Saint Hubert de Liège, dit aussi Hubert de Tongres-Maastricht (en latin Hubertus), est un évêque franc du VIIIᵉ siècle, mort le 30 mai 727. D'abord duc et courtisan, il se convertit, embrasse la vie monastique, puis succède à saint Lambert comme évêque de Tongres-Maastricht-Liège. Il est l'un des saints patrons de Liège, avec Lambert, et le patron des chasseurs.[1][2]
La tradition lui rattache la vision d'un cerf portant une croix entre les bois, épisode devenu l'emblème de sa conversion. Ce récit est légendaire au sens précis du mot : il appartient à la mise en forme hagiographique du souvenir d'Hubert, et il se retrouve, sous des formes voisines, dans d'autres vies de saints. L'histoire, elle, retient un grand seigneur franc de la fin du VIIᵉ siècle, proche du pouvoir des Pépinides, devenu évêque missionnaire de l'Ardenne et du Brabant.[3][4]
Un grand seigneur franc à la croisée des siècles
Origine et famille
Hubert naît entre 656 et 658, selon les chroniqueurs qui le font naître à Toulouse. Il appartient à la haute noblesse franque et il est probablement apparenté aux Pépinides, la puissante famille qui tient le pouvoir autour de Pépin de Herstal et de Charles Martel. Les généalogistes le rattachent aussi aux Hugobertides, lignée liée à Plectrude, épouse de Pépin de Herstal.[5]
Il épouse Floribanne, que les chroniqueurs présentent comme la fille du roi Dagobert. De ce mariage naît Florbert, plus tard vénéré comme saint. La mort de Floribanne, dans les sources, ouvre la voie à la vocation d'Hubert : le veuf se tourne vers la vie religieuse.[6][7]
À la cour de Pépin d'Hérstal
Avant sa conversion, Hubert mène, selon Nominis, la vie mondaine d'un grand du royaume : « folles joies de sa vie mondaine », chasse, cour, honneurs. En 688, il abandonne le duché d'Aquitaine à son frère pour se consacrer à une autre ambition. Les sources ne s'accordent pas sur la durée exacte de ces années de cour ; elles s'accordent sur leur rang.[8]
C'est un monde de mérovingiens tardifs, où la frontière entre pouvoir politique, famille et charge ecclésiastique reste mince. Hubert en est un exemple : noble de haut lignage, il sera évêque, comme beaucoup de fils de grandes familles le deviennent en ce temps-là.
La conversion : Lambert et la vision du cerf
Les conseils de saint Lambert
La conversion d'Hubert est attribuée, dans les sources, à deux causes conjointes : une grâce et les conseils de saint Lambert, évêque de Maastricht, dont il est proche. Nominis résume ainsi le chemin : la grâce, puis l'accompagnement spirituel de Lambert, contraignent Hubert à changer de vie.[9]
Après la mort de son épouse, il se dispose à la vie monastique. Plusieurs étapes sont ensuite rapportées : retraite, ordination, puis charge pastorale. Le détail varie d'une vita à l'autre ; le fil commun est net : un seigneur qui quitte la cour pour Dieu.
La vision du cerf
L'épisode le plus célèbre se déroule, selon la tradition, un Vendredi saint, pendant une chasse. Hubert poursuit un cerf ; l'animal se retourne et apparaît avec une croix lumineuse entre les bois. Une voix lui demande : « Chasser un jour pareil ? pourquoi ne vas-tu pas prier ? ». La vision décide de sa conversion définitive.[10][11]
Il faut ici distinguer honnêtement la légende et l'histoire :
| Ce que dit la tradition | Ce qu'il en est |
|---|---|
| La vision du cerf crucifère a converti Hubert | Le motif est hagiographique : on le retrouve déjà dans la vie de saint Eustache (mort en 118) et dans la Vie de saint Meinulphe (mort vers 847). La vita V d'Hubert, offerte à Philippe le Bon par Hubert le Prévôt, au XVᵉ siècle, est la version qui fixe le cerf à croix lumineuse. |
| La scène aurait eu lieu un Vendredi saint | La datation liturgique du récit est une construction narrative, propre à la vita V |
| Hubert se serait converti à la chasse | Le motif parle d'une conversion du cœur, non d'un interdit de la chasse : Hubert reste le patron des chasseurs |
Le récit similaire de la conversion de saint Paul (Actes 9) a aussi nourri la mise en forme chrétienne de cette vision. Rien de tout cela n'infirme la conversion d'Hubert ; cela indique seulement que le cerf à la croix est une image de la tradition, et non un procès-verbal.[12]
Une tradition locale vivante
La tradition locale a marqué le paysage : la chapelle Saint-Hubert à Tenneville, et la croix dite « Rouge-Croix », perpétuent le souvenir de la vision dans les Ardennes. Ce culte populaire s'est noué autour d'Hubert après son installation comme patron des chasseurs, attestée dès le XIᵉ siècle.[13][14]
Évêque de Tongres-Maastricht-Liège
Successeur de saint Lambert
À la mort de saint Lambert, vers 705, Hubert est désigné pour lui succéder sur le siège de Tongres-Maastricht-Liège. Il est ainsi le disciple et le successeur de Lambert, et il porte la charge d'une Église encore en train de s'enraciner dans la vallée de la Meuse.[15][16]
Il érige à Liège une église Notre-Dame, qui deviendra la base de la future cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert, et il y transfère les restes de saint Lambert. Ce geste fixe à Liège le centre religieux de l'évêché : la ville, qui n'était encore qu'un ensemble de clairières, de rivières et de villages, devient le siège d'une Église locale.[17]
Un évêque proche des fidèles
Nominis le décrit comme un grand évêque proche des fidèles, qui se tient dans les clairières, les rivières, les villages, là où vit le peuple. Il aide les malheureux et les prisonniers, et il évangélise le Brabant et les Ardennes. Le portrait est celui d'un évêque missionnaire de la fin du VIIᵉ siècle et du début du VIIIᵉ, qui avance dans un pays encore largement à christianiser.[18]
Mort à Tervuren (727)
Hubert meurt des suites d'une blessure : un ouvrier lui aurait écrasé la main gauche. Il s'éteint à Tervuren, dans le Brabant, le 30 mai 727, selon la date retenue par la chronique et par Wikipédia FR. D'autres sources, plus anciennes, placent sa mort à Fouron-le-Comte. Il a environ soixante-dix ans.[19][20]
Nominis le présente comme le successeur de saint Lambert, mort « en 727 », après avoir évangélisé le Brabant et les Ardennes et bâti à Liège une église où il transféra les restes de Lambert. La notice précise : « (au 30 mai au martyrologe romain) ».[21]
Mémoire, reliques et iconographie
Reliques à Saint-Hubert (Ardenne)
Un siècle après sa mort, l'évêque Walcaud décide, en 825, avec l'accord des moines de Saint-Pierre, du métropolite de Cologne, de l'empereur Louis le Pieux et du 5ᵉ concile d'Aix-la-Chapelle, de permettre aux bénédictins du monastère d'Ambra ou Andage, en Ardenne, d'emporter avec eux le corps entier et intact d'Hubert. Le village prend dès lors le nom de Saint-Hubert, et l'abbaye devient l'abbaye de Saint-Hubert.[22]
C'est dans ce haut lieu de chasse qu'est la forêt ardennaise que se développe la légende du saint, qui d'évêque fut transformé en jeune seigneur chasseur. Dans le monastère, on élevait une race de chiens qui prit son nom ; comme il avait guéri des enragés de son vivant, on l'invoqua contre la rage. Il devient le patron incontesté de l'Ardenne et des métiers de cette région : bûcherons et forestiers, tanneurs et chasseurs, puis plus largement fourreurs, bouchers, ouvriers de la métallurgie, armuriers, opticiens, mathématiciens et fabricants d'instruments mathématiques. À Villedieu-les-Poêles, il est fêté comme le patron des dinandiers.[23]
Fête et calendrier
La fête de saint Hubert est portée au 3 novembre dans l'usage belge, luxembourgeois et orthodoxe ; le martyrologe romain la fixe au 30 mai, jour de sa mort. Nominis, qui retient le 3 novembre pour la notice du jour, signale lui-même le 30 mai comme date du martyrologe romain.[24][25]
Le jour de la Saint-Hubert, en Wallonie, au Luxembourg et en Alsace, on bénit le sel, le pain et l'eau pour protéger contre les morsures ; on impose aussi les clefs de saint Hubert aux chiens, chevaux et oiseaux de proie des chasseurs, pour les protéger contre la rage. Depuis le milieu du IXᵉ siècle, on offrait à monsieur saint Hubert les prémices de la chasse. Ces usages populaires ont nourri une piété large, qui va bien au-delà des chasseurs.[26]
La clef de Saint-Hubert
La clef de Saint-Hubert, que le pape Constantin aurait remise au futur saint Hubert en pèlerinage à Rome, était conservée autrefois à la collégiale Saint-Pierre de Liège, puis à la collégiale Sainte-Croix ; elle est aujourd'hui au trésor de la cathédrale de Liège. L'objet fait partie de la mémoire matérielle du culte, au même titre que la basilique de Saint-Hubert.[27]
Iconographie
L'attribut canonique d'Hubert est le cerf avec la croix du Christ entre les bois. Les représentations abondent : la statue de Jean Delcour à la collégiale Saint-Pierre de Liège, l'exhumation de saint Hubert peinte par Rogier van der Weyden, les visions peintes par Jan Brueghel l'Ancien et Rubens, ou encore la Vision du saint Hubertus de Franz von Stuck (1890). Il est invoqué contre la rage et les insomnies, et il est le patron des chasseurs, des forestiers, des Ardennes et de Liège.[28]
Pour aller plus loin
- Saint Willibrord (658-739) : contemporain d'Hubert, apôtre des Frisons, de la même génération d'évangélisation du nord de l'Europe.
- Saint Remi de Reims (vers 437-533) : l'évêque du baptême de Clovis, dans la tradition duquel se range la lignée spirituelle d'Hubert.
- Saint Léonard de Noblac (VIᵉ siècle) : autre saint de la compassion et de la libération des captifs, vénéré sur le chemin de Compostelle.
Notes et références
Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Hubert, Évêque de Tongres-Maastricht-Liège (+ 727) », notice du 3 novembre : nominis.cef.fr. Notice consultée le 11 octobre 2026 : apparenté à Charles Martel, à la cour de Pépin d'Hérstal ; épouse Floribanne, fille du roi Dagobert selon les chroniqueurs ; « folles joies de sa vie mondaine » ; conversion par la grâce et les conseils de saint Lambert ; légende du cerf avec croix entre les bois, un Vendredi saint (« Chasser un jour pareil ? pourquoi ne vas-tu pas prier ? ») ; patron des chasseurs dès le XIᵉ siècle ; en 688 abandonne le duché d'Aquitaine à son frère ; après vie monastique, élu évêque de Liège-Maastricht et Tongres après le martyre de saint Lambert ; grand évêque proche des fidèles (clairières, rivières, villages) ; aidait malheureux et prisonniers ; mort des suites d'une blessure (ouvrier lui écrasa la main gauche) ; à Tervuren (Brabant) en 727 ; disciple et successeur de saint Lambert ; évangélisa le Brabant et les Ardennes ; bâtit à Liège une église où il transféra les restes de Lambert. La notice précise « (au 30 mai au martyrologe romain) ».
1 4 6 8 9 10 14 15 18 19 21 24Wikipédia (FR), « Hubert de Liège » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique : né à Toulouse entre 656 et 658 ; décédé à Tervuren ou Fouron-le-Comte le 30 mai 727 (71 ans) ; évêque de Tongres et de Maastricht ; fêté le 3 novembre en Belgique, au Grand-Duché de Luxembourg et par l'Église orthodoxe, et le 30 mai pour le reste des pays de l'Église catholique ; l'un des deux saints patrons de Liège avec Lambert ; légende du cerf « depuis le XVe siècle » (vita V offerte à Philippe le Bon par Hubert le Prévôt) ; blanc avec croix lumineuse ; récit similaire à la conversion de saint Paul ; motif déjà dans la vie de saint Eustache (mort en 118) et la Vie de saint Meinulphe (mort vers 847) ; tradition locale : chapelle Saint-Hubert à Tenneville, croix « Rouge-Croix » ; éléments historiques : haute noblesse franque, probablement apparenté aux Pépinides, contemporain de Pépin de Herstal et Charles Martel, probable membre des Hugobertides (Plectrude) ; à la mort de saint Lambert vers 705, désigné pour lui succéder ; érigea à Liège une église Notre-Dame (base de la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert) et y transféra les reliques ; patron principal de Liège. Culte : translation des reliques en 825 par l'évêque Walcaud vers Andage (village prit le nom de Saint-Hubert) ; 15-16 octobre 1568 église et monastère pillés et incendiés ; offrandes de Louis XI en septembre 1472 ; attribut : cerf avec la croix du Christ entre les bois ; patrons : chasseurs, bouchers, mathématiciens, opticiens, Ardennes, Liège ; invoqué contre la rage et les insomnies ; bénédiction du sel, du pain et de l'eau ; clefs de saint Hubert imposées aux animaux ; prémices de la chasse depuis le milieu du IXᵉ siècle ; race de chiens élevée au monastère ; guérisons d'enragés ; patrons des bûcherons, forestiers, tanneurs, chasseurs, fourreurs, ouvriers de la métallurgie, armuriers, dinandiers (Villedieu-les-Poêles).
2 3 5 7 11 12 13 16 17 20 22 23 25 26 28Wikipédia (FR), « La clef de Saint-Hubert » : fr.wikipedia.org. La clef de saint Hubert, que le pape Constantin aurait remise au futur saint Hubert en pèlerinage à Rome, était autrefois à la collégiale Saint-Pierre de Liège puis à la collégiale Sainte-Croix ; elle est désormais au trésor de la cathédrale de Liège.
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