Pape saint Zacharie (741-752)

Zacharie, pape de 741 à 752 et dernier pape grec, négocie en personne avec les rois lombards, légitime le sacre de Pépin le Bref, soutient saint Boniface en Germanie et traduit en grec les Dialogues de saint Grégoire le Grand.

Ignispedia

Pape saint Zacharie (Zacharias), élu le 3 décembre 741 et consacré le 5, gouverne l'Église de Rome jusqu'au 15 mars 752. Le Liber Pontificalis ne donne que « de nation grecque, fils de Polychronius » (natione Grecus, ex patre Polichronio) : la ville de Santa Severina, en Calabre byzantine, est une identification traditionnelle, absente du LP comme de Kirsch et de Treccani.[1][2] Il est le 91ᵉ pape et le dernier des papes grecs qui ont occupé le Siège romain depuis saint Agathon (678) — fin d'une séquence parfois appelée papauté byzantine (une suite de papes venus d'Orient, à l'époque où Rome dépendait encore de l'empereur de Constantinople).[3][4]

Son pontificat tient ensemble quatre dossiers d'une difficulté inouïe. À l'Est, Constantin V Copronyme vient de monter sur le trône impérial : l'iconoclasme officiel devient persécution. En Italie, le roi lombard Liutprand assiège Rome puis menace Ravenne. Au nord, saint Boniface organise l'Église franque et germanique et bombarde Rome de questions pratiques, doctrinales et disciplinaires. Et chez les Francs, la dynastie mérovingienne agonise pendant qu'un maire du palais, Pépin le Bref, demande au pape s'il peut prendre le titre royal.[5][6]

Zacharie répond à tout cela avec une combinaison de diplomatie patiente et de fermeté doctrinale. Il négocie en personne avec les rois lombards, accueille la conversion monastique de Carloman et de Ratchis, soutient saint Boniface, anathématise les hérétiques Aldebert et Clément, exhorte l'empereur byzantin à restaurer les images, rachète des chrétiens vendus comme esclaves et traduit en grec les Dialogues de saint Grégoire le Grand pour les diffuser en Orient.[7][8][9]

« Homme très doux et affable, orné de toute bonté, aimant le clergé et tout le peuple romain, lent à la colère et prompt à la miséricorde, ne rendant à personne le mal pour le mal. » — Liber Pontificalis, notice de Zacharie[10]

Pourquoi Zacharie compte-t-il ?

Le pape qui parle d'égal à égal aux rois lombards

Pendant un demi-siècle, Rome subit les ondes de choc d'un royaume lombard puissant, ambitieux, et qui n'a jamais renoncé à intégrer le duché romain. Quand Zacharie est élu, Grégoire III vient de mourir après avoir lancé un appel aux Francs — sans succès — pour obtenir une intervention armée contre Liutprand. Au lieu de répéter cette ligne, Zacharie choisit d'aller lui-même négocier avec le roi lombard.[11][12]

Le résultat est spectaculaire : Liutprand restitue quatre cités au duché romain — Amelia, Orte, Bomarzo, Blera — rend les patrimoines de l'Église pris depuis trente ans et accepte une trêve de vingt ans.[13] L'année suivante, le pape se rend à Pavie pour empêcher l'assaut de Ravenne. Pour la première fois depuis longtemps, le pape n'est pas seulement un suppliant byzantin, mais un acteur politique central de l'Italie. Cette mutation prépare directement la naissance de l'État pontifical sous ses successeurs.[14]

Le pape qui légitime la translation de la royauté franque

Les quatre grands dossiers du pontificat de Zacharie : négociation avec les Lombards, translation franque, réforme missionnaire avec saint Boniface et résistance romaine à l'iconoclasme. Infographie originale Ignispedia.

L'épisode le plus célèbre du pontificat est la consultation que l'évêque Burchard de Würzburg et le chapelain Folrad apportent à Rome de la part de Pépin le Bref vers 749. Les Annales regni Francorum, source franque presque contemporaine, en donnent une formule sobre et nette : Zacharie répond qu'« il valait mieux appeler roi celui qui détenait le pouvoir que celui qui demeurait sans puissance royale ».[15]

Cette réponse ouvre la voie au sacre de Pépin à Soissons en novembre 751, à la déposition de Childéric III et à la naissance de la dynastie carolingienne — en mots simples : la couronne passe des Mérovingiens, qui ne gouvernent plus, aux Carolingiens, qui gouvernent déjà. Avec Zacharie, la papauté légitime publiquement le passage d'un pouvoir à un autre : un acte qui prépare, à long terme, la translation de l'Empire à Charlemagne en l'an 800.[16][17]

Le pape de saint Boniface, des synodes et de la discipline

Zacharie est aussi le grand correspondant de saint Boniface. Il confirme les nouveaux évêchés germaniques de Würzburg, Buraburg et Erfurt, approuve les conciles missionnaires, tranche des affaires disciplinaires venues du nord, et convoque deux synodes romains (743 et 745). Le synode de 745 anathématise les hérétiques Aldebert et Clément ; celui de 743 légifère contre la chasse des clercs, la vente d'esclaves chrétiens aux païens, et les mariages avec personnes consacrées.[18][19][20]

L'autorité romaine apparaît ici à la fois doctrinale et pastorale : Rome reçoit les questions, tient synode, ordonne, anathématise et conserve les actes. Sous Zacharie, la primauté de Rome est exercée concrètement, pas seulement affirmée : c'est Rome qui tranche et qui fait appliquer.

Les sources principales

Tableau des témoins

Le pontificat de Zacharie est documenté par sept familles de sources qui se complètent : la notice romaine officielle, la synthèse encyclopédique catholique, la lecture critique moderne, la chronique franque, la correspondance bonifacienne et les actes conciliaires. Le tableau ci-dessous les classe par nature, époque et apport spécifique avant que l'article ne les exploite en détail.

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siège, listes officiellesactuelle91e pape, Santa Severina, dates retenuesNotice très brève
Liber Pontificalistradition romaine, éd. DuchesneOrigine, père Polychronius, paix de Terni et Pavie, abdication de Carloman et Ratchis, travaux au Latran, oratoire du Sauveur, traduction des DialoguesSource romaine principale, très favorable à Zacharie
Catholic Encyclopedia / New Advent1912Synthèse : Lombards, Francs, Boniface, Constantinople, hérétiquesAncienne, mais riche et catholique
Treccani / Ottorino Bertolini2000Lecture critique moderne : préparation de l'État pontifical, ambiguïtés de la diplomatie franque, contexte iconoclasteTrès utile pour ne pas réduire Zacharie à un saint patelin
Annales regni Francorumdébut IXᵉ siècleFormule canonique sur la royauté de Pépin (sub anno 749)Source franque, rédigée pour justifier la dynastie
Lettres de Boniface (éd. Tangl)XXᵉ s. (Tangl 1916)Correspondance Boniface-Zacharie : évêchés germaniques, baptême défectueux, Aldebert et Clément, Virgile de SalzbourgÉdition critique de référence
Synodes romains 743 et 745actes conciliairesCanons disciplinaires, anathèmes contre Aldebert et ClémentTextes officiels, conservés en latin

Le Liber Pontificalis : portrait moral et chronologie ferme

Le Liber Pontificalis est la source principale. Sa notice s'ouvre par un portrait moral exceptionnellement chaleureux : Zacharie est « très doux et très affable », « lent à la colère et prompt à la miséricorde », « ne rendant à personne le mal pour le mal », « pieux et miséricordieux ».[21] Ce portrait n'est pas hagiographique au sens d'embelli : la suite de la notice décrit un pape qui agit, négocie, voyage, restaure et tranche.

La même notice donne la chronologie de référence : pontificat de 10 ans, 3 mois et 15 jours à partir de l'élection — donnée qui place la mort autour du 20 mars 752, cohérente avec la mémoire liturgique du 15 mars.[22][23] Elle énumère les paix lombardes, l'entrée de Carloman et de Ratchis au Mont-Cassin, les travaux à la basilique du Latran, l'oratoire du Saint-Sauveur, et la traduction grecque des Dialogues de Grégoire le Grand.[24]

La Catholic Encyclopedia et Treccani

La notice de Johann Peter Kirsch dans la Catholic Encyclopedia (1912) reste la meilleure synthèse anglophone, ferme sur les sources, dense sur les dossiers franc, lombard et byzantin.[25] L'Enciclopedia dei Papi de la Treccani, sous la plume d'Ottorino Bertolini (2000), donne la lecture critique moderne : Zacharie n'est pas seulement le pape pacifique du Liber Pontificalis, c'est l'homme qui pose les premières pierres juridiques et politiques de l'État pontifical futur en sécularisant le rapport au pouvoir lombard et en transférant l'horizon politique romain vers la Francie carolingienne.[26]

Les Annales regni Francorum et les lettres de Boniface

Les Annales regni Francorum, compilées au début du IXᵉ siècle dans l'entourage carolingien, donnent la formule canonique sur la légitimation de Pépin.[27] Elles sont une source franque, rédigée pour justifier la dynastie : elles ne fabriquent probablement pas l'ambassade, mais elles formulent le souvenir avec une netteté qui rend service au pouvoir carolingien.

Les lettres de Boniface, conservées dans l'édition critique de Michael Tangl (1916, MGH Epp. Sel. I), donnent l'autre versant du pontificat : la correspondance pastorale, doctrinale et disciplinaire entre Rome et la Germanie. Cinq lettres au moins concernent directement Zacharie : confirmation des évêchés (ep. 51, 743), affaire des baptêmes (autour de 746), affaire des évêques Milon et Gewilieb (ep. 87), affaire Virgile (ep. 80, 1ᵉʳ mai 748).[28][29]

Avant le pontificat : Santa Severina et la papauté grecque

Une Calabre encore byzantine

Santa Severina — la ville calabraise à laquelle la tradition identifie son berceau —, perchée sur un plateau de la Calabre intérieure, appartient encore au VIIIᵉ siècle à l'Empire byzantin. La région est de langue grecque, de rite byzantin, et constitue l'un des bassins humains qui alimentent le clergé romain depuis le VIIᵉ siècle. Depuis saint Agathon (678), une longue série de papes grecs, syriens ou italo-grecs gouverne l'Église de Rome — séquence que les historiens appellent la papauté byzantine.[30][31]

Zacharie en est le dernier représentant. Après lui, Étienne II ouvrira l'ère franque. Cette transition n'est pas un hasard de personnes : c'est précisément le pontificat de Zacharie qui prépare l'horizon politique nouveau.

Diacre à Rome

Zacharie sert comme diacre de l'Église romaine sous Grégoire III. Sa formation est grecque et latine ; il connaît assez bien le latin pour préparer plus tard sa traduction grecque des Dialogues de saint Grégoire le Grand. Il fait partie des clercs proches du pape, présents dans les ambassades et les synodes.[32]

La proximité avec Grégoire III est doctrinale autant que pastorale. Grégoire III a anathématisé l'iconoclasme byzantin au synode romain de novembre 731 ; il a sollicité en vain les Francs contre Liutprand. Zacharie hérite des deux dossiers et choisit, sur le second, une méthode opposée : non plus appeler les Francs en Italie, mais aller en personne traiter avec les Lombards.[33][34]

Décembre 741 : élection et premier programme

Une élection rapide après la mort de Grégoire III

Grégoire III meurt fin novembre 741 (inhumé le 29 novembre, selon Kirsch). Zacharie est élu aussitôt : Bertolini retient le 3 décembre 741 pour son élévation au pontificat, et Kirsch précise qu'il fut consacré et intronisé le 5 décembre.[35][36] La fiche éditoriale du site Fontistoriche donne pour sa part l'élection au 29 novembre et la consécration au 10 décembre : variante non retenue ici, les deux synthèses savantes s'accordant sur une succession immédiate au début de décembre.[37]

L'élection rapide signale une succession non disputée. Dans une Rome menacée par Liutprand et un Empire désorganisé par l'usurpation iconophile d'Artabasdos contre Constantin V, le clergé romain n'a pas le luxe d'une vacance prolongée. La continuité doctrinale avec Grégoire III est immédiate ; le changement de méthode politique sera, lui, visible dès les premières semaines.[38]

Pas d'appel aux Francs

Premier acte fort, négatif mais décisif : Zacharie n'envoie pas d'ambassade pour réitérer la demande d'aide franque. La ligne de Grégoire III avait épuisé son utilité ; Charles Martel n'avait pas répondu favorablement et venait de mourir en octobre 741. Le maire du palais qui pourrait prendre le relais — Carloman, frère aîné de Pépin — est encore en train de stabiliser la succession.[39][40]

Zacharie prend le pari inverse : traiter directement avec Liutprand. Cette inversion porte ses fruits dès l'été 742.

La paix avec les Lombards : Liutprand, Hildebrand, Ratchis

Terni, août 742 : quatre cités rendues et vingt ans de trêve

Les trois déplacements diplomatiques majeurs de Zacharie face aux rois lombards : Terni en 742, Pavie en 743 et Pérouse en 749. Carte infographique originale Ignispedia.

À l'été 742, Zacharie rencontre Liutprand à Terni (l'antique Interamna). La rencontre, préparée par plusieurs ambassades, est diplomatiquement risquée — un pape de Rome traite directement avec le roi des Lombards sans passer par l'exarque de Ravenne — mais elle réussit au-delà des espérances.[41][42]

La Catholic Encyclopedia résume :

« Zacharie obtint de Liutprand que les quatre cités d'Ameria, Horta, Polimartium et Blera fussent rendues aux Romains, avec tous les patrimoines de l'Église romaine pris par les Lombards depuis trente ans ; il put aussi conclure une trêve de vingt ans entre le duché romain et les Lombards. » — J. P. Kirsch, Catholic Encyclopedia, 1912[43]

Ameria (Amelia), Horta (Orte), Polimartium (Bomarzo) et Blera sont des verrous stratégiques entre Rome et la Tuscie lombarde : leur restitution rétablit une zone tampon qui sécurise les communications. La trêve de vingt ans donne à Rome un horizon politique inespéré. Les patrimoines — domaines fonciers ecclésiastiques — fournissent les ressources matérielles indispensables au gouvernement romain.[44]

Pavie, 29 juin 743 : sauver Ravenne

L'année suivante, Liutprand reprend l'offensive vers Ravenne, capitale byzantine d'Italie. L'exarque Eutychius supplie Rome d'intervenir ; Zacharie se met en route. Il arrive à Pavie pour la vigile et la fête des saints Pierre et Paul, le 29 juin 743, et obtient de Liutprand qu'il renonce à l'attaque.[45][46]

Le geste est lourd de sens. Le pape de Rome traverse l'Italie lombarde, célèbre la fête des deux apôtres romains en pays lombard, et obtient gain de cause sur un dossier purement byzantin. Pour la première fois depuis longtemps, l'autorité morale de Rome supplée concrètement l'autorité politique de l'empereur. Bertolini y voit l'un des moments où s'invente, en pratique, l'État pontifical : le pape n'est plus seulement évêque de Rome, il devient garant politique d'une portion d'Italie.[47]

Janvier 744 : mort de Liutprand, Hildebrand déposé, Ratchis roi

Liutprand meurt en janvier 744. Son neveu Hildebrand, brièvement associé au trône, est rapidement déposé. Ratchis, duc de Frioul, est élu roi. La transition n'est pas immédiatement favorable à Rome — Ratchis est un Lombard de l'Est, attaché à l'expansionnisme — mais il confirme bientôt le traité conclu avec Zacharie et observe la trêve.[48]

Pérouse 749 : abdication de Ratchis

En 749, Ratchis envisage l'attaque de la Pentapole byzantine. Zacharie part à sa rencontre à Pérouse. La rencontre est décisive : Ratchis renonce non seulement à l'offensive, mais à la couronne elle-même. Avec sa femme Tassia et sa fille Rotrude, il se rend à Rome et reçoit la tonsure des mains du pape ; la tradition le mène ensuite au Mont-Cassin.[49][50]

« En 749, le nouveau roi confirma le traité de paix avec le duché romain. La même année, Ratchis abdiqua, et avec sa femme et sa fille, prit l'habit monastique devant le pape. » — J. P. Kirsch, Catholic Encyclopedia, 1912[51]

L'abdication d'un roi devant un pape est un événement immense pour l'imaginaire politique du haut Moyen Âge. Le frère de Ratchis, Aistulf, lui succède immédiatement. Aistulf rompra la paix après la mort de Zacharie et prendra Ravenne en 751-752 — ce qui obligera Étienne II à passer en Francie et à conclure la donation de Pépin. Zacharie ne verra pas cette rupture, mais sa diplomatie a obtenu sept années supplémentaires de répit pour Rome.[52]

Chronologie des dossiers lombards

Les négociations italiennes de Zacharie s'étalent sur sept années et trois rois lombards. Le tableau récapitule les six étapes décisives — élection, Terni, Pavie, succession de Liutprand, Pérouse, et l'arrivée d'Aistulf — en explicitant l'acteur principal, le fait et le sens politique de chaque épisode.

ÉtapeDateActeurFaitSens
Élection et consécration3 et 5 décembre 741Clergé romainSuccession rapide après Grégoire IIIContinuité doctrinale, changement de méthode
Terniaoût 742Zacharie + Liutprand4 cités rendues, patrimoines restitués, trêve de 20 ansNaissance d'une diplomatie pontificale directe
Pavie29 juin 743Zacharie + LiutprandRenonciation à l'attaque de RavenneLe pape sauve la capitale byzantine
Mort de Liutprandjanv. 744LombardsHildebrand déposé, Ratchis éluTransition fragile mais paisible
Pérouse749Zacharie + RatchisAbdication de Ratchis et entrée au Mont-CassinLe roi lombard renonce devant le pape
Aistulf749-752LombardsSuccession agressiveCrise repoussée à Étienne II

Constantin V Copronyme et le dossier iconoclaste

Un empereur iconoclaste, une guerre civile, un pape médiateur

Au moment où Zacharie est élu, Constantin V Copronyme vient de succéder à Léon III. L'iconoclasme officiel, condamné à Rome dès 731 par Grégoire III, devient persécution. Mais en 741-743, Constantin V doit affronter une guerre civile contre son beau-frère Artabasdos, qui s'empare un temps de Constantinople en posant comme défenseur des images.[53][54]

Zacharie ne s'engage pas politiquement aux côtés d'Artabasdos. Il maintient les relations diplomatiques et envoie des ambassades à Constantinople pour exhorter l'empereur à restaurer le culte des saintes images :

« Le pape exhorta l'empereur à restaurer la doctrine et la pratique de l'Église concernant le culte des images. » — J. P. Kirsch, Catholic Encyclopedia, 1912[55]

Cette ligne — protester doctrinalement, maintenir la communion liturgique, ne pas rompre politiquement — anticipe celle qui prévaudra jusqu'au second concile de Nicée en 787.[56]

Les domaines de Nympha et Norma

Constantin V, en signe de bonne volonté politique, offre à l'Église romaine deux domaines de la campagne romaine, Nympha et Norma. Ces massae alimentent les domus cultae que Zacharie organise pour nourrir Rome. Le don ne lève pas l'opposition doctrinale, mais il montre que Constantin V tient à conserver le pape comme interlocuteur dans la péninsule.[57]

Sainte-Marie-Antique : un programme iconographique romain anti-iconoclaste

Fresque contemporaine du pontificat — chapelle du primicier Théodote à Santa Maria Antiqua, au pied du Palatin, Rome (741-752). Témoin visuel romain de l'iconographie iconophile sous Zacharie, peinte au moment même où Constantinople retire les saintes images. Photographie domaine public, Wikimedia Commons.

À Rome même, le pontificat de Zacharie laisse une trace artistique précise : la chapelle de Théodote à Santa Maria Antiqua, au pied du Palatin, est ornée d'un cycle du martyre de saint Cyriaque et de sainte Julitte. La datation au pontificat de Zacharie (741-752) repose sur un indice matériel : le portrait du pape en donateur, au nimbe carré — donc représenté vivant —, repeint sur celui de son prédécesseur Grégoire III.[58] Le programme iconographique est dense, didactique et hautement iconophile : à Rome, on peint les saints précisément au moment où Constantinople les retire.[59]

Zacharie n'est donc pas seulement diplomate : il défend l'orthodoxie iconique par les pierres, les fresques et la liturgie de sa propre ville.

Saint Boniface : organiser l'Église des Francs et des Germains

La confirmation des évêchés germaniques (743)

La correspondance Zacharie–Boniface concentre trois fronts : organiser les évêchés germaniques, tenir les synodes romains et trancher les questions difficiles venues de la mission. Infographie originale Ignispedia.

Depuis vingt ans, saint Boniface (vers 675-754) évangélise la Hesse, la Thuringe et la Bavière. Évêque sans siège fixe sous Grégoire III, il vient à peine de fonder, autour de 742, les évêchés de Würzburg, Buraburg et Erfurt. Boniface écrit à Zacharie pour faire confirmer ces fondations et demander des conseils disciplinaires.[60][61]

Zacharie répond par la lettre 51 (Tangl), datée de 1ᵉʳ avril 743 : il confirme les nouveaux évêchés, donne des indications sur les conciles francs à venir, et insiste sur la nécessité de tenir bon. La correspondance qui suit traite de questions très concrètes : que faire des prêtres ignorants ? Comment lutter contre la simonie ? Comment traiter les rapports avec les évêques mondains comme Milon de Reims et Gewilieb de Mayence ?[62]

« Quant à Milon et à ses pareils, qui causent un grand tort à l'Église de Dieu, prêche à temps et à contretemps, selon la parole de l'Apôtre. » — Pape Zacharie à saint Boniface, lettre 87 (Tangl)[63]

Le synode romain de 743 : quatorze canons disciplinaires

En mars 743, Zacharie tient au Latran un synode réunissant une soixantaine d'évêques. Quatorze canons disciplinaires sont promulgués. Plusieurs visent à corriger des dérives observées en Italie et au-delà : interdiction faite aux clercs de pratiquer la chasse et de porter les armes ; condamnation de la vente d'esclaves chrétiens à des païens (avec en arrière-plan le commerce vénitien à destination de l'Afrique sarrasine) ; règles précises sur le mariage et la consanguinité.[64]

Le canon 5, particulièrement net, vise les unions sacrilèges :

« Que nul ne se permette de s'unir par un mariage criminel à une presbytera, à une diacona, à une nonne, à une moniale ou à sa commère spirituelle […] » (la suite du canon prononce l'anathème contre les contrevenants) — Synode de Rome (743), canon 5, traduction collationnée sur le latin[65]

Les actes du synode, envoyés à Boniface et reçus dans les conciles francs, deviennent l'une des bases pratiques de la réforme disciplinaire carolingienne. La législation de Pépin et de Charlemagne sur les clercs, les esclaves et le mariage hérite directement de ces canons.[66]

Le synode de 745 : Aldebert et Clément anathématisés

En octobre 745, un second synode du Latran traite deux affaires apportées par Boniface. Aldebert est un faux thaumaturge gaulois qui distribue ses cheveux et ses ongles comme reliques, consacre des chapelles à son propre nom et fait circuler une « lettre de Jésus-Christ » tombée du ciel. Clément, prêtre d'origine scote (irlandaise), enseigne que le Christ, descendant aux enfers, a libéré aussi les non-croyants, fonde le mariage chrétien sur l'Ancien Testament, défend une forme dure de prédestination, et conteste la discipline ecclésiastique romaine.[67][68]

Le synode condamne les deux. Clément est excommunié comme hérétique. Aldebert, considéré comme dérangé, est déposé et invité à pénitence ; ses écrits sont brûlés. Boniface reçoit mandat d'exécuter la sentence en Francie. L'affaire dépasse les deux individus : elle montre la papauté servant d'instance de discernement face à des phénomènes religieux désordonnés à la périphérie de l'Église.[69]

Virgile de Salzbourg et la lettre du 1ᵉʳ mai 748

L'affaire la plus discutée du pontificat est celle de Virgile (Fergal), moine irlandais devenu administrateur du siège de Salzbourg en Bavière. Boniface signale à Rome que Virgile enseignerait « qu'au-dessous de la terre il y a un autre monde et d'autres hommes, un autre soleil et une autre lune ». Le 1ᵉʳ mai 748, Zacharie répond à Boniface (Tangl ep. 80) :

« S'il est avéré qu'il professe qu'au-dessous de la terre il y a un autre monde et d'autres hommes, ou bien un autre soleil et une autre lune, expulse-le de l'Église, dépouillé de la dignité sacerdotale. » — Pape Zacharie, lettre à saint Boniface, 1ᵉʳ mai 748[70]

L'affaire est souvent caricaturée comme une « condamnation papale de la sphéricité de la Terre ». La vérité historique est plus précise : Zacharie réagit à une dénonciation et conditionne sa sentence à la véracité de l'accusation. Aucune sanction effective n'est prise contre Virgile : celui-ci administre Salzbourg de 746 à 784, devient évêque consacré en 767, évangélise les Slaves de Carantanie et sera canonisé en 1233 par Grégoire IX. La lettre montre la prudence catholique : on ne condamne pas une question scientifique ouverte, on condamne une cosmologie incompatible avec la doctrine d'un seul Adam et d'un seul Christ.[71][72]

Le récit traditionnel d'une « Église anti-scientifique » au VIIIᵉ siècle est donc fragile. Zacharie demande à Boniface, si l'accusation se confirme, d'agir ; et la suite des événements montre qu'il n'y a pas eu condamnation effective. La question de fond — y a-t-il d'autres hommes que les descendants d'Adam ? — restera ouverte jusqu'à la découverte de l'Amérique sept siècles plus tard.

Le baptême « in nomine patria et filia »

Une lettre célèbre du pontificat, conservée dans la correspondance de Boniface, examine un cas pratique : un prêtre ignorant des règles élémentaires baptisait avec une formule fautive — patria à l'ablatif au lieu du génitif patris, filia au lieu de filii :

« Baptizo te in nomine patria et filia et spiritus sancti. » — formule défectueuse rapportée par saint Boniface à Rome, rendue littéralement « je te baptise au nom de la patrie, et de la fille, et du Saint-Esprit »[73]

Faut-il rebaptiser les fidèles ainsi reçus dans l'Église ?

La tradition canonique attribue à Zacharie une décision retenue par la théologie sacramentaire jusqu'à aujourd'hui : si le prêtre n'avait pas l'intention de professer une autre foi, mais seulement parlait un latin défectueux, le baptême est valide et il ne faut pas rebaptiser ; en revanche, si l'erreur exprimait une foi déformée, le rite serait invalide. Cette distinction entre forme matérielle et intention dans la foi de l'Église deviendra un principe fondamental de la théologie sacramentaire.[74]

Le sacre de Pépin : la question franque

Carloman au Mont-Cassin (747)

Pépin le Bref représenté dans la Chronique impériale du Corpus Christi College de Cambridge, MS 373 fol. 14. La translation de la royauté franque légitimée par Zacharie en 749 ouvre la voie au sacre de Soissons en novembre 751. Miniature médiévale domaine public, Wikimedia Commons.

Le 15 août 747, Carloman, fils aîné de Charles Martel et maire du palais d'Austrasie, abdique. Il vient à Rome, reçoit la tonsure des mains de Zacharie, et fonde un monastère sur le mont Soracte au nord de Rome. Plus tard, il rejoint Mont-Cassin où il vit sous la règle bénédictine jusqu'à sa mort en 754.[75][76]

L'année suivante, en 748, Zacharie se rend lui-même au Mont-Cassin pour consacrer la nouvelle église, confirmer les dons du monastère et l'exempter de la juridiction épiscopale. Le pontificat de Zacharie est ainsi structurellement lié à la renaissance du Mont-Cassin et à la diffusion européenne de la règle de saint Benoît de Nursie.[77]

L'ambassade de 749 : la question des Francs

Carloman parti, Pépin le Bref reste seul maire du palais, mais il gouverne en théorie au nom d'un roi mérovingien fantôme, Childéric III. La question, latente depuis un siècle, devient politiquement brûlante. En 749, Pépin envoie à Rome une ambassade composée de l'évêque Burchard de Würzburg (formé par Boniface) et de Folrad, son chapelain. Ils posent au pape une question politique d'une portée immense.[78][79]

La réponse, transmise par les Annales regni Francorum, est célèbre :

« Le pape Zacharie répondit à Pépin qu'il valait mieux appeler roi celui qui détenait le pouvoir que celui qui demeurait sans puissance royale ; et, pour que l'ordre ne fût pas troublé, il ordonna par autorité apostolique que Pépin fût fait roi. » — Annales regni Francorum, sub anno 749[80]

Sens et limites de la décision

Il faut lire cette formule avec précision. Zacharie ne dépose pas Childéric III ; il dit qu'il vaut mieux appeler roi celui qui détient le pouvoir réel. Mais l'autorité apostolique invoquée — « par autorité apostolique » dans le texte franc — légitime religieusement l'opération. C'est, dans l'histoire de l'Occident chrétien, le premier acte clair par lequel un pape sanctifie une translation de la royauté.[81]

Plusieurs précautions herméneutiques sont nécessaires. La formule transmise est en latin franc, pas dans une bulle pontificale conservée ; sa formulation tardive — « il vaudrait mieux que soit appelé roi celui qui détenait le pouvoir, plutôt que celui qui demeurait sans puissance royale » — peut avoir lissé la réalité d'une décision plus prudente. La célèbre version traditionnelle plus tranchée encore — « il vaut mieux appeler roi celui chez qui réside le pouvoir suprême, plutôt que celui qui n'est appelé roi qu'à tort » — est une reformulation postérieure, à ne pas mettre directement dans la bouche de Zacharie.[82]

Cela dit, la suite des faits confirme l'essentiel. En novembre 751, à Soissons, saint Boniface sacre Pépin roi des Francs comme légat pontifical.[83] Childéric III est déposé, tonsuré et enfermé à l'abbaye de Saint-Bertin. Trois ans plus tard, Étienne II ira en personne en Francie sacrer à nouveau Pépin et ses fils à Saint-Denis (754), et obtenir la promesse de Quierzy qui débouchera sur la première donation au Saint-Siège.[84][85]

Une translation préparée, pas inventée

Il serait inexact de présenter Zacharie comme « celui qui a fait Pépin roi ». La dynastie carolingienne est en construction depuis Pépin de Herstal ; Charles Martel l'a stabilisée militairement ; Pépin et Carloman l'ont consolidée politiquement. La papauté ne crée pas cette situation, elle la reconnaît. Mais cette reconnaissance change la nature même du pouvoir royal en Occident : le roi cesse d'être seulement un chef de guerre élu, il devient un oint, un sacré, un personnage religieux. Avec Zacharie commence la longue histoire qui, par Charlemagne, Otton et au-delà, fera de la royauté chrétienne une institution sacramentelle.[86]

Rome sous Zacharie : Latran, basiliques, esclaves, Dialogues

Le palais du Latran et l'oratoire du Sauveur

Autel du Sancta Sanctorum, ancien oratoire du Saint-Sauveur édifié par Zacharie pour abriter l'icône acheiropoïète du Christ — témoin matériel direct de la défense romaine des images au moment où Constantinople les retire. Photographie domaine public, Wikimedia Commons.

Le Liber Pontificalis consacre une longue section aux travaux romains de Zacharie. Il restaure le palais du Latran (Patriarchium Lateranense), y construit une tour de défense et une nouvelle salle de réception. Il fait élever un oratoire dédié au Saint-Sauveur, dans lequel il fait transférer la célèbre icône acheiropoïète du Christ — l'image dite « Achéropite » — qui sera vénérée pendant des siècles au Sancta Sanctorum au Latran.[87]

Au moment où l'iconoclasme byzantin essaie d'abolir l'image, Rome construit un oratoire spécifique pour exposer et honorer une icône. Le geste est doctrinal autant qu'architectural.[88]

Saint-Pierre, San Giorgio in Velabro et les domus cultae

À la basilique vaticane, Zacharie ordonne des travaux d'entretien et de décoration. Il translate aussi le chef de saint Georges depuis la sacristie du Latran vers l'église San Giorgio in Velabro, où la relique sera vénérée pendant tout le Moyen Âge.[89]

Il réorganise les domaines fonciers de l'Église romaine en domus cultae : grandes exploitations agricoles structurées (Lauretana, Antius, Capracorum) destinées à nourrir directement la population romaine et à alimenter les diaconies qui distribuent l'aide aux pauvres. C'est l'amorce d'un dispositif logistique que ses successeurs développeront massivement.[90]

Le rachat des esclaves chrétiens

Un détail moral du pontificat mérite d'être rappelé : le rachat des esclaves chrétiens vendus aux musulmans :

« Lorsque des marchands de Venise achetèrent des esclaves à Rome pour les revendre ensuite aux Sarrasins d'Afrique, le pape racheta tous les esclaves, afin que des chrétiens ne devinssent pas la propriété de païens. » — J. P. Kirsch, Catholic Encyclopedia, 1912[91]

L'acte est cohérent avec les canons du synode de 743 contre la vente d'esclaves chrétiens à des païens. Il montre une papauté qui combine l'autorité doctrinale et l'action pratique : on condamne le trafic, et on rachète les victimes avec les ressources du Patrimoine.[92][93]

La traduction grecque des Dialogues

L'œuvre intellectuelle la plus durable de Zacharie est sa traduction grecque des quatre livres des Dialogues de saint Grégoire le Grand. Le Liber Pontificalis le note brièvement :

« Les quatre livres des Dialogues qu'avait composés le pape Grégoire de bienheureuse mémoire, il les traduisit du latin en grec. » — Liber Pontificalis, Vita Zachariae[94]

La traduction circule largement en Orient. Elle devient l'un des canaux par lesquels la spiritualité monastique latine influence l'Orient byzantin, à un moment où la communion ecclésiale est doctrinalement tendue par l'iconoclasme. Au passage, elle vaudra à Grégoire son surnom byzantin de Grégoire le Dialogue (ὁ Διάλογος). Choix culturellement immense pour un pape grec : donner à l'Orient sa propre écoute de la grande voix latine.[95][96]

Mort, sépulture et succession

Mars 752 : la mort à Rome

Zacharie meurt à Rome en mars 752. Le calcul du Liber Pontificalis — dix ans, trois mois et quinze jours depuis le 5 décembre 741 — donne une date proche du 20 mars ; la mémoire liturgique retient le 15 mars ; certaines traditions francophones plus tardives donnent le 22 mars. Les sources concordent sur le mois et l'année, divergent légèrement sur le jour.[97][98]

Il est inhumé à la basilique vaticane, près de la tombe de saint Pierre, selon l'usage des papes du VIIIᵉ siècle.

La succession compliquée

Après Zacharie, l'élection est confuse. Un prêtre nommé Étienne est élu mais meurt trois jours après son élection, avant d'avoir été consacré ; il n'est pas compté dans les listes officielles modernes des papes — d'où le numéro « Étienne II » donné aujourd'hui au successeur effectif. Étienne II (parfois noté III selon les comptes) est élu rapidement et consacré. Trois ans plus tard, il part en Francie sacrer Pépin et ses fils : la translation politique se transformera alors en alliance militaire et en première donation territoriale au Saint-Siège.[99]

Saint Zacharie au calendrier

Le Martyrologe romain célèbre saint Zacharie le 15 mars. Sa sainteté est ancienne, attestée immédiatement dans les sources latines et grecques. Il est l'un des derniers papes du haut Moyen Âge à porter le titre de saint sans procès de canonisation formel, sur la base d'une vénération continue depuis le VIIIᵉ siècle.[100]

Héritage doctrinal, politique et spirituel

La papauté politique en construction

Synthèse — Rome sous Zacharie : restauration du Latran, oratoire du Sauveur, vénération de l'icône acheiropoïète, San Giorgio in Velabro, rachat des esclaves chrétiens et traduction grecque des Dialogues de Grégoire le Grand. Infographie originale Ignispedia.

Zacharie n'invente pas l'État pontifical, mais il pose plusieurs de ses pierres essentielles. Pour la première fois depuis longtemps, un pape négocie d'égal à égal avec un roi lombard, obtient des restitutions territoriales, organise des domus cultae, légitime publiquement un transfert de royauté en Occident, et reçoit l'abdication monastique d'un roi. Bertolini résume : avec Zacharie, la papauté cesse d'être seulement un siège ecclésial et devient un acteur politique central de l'Italie médiévale.[101]

La papauté pastorale au sommet

Sur le plan pastoral, Zacharie pousse à un sommet la collaboration commencée sous Grégoire II et Grégoire III avec saint Boniface. Confirmation des évêchés germaniques, soutien aux synodes francs, anathèmes contre Aldebert et Clément, prudence dans l'affaire Virgile : la papauté agit comme cour d'appel doctrinale et disciplinaire pour toute l'Église d'Occident. La législation des synodes romains de 743 et 745 nourrira directement la réforme carolingienne.[102][103]

La papauté doctrinale fidèle

Sur le plan doctrinal, Zacharie reste ferme sur les deux fronts ouverts par son prédécesseur. Contre l'iconoclasme byzantin, il exhorte sans rompre, défend les images par les pierres romaines, et prépare ainsi l'horizon de Nicée II. Contre les dérives religieuses occidentales, il anathématise les faux thaumaturges et les hérétiques. Sur la forme des sacrements, sa décision sur les baptêmes mal prononcés deviendra une référence canonique durable. Sur la cosmologie, il refuse de condamner par préjugé tout en exigeant la fidélité à la doctrine du salut universel par un seul Adam et un seul Christ.[104][105][106]

La papauté charitable

Sur le plan moral enfin, Zacharie laisse une image de douceur en action : il rachète les esclaves chrétiens, accueille les rois lombards qui choisissent la conversion monastique, traduit en grec les Dialogues du grand pasteur Grégoire pour les frères d'Orient, et gouverne sans rancune. Le portrait du Liber Pontificalis n'est pas une politesse : c'est une lecture des actes.[107]

Pour aller plus loin

  • Pape saint Grégoire III — prédécesseur immédiat ; premier appel romain aux Francs contre les Lombards, condamnation de l'iconoclasme.
  • Pape Étienne II — successeur ; sacre Pépin et ses fils en personne à Saint-Denis, obtient la promesse de Quierzy.
  • Saint Boniface — apôtre des Germains, correspondant majeur de Zacharie, légat pontifical pour le sacre de Pépin à Soissons.
  • Saint Grégoire le Grand — auteur des Dialogues traduits en grec par Zacharie.
  • Saint Benoît de Nursie — règle reçue au Mont-Cassin par Carloman, Ratchis et leurs familles.
  • L'iconoclasme byzantin — toile de fond doctrinale de la diplomatie pontificale avec Constantinople.

Notes et références

  1. Liber Pontificalis, Vita Zachariae, éd. L. Duchesne, Le Liber Pontificalis, Paris, Ernest Thorin, 1886-1892, t. I, p. 426 sq. : « Zacharias, natione Grecus, ex patre Polichronio, sedit ann. X mens. III dies XV. Vir mitissimus atque suavis, omnique bonitate ornatus, amator cleri et omni populi Romanorum, tardus ad irascendum et velox ad miserendum, nulli malum pro malo reddens. » — le LP ne donne ni ville ni région d'origine. L'identification à Santa Severina (avec une naissance en 679, une élection au 29 novembre 741 et une consécration au 10 décembre) vient de la fiche éditoriale du site qui reproduit ce texte, non du LP lui-même. Texte latin reproduit sur fontistoriche.org (page consultée le 3 octobre 2026, HTTP 200). URL : https://fontistoriche.org/papa-zaccaria/.

    1 3 10 21 22 37 97 107
  2. Johann Peter Kirsch, « Pope St. Zachary », The Catholic Encyclopedia, vol. XV, New York, Robert Appleton Company, 1912 : origine — « Zachary sprang from a Greek family living in Calabria » (sans ville) ; succession — inhumation de Grégoire III le 29 novembre 741, élection immédiate et unanime, consécration et intronisation le 5 décembre ; puis paix de Terni et Pavie, restitution des quatre cités, trêve de vingt ans, abdication de Ratchis, ambassade de Burchard et Folrad, anathèmes contre Aldebert et Clément, lettre du 1ᵉʳ mai 748 sur Virgile, rachat des esclaves vendus à Venise, travaux du Latran, traduction grecque des Dialogues. URL : https://www.newadvent.org/cathen/15743b.htm (page consultée le 3 octobre 2026, HTTP 200).

    2 4 5 7 11 13 16 18 23 25 30 32 33 36 39 41 43 45 48 49 51 53 55 57 60 68 73 74 75 77 79 89 91 93 95 98 99 100 104
  3. Ottorino Bertolini, « Zaccaria, santo », in Enciclopedia dei Papi, vol. I, Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 2000 : « Venne elevato al pontificato pochi giorni dopo la morte di Gregorio III, il 3 dicembre del 741 » ; mort « il 15 marzo […] del 752 » ; lecture moderne du pontificat — rôle politique central, transformation de la papauté en acteur italien, préparation de l'État pontifical, signification de la lettre à Pépin, articulation entre dossier lombard, dossier franc et dossier byzantin. Article en ligne (consulté le 3 octobre 2026, HTTP 200) : ni ville de naissance ni Polychronius au-delà de l'origine grecque. Voir aussi Paolo Delogu, « Zaccaria, santo », Dizionario Biografico degli Italiani, Treccani : « Di origine greca, figlio di Policronio » (sans ville).

    6 8 12 14 17 26 31 34 35 38 40 42 44 46 47 50 52 54 56 66 72 76 81 85 86 88 90 96 101 102 105
  4. Liber Pontificalis, Vita Zachariae, éd. Duchesne, t. I, p. 426 sq. : travaux du Latran, oratoire dédié au Saint-Sauveur, traduction des Dialogues de Grégoire le Grand ; passage latin : « beatae recordationis Gregorius papa fecit quattuor Dialogorum libros, hos de latino in greco translatavit ». URL : https://fontistoriche.org/papa-zaccaria/.

    9 24 87 94
  5. Annales regni Francorum, sub anno 749, éd. Friedrich Kurze, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum 6, Hanovre, 1895, p. 8 : « Burghardus Wirzeburgensis episcopus et Folradus capellanus missi fuerunt ad Zachariam papam, interrogando de regibus in Francia, qui illis temporibus non habentes regalem potestatem, si bene fuisset an non. Et Zacharias papa mandavit Pippino, ut melius esset illum regem vocari, qui potestatem haberet, quam illum, qui sine regali potestate manebat ; ut non conturbaretur ordo, per auctoritatem apostolicam iussit Pippinum regem fieri. » Traduction française dans le corps.

    15 27 78 80 82
  6. Synode de Rome (mars 743), canon 5 : texte latin dans J. D. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, t. XII, col. 383 ; actes du Concilium Romanum a. 743 repris dans l'édition critique MGH, Concilia aevi Karolini, t. I, éd. A. Werminghoff, Hanovre, 1906 (MGH Conc. II/1 — section Conc. Romanum a. 743 dès la p. 8, vérifiée à l'index officiel dMGH). Latin : « Ut presbyteram, diaconam, nonnam aut monacham vel spiritualem commatrem nullius sibi praesumat nefario coniugio copulare. Nam qui huiusmodi opus perpetraverit, sciat se anathematis vinculo esse obligatum […] » (texte vérifié en ligne le 3 octobre 2026). Traduction française du corps collationnée sur ce latin ; texte latin et traduction anglaise de J. Wijngaards reproduits sur https://www.womendeacons.org/minwest-canons-synod-rome-pope-zacharias/ (page accessible le 3 octobre 2026 avec en-têtes navigateur ; HTTP 403 en accès minimal automatisé).

    19 64 65 92 103
  7. Synode de Rome (25 octobre 745), actes contre Aldebert et Clément, transmis dans la correspondance bonifacienne (Tangl epp. 57-59). Voir aussi C. W. Clough, Aldebert, Clement, Saint Boniface and Heresy in the 8th Century, étude en ligne ; et Heinrich Hahn, Bonifaz und Lul, Leipzig, 1883, p. 109-126.

    20 67 69
  8. Pape Zacharie à saint Boniface, lettre éditée dans Die Briefe des heiligen Bonifatius und Lullus, éd. Michael Tangl, Monumenta Germaniae Historica, Epistolae Selectae I, Berlin, Weidmann, 1916, ep. 87 : passage sur Milon de Reims et Gewilieb de Mayence, conseil pastoral d'« insister à temps et à contretemps », correspondance plus large entre Rome et Boniface entre 743 et 751.

    28 61 62 63
  9. Pape Zacharie à saint Boniface, lettre du 1ᵉʳ mai 748, dans Michael Tangl, Die Briefe des heiligen Bonifatius und Lullus, MGH Epp. Sel. I, ep. 80, Berlin, 1916. Passages cités par la Catholic Encyclopedia, art. « Antipodes », vol. I, New York, 1907 : Zacharie demande à Boniface, si la chose est avérée, d'expulser Virgile de l'Église, dépouillé de sa dignité sacerdotale. URL : https://www.newadvent.org/cathen/01581a.htm.

    29 70 71 106
  10. John Osborne, Rome in the Eighth Century: A History in Art, Cambridge University Press, coll. British School at Rome Studies, 2020 (imprimé 9 juillet 2020), ch. 5, « The Chapel of Theodotus in Santa Maria Antiqua », pp. 95-136 : peintures murales de la chapelle du primicier Théodote, « dating from the time of Pope Zacharias (741–52) and dedicated to Saints Quiricus and Julitta » ; la datation s'appuie sur le portrait de Zacharie au nimbe carré, repeint sur celui de Grégoire III.

    58
  11. Cycle peint de la chapelle de Théodote, Santa Maria Antiqua, daté du pontificat de Zacharie (741-752), comportant le martyre de saint Cyriaque et de sainte Julitte ; programme iconographique iconophile mené à Rome pendant la première phase de l'iconoclasme byzantin. Synthèse accessible : Orthodox Arts Journal, « Santa Maria Antiqua: The Heart of the East in the Centre of Rome » (page consultée le 3 octobre 2026, HTTP 200). URL : https://orthodoxartsjournal.org/santa-maria-antiqua-the-heart-of-the-east-in-the-centre-of-rome/.

    59
  12. Soissons, novembre 751 : l'assemblée franque choisit Pépin comme roi et saint Boniface, agissant comme légat pontifical, lui donne l'onction — « So in November of 751, the assembly chose Pepin as their king and St. Boniface, acting as papal legate, anointed him in the tradition of the ancient Old Testament Kings » (étude Pepin, Power and the Papacy: The True First Holy Roman Emperor, URL : https://core.ac.uk/download/232015141.pdf, consultée le 4 octobre 2026). Saint-Denis, 754 : seconde onction donnée en personne par le pape Étienne II — Britannica, art. « Pippin III » : « He was the first Frankish king to be anointed — first by St. Boniface and later (754) by Pope Stephen II » (URL : https://www.britannica.com/print/article/450778, consultée le 4 octobre 2026).

    83 84