Jacob Arminius (en néerlandais Jakob Hermanszoon, latinisé en Jacobus Arminius ; 1559 ou 1560 — 19 octobre 1609) est un théologien réformé néerlandais, pasteur de la Vieille Église d'Amsterdam puis professeur de théologie à l'université de Leyde à partir de 1603. Chargé dès ses débuts pastoraux de réfuter les critiques adressées à la doctrine calviniste de la double prédestination, il finit par s'en écarter lui-même — donnant naissance, sans l'avoir cherché, au courant théologique qui portera son nom : l'arminianisme.
Sa querelle académique avec son collègue supralapsarien Franciscus Gomarus divisa l'université de Leyde, puis tout le jeune État des Provinces-Unies, au point de devenir une crise politique majeure : elle contribua à la chute et à l'exécution de l'avocat de Hollande Johan van Oldenbarnevelt (13 mai 1619) et à l'emprisonnement du juriste Hugo Grotius. Moins de trois mois après la mort d'Arminius, ses disciples adressèrent le 14 janvier 1610 aux États de Hollande les Cinq Articles de la Remontrance[1], qui furent examinés puis solennellement condamnés par le Synode de Dordrecht (novembre 1618 — mai 1619) — l'un des synodes les plus longs et les plus internationaux de l'histoire du protestantisme réformé, qui formula en retour les cinq points du calvinisme strict, plus tard résumés dans l'acrostiche anglo-saxon TULIP.
Si le nom d'Arminius reste aujourd'hui surtout attaché au courant méthodiste — John Wesley s'en réclamera explicitement au XVIIIᵉ siècle —, l'homme lui-même mourut avant d'avoir vu son système pleinement développé. Sa doctrine de la grâce résistible et de l'élection conditionnelle retrouve, sur ce point précis, une partie de l'intuition catholique du libre arbitre coopérant avec la grâce — sans pour autant rejoindre la doctrine catholique de la justification, des sacrements ou du magistère, dont il resta un adversaire théologique.
Le présent article retrace la vie mouvementée d'Arminius, expose sa doctrine dans ses propres termes (Déclaration des sentiments, 1608), détaille la crise politico-religieuse qui suivit sa mort, et propose un regard catholique sur ce que l'arminianisme retrouve — et ce qu'il continue de manquer — de la doctrine catholique de la grâce.
Une jeunesse marquée par la guerre de Quatre-Vingts Ans
Un enfant d'Oudewater orphelin de guerre
Jacob Arminius naît à Oudewater, petite ville de cordiers du comté de Hollande, en 1559 ou 1560 — les sources ne s'accordent pas sur l'année exacte : la biographie critique de Carl Bangs privilégie 1559 et met en doute la date du 10 octobre 1560 transmise par Brandt, tandis que la Catholic Encyclopedia retient 1560[2]. Son père, Herman Jacobszoon, coutelier de son état, meurt alors que Jacob est encore un tout jeune enfant, sinon avant sa naissance[3]. Sa formation initiale est confiée à Theodorus Aemilius, un ancien prêtre passé à la Réforme, qui l'accueille et l'instruit après la mort de son père.
La guerre qui embrase alors les Pays-Bas espagnols — la guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) opposant les provinces protestantes rebelles à la couronne d'Espagne — frappe directement sa famille. En 1575, alors qu'Arminius étudie loin de chez lui à l'université de Marbourg en Hesse sous la conduite du mathématicien Rudolph Snellius, les troupes espagnoles du stathouder Gillis van Berlaymont assiègent Oudewater[4]. Le siège commence le 19 juillet 1575 ; la ville est prise d'assaut le 7 août 1575 et livrée à un massacre systématique — près de la moitié de sa population est tuée, maison par maison, sans épargner femmes et enfants[5]. Sa mère et ses frères et sœurs périssent dans ce massacre pendant qu'il étudie à l'étranger[6]. Arminius revient donc, à quinze ans, sans famille ni foyer.
Leyde, Genève sous Théodore de Bèze et un doctorat refusé à Bâle
Après la mort d'Aemilius vers 1574-1575, le mathématicien Rudolph Snellius facilite l'inscription d'Arminius à la toute jeune université de Leyde (fondée en 1575 par Guillaume d'Orange en récompense de la résistance de la ville au siège espagnol), où il étudie de 1576 à 1582[7]. Ses maîtres y incluent le calviniste français Lambert Daneau et l'hébraïsant Johannes Drusius, professeur de langues orientales ; l'université expose alors ses étudiants à un éventail de courants — luthérien, zwinglien, anabaptiste — bien plus large que le seul calvinisme strict[8].
À partir de 1582, financé par la guilde des marchands d'Amsterdam, Arminius part étudier à Genève sous la direction de Théodore de Bèze, successeur immédiat de Jean Calvin à la tête de l'académie genevoise[9]. Des frictions liées à sa préférence pour la méthode dialectique de Pierre de la Ramée (le « ramisme »), mal vue à Genève, le conduisent temporairement à Bâle, où la faculté de théologie lui offre spontanément un doctorat en 1583 — qu'il décline, s'estimant, âgé de vingt-deux ou vingt-trois ans, trop jeune pour ce titre[10]. Il retourne achever sa formation à Genève auprès de Bèze.
Un voyage en Italie, incluant un séjour à Padoue et une visite à Rome, complète sa formation en 1586 — épisode qui, rétrospectivement, nourrira contre lui des soupçons de sympathies « romanisantes » lorsque la controverse éclatera[11]. C'est un homme largement formé, y compris au contact direct de l'autorité calviniste la plus reconnue de son temps, qui rentre alors aux Provinces-Unies pour y devenir pasteur.
Le pasteur d'Amsterdam et les premiers doutes (1587-1603)
La réfutation de Coornhert qui se retourne contre son objet
En 1587, Arminius reçoit et accepte l'appel de la Vieille Église (Oude Kerk) d'Amsterdam, congrégation financée depuis ses études par la guilde marchande de la ville ; il est ordonné en 1588[12]. Selon le récit traditionnel — issu de l'oraison funèbre prononcée par Petrus Bertius en 1609 et repris par la biographie de Caspar Brandt —, l'une de ses premières missions, confiée par la Cour ecclésiastique d'Amsterdam et par le pasteur-professeur Martin Lydius de Franeker, consiste à réfuter les écrits du théologien laïc Dirck Volckertszoon Coornhert, qui contestait la doctrine supralapsarienne de la prédestination défendue par Bèze et par les principaux pasteurs réformés hollandais[13].
La controverse était déjà engagée : deux pasteurs de Delft, Arend Cornelisz et Reinier Donteclock, avaient publié en 1589 une Responsio ad argumenta quaedam Bezae et Calvini — une réponse aux arguments de Bèze et Calvin sur Romains 9, proposant une prédestination certes toujours absolue et inconditionnelle, mais infralapsarienne (décrétée après, et non avant, la prévision de la chute d'Adam)[14]. Toujours selon ce récit, Lydius demanda à Arminius de réfuter à son tour ces deux pasteurs de Delft — et l'étude approfondie du dossier, entre 1589 et 1591, l'aurait progressivement rapproché des critiques du supralapsarisme[15]. Mais cette trame du « réfutateur converti par son dossier » est précisément ce que la biographie critique de Carl Bangs (Arminius: A Study in the Dutch Reformation, 1971) conteste : selon lui, rien ne prouve qu'Arminius ait jamais tenu le supralapsarisme strict de Bèze, et le récit de sa « conversion » en réfutant Coornhert est une construction postérieure[16].
La controverse des sermons sur Romains 7 (1591)
En 1591, prêchant sur l'épître aux Romains, Arminius enseigne que le chapitre 7 — où saint Paul décrit un homme qui « fait le mal qu'il ne veut pas » (Rm 7, 19) — dépeint un homme non régénéré, agissant sous la seule Loi et convaincu de son péché par l'Esprit, et non le chrétien déjà converti demeurant esclave irrémédiable du péché comme le voulait la lecture réformée standard[17]. Son collègue Petrus Plancius l'attaque publiquement pour cette lecture, jugée trop optimiste sur la liberté du converti ; les bourgmestres d'Amsterdam durent intervenir pour apaiser la querelle entre les deux pasteurs[18]. Poursuivant son exégèse jusqu'au chapitre 9 dans les années suivantes, Arminius développe des positions sur la grâce, la prédestination et le libre arbitre de plus en plus difficiles à concilier avec Calvin et Bèze — tout en insistant, à chaque étape, sur la seule justification par la foi, sans jamais remettre en cause le cadre protestant de son ministère[19].
Mariage et vie de famille
En 1590, Arminius épouse Lijsbet Reael, fille de Laurens Jacobsz Reael, marchand et magistrat en vue d'Amsterdam[20]. Cette union le rattache à l'élite marchande et régente de la ville — un atout social qui pèsera dans les années où sa position théologique sera contestée. Le couple aura douze enfants, dont trois meurent en bas âge ; parmi les survivants figurent Engelte (née en 1593), Harmen (1594), Pieter (1596), Jan (1598), Jacob (1603) et Geertruyd (1608)[21].
Professeur à Leyde : la guerre théologique avec Gomarus (1603-1609)
Une nomination controversée
En 1602, une épidémie de peste emporte à Leyde deux professeurs de théologie, Franciscus Junius et Lucas Trelcatius l'Ancien, laissant deux chaires vacantes[22]. En 1603, malgré des réticences, Arminius est nommé professeur de théologie à l'université de Leyde ; son futur adversaire Franciscus Gomarus, théologien supralapsarien déjà en poste, donne alors son approbation, quoique prudente[23]. Selon l'usage universitaire, Arminius soutient à cette occasion une thèse doctorale et reçoit son diplôme de docteur en théologie de Leyde[24].
L'escalade d'une querelle académique (1604-1608)
L'arrivée d'Arminius à la chaire théologique de Leyde rouvre immédiatement le débat que Coornhert avait engagé quinze ans plus tôt. Le 7 février 1604, l'étudiant Willem Bastingius défend, sous la présidence d'Arminius, des thèses de tonalité arminienne lors d'une disputatio publique[25]. Gomarus réplique le 14 octobre 1604 par une thèse opposée défendue par son étudiant Samuel Gruterus[26]. Une série anonyme de trente et un articles attaquant l'orthodoxie d'Arminius circule alors dans les milieux réformés ; Sibrandus Lubbertus, théologien de l'université de Franeker, adresse à des théologiens étrangers des lettres accusant Arminius d'hérésie[27].
- 1602Vacance des chaires de théologie
La peste emporte à Leyde les professeurs Franciscus Junius et Lucas Trelcatius l'Ancien, ouvrant la voie à la nomination d'Arminius[28].
- 1603Nomination d'Arminius à Leyde
Arminius est nommé professeur de théologie, avec l'approbation prudente de Gomarus, déjà en poste[29].
- 7 février 1604Première dispute publique
Willem Bastingius défend, sous la présidence d'Arminius, des thèses de tonalité arminienne[30].
- 14 octobre 1604Réplique de Gomarus
- 30 mai 1608Audience devant la Cour suprême
Arminius et Gomarus s'expliquent devant le Hoge Raad à La Haye ; le président Reinout van Brederode juge leurs différends mineurs et appelle à la tolérance mutuelle[32].
- 30 octobre 1608Déclaration des sentiments
Arminius expose ses positions devant les États de Hollande et demande la révision de la Confession de foi belge et du Catéchisme de Heidelberg[33].
- 12 décembre 1608Réplique de Gomarus
Gomarus accuse Arminius de « pélagianisme et de jésuitisme » et attaque son allié Johannes Wtenbogaert[34].
- 25 juillet 1609Dernière dispute publique
Gravement malade, Arminius préside une dernière disputatio et réfute les arguments d'un prêtre catholique venu contester ses positions[35].
- 19 octobre 1609Mort d'Arminius
Arminius meurt de phtisie (tuberculose) à Leyde, à 49 ans[36].
Face à face devant la Cour suprême (30 mai 1608)
Cherchant à éviter la convocation d'un synode national qui aurait tranché le débat de façon irrévocable, les États de Hollande organisent le 30 mai 1608 une audience devant le Hoge Raad (Cour suprême) à La Haye, où Arminius et Gomarus exposent chacun leur position[37]. Le président de la Cour, Reinout van Brederode, conclut que leurs divergences sont mineures et appelle à une tolérance mutuelle[38]. Gomarus, refusant cette conclusion, publie néanmoins son discours : selon le récit qu'en donne Brandt, il y déclara qu'il n'oserait mourir dans les sentiments d'Arminius ni paraître avec eux devant le tribunal de Dieu[39].
Le ton est donné : ce que la justice civile qualifie de nuance théologique mineure, l'un des deux protagonistes le vit comme une question de salut éternel.
La Déclaration des sentiments devant les États de Hollande (30 octobre 1608)
Le 30 octobre 1608, sur autorisation des États de Hollande, Arminius prononce devant leur assemblée à La Haye son exposé le plus complet et le plus personnel : la Déclaration des sentiments (Verclaringhe), dans laquelle il explique ses vues sur la prédestination, la grâce et le libre arbitre, et propose une révision de la Confession de foi belge et du Catéchisme de Heidelberg sur ces points précis[40]. Le texte, traduit et publié plus tard en anglais dans les Works of James Arminius par James Nichols, reste la source la plus fiable pour connaître sa pensée dans ses propres mots plutôt qu'à travers ses adversaires[41].
Arminius y répond d'abord à la charge la plus personnelle de Gomarus — qui avait affirmé, devant les États, qu'avec les sentiments d'Arminius il n'oserait paraître devant son Créateur : Arminius dit n'avoir certainement pas conscience d'entretenir des sentiments aussi odieux en matière de religion[42].
Son rejet du pélagianisme, lui, se lit ailleurs, et sans ambiguïté : dans la section sur la grâce (IV), il affirme que sans les dons gracieux du Saint-Esprit « l'homme n'est capable ni de penser, ni de vouloir, ni de faire aucun bien » ; et dans celle sur la perfection des croyants (VII), il précise que, quand bien même le fidèle pourrait accomplir les préceptes divins, ce ne serait « que par la grâce du Christ, et nullement sans elle » — ce qui, ajoute-t-il, ne saurait faire de lui un pélagien, ni en partie ni entièrement[43].
Sur l'élection, il refuse tout décret absolu détaché de la foi du croyant :
« Dieu n'a pas prédestiné absolument aucun homme au salut ; mais il les a considérés, dans son décret, [ou regardés] comme croyants. » — Jacob Arminius, Déclaration des sentiments, La Haye, 30 octobre 1608[44]
Il insiste tout autant sur la nécessité absolue de la grâce : dans l'état de chute, écrit-il (section III), l'homme n'est capable, « par lui-même, ni de penser, ni de vouloir, ni de faire ce qui est vraiment bon », et nulle œuvre bonne n'est possible sans une grâce qui prévienne, accompagne et achève (section IV)[45].
Mais cette grâce nécessaire n'est pas irrésistible. C'est le cœur du XIIIᵉ grief de la Déclaration contre la prédestination absolue — qui, selon Arminius, « détruit » la grâce de trois manières. Premier grief, la grâce véritable est ainsi faite :
« Parce que la grâce est si bien tempérée et mêlée à la nature de l'homme qu'elle ne détruit pas en lui la liberté de sa volonté, mais lui donne une bonne direction, corrige sa dépravation et laisse l'homme en possession de ses notions propres. Alors qu'au contraire cette prédestination introduit une espèce de grâce qui ôte le libre arbitre et en empêche l'exercice. »[46]
Second grief, l'Écriture montre une grâce à laquelle on peut résister :
« Parce que les descriptions que l'Écriture donne de la grâce la montrent capable d'être résistée (Ac 7, 51) et reçue en vain (2 Co 6, 1), et qu'il est possible à l'homme de refuser d'y donner son assentiment et de refuser toute coopération avec elle (He 12, 15 ; Mt 23, 37 ; Lc 7, 30). Alors qu'au contraire cette prédestination affirme que la grâce est une force et une opération absolument irrésistibles. »[47]
Cette double insistance — nécessité absolue de la grâce et liberté réelle de l'homme de la refuser — est la clé de voûte de tout le système arminien : ni pélagianisme (l'homme pourrait se sauver seul), ni synergisme paritaire (grâce et volonté à parts égales), mais une grâce prévenante et suffisante que l'homme demeure libre de rejeter.
La dernière dispute et la mort (19 octobre 1609)
Le 25 juillet 1609, gravement malade, Arminius préside encore une dernière disputatio publique au cours de laquelle un prêtre catholique conteste ouvertement ses positions ; malgré son état, Arminius parvient à répondre point par point[48]. Gomarus, présent et visiblement troublé, lâcha après coup, selon les récits de la controverse, que cette doctrine ouvrait la porte au papisme — pique polémique d'un adversaire intransigeant, qui en disait long : aux oreilles réformées, le libre arbitre coopérant avec la grâce sonnait comme dangereusement proche de la position catholique[49]. Trois mois plus tard, le 19 octobre 1609, Arminius meurt de phtisie (tuberculose) à Leyde, à 49 ans[50].
La doctrine arminienne : cinq points contre la double prédestination
Arminius meurt avant d'avoir systématisé complètement sa doctrine ; ce sont ses disciples — au premier rang desquels Johannes Wtenbogaert, qui prend la tête du mouvement après sa mort — qui la mettent en forme définitive dans les Cinq Articles de la Remontrance de 1610[51]. On peut néanmoins, à partir de la Déclaration des sentiments et des autres écrits d'Arminius, dégager cinq points constants qui s'opposent point par point à la prédestination calviniste de Jean Calvin et de Bèze.
Une élection conditionnelle, non un décret absolu
Pour Arminius, Dieu ne décrète pas, de toute éternité et sans condition, le salut de tel homme précis et la damnation de tel autre. Il décrète plutôt de sauver quiconque croira en Christ et persévérera — une élection qui porte sur une catégorie (les croyants persévérants) plutôt que sur des individus désignés à l'avance sans égard à leur réponse libre[52]. Cette élection conditionnelle « en Christ » s'oppose frontalement au décret de réprobation que Calvin lui-même appelait « decretum quidem horribile, fateor » (« un décret horrible, je l'avoue », Institution, III, xxiii, 7) — pièce centrale de la double prédestination des élus et des réprouvés, étudiée en détail dans l'article sur la prédestination calviniste.
Une grâce prévenante, nécessaire mais résistible
Contre l'accusation de pélagianisme, Arminius maintient que l'homme ne peut, de lui-même, penser ni faire aucun bien salutaire ; il a absolument besoin d'une grâce de Dieu qui prévienne, accompagne et achève toute œuvre bonne[53]. Mais cette grâce, à la différence de la grâce irrésistible des calvinistes stricts, peut être refusée par la volonté humaine : Dieu ne force jamais le consentement du cœur[54].
Une rédemption universelle
Le Christ, selon Arminius et ses disciples, est mort pour tous les hommes et non pour les seuls élus prédestinés — même si seuls les croyants persévérants bénéficient effectivement du salut ainsi acquis[55]. Cette rédemption universelle s'oppose à la doctrine dite de « l'expiation limitée » (limited atonement), l'un des cinq points du calvinisme strict formulés en réplique à Dordrecht.
Une persévérance laissée en question
Sur la possibilité, pour un croyant véritable, de perdre finalement la grâce, Arminius tient ensemble deux exigences (section V) : les greffés en Christ par une vraie foi reçoivent des forces suffisantes pour vaincre Satan, le péché, le monde et la chair — non sans l'assistance de la grâce du Saint-Esprit —, en sorte qu'aucune ruse de Satan ne peut les arracher des mains du Christ ; mais il faut, dit-il, « rechercher diligemment dans les Écritures » si la négligence ne peut faire déserter le commencement de la vie en Christ et rendre la grâce inefficace. D'où sa formule, restée célèbre : « j'affirme ici ouvertement et ingénument que je n'ai jamais enseigné qu'un vrai croyant puisse totalement ou finalement déchoir de la foi et périr »[56]. Les Remontrants de 1610 laisseront eux aussi la question ouverte, la jugeant digne d'un examen plus approfondi[57].
Ce qu'Arminius n'a jamais enseigné
Il faut insister sur ce point, tant l'accusation contraire fut répétée par ses adversaires de son vivant et depuis : Arminius n'est pas pélagien. Il ne prétend jamais que l'homme puisse mériter ou même simplement commencer son salut par ses seules forces naturelles. Toute sa doctrine repose sur la nécessité absolue d'une grâce surnaturelle, prévenante et gratuite — le débat ne porte que sur le caractère résistible ou irrésistible de cette grâce, et sur le caractère conditionnel ou inconditionnel de l'élection qui en résulte[58].
De la Remontrance de 1610 au Synode de Dordrecht (1618-1619)
Les Cinq Articles de la Remontrance (1610)
Le 14 janvier 1610 — moins de trois mois après la mort d'Arminius —, ses disciples, réunis autour de Johannes Wtenbogaert, adressent aux États de Hollande un document en cinq articles, connu sous le nom de Remontrance (Remonstrantie), d'où leur nom de Remontrants[59]. Le tableau suivant résume la confrontation entre ces cinq articles, la réplique calviniste de Dordrecht (les futurs cinq points du calvinisme, résumés au XXᵉ siècle dans l'acrostiche anglo-saxon TULIP) et la position doctrinale catholique fixée par le concile de Trente plus de soixante ans plus tôt.
| Question doctrinale | Remontrance arminienne (1610) | Canons de Dordrecht (1618-1619) | Position catholique (Trente, 1547) |
|---|---|---|---|
| Élection | Conditionnelle, fondée sur la foi prévue du croyant en Christ | Inconditionnelle, décret absolu antérieur à toute réponse humaine | Dieu veut le salut de tous (1 Tm 2, 4) ; grâce offerte à tous, canon 17[60] |
| Étendue de la rédemption | Universelle : le Christ est mort pour tous les hommes | Limitée : le Christ est mort efficacement pour les seuls élus | Universelle ; le Christ « s'est livré pour la rançon de tous » (1 Tm 2, 6) |
| Nature de la grâce | Prévenante et nécessaire, mais résistible | Irrésistible pour les élus | Offerte à tous ; le libre arbitre, mû par Dieu, y coopère au lieu de rester purement passif (canon 4[61]) — sans trancher entre écoles rivales |
| Libre arbitre | Réellement coopérant, capable de résister à la grâce | Radicalement corrompu, incapable de tout bien sans une grâce qui s'impose | Non anéanti par la chute (canon 5[62]), coopérant sous la motion divine sans être purement passif (canon 4[63]) |
| Persévérance finale | Question laissée ouverte, digne d'un examen approfondi | Certaine et inamissible pour les élus | Le justifié a besoin d'un secours spécial pour persévérer et demeure capable de pécher (canons 22[64] et 23[65]) |
Ce tableau montre un fait souvent négligé dans les polémiques ultérieures : sur trois des cinq points — nature de la grâce, rôle du libre arbitre, universalité de la rédemption — la doctrine catholique de Trente se rapproche sensiblement plus de la Remontrance arminienne que de la position calviniste stricte défendue à Dordrecht. Ce constat sera développé plus loin dans le regard catholique porté sur l'ensemble du dossier.
Une crise politique : Oldenbarnevelt, Maurice de Nassau et le coup d'État de 1618
Le débat théologique se double très vite d'un affrontement politique. L'avocat de Hollande (landsadvocaat) Johan van Oldenbarnevelt, principal homme d'État des Provinces-Unies, soutient la tolérance envers les Remontrants et l'autonomie des provinces face au pouvoir central ; il est rejoint par le juriste Hugo Grotius, pensionnaire de Rotterdam depuis 1613[66]. En face, le stathouder Maurice de Nassau, capitaine général de l'armée des Provinces-Unies, s'aligne sur les Contre-Remontrants calvinistes stricts et sur l'unité militaire du jeune État[67].
La tension éclate autour de la « Résolution tranchante » d'août 1617, par laquelle Oldenbarnevelt autorise les villes de Hollande à lever des troupes locales (waardgelders) pour maintenir l'ordre face aux troubles entre Remontrants et Contre-Remontrants — mesure que Maurice perçoit comme une atteinte directe à son autorité militaire[68]. Le 29 août 1618, Maurice fait arrêter Oldenbarnevelt, Grotius, le pensionnaire de Leyde Rombout Hogerbeets et le secrétaire des États d'Utrecht Gilles van Ledenberg, dans un véritable coup d'État politique[69].
Leur procès, tenu du 29 août 1618 au 18 mai 1619, se conclut par une condamnation à mort d'Oldenbarnevelt et des peines de prison à vie pour Grotius et Hogerbeets[70]. Le 13 mai 1619, à l'âge de septante et un ans, Oldenbarnevelt est décapité sur le Binnenhof de La Haye[71].
Grotius, emprisonné au château de Loevestein, s'évadera en 1621, dissimulé par son épouse dans un coffre à livres[72].
Le synode et la condamnation (13 novembre 1618 — 9 mai 1619)
Convoqué à Dordrecht, le synode se réunit du 13 novembre 1618 au 9 mai 1619 en 154 sessions — la 154ᵉ et dernière session plénière se tenant le 9 mai, les délégués néerlandais seuls poursuivant ensuite leurs travaux jusqu'au 29 mai[73]. Bien que synode national de l'Église réformée des Pays-Bas, il revêt un caractère résolument international : outre une soixantaine de délégués des Églises néerlandaises, il rassemble vingt-sept délégués étrangers invités, représentant huit Églises réformées d'Europe[74]. Le synode examine article par article la Remontrance de 1610 et lui oppose une réfutation systématique, les Canons de Dordrecht, dont la substance sera résumée au XXᵉ siècle sous l'acrostiche TULIP (Total depravity, Unconditional election, Limited atonement, Irresistible grace, Perseverance of the saints) — traité en détail dans l'article consacré à la prédestination calviniste[75].
À l'issue du synode, environ deux cents pasteurs remontrants sont destitués de leurs charges ; nombre d'entre eux sont exilés des Provinces-Unies[76]. Malgré cette répression, les Remontrants survivent comme Église distincte — la Fraternité remontrante (Remonstrantse Broederschap), fondée officiellement en 1619, existe encore aujourd'hui aux Pays-Bas comme petite dénomination protestante libérale.
L'affaire Vorstius : le successeur suspecté de socinianisme
En 1610, le théologien allemand Conrad Vorstius est appelé à Leyde pour succéder à Arminius sur la chaire de théologie[77]. Gomarus, qui quittera Leyde en 1611, le soupçonne ouvertement de sympathies sociniennes — c'est-à-dire de remettre en cause la Trinité et l'éternité de Dieu, doctrine jugée bien plus radicalement hérétique que l'arminianisme lui-même[78]. L'affaire prend une dimension diplomatique internationale lorsqu'en octobre 1611, le roi Jacques Iᵉʳ d'Angleterre adresse une lettre officielle aux États généraux des Provinces-Unies pour protester contre la nomination de Vorstius, dont les écrits lui semblent contenir des « blasphèmes » d'inspiration socinienne[79]. Interdit d'enseignement dès 1612, Vorstius sera finalement destitué et banni après le Synode de Dordrecht. Cet épisode montre à quel point la controverse arminienne, déjà explosive en elle-même, se trouva amplifiée par la crainte — largement infondée dans le cas d'Arminius lui-même — d'une contamination socinienne du corps professoral de Leyde.
Regard catholique : entre juste intuition et impasse protestante
Ce que l'arminianisme retrouve, malgré lui, de vrai
Sur la question précise du libre arbitre coopérant avec la grâce, Arminius a raison contre Calvin. Le concile de Trente, réuni plus de soixante-dix ans avant la crise de Dordrecht, avait déjà défini avec précision plusieurs des points que Gomarus et le synode calviniste allaient contredire : Dieu veut le salut de tous les hommes sans exception (1 Tm 2, 4 ; 2 P 3, 9), la grâce est offerte à tous et non aux seuls prédestinés (canon 17), et le libre arbitre coopère réellement sous la motion de la grâce sans en être ni détruit ni réduit à la passivité pure (canons 4 et 5)[80]. Sur ces points, la doctrine que défend Arminius devant les États de Hollande en 1608 — grâce nécessaire mais résistible, élection qui ne broie pas la liberté humaine, rédemption universelle — se rapproche nettement de la position que l'Église catholique avait définie — sans que tout ait été tranché : sur le mode précis de l'accord entre l'efficacité de la grâce et la liberté, deux écoles rivales demeureront légitimes après la décision de Paul V (1607)[81].
C'est d'ailleurs ce que suggère, involontairement, la pique de Gomarus après la dernière disputatio d'Arminius : un adversaire aussi intransigeant ne pouvait mieux signaler, malgré lui, que la position catholique sur la grâce se situe précisément là où Arminius cherchait, depuis l'intérieur du protestantisme réformé, à échapper aux impasses du système de Calvin.
Ce qui sépare toujours Arminius de la doctrine catholique
Il serait néanmoins profondément erroné de faire d'Arminius un « catholique qui s'ignore ». Sur plusieurs points décisifs, il demeure pleinement dans le cadre de la Réforme protestante :
- Il continue de professer la sola scriptura comme principe formel unique d'autorité, sans reconnaître à la Tradition ni au magistère de l'Église le rôle d'interprète authentique de l'Écriture.
- Sa doctrine de la justification demeure de facture protestante : justification par la foi comprise en un sens forensique (déclaratif), sans la doctrine catholique du mérite surnaturel, de la grâce sanctifiante infuse et de la coopération méritoire progressive du juste — point sur lequel Arminius se déclare lui-même en plein accord avec les Églises réformées[82].
- Il ne restaure ni les sacrements au sens catholique (transsubstantiation eucharistique, absolution sacramentelle, extrême-onction), ni le purgatoire, ni l'intercession des saints — autant de points définis à Trente au XVIᵉ siècle, qu'Arminius n'a jamais reconsidérés. Quant à l'autorité pétrinienne, elle ne sera définie dogmatiquement qu'au premier concile du Vatican (Pastor aeternus, 18 juillet 1870)[83] : Trente ne l'avait pas tranchée.
- Sa mise en cause de la Confession de foi belge et du Catéchisme de Heidelberg vise à les assouplir de l'intérieur du protestantisme réformé, non à en sortir : Arminius meurt pasteur et professeur réformé, jamais réconcilié avec Rome.
L'arminianisme retrouve donc une intuition juste — la coopération réelle du libre arbitre avec une grâce nécessaire mais non broyante —, sans pour autant retrouver le cadre sacramentel, ecclésial et magistériel dans lequel seul cette intuition trouve, selon la foi catholique, sa pleine cohérence.
Un contraste instructif : Dordrecht et la controverse De Auxiliis
La question qui déchire les Provinces-Unies de 1604 à 1619 est, presque terme à terme, la même que celle que l'Église catholique affronte à la même époque dans la controverse De Auxiliis (« sur les secours de la grâce »), opposant les thomistes dominicains (Domingo Báñez, tenant d'une prémotion physique de la grâce) aux jésuites molinistes (Luis de Molina, tenant d'une science moyenne divine conciliant prescience et liberté)[84]. Réunie à partir de 1598 par Clément VIII puis Paul V, la Congrégation De Auxiliis s'achève par le décret du 5 septembre 1607 : Paul V ne tranche pas entre les deux écoles, autorise chacune à défendre sa doctrine et interdit aux deux camps de se censurer ou de se condamner mutuellement, dans l'attente d'une décision finale du Siège apostolique — qui n'est jamais venue[85]. Cette question théologique complexe est traitée en détail dans l'article sur la distinction entre doctrine, dogme et opinion théologique.
Le contraste est éloquent. D'un côté, une Église qui laisse deux écoles théologiques rivales coexister sans schisme, sans procès politique, sans exécution capitale ; de l'autre, un monde réformé qui, sur une question doctrinale de nature comparable, connaît un coup d'État, l'exécution de l'avocat de Hollande, l'emprisonnement d'un juriste de renom international, la destitution de quelque deux cents pasteurs et la naissance d'une Église dissidente durable. Ce contraste ne prouve évidemment pas, à lui seul, la vérité de telle ou telle doctrine de la grâce — mais il illustre concrètement ce que peut signifier, en pratique, l'absence d'un magistère capable d'arbitrer une controverse théologique sans qu'elle dégénère en coup d'État et en troubles confessionnels.
Postérité : Remonstrants, arminianisme anglais et méthodisme
L'Église remontrante, une survivance tolérée
Après des années de persécution, les Remontrants obtiennent une tolérance de fait aux Pays-Bas dès les années 1620, puis une reconnaissance légale complète en 1795[86]. La Fraternité remontrante demeure aujourd'hui une petite Église protestante libérale néerlandaise, théologiquement très éloignée de l'arminianisme originel du XVIIᵉ siècle — elle a évolué vers un protestantisme libéral moderne bien plus large que le seul débat sur la prédestination.
John Wesley et l'arminianisme wesleyen
L'influence historique la plus durable d'Arminius passe cependant par une voie indirecte. Au XVIIIᵉ siècle, le fondateur du méthodisme John Wesley aboutit, de façon largement indépendante, à des positions théologiques opposées à l'élection et à la réprobation calvinistes ; ce n'est qu'après coup qu'il reconnaît sa proximité avec la pensée d'Arminius, notamment en lançant en 1778 la revue The Arminian Magazine[87]. Wesley devient ainsi, aux yeux de la postérité anglophone, le plus illustre représentant de l'arminianisme — davantage même que ne le fut Arminius de son vivant. Aujourd'hui, la majorité des Méthodistes dans le monde demeurent attachés à une théologie de facture arminienne, qui a également irrigué une large part du protestantisme évangélique de langue anglaise sur la question du libre arbitre et de la grâce résistible[88].
Pour aller plus loin
- Jean Calvin (1509-1564) — le réformateur genevois et la double prédestination qu'Arminius entreprit de nuancer.
- La prédestination calviniste — analyse doctrinale détaillée du decretum horribile, des Canons de Dordrecht et du TULIP.
- Martin Luther (1483-1546) — le premier réformateur, dont hérite tout le débat sur la grâce et le libre arbitre.
- Huldrych Zwingli (1484-1531) — le troisième grand réformateur du XVIᵉ siècle et sa propre rupture doctrinale.
- Le Concile de Trente (1545-1563) — la réponse doctrinale catholique sur la grâce, la justification et le libre arbitre.
- Sola scriptura — le principe formel protestant qu'Arminius ne remit jamais en cause.
- La Réforme protestante — vue d'ensemble du mouvement dont l'arminianisme est un rameau tardif.
- Réponses au protestantisme — synthèse apologétique catholique face aux cinq solae de la Réforme.
- Doctrine, dogme et opinion théologique — la controverse De Auxiliis et la coexistence légitime du thomisme et du molinisme.
Notes et références
Catholic Encyclopedia, art. « Arminianism » (1907), d'après P. J. Blok, History of the People of the Netherlands, III, ch. xiv — substance des cinq articles de la Remontrance (présentée le 14 janvier 1610 aux États de Hollande sous l'impulsion de Wtenbogaert), dont le cinquième laisse la persévérance indécise « sans examen plus approfondi » ; condamnation à Dordrecht et répression sous Maurice d'Orange ; destitution d'environ 200 pasteurs remontrants (voir le récit circonstancié de Brandt dans The Works of James Arminius, trad. Nichols, vol. 1) ; tolérance de fait dès les années 1620 puis égalité des cultes avec la Révolution batave de 1795 (Assemblée nationale de 1796). Texte intégral : newadvent.org/cathen/01740c.htm.
1 51 55 57 59 76 86Carl Bangs, Arminius: A Study in the Dutch Reformation, Francis Asbury Press, 1971 (rééd. 1985), pp. 25-27 — privilégie 1559 comme année de naissance la plus probable et met en doute la date du 10 octobre 1560 transmise par Brandt ; Caspar Brandt, The Life of James Arminius (éd. anglaise, Londres, 1854, p. 11) et la Catholic Encyclopedia, art. « Arminianism » (1907), retiennent 1560. Texte intégral : newadvent.org/cathen/01740c.htm.
2Catholic Encyclopedia, art. « Arminianism », New York, Robert Appleton Company, 1907 — naissance à Oudewater en 1560, père coutelier perdu en bas âge, envoi à Genève à 22 ans aux frais de la guilde marchande d'Amsterdam, voyage en Italie en 1586, quinze ans de ministère à Amsterdam, nomination à la chaire de Leyde en 1603, querelle avec Gomarus, mort de phtisie (consumption) en octobre 1609 dans sa quarante-neuvième année, condamnation des principes au synode de Dordrecht (1618-1619). Texte intégral : newadvent.org/cathen/01740c.htm. Doctorat reçu à Leyde à l'occasion de cette nomination (nomination par les bourgmestres en mai 1603, doctorat décerné peu après) : voir 40 Questions About Arminianism (Kregel).
3 12 24 36 50« Siege of Oudewater (1575) », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — siège mené du 19 juillet au 7 août 1575 par les troupes espagnoles sous le commandement du stathouder Gillis van Berlaymont ; la ville est prise d'assaut et livrée au pillage le 7 août 1575, avec près de la moitié de la population tuée dans le massacre qui suit. URL : en.wikipedia.org/wiki/Siege_of_Oudewater_(1575).
4 5« Jacobus Arminius », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — mort de son père Herman avant ou peu après sa naissance ; mort de sa mère et de ses frères et sœurs dans le massacre d'Oudewater du 7 août 1575, pendant qu'Arminius étudiait à Marbourg ; mariage avec Lijsbet Reael en 1590 ; douze enfants dont trois morts en bas âge. URL : en.wikipedia.org/wiki/Jacobus_Arminius.
6 20 21Encyclopaedia Britannica, art. « Jacobus Arminius » — études à Leyde puis à Genève sous Bèze, brefs séjours à l'université de Padoue, à Rome et de nouveau à Genève, ordination à Amsterdam en 1588, chaire de théologie à Leyde en 1603 ; Catholic Encyclopedia, art. « Arminianism » (1907) — envoi à Genève à 22 ans aux frais de la guilde marchande d'Amsterdam, voyage en Italie en 1586 ; Caspar Brandt, The Life of James Arminius (éd. anglaise, 1854, p. 25) — doctorat offert par Bâle en 1583 et refusé pour cause de jeunesse. Johannes Drusius (1550-1616), hébraïsant, professeur de langues orientales à Leyde. URL : britannica.com/biography/Jacobus-Arminius ; newadvent.org/cathen/01740c.htm.
7 8 9 10 11Petrus Bertius, oraison funèbre d'Arminius prononcée à Leyde en 1609 (reproduite dans The Works of James Arminius, trad. James Nichols, vol. 1, Londres, 1825) ; Caspar Brandt, The Life of James Arminius (éd. anglaise, 1854) — récit traditionnel de la mission de réfutation confiée par la Cour ecclésiastique d'Amsterdam et Martin Lydius ; Encyclopaedia Britannica, 11ᵉ éd., art. « Arminius » — double invitation de 1589 (Cour d'Amsterdam contre Coornhert, Lydius contre les deux ministres infralapsariens de Delft). Titre exact de l'écrit de Delft : Responsio ad argumenta quaedam Bezae et Calvini (singulier), d'Arend Cornelisz et Reinier Donteclock.
13 14 15Carl Bangs, Arminius: A Study in the Dutch Reformation (1971 ; rééd. 1985), pp. 139-142 — aucune preuve qu'Arminius ait jamais tenu le supralapsarisme strict de Bèze ni qu'il s'en soit « converti » en réfutant Coornhert ; voir la synthèse dans 40 Questions About Arminianism (Kregel) : « These misconceptions arise from Peter Bertius's funeral oration for Arminius and Caspar Brandt's Life of James Arminius… None of these things, as Bangs has shown, are true. »
16« Jacobus Arminius », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — controverse de 1591 sur la lecture de Romains 7 comme description de l'homme non régénéré ; opposition publique de Petrus Plancius ; intervention des bourgmestres d'Amsterdam ; poursuite de la prédication sur Romains 9 avec développement de positions inconciliables avec Bèze. URL : en.wikipedia.org/wiki/Jacobus_Arminius.
17 18 19« Jacobus Arminius », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — mort de Junius et Trelcatius l'Ancien lors de l'épidémie de peste de 1602 ; nomination d'Arminius en 1603 avec l'approbation de Gomarus ; dispute Bastingius du 7 février 1604 et réplique de Gruterus le 14 octobre 1604 ; les 31 articles anonymes et les lettres de Sibrandus Lubbertus ; audience du 30 mai 1608 devant le Hoge Raad et jugement de Reinout van Brederode ; citation de Gomarus (« il n'oserait mourir en tenant l'opinion d'Arminius ») ; Déclaration des sentiments du 30 octobre 1608 ; réplique de Gomarus du 12 décembre 1608 l'accusant de pélagianisme et de jésuitisme ; dernière disputatio du 25 juillet 1609 face à un prêtre catholique et citation de Gomarus sur « la porte du papisme ». URL : en.wikipedia.org/wiki/Jacobus_Arminius.
22 23 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 37 38 48Caspar Brandt, The Life of James Arminius (éd. anglaise, 1854), récit de la controverse — sentence de Gomarus devant le Hoge Raad (30 mai 1608) : ne pas oser mourir dans les sentiments d'Arminius ni paraître avec eux devant le tribunal de Dieu ; pique du 25 juillet 1609 sur la doctrine « ouvrant la porte au papisme ». Les deux propos sont rapportés au discours indirect : aucune source primaire n'en donne le libellé exact au mot près.
39 49Jacob Arminius, A Declaration of the Sentiments of Arminius, discours prononcé devant les États de Hollande et de Frise occidentale, La Haye, 30 octobre 1608, in The Works of James Arminius, trad. James Nichols, vol. 1, Londres, 1825 (rééd. Grand Rapids, Baker Book House, 1986). Texte reproduit par le Wesley Center Online, Northwest Nazarene University : wesley.nnu.edu/arminianism/the-works-of-james-arminius/volume-1/arminius-theological-sentiments/.
40 41Jacob Arminius, Déclaration des sentiments, La Haye, 30 octobre 1608, introduction, in The Works of James Arminius, trad. James Nichols, vol. 1, Londres, 1825 — cette réplique répond à Gomarus, qui avait affirmé devant les États « qu'avec les opinions professées par Arminius, il n'oserait paraître en présence de son Créateur » et redoutait un schisme : « I certainly was not conscious of entertaining any such atrocious sentiments in religion, as those of which he [Gomarus] had spoken. » Reproduction : Wesley Center Online, Northwest Nazarene University.
42Jacob Arminius, Déclaration des sentiments, sections IV (De la grâce de Dieu) et VII (De la perfection des croyants en cette vie), ibid. — section IV : « without these gracious gifts, man is not sufficient to think, will, or do any thing that is good » ; section VII : « though these might have been my sentiments yet I ought not on this account to be considered a Pelagian, either partly or entirely, provided I had only added that "they could do this by the grace of Christ, and by no means without it." » Reproduction : Wesley Center Online.
43 58Jacob Arminius, Déclaration des sentiments, La Haye, 30 octobre 1608, in The Works of James Arminius, trad. James Nichols, vol. 1, Londres, 1825. Texte original anglais : « God has not absolutely Predestinated any men to salvation; but that he has in his decree considered [or looked upon] them as believers. » Reproduction : Wesley Center Online.
44 52Jacob Arminius, Déclaration des sentiments, sections III (Du libre arbitre de l'homme) et IV (De la grâce de Dieu), ibid. — section III : « in his lapsed and sinful state, man is not capable, of and by himself, either to think, to will, or to do that which is really good » ; section IV : « I ascribe to grace the commencement, the continuance and the consummation of all good », la controverse ne portant que sur le mode d'opération, résistible ou non (« is the grace of God a certain irresistible force? »). Reproduction : Wesley Center Online.
45 53Jacob Arminius, Déclaration des sentiments, XIIIᵉ grief contre la prédestination absolue (« Cette doctrine est pareillement contraire à la nature de la grâce divine, qu'elle détruit autant qu'il est en elle »), premier grief, ibid. Texte original anglais : « Because grace is so attempered and commingled with the nature of man, as not to destroy within him the liberty of his will, but to give it a right direction, to correct its depravity, and to allow man to possess his own proper notions. While, on the contrary, this Predestination introduces such a species of grace, as takes away free will and hinders its exercise. » Reproduction : Wesley Center Online.
46Jacob Arminius, Déclaration des sentiments, XIIIᵉ grief, second grief, ibid. Texte original anglais : « Because the representations of grace which the scriptures contain, are such as describe it capable of "being resisted, (Acts, 7:51,) and received in vain;" (2 Corinthians 6:1,) and that it is possible for man to avoid yielding his assent to it; and to refuse all co-operation with it. (Hebrews 12:15; Matthew 23:37; Luke 7:30.) While, on the contrary, this Predestination affirms, that grace is a certain irresistible force and operation. » Reproduction : Wesley Center Online.
47 54Jacob Arminius, Déclaration des sentiments, section V (De la persévérance des saints), ibid. Texte original anglais : « Though I here openly and ingenuously affirm, I never taught that a true believer can, either totally or finally fall away from the faith, and perish; yet I will not conceal, that there are passages of scripture which seem to me to wear this aspect; and those answers to them which I have been permitted to see, are not of such a kind as to approve themselves on all points to my understanding. On the other hand, certain passages are produced for the contrary doctrine [of unconditional perseverance] which are worthy of much consideration. » Reproduction : Wesley Center Online.
56Concile de Trente, VIᵉ session (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 17 — Denzinger-Hünermann, n° 1567 : condamne l'affirmation selon laquelle la grâce de la justification n'échoirait qu'aux seuls prédestinés au salut, tous les autres ne pouvant se justifier même s'ils le voulaient. Texte : Symboles et définitions de la foi catholique (Denzinger), Paris, Cerf.
60Concile de Trente, VIᵉ session (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 4 — Denzinger-Hünermann, n° 1554 : condamne quiconque affirme que le libre arbitre de l'homme, mû par Dieu, ne coopère en rien à l'obtention de la justification et se comporte de façon purement passive. Texte : Symboles et définitions de la foi catholique (Denzinger), Paris, Cerf.
61 63 80Concile de Trente, VIᵉ session (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 5 — Denzinger-Hünermann, n° 1555 : condamne l'affirmation selon laquelle le libre arbitre de l'homme aurait été perdu et anéanti après le péché d'Adam. Texte : Symboles et définitions de la foi catholique (Denzinger), Paris, Cerf.
62Concile de Trente, VIᵉ session (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 22 — Denzinger-Hünermann, n° 1572 : condamne l'affirmation selon laquelle le justifié pourrait persévérer dans la justice reçue sans le secours spécial de Dieu, ou ne le pourrait pas même avec ce secours. Texte : Symboles et définitions de la foi catholique (Denzinger), Paris, Cerf.
64Concile de Trente, VIᵉ session (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 23 — Denzinger-Hünermann, n° 1573 : condamne l'affirmation selon laquelle l'homme une fois justifié ne pourrait plus pécher, ni éviter sa vie durant tout péché, même véniel, sinon par un privilège spécial de Dieu. Texte : Symboles et définitions de la foi catholique (Denzinger), Paris, Cerf.
65Jonathan Israel, The Dutch Republic: Its Rise, Greatness and Fall, 1477-1806, Oxford, Clarendon Press, 1995 (rééd. 1998) — récit classique de la crise : soutien de l'avocat de Hollande Oldenbarnevelt et de Grotius (pensionnaire de Rotterdam depuis 1613) aux Remontrants et à l'autonomie provinciale ; « Résolution tranchante » d'août 1617 ; arrestations du 29 août 1618 par Maurice de Nassau ; procès jusqu'en mai 1619 ; décapitation d'Oldenbarnevelt le 13 mai 1619 au Binnenhof de La Haye ; prison à vie pour Grotius et Hogerbeets ; évasion de Grotius du château de Loevestein en 1621, dissimulé par son épouse dans un coffre à livres.
66 67 68 69 70 71 72Synode de Dordrecht, Acta Synodi Nationalis… Dordrechti habitae anno 1618 et 1619 — édition critique moderne : Donald Sinnema, Christian Moser et Herman J. Selderhuis (éd.), Acta of the Synod of Dordt, 9 vol., Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 2015-2022 ; synthèse : Aza Goudriaan & Fred van Lieburg (éd.), Revisiting the Synod of Dordt (1618-1619), Brill, 2011 — 154 sessions (13 novembre 1618 — 9 mai 1619, 154ᵉ et dernière session plénière le 9 mai), les délégués néerlandais seuls poursuivant leurs travaux jusqu'au 29 mai ; vingt-sept délégués étrangers invités de huit Églises réformées d'Europe ; Canons promulgués le 6 mai 1619, substance résumée au XXᵉ siècle sous l'acrostiche TULIP.
73 74 75« Conrad Vorstius », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — nomination de Vorstius à la chaire de théologie de Leyde en 1610 en tant que successeur d'Arminius ; accusations de socinianisme portées par Gomarus (qui démissionne de l'université en 1611) ; lettre de protestation du roi Jacques Iᵉʳ d'Angleterre aux États généraux en octobre 1611 ; interdiction d'enseigner dès 1612 et destitution après le Synode de Dordrecht. URL : en.wikipedia.org/wiki/Conrad_Vorstius.
77 78 79Congrégation De Auxiliis (« sur les secours de la grâce »), commission établie par Clément VIII, réunissant dominicains thomistes (Domingo Báñez, prémotion physique) et jésuites molinistes (Luis de Molina, Concordia, 1588, science moyenne) — voir la Catholic Encyclopedia, art. « Congregatio de Auxiliis » (1907) : après vingt ans de discussions et 85 conférences devant les papes, décret du 5 septembre 1607 autorisant chaque parti à défendre sa doctrine, avec interdiction de censurer ou condamner l'opinion adverse, dans l'attente d'une décision finale du Siège apostolique — décision qui n'est jamais venue. Texte intégral : newadvent.org/cathen/04238a.htm. Voir l'article Ignispedia Doctrine, dogme et opinion théologique pour le détail de cette controverse.
81 84 85Jacob Arminius, Déclaration des sentiments, section IX (De la justification de l'homme devant Dieu), in The Works of James Arminius, trad. James Nichols, vol. 1, Londres, 1825 : « I am not conscious to myself, of having taught or entertained any other sentiments concerning the justification of man before God, than those which are held unanimously by the Reformed and Protestant Churches, and which are in complete agreement with their expressed opinions. » Reproduction : Wesley Center Online.
82Premier concile du Vatican, IVᵉ session, constitution dogmatique Pastor aeternus sur l'Église du Christ, 18 juillet 1870 — définit la primauté apostolique conférée à Pierre, sa perpétuité dans les pontifes romains et l'infaillibilité pontificale (ex cathedra). Le concile de Trente (1545-1563) n'avait rien défini sur l'autorité pétrinienne.
83Catholic Encyclopedia, art. « Arminianism » (1907) — la controverse, transplantée en Angleterre, y divise au siècle suivant les premiers méthodistes : les partisans de John Wesley tiennent la position arminienne, ceux de George Whitefield les thèses calvinistes strictes ; Wesley reconnaît sa proximité avec Arminius et lance en 1778 la revue The Arminian Magazine. Texte intégral : newadvent.org/cathen/01740c.htm.
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