Pape saint Grégoire III (731-741)

Pape syrien acclamé en 731, saint Grégoire III réunit le synode de Saint-Pierre contre l'iconoclasme, élève saint Boniface à l'archiépiscopat, adresse à Charles Martel les premières lettres pontificales conservées demandant une aide militaire et embellit Rome face à la double pression byzantine et lombarde.

Ignispedia

Pape saint Grégoire III (Gregorius III) gouverne l'Église de Rome du 18 mars 731 au 28 novembre 741. Le Saint-Siège le présente comme le 90e pape de l'Église catholique, d'origine syrienne, successeur de Grégoire II et prédécesseur de Zacharie.[1] Son pontificat de plus de dix ans compte parmi les plus stratégiques du VIIIᵉ siècle.

Acclamé pape par le peuple romain le 11 février 731, pendant le cortège funèbre de son prédécesseur, Grégoire III est présumé avoir attendu la confirmation de l'exarque byzantin — le gouverneur de l'empereur en Italie, résidant à Ravenne — avant sa consécration : le délai de plus d'un mois fait supposer l'attente de Ravenne, et la New Catholic Encyclopedia le tient pour le dernier pape à avoir sollicité cette confirmation.[2][3] Son règne s'ouvre sur la crise iconoclaste — l'empereur veut faire détruire les images saintes — : le 1ᵉʳ novembre 731, dans la basilique Saint-Pierre, il réunit un synode de 93 évêques — chiffre donné par le Liber Pontificalis, avec une variante manuscrite qui l'omet — qui excommunie quiconque détruit ou profane les saintes images — ce qui semble être la première sanction canonique romaine de la vénération des images, près de soixante ans avant le II concile de Nicée.[4][5][6]

Sa décennie est jalonnée de trois grandes œuvres. Il soutient et déploie la mission anglo-saxonne et germanique : il fait de saint Boniface un archevêque (732), puis son légat apostolique en Germanie (737-738), confiant à l'apôtre des Allemands la réorganisation de la Bavière, de la Hesse et de la Thuringe.[7][8] Il adresse aux Francs les premières lettres pontificales conservées demandant une aide militaire : en 739-740, il envoie à Charles Martel deux lettres sollicitant son intervention armée contre le roi lombard Liutprand (Codex Carolinus — le recueil des lettres adressées par les papes aux rois francs —, lettres n° 1-2) — Grégoire II lui avait déjà écrit, et Schaff note que Grégoire III ne fait que renouveler des négociations commencées par son prédécesseur — prélude lointain de la donation de Pépin et des États pontificaux.[9][10][11] Il embellit Rome : oratoire des saints à Saint-Pierre, six colonnes d'onyx offertes par l'exarque Eutychius et placées devant la confession, restauration des murs auréliens, refortification de Centumcellae, embellissement de Sainte-Marie-Majeure, de Saint-Chrysogone et des Saints-Marcellin-et-Pierre.[12][13]

Le Liber Pontificalis en fait un portrait élogieux — douceur, science des Écritures, bilinguisme grec-latin, mémoire des psaumes, charité envers les pauvres et les captifs — dont la teneur exacte est discutée plus loin.[14] Le martyrologe romain (édition 2004, au 10 décembre) résume son œuvre en deux traits : le soin de faire prêcher l'Évangile aux Germains et, face aux iconoclastes, l'ornement des églises de la Ville de saintes images.[15]

Pourquoi Grégoire III compte-t-il ?

Un Syrien dans la Rome cosmopolite du VIIIᵉ siècle

Grégoire III appartient à une longue série de papes orientaux du VIIᵉ et du VIIIᵉ siècle. Avant lui, Théodore I, Jean V, Sergius I, Sisinnius et Constantin avaient déjà des racines orientales ou siciliennes ; après lui, Zacharie sera grec.[16] Son prédécesseur immédiat, Grégoire II, n'en fait pas partie : né à Rome en 669, il est issu d'une noble famille romaine.[17] Cette présence n'est pas une coïncidence : depuis les invasions persanes du début du VIIᵉ siècle, puis les conquêtes musulmanes en Syrie (636-637), en Palestine, en Égypte et en Afrique du Nord, des communautés chrétiennes entières se réfugient à Rome.[18] La cité conserve des monastères orientaux, des communautés de langue grecque, une liturgie où le grec et le latin se côtoient encore.

Le Liber Pontificalis nomme son père Jean (Ioannes) — un nom qui ne dit rien de plus que ce qu'il dit : un chrétien syrien parmi d'autres, sans lien attesté avec une famille aristocratique.[19] La date de naissance de Grégoire III est inconnue[20][21] : c'est donc dans une Syrie déjà passée sous domination omeyyade qu'il faut situer son enfance. Si sa famille appartient bien à cette diaspora, comme Delogu le juge probable, il serait l'enfant de cette diaspora : un Syrien qui n'a connu que la Syrie omeyyade, et non plus la Syrie byzantine de ses grands-parents.[22]

Le dernier pape à attendre la confirmation byzantine

Après son élection populaire, Grégoire III attend plus d'un mois avant d'être consacré. Le Liber Pontificalis ne dit rien d'une confirmation de l'exarque dans sa notice (Duchesne, t. I, p. 415-421), et Treccani n'en parle pas : c'est la Catholic Encyclopedia qui infère du délai qu'« il est présumé » (it is presumed) qu'il attendit la confirmation de l'exarque byzantin de Ravenne, Eutychius.[23] Seule la New Catholic Encyclopedia affirme qu'il est le dernier pape à avoir sollicité cette confirmation impériale.[24] Ses successeurs — Zacharie, Étienne II, Paul I — n'attendront plus.

Cette dernière confirmation n'est pas une cérémonie creuse. Elle dit ce qui change : Grégoire III gouverne au moment exact où Rome bascule. Il est encore officiellement byzantin. Mais à la fin de son pontificat, il a écrit deux fois à Charles Martel pour demander l'aide des Francs, en termes qui ne peuvent plus se confondre avec une lettre adressée à un fonctionnaire impérial. L'axe géopolitique de la papauté pivote sous ses pieds, et c'est lui qui amorce le mouvement.

L'homme du synode de 731

Une troisième raison fait de Grégoire III un pape majeur : il est celui qui donne une réponse canonique à la crise iconoclaste byzantine. Grégoire II avait déjà résisté en envoyant deux lettres dogmatiques à Léon III l'Isaurien — dont l'authenticité est contestée par une partie de la critique moderne (voir l'article voisin).[25] Grégoire III va plus loin : il réunit un synode à Saint-Pierre, le 1ᵉʳ novembre 731, et fait inscrire dans une formule d'excommunication ceux qui se rendent coupables envers les images sacrées de déposition, destruction, profanation ou blasphème — selon le seul témoin conservé de la formule, le Liber Pontificalis (Duchesne, t. I, p. 416).[26][27]

Cette décision précède de plus d'un demi-siècle le II concile de Nicée (787), qui définira dogmatiquement la vénération des images contre l'iconoclasme byzantin. Sans Grégoire III, la position romaine serait restée une réaction épistolaire de papes successifs. Avec lui, elle devient un acte canonique synodal.[28]

Avant le pontificat : un clerc syrien à Rome

De la Syrie omeyyade à la Rome chrétienne

La Syrie où naît vraisemblablement Grégoire III — sa date de naissance exacte est inconnue — n'est plus la Syrie chrétienne classique. Depuis la conquête arabe de 636-637, elle vit sous le califat omeyyade, dont la capitale est Damas. Les patriarcats melkites d'Antioche et de Jérusalem subsistent, mais sous domination musulmane, soumis aux dhimma et coupés progressivement de Constantinople. De nombreuses familles chrétiennes choisissent l'émigration vers Byzance, vers la Sicile encore byzantine, ou vers Rome.[29][30]

Le Liber Pontificalis ne raconte rien de cette enfance. Mais Paolo Delogu, dans la notice de référence de la Enciclopedia dei Papi Treccani, juge probable que la famille de Grégoire III appartienne à cette diaspora chrétienne orientale.[31] L'hypothèse est plausible sans être certaine : l'article ne doit pas transformer une vraisemblance historique en biographie fixée. Ce qui est sûr est plus modeste, et plus important : Rome accueille au début du VIIIᵉ siècle un clerc syrien suffisamment formé pour devenir cardinal-prêtre, et suffisamment respecté pour être acclamé pape par le peuple romain dès la mort de son prédécesseur.

Cardinal-prêtre de San Crisogono

Le Liber Pontificalis dit seulement de lui qu'il « pervenit ad sacrum ordinem presbiterati » — qu'il parvint au saint ordre du presbytérat.[32] L'hypothèse d'un titre cardinalice à San Crisogono vient de Duchesne (t. I, p. 421, n. 2), et Delogu la reprend avec un « forse » : Grégoire aurait « probablement » reçu à Rome l'ordination presbytérale, « peut-être » au titre de San Crisogono, l'une des anciennes églises titulaires du Trastevere, dédiée au martyr d'Aquilée saint Chrysogone.[33] Ni la date ni l'auteur d'une éventuelle création cardinalice ne sont donc attestés. Le Trastevere est alors un quartier populaire et cosmopolite : marins, marchands, communautés orientales y vivent côte à côte — un poste pastoral, pas un siège honorifique, si l'hypothèse est juste. Il apparaît ensuite comme l'homme de la continuité avec Grégoire II (715-731).

La continuité avec son prédécesseur est telle qu'il en gardera la politique sur tous les dossiers majeurs : résistance à l'iconoclasme, soutien à la mission anglo-saxonne, défense de Rome contre les Lombards, attention aux patrimoines pontificaux. Grégoire III n'est pas un disciple servile de Grégoire II ; il est un héritier conscient, choisi par acclamation parce que Rome veut précisément cette continuité.

Le portrait du Liber Pontificalis

Le Liber Pontificalis ouvre la notice par la formule consacrée, puis enchaîne sur un portrait moral et intellectuel développé — dont Duchesne signale qu'il est copié presque mot pour mot de la notice de Léon II, elle-même empruntée à Gennade (t. I, p. 421, n. 1) : un éloge pour une bonne part formulaire, à lire avec cette réserve.

« Grégoire, syrien de nation, fils de Jean, siégea dix années, huit mois et vingt-quatre jours. » — Liber Pontificalis, notice de Grégoire III[34]

L'éloge qui suit énumère douceur et sagesse, science des Écritures, mémoire des psaumes, bilinguisme grec-latin, défense de la foi orthodoxe, amour de la pauvreté, rachat des captifs, largesses aux orphelins et aux veuves.[35] On peut néanmoins y lire en écho les dossiers du pontificat : la science scripturaire fonde la défense des images ; le bilinguisme rend possible la lecture des édits byzantins et la rédaction des réponses ; l'amour de la pauvreté se traduit par la restauration des diaconies romaines ; le lien aux moines se vérifie par la mission allemande et l'oratoire des saints.

« Homme très doux et très sage, solidement instruit des divines Écritures, savant en grec et en latin, retenant par cœur tous les psaumes dans l'ordre, émule et très ferme défenseur de la foi orthodoxe, […] ami de la pauvreté, […] rédempteur des captifs, donnant largement aux orphelins et aux veuves ce qui leur est nécessaire. » — Liber Pontificalis, portrait moral de Grégoire III (traduction du latin ; coupes marquées par […])[36]

L'élection du 11 février 731

Acclamation populaire pendant le cortège funèbre

Grégoire II meurt le 11 février 731. Le Liber Pontificalis raconte ce qui suit sans transition : pendant que le clergé porte le corps du pape défunt en procession vers Saint-Pierre, le peuple romain acclame spontanément Grégoire le Syrien comme nouveau pape.[37][38] L'acclamation est unanime. Aucun candidat rival n'apparaît dans les sources.

Cette élection éclair n'est pas un coup d'État. C'est l'expression d'une continuité reconnue : Grégoire est connu du peuple romain, du clergé, des moines. Il porte le même prénom — coïncidence qui rappelle saint Grégoire le Grand (590-604), figure tutélaire de la papauté romaine. Il représente la stabilité dans un moment où la cité a besoin de stabilité : crise iconoclaste à Constantinople, pression lombarde au nord, agitation byzantine en Italie centrale.

L'attente de Ravenne

Conformément au droit en vigueur depuis la fin du VIIᵉ siècle, un pape nouvellement élu ne pouvait être consacré sans la confirmation de l'exarque byzantin de Ravenne, représentant de l'empereur en Italie — alors Eutychius (727-751).[39] Le Liber Pontificalis ne mentionne pourtant aucune intervention d'Eutychius dans sa notice (Duchesne, t. I, p. 415-421), et Treccani n'en parle pas. La Catholic Encyclopedia écrit seulement qu'« il est présumé » (it is presumed) que Grégoire III attendit cette confirmation — inférence tirée du délai d'un mois entre l'acclamation et la consécration.[40] Seule la New Catholic Encyclopedia affirme qu'il fut le dernier pape à la solliciter.[41]

La consécration du 18 mars 731

L'élection de Grégoire III en quatre étapes : une acclamation populaire immédiate, peut-être encore suivie de ce que la New Catholic Encyclopedia tient pour la dernière confirmation byzantine avant la consécration romaine. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La consécration épiscopale a lieu le 18 mars 731, plus d'un mois après l'acclamation. Grégoire III est probablement consacré par les évêques d'Ostie, de Porto et d'Albano, selon la pratique stabilisée depuis le VIIᵉ siècle. Pour la durée du pontificat, deux décomptes coexistent : le Liber Pontificalis lui attribue 10 ans, 8 mois et 24 jours — son décompte propre — tandis que les dates usuelles (consécration le 18 mars 731, mort le 28 novembre 741) donnent 10 ans, 8 mois et 10 jours. La date même de la mort est discutée : Duchesne retient le 10 décembre 741 (t. I, p. CCLVIII), et la Catholic Encyclopedia la donne pour incertaine.[42][43][44]

Le synode romain du 1ᵉʳ novembre 731

Un concile défensif après l'édit iconoclaste

L'empereur Léon III l'Isaurien (717-741) promulgue son édit iconoclaste vers 730, ordonnant la destruction ou le retrait des icônes dans les églises et les édifices publics de l'Empire.[45] L'opposition est vive en Orient même : le patriarche Germain de Constantinople démissionne, le moine et théologien saint Jean Damascène rédige depuis Mar Saba ses trois Discours sur les images, vraies sommes théologiques en faveur de la vénération. À Rome, Grégoire II répond par deux lettres dogmatiques transmises à Constantinople — dont l'authenticité est contestée par une partie de la critique moderne (voir l'article voisin).[46]

Grégoire III hérite du dossier dès son élection. Il envoie à Constantinople une première lettre de remontrance, portée par le prêtre Georges ; mais celui-ci, par crainte, ne la remet pas et revient à Rome l'avouer. Au retour de Georges, une première assemblée romaine examine son cas : le clergé du synode dissuade le pape de dégrader le prêtre, qui s'en tire avec une pénitence avant d'être renvoyé vers Constantinople. Renvoyé avec de nouvelles lettres, il est arrêté en Sicile : ses lettres y sont retenues et lui-même est exilé près d'un an.[47][48] C'est ce premier synode disciplinaire qui éclaire le décompte de la Catholic Encyclopedia — « two synods in Rome (731) »[49] : il précède le grand synode doctrinal du 1ᵉʳ novembre. Le canal diplomatique est rompu. Grégoire III en tire les conséquences : il convoque un synode général à Saint-Pierre, pour répondre canoniquement, en dehors de tout dialogue avec l'empereur iconoclaste.

Les 93 évêques et leurs signatures

Le synode se réunit le 1ᵉʳ novembre 731 dans la basilique Saint-Pierre du Vatican. Le Liber Pontificalis donne le chiffre de 93 évêques — avec une variante manuscrite (« XCIII om. ACE ») qui l'omet, chiffre repris par Delogu — accompagnés du clergé romain, de la noblesse romaine, du patriarche Antonin de Grado et de l'archevêque Jean de Ravenne.[50][51] La présence de Grado et de Ravenne est significative : elle montre que l'Italie byzantine elle-même prend le parti de Rome contre l'édit impérial. C'est un signal politique majeur.

Les actes du synode sont perdus, comme l'écrit Duchesne (t. I, p. 422, n. 6). Mansi en donne ce qui peut s'en reconstituer dans la Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XII, col. 299-302.[52] La pièce maîtresse, connue par le seul témoin du Liber Pontificalis, est la formule d'excommunication dirigée contre ceux qui s'en prennent aux images sacrées.

La formule canonique d'excommunication

Le seul témoin de la formule est le Liber Pontificalis (Duchesne, t. I, p. 416) :

« …beatorum apostolorum et omnium sanctorum depositor atque destructor et profanator vel blasphemus extiterit, sit extorris a corpore et sanguine domini nostri Iesu Christi vel totius ecclesiae unitate atque conpage. » — Liber Pontificalis, notice de Grégoire III[53]

Soit : quiconque se sera rendu coupable de déposition, de destruction, de profanation ou de blasphème envers les [images des] bienheureux apôtres et de tous les saints, qu'il soit chassé du corps et du sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que de l'unité et de l'assemblage de toute l'Église. Les actes du synode étant perdus, il n'existe pas d'autre texte : la formule vise en quatre verbes — déposition, destruction, profanation, blasphème — les images du Christ, de la Vierge, des apôtres et de tous les saints, sans liste élargie aux prophètes, martyrs et confesseurs.

La portée du texte se mesure en trois points. D'abord, il vise les images des apôtres et de tous les saints. Ensuite, il prononce une excommunication : retranchement du corps et du sang du Christ et de l'unité de toute l'Église. Enfin, il ne cite pas l'empereur, mais ne l'épargne pas : tout iconoclaste qui s'en prend aux images, même par ordre impérial, tombe sous le coup de la formule.

Pourquoi cette décision est doctrinalement décisive

Le synode de 731 ne définit pas dogmatiquement la vénération des images ; cette définition viendra avec le II concile de Nicée (787), réuni à l'initiative de l'impératrice Irène et confirmé par le pape Adrien I. Mais le synode de 731 fait quelque chose que Nicée présuppose : il fixe canoniquement, près de soixante ans plus tôt, que la destruction d'images sacrées est un acte qui exclut de la communion de l'Église.[54]

Treccani souligne la nouveauté juridique :

« Pour la première fois, semble-t-il, on sanctionne canoniquement l'orthodoxie et l'antiquité de la vénération des images du Christ, de la Vierge, de tous les apôtres et saints. » — Paolo Delogu, GREGORIO III, santo, in Enciclopedia dei Papi, Treccani, 2000[55]

Sur le plan théologique, cette décision présuppose une compréhension claire de la distinction entre l'adoration (latria) réservée à Dieu seul, et la vénération (proskynesis en grec, dulia ou veneratio en latin) qui peut s'adresser aux saints et à leurs images, en raison de la personne représentée. Cette distinction sera explicitée par Jean Damascène, puis canonisée par Nicée II. Le synode de Grégoire III en est l'application canonique anticipée.

L'assemblée de 732 pour l'oratoire des saints

Une autre assemblée, moins documentée, se tient en 732 : l'inscription qui la commémore a perdu son mois (« mense… indictione XV »), et Duchesne place la dédicace de l'oratoire dans les huit premiers mois de 732 (t. I, p. 423, n. 13) — la date précise du 12 avril ne peut donc être retenue. Des plaques de marbre publiquement exposées à Saint-Pierre — fait presque unique pour le Haut Moyen Âge romain — en conservent le souvenir.[56] Ce second synode règle les prières et messes à célébrer dans le nouvel oratoire des saints que Grégoire III fait construire dans Saint-Pierre : un oratoire dédié, selon son inscription de 732, au Sauveur, à la Mère de Dieu, aux apôtres, aux martyrs, aux confesseurs et à tous les justes (Duchesne, t. I, p. 422-423, n. 13).

Le synode romain du 1er novembre 731 fixe canoniquement la réponse de Rome à l'iconoclasme : 93 évêques réunis à Saint-Pierre et une sanction contre les destructeurs d'images sacrées. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Duchesne juge « bien probable » le lien entre cet oratoire et la crise iconoclaste, tout en relevant qu'il n'est nullement question des images, ni dans le synode ni dans le Liber Pontificalis (t. I, p. 423, n. 14) : l'oratoire peut donc se lire comme la traduction architecturale et liturgique du synode doctrinal — une interprétation probable, non un fait établi.

La crise iconoclaste avec Léon III l'Isaurien

L'ambassade interceptée en Sicile

La voie diplomatique reste fermée après le synode : le défenseur Constantin, envoyé porter les décrets synodaux à Constantinople, est détenu près d'un an, et les suppliques venues d'Italie sont saisies par Sergius, patrice et stratège de Sicile.[57] La Sicile reste sous contrôle impérial direct ; l'exarque de Ravenne n'a aucune autorité sur l'île. Léon III isole Rome en coupant ses voies de communication.

La flotte byzantine engloutie en Adriatique

L'empereur va plus loin : il arme une flotte chargée de soumettre l'Italie — probablement à la fin de 732, sous le stratège Manès —, mais elle est détruite par une tempête dans l'Adriatique avant d'atteindre son but. C'est le récit de Théophane : le Liber Pontificalis ne mentionne aucune flotte (Duchesne, t. I, n. 10).[58] La tradition romaine y verra un signe de la Providence ; l'échec matériel n'en dit pas moins une politique impériale agressive, qui échoue par accident sans renoncer pour autant à ses objectifs.

La confiscation des patrimoines de Sicile et de Calabre

Privé de victoire militaire, Léon III frappe l'Église romaine au portefeuille. Il confisque les patrimoines pontificaux de Sicile et de Calabre, qui représentent une rente annuelle estimée à 350 livres d'or — chiffre que Treccani tire de Théophane, lequel signale aussi une autre lecture possible (un impôt au revenu environ double).[59] Ce sont les revenus mêmes qui nourrissent les diaconies romaines, entretiennent les basiliques, paient les ouvriers du Latran et du Vatican, et financent la charité publique aux pauvres et aux pèlerins.

Le coup est rude, et la mesure produit ses effets : les patrimoines siciliens et calabrais ne reviendront jamais sous l'administration directe du Saint-Siège.

Le détachement de l'Illyricum, de la Calabre et de la Sicile

Léon III ajoute un coup juridictionnel. Vers 732-733, il détache de l'autorité patriarcale de Rome trois territoires majeurs : l'Illyricum oriental (Grèce continentale, Macédoine, Crète), la Calabre et la Sicile. Ces zones sont transférées sous la juridiction du patriarche de Constantinople.[60][61]

La conséquence est de longue durée. Pendant des siècles, ces régions resteront partiellement sous influence ecclésiastique grecque ; les rites byzantins y persisteront ; et Rome y perdra une présence missionnaire et liturgique qu'elle ne récupérera que très tardivement. Ce détachement, plus encore que la confiscation économique, pousse Rome à chercher ailleurs ses appuis politiques. C'est l'un des facteurs de fond qui expliquent les lettres à Charles Martel.

Une rupture juridictionnelle aux effets durables

Mesure de Léon IIIDateConséquence pour Rome
Édit iconoclaste impérialvers 730Crise doctrinale ouverte avec Constantinople
Arrestation des légats romains en Sicile731-732Rupture du canal diplomatique
Flotte punitive contre l'Italieprobablement fin 732Échec par tempête en Adriatique (récit de Théophane)
Confiscation des patrimoines de Sicile et Calabre732-733Perte d'environ 350 livres d'or annuelles
Détachement de l'Illyricum oriental, Calabre, Sicile732-733Transfert à la juridiction de Constantinople

L'ensemble révèle une politique impériale cohérente : briser économiquement, juridictionnellement et militairement l'autorité romaine. Grégoire III ne cède sur aucun point doctrinal. Mais il comprend que Rome doit désormais préparer une autre architecture politique.

Saint Boniface et la mission allemande

L'élévation à l'archiépiscopat en 732

Saint Boniface, apôtre des Allemands, gravure de Cornelis Bloemaert (XVIIᵉ siècle). C'est à lui que Grégoire III envoie le pallium en 732 et confie en 737-738 la légation apostolique en Germanie. Image patrimoniale Wikimedia Commons.

Pendant que la crise iconoclaste fait rage, Grégoire III ne néglige pas la mission. Le moine anglo-saxon Wynfreth, devenu Boniface par décret de Grégoire II en 719, évangélise depuis plus de dix ans la Hesse, la Thuringe, la Frise. Il a déjà abattu le chêne sacré de Thor à Geismar et fondé plusieurs monastères. En 732, il informe le pape de ses succès.

Grégoire III répond en 732 par une lettre devenue célèbre — la lettre n° 28 de l'édition Tangl des Epistolae de Boniface, datée de cette seule année (le 1ᵉʳ décembre est la date des lettres de Grégoire II en 722, non de celle-ci) — lettre dans laquelle le pape lui envoie le pallium — la bande de laine blanche portée sur les épaules, insigne des archevêques — et l'élève à la dignité archiépiscopale.[62] Le texte précise l'usage strict du pallium : il ne peut être porté que pendant la célébration de la Messe et lors de la consécration d'évêques. La traduction française fidèle :

« Aussi t'avons-nous envoyé le sacré pallium comme un don, désirant, par l'autorité du Siège apostolique, que tu l'acceptes et le portes ; et notre volonté est que tu sois reconnu comme l'un des archevêques institués par Dieu. Comment l'utiliser, tu l'apprendras des instructions du Siège apostolique : à savoir, tu ne le porteras que pendant la célébration de la Messe et lorsque, dans l'exercice de ton office épiscopal, tu consacres un évêque. » — Grégoire III, lettre à Boniface, 732, ép. 28 (éd. Tangl)[63]

La portée canonique est considérable. En faisant de Boniface un archevêque sans siège fixe, Grégoire III crée de facto une structure missionnaire mobile, directement rattachée au Saint-Siège, autonome par rapport aux évêques francs locaux. Des précédents existent — Augustin de Cantorbéry (601), Willibrord (695, avec le pallium) — mais la formule d'un archevêque missionnaire sans siège fixe donne à la mission germanique son cadre durable.

Légat apostolique en Germanie (737-738)

En 737, Boniface accomplit son troisième voyage à Rome.[64] Grégoire III va plus loin que le pallium : il le nomme légat apostolique en Germanie — son représentant personnel, chargé d'agir au nom du pape —, et lui confie la réorganisation des sièges épiscopaux de Bavière, de Hesse et de Thuringe.

Ce séjour romain renforce le lien direct entre Boniface et le Siège apostolique, avant les contacts diplomatiques ultérieurs entre Rome et la dynastie carolingienne. Delogu avance en outre, avec un « probablement », que Boniface aurait informé le pape de l'intérêt de Charles Martel pour les missions — hypothèse vraisemblable, non certitude établie.[65]

Les trois lettres de 738

À son retour, Grégoire III remet à Boniface des lettres pour la Germanie : une aux ducs et au peuple germanique pour qu'ils obéissent à Boniface comme à un envoyé du Saint-Siège ; une aux évêques d'Alémanie et de Bavière confirmant son statut de vicaire apostolique et leur enjoignant de tenir deux synodes par an — soit près du Danube, soit à Augsbourg, soit ailleurs — sous l'autorité de Boniface ; puis, le 29 octobre 739, après la réorganisation de 739, une lettre à Boniface lui-même précisant les règles canoniques applicables aux diocèses bavarois.[66] Grégoire III consacre personnellement à Rome Vivilo, premier évêque de Passau — « Nam Vivilo episcopus a nobis est ordinatus », sans date précisée : ni « la même année », ni une structure bavaroise dès 738 ne peuvent donc être affirmés.[67]

L'épisode est doctrinalement important : la Bavière n'est pas un territoire chrétien neuf, mais une terre déjà partiellement évangélisée par des missionnaires irlandais et francs. Grégoire III y impose une structure canonique romaine stable, mettant fin à la dispersion des juridictions et à la concurrence entre évêchés.

La prohibition de la viande chevaline

La même lettre 28 contient une décision pratique passée à la postérité. Grégoire III interdit aux chrétiens germains de consommer la viande chevaline, qu'il qualifie d'« inmundum enim est atque exsecrabile » (« impur et exécrable »).[68]

La mesure n'est pas un caprice. La consommation rituelle de viande de cheval était associée aux festins sacrificiels païens des peuples germaniques, en particulier au culte d'Odin (Wotan). En l'interdisant, Grégoire III protège les jeunes communautés chrétiennes d'une régression vers le paganisme, en rompant un usage culturel chargé symboliquement.

Saint Willibald et l'expansion missionnaire

Sur l'ordre de Grégoire III, le moine et grand voyageur saint Willibald va assister Boniface dans ses travaux, selon la Catholic Encyclopedia.[69]

L'Angleterre : Tatwine, Egbert d'York, Nothelm

Grégoire III ne néglige pas l'Angleterre, christianisée depuis Grégoire le Grand. Tatwine puis Nothelm de Cantorbéry reçoivent successivement de lui le pallium (731 et 736), selon la Catholic Encyclopedia.[70] Il accorde aussi le pallium à Egbert d'York — en 735 selon les continuations de Bède —, ne faisant que suivre les dispositions de Grégoire le Grand, qui avait prévu des droits métropolitains pour York au Nord comme pour Cantorbéry au Sud.[71][72]

L'Angleterre catholique du VIIIᵉ siècle est ainsi équipée pour la première fois d'une double archiépiscopalité de plein droit (Cantorbéry et York), structure qui survivra à la conquête normande et fondera la géographie ecclésiale anglaise jusqu'à la Réforme.

Liutprand et les Lombards

La guerre lombarde et la défense de Rome

Le roi lombard Liutprand (712-744) est un souverain ambitieux, par moments protecteur des intérêts romains, par moments adversaire. Sa politique italienne consiste à unifier progressivement la péninsule sous l'autorité lombarde, en grignotant les territoires byzantins. La principale source est Paul Diacre, Historia Langobardorum, livre VI.[73]

Vers 737-738, Liutprand attaque l'Exarchat de Ravenne, prend brièvement la ville. Le patriarche Antonin de Grado lance un appel : la flotte vénitienne mobilisée à la demande du pape reprend Ravenne. L'épisode montre que Grégoire III intervient dans la défense de l'Italie byzantine, alors même qu'il est en froid juridictionnel avec Constantinople depuis l'iconoclasme. La cohérence est claire : Rome défend l'Italie chrétienne contre une domination lombarde, indépendamment de ses désaccords avec l'empereur sur les images.

La prise des quatre forteresses (Amelia, Orte, Bomarzo, Blera)

En 739, le duc lombard de Spolète Transamund II se rebelle contre son roi et prend refuge à Rome. Liutprand exige sa livraison ; Grégoire III refuse avec le duc de Rome Étienne. Liutprand assiège alors Rome et en dévaste les environs. Ne parvenant pas à briser la résistance, il lève le siège en août 739 — mais, sur le chemin du retour vers son royaume, il occupe les quatre forteresses d'Amelia, d'Orte, de Bomarzo (l'antique Polimartium) et de Blera, qui contrôlent la liaison de Rome avec l'Italie du Nord, et y laisse des garnisons lombardes.[74][75]

La menace est militaire et symbolique. Liutprand isole Rome de Ravenne. Le ravitaillement devient difficile. La cité, qui n'a plus d'armée impériale digne de ce nom, est obligée de défendre ses propres murs.

L'achat de Gallèse à Transamund II

Plus tôt la même année, Grégoire III avait obtenu un succès diplomatique : Transamund ayant occupé le château de Gallèse (en Tuscia), aux confins du duché romain, le pape le persuade que ce geste nuit non seulement à l'Empire mais au pape lui-même, et rachète le château pour de l'argent. Une fois obtenu, il l'incorpore de nouveau à la « sainte république » — c'est-à-dire à l'Empire romano-byzantin — en l'attribuant concrètement à l'armée de Rome, qui pouvait posséder des biens comme personne juridique.[76] Gallèse contrôle la Via Amerina, axe vital entre Rome et Ravenne.

Delogu y voit une nouveauté institutionnelle : sans attribuer à l'Église romaine les droits juridictionnels de l'Empire, le pape donne à une institution d'État comme l'armée des pouvoirs originaux, en accentuant son caractère civique et sa projection dans le territoire régional.[77]

Les murs auréliens et Centumcellae

Grégoire III ne se contente pas de stratégie diplomatique. Il restaure les murs auréliens de Rome, l'enceinte construite par l'empereur Aurélien au IIIᵉ siècle, qui forme encore aujourd'hui le périmètre historique de la ville. Il refortifie Centumcellae (Civitavecchia), port stratégique sur la côte tyrrhénienne, qui assure le ravitaillement maritime de Rome face aux raids sarrasins.[78][79]

Ces travaux sont financés en grande partie sur les ressources propres de l'Église romaine — déjà amputées par les confiscations byzantines. Ils manifestent une nouvelle réalité : le pape devient, dans les faits, le défenseur civique de Rome. C'est lui qui paie les murs, lui qui négocie avec les Lombards, lui qui sollicite l'aide extérieure. Le pouvoir temporel pontifical naît de ces nécessités concrètes, bien avant d'être théorisé.

Les lettres à Charles Martel (739-740)

La première ambassade et les clés de saint Pierre

Charles Martel (vers 686-741), maire du palais de Neustrie-Austrasie et vainqueur des Sarrasins à Poitiers (732). Grégoire III lui adresse en 739 et 740 ses deux lettres sollicitant l'intervention militaire d'un prince franc — les premières conservées de ce genre. Portrait Wikimedia Commons.

Au milieu de 739, pendant le siège de Rome par Liutprand, Grégoire III prend une décision lourde de conséquences dans l'histoire de la papauté : il envoie une ambassade à Charles Martel, maire du palais de Neustrie-Austrasie, vainqueur des Sarrasins à Poitiers (732), homme fort du royaume franc. L'ambassade porte des cadeaux d'une charge symbolique exceptionnelle : les clés du tombeau de saint Pierre et des chaînons des chaînes de l'apôtre, reliques majeures de la chrétienté romaine — les lettres propres de cette ambassade des clés sont perdues (Duchesne, t. I, n. 34).[80][81]

Ce sont les premières lettres conservées par lesquelles un pape demande l'intervention militaire des Francs : Schaff rappelle que Grégoire III ne fait que « renouveler les négociations avec les Francs, commencées par son prédécesseur » (renewed the negotiations with the Franks, begun by his predecessor).[82] L'acte est politiquement significatif : le pape s'adresse à un prince extérieur à l'Empire byzantin en le qualifiant de « subregulus » (« sous-roi ») — l'adresse même de la lettre, et le titre que la Catholic Encyclopedia reprend pour désigner Charles (« viceroy (subregulus) ») — pour lui demander d'agir en défenseur du Saint-Siège.[83][84] La demande franchit ainsi la frontière mentale entre le monde byzantin (auquel Rome appartient encore officiellement) et le monde franc (qui devient peu à peu son nouvel allié).

Le contexte franc : Poitiers et l'invasion omeyyade

Pour comprendre la réponse de Charles Martel, il faut se replacer dans son contexte. En 732, Charles a remporté à Poitiers une victoire décisive contre les forces omeyyades du wali d'al-Andalus, Abd el-Rahman. La menace musulmane reste vive dans le sud de la Gaule. Charles est militairement occupé en Provence et en Septimanie entre 736 et 739, où il combat les incursions sarrasines. Charles entretient par ailleurs des liens d'alliance avec les Lombards. Liutprand l'a aidé contre les Sarrasins en envoyant des troupes lombardes en Gaule. La dynastie lombarde est familière de la cour franque ; un fils de Charles aurait même été reçu par Liutprand. Demander à Charles de combattre Liutprand revient à lui demander de rompre une alliance utile contre un ennemi commun.

Le refus de Charles Martel

Charles Martel accueille cordialement l'ambassade pontificale, conserve les reliques, mais refuse l'intervention armée : allié de Liutprand, avec qui il a collaboré dans plusieurs entreprises militaires, il ne peut ouvrir un second front.[85][86] Il envoie cependant à Rome deux abbés francs avec des dons pour saint Pierre — soutien implicite et signe diplomatique — et demande probablement des explications à Liutprand.[87]

Le refus de Charles n'est ni une trahison ni un manque de respect. C'est un calcul politique réaliste : il ne peut pas, en 739, mener simultanément la guerre contre les Sarrasins et la guerre contre les Lombards. Mais il a accepté les reliques. Il a reçu l'ambassade. Il a répondu. La porte est ouverte.

La seconde lettre (740) : « l'église de saint Pierre est dépouillée »

En 740 selon Delogu — la page Fordham qui reprend la traduction Thatcher-McNeal présente cette lettre sous 739 —, Liutprand reprend ses attaques et Grégoire III écrit une seconde lettre à Charles Martel (Codex epistolaris Carolinus, n° 2). Le ton est plus pressant :

« Dans notre grande affliction, nous avons jugé nécessaire de t'écrire une seconde fois, persuadé que tu es un fils aimant de saint Pierre, prince des apôtres, et de nous-même, et que, par respect pour lui, tu obéiras à nos ordres de défendre l'Église de Dieu et son peuple choisi. » — Grégoire III, seconde lettre à Charles Martel, Codex epistolaris Carolinus n° 2 (trad. Thatcher-McNeal, 1905)[88][89]

La suite de la lettre est encore plus dure :

« Nous ne pouvons plus désormais supporter la persécution des Lombards, car ils ont pris à saint Pierre tous ses biens, même ceux qui lui avaient été donnés par toi et par tes pères. Ces Lombards nous haïssent et nous oppressent parce que nous avons cherché protection auprès de toi ; pour cette même raison, l'église de saint Pierre est aussi dépouillée et désolée par eux. » — Grégoire III, seconde lettre à Charles Martel, Codex epistolaris Carolinus n° 2 (trad. Thatcher-McNeal, 1905)[90][91]

La rhétorique mobilise trois leviers : l'affection filiale du Franc envers saint Pierre, la dépossession concrète des biens de l'apôtre, et l'ouverture solennelle d'une demande de défense. Cette lettre, conservée dans le manuscrit unique du IXᵉ siècle du Codex Carolinus (Vienne, Bibliothèque nationale d'Autriche, Cod. 449), restera l'un des documents fondateurs de la diplomatie pontificale.

Naissance lointaine des États pontificaux

Charles Martel, Léon III et Grégoire III meurent tous trois en 741. En quelques mois, les trois grands acteurs de cette décennie disparaissent. Mais le mouvement amorcé par Grégoire III va trouver son aboutissement avec ses successeurs : Zacharie reconnaîtra Pépin le Bref comme roi des Francs en 751 ; Étienne II ira en personne en France et recevra la donation de Pépin en 754, qui pose les bases juridiques des États pontificaux ; Adrien I scellera l'alliance avec Charlemagne, qui sera couronné empereur en 800 par Léon III — un autre pape, mais le même axe.

Delogu juge « peu probable » la nouvelle rapportée par quelques chroniques franques du VIIIᵉ siècle, selon laquelle Grégoire III aurait projeté de se soustraire à la souveraineté de l'Empire byzantin en offrant à Charles Martel le domaine temporel sur Rome.[92] Mais l'inflexion politique est historique. C'est avec Grégoire III que la papauté commence à regarder à l'ouest et à se penser comme l'autorité civique de Rome, dans les faits.

ActeurGesteDateConséquence à long terme
Grégoire IIIAmbassade et lettres à Charles Martel + reliques de saint Pierre739Demande d'aide militaire aux Francs
Charles MartelRéception cordiale, refus militaire739Soutien implicite mais non engagement
Grégoire IIISeconde lettre, ton plus pressant740Rhétorique de la dépossession
ZacharieReconnaissance de Pépin comme roi751Légitimation pontificale de la dynastie carolingienne
Étienne IISacre de Pépin et donation754Bases juridiques des États pontificaux
Léon IIICouronnement de Charlemagne800Naissance de l'Empire d'Occident

L'œuvre architecturale et liturgique à Rome

L'oratoire des saints à Saint-Pierre

L'ancienne basilique Saint-Pierre, cadre du synode de 731, de l'oratoire des saints et de la sépulture de Grégoire III. Image patrimoniale Wikimedia Commons.

Le projet architectural le plus chargé symboliquement de Grégoire III est l'oratoire des saints qu'il fait construire dans Saint-Pierre du Vatican. Cet oratoire est dédié, selon son inscription de 732, au Sauveur, à la Mère de Dieu, aux apôtres, aux martyrs, aux confesseurs et à tous les justes (Duchesne, t. I, p. 422-423, n. 13) ; le Liber Pontificalis y associe des reliques des apôtres, des martyrs, des confesseurs et de tous les justes parvenus au repos par toute la terre.[93] Duchesne juge « bien probable » le lien de cette fondation avec la crise iconoclaste — Treccani y voit de même, avec un « probablement », une sorte de sanctuaire du culte des saints opposé à l'impiété impériale — tout en relevant qu'il n'est nullement question des images, ni dans le synode ni dans le Liber Pontificalis (t. I, p. 423, n. 14), et Dell'Acqua et Gantner refusent d'y voir exclusivement une réaction à l'iconoclasme : le lien est donc une interprétation probable, non un fait établi.[94][95]

L'oratoire devient le lieu de sépulture du pape lui-même, selon plusieurs témoins postérieurs (voir plus loin). Cette sépulture est doctrinalement significative : Grégoire III repose au milieu des reliques des saints qu'il a défendus contre l'iconoclasme.

La pergola d'Eutychius

L'exarque byzantin Eutychius de Ravenne offre au pape six colonnes d'onyx torses, que Grégoire III place devant la confession de Saint-Pierre — « erga presbiterium, ante confessionem, tres a dextris et tres a sinistris, iuxta alias antiquas sex » : trois à droite et trois à gauche, auprès de six autres colonnes anciennes (Liber Pontificalis, Duchesne, t. I, p. 417 ; n. 11).[96] Le geste de l'exarque est important : malgré la crise iconoclaste avec Constantinople, Eutychius soutient personnellement le pape.

L'oratoire des saints, près de l'arc triomphal, dispose de sa propre pergola (p. 417 ; n. 12 et 15) : les six colonnes d'Eutychius ne séparent donc pas l'oratoire de la nef.

L'étude monographique de référence est l'article de Francesca Dell'Acqua et Clemens Gantner, The pergula of Pope Gregory III (731–741) in the Basilica of Saint Peter. Rome and Ravenna at the Onset of the Image Controversy, paru dans le Römisches Jahrbuch der Bibliotheca Hertziana, vol. 48 (2025), p. 7 et suivantes.[97]

Saint-Chrysogone, Saints-Marcellin-et-Pierre, le Panthéon

Au-delà de Saint-Pierre, Grégoire III restaure ou embellit plusieurs basiliques romaines, dont San Crisogono au Trastevere — son titre presbytéral putatif, dont deux groupes de peintures (saints Agapit, Felicissime et Sixte II) ont été rapportés à sa restauration —, les Saints-Marcellin-et-Pierre près du Latran, qu'il reconstruit depuis les fondations, et le Panthéon (Sainte-Marie ad Martyres), dont il restaure la couverture.[98][99] À Sainte-Marie-Majeure (Sainte-Marie ad Praesepe), il refait la toiture et embellit le chœur.

L'inventaire détaillé du Liber Pontificalis mentionne aussi des chandeliers, vases sacrés en or et en argent, croix processionnelles, tissus liturgiques. La densité de ces dons est exceptionnelle pour la période — l'Église romaine récupère ainsi, à l'intérieur de Rome, ce que l'Empire byzantin lui a confisqué en Sicile et en Calabre.

Les diaconies et les monastères

Grégoire III agrandit la diaconie de Sainte-Marie in Aquiro, hospice pour pèlerins et pauvres au cœur de Rome, et reconstruit l'hospice des Saints-Serge-et-Bacchus.[100] Il confie l'office de nuit et de jour à Saint-Pierre à trois monastères établis auprès de la basilique de l'apôtre — Saints-Jean-et-Paul, Saint-Étienne-Majeur, Saint-Martin (« qui secus basilicam apostoli sunt constituta », inscription de 732, Duchesne, n. 13) : ils desservent Saint-Pierre et son oratoire, non l'ensemble des grandes basiliques.[101] Le Latran (Saint-Sauveur) est confié au monastère restauré de Saint-Jean et Saint-Pancrace, « iuxta instar officiorum ecclesie beati Petri » — sur le modèle des offices de l'église du bienheureux Pierre, qui existait donc déjà (Liber Pontificalis, Duchesne, t. I, p. 419) — et Saint-Chrysogone reçoit son propre monastère (p. 418) ; Saint-Paul relève d'une inscription (Duchesne, additions).[102][103]

La Toussaint en germe

La question du rôle de Grégoire III dans l'institution de la fête de la Toussaint le 1ᵉʳ novembre est disputée entre historiens.

D'un côté, l'article « All Saints' Day » de la Catholic Encyclopedia (Mershman) affirme que Grégoire III consacra dans Saint-Pierre une chapelle à tous les saints et en fixa l'anniversaire au 1ᵉʳ novembre, et que Grégoire IV (827-844) étendit ensuite cette célébration à toute l'Église — la notice de Mann sur Grégoire III lui-même ne dit d'ailleurs rien de la Toussaint ni du canon du synode.[104][105]

De l'autre, De Rossi et Duchesne (t. I, p. 423, n. 14) contestent cette filiation romaine, et l'article Toussaint montre que la fête du 1ᵉʳ novembre est attestée dans les îles Britanniques vers l'an 800 (lettre d'Alcuin) avant d'être étendue à tout l'Empire franc par l'empereur Louis le Pieux en 835, à la demande du pape Grégoire IV et avec l'accord de ses évêques (martyrologe d'Adon de Vienne) — Rome elle-même adoptant ensuite la date franque.

Ce qui est assuré : Grégoire III fonde à Saint-Pierre un oratoire où sont honorés tous les saints, avec sa liturgie propre — le Liber Pontificalis en donne la formule (Duchesne, t. I, p. 417) : « Quorum solemnitas hodie in conspectu tue maiestatis celebratur, domine Deus noster, toto in orbe terrarum » — valable pour cet oratoire seul. Que le 1ᵉʳ novembre romain remonte à lui reste une question disputée.[106][107]

Mort, sépulture et postérité

Le 28 novembre 741 : un pontificat clos avant la rupture franque

Grégoire III meurt à Rome en 741 — le 28 novembre selon la date traditionnellement retenue (Duchesne retient le 10 décembre 741, t. I, p. CCLVIII ; la Catholic Encyclopedia donne la date pour incertaine) — après un pontificat d'environ dix ans et huit mois.[108][109][110] Plus tôt la même année étaient morts Léon III l'Isaurien à Constantinople (18 juin 741), puis Charles Martel (22 octobre 741) : Grégoire III est le dernier des trois grands acteurs de la décennie à s'éteindre.[111][112]

Grégoire III ne verra pas l'épilogue de ce qu'il a amorcé. Il ne verra pas Zacharie reconnaître Pépin comme roi des Francs en 751. Il ne verra pas la donation de Pépin en 754. Il ne verra pas Charlemagne. Mais sans ses lettres de 739 et 740, sans son refus de céder à Liutprand, sans son maintien de la mission anglo-saxonne, ces événements ultérieurs n'auraient pas eu la même cohérence.

La sépulture dans son oratoire

Grégoire III est inhumé à Saint-Pierre : la finale du Liber Pontificalis (manuscrits B et D) dit « sepultus est in ecclesia beati Petri apostoli, IIII kal. decemb. » (Duchesne, t. I, p. 421) ; l'inhumation dans l'oratoire qu'il avait fondé — l'oratoire de la Vierge bâti par ses soins — est attestée par d'autres témoins : la quatrième table de marbre, Mallius, Treccani, la Catholic Encyclopedia.[113][114][115] Il repose ainsi au milieu des reliques qu'il avait rassemblées. La sépulture sera bouleversée lors des reconstructions de la basilique au XVIᵉ siècle.

Le culte de saint Grégoire III

Le culte de Grégoire III comme saint est ancien et populaire : il précède de plusieurs siècles la procédure formelle de canonisation instituée par Alexandre III en 1170. Comme pour la plupart des saints du Haut Moyen Âge, sa sainteté est reconnue par vox populi et par l'inscription au martyrologe. OrthodoxWiki le range parmi les saints occidentaux d'avant le schisme, rappelé le 10 décembre.[116]

L'inscription au Martyrologe romain

Le Martyrologium Romanum, dans son édition révisée de 2001-2004, l'inscrit au 10 décembre — et non plus au 28 novembre, date retenue par l'édition ancienne. Il s'agit d'une inscription au Martyrologe romain, non d'une fête au calendrier général. La notice, sobre, dit l'essentiel de son œuvre : le soin de faire prêcher l'Évangile aux Germains et, face aux iconoclastes, l'ornement des églises de la Ville de saintes images.[117]

Héritage : un pape entre Orient et Occident

Le pivot byzantin-franc

L'œuvre romaine de Grégoire III : défendre les murs, embellir les basiliques, honorer les saints et donner une traduction liturgique à la résistance contre l'iconoclasme. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Grégoire III est l'homme du pivot historique entre Byzance et le monde franc. Il est encore sujet de l'empereur ; il est déjà partenaire potentiel des Carolingiens. Grégoire II avait déjà écrit à Charles Martel, mais ce sont les lettres de Grégoire III — les premières conservées demandant une aide militaire — qu'aucun pape suivant ne pourra ignorer. La rupture politique avec Byzance n'est pas un acte volontaire de Grégoire III : c'est une conséquence de la politique iconoclaste de Léon III, des confiscations économiques, du détachement juridictionnel. Mais c'est sous Grégoire III que la papauté commence à se chercher un autre allié.

Le théologien implicite de la vénération des images

Grégoire III n'est pas un théologien systématique comme saint Jean Damascène. Il n'écrit pas de traité. Mais sa formule canonique de 731 est l'acte juridique romain qui rend cohérente, des décennies plus tard, la position du II concile de Nicée. Sans le synode de 731, la résistance romaine à l'iconoclasme aurait été plus dispersée, et la légitimation occidentale de Nicée II plus difficile.

L'oratoire des saints à Saint-Pierre, avec ses images et ses reliques, peut en outre se lire comme une catéchèse visuelle — selon l'interprétation probable rappelée plus haut : il y a une vraie présence des saints dans l'Église, et les images sont leur signe légitime.

Le maître discret de Boniface

L'histoire retient souvent saint Boniface comme l'apôtre des Allemands ; elle oublie parfois que sans Grégoire III, Boniface n'aurait reçu ni pallium en 732, ni légation apostolique en 737, ni structure canonique pour la Bavière en 738. Le succès de la mission allemande tient à un partage clair : Boniface évangélise sur le terrain, Grégoire III pose la canonicité depuis Rome. Cette articulation est une innovation qui servira de modèle aux missions chrétiennes ultérieures : Cyrille et Méthode au IXᵉ siècle en Moravie, jusqu'aux grandes missions modernes.

Le bâtisseur d'une nouvelle Rome

Au plan matériel, Grégoire III laisse à Rome une cité plus belle, mieux fortifiée, mieux dotée liturgiquement. Murs auréliens restaurés, oratoire des saints à Saint-Pierre, basiliques embellies, diaconies agrandies, monastères chargés de l'office liturgique permanent. Dans une décennie marquée par la perte des patrimoines siciliens et calabrais, par la guerre lombarde et par la crise iconoclaste, ce programme architectural manifeste une vitalité catholique qui n'est pas seulement défensive : elle est créatrice.

Objections et réponses

"Grégoire III a-t-il vraiment 'inventé' la Toussaint ?"

Pas exactement. Les fêtes locales des saints existent depuis les premiers siècles ; la commémoration collective des martyrs apparaît dès le IVᵉ siècle en Orient. Grégoire III fonde à Rome, autour de son oratoire des saints, une célébration de tous les saints ; le 1ᵉʳ novembre, attesté dans les îles Britanniques vers 800, est étendu à tout l'Empire franc par Louis le Pieux en 835, à la demande de Grégoire IV — Rome adoptant ensuite la date franque. La paternité du 1ᵉʳ novembre romain reste donc disputée : soutenue par Mershman, contestée par De Rossi et Duchesne.[118][119]

"Pourquoi a-t-il échoué auprès de Charles Martel ?"

Charles Martel ne pouvait pas, en 739-740, mener simultanément la guerre contre les Sarrasins en Provence et la guerre contre les Lombards en Italie. Il était lié par des accords récents avec Liutprand, qui l'avait aidé contre les troupes omeyyades. Il a accueilli cordialement les ambassades, conservé les reliques, envoyé une ambassade en retour. L'« échec » diplomatique apparent prépare le succès historique : la voie diplomatique entre Rome et la maison de Martel est ouverte. Onze ans plus tard, c'est le fils de Charles, Pépin le Bref, qui demande au pape Zacharie la légitimité royale.[120]

"Le synode de 731 a-t-il une portée théologique réelle ?"

Oui. Il ne définit pas le dogme — cette définition appartiendra au II concile de Nicée en 787 — mais il affirme canoniquement que la destruction d'images sacrées est un acte qui exclut de la communion de l'Église. C'est ce qui semble être la première sanction canonique romaine de la vénération des images (Treccani : « sembra per la prima volta in modo canonico »), et elle articule de fait la position romaine pendant toute la période iconoclaste byzantine (730-787, puis 815-843). Le II Nicée s'appuiera implicitement sur cette tradition romaine, et le pape Adrien I sera décisif dans sa réception occidentale.[121][122]

"Est-ce un pape oriental sur le siège romain ?"

Grégoire III est syrien d'origine, mais romain par son service. Il appartient à une longue série de papes orientaux du VIIᵉ-VIIIᵉ siècle, dans une Rome devenue cosmopolite par l'arrivée massive de chrétiens fuyant les conquêtes arabes. Sa compétence en grec lui permet de traiter le dossier iconoclaste avec Constantinople. Son bilinguisme est un atout, pas une faiblesse. Mais ses décisions politiques sont sans ambiguïté romaines : il restaure les murs auréliens, rachète Gallèse pour la « sainte république », ouvre la diplomatie franque, conserve les patrimoines occidentaux. C'est un Syrien au service de Rome, exactement comme Léon le Grand a pu être un Italien au service de l'universel.[123][124]

Pour aller plus loin

Notes et sources

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle "Gregorius III" : 90e pape de l'Église catholique, début du pontificat 18 mars 731, fin 28 novembre 741, origine syrienne. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/es/holy-father/gregorio-iii.html.

    1
  2. Horace K. Mann, "Pope St. Gregory III", The Catholic Encyclopedia, vol. VI, Robert Appleton Company, New York, 1909 ; transcription New Advent : Syrien, fils de Jean, date de naissance inconnue (« The date of his birth is not known »), acclamation populaire le 11 février 731 pendant le cortège funèbre du prédécesseur, consécration retardée de plus d'un mois d'où il est « présumé » (« it is presumed that he waited for the confirmation of his election by the exarch at Ravenna »), deux synodes à Rome contre l'hérésie iconoclaste, confiscations de Sicile et Calabre, pallium à Tatwine puis Nothelm de Cantorbéry (731 et 736) et à Egbert d'York, soutien à Boniface, envoi de Willibald auprès de Boniface, rachat de Gallèse à Transamund, appel à l'aide de Charles Martel, sépulture dans l'oratoire de Notre-Dame bâti par ses soins à Saint-Pierre, mort en 741 (« whether in November or December is not certain ») mais commémoré au 28 novembre dans le martyrologe romain ancien. La notice ne dit rien de la Toussaint ni du canon du synode. URL : https://www.newadvent.org/cathen/06789a.htm.

    2 21 23 39 40 44 49 69 70 72 84 105 110 115
  3. New Catholic Encyclopedia, 2ᵉ éd., 2003, notice "Gregory III, Pope, St." (R. E. Sullivan) via Encyclopedia.com : pontificat 731-741, pape syrien, dernier pape à solliciter la confirmation impériale (« the last Pope who sought confirmation »), synode de 731, mission anglo-saxonne et germanique, premières lettres pontificales conservées demandant une aide militaire à Charles Martel. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/gregory-iii-pope-st.

    3 24 41
  4. Liber Pontificalis, notice "Gregorius III", éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis. Texte, introduction et commentaire, t. I, Paris, E. Thorin, 1886, pp. 415-421 ; rééd. anastatique Paris, 1955-1957. Récit de l'origine syrienne, du père Jean, de la durée du pontificat selon le LP (X ans VIII mois XXIV jours — décompte propre au LP), du portrait moral et intellectuel, de l'élection populaire au cortège funèbre de Grégoire II, du synode contre les iconoclastes, de l'oratoire des saints à Saint-Pierre, des colonnes d'Eutychius devant la confession, des restaurations basilicales, du rachat de Gallèse, des lettres aux Francs et de la sépulture à Saint-Pierre. Incipit : « GREGORIUS, natione Syrus, ex patre Iohanne, sedit ann. X mens. VIII dies XXIIII. » Portrait moral : « Vir mitissimus et valde sapiens, in divinis Scripturis sufficienter instructus, greca latinaque lingua eruditus, psalmos omnes per ordinem memoriter retinens [...] orthodoxae fidei emulator ac defensor fortissimus ; paupertatis amator [...] ; captivorum etiam redemptor, orfanorum quoque et viduarum largiter necessaria tribuens [...] » ; élection : « dum ante feretrum in obsequio sui antecessoris esset inventus » ; colonnes d'Eutychius : « erga presbiterium, ante confessionem, tres a dextris et tres a sinistris, iuxta alias antiquas sex » (p. 417) ; formule synodale : « …beatorum apostolorum et omnium sanctorum depositor atque destructor et profanator vel blasphemus extiterit, sit extorris a corpore et sanguine domini nostri Iesu Christi vel totius ecclesiae unitate atque conpage » (p. 416) ; formule de l'oratoire : « Quorum solemnitas hodie in conspectu tue maiestatis celebratur, domine Deus noster, toto in orbe terrarum » (p. 417) ; finale (mss B et D) : « sepultus est in ecclesia beati Petri apostoli, IIII kal. decemb. » (p. 421). Traduction anglaise : Raymond Davis, The Lives of the Eighth-Century Popes (Liber Pontificalis), Translated Texts for Historians 13, Liverpool University Press, 1992, pp. 19-34. URL : https://archive.org/details/duchesne01.

    4 12 14 19 26 32 34 35 36 37 42 47 50 53 57 79 93 96 98 100 101 102 106 108 113
  5. Giovanni Domenico Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XII, Florence, 1766, col. 299-302 : ce qui peut se reconstituer du synode romain du 1ᵉʳ novembre 731, présidé par Grégoire III, avec le patriarche Antonin de Grado et l'archevêque Jean de Ravenne. Les actes du synode sont perdus (Duchesne, t. I, p. 422, n. 6) ; la formule est connue par le seul témoin du Liber Pontificalis (Duchesne, t. I, p. 416). L'effectif de 93 évêques est celui du Liber Pontificalis — avec une variante manuscrite qui l'omet —, repris par Delogu (« con altri novantatré vescovi ») et par EWTN : « this time with ninety-three bishops and the clergy and people of Rome » (https://origin.ewtn.com/catholicism/library/st-gregory-iii-5519).

    5 27 51 52 122
  6. EWTN, Catholicism Library, vie de saint Grégoire III : au retour du prêtre Georges, « the clergy of a synod held to consider the situation, persuaded the Pope to let George off with a penance », puis « Gregory held another synod, this time with ninety-three bishops and the clergy and people of Rome. The council decreed that anyone who should destroy or dishonor holy images should be excommunicated ». URL : https://origin.ewtn.com/catholicism/library/st-gregory-iii-5519.

    6 48
  7. Sancti Bonifatii et Lulli Epistolae, éd. Michael Tangl, MGH Epistolae Selectae I, Berlin, Weidmann, 1916 ; lettre n° 28 de Grégoire III à Boniface, datée de 732 (sans jour précisé) : envoi du pallium, élévation à la dignité archiépiscopale, instructions précises sur l'usage liturgique du pallium (uniquement à la Messe et lors de la consécration d'évêques), prohibition de la viande chevaline (« inmundum enim est atque exsecrabile »). Traduction anglaise : Ephraim Emerton, The Letters of Saint Boniface, Columbia University Press, New York, 1940. URL : https://archive.org/stream/lettersofsaintbo00boni_0/lettersofsaintbo00boni_0_djvu.txt.

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  8. Paolo Delogu, "GREGORIO III, santo", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 2000 : origine syrienne, hypothèse de la diaspora chrétienne fuyant la conquête arabe, ordination presbytérale à Rome peut-être au titre de San Crisogono, acclamation populaire le 11 février 731, synode du 1ᵉʳ novembre 731 et formule canonique sur les images, confiscations byzantines, détachement de l'Illyricum-Calabre-Sicile, lettres à Charles Martel 739-740, rachat de Gallèse, mort le 28 novembre 741. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/santo-gregorio-iii_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/. Passages de Delogu : origine — « apparteneva probabilmente ad una di quelle famiglie giunte a Roma dall'Oriente a seguito dell'occupazione araba » ; titre cardinalice — « Probabilmente a Roma ottenne la consacrazione a presbitero, forse del titolo di S. Crisogono, cui dedicò particolari cure quando divenne papa » ; synode du 1ᵉʳ novembre 731 — « con altri novantatré vescovi » et « sembra per la prima volta in modo canonico » ; colonnes d'Eutychius — « sei colonne tortili di onice » placées devant la confession de Saint-Pierre ; siège levé en août 739 puis occupation des quatre châteaux — « nell'agosto 739 tolse l'assedio, ma rientrando nel Regno occupò i quattro castelli di Amelia, Orte, Bomarzo e Blera » ; Gallèse — « lo incorporò nuovamente nella "santa repubblica", cioè nell'Impero romano-bizantino, attribuendolo però concretamente all'esercito romano » ; offre de souveraineté — « Sembra però poco probabile la notizia riportata da alcune cronache franche dell'VIII secolo » ; seconde lettre — « in una lettera dell'anno seguente (740) » ; à San Crisogono, peintures « sono stati riferiti » à sa restauration (saints « Agapito, Felicissimo, Sisto II ») ; « riedificò inoltre dalle fondamenta la chiesa dei SS. Marcellino e Pietro » ; mémoire liturgique « celebrata il 10 dicembre » ; flotte — « Probabilmente alla fine del 732 … stratego Manes … naufragio nell'Adriatico » ; patrimoines siciliens d'après Théophane — 350 livres d'or, soit 25 200 soldi, avec une autre lecture possible (impôt au revenu environ double).

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  9. Codex epistolaris Carolinus, recueil de 99 lettres pontificales adressées aux rois francs entre 739 et 791, manuscrit unique du IXᵉ siècle conservé à Vienne (Österreichische Nationalbibliothek, Cod. 449) ; éd. Wilhelm Gundlach, MGH Epistolae, t. III, Epistolae Merovingici et Karolini Aevi I, Berlin, Weidmann, 1892. Les deux premières lettres datent de Grégoire III à Charles Martel (739 et 740), demandant la protection franque contre Liutprand, accompagnées des reliques des clés du tombeau de saint Pierre. Édition récente et traduction anglaise : Rosamond McKitterick, Dorine van Espelo, Richard Pollard, Richard Price (éd.), Codex Epistolaris Carolinus: Letters from the Popes to the Frankish Rulers, 739-791, Translated Texts for Historians 77, Liverpool University Press, 2021.

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  10. Oliver J. Thatcher, Edgar Holmes McNeal, A Source Book for Medieval History, Charles Scribner's Sons, New York, 1905, p. 102 : traduction anglaise classique de la seconde lettre de Grégoire III à Charles Martel (740). Texte également repris dans le Fordham Internet Medieval Sourcebook : https://sourcebooks.fordham.edu/halsall/source/g2-martellet.asp. L'adresse anglaise donne « Pope Gregory to His Most Excellent Son, Karl, Sub-King » (d'où le subregulus latin), et le passage cité se lit « you would obey our commands to defend the church of God and his chosen people » — d'où le français « tu obéiras à nos ordres de défendre l'Église de Dieu et son peuple choisi ».

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  11. Philip Schaff, History of the Christian Church, vol. IV : Mediaeval Christianity, A.D. 590-1073, § 54 « From Gregory II to Zacharias » : « Gregory III (731–741) renewed the negotiations with the Franks, begun by his predecessor. » URL : https://www.ccel.org/ccel/schaff/hcc4.i.iv.vii.html.

    11 82
  12. Francesca Dell'Acqua et Clemens Gantner, "The pergula of Pope Gregory III (731–741) in the Basilica of Saint Peter. Rome and Ravenna at the Onset of the Image Controversy", Römisches Jahrbuch der Bibliotheca Hertziana, vol. 48 (2025), p. 7 et suivantes : étude monographique sur la pergola de Grégoire III à Saint-Pierre et les six colonnes d'onyx offertes par l'exarque Eutychius, placées devant la confession. Voir aussi https://www.biblhertz.it/3733077/rjbh48_abstract_dellacqua_gantner.pdf.

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  13. Martyrologium Romanum, editio typica altera, Vatican, 2004, notice au 10 décembre, n° 4 — en anglais : « At Rome near Saint Peter's, Saint Gregory the Third, pope, who took care to have the Gospel preached to the Germans and adorned the churches of the City with sacred Images against the iconoclasts. » (traduction anglaise de l'édition 2004, Boston Catholic Journal, 2004 Roman Martyrology in English, December : http://www.boston-catholic-journal.com/2004-roman-martyrology-pdf-files/2004-roman-martyrology-december-complete.pdf). L'édition ancienne inscrivait le pape au 28 novembre ; c'est cette date ancienne que reprend la Catholic Encyclopedia : « It is however, on 28 November that he is commemorated in the Roman martyrology. »

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  14. Jean-Marie Sansterre, Les moines grecs et orientaux à Rome aux époques byzantine et carolingienne (milieu du VIᵉ s. — fin du IXᵉ s.), Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1983 : étude de référence sur la présence des chrétiens orientaux à Rome après les conquêtes perses et arabes, monastères grecs et syriens, quartier oriental sur l'Aventin, intégration des clercs orientaux dans le clergé romain et accession au pontificat (Théodore I, Jean V, Sergius I, Sisinnius, Constantin, Grégoire III, Zacharie).

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  15. Encyclopaedia Britannica, « Saint Gregory II » : né à Rome en 669 (« born 669, Rome ») ; New Catholic Encyclopedia (via Encyclopedia.com) : issu d'une riche et noble famille romaine (« member of a wealthy noble Roman family »). URL : https://www.britannica.com/biography/Saint-Gregory-II.

    17
  16. Voir l'article Ignispedia Pape saint Grégoire II, qui inaugure la résistance pontificale à l'iconoclasme byzantin et envoie à Léon III l'Isaurien deux lettres dogmatiques — dont l'article voisin signale que l'authenticité est contestée par une partie de la critique moderne (Caspar, Gouillard, Brubaker-Haldon).

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  17. Thomas F. X. Noble, Images, Iconoclasm, and the Carolingians, University of Pennsylvania Press, 2009 : analyse du synode romain du 1ᵉʳ novembre 731 et de l'assemblée de 732 pour l'oratoire des saints, dont les décisions furent gravées sur des plaques de marbre publiquement exposées à Saint-Pierre (cas presque unique pour le Haut Moyen Âge romain), et articulation entre la décision canonique romaine et le futur II concile de Nicée (787).

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  18. Warren Treadgold, A History of the Byzantine State and Society, Stanford University Press, 1997, pp. 354-355 : contexte byzantin de Léon III l'Isaurien, édit iconoclaste vers 730, démission du patriarche Germain de Constantinople, résistance romaine, confiscations économiques et détachement juridictionnel de l'Illyricum, de la Calabre et de la Sicile.

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  19. Tangl, S. Bonifatii et Lulli Epistolae, lettres n° 44 et suivantes (correspondance liée au troisième voyage de Boniface à Rome en 737 et à la réorganisation de 739) : nomination de Boniface comme légat apostolique en Germanie, lettres aux ducs et au peuple germanique, lettres aux évêques d'Alémanie et de Bavière avec injonction de tenir deux synodes par an (« sive iuxta Danuvium sive in civitate Augusta vel ubicumque »), lettre du 29 octobre 739 sur les diocèses bavarois, ordination de Vivilo à Rome (« Nam Vivilo episcopus a nobis est ordinatus », sans date précisée).

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  20. Bède le Vénérable, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, IVᵉ et Vᵉ livres, complétée par les Continuationes anonymes pour les événements de la première moitié du VIIIᵉ siècle : mentions de l'élévation d'Egbert au siège archiépiscopal d'York (735) avec pallium accordé par Grégoire III, restaurant l'architecture ecclésiale anglaise voulue par Grégoire le Grand dans sa lettre à saint Augustin de Cantorbéry.

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  21. Paul Diacre, Historia Langobardorum, livre VI : récit du règne de Liutprand (712-744), guerres avec l'Exarchat de Ravenne, prise temporaire de Ravenne, attaques sur le Duché de Rome, prise des quatre forteresses du nord de Rome (Amelia, Orte, Bomarzo, Blera), rébellion du duc Transamund II de Spolète, retraite de Liutprand vers Pavie. Édition de référence : Ludwig Bethmann et Georg Waitz, MGH SS rer. Lang., Hanovre, 1878. Le livre VI est le plus long (58 chapitres) et couvre la période 712-744 ; il utilise notamment le Liber Pontificalis comme source.

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  22. Francis Mershman, "All Saints' Day", The Catholic Encyclopedia, vol. I, Robert Appleton Company, New York, 1907 ; transcription New Advent : « Gregory III (731-741) consecrated a chapel in the Basilica of St. Peter to all the saints and fixed the anniversary for 1 November » ; « Gregory IV (827-844) extended the celebration on 1 November to the entire Church. » URL : https://www.newadvent.org/cathen/01315a.htm.

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  23. New Liturgical Movement, "The Origin of All Saints' Day", 1ᵉʳ novembre 2017 : la célébration fondée par Grégoire III valait pour son oratoire seul (« and there alone »). URL : https://www.newliturgicalmovement.org/2017/11/the-origin-of-all-saints-day.html.

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  24. OrthodoxWiki, "Gregory III of Rome" : « Our father among saints Gregory III, Pope of Rome (731-741) » ; « St. Gregory is remembered by the Church on December 10 » ; article rangé dans les catégories « Saints » et « Pre-Schism Western Saints ». URL : https://orthodoxwiki.org/Gregory_III_of_Rome.

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