Saint Virgile de Salzbourg (mort en 784)

Saint Virgile de Salzbourg, moine irlandais devenu évêque de Salzbourg, apôtre de la Carantanie et bâtisseur de la première cathédrale de la ville. Mort le 27 novembre 784, il est marqué par deux controverses avec saint Boniface portées devant le pape Zacharie. Canonisé en 1233.

Ignispedia

Saint Virgile de Salzbourg (en latin Vergilius ou Virgilius ; en irlandais Feirgil ou Fearghal), né vers 700 en Irlande et mort le 27 novembre 784 à Salzbourg, est un moine irlandais devenu évêque de Salzbourg, missionnaire de la Carantanie (Carinthie) et bâtisseur de la première cathédrale de la ville. Il est l'un des grands témoins de l'expansion irlandaise sur le continent au VIIIe siècle, aux côtés de saint Colomban et de saint Gall.[1][2][3]

Sa vie est marquée par deux controverses avec saint Boniface, l'apôtre de la Germanie : une dispute sur la validité d'une formule baptismale déformée, et une dispute sur la doctrine des antipodes. Ces deux épisodes, dont le pape Zacharie fut saisi, ont longtemps focalisé l'attention des historiens.[4][5]

Il fut canonisé le 18 juin 1233 par le pape Grégoire IX. Il est fêté le 27 novembre.[6][7]

Un moine irlandais sur le continent

L'Irlande et le départ

Virgile naît vers 700 en Irlande, dans un pays alors foyer de vie monastique et missionnaire. Plusieurs sources le présentent comme abbé d'Aghaboe (comté de Laois), mais l'identité entre le Feirgil abbé d'Aghaboe et le futur évêque de Salzbourg est discutée par les historiens.[8][9]

Vers 743-745, il quitte l'Irlande pour le continent. Il passe par la cour des rois francs, à Quierzy ou Compiègne, puis gagne la Bavière, où le duc Odilo l'accueille. Il arrive dans la région de Salzbourg vers 743-745 comme missionnaire.[10][11]

Abbé de Saint-Pierre de Salzbourg

À Salzbourg, Virgile devient abbé de l'abbaye Saint-Pierre, puissant monastère fondé par saint Rupert au VIIe siècle. Il administre la communauté et la région diocésaine, mais il n'a pas encore la consécration épiscopale : un évêque compatriote, Dobdagrecus, est appelé pour exercer les fonctions épiscopales à sa place pendant environ deux ans.[12][13]

Évêque de Salzbourg

Les sources divergent sur la date de son accession à l'épiscopat :

  • La notice allemande (Wikipédia DE) donne la consécration épiscopale le 15 juin 749 (ou 755, selon une variante signalée).
  • La Catholic Encyclopedia et la notice anglaise le font évêque en 766 ou 767, après le martyre de saint Boniface (survenu en 754).[14][15]

Quelle que soit la date exacte, Virgile exerce la charge épiscopale pendant près de quarante ans, jusqu'à sa mort en 784. Il est à la fois abbé de Saint-Pierre et évêque de Salzbourg, cumul fréquent à cette époque.[16][17][18]

Œuvre de missionnaire et de bâtisseur

La mission en Carantanie

Avant 767, Virgile envoie deux collaborateurs, Modestus et Libellus, évangéliser la Carantanie (l'actuelle Carinthie et ses abords). Cette mission lui vaut le titre d'apôtre de la Carinthie. Les principaux centres de la mission sont Maria Saal, Sankt Peter in Holz et Saint-Jean près de Knittelfeld.[19]

La mission s'inscrit dans le mouvement d'évangélisation des Slaves alpins au VIIIe siècle, dans le sillage de saint Rupert et avant la grande expansion de l'époque carolingienne.

La cathédrale de Salzbourg

Virgile fait bâtir la première cathédrale de Salzbourg. Elle est dédiée à saint Rupert le 24 septembre 774 (ou 784, selon une variante de datation). Il fait transférer les reliques de Rupert à Salzbourg pour les y déposer.[20][21]

Cette cathédrale marque l'ancrage définitif du siège épiscopal de Salzbourg. Un autel y est élevé à la mémoire de Virgile en 1288 ; il y repose encore aujourd'hui.[22]

Les controverses avec saint Boniface

Infographie originale Ignispedia créée par IA. Deux affaires distinctes transmises au pape Zacharie.

Deux affaires opposent Virgile à saint Boniface (vers 675-754), l'apôtre de la Germanie, qui les porte devant le pape Zacharie (741-752). Elles sont distinctes, et il faut les présenter séparément.

La formule baptismale

La première controverse porte sur la validité d'un baptême administré avec une formule déformée.

Un prêtre peu lettré aurait prononcé, au lieu de la formule trinitaire reçue (Baptizo te in nomine patris et filii et spiritus sancti, « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit »), une formule corrompue que la Catholic Encyclopedia rend ainsi : Baptizo te in nomine patria et filia et spiritu sancta. La formule est trinitaire dans sa structure, mais les cas latins sont faux : patria et filia au lieu de patris et filii, sancta au lieu de sancti.[23]

Virgile estime que le sacrement a été validement conféré : la formule, bien que corrompue, exprime la foi trinitaire et le baptême est valide. Boniface juge au contraire que ce baptême est nul et qu'il faut rebaptiser. Il porte l'affaire devant le pape Zacharie.[24][25]

Le pape donne raison à Virgile : le baptême administré dans la foi trinitaire est valide, même si la formule a été déformée par l'ignorance du ministre. C'est la position que retient la Catholic Encyclopedia de 1913.[26]

« The latter, however, decided in favour of Vergilius. » Catholic Encyclopedia (1913), « St. Vergilius of Salzburg » (traduction : « Ce dernier trancha quant à lui en faveur de Virgile »)[27]

La notice allemande de Wikipédia nuance ce point : elle estime que le pape « ne se prononça pas vraiment en faveur de Virgile », et que les questions furent vite oubliées à la mort de Zacharie. Les sources secondaires divergent donc sur la portée exacte de la décision ; le fait de la contestation, lui, est solidement attesté.[28]

Les antipodes

La seconde controverse est plus célèbre et plus grave. Boniface accuse Virgile d'enseigner qu'il existe un autre monde et d'autres hommes sous la terre, descendants d'un autre ancêtre qu'Adam, contrairement aux Écritures.[29][30]

L'enjeu théologique est considérable : si des hommes ne descendent pas d'Adam, la doctrine du péché originel et l'universalité de la rédemption sont en question. Boniface, pasteur de la frontière, y voit une menace pour la foi de ses fidèles.

Le pape Zacharie répond par une réponse conditionnelle, conservée dans les Épistolae selectae (Jaffé, Biblioth. rerum germ. III, 191 ; MGH Epistolae Selectae 1, 80, pp. 178-179) : si les faits sont prouvés, il faut convoquer un concile, déposer Virgile et l'expulser de l'Église.[31][32]

Virgile se justifie et est blanchi. Le traité qu'il aurait composé sur la question est perdu. William Turner, auteur de la Catholic Encyclopedia, suggère que Boniface a peut-être mal compris la position de Virgile, qui portait peut-être sur la terre ronde et les antipodes au sens géographique, et non sur l'existence d'une humanité étrangère à la descendance d'Adam.[33]

Le libellé « baptême des petits enfants »

Certaines traductions ou notices anciennes réunissent ces deux affaires sous une formule comme le « baptême des petits enfants ». Les sources primaires et les travaux de référence (Catholic Encyclopedia, MGH, Jaffé) ne présentent pas ainsi la controverse : la première porte sur la validité d'une formule baptismale déformée par un ministre ignorant, et la seconde sur la doctrine des antipodes. Aucune des deux ne concerne spécifiquement le baptême des enfants : les faits sont présentés ici tels que les sources les donnent, sans les rattacher à cette appellation.[34][35][36][37]

Canonisation et mémoire

Canonisation

Virgile est canonisé le 18 juin 1233 par le pape Grégoire IX. C'est l'une des canonisations formelles du XIIIe siècle, à une époque où la procédure commence à être centralisée par le Saint-Siège.[38][39]

Fête

Il est fêté le 27 novembre, date de sa mort, dans le calendrier romain général. Dans les calendriers germaniques, il est aussi célébré le 24 septembre, conjointement avec saint Rupert, à l'anniversaire de la dédicace de la cathédrale de Salzbourg.[40]

Tombeau

Il repose dans la cathédrale de Salzbourg, où un autel lui est élevé en 1288. Son culte s'est maintenu en Bavière, en Autriche et en Irlande.[41]

Iconographie

Saint Virgile à Sankt Adolari (Tyrol), peinture de 1688. Photo : Wolfgang Sauber, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

L'iconographie le représente :

  • En évêque, avec la mitre et la crosse.
  • Parfois avec un livre ou un modèle d'église, en référence à la construction de la cathédrale.
  • La statue de la façade de la cathédrale de Salzbourg et la fresque de Sankt Adolari (Tyrol) en conservent des représentations significatives.

La photographie de la statue en tête d'article est de Karin Rager (Wikimedia Commons, licence GFDL).[42]

Ce que l'on peut affirmer, et ce qui reste incertain

Le noyau historique est solide : un moine irlandais nommé Virgile a vécu à Salzbourg au VIIIe siècle, en est devenu l'évêque, a envoyé une mission en Carantanie, a fait bâtir la cathédrale dédiée à saint Rupert, et a été mêlé à deux controverses portées devant le pape Zacharie. Son culte est ancien et sa canonisation est datée (1233).[43][44][45]

Ce que l'on ne peut pas affirmer avec certitude :

  1. La date de la mort : 784 (notices FR/EN/DE) ou 789 (Catholic Encyclopedia).
  2. La date de la consécration épiscopale : 749, 755, ou 766-767 selon les sources.
  3. L'identité avec Feirgil, abbé d'Aghaboe, discutée par les historiens.
  4. La portée exacte de la décision de Zacharie sur la formule baptismale (tranchée en faveur de Virgile selon la Catholic Encyclopedia ; décision moins nette selon la notice allemande).
  5. Le contenu précis de la position de Virgile sur les antipodes : le traité est perdu, et l'accusation de Boniface peut avoir été un malentendu.
  6. La date de la dédicace de la cathédrale : 774 ou 784.

Rien ici n'ajoute au dossier : ni discours inventé, ni miracle rapporté au-delà de ce que les sources citées attestent.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia (1913), William Turner, « St. Vergilius of Salzburg » : en.wikisource.org. Notice : moine irlandais, mort le 27 novembre 789 (variante de datation, contre 784 dans les notices FR/EN/DE), abbé de Saint-Pierre de Salzbourg, évêque après le martyre de Boniface (766-767) ; canonisé le 18 juin 1233 par Grégoire IX ; fête le 27 novembre.

    1 6 12 14 16 38 43
  2. Wikipédia (FR), « Virgile de Salzbourg » : fr.wikipedia.org. Notice : né vers 700 en Irlande, arrivée vers 743-745, évêque le 15 juin 749, cathédrale dédiée à saint Rupert le 24 septembre 774, mort le 27 novembre 784, controverse des antipodes (la formule baptismale n'y est pas traitée), canonisation le 18 juin 1233 par Grégoire IX.

    2 10 20 44
  3. Wikipédia (EN), "Virgil of Salzburg" : en.wikipedia.org. Notice : Feirgil/Fearghal, born c. 700, died 27 November 784, bishop 766 or 767 after Boniface's martyrdom ; baptismal formula dispute (priest's defective formula, Virgil upheld validity, Zachary ruled in his favour) ; antipodes dispute (Jaffé III, 191, MGH Ep. Sel. 1, 80), Virgil cleared, treatise lost ; canonized 18 June 1233 by Gregory IX ; feast 27 November.

    3 5 8 15 18 25 30 37 45
  4. Catholic Encyclopedia (1913), William Turner, « St. Vergilius of Salzburg » : controverse des antipodes, Boniface accusant Virgile d'enseigner un autre monde et d'autres hommes sous la terre ; réponse conditionnelle de Zacharie, Virgile justifié et blanchi, traité perdu, Boniface ayant peut-être mal compris une thèse sur la terre ronde.

    4 29 32 33 35
  5. Wikipédia (DE), « Virgil von Salzburg » : de.wikipedia.org. Notice : né vers 700 en Irlande, mort le 27 novembre 784 à Salzbourg ; consécration épiscopale le 15 juin 749 (ou 755) ; controverse de la formule baptismale (la notice estime que le pape ne se prononça pas vraiment en faveur de Virgile) ; controverse des antipodes ; cathédrale dédiée à saint Rupert le 24 septembre 774 (ou 784) ; mission en Carantanie avant 767 par Modestus et Libellus (apôtre de la Carinthie) ; canonisation le 18 juin 1233 ; fête le 27 novembre (24 septembre avec Rupert dans les calendriers germaniques) ; autel en 1288.

    7 9 11 13 17 19 21 22 28 39 40 41
  6. Catholic Encyclopedia (1913), William Turner, « St. Vergilius of Salzburg » : controverse de la formule baptismale déformée (Baptizo te in nomine patria et filia et spiritu sancta au lieu de patris et filii et sancti), Virgile tenant le baptême pour valide contre Boniface, pape Zacharie tranchant en faveur de Virgile.

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  7. Sources primaires : lettres du pape Zacharie relatives à Virgile, Jaffé, Bibliotheca rerum germanicarum III, n. 191 ; MGH Epistolae Selectae 1, n. 80, pp. 178-179. Réponse conditionnelle : si l'enseignement des antipodes est prouvé, convoquer un concile, déposer Virgile et l'expulser de l'Église.

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  8. Wikimedia Commons, statue de saint Virgile à Salzbourg, photo de Karin Rager (2005), GFDL ; peinture de l'église Sankt Adolari, photo de Wolfgang Sauber (2010), CC BY-SA 3.0. Les deux fichiers locaux sont des versions redimensionnées des originaux.

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