a pu par sa prière fermer et ouvrir le ciel, « combien plus tous les saints » du Nouveau Testament, à qui ont été confiées les clefs du Royaume, peuvent-ils l'ouvrir aux croyants. Alcuin demande enfin de préparer la fête par trois jours de jeûne, de prière, de messes et d'aumônes « les uns pour les autres »[67]. La Toussaint du 1er novembre est donc née comme une fête d'automne du Nord — Northumbrie, Bavière, monde franc — avec sa vigile de préparation, bien avant de devenir la fête de Rome.
835 : Louis le Pieux et Grégoire IV fixent la date
Le pas décisif est impérial. Louis le Pieux (814-840), fils et successeur de Charlemagne, « avec l'accord de tous les évêques de son royaume et de son empire », décide que la fête de tous les saints sera célébrée solennellement au 1er novembre, chaque année, à perpétuité — « sur l'avis du pape Grégoire, de sainte mémoire », c'est-à-dire Grégoire IV (827-844)[68]. C'est le témoignage du martyrologe d'Adon de Vienne, composé vers 855-860, qui ne donne pas d'année mais nomme les deux acteurs : l'empereur Louis et le pape Grégoire[69]. La chronologie traditionnelle place l'ordonnance en 835 — le martyrologe romain postérieur la rapporte sous l'année 837[70]. L'écart d'un ou deux ans ne change rien à l'essentiel : au milieu du IXe siècle, tout l'Occident franc fête déjà tous les saints aux calendes de novembre, et Rome elle-même finit par adopter la date franque, abandonnant le 13 mai.
Adon ajoute un détail révélateur de la mémoire médiévale : il fait remonter la célébration romaine du 1er novembre jusqu'au Panthéon lui-même, comme si Boniface IV avait déjà fixé les calendes de novembre[71]. L'histoire est télescopée — le Panthéon, c'était le 13 mai — mais elle dit ce que le Moyen Âge croyait : une seule fête, de Boniface à Louis le Pieux, de Rome à l'Empire.
| 13 mai, la date romaine | 1er novembre, la date franque | |
|---|---|---|
| Origine | Dédicace du Panthéon, 609 | Fête des îles Britanniques, attestée vers 800 |
| Objet | Marie et tous les martyrs | Tous les saints, puis « tous les justes » |
| Portée | La ville de Rome | L'Empire franc (835), puis toute l'Église |
| Aujourd'hui | Abandonnée en Occident | La Toussaint universelle |
Le Moyen Âge habille la fête : vigile, octave, Légende dorée
Entre le IXe et le XVe siècle, la Toussaint devient l'une des plus grandes fêtes de l'année chrétienne, avec tout l'apparat des solennités : une vigile le 31 octobre, jour de jeûne et de préparation — c'est cette vigile liturgique qui explique que le soir du 31 octobre porte un nom, All Hallows' Eve[72] — et, depuis Sixte IV en 1480, une octave qui prolonge la fête pendant huit jours[73]. La Légende dorée de Jacques de Voragine, vers 1260, raconte la fête à toute la chrétienté et transmet les quatre raisons de son institution : honorer ensemble les saints qui n'ont pas de fête propre, rassembler tous les fidèles dans une même joie, réparer les négligences de l'année, et montrer à tous « le bonheur inestimable des saints » pour leur en donner le désir[74].
C'est aussi au Moyen Âge que le 1er novembre entre dans la vie des peuples : à la fin du Xe siècle, le 2 novembre des défunts vient s'accoler à la Toussaint sous l'impulsion de saint Odilon de Cluny[75], et les coutumes d'automne — visites aux tombes, prières, aumônes, gâteaux des âmes — se greffent sur les deux journées[76].
Des réformes tridentines au calendrier actuel
Le concile de Trente ne touche pas à la date, mais il unifie la prière : le missel et le bréviaire de saint Pie V (1568-1570) donnent à toute l'Église latine la même messe de la Toussaint, ouverte par l'antienne Gaudeamus omnes in Domino — « Réjouissons-nous tous dans le Seigneur, car nous célébrons la fête en l'honneur de tous les saints »[77][78]. La fête traverse ainsi les siècles sans changement majeur jusqu'aux réformes du XXe siècle : Pie XII, en 1955, supprime la vigile jeûnée et l'octave dans le cadre de la simplification des rubriques[79] ; saint Paul VI, en 1969, promulgue le calendrier révisé où la Toussaint figure comme solennité avec ses lectures propres[80]. Ni la date ni le sens n'ont bougé : seule la parure liturgique s'est allégée.
Comment l'Église célèbre-t-elle la Toussaint ?
Les premières vêpres, dès le 31 au soir
La solennité commence la veille au soir, comme tout dimanche et toute grande fête : le 31 octobre, l'Église chante les premières vêpres de Tous les Saints. L'hymne, « Heureux celui qui garde les mains vides », paraphrase les Béatitudes en huit strophes — pauvres, doux, affligés, affamés de justice, miséricordieux, cœurs purs, artisans de concorde, persécutés — avant que les psaumes ne déploient « la lumière du Seigneur » promise aux saints[81]. La messe du soir du 31 octobre est déjà la messe de la fête : c'est elle que choisissent beaucoup de familles, avant la journée du cimetière[82].
C'est de cette vigile que vient le nom d'Halloween, All Hallows' Eve : le soir qui ouvre la fête de tous les saints[83]. Jusqu'en 1955, ce soir-là était une vigile de jeûne, un jour de préparation pénitentielle comme les veilles des grandes fêtes[84]. Les déguisements macabres du folklore moderne n'ont rien à voir avec cette vigile : ils viennent des coutumes profanes d'automne, pas de la liturgie.
La messe : quatre lectures qui ne changent jamais
La messe de la Toussaint est l'une des rares dont les lectures sont fixes, identiques chaque année quel que soit le cycle A, B ou C. L'Église estime que ce jour-là, ce sont les textes qui définissent la fête[85] :
| Lecture | Texte | Ce qu'il proclame |
|---|---|---|
| Première lecture | Apocalypse 7, 2-4.9-14 | La foule immense en robes blanches, « de toutes nations, tribus, peuples et langues », qui vient de la grande épreuve[86] |
| Psaume | Psaume 23 (24) | « Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur » : qui peut gravir la montagne ? L'homme au cœur pur[87] |
| Deuxième lecture | 1 Jean 3, 1-3 | « Voyez quelle manifestation d'amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! […] nous verrons Dieu tel qu'il est »[88] |
| Évangile | Matthieu 5, 1-12a | Les Béatitudes, charte de la sainteté : pauvres, doux, affligés, affamés de justice, miséricordieux, cœurs purs, artisans de paix, persécutés[89] |
L'antienne d'ouverture donne le ton de la joie : Gaudeamus omnes in Domino, diem festum celebrantes sub honore Sanctorum omnium — « Réjouissons-nous tous dans le Seigneur, car nous célébrons ce jour de fête en l'honneur de tous les saints »[90]. C'est par cette exhortation, notait Benoît XVI, que la célébration s'ouvre : « la liturgie nous invite à partager l'exultation céleste des saints, à en goûter la joie »[91]. La préface proclame que Dieu est glorifié « dans l'assemblée de tous les saints » et qu'ils sont pour nous « des amis et des modèles de vie »[92].
Ces quatre lectures forment un tout. L'Apocalypse montre le terme — la foule glorifiée ; le psaume montre le chemin — le cœur pur ; l'épître montre le secret — l'adoption filiale ; l'évangile montre la route — les Béatitudes. C'est le même mystère vu de quatre côtés, et c'est pourquoi l'Église ne les change jamais. Le reste de la liturgie du jour déploie ce mystère heure par heure, de l'office des lectures aux vêpres du soir.
La Liturgie des Heures : saint Bernard au cœur de la nuit
À l'office des lectures, la deuxième lecture est l'homélie de saint Bernard pour la Toussaint, le texte le plus célèbre jamais prêché pour cette fête : « Pourquoi notre louange à l'égard des saints, pourquoi notre chant à leur gloire, pourquoi cette fête même que nous célébrons ? […] De nos honneurs les saints n'ont pas besoin […] si nous vénérons leur mémoire, c'est pour nous que cela importe, non pour eux »[93]. Bernard y distingue le double désir que la fête doit allumer : désirer la compagnie des saints — être mêlés « à l'assemblée des patriarches, à la troupe des prophètes, au groupe des Apôtres, à la foule immense des martyrs » — et désirer leur bonheur, jusqu'à vouloir partager leur gloire[94]. Benoît XVI reprit ce sermon le 1er novembre 2006 : « Telle est donc la signification de la solennité d'aujourd'hui : en regardant l'exemple lumineux des saints, réveiller en nous le grand désir d'être comme les saints »[95].
Le Catéchisme cite la même logique quand il définit le culte authentique des saints : non pas « multiplier les actes extérieurs », mais « fréquenter les saints pour les imiter, s'unir à eux pour avoir part à leur sort, obtenir le secours de leur intercession »[96]. Et le Concile note que la formule « couronne de tous les saints », appliquée au Christ, vient elle-même de l'invitatoire de l'office de la Toussaint : la liturgie de la fête nourrit jusqu'au vocabulaire du Concile[97].
Le Canon, les litanies et l'ancien rite
Le nom des saints est prononcé dans chaque messe : le Canon romain énumère Marie, les Apôtres et les martyrs, et la troisième prière eucharistique demande de partager « l'héritage avec tes élus, avec la Vierge Marie, les Apôtres et tous les saints ». Mais le 1er novembre, cette mention prend un relief particulier : la préface propre chante Dieu « glorifié dans ses saints », et les litanies des saints — la longue invocation chantée aux baptêmes, ordinations et vigiles — déploient ce jour-là toute leur raison d'être[98].
Dans la forme ancienne du rite romain, la messe Gaudeamus gardait les lectures d'autrefois — l'Apocalypse et les Béatitudes, déjà — autrefois précédées d'une vigile jeûnée le 31 octobre et suivies d'une octave jusqu'au 8 novembre[99]. La réforme des rubriques de 1955 supprima cette vigile et cette octave : le missel de 1962, qui suit ces rubriques, célèbre donc la Toussaint sans octave ni jeûne de vigile, mais avec la même messe Gaudeamus et les mêmes lectures[100][101].
| Missel de 1962 (forme ancienne) | Missel de 1970 (forme ordinaire) | |
|---|---|---|
| Rang | Double de première classe, sans octave (supprimée en 1955) | Solennité, sans octave |
| Vigile | 31 octobre, sans jeûne (jeûne supprimé en 1955) | Premières vêpres, sans jeûne |
| Lectures | Épître : Ap 7 · Évangile : Béatitudes (Mt 5) | Mêmes textes, plus Ps 23 et 1 Jn 3 |
| Ouverture | Gaudeamus omnes in Domino | Gaudeamus conservé |
| Couleur | Blanc | Blanc |
Les indulgences du 1er au 8 novembre
Huit jours par an, l'Église attache une indulgence plénière à la visite d'un cimetière : du 1er au 8 novembre, le fidèle qui visite un cimetière et y prie, même mentalement, pour les défunts, peut obtenir pour une âme du purgatoire la remise de toute la peine due à ses péchés[102]. Le 2 novembre, la même indulgence est attachée à la visite d'une église ou d'un oratoire avec un Notre Père et un Je crois en Dieu[103]. C'est la traduction concrète de ce que le Catéchisme enseigne : « notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur »[104]. Les conditions habituelles s'appliquent — confession, communion, prière aux intentions du Souverain Pontife et détachement de tout péché — et l'Église demande que la visite soit un vrai acte de piété, pas une promenade[105].
Concrètement, l'octave de prière qui suit la Toussaint remplace en quelque sorte l'octave liturgique supprimée en 1955 : huit jours pour visiter, fleurir, prier — et offrir chaque jour l'indulgence pour un défunt[106][107]. Beaucoup de familles prennent l'habitude de revenir au cimetière dans la semaine, quand la foule du 1er s'est dispersée : la prière continue quand les chrysanthèmes fanent.
La fête de tous les saints dans les Églises d'Orient
Le dimanche après la Pentecôte
Les Églises d'Orient ne fêtent pas tous les saints le 1er novembre, mais le dimanche qui suit la Pentecôte, premier dimanche après la descente de l'Esprit Saint[108]. Le choix est théologique : à la Pentecôte, l'Esprit descend sur l'Église ; le dimanche suivant, l'Église montre le fruit de cette descente — les saints. « L'Esprit est descendu, voici ce qu'il a fait » : des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, de tous les temps et de tous les lieux, devenus saints[109]. L'office de ce dimanche clôt le Pentecostaire, le livre liturgique qui va de Pâques à la fête de Tous les Saints[110].
La définition orientale de la fête est la plus large qui soit : « tous les Saints, tous les Justes, les Prophètes, Apôtres, Martyrs, Confesseurs, Pasteurs, Docteurs et Moines, hommes et femmes, connus et inconnus, qui ont été ajoutés aux chœurs des saints depuis Adam jusqu'à la fin du monde »[111]. On y reconnaît la « foule immense que nul ne pouvait dénombrer » de l'Apocalypse, lue aussi en Occident le 1er novembre[112].
De tous les martyrs à tous les saints : le décret de Léon VI
À l'origine, la fête orientale honorait surtout tous les martyrs. C'est l'empereur Léon VI le Sage (886-912) qui l'étendit à tous les saints. Son épouse Théophano, morte en 893 ou 894 après une vie de grande piété, était tenue par beaucoup pour une sainte ; Léon fit bâtir une église pour l'y honorer, mais elle le lui interdit — et l'empereur décida alors que le dimanche après la Pentecôte serait dédié à Tous les Saints, sachant que son épouse y serait honorée avec tous les justes[113]. L'anecdote, transmise par la tradition byzantine, dit l'essentiel : la fête orientale est la fête des saints connus et inconnus ensemble, sans liste et sans exception.
L'icône de la fête montre cette foule : autour du Christ en gloire s'ordonnent les chœurs des Prophètes, des Apôtres, des martyrs, des évêques, des moines et des justes, avec Marie à la place d'honneur. Les icônes byzantines et leur théologie ont leur article propre ; ici, l'icône de Tous les Saints est la Toussaint orientale en image.
Les saints de chaque terre : l'exemple russe
Chaque Église orientale honore aussi ses propres saints à une date voisine. L'Église russe célèbre ainsi, le deuxième dimanche après la Pentecôte — juste après le dimanche de Tous les Saints — la « synaxe de tous les saints qui ont resplendi sur la terre russe » : princes martyrs, moines, évêques et, depuis le XXe siècle, les nouveaux martyrs des persécutions[114]. Cette fête, dont l'histoire court du XVIe siècle à 1918 puis à sa restauration moderne, montre comment la mémoire de tous les saints s'enracine dans chaque terre sans cesser d'être universelle[115].
Entre l'Orient et l'Occident, il n'y a donc ni contradiction ni concurrence, mais deux regards sur la même foule. L'Orient montre les saints comme le fruit de l'Esprit à la Pentecôte ; l'Occident les montre comme la moisson de l'année à l'automne. Et les deux traditions se rejoignent sur l'essentiel, celui que le Concile a formulé pour tous : dans la vie des saints, « Dieu manifeste aux hommes dans une vive lumière sa présence et son visage », et ils forment autour de nous « une nuée de témoins »[116].
Concrètement, un catholique latin en voyage dans un pays orthodoxe au printemps peut vivre la fête des saints avec ses frères d'Orient — et un orthodoxe sous nos latitudes est chez lui à la Toussaint d'automne : deux dates, une même foule, une même joie.
La Toussaint en France
Fête de précepte et jour férié
En France, la Toussaint est l'une des quatre fêtes catholiques restées à la fois de précepte et fériées depuis l'indult de 1802 : Noël, l'Ascension, l'Assomption et la Toussaint[117][118]. Avant la Révolution, des dizaines de fêtes étaient chômées ; le cardinal-légat Caprara ne garda que ces quatre-là, et la France ne les a jamais abandonnées. C'est pourquoi le 1er novembre arrête encore le pays : écoles fermées, administrations closes, familles réunies — et cimetières pleins.
Les vacances de la Toussaint, fixées chaque année par le ministère de l'Éducation nationale, font de la fête le cœur des premières vacances scolaires : deux semaines d'automne qui portent encore le nom de la solennité, même pour les écoliers qui n'en connaissent plus le sens[119]. L'Église y voit un signe : la fête des saints rythme toujours la vie du pays, jusque dans les agendas.
Le jour des cimetières
Le geste français de la Toussaint, c'est la visite au cimetière. On nettoie la tombe, on y dépose des fleurs, on y prie, on s'y recueille en famille — et les paroisses y organisent prières, bénédictions des tombes et parfois la messe[120]. Une enquête du CRÉDOC pour la Chambre syndicale des arts funéraires mesura l'ampleur du rendez-vous : en 2005, 51 % des Français de plus de 40 ans se rendaient systématiquement au cimetière à la Toussaint — 62 % des pratiquants, mais aussi 47 % des non-pratiquants et 37 % des non-croyants ; une fois sur place, 81 % se recueillaient et 81 % fleurissaient la tombe[121]. L'Église catholique en France le dit simplement : dans la lumière de la Toussaint, fleurir les tombes, c'est « affirmer et vivre l'espérance en la vie éternelle donnée par la résurrection du Christ »[122].
Théologiquement, le geste est juste à condition de le situer : le 1er novembre, on visite ses morts parce que c'est la fête des saints, en professant qu'eux aussi sont appelés à la gloire ; le 2 novembre, on prie pour eux[123][124]. Benoît XVI invitait à ne pas avoir peur de ce rendez-vous : « que l'arrêt traditionnel au cours de ces journées sur les tombes de nos défunts constitue une occasion pour penser sans crainte au mystère de la mort »[125].
Pourquoi des chrysanthèmes ?
La fleur de la Toussaint française, c'est le chrysanthème — au point qu'on l'appelle « fleur des morts ». L'usage est plus ancien qu'on ne le dit : la presse du XIXe siècle en témoigne déjà. En 1895, Le Gaulois note que « les pauvres gens qui tous les ans, à la Toussaint, ont l'habitude de déposer des chrysanthèmes sur les tombes des leurs » vont devoir y renoncer à cause du prix des fleurs[126] ; en 1893, à Marseille, on porte déjà « des couronnes de fleurs de chrysanthèmes sur les tombes des parents défunts »[127] ; et dès 1891, un journal de l'Aube parle des « chrysanthèmes de la Toussaint » comme d'une évidence[128].
Deux raisons expliquent le choix : le chrysanthème fleurit tard, en octobre-novembre, quand les autres fleurs ont disparu ; et il tient longtemps en pot sur une tombe, sous la pluie d'automne[129]. La légende qui attribue l'usage à Raymond Poincaré fleurissant les monuments aux morts en 1919 confond deux histoires : 1919 scella le chrysanthème comme fleur du 11 novembre et des veuves de guerre, mais les tombes familiales en recevaient déjà depuis au moins trente ans[130][131]. Aujourd'hui, des millions de foyers français achètent des végétaux pour la Toussaint, et le chrysanthème en représente à lui seul plus de la moitié[132].
Halloween, Holywins et la vigile perdue
Chaque 31 octobre, la France commerciale fête Halloween : citrouilles, déguisements, bonbons. Importée des États-Unis — où l'avaient apportée les émigrés irlandais à la fin du XIXe siècle — elle est arrivée en France dans les années 1990 « essentiellement pour des raisons commerciales »[133]. Son nom même trahit son origine chrétienne : Halloween vient d'All Hallows' Eve, la veille de la Toussaint[134]. Mais pour le reste, les deux fêtes sont « totalement contradictoires » : Halloween est « une fête de la peur », la Toussaint « une fête de la communion »[135].
Face à Halloween, des catholiques ont inventé Holywins — jeu de mots sur holy (saint) et Halloween : « la sainteté gagne ». L'initiative est née à Paris en 2002, pour célébrer chrétiennement la veille de la Toussaint le 31 octobre au soir : veillées de prière, enfants déguisés en saints, processions aux flambeaux[136]. Elle s'est depuis répandue en Pologne, en Belgique, en Italie, en Espagne et au-delà[137]. L'idée est simple : plutôt que de subir la fête de la peur, redonner éclat à la vigile des saints — celle que la liturgie a connue jusqu'en 1955 et que les familles peuvent revivre : messe anticipée, prière, joie[138][139].
Il faut enfin corriger une erreur répandue, jusque sur des sites catholiques : Halloween ne vient pas d'une fête « en l'honneur de la divinité Samain, dieu de la mort » — aucune divinité celtique nommée Samain n'est attestée nulle part[140]. Samhain est en vieil irlandais le nom du mois de novembre et de la charnière saisonnière qui ouvre l'hiver ; les historiens montrent que les coutumes d'Halloween — tournées de porte en porte, gâteaux des âmes, prières pour les morts — sont pour l'essentiel des coutumes chrétiennes médiévales, les souling et soul cakes d'Angleterre, et non des survivances druidiques[141]. La Toussaint n'a donc rien à voir avec Samhain : ni la date du 1er novembre, fixée par l'Église franque au IXe siècle, ni la fête elle-même ne doivent quoi que ce soit au calendrier celtique.
La Toussaint dans le monde
Pologne : la nuit des lumières
En Pologne, la Toussaint (Wszystkich Świętych) est la fête la plus visiblement gardée d'Europe : le 1er novembre, des millions de Polonais envahissent les cimetières, et à la tombée du jour ceux-ci s'illuminent de milliers de znicze, ces lanternes funéraires de verre rouge et blanc[142]. Vu du ciel, un cimetière polonais le soir de la Toussaint est une mer de flammes : chaque tombe porte sa lumière, comme chaque saint porte la sienne. Le lendemain, 2 novembre (Dzień Zaduszny, le « jour des âmes »), les prières pour les défunts prennent le relais[143]. La Pologne montre ce que la Toussaint peut être quand tout un peuple la vit encore : une marée de lumière au seuil de l'hiver.
Mexique : la fête des morts classée par l'UNESCO
Au Mexique, les 1er et 2 novembre sont le Día de Muertos, la fête des morts : autels domestiques (ofrendas) chargés de fleurs orange de cempasúchil, de bougies, de portraits et des plats aimés des défunts ; cimetières veillés toute la nuit dans la prière et la fête ; crânes en sucre et pan de muerto[144]. Les festivités indigènes dédiées aux morts ont été proclamées par l'UNESCO chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité en 2008[145]. Le 1er novembre y est traditionnellement consacré aux enfants défunts (angelitos), le 2 aux adultes[146].
Le mélange mexicain — mémoire catholique des saints et des défunts, couleurs et symboles précolombiens — déroute parfois les Européens. L'Église y reconnaît le fond catholique : prier, se souvenir, professer la résurrection ; elle demande seulement que la fête reste une prière et ne devienne pas un folklore sans Dieu[147]. C'est la même exigence qu'en France pour Halloween : tout ce qui aide à prier est bon, tout ce qui fait peur ou moque la mort ne l'est pas[148].
Philippines, Guatemala et les autres Amériques
Aux Philippines, la Toussaint (Undás, de l'espagnol honras) est l'un des plus grands rassemblements populaires de l'année : les familles campent littéralement dans les cimetières du 31 octobre au 2 novembre, prient, mangent et veillent ensemble sur les tombes illuminées[149]. Au Guatemala, le 1er novembre est le jour des cerfs-volants géants de Sumpango : des disques de papier de plusieurs mètres, portés par des dizaines d'hommes, s'élèvent au-dessus du cimetière pour « relier les vivants et les morts » dans la prière[150]. En 2024, l'UNESCO a inscrit la technique de fabrication de ces cerfs-volants géants sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité[151]. Partout en Amérique latine, l'Espagne a apporté la même structure — messe de Tous les Saints le 1er, prières des défunts le 2 — habillée par chaque peuple de ses couleurs : en Espagne même, les huesos de santo (pâtisseries « os de saint ») et les buñuelos ; au Portugal, le Pão-por-Deus, le « pain pour Dieu » quémandé par les enfants de porte en porte[152].
Italie, Espagne, pays germaniques, monde anglophone
En Italie, Ognissanti est férié : messe, cimetières, et les fave dei morti, biscuits « fèves des morts » ; en Espagne, la Castañada catalane mêle châtaignes, vin doux et prière[153]. Dans les pays germaniques, Allerheiligen garde ses pains des âmes — Seelenbrot, Allerheiligenstriezel tressé — bénis et partagés pour les défunts[154]. Dans le monde anglophone, la veille a tout recouvert : Halloween, citrouilles et trick or treat — dont l'ancêtre est pourtant le souling médiéval, ces tournées où l'on offrait des « gâteaux des âmes » contre des prières pour les morts[155][156]. Partout le même schéma : une fête catholique des saints et des morts, habillée par chaque culture. Côté réformé, la fête survit là où la Réforme garda le calendrier : l'Église d'Angleterre en a fait une Principal Feast, célébrée le 1er novembre ou le dimanche entre le 30 octobre et le 5 novembre[157].
Deux 1er novembre qui firent l'histoire
Certaines années, le 1er novembre est entré dans l'histoire par la grande porte. Le 1er novembre 1755, au matin de la Toussaint, un tremblement de terre effroyable détruisit Lisbonne : les églises pleines pour la fête s'effondrèrent sur les fidèles, suivies du tsunami et de l'incendie — plusieurs dizaines de milliers de morts, et un choc philosophique qui traversa toute l'Europe des Lumières[158]. Et le 31 octobre 1517, veille de la Toussaint, un moine augustin affichait sur la porte de l'église du château de Wittenberg ses 95 thèses sur les indulgences : Martin Luther avait choisi la veille de la plus grande fête d'automne, jour d'exposition solennelle des reliques, pour être lu de toute la Saxe[159]. La Toussaint, fête de l'Église une et sainte, vit ainsi naître à sa veille la plus grande division de la chrétienté occidentale.
Et l'histoire continue : le 1er novembre 2025, en la solennité de la Toussaint, le pape Léon XIV a proclamé saint John Henry Newman docteur de l'Église, lors de la messe du Jubilé du monde éducatif — « une grande joie », dit-il, d'inscrire en ce jour de tous les saints celui qu'il donnait pour modèle aux éducateurs[160].
De Luther à Newman, la Toussaint reste le jour où l'Église relit son histoire : division un soir de 1517, deuil un matin de 1755, joie un matin de 2025 — et toujours la même foule des saints au-dessus des tumultes des hommes.
Que célèbre la fête de la Toussaint ?
Le mystère en une phrase
La Toussaint célèbre ceci : des hommes et des femmes comme nous sont arrivés au Ciel, et leur bonheur est déjà commencé. « Voyez quelle manifestation d'amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! »[161]. Benoît XVI, le 1er novembre 2005, le disait aux familles : la fête « nous fait goûter la joie d'appartenir à la grande famille des amis de Dieu », et « devenir saints signifie réaliser pleinement ce que nous sommes déjà », élevés en Jésus Christ à la dignité de fils adoptifs de Dieu[162]. Le baptême a fait de nous des saints en germe ; la Toussaint montre la moisson.
Le Catéchisme appelle le ciel « la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l'homme, l'état de bonheur suprême et définitif »[163] — et il précise que ce bonheur n'est pas une solitude : le ciel est « la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés » au Christ[164]. La Toussaint, c'est cette communauté en fête, montrée à ceux qui marchent encore.
La foule immense et les saints anonymes
« Voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues »[165]. L'Église ne connaît le nom que d'une infime partie de ses saints : les canonisés, les martyrs des calendriers, les patrons des paroisses. Tous les autres sont fêtés ce jour-là :
« Dans cette multitude, il n'y a pas seulement les saints officiellement reconnus, mais les baptisés de chaque époque et nation, qui se sont efforcés d'accomplir avec amour et fidélité la volonté divine. Nous ne connaissons pas le visage ni même le nom de la plupart d'entre eux, mais avec les yeux de la foi, nous les voyons resplendir, tels des astres emplis de gloire, dans le firmament de Dieu. » — Benoît XVI, homélie de la Toussaint 2006[166]
C'est le sens premier de la Toussaint : aucun saint ne manque à la fête, même sans nom ni statue.
Le Concile Vatican II décrit cette foule comme une seule famille en trois états : « les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage ; d'autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore ; d'autres enfin sont dans la gloire », et « tous cependant, à des degrés et sous des formes diverses, nous communions dans la même charité »[167]. La Toussaint honore le troisième groupe — ceux de la gloire — sans oublier les deux autres : on y prie aussi pour les vivants et pour les morts, dans « l'échange des biens spirituels » qui renforce l'union des uns avec les autres[168]. La communion des saints elle-même a son article ; la fête en est la célébration annuelle.
L'appel universel : la sainteté pour tous
La Toussaint serait une fête décourageante si la sainteté était réservée à une élite. C'est le contraire qu'enseigne l'Église : « l'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie »[169]. « Tous les fidèles du Christ sont donc invités et tenus à chercher et à atteindre la sainteté et la perfection propres à leur état »[170]. Le Catéchisme reprend : « Tous sont appelés à la sainteté : “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait” »[171].
Le pape François a donné à cet appel son image la plus célèbre, celle des « saints de la porte d'à côté » :
« Les saints ne sont pas des héros inaccessibles ou lointains, mais ce sont des personnes comme nous, ce sont nos amis, dont le point de départ est le même don que celui que nous avons reçu : le Baptême. […] ce sont ceux que j'aime appeler “les saints de la porte d'à côté”, qui vivent normalement parmi nous. » — Pape François, Angélus de la Toussaint[172] Et il résumait la fête en deux mots : la sainteté est un don — reçu au baptême, qui « peut changer complètement notre vie » — et un chemin — « à parcourir ensemble, en s'aidant mutuellement, unis à ces excellents compagnons que sont les saints »[173]. Benoît XVI disait la même chose autrement : pour être saint, « il n'est pas nécessaire d'accomplir des actions et des œuvres extraordinaires, ni de posséder des charismes exceptionnels » ; il faut « écouter Jésus, et le suivre sans se décourager face aux difficultés »[174].
Une fête d'espérance
La Toussaint tombe à l'entrée de l'hiver, quand les jours raccourcissent et que la nature semble mourir. L'Église y voit un signe renversé : c'est au moment où tout parle de mort qu'elle proclame la vie. Saint Jean-Paul II, dès sa première Toussaint en 1978, le disait : ces journées « placent devant les yeux de notre âme la mort inéluctable » et « donnent en même temps un témoignage de la vie » — l'homme « condamné à mort » selon la nature « vit en même temps dans l'attente de la vie future, et il est appelé à la gloire »[175]. La fête « nous dit justement combien la moisson est abondante — pas la moisson de la mort, mais du salut »[176].
C'est pourquoi la Toussaint est une fête joyeuse, malgré les cimetières : l'antienne d'ouverture commande de se réjouir, les cloches sonnent à toute volée, et la liturgie « nous invite à partager l'exultation céleste des saints, à en goûter la joie »[177][178]. La tristesse n'en est pas absente — on y pleure aussi ceux qui manquent — mais elle est traversée de lumière : « l'unique cause véritable de tristesse et de malheur pour l'être humain est de vivre loin de Lui »[179].
La sainteté dans la Divine Volonté
La Toussaint honore toutes les saintetés, de tous les temps — et Luisa rapporte que Jésus annonce, pour les temps qui viennent, une sainteté nouvelle et plus grande : l'Église n'a rien défini sur ce point. Luisa Piccarreta rapporte cette parole de Jésus, reçue le 27 février 1929 : « Ma fille, la Création tout entière, tous les Saints, ne sont rien d'autre que les effets de ma Volonté Divine »[180]. Toutes les saintetés passées, présentes et futures ont la Volonté divine pour « cause première », qui a formé « toutes les sortes de sainteté qui existent »[181].
Et cette Volonté appelle à une sainteté plus haute encore : non plus seulement faire la volonté de Dieu — ce que firent tous les saints — mais vivre en elle, la posséder « avec tous les effets » comme on possède la vie elle-même[182]. Les formes anciennes de sainteté sont comme les montagnes, les arbres, les fleurs et les étoiles ; « quant à la sainteté dans ma Volonté, elle est symbolisée par le soleil », qui « profite à tous, rejoint tout le monde avec sa lumière et ne fait aucune discrimination », en opérant « silencieusement, d'une manière presque inaperçue »[183]. Cette sainteté-là « n'est pas une sainteté individuelle, dédiée à faire le bien à un certain endroit, à un certain peuple et à une certaine époque » : elle doit « faire du bien à tous les gens de tous les endroits et de toutes les époques »[184]. La nouvelle et divine sainteté a son article propre ; la Toussaint, qui célèbre tous les saints, en est comme l'écrin : la fête de ce qui fut et l'annonce de ce qui vient.
La Toussaint dans la voix des saints et des mystiques
Saint Bernard : le désir
Le sermon de saint Bernard pour la Toussaint, lu chaque année à l'office des lectures, est le texte le plus célèbre de la fête[185]. Bernard y retourne la question : à quoi bon fêter les saints ?
« Pourquoi notre louange à l'égard des saints, pourquoi notre chant à leur gloire, pourquoi cette fête même que nous célébrons ? […] De nos honneurs les saints n'ont pas besoin, et rien dans notre culte ne peut leur être utile. De fait, si nous vénérons leur mémoire, c'est pour nous que cela importe, non pour eux. […] Pour ma part, je l'avoue, je sens que leur souvenir allume en moi un violent désir. » — Saint Bernard, homélie pour la Toussaint[186]
Ce désir, Bernard le déploie en deux flammes : désirer la compagnie des saints — « d'être associés à la joie et à la communion de tous les saints » — et désirer leur secours : « l'aide et la prière des saints, afin que leur intercession nous obtienne ce qui demeure hors de nos propres possibilités »[187].
Saint Cyprien : la joie qui nous attend
Au IIIe siècle, saint Cyprien écrivait à ses frères sur le bonheur du ciel, dans une page que le Catéchisme a retenue :
« Quelle ne sera pas ta gloire et ton bonheur : être admis à voir Dieu, avoir l'honneur de partager la joie du salut et de la lumière éternelle avec le Christ Seigneur ton Dieu […] jouir au Royaume des cieux dans la compagnie des justes et des amis de Dieu, les joies de l'immortalité acquise. » — Saint Cyprien, lettre 56, citée par le Catéchisme[188]
« La compagnie des justes et des amis de Dieu » : c'est exactement ce que la Toussaint célèbre — non pas une élite lointaine, mais une compagnie où chacun est attendu.
Sainte Thérèse : « Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre »
Sainte Thérèse de Lisieux, morte en 1897 à vingt-quatre ans, est la sainte qui a le mieux dit ce que les saints font au Ciel : ils continuent d'aimer. À ses sœurs qui pleuraient déjà son départ, elle promettait :
« Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Derniers Entretiens[189]
Le Catéchisme reprend la même promesse, avec le témoignage de saint Dominique mourant — « Ne pleurez pas, je vous serai plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que pendant ma vie » — pour enseigner que les saints « ne cessent pas de prendre soin de ceux qu'ils ont laissé sur la terre » et que « leur intercession est leur plus haut service du Dessein de Dieu »[190][191]. La Toussaint n'est donc pas la fête de morts qu'on admire de loin : c'est la fête d'amis qui agissent encore.
Élisabeth de la Trinité : aller à la Lumière
En 1906, la carmélite Élisabeth de la Trinité mourait à vingt-six ans en prononçant les paroles qui résument toute la Toussaint :
« Je vais à la Lumière, à l'Amour, à la Vie. » — Élisabeth de la Trinité, dernières paroles, 9 novembre 1906[192]
Aller à la Lumière, à l'Amour, à la Vie : trois noms de Dieu, trois noms du Ciel, trois noms de la fête du 1er novembre. Le Catéchisme le dit en théologien : « Vivre au ciel c'est “être avec le Christ” », là « où est le Christ, là est la vie, là est le royaume »[193].
Le Livre du Ciel : la Volonté dépositaire de tous les saints
Luisa Piccarreta reçut aussi une vision de l'assemblée des saints, non plus comme une foule à admirer, mais comme un trésor gardé. Le 8 octobre 1931, son esprit « tourne autour du Soleil du Fiat suprême » et elle l'y trouve « entouré par toutes les œuvres, les sacrifices, les souffrances et les héroïsmes accomplis par les anciens et les nouveaux saints, ceux de la Reine du ciel et aussi ceux qui ont été accomplis par amour » : « Le Vouloir divin conserve tout »[194].
« Mon pauvre esprit tourne autour du Soleil du Fiat suprême. Je Le trouve entouré par toutes les œuvres, les sacrifices, les souffrances et les héroïsmes accomplis par les anciens et les nouveaux saints. […] Le Vouloir divin conserve tout. » — Livre du Ciel, 8 octobre 1931[195]
Rien n'est perdu : ni les larmes cachées, ni les sacrifices ignorés, ni les héroïsmes sans témoins. La Toussaint célèbre aussi cela — que tout est gardé, et que tout sera rendu.
Questions sur la fête de la Toussaint
Fêter les saints, est-ce faire de l'ombre au Christ ?
C'est l'objection la plus sérieuse, et la plus ancienne : en honorant les saints, ne détourne-t-on pas vers des créatures l'honneur dû à Dieu seul ? Le Concile Vatican II y répond par avance : « tout témoignage authentique d'amour présenté par nous aux habitants du ciel, par sa nature même, tend, comme vers son terme, au Christ “couronne de tous les saints” et par lui à Dieu qui est admirable en ses saints et glorifié en eux »[196]. Honorer les saints, c'est honorer le Christ en eux — comme on admire un artiste dans son chef-d'œuvre.
Le Concile ajoute la règle d'or du culte des saints : il « ne consiste pas tant à multiplier les actes extérieurs, mais plutôt à pratiquer un amour fervent et effectif », en cherchant à les imiter et à obtenir leur intercession[197]. Et la liturgie elle-même le chante : « Dans la vie de nos compagnons d'humanité plus parfaitement transformés à l'image du Christ, Dieu manifeste aux hommes dans une vive lumière sa présence et son visage »[198]. Les saints ne cachent pas Dieu : ils le montrent. Les réponses détaillées aux objections sur l'intercession, la Bible et l'intercession et la communion des saints sont dans leurs articles.
Pourquoi fêter des saints qu'on ne connaît pas ?
Parce que l'Église est plus grande que son calendrier. Les saints canonisés — quelques milliers de noms — ne sont que la partie visible : « une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer » les entoure[199]. Refuser de fêter les inconnus, ce serait dire que seuls les célèbres comptent aux yeux de Dieu. La Toussaint professe le contraire : la vieille femme qui a prié toute sa vie dans sa cuisine, le père de famille qui a pardonné en silence, l'enfant mort trop tôt — tous sont de la fête, même sans nom ni statue[200]. C'est aussi le sens du calendrier des saints : chaque jour a ses noms propres, et le 1er novembre a tous les autres.
La Toussaint est-elle la fête des morts ?
Non — et la confusion est fâcheuse parce qu'elle attriste une fête joyeuse. Le 1er novembre célèbre les saints dans la gloire, dans l'allégresse, en blanc ; le 2 novembre prie pour les défunts, dans le recueillement, en violet[201]. En France, le jour férié fait que l'on visite les tombes le 1er : c'est légitime, à condition de le faire « dans la lumière de la Toussaint », en professant l'espérance de la résurrection[202][203]. La prière pour les morts, le purgatoire et les indulgences de novembre sont exposés ici et dans leur article.
Les saints du Ciel peuvent-ils vraiment nous aider ?
Oui, et c'est le dogme de la communion des saints : « l'union de ceux qui sont encore en chemin, avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ, ne connaît pas la moindre intermittence », et elle « est renforcée par l'échange des biens spirituels »[204]. Les saints du Ciel, « présents au Seigneur, par lui, avec lui et en lui, ne cessent d'intercéder pour nous auprès du Père »[205]. Sainte Thérèse l'a promis, saint Bernard l'a prêché, le Catéchisme l'enseigne : « Nous pouvons et devons les prier d'intercéder pour nous et pour le monde entier »[206]. La Toussaint est le jour où l'on vérifie cette amitié : on parle aux saints, on les remercie, on leur demande — comme le conseillait le pape François : « est-ce que je sens les saints près de moi, est-ce que je leur parle, est-ce que je m'adresse à eux ? »[207].
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Sources principales de cet article : Liber pontificalis (éd. Duchesne, 1886) ; Bède le Vénérable, Chronica maiora et Histoire ecclésiastique ; Alcuin, lettre 193 (MGH) ; Adon de Vienne, Martyrologe (PL 123) ; Missel romain et Liturgie des Heures (AELF) ; Concile Vatican II, Lumen gentium et Sacrosanctum Concilium ; Catéchisme de l'Église catholique ; Benoît XVI, Jean-Paul II, François et Léon XIV pour la Toussaint (vatican.va) ; Petits Bollandistes, t. XIII (1876) ; Livre du Ciel de Luisa Piccarreta ; UNESCO (cerfs-volants géants, 2024) ; Église d'Angleterre (Common Worship).
Notes et références
AELF, Lectionnaire romain, messe de la solennité de Tous les Saints : première lecture, « Voici une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7, 2-4.9-14). Texte liturgique officiel francophone (aelf.org, page du 1er novembre 2026, consultée le 3 octobre 2026).
1 86 112 165 199AELF, messe de la solennité de Tous les Saints, 1er novembre 2026 (un dimanche) : couleur liturgique « blanc », degré « Solennité », lectures Ap 7, Ps 23, 1 Jn 3, Mt 5, 1-12a (aelf.org, API informations/2026-11-01/romain : jour_liturgique_nom « Tous les Saints (dimanche) » ; pages consultées le 3 octobre 2026).
2 15 19 21 27 85Code de droit canonique (1983), can. 1246 § 1 : parmi les fêtes de précepte, « omnium Sanctorum » (la Toussaint) ; § 2 : « comme le dimanche », les fidèles « sont tenus par l'obligation de participer à la messe » (diebus […] sicut die dominica […] Missae participandae obligatione tenentur).
3 24Indult du cardinal-légat Jean-Baptiste Caprara, Paris, 9 avril 1802, publié par arrêté consulaire du 29 germinal an X (19 avril 1802) : « Les jours de fête qui seront célébrés en France, outre les dimanches, sont : la Naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'Ascension, l'Assomption de la très-sainte Vierge, la fête de tous les Saints » (latin : Festum Sanctorum omnium). Texte dans J. Forfelier (et L.-B. Bonjean), Encyclopédie des lois, t. 7, Paris, Firmin Didot, 1837-1839, p. 442 (Gallica).
4 25 117Code du travail, art. L. 3133-1 : liste des fêtes légales, dont le 1er novembre.
5 26 118Conférence des évêques de France, dossier « Toussaint » (2018-2022) : « Le 2 novembre, après avoir célébré tous les saints, les catholiques prient pour leurs défunts. Dans la lumière de la Toussaint, cette journée est […] l'occasion d'affirmer et de vivre l'espérance en la vie éternelle donnée par la résurrection du Christ » ; fleurir les tombes « pour signifier cela ».
6 33 122 123 147 201 202Liber pontificalis, notice 69 « Bonifatius IIII (608-615) », éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis. Texte, introduction et commentaire, t. I, Paris, E. Thorin, 1886, p. 317 : « Eodem tempore petiit a Focate principe templum qui appellatur Pantheum, in quo fecit ecclesiam beatae Mariae semper virginis et omnium martyrum ; in qua ecclesia princeps dona multa optulit. »
7 40 54Liber pontificalis, notice 92 « Gregorius III (731-741) », § VI, éd. Louis Duchesne, t. I, Paris, E. Thorin, 1886, p. 417 : oratoire « intro eandem basilicam, iuxta arcum principalem, parte virorum, in quo recondivit in honore Salvatoris sanctaeque eius genetricis reliquias sanctorum apostolorum vel omnium sanctorum martyrum ac confessorum, perfectorum iustorum, toto in orbe terrarum requiescentium » ; formule ajoutée au canon : « Quorum solemnitas hodie in conspectu tuae maiestatis celebratur, Domine Deus noster, toto in orbe terrarum. »
8 43 61 62Alcuin, lettre 193 à Arn, archevêque de Salzbourg, éd. Ernst Dümmler, Monumenta Germaniae Historica, Epistolae, t. IV (Epistolae Karolini aevi, II), Berlin, Weidmann, 1895, p. 321, l. 12-25 ; datée par l'éditeur de 800, avant le 19 mars : « Kalendis Novembris solemnitas omnium sanctorum. Ecce, venerande pater Arne, habes designatam solemnitatem omnium sanctorum, sicut diximus […] Hanc solemnitatem sanctissimam tribus diebus ieiunando, orando, missas canendo, et elimosinas dando pro invicem sincera devotione precedamus. »
9 30 44 66 67Adon de Vienne, Martyrologium, au 1er novembre (« D. KAL. NOVEMBRIS »), dans J.-P. Migne (éd.), Patrologie latine, t. 123, Paris, 1852, col. 387-388 (martyrologe composé vers 855-860 ; transcription sur scan archive.org, 3 octobre 2026) : « Festivitas sanctorum omnium […] quae ab illo tempore Kalendis Novembris in urbe Roma celebris et generalis agitur. Sed et in Galliis, monente sanctae recordationis Gregorio pontifice, piissimus Ludovicus imperator, omnibus regni et imperii sui episcopis consentientibus, statuit ut solemniter festivitas omnium sanctorum in praedicta die annuatim perpetuo ageretur. » Adon ne donne pas d'année ; il nomme le pape « Grégoire » (Grégoire IV, 827-844) et l'empereur « Louis » (Louis le Pieux, 814-840).
10 31 45 68 69 71Orthodox Church in America, « Synaxis of All Saints » (oca.org) : « Even before the death of Saint Theophano in 893 or 894, her husband started to build a church, intending to dedicate it to Theophano, but she forbade him to do so. It was this emperor [Leo VI] who decreed that the Sunday after Pentecost be dedicated to All Saints. Believing that his wife was one of the righteous, he knew that she would also be honored whenever the Feast of All Saints was celebrated. »
11 113Benoît XVI, homélie de la solennité de Tous les Saints, 1er novembre 2006, basilique Saint-Pierre (vatican.va) : « Réjouissons-nous tous dans le Seigneur » ; « Les saints ne constituent pas une caste restreinte d'élus, mais une foule innombrable » ; « Nous ne connaissons pas le visage ni même le nom de la plupart d'entre eux, mais avec les yeux de la foi, nous les voyons resplendir, tels des astres emplis de gloire, dans le firmament de Dieu » ; « lorsque je pense aux saints, je sens brûler en moi de grands désirs » (saint Bernard) ; « pour être saint, il n'est pas nécessaire d'accomplir des actions et des œuvres extraordinaires » ; « l'unique cause véritable de tristesse et de malheur pour l'être humain est de vivre loin de Lui » ; les saints sont pour nous « des amis et des modèles de vie » (Préface).
12 78 91 92 95 166 174 177 179 200Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, 21 novembre 1964, n. 40 : « Il est donc bien évident pour tous que l'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quel que soit leur état ou leur forme de vie » ; « les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême […] réellement saints » (vatican.va, FR + LA).
13 169Benoît XVI, Angélus, solennité de la Toussaint, 1er novembre 2005, place Saint-Pierre (vatican.va) : « la solennité de Tous les Saints, qui nous fait goûter la joie d'appartenir à la grande famille des amis de Dieu » ; « devenir saints signifie réaliser pleinement ce que nous sommes déjà, ayant été élevés, en Jésus Christ, à la dignité de fils adoptifs de Dieu » ; « que l'arrêt traditionnel au cours de ces journées sur les tombes de nos défunts constitue une occasion pour penser sans crainte au mystère de la mort » ; salutation aux pèlerins francophones : rendre grâce « pour tous les saints, qui nous sont donnés comme autant de frères aînés ».
14 37 124 125 162 203Calendrier romain révisé (1969), Normes universelles de l'année liturgique et du calendrier : la Toussaint (1er novembre) y figure au rang de solennité (Sollemnitas Omnium Sanctorum), avec lectures propres.
16 51 80Trésor de la langue française informatisé (ATILF), article « Toussaint », rubrique « Étymol. et Hist. » : « Ca 1135 feste Toz Sainz (Couronnement de Louis) ; 1180-1205 a la Toz Sains ; ca 1260 le jour de la Touz Sainz. Issu, par réduction, de l'a. fr. feste de Toz Sainz, trad. du lat. médiév. festum, festivitas omnium sanctorum. » (miroir le-tresor-de-la-langue.fr, consulté le 3 octobre 2026). La précision du TLFi sur la date (« transférée au 1er nov. en 835 par Grégoire IV ») recoupe le dossier historique ; en revanche sa définition (« en l'honneur de tous les saints qui n'ont pas été canonisés ») est inexacte : la fête honore tous les saints, canonisés ou non.
17Conférence des évêques de France, site Église catholique en France, dossier « Toussaint » : « Toussaint et Halloween, est-ce la même chose ? » (Gratiane Dorlanne, diocèse de Valence, 2018) : Halloween, « fête d'origine celte », « essentiellement pour des raisons commerciales » en France ; « Halloween » vient de « All Hallows Eve », la « veille de la Toussaint » ; « totalement contradictoires » : Halloween « fête de la peur », la Toussaint « fête de la communion » ; souling et soul cakes. La page affirme une « divinité Samain (dieu de la mort) » : erreur, aucune divinité celtique de ce nom n'étant attestée — voir la mise au point ci-dessous (Hutton).
18 72 76 83 133 134 135 138 140 148 155AELF, Liturgie des Heures : office des vêpres, veille de la solennité de Tous les Saints (31 octobre 2026) — hymne « Heureux celui qui garde les mains vides » (huit strophes sur les Béatitudes), antienne « La lumière du Seigneur brillera pour eux », psaumes 112 et 147 (aelf.org, consulté le 3 octobre 2026).
20 28 81 82Église orthodoxe serbe, « Sunday of All Saints » (site officiel) : « The first Sunday after the Feast of Holy Pentecost is observed by the Orthodox Church as the Sunday of All Saints […] all the Righteous, the Prophets, Apostles, Martyrs, Confessors, Shepherds, Teachers, and Holy Monastics, both men and women alike, known and unknown […] from the time of Adam until the end of the world. »
22 111Lumen gentium, n. 50 § 4 : « C'est surtout dans la sainte liturgie que se réalise de la façon la plus haute notre union avec l'Église du ciel […] tous, rachetés dans le sang du Christ, de toute tribu, langue, peuple ou nation et rassemblés en l'unique Église, nous glorifions, dans un chant unanime de louange, le Dieu un en trois Personnes. »
23Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, Paris, E. Thorin, 1886, p. 317, note 2 : la dédicace du Panthéon est « marquée au 13 mai dans le petit martyrologe romain et dans celui d'Adon » — « III id. mai. S. Mariae ad martyres dedicationis dies agitur, a Bonifatio papa statutus » — ; « C'est le premier exemple connu d'un temple romain changé en église. »
29 41 55 59Ronald Hutton, Stations of the Sun: A History of the Ritual Year in Britain, Oxford University Press, 1996 (chapitres sur la Toussaint et Halloween) : Samhain est d'abord en vieil irlandais le nom du mois de novembre et de la charnière saisonnière ouvrant l'hiver, non le nom d'un dieu des morts ; les coutumes d'Halloween (tournées de porte en porte, souling, gâteaux des âmes, prières pour les morts) sont pour l'essentiel des coutumes chrétiennes médiévales, non des survivances druidiques ; aucune source du haut Moyen Âge ne relie la fixation du 1er novembre à une fête celtique.
32 141 152 153 154 156Conférence des évêques de France, dossier « Toussaint » : « Quelles sont les origines du jour de prière pour les défunts ? » — « La conviction que les vivants ont à prier pour les morts s'est établie dès les premiers temps du christianisme. L'idée d'une journée spéciale de prière pour les défunts dans le prolongement de la Toussaint a vu le jour dès avant le Xe siècle » ; le 1er novembre « célébré dans l'allégresse », le lendemain prière « pour tous ceux qui sont morts ».
34 35 38 46 75Nicolas Fauconnier, « À la Toussaint, 51 % des Français de plus de 40 ans se rendent au cimetière », CRÉDOC, Consommation et modes de vie, n° 187, octobre 2005 (enquête CSNAF-CRÉDOC, printemps 2005, 1 000 Français de 40 ans et plus) : « 51 % des Français âgés de 40 ans et plus s'y rendent chaque année » ; « 62 % des pratiquants […] contre 47 % des non-pratiquants et 37 % des non-croyants » ; « 81 % des visiteurs de la Toussaint se recueillent ; 81 % également fleurissent le monument » ; distance moyenne 131 km aller et retour.
36 120 121Lumen gentium, n. 50 § 1 : l'Église vénéra d'abord « les Apôtres et les martyrs du Christ » ; « à ceux-là s'en ajoutèrent bientôt d'autres, ceux qui avaient choisi d'imiter de plus près la virginité et la pauvreté du Christ, d'autres enfin que l'exercice plus éclatant des vertus chrétiennes […] recommandaient à la pieuse dévotion et à l'imitation des fidèles ».
39 53Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, p. 421, note 6 : la lettre de convocation adressée à Antonin, patriarche de Grado (Jaffé, n° 2232), montre « que le concile fut indiqué pour le 1er novembre de la 15e indiction, c'est-à-dire pour le 1er novembre 731 ».
42 64Les Petits Bollandistes, t. XIII (1876), notice « La fête de tous les saints, vulgairement la Toussaint » (au 1er novembre) : Boniface IV « vers l'an 607 » ; dédicace « le 12 mai » ; « vingt-huit chariots d'ossements » d'après Baronius ; Grégoire III « vers l'an 731 » ; Grégoire IV « venu en France l'an 837 » ; « Le pape Sixte IV, en 1480, lui a donné une octave » ; quatre raisons de l'institution (honorer ensemble les saints sans fête propre et réunir tous les fidèles ; réparer les négligences de l'année ; intéresser tous les saints à la défense de l'Église ; et, « la principale », proposer « le bonheur inestimable des Saints »). Source secondaire du XIXe siècle : ses dates (607, 12 mai) sont à confronter au dossier primaire (609, 13 mai).
47 48 58 60 73 74Missale Romanum (éd. 1962), Propre des saints, 1er novembre, introït : « Gaudeamus omnes in Domino, diem festum celebrantes sub honore Sanctorum omnium, de quorum solemnitate gaudent Angeli et collaudant Filium Dei. » Conservé dans le Missel de 1970.
49 77 90 99 101 178Sacrée Congrégation des Rites, décret Cum hac nostra aetate, 23 mars 1955 (réforme des rubriques sous Pie XII) : suppression de la plupart des vigiles et des octaves — dont la vigile jeûnée du 31 octobre et l'octave de la Toussaint (1er-8 novembre), accordée par Sixte IV en 1480.
50 79 84 100 106 139Homélie grecque ancienne « pour tous les saints martyrs du monde entier », transmise parmi les œuvres attribuées à saint Jean Chrysostome (IVe siècle ; authenticité discutée, antiquité du texte non contestée). Témoignage de la mémoire commune des martyrs en Orient, berceau de la fête de Tous les Saints.
52Bède le Vénérable, Chronica maiora (chapitre 66 du De temporum ratione), § 536, éd. Theodor Mommsen, Monumenta Germaniae Historica, Auctores antiquissimi, t. XIII, Berlin, Weidmann, 1898, p. 310 : « Idem alio papa Bonifatio petente iussit in veteri fano, quod pantheum vocabatur, ablatis idolatriae sordibus ecclesiam beatae semper virginis Mariae et omnium martyrum fieri, ut, ubi quondam omnium non deorum, sed daemoniorum cultus agebatur, ibi deinceps omnium fieret memoria sanctorum. » Paul Diacre recopie ce passage dans l'Histoire des Lombards, IV, 36.
56Bède le Vénérable, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, II, 4, éd. Charles Plummer, Venerabilis Baedae Opera historica, t. I, Oxford, Clarendon Press, 1896, p. 88 : « […] inpetrauit a Focate principe donari ecclesiae Christi templum Romae, quod Pantheon uocabatur ab antiquis […] in quo ipse, eliminata omni spurcitia, fecit ecclesiam sanctae Dei genetricis atque omnium martyrum Christi ; ut, exclusa multitudine daemonum, multitudo ibi sanctorum memoriam haberet. »
57Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, p. 422, notes 12 et 13 : l'oratoire se trouvait au bout de la nef principale de Saint-Pierre, près de l'arc triomphal ; le règlement « fut fait en synode, a collegio sacerdotum, et gravé sur des tables de marbre » ; Maffeo Vegio vit ces tables en place au XVe siècle, « peu après lui elles furent brisées ».
63James Burns, « Alcuin », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907 (newadvent.org) : élève puis, à partir de 767, directeur de l'école de la cathédrale d'York, simple diacre, rencontre de Charlemagne à Parme en mars 781, abbé de Saint-Martin de Tours en 796, mort le 19 mai 804.
65Les Petits Bollandistes. Vies des saints, Mgr Paul Guérin, 7e éd., t. XIII (28 octobre-30 novembre), Paris, Bloud et Barral, 1876, au « Premier jour de novembre » : traduction du martyrologe romain — « La fête de tous les saints, que le pape Boniface IV, après avoir dédié le Panthéon, institua […] pour être célébrée chaque année par toute la ville de Rome. Depuis, le pape Grégoire IV ordonna que cette même fête […] fût solennisée en ce jour à perpétuité, par l'Église universelle, en l'honneur de tous les Saints. 837. » Source secondaire du XIXe siècle : sa date de 837 recoupe la chronologie traditionnelle de 835 pour l'ordonnance de Grégoire IV et de Louis le Pieux (cf. Adon, qui ne date pas).
70AELF, Lectionnaire romain, messe de Tous les Saints : psaume, « Voici le peuple de ceux qui cherchent ta face, Seigneur » (Ps 23/24, 1-2.3-4ab.5-6).
87AELF, Lectionnaire romain, messe de Tous les Saints : deuxième lecture, « Nous verrons Dieu tel qu'il est » (1 Jn 3, 1-3) : « Voyez quelle manifestation d'amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! […] nous le verrons tel qu'il est. »
88 161AELF, Lectionnaire romain, messe de Tous les Saints : évangile, « Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux » (Mt 5, 1-12a), les Béatitudes.
89AELF, Liturgie des Heures : office des lectures, Tous les Saints — deuxième lecture, « Homélie de saint Bernard pour la Toussaint » (sermon 2 pour la Toussaint, extraits) : « Pourquoi notre louange à l'égard des saints […] ? De nos honneurs les saints n'ont pas besoin […] si nous vénérons leur mémoire, c'est pour nous que cela importe, non pour eux […] je sens que leur souvenir allume en moi un violent désir […] afin que leur intercession nous obtienne ce qui demeure hors de nos propres possibilités. »
93 94 185 186 187Lumen gentium, n. 51 : « le culte authentique des saints ne consiste pas tant à multiplier les actes extérieurs, mais plutôt à pratiquer un amour fervent et effectif », en cherchant « à fréquenter les saints pour les imiter, à s'unir à eux pour avoir part à leur sort, à obtenir le secours de leur intercession » (préface des saints concédée aux diocèses de France).
96 197Lumen gentium, n. 50 § 3 : « tout témoignage authentique d'amour présenté par nous aux habitants du ciel, par sa nature même, tend, comme vers son terme, au Christ “couronne de tous les saints” et par lui à Dieu qui est admirable en ses saints et glorifié en eux. » La formule corona Sanctorum omnium vient, selon la note du Concile lui-même, de l'invitatoire de l'office de la Toussaint (Bréviaire romain, Invitatorium in festo Sanctorum Omnium).
97 196Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum Concilium, 4 décembre 1963, n. 104 : « l'Église a introduit dans le cycle annuel les mémoires des martyrs et des autres saints qui […] chantent à Dieu dans le ciel une louange parfaite et intercèdent pour nous. Dans les anniversaires des saints, l'Église proclame le mystère pascal en ces saints qui ont souffert avec le Christ et sont glorifiés avec lui. »
98Enchiridion des indulgences : indulgence plénière attachée à la visite d'un cimetière du 1er au 8 novembre avec prière pour les défunts, et à la visite d'une église ou d'un oratoire le 2 novembre (avec Notre Père et Je crois en Dieu), aux conditions habituelles (confession, communion, prière aux intentions du Souverain Pontife, détachement de tout péché).
102 103 105 107CEC, § 958 : « Notre prière pour eux peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur. »
104Églises byzantines : le dimanche de Tous les Saints est le dimanche après la Pentecôte ; son office est le dernier du Pentecostaire, le livre liturgique allant de Pâques à cette fête (cf. offices orthodoxes du Pentecostarion).
108 110Éparchie melkite de Newton, « Sunday of All Saints » (melkite.org) : la fête est célébrée « in connection with the Feast of Pentecost » — l'Esprit descend à la Pentecôte, et le dimanche suivant montre son fruit : les saints.
109Aleksandr Musin, « Une sainteté collective ? La célébration de la fête de Tous les saints de la Terre russe », Slavica Occitania (Toulouse), 61, 2025, p. 279-307 : fête du deuxième dimanche après la Pentecôte, dite « Dimanche (Synaxe) de Tous les saints qui ont resplendi sur la Terre russe », histoire du XVIe au XXIe siècle.
114 115Lumen gentium, n. 50 § 2 : « Dans la vie de nos compagnons d'humanité plus parfaitement transformés à l'image du Christ, Dieu manifeste aux hommes dans une vive lumière sa présence et son visage […] tant est grande la nuée de témoins qui nous enveloppe » (cf. He 12, 1).
116 198Ministère de l'Éducation nationale : les vacances de la Toussaint (deux semaines depuis l'arrêté du 5 juillet 2012, JO du 8 juillet 2012) portent le nom de la solennité ; les tableaux historiques du ministère attestent des congés de Toussaint dès 1960-1961 (« Du samedi 29-10-1960 au vendredi 04-11-1960 »).
119Le Gaulois, 31 octobre 1895, p. 1 (Gallica) : « Les pauvres gens qui tous les ans, à la Toussaint, ont l'habitude de déposer des chrysanthèmes sur les tombes des leurs […] » — repris le 1er novembre 1895 par La Lanterne et La République française.
126La Croix du littoral (Marseille), 5 novembre 1893, p. 3 (Gallica) : « beaucoup de personnes se sont rendues à la nécropole portant des couronnes de fleurs de chrysanthèmes sur les tombes des parents défunts. »
127Le Petit républicain de l'Aube, 30 octobre 1891, p. 3 (Gallica) : « [la rose] qui s'est effacée dans nos jardins devant les chrysanthèmes de la Toussaint ».
128Ville de Paris, « Connaissez-vous l'histoire de la fleur d'or des cimetières » (paris.fr, 2024) : « C'est en 1919 que la funèbre destinée du chrysanthème est scellée en France […] lorsque Raymond Poincaré […] exige le 11 novembre 1919 que tous les monuments aux morts de France soient fleuris » ; Pierre Blancard importe les premières boutures de Chine en 1789 ; floraison spectaculaire d'automne.
129 130 132Journal officiel, 26 octobre 1919 : loi du 25 octobre 1919 commémorant les morts de la Grande Guerre — le vrai lien de 1919 entre la Toussaint et les morts de la guerre, distinct de l'usage funéraire du chrysanthème, attesté dès 1891-1895.
131Catholic News Agency / EWTN (octobre 2022-2025) : « The celebration of “Holywins” (“Holiness wins”), is an initiative that originated in Paris in 2002 with the aim of celebrating the eve of All Saints on Oct. 31 in a Christian way » — répandue depuis en Pologne, Belgique, Italie, Espagne et au-delà.
136 137En Pologne, la Toussaint (Wszystkich Świętych) se célèbre par la visite massive des cimetières illuminés de znicze (lanternes funéraires) le soir du 1er novembre, suivie le 2 novembre du Dzień Zaduszny (jour des âmes). Coutume annuelle documentée par la presse polonaise et l'épiscopat polonais à chaque Toussaint.
142 143UNESCO, Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité (2008) : les festivités indigènes dédiées aux morts (Mexique) — autels (ofrendas), fleurs de cempasúchil, veillées des cimetières les 1er et 2 novembre, les enfants défunts (angelitos) honorés le 1er.
144 145 146Aux Philippines, Undás (de l'espagnol honras, « honneurs funèbres_) désigne les 1er-2 novembre : les familles se rassemblent dans les cimetières illuminés pour prier, veiller et partager le repas sur les tombes — l'un des plus grands rassemblements populaires annuels du pays.
149Au Guatemala, le 1er novembre est le jour des cerfs-volants géants de Sumpango (Sacatepéquez) : des disques de papier de plusieurs mètres de diamètre s'élèvent au-dessus du cimetière, portant les prières des vivants vers les morts.
150UNESCO, décision 19.COM 7.b.41 du Comité intergouvernemental (2024) : inscription de la technique de fabrication des cerfs-volants géants de Santiago Sacatepéquez et Sumpango (Guatemala) sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité (ich.unesco.org, page de la décision, consultée le 12 octobre 2026).
151Church of England, Common Worship, « Rules » (churchofengland.org) : « All Saints' Day may be celebrated on the Sunday falling between 30 October and 5 November » ; la Toussaint y figure parmi les Principal Feasts (cf. le calendrier anglican, justus.anglican.org). Pages consultées le 12 octobre 2026.
157Tremblement de terre de Lisbonne, 1er novembre 1755 au matin (fête de la Toussaint) : les églises pleines s'effondrèrent sur les fidèles ; suivirent le tsunami et l'incendie — plusieurs dizaines de milliers de morts, et un choc qui traversa toute l'Europe des Lumières.
158Martin Luther, 95 thèses sur les indulgences, affichées à la porte de l'église du château de Wittenberg le 31 octobre 1517, veille de la Toussaint (jour traditionnel d'exposition des reliques) — acte inaugural de la Réforme protestante.
159Léon XIV, homélie de la solennité de la Toussaint, 1er novembre 2025, place Saint-Pierre, messe du Jubilé du monde éducatif avec proclamation de saint John Henry Newman « docteur de l'Église » (vatican.va) : « c'est une grande joie d'inscrire saint John Henry Newman parmi les docteurs de l'Église » ; « Brillez aujourd'hui comme des étoiles dans le monde » ; « l'éducation, dans la perspective chrétienne, aide chacun à devenir saint. Rien de moins. »
160CEC, § 1024 : « Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité […] est appelée “le ciel”. Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l'homme, l'état de bonheur suprême et définitif. »
163CEC, § 1026 : « Le ciel est la communauté bienheureuse de tous ceux qui sont parfaitement incorporés à Lui. »
164Lumen gentium, n. 49 (les trois états de l'Église) : « les uns parmi ses disciples continuent sur terre leur pèlerinage ; d'autres, ayant achevé leur vie, se purifient encore ; d'autres enfin sont dans la gloire […] Tous cependant […] nous communions dans la même charité » ; « l'union de ceux qui sont encore en chemin, avec leurs frères qui se sont endormis dans la paix du Christ, ne connaît pas la moindre intermittence » ; les saints du ciel, « présents au Seigneur, par lui, avec lui et en lui, ne cessent d'intercéder pour nous auprès du Père ».
167 168 204 205Lumen gentium, n. 42 : « Tous les fidèles du Christ sont donc invités et tenus à chercher et à atteindre la sainteté et la perfection propres à leur état. »
170CEC, § 2013 : « “L'appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s'adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang et leur état” (LG 40). Tous sont appelés à la sainteté : “Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait” (Mt 5, 48). »
171Pape François, Angélus, solennité de la Toussaint, place Saint-Pierre (vatican.va) : « la sainteté est un don de Dieu que nous avons reçu au moment du Baptême » ; « Les saints ne sont pas des héros inaccessibles ou lointains, mais ce sont des personnes comme nous, ce sont nos amis » ; « les saints de tous les jours […] que j'aime appeler “les saints de la porte d'à côté” » ; « Tous les baptisés ont reçu le même appel à “maintenir et perfectionner par leur vie la sainteté que nous avons reçue” (Lumen Gentium, n. 40) » ; « est-ce que je sens les saints près de moi, est-ce que je leur parle, est-ce que je m'adresse à eux ? »
172 173 207Saint Jean-Paul II, Angélus, solennité de la Toussaint, 1er novembre 1978 (vatican.va) : « la fête de la Toussaint, de même que la journée de demain : la Commémoration de tous les défunts. Ces deux jours portent en eux […] la foi en “la vie éternelle” » ; « Bien que ces deux journées placent devant les yeux de notre âme la mort inéluctable, elles donnent en même temps un témoignage de la vie » ; « La festivité de la Toussaint nous dit justement combien la moisson est abondante. Pas la moisson de la mort, mais du salut. »
175 176Le Livre du Ciel, t. 25, 27 février 1929 (trad. française « La Volonté Divine — Lumen Luminis », t. 25, p. 86-88) : « Ma fille, la Création tout entière, tous les Saints, ne sont rien d'autre que les effets de ma Volonté Divine » ; « Il n'y a aucune sainteté, passée, présente ou future, dont ma Volonté Divine n'ait été la cause première en formant toutes les sortes de sainteté qui existent » ; « la créature qui doit vivre dans ma Volonté doit posséder en elle la Vie tout entière et pas seulement les effets mais la Vie avec tous les effets de mon divin Fiat. »
180 181 182Le Livre du Ciel, t. 13, 12 novembre 1921 (trad. Lumen Luminis, t. 13, p. 55-57) : « Les formes de sainteté peuvent être symbolisées par diverses choses de la Création […] Quant à la sainteté dans ma Volonté, elle est symbolisée par le soleil » ; « Le soleil profite à tous, rejoint tout le monde avec sa lumière et ne fait aucune discrimination […] Mais il opère silencieusement, d'une manière presque inaperçue. »
183Le Livre du Ciel, t. 16, 20 août 1923 : « la Sainteté de la Vie dans ma Volonté n'est pas une sainteté individuelle, dédiée à faire le bien à un certain endroit, à un certain peuple et à une certaine époque. Elle est plutôt une Sainteté devant faire du bien à tous les gens de tous les endroits et de toutes les époques. »
184CEC, § 1028, citant saint Cyprien (lettre 56) : « Quelle ne sera pas ta gloire et ton bonheur : être admis à voir Dieu […] jouir au Royaume des cieux dans la compagnie des justes et des amis de Dieu, les joies de l'immortalité acquise. »
188Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Derniers Entretiens (cahier jaune) : « Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre. » — repris en forme brève par le Catéchisme (§ 956) : « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre (Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus, verba). »
189Catéchisme de l'Église catholique, § 956 : « Ne pleurez pas, je vous serai plus utile après ma mort et je vous aiderai plus efficacement que pendant ma vie » (saint Dominique, mourant, à ses frères) ; « Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre » (sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus) ; les saints « ne cessent pas de prendre soin de ceux qu'ils ont laissé sur la terre ».
190CEC, § 2683 : « Les témoins qui nous ont précédés dans le Royaume […] participent à la tradition vivante de la prière […] Ils contemplent Dieu, ils le louent et ne cessent pas de prendre soin de ceux qu'ils ont laissé sur la terre […] Leur intercession est leur plus haut service du Dessein de Dieu. Nous pouvons et devons les prier d'intercéder pour nous et pour le monde entier. »
191 206Élisabeth de la Trinité, carmélite de Dijon (1880-1906), dernières paroles, 9 novembre 1906 : « Je vais à la Lumière, à l'Amour, à la Vie. »
192CEC, § 1025 : « Vivre au ciel c'est “être avec le Christ”. Les élus vivent “en Lui”. » ; saint Ambroise : « Car la vie c'est d'être avec le Christ : là où est le Christ, là est la vie, là est le royaume. »
193Le Livre du Ciel, t. 29, 8 octobre 1931 : « Mon pauvre esprit tourne autour du Soleil du Fiat suprême. Je Le trouve entouré par toutes les œuvres, les sacrifices, les souffrances et les héroïsmes accomplis par les anciens et les nouveaux saints, ceux de la Reine du ciel et aussi ceux qui ont été accomplis par amour pour notre bienheureux Jésus. Le Vouloir divin conserve tout. »
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