Pape saint Paul I (Paulus I, Paolo I) gouverne l'Église de Rome du 29 mai 757 au 28 juin 767. Le Saint-Siège le présente comme le 93e pape de l'Église catholique, né à Rome dans une famille de la noblesse romaine, frère et successeur de Étienne II, avec lequel il avait été élevé pour le sacerdoce au palais du Latran.[1][2]
Sa décennie pontificale est l'une des plus politiquement chargées du haut Moyen Âge romain. Paul I doit consolider les fragiles États pontificaux nés de la donation de Pépin (754-756), tenir tête au roi lombard Didier qui retient des cités promises à Rome (Imola, Osimo, Ancône, Bologne), et maintenir l'alliance avec Pépin le Bref au moment où Byzance, sous Constantin V Copronyme, tente à la fois de reprendre l'Italie et d'imposer son iconoclasme.[3][4][5]
Sur le plan doctrinal, Paul I est le pape qui vigoureusement proteste contre la reprise officielle de l'iconoclasme par l'empereur byzantin, multiplie les légats et les lettres en faveur de la vénération des images, accueille à Rome les moines orientaux fuyant la persécution, et dépêche ses légats auprès de Pépin face aux ambassades byzantines ; quelques mois après sa mort, le synode franc de Gentilly (Noël 767, dont aucun acte ne subsiste) aurait confirmé, selon l'historiographie, la doctrine catholique de la Trinité et la vénération des saintes images.[6][7][8]
Le Liber Pontificalis et la mémoire romaine gardent enfin l'image d'un pape charitable, visiteur nocturne des prisons, bâtisseur de l'église et du monastère de San Silvestro in Capite sur sa propre maison familiale, et translateur infatigable des reliques des martyrs depuis les catacombes pillées par les Lombards en 756 vers les églises de Rome.[9][10][11]
Pourquoi Paul I compte-t-il ?
Le pape de la continuité fraternelle
Paul I est un cas presque unique dans l'histoire ancienne de la papauté : il succède directement à son frère biologique, Étienne II (752-757), avec lequel il a été éduqué au Latran et a partagé pendant cinq années la conduite des affaires les plus délicates de l'Église romaine.[12][13] Cette continuité n'est pas seulement familiale : elle est politique et doctrinale. Étienne II avait conclu l'alliance avec Pépin le Bref, obtenu la donation de 754 et la restitution lombarde de 756. Paul I est élu précisément parce qu'il est l'homme qui doit prolonger ce programme.[14]
Le Liber Pontificalis dit que le parti qui le porta au pontificat était « validior et fortior » — plus fort et plus puissant — que celui de son rival, l'archidiacre Théophylacte.[15] On peut y lire l'indice d'un ancrage solide dans l'aristocratie romaine acquise à la ligne franque.[16][17]
Le pape de la naissance des États pontificaux
Sous Paul I, les États pontificaux ne sont pas encore une réalité juridique stabilisée. Ils sont un patrimoine politique en formation, fragile, contesté à la fois par les Lombards au nord et par Byzance à l'est. Paul I est le pape qui doit faire vivre concrètement la donation pépinienne de 754, obtenir l'application matérielle de ce qui a été promis sur le papier, et résister à toutes les tentatives lombardes ou byzantines de la vider de sa substance.[18][19]
C'est aussi sous lui que se cristallise un fait décisif : la papauté cesse définitivement de se voir comme une dépendance de Constantinople. Pendant son pontificat, « il devient clair que l'empereur oriental n'est plus un facteur majeur de la structure du pouvoir italien ».[20] Le siège de Pierre regarde désormais vers les rois francs comme protecteurs naturels du patrimoine de saint Pierre.
Le pape de l'orthodoxie romaine contre l'iconoclasme
L'autre nerf du pontificat est doctrinal. L'empereur byzantin Constantin V Copronyme (741-775) a porté l'iconoclasme à son sommet avec le conciliabule de Hiéria en 754, qui prétend imposer la destruction des saintes images.[21] Paul I refuse cette dérive et engage le Siège apostolique : il « proteste vigoureusement » contre la reprise de l'iconoclasme et envoie de façon répétée « légats et lettres concernant la vénération des images » à Byzance.[22][23]
Quand Constantin V cherche en 767 à séduire les évêques francs pour les rallier à sa cause, Paul I dépêche ses propres légats auprès de Pépin, qui le rassurent à leur retour sur les dispositions du roi franc ; après la mort du pape, le synode de Gentilly aurait maintenu, selon l'historiographie (aucun acte conservé), les doctrines de l'Église concernant la Trinité et la vénération des images.[24][25] La défense romaine de l'iconodulie prépare la voie qui mènera, vingt ans plus tard, au deuxième concile de Nicée (787) sous Hadrien I.
Les sources principales
Tableau des témoins
| Source | Date | Ce qu'elle apporte | Prudence |
|---|---|---|---|
| Saint-Siège | liste actuelle | 93e pape, Rome, 29.V.757 - 28.VI.767 | Notice très brève |
| Liber Pontificalis | tradition romaine, éd. Duchesne | Notice détaillée : élection, Théophylacte, monastère, reliques, charité nocturne, mort | Source narrative principale |
| Codex Epistolaris Carolinus | compilé en 791 sous Charlemagne | 32 lettres de Paul I, toutes adressées à Pépin le Bref (Bertrade, son épouse, y est mentionnée à propos du baptême de leur fille en 758) : doutes, plaintes, demandes d'aide, iconoclasme | Source primaire exceptionnelle |
| Catholic Encyclopedia / New Advent | 1911 | Synthèse catholique : élection, Lombards, Pépin, Constantin V, Gentilly, reliques, sépulture | Ancienne, riche et fiable |
| Encyclopaedia Britannica | moderne | Résumé : Lombards, Francs, iconoclasme, reliques | Très synthétique |
| Encyclopedia.com | moderne | Famille noble, défi de Théophylacte, refuge des moines orientaux | Bonne synthèse moderne |
| Continuation de Frédégaire | seconde moitié VIIIe siècle | Mention franque de la diplomatie pontificale | Source carolingienne contemporaine |
Le Liber Pontificalis et la mémoire romaine
La notice du Liber Pontificalis sur Paul I est particulièrement riche. Elle rapporte sa naissance romaine, son éducation au Latran avec son frère Étienne, l'élection contre la faction de Théophylacte, la conversion de la maison paternelle en monastère, la dédicace de l'église des saints Étienne et Sylvestre, les translations de reliques, ses visites nocturnes des pauvres infirmes et des prisons, et enfin la maladie qui le surprend dans la chaleur de l'été 767, sa retraite à Saint-Paul-hors-les-murs, sa mort et sa sépulture.[26][27]
Cette notice doit être lue avec sa sobriété d'archive romaine. Elle ne cherche pas à embellir un pape mineur : elle enregistre ce qu'un pontife du VIIIe siècle a réellement accompli dans une Rome menacée. Ses informations sont convergentes avec celles des sources lombardes, byzantines et franques.
Le Codex Epistolaris Carolinus : 32 lettres irremplaçables
La source la plus exceptionnelle pour comprendre Paul I est le Codex Epistolaris Carolinus, recueil de 99 lettres papales aux souverains carolingiens compilé en 791 sous Charlemagne. Sur ces 99 lettres, 32 sont de Paul I, ce qui en fait, avec Hadrien I, l'un des deux papes les mieux représentés.[28][29]
Thomas F. X. Noble, recenseur de l'édition McKitterick et al. (2021) dans The Medieval Review, souligne que ces « 32 lettres souvent agitées de Paul I » révèlent l'incertitude du pape sur la capacité ou la volonté de Pépin de revenir en Italie pour contraindre les Lombards à tenir leurs promesses.[30] Cette inquiétude permanente fait de Paul I un pape transparent sur ses craintes : il ne cache pas la difficulté du moment.
« Les 32 lettres souvent agitées de Paul I révèlent l'incertitude du pape sur la capacité, ou la volonté, de Pépin de revenir en Italie pour faire honorer par les Lombards leurs promesses et concessions. » — Thomas F. X. Noble, recension de l'édition McKitterick et al. dans The Medieval Review, 2022[31]
Les sources lombardes, byzantines et franques
La Continuation de Frédégaire enregistre du côté franc les ambassades pontificales et la médiation de Pépin en faveur de Rome.[32] Du côté byzantin, l'absence de réponse impériale aux protestations romaines sur les images témoigne, en creux, de la rupture progressive entre Rome et Constantinople. Du côté lombard, les chartes de Didier et les chroniques de Pavie reflètent la stratégie d'usure menée contre la papauté.[33]
Avant le pontificat : un Romain formé au Latran
Famille romaine noble
Paul est né à Rome, vraisemblablement vers 700, dans une famille de la noblesse romaine.[34][35] Les sources anciennes ne donnent pas sa date de naissance exacte. Encyclopedia.com et la Britannica le présentent comme membre « d'une importante famille noble romaine » ayant servi la curie pontificale avant son élection.[36][37]
L'identification à la famille Orsini que l'on lit parfois sur Wikipedia est anachronique : les Orsini comme lignée identifiable n'apparaissent qu'au XIIe siècle. Ce que les sources permettent d'affirmer prudemment, c'est qu'il s'agit d'une famille aristocratique romaine influente dans l'administration pontificale du milieu du VIIIe siècle.[38]
Éducation au palais du Latran
Le Liber Pontificalis et la Catholic Encyclopedia confirment que Paul et son frère Étienne « avaient été éduqués pour le sacerdoce au palais du Latran ».[39][40] Le Latran n'est pas alors seulement la résidence du pape : c'est la principale école cléricale de Rome, où la curie forme ses futurs cadres. On y apprend les Saintes Écritures, la liturgie romaine, le chant ecclésiastique, le droit canon naissant, et la langue grecque indispensable au dialogue avec Constantinople.
Cette formation explique la familiarité de Paul I avec les dossiers diplomatiques byzantins, son aisance dans la correspondance latine soignée du Codex Carolinus, et son attention constante à la liturgie romaine (chant, fêtes, translations de reliques).
Bras droit d'Étienne II
Pendant les cinq années du pontificat d'Étienne II (752-757), Paul est son collaborateur de confiance. La Catholic Encyclopedia écrit que « Étienne confia à son frère de nombreuses affaires ecclésiastiques importantes, parmi lesquelles la restauration aux États romains des cités qui avaient été saisies par les rois lombards Aistolf et Didier ».[41] Avant même de devenir pape, Paul est déjà l'homme du dossier lombard : il connaît les villes contestées, les ambassades, les ruses des rois lombards, les réflexes des Francs.
C'est cette compétence acquise qui le rend, au moment de la succession, le candidat le plus capable de prolonger la politique de son frère.[42]
L'élection contestée de 757
Étienne II mourant, factions à Rome
L'élection pontificale de 757 se déroule dans un contexte tendu. Étienne II agonise au Latran. Selon le Liber Pontificalis, des Romains se réunissent dans la maison de l'archidiacre Théophylacte pour préparer sa candidature, « afin de sécuriser sa succession au siège pontifical ».[43] La manœuvre est commune : à chaque vacance, des partis se forment dès avant la mort du pape régnant.
Mais cette fois, le parti fraternel et carolingien est plus puissant. Paul, déjà associé au gouvernement de son frère, dispose à la fois du soutien du clergé du Latran, des proches collaborateurs d'Étienne II et de la noblesse laïque romaine acquise à l'alliance franque. La faction « validior et fortior » dont parle le Liber Pontificalis est précisément celle qui veut prolonger la politique pro-franque.[44][45]
L'archidiacre Théophylacte
Théophylacte n'est pas un personnage marginal. L'archidiacre romain est, au VIIIe siècle, l'un des principaux dignitaires de la curie : il administre les biens, supervise la charité, représente le pape dans les affaires temporelles. Une candidature d'archidiacre à la papauté est légitime et fréquente.
Mais Théophylacte est probablement le représentant d'un parti plus prudent sur l'alliance franque, plus accommodant peut-être avec Byzance ou avec les Lombards.[46] Sa défaite face à Paul est donc une victoire de la ligne d'Étienne II. La continuité politique l'emporte sur l'alternative.
Le vote majoritaire et la consécration du 29 mai
Étienne II meurt le 26 avril 757. « Immédiatement après la sépulture d'Étienne », dit la Catholic Encyclopedia, « Paul fut élu par une large majorité » et reçut la consécration épiscopale le 29 mai 757.[47][48]
Ce délai d'un mois est compatible avec la procédure romaine de l'époque : élection par le clergé et le peuple, ratification de l'autorité civile (encore byzantine en théorie), consécration épiscopale par les évêques de la province. Que Paul ait été consacré rapidement et sans nouvelles luttes signale que la faction adverse s'est dispersée, conformément au témoignage du Liber Pontificalis.[49]
Paul I et les Lombards : la difficile défense de Rome
L'héritage d'Aistolf et la donation de Pépin
La crise lombarde n'éclate pas en 757. Elle remonte à Aistolf, roi des Lombards de 749 à 756, qui avait pris Ravenne en 751, mettant fin à l'exarchat byzantin, puis menacé Rome elle-même. C'est cette agression qui avait poussé Étienne II à se rendre en personne en Francie en 753-754, à conclure l'alliance pépinienne et à obtenir la donation de 754, par laquelle Pépin promettait la restitution à Rome de l'ancien exarchat et de la Pentapole.[50]
Deux expéditions franques (754, 756) avaient contraint Aistolf à signer, puis à confirmer la donation. La promesse était claire : Imola, Osimo, Ancône, Bologne, Ravenne et les villes de la Pentapole devaient revenir au « patrimoine de saint Pierre ».[51][52]
Le roi Didier et les villes refusées
Aistolf meurt fin 756. Lui succède Didier (757-774), roi lombard que Paul I doit affronter pendant tout son pontificat. Didier « montre peu d'inclination à honorer ses promesses ».[53] Il refuse de livrer les villes que la donation pépinienne attribuait à Rome : Imola, Osimo, Ancône, Bologne sont retenues malgré les protestations papales.[54]
« Les Lombards retenaient les cités d'Imola, d'Osimo, de Bologne et d'Ancône que la papauté revendiquait. » — Catholic Encyclopedia, notice "Pope Paul I"[55]
Les duchés de Spolète et Bénévent (758)
En 758, la situation s'aggrave : Didier « saisit les duchés de Spolète et de Bénévent », qui jouissaient jusque-là d'une autonomie relative et qui faisaient tampon entre les Lombards du Nord et les États pontificaux.[56] Cette annexion encercle Rome au sud comme au nord et menace directement la viabilité du patrimoine de saint Pierre.
Paul I informe immédiatement Pépin. Il rappelle au roi franc que Didier a aussi ravagé la Pentapole au cours de cette expédition contre les ducs rebelles.[57] La donation pépinienne est donc, de facto, vidée de sa substance par le roi lombard.
La double diplomatie pontificale
Paul I déploie alors une diplomatie à deux niveaux dont les sources gardent la trace précise. Quand Didier, au retour de sa campagne de 758 contre les ducs rebelles de Spolète et de Bénévent, passe par Rome, il contraint Paul à écrire à Pépin pour « concéder toutes les revendications lombardes ». Le pape accepte sous la contrainte et confie deux lettres à ses ambassadeurs : l'évêque Georges d'Ostie et le prêtre romain Étienne.[58]
Mais Paul leur remet aussi une seconde lettre, secrète, suppliant Pépin de n'écouter que la première et de venir au secours de Rome. Les ambassadeurs disposent ainsi d'une version officielle pour passer en sécurité par territoire lombard, et d'une version réelle pour Pépin.[59]
Cette double diplomatie n'est pas un cynisme : c'est la prudence de Pierre dans les fers. Paul I sait qu'il est sous la pression militaire lombarde, que ses ambassadeurs peuvent être inspectés en chemin, et que toute parole compromettante peut justifier une attaque immédiate contre Rome.
La médiation de Pépin et la restauration partielle (765)
Pépin temporise. « Il trouve avantageux de maintenir de bonnes relations avec Didier », et Paul « n'obtient apparemment pas grand-chose de sa double démarche ».[60] Mais à plus long terme, Pépin finit par soutenir le pape et accepte de jouer le rôle d'arbitre entre revendications romaines et revendications lombardes.
En 765, par l'effet de cette médiation, « les privilèges papaux sont restaurés dans les duchés de Bénévent et de Toscane », et partiellement dans le duché de Spolète.[61] La restauration n'est ni totale ni définitive, mais elle redonne à Paul I une marge de manœuvre concrète sur le centre et le sud de l'Italie. La papauté n'est plus enfermée dans le seul duché romain.
L'alliance avec Pépin le Bref et les Francs
La continuité de la donation de Pépin
Paul I hérite et défend l'alliance scellée par son frère avec Pépin le Bref (751-768). Cette alliance est de nature mixte : politique (protection militaire contre les Lombards), religieuse (le pape sacre les rois carolingiens, les rois protègent le Siège apostolique), et symbolique (Pépin reçoit le titre romain de patricius Romanorum).[62]
La donation de Pépin n'est pas une simple cession territoriale : elle invente, de facto, le patrimoine temporel de la papauté en Italie, qui durera jusqu'en 1870. Paul I est le pape qui, dans la décennie suivant la donation, doit lui donner consistance pratique malgré l'obstruction lombarde.
Les 32 lettres du Codex Carolinus
Le Codex Epistolaris Carolinus est compilé en 791 sous Charlemagne pour conserver les correspondances reçues par les rois francs. Il contient 32 lettres de Paul I, sur 99 au total.[63][64]
Le ton de ces lettres est célèbre. Elles sont parfois solennelles, parfois suppliantes, parfois pleines d'inquiétude. Elles montrent un pape qui n'a pas honte de demander de l'aide, qui rappelle sans cesse à Pépin l'alliance jurée à Quierzy en 754, qui craint que les Lombards finissent par convaincre les Francs et qui invoque la protection de saint Pierre comme argument décisif.
Dans ces lettres, Paul exhorte Pépin à se lever pour la défense de la sainte Église de Dieu et à venir en Italie : ton suppliant caractéristique de sa correspondance avec le roi franc.[65]
Ces lettres sont aussi un témoignage doctrinal. Paul y développe l'idée que les rois francs sont les fils spirituels du Siège apostolique, qu'ils doivent défendre Pierre comme leurs ancêtres ont défendu la foi, et que la cause de la papauté est la cause de Dieu.[66] On y voit naître la théologie politique carolingienne.
Le linge baptismal de la fille de Pépin (758)
Une scène emblématique date de 758. Pépin et sa femme Bertrade ont une fille. Selon la coutume germanique, ils envoient au pape le linge utilisé lors du baptême comme don symbolique d'alliance.[67] Paul I répond par une lettre de remerciement où, sous couvert de gratitude, il informe Pépin de l'hostilité de Didier et lui demande son secours.[68]
Ce détail montre que les correspondances ne sont jamais purement protocolaires. Les rapports entre Rome et la cour franque mêlent piété chrétienne, alliance familiale et diplomatie d'urgence. Une étoffe baptismale devient une occasion pour le pape de relancer sa demande.
Sainte Pétronille, patronne des rois francs
L'épisode le plus chargé de sens symbolique est la translation des reliques de sainte Pétronille. En 757, dès le début de son pontificat, Paul I fait transférer les reliques de la sainte depuis la catacombe de Domitille vers une chapelle de la basilique vaticane que son frère Étienne II avait préparée à cet effet.[69][70]
Sainte Pétronille, vénérée traditionnellement comme « fille spirituelle » de saint Pierre, devient alors patronne des rois francs.[71] La symbolique est puissante : en plaçant la fille de Pierre comme protectrice des Carolingiens, Paul I cimente l'alliance franco-romaine dans un langage qui parle à la dévotion populaire. Les rois de France seront jusqu'à la Révolution les patrons et défenseurs de cette chapelle.
« Sainte Pétronille fut nommée par le pape Paul I protectrice et patronne des rois de France pour récompenser Pépin le Bref de son service à la papauté face à l'invasion lombarde. » — Tradition romaine sur la translation de 757[72]
Paul I et Constantin V : la résistance à l'iconoclasme
Le contexte byzantin et le conciliabule de Hiéria (754)
L'iconoclasme est l'hérésie qui domine Byzance au VIIIe siècle. Inauguré par Léon III l'Isaurien (717-741) en 726-730, il atteint son paroxysme sous son fils Constantin V Copronyme (741-775).[73]
En 754, juste avant l'élection d'Étienne II et trois ans avant celle de Paul I, Constantin V réunit le conciliabule de Hiéria, qui rassemble plus de 330 évêques orientaux sans aucun des cinq patriarches : Rome, Alexandrie, Antioche et Jérusalem ni présents ni représentés, et siège de Constantinople vacant depuis la mort du patriarche Anastase en janvier 754, la présidence étant tenue par Théodose d'Éphèse. Ce n'est qu'à la clôture, le 8 août 754, que Constantin II est installé patriarche de Constantinople. Hiéria décrète la destruction des saintes images et qualifie d'idolâtres ceux qui les vénèrent.[74][75]
Paul I est donc élu en 757 face à un empire orthodoxe officiellement iconoclaste, qui persécute moines et icônes, et qui revendique de représenter la « vraie foi ».
Les légats et les lettres à Byzance
Paul I refuse cette dérive. La Catholic Encyclopedia indique qu'il « envoya à plusieurs reprises légats et lettres à l'empereur de Byzance concernant la vénération des images ».[76] Il « protesta vigoureusement contre la renaissance de l'iconoclasme par Constantin ».[77]
Aucune lettre directe de Paul I à Constantin V n'a survécu sur l'iconoclasme. Mais leur existence est attestée par les sources romaines et franques contemporaines, et leur contenu est cohérent avec la position constante du Siège apostolique : les images ne sont pas adorées comme Dieu ; elles sont vénérées dans la mesure où elles renvoient au prototype (le Christ, la Vierge, les saints) ; les détruire revient à nier l'Incarnation, qui rend possible la représentation du Verbe fait chair.
Les manœuvres de Constantin V auprès des Francs
Devant l'opposition romaine, Constantin V tente de contourner Rome en s'adressant directement aux rois francs. En 767, ses envoyés viennent auprès de Pépin sans dissimuler leur intention de négocier avec lui sur des questions dogmatiques.[78]
Cette manœuvre échoue. Pépin reste fidèle à Rome. « Aucune de ses entreprises ne réussit », dit la critique moderne. « Pendant le pontificat de Paul I, il devient clair que l'empereur oriental n'est plus un facteur majeur de la structure du pouvoir italien. »[79]
Le synode franc de Gentilly (767)
Le couronnement de la politique iconodoule de Paul I se joue après sa mort : le synode de Gentilly, tenu près de Paris à Noël 767 par les évêques francs en présence de Pépin le Bref, d'ambassadeurs byzantins et de légats romains.[80][81] Aucun acte du synode ne subsiste ; on sait qu'il y fut question de la doctrine de la Trinité — probablement à propos du Filioque, dont les Latins défendent l'expression occidentale face aux objections grecques — et de la vénération des saintes images.[82]
Le résultat est la confirmation occidentale de la position romaine. Les évêques francs, fidèles à l'alliance conclue avec Paul I, refusent l'iconoclasme byzantin et maintiennent la doctrine traditionnelle. Gentilly n'est pas un concile œcuménique : c'est un synode local, dont le contenu exact reste hypothétique faute d'actes conservés. Mais sa portée historique est grande, parce qu'il prépare le terrain sur lequel se tiendra, vingt ans plus tard, le deuxième concile de Nicée (787) sous Hadrien I, où la doctrine catholique des images sera solennellement définie.
Selon l'historiographie (Kirsch, Catholic Encyclopedia, 1911), le synode aurait maintenu la doctrine de la Trinité et la vénération des images dans l'Église occidentale ; aucun acte n'ayant survécu, ce contenu reste hypothétique.[83]
Le refuge des moines grecs et le rayonnement monastique
Réfugiés iconodoules à Rome
L'iconoclasme byzantin a une conséquence concrète : les moines orientaux qui refusent de détruire les icônes sont persécutés, emprisonnés, parfois exécutés ou aveuglés. Beaucoup fuient l'empire et cherchent refuge à l'Ouest.
« Paul I offrit refuge à un grand nombre de moines fuyant la persécution. » — Encyclopedia.com, notice "Paul I, Pope, St."[84]
Rome devient alors, au milieu du VIIIe siècle, l'une des principales villes-refuges du monachisme oriental. Ce phénomène n'a pas commencé avec Paul I : il s'amorce avec ses prédécesseurs Grégoire II et Grégoire III. Mais Paul I lui donne une organisation institutionnelle.
La maison paternelle convertie en monastère
Le Liber Pontificalis rapporte que Paul I convertit sa maison paternelle en monastère pour ces moines.[85][86] Ce geste est rare : un pape de famille noble qui livre la résidence ancestrale au monachisme oriental réfugié. C'est à la fois un acte de charité personnelle, un signe de communion avec les iconodoules persécutés et une politique d'accueil assumée.
San Silvestro in Capite et la règle de saint Basile
Le monastère est dédié aux saints Étienne et Sylvestre, accolé à une église qui prendra plus tard le nom de San Silvestro in Capite — « Saint-Sylvestre à la Tête », à cause des reliques du chef de Jean-Baptiste qui y seront déposées plus tard. Le Liber attribue à Paul I la construction du monastère depuis les fondations dans sa propre maison (« in sua propria domu monasterium a fundamentis… construxit »), doté par un privilège du 2 juin 761 (Jaffé 2346) et consacré par un synode romain la même année.[87][88] Une tradition relayée par les guides des églises de Rome veut que son frère Étienne II en ait commencé la fondation dans la maison familiale et que Paul I l'ait achevée en 761 ; l'attribution conjointe à Étienne III, avancée par une notice Wikipedia, est en revanche chronologiquement impossible (Étienne III ne règne qu'à partir de 768).[89][90][91]
Le monastère suit la règle de saint Basile, règle des moines orientaux, et est initialement confié à des moines grecs.[92] Ce détail est précieux : à Rome même, à quelques rues du Latran, un monastère grec basilien fonctionne avec la liturgie byzantine et la mémoire des martyrs orientaux. Au cœur d'un pontificat romain, l'Orient persécuté trouve une terre d'hospitalité.
Le monastère restera basilien jusqu'à sa transition vers l'observance bénédictine entre le Xe et le XIIe siècle.[93]
Les translations massives de reliques des catacombes
Les catacombes pillées et abandonnées
Au milieu du VIIIe siècle, les catacombes romaines ne sont plus le sanctuaire qu'elles avaient été pendant les premiers siècles. Plusieurs facteurs concourent à leur déclin :
- les invasions lombardes de 756, qui ont ravagé les sanctuaires de la périphérie romaine et profané plusieurs catacombes ;
- la dépopulation progressive de la campagne romaine, qui rend la garde des sites de plus en plus difficile ;
- le déplacement du culte des martyrs vers les basiliques intra-muros, plus sûres et plus accessibles.[94][95]
Le résultat est une crise de la conservation des reliques. Les corps des martyrs des premiers siècles risquent d'être perdus, dispersés ou profanés.
Sainte Pétronille à Saint-Pierre (757)
La première grande translation de Paul I est celle de sainte Pétronille, dès le début de son pontificat en 757. Le corps de la sainte est transféré depuis la catacombe de Domitille sur la via Ardeatina vers une chapelle ronde située dans l'ancienne basilique constantinienne de Saint-Pierre, préparée à cet effet par Étienne II.[96][97]
Le sarcophage de marbre porte l'inscription « Aureae Petronillae Filiae Dulcissimae » — « de la dorée Pétronille, fille très douce ».[98] Cette translation est, comme on l'a vu, à la fois un geste de piété pour une grande sainte des premiers siècles et un acte diplomatique qui scelle l'alliance avec les rois francs.
L'inscription des reliques de San Silvestro in Capite
Le monastère de San Silvestro in Capite reçoit une partie considérable des reliques translatées par Paul I. Une inscription marbréenne du VIIIe siècle, encore conservée à l'entrée de l'église actuelle, liste les saints dont les reliques y ont été déposées sous Paul I et ses successeurs immédiats.[99]
On y trouve notamment :
- le pape saint Sylvestre I (314-335), patron de la fondation ;
- le pape saint Étienne I (254-257), martyr ;
- le pape saint Denys (259-268) ;
- le jeune martyr saint Tarcisius, transféré depuis la catacombe de Saint-Calixte ;
- de nombreux autres martyrs des premiers siècles.[100][101]
Une pastorale liturgique de la mémoire des martyrs
Ces translations ne sont pas un simple sauvetage archéologique. Elles s'inscrivent dans une pastorale liturgique précise. En rapprochant les reliques des fidèles, Paul I :
- Sauve la mémoire matérielle des martyrs menacée par les Lombards ;
- Recentre le culte sur les églises de la ville, plus faciles d'accès et de surveillance ;
- Multiplie les autels où l'on peut célébrer la messe sur la pierre d'un martyr, comme l'exige la tradition romaine ;
- Renforce le sens de continuité entre l'Église des premiers siècles et l'Église du VIIIe siècle, dans une Rome politiquement affaiblie mais spirituellement enracinée.[102]
Cette politique des reliques devient un modèle. Les papes suivants (Étienne III, Hadrien I, Léon III) la prolongeront. Mais Paul I en est, par son ampleur, l'un des principaux artisans.
Charité, pauvres et visites des prisons
Le portrait du Liber Pontificalis
La notice du Liber Pontificalis sur Paul I insiste, à côté des dossiers politiques et liturgiques, sur sa charité personnelle. Encyclopedia.com et plusieurs sources hagiographiques modernes rapportent qu'il était « un homme de noble caractère, connu pour sa charité envers les pauvres ».[103]
Cette mémoire doit être prise au sérieux. Dans une Rome appauvrie par les guerres, exposée à la famine, où les épidémies suivent les sièges, la charité n'est pas un détail décoratif : c'est un acte de gouvernement. Le pape qui négocie avec Pépin et Constantin V est aussi celui qui nourrit les indigents.
Visites nocturnes des prisons
Le détail le plus célèbre est celui des visites nocturnes aux prisons. Le Liber Pontificalis lui-même le rapporte : « nocte per semetipsum… cellas pauperum infirmorum… circuibat silentio… Sed et carceres atque alia claustra per eadem noctium secreta visitabat ; et si quos ibidem inveniebat retrusos, a mortis eruens periculo liberos ire relaxabat » — la nuit, en personne, il parcourait en silence les logis des pauvres infirmes et visitait les prisons et les autres lieux de détention, libérant ceux qu'il y trouvait enfermés (Duchesne I, p. 463). OrthodoxWiki relaie le même trait pour le lecteur moderne : Paul I « visitait régulièrement les prisons la nuit pour accomplir des actes de miséricorde » ; la Catholic Encyclopedia (1911), elle, loue seulement la charité et la bienveillance du pape sans reprendre ce détail.[104][105]
Cette pratique n'est pas isolée dans la tradition pontificale : on la retrouve chez plusieurs saints papes des premiers siècles. Mais sa mention insistante dans la mémoire de Paul I a une portée particulière. Au VIIIe siècle, les prisons romaines détiennent des prisonniers politiques, des dettes impayées, des otages lombards ou byzantins. Visiter ces lieux la nuit, en personne, suppose de la part du pape une humilité réelle et une volonté de mettre la miséricorde au-dessus de la diplomatie.
« Paul I était un homme de noble caractère, connu pour sa charité envers les pauvres. Il visitait régulièrement les prisons la nuit pour accomplir des actes de miséricorde. » — OrthodoxWiki[106]
Maladie, mort et sépulture (juin 767)
Été romain et retraite à Saint-Paul-hors-les-murs
Pendant la chaleur de l'été 767 — c'est le mot de la Catholic Encyclopedia —, Paul I, épuisé par dix années de pontificat tendu, tombe malade. Il se retire auprès de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs (San Paolo fuori le mura) et y meurt.[107][108]
Mort le 28 juin 767
Le 28 juin 767, dans la basilique paulienne ou tout près, Paul I rend le dernier soupir.[109][110] La date est attestée à la fois par le Liber Pontificalis, par la liste pontificale officielle et par les sources franques contemporaines. Son pontificat aura duré dix ans et un mois.
Sa mort survient à un moment particulièrement délicat. Pépin le Bref est encore vivant (il mourra en 768) ; Didier reste à Pavie ; Constantin V règne toujours sur Byzance. Le synode de Gentilly, qui confirmera la position romaine sur les images, ne se réunira qu'à Noël, près de six mois après sa mort.
Sépulture initiale et translation à Saint-Pierre
Paul I est d'abord enseveli à Saint-Paul-hors-les-murs, là où il est mort.[111][112] Mais près de trois mois plus tard, son corps est solennellement translaté à la basilique vaticane, auprès du tombeau de Pierre, comme il convient à un pape romain.[113][114][115]
Cette double sépulture est elle-même symbolique : Paul I meurt près de Paul et repose près de Pierre. La papauté du VIIIe siècle, malgré ses crises, garde la conscience de cette double assise apostolique.
L'Église catholique le honore comme saint : le Martyrologe romain le porte au 28 juin, jour de sa mort.[116][117] Il ne figure pas au calendrier général, où le 28 juin est la mémoire de saint Irénée, à la vigile des saints Pierre et Paul.[118] Sa mémoire se prolonge dans la dévotion romaine, où Saint-Paul-hors-les-murs et San Silvestro in Capite restent les deux lieux emblématiques de son pontificat.
Sa mort ouvre une crise de succession : un laïc, Constantin, frère du duc Toto de Nepi, se fait élire irrégulièrement et occupe le siège jusqu'en 768 ; déposé, il laisse la place à Étienne III, élu le 1er août 768 et consacré le 7 août.[119][120]
Chronologie
| Date | Événement | Importance |
|---|---|---|
| vers 700 | Naissance de Paul à Rome | Famille noble romaine |
| 752-757 | Pontificat d'Étienne II, son frère | Paul est son collaborateur principal |
| 754 | Donation de Pépin à Quierzy | Naissance juridique des États pontificaux |
| 26 avril 757 | Mort d'Étienne II | Ouverture de la succession |
| 26 avril - 29 mai 757 | Élection contestée contre Théophylacte | Victoire de la faction fraternelle |
| 29 mai 757 | Consécration épiscopale de Paul I | Début effectif du pontificat |
| 757 | Translation de sainte Pétronille à Saint-Pierre | Patronne des rois francs |
| 758 | Didier saisit Spolète et Bénévent | Encerclement de Rome |
| 758 | Linge baptismal de la fille de Pépin | Cadeau symbolique franc |
| 757-767 | 32 lettres au Codex Carolinus | Correspondance avec Pépin le Bref |
| 761 | Achèvement de San Silvestro in Capite | Monastère grec basilien |
| 758-759 | Visite de Didier à Rome et double diplomatie (deux lettres via Georges d'Ostie) | Pression lombarde |
| 765 | Restauration partielle Bénévent, Toscane, Spolète | Médiation de Pépin |
| 767 | Ambassade de Constantin V auprès de Pépin (échec) | Tentative de gagner les évêques francs ; les légats de Paul I rassurent le pape |
| 28 juin 767 | Mort de Paul I à Saint-Paul-hors-les-murs | Fin du pontificat |
| 28 juin 767 – août 768 | Intermède de l'antipape Constantin II | Élection irrégulière, puis élection d'Étienne III (1er août 768) |
| Septembre 767 | Translation du corps à Saint-Pierre | Sépulture définitive |
| Noël 767 (25 décembre) | Synode franc de Gentilly, après la mort de Paul I | Maintien de la doctrine selon l'historiographie ; aucun acte subsistant |
Héritage spirituel et doctrinal
La constance contre l'iconoclasme
Paul I est l'un des papes qui ont, par leur constance, sauvé la doctrine catholique des images. Il ne tient pas un grand concile ; il n'écrit pas une définition dogmatique fameuse. Mais il refuse pendant dix ans la pression d'un empereur, multiplie les légats, accueille les moines persécutés, et obtient des Francs un synode qui prépare Nicée II.
Cette constance discrète est typique de la grandeur romaine. Le Siège apostolique tient bon non par éclat polémique, mais par fidélité quotidienne à la tradition reçue. Hadrien I, vingt ans plus tard, n'aurait pas pu convoquer Nicée II sans le terrain préparé par Paul I.
Le pape de la mémoire des martyrs
Paul I est aussi, par excellence, le pape de la mémoire matérielle des martyrs. Les translations qu'il opère ne sont pas un simple geste de piété : elles fixent dans la ville la présence des saints, multiplient les lieux où l'on peut prier sur leurs reliques, et inscrivent l'Église du VIIIe siècle dans la continuité ininterrompue de l'Église des persécutions.
Cette politique a une portée théologique. Elle affirme que la communion des saints est concrète, que l'Église ne vit pas seulement de doctrine abstraite mais de corps de martyrs, et que la sainteté traverse les siècles dans la chair des reliques autant que dans les définitions conciliaires.
Le pape de l'alliance franque
Sur le plan politique, Paul I consolide ce que son frère avait initié : l'alliance entre la papauté et la dynastie carolingienne. Cette alliance ne se réduit pas à un calcul. Elle ouvre, à terme, ce qu'on appellera la chrétienté médiévale : un Occident dans lequel l'autorité spirituelle du pape et l'autorité temporelle des rois travaillent ensemble pour la diffusion de la foi, l'organisation des conciles, la défense des États pontificaux et la mission.
Paul I n'a pas couronné Charlemagne, comme le fera Léon III en 800. Mais sans les dix années de Paul I et ses 32 lettres au Codex Carolinus, l'alliance qui rend possible le couronnement de 800 n'aurait pas tenu.
La charité comme signature
Enfin, il faut garder en mémoire la charité de Paul I. Le pape qui défend les images, négocie avec Pépin, résiste à Didier et accueille les moines orientaux, est aussi celui qui visite les prisons la nuit. Cette unité entre les grandes décisions et les petits actes est une marque de sainteté. Elle suffirait à elle seule à justifier sa vénération comme saint et son inscription au Martyrologe romain au 28 juin.
Pour aller plus loin
- Pape Étienne II — frère et prédécesseur de Paul I, pape de la donation de Pépin et du voyage en Francie.
- Pape Étienne III — élu après l'intermède de l'antipape Constantin II (767-768), pape du concile romain de 769.
- La donation de Pépin (754-756) — fondement juridique des États pontificaux que Paul I défend pendant dix ans.
- Pépin le Bref — premier roi carolingien, allié de la papauté, destinataire des 32 lettres du Codex Carolinus.
- Concile de Nicée II (787) — définition catholique de la vénération des images, vingt ans après le synode de Gentilly soutenu par Paul I.
- L'ancienne basilique Saint-Pierre — lieu de la translation de sainte Pétronille et de la sépulture définitive de Paul I.
- Les catacombes romaines — sanctuaires des martyrs des premiers siècles, dépouillés par Paul I pour mettre les reliques à l'abri dans les églises de la Ville.
- Pape saint Léon III — couronne Charlemagne en 800, héritier lointain de l'alliance franque consolidée par Paul I.
Notes et sources
Notes et références
Saint-Siège, liste officielle des papes : Paul I, 93e pape de l'Église catholique, début du pontificat 29 mai 757, fin 28 juin 767, naissance à Rome. La fiche pontificale dédiée n'est plus en ligne au format standard mais l'inscription dans la liste canonique demeure. URL générale : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father.html.
1 48 109Johann Peter Kirsch, "Pope Paul I", The Catholic Encyclopedia, vol. 11, Robert Appleton Company, New York, 1911 ; transcription New Advent : famille romaine, éducation au Latran, collaboration avec Étienne II, élection face à Théophylacte, consécration 29 mai 757, dossiers lombard et byzantin, monastère de la maison paternelle, San Silvestro in Capite, translations de reliques, sépulture initiale à Saint-Paul-hors-les-murs et translation à Saint-Pierre. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11577a.htm.
2 3 7 9 12 21 23 24 34 39 41 43 47 51 54 55 73 74 76 81 85 87 94 102 107 110 111 113 116Encyclopaedia Britannica, "Saint Paul I" : pape de 757 à 767, frère d'Étienne II, alliance avec Pépin contre Didier, médiation franque de 763, refuge offert aux moines grecs persécutés par Constantin V, transferts de reliques depuis les catacombes, construction de l'église des saints Pierre et Paul, mort le 28 juin 767. URL : https://www.britannica.com/biography/Saint-Paul-I.
4 6 19 22 33 37 52 77R. McKitterick, D. van Espelo, R. Pollard, R. Price (éd. et trad.), Codex Epistolaris Carolinus: Letters from the Popes to the Frankish Rulers, 739-791, Translated Texts for Historians 77, Liverpool University Press, 2021, ISBN 978-1-80034-871-4 (référence vérifiée : Cairn/Le Moyen Âge, ORBi Liège, Early Medieval Europe 31, 2023) : compilation des 99 lettres papales aux Carolingiens, dont 32 de Paul I (757-767). Recension par Thomas F. X. Noble (University of Notre Dame), The Medieval Review 22.03.21 : « The 32 often agitated letters of Paul I (757-68) reveal the pope's uncertainty about Pippin's ability, or willingness, to return to Italy to make the Lombards honor their promises and concessions ». URL : https://scholarworks.iu.edu/journals/index.php/tmr/article/view/34171.
5 28 30 31 63 65 66J. P. Kirsch, « Pope Paul I », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, 1911 : « In 767 a Frankish synod was held at Gentilly, near Paris, at which the Church doctrines concerning the Trinity and the veneration of images were maintained » ; Hefele, Konziliengeschichte, 2e éd., III, 431 et 602 (cités dans les sources de la notice). Aucun acte du synode ne subsiste (cf. CE, art. « Filioque » : « The synodal Acts and other information do not seem to exist ») : le contenu exact — Trinité, probablement à propos du Filioque, et vénération des images face aux envoyés de Constantin V — reste une reconstruction historiographique. Assemblée des évêques francs près de Paris sous Pépin le Bref, après la mort de Paul I (28 juin 767) ; elle prépare le terrain doctrinal de Nicée II (787). URL : https://www.newadvent.org/cathen/11577a.htm.
8 25 80 83Wikipedia (en), "San Silvestro in Capite" : l'article attribue l'église originelle et le monastère basilien aux « papes Paul I et Étienne III », avec une fondation en 761 — attribution incohérente, Étienne III ne régnant qu'à partir de 768 ; la Catholic Encyclopedia (« Pope Paul I ») et le Liber Pontificalis (privilège de fondation du 2 juin 761, Jaffé 2346, cf. Duchesne I, p. 466, n. 8) attribuent la fondation à Paul I seul. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/San_Silvestro_in_Capite.
10 86 89Encyclopedia.com, "Paul I, Pope, St." : pontificat 29 mai 757 - 28 juin 767, fête le 28 juin, famille noble romaine au service de la curie, élection brièvement contestée, alliance pépinienne, conflits avec Didier (Imola, Osimo, Ancône, Bologne, Spolète, Bénévent), opposition à l'iconoclasme de Constantin V Copronyme, refuge offert aux moines orientaux, élargissement et stabilisation des États pontificaux, reconstruction des églises romaines, translations de reliques depuis les catacombes. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/paul-i-pope-st.
11 13 16 20 27 32 36 42 45 46 49 53 70 79 84 97 112 114Liber Pontificalis, notice "Paulus" (vie XCV), éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, Paris, 1886, p. 463-467 (texte contrôlé mot à mot sur le scan Duchesne vol. 1, archive.org, orthographe normalisée) : « Paulus, natione Romanus, ex patre Constantino, sedit ann. X mens. I » ; élection, p. 463 — « continuo eadem populi congregatio quae cum praefato beatissimo Paulo tunc diacono tenebat, quoniam validior et fortior erat, eum in pontificatus culmen elegerunt » ; légats pour les images, p. 463 — « sepius suos missos cum apostolicis obsecratoriis atque amonitoriis litteris praefatis Constantino et Leoni Augustis direxit, pro restituendis confirmandisque in pristino venerationis statu sacratissimis imaginibus » ; charité nocturne, p. 463 — « nocte per semetipsum… cellas pauperum infirmorum… circuibat silentio… Sed et carceres atque alia claustra per eadem noctium secreta visitabat ; et si quos ibidem inveniebat retrusos, a mortis eruens periculo liberos ire relaxabat » ; monastère, p. 464 — « in sua propria domu monasterium a fundamentis in honore sancti Stephani… necnon et beati Silvestri… construxit » ; Pétronille — sarcophage « Avreae Petronillae filiae dulcissimae » (graphie de l'inscription), transport à Saint-Pierre dans le mausolée préparé par Étienne II ; mort — « dum in ecclesia beati Pauli apostoli aestivo tempore pro valido caloris fervore demoraretur, corporali preoccupatus egritudine, illic vitam finivit… trium fere mensuum spatio », puis translation par le Tibre à Saint-Pierre.
14 15 26 40 44 88 104 108 115 119Wikipedia (en), "Pope Paul I" : naissance à Rome vers 700, aristocrate romain, éducation au Latran, élection après le 26 avril 757, victoire sur la faction de l'archidiacre Théophylacte, négociations avec Pépin pour l'alliance, conflit avec Didier qui retient Imola, Bologne, Osimo et Ancône, saisie de Spolète et Bénévent en 758, restauration partielle des privilèges papaux en 765. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Paul_I.
17 35 38 56 60 61Donation conclue par Étienne II et Pépin le Bref à Quierzy (754), après les expéditions franques de 754 et 756 : voir l'article Ignispedia La donation de Pépin (754-756), fondement juridique des États pontificaux que Paul I doit faire vivre pendant tout son pontificat. Récit dans J. P. Kirsch, « Pope Paul I », Catholic Encyclopedia, vol. 11, 1911 : lettre de Pépin au peuple romain l'exhortant à rester attaché à saint Pierre, et réponse du sénat et du peuple de Rome l'exhortant à achever l'agrandissement de la province romaine arrachée aux barbares. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11577a.htm.
18 50 62Wikipedia (en), "Codex epistolaris Carolinus" : compilation de 99 lettres papales écrites entre 739 et 791 — les destinataires de l'ensemble (Charles Martel, Pépin III, Carloman, Charlemagne) varient selon les pontificats ; le sous-corpus des 32 lettres de Paul I (757-767) est adressé à Pépin III, seul souverain franc de son vivant. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Codex_epistolaris_Carolinus.
29 64J. P. Kirsch, « Pope Paul I », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, New York, 1911 (New Advent) : une fille naît à Pépin en 758 et le roi envoie au pape le linge utilisé au baptême ; Paul I remercie et signale à Pépin l'hostilité de Didier — cités d'Imola, Osimo, Ancône et Bologne non livrées à Rome, Pentapole dévastée lors de l'expédition contre les ducs rebelles de Spolète et de Bénévent, les deux duchés conquis et annexés par Didier en 758. Correspondance conservée dans le Codex Epistolaris Carolinus (éd. MGH, Epistolae, III, 507 sqq. pour l'ensemble du recueil). URL : https://www.newadvent.org/cathen/11577a.htm.
57 67 68J. P. Kirsch, « Pope Paul I », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, 1911 (New Advent) : au retour de Bénévent, Didier passe par Rome et contraint Paul à écrire à Pépin pour concéder les revendications lombardes (restitution d'Imola contre renvoi des otages lombards) ; le pape confie deux lettres à ses ambassadeurs, l'évêque Georges d'Ostie et le prêtre romain Étienne, partis avec le messager franc Ruodpert — l'une, officielle, pour assurer aux envoyés un sauf-passage en territoire lombard (paix et restitution des otages), l'autre, secrète, suppliant Pépin de venir au secours de Rome, de punir le roi lombard et de lui faire rendre les villes retenues. Épisode placé par le récit entre l'annexion de 758 et l'envoi fin 759, soit 758-759. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11577a.htm.
58 59Wikipedia (en), "Saint Petronilla" : translation du corps de la sainte par Paul I en 757 depuis la catacombe de Domitille vers une chapelle ronde de l'ancienne basilique Saint-Pierre préparée par Étienne II ; sarcophage de marbre portant l'inscription « Aureae Petronillae Filiae Dulcissimae » ; la sainte, regardée comme fille spirituelle de saint Pierre, devient à cette occasion patronne des rois francs en récompense du service de Pépin face à l'invasion lombarde ; chapelle devenue par la suite lieu de sépulture des rois de France à Saint-Pierre. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/St._Petronilla.
69 71 72 96 98338 évêques, aucun patriarche : Wikipedia (en), « Council of Hieria » — 338 évêques présents ; l'empereur attend la vacance du siège de Constantinople (mort du patriarche Anastase, janvier 754) avant de convoquer le conciliabule. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Council_of_Hieria. Présidence de Théodose d'Éphèse, siège vacant : patriarcat grec-orthodoxe d'Antioche, « The Seventh Ecumenical Council » — le patriarche Anastase meurt avant l'ouverture et Théodose, évêque d'Éphèse, préside ; Hefele, Histoire des conciles, vol. 5 — « the vacancy of the patriarchate facilitated his plans… the number of those present amounted to 338 bishops ». Constantin II installé le 8 août 754 : liste des patriarches de Constantinople — Constantin II, 8 août 754 – 30 août 766 ; OrthodoxWiki, « Constantine II of Constantinople » — conciliabule du 10 février au 8 août 754, auquel « none of the other patriarchs were present or represented ». URL : https://orthodoxwiki.org/Constantine_II_of_Constantinople.
75J. P. Kirsch, « Pope Paul I », The Catholic Encyclopedia, vol. 11, 1911 (New Advent) : Constantin V envoie des légats en Occident qui, venus auprès de Pépin, ne dissimulent pas leur intention de négocier avec lui sur des questions dogmatiques, y compris la soumission de l'exarchat de Ravenne ; des légats pontificaux se rendent aussi auprès de Pépin sur ces sujets et, à leur retour, rassurent le pape sur les dispositions du roi franc, qui garde auprès de lui deux envoyés pontificaux, l'évêque Georges et le prêtre Pierre. URL : https://www.newadvent.org/cathen/11577a.htm.
78OrthodoxWiki, "Paul I of Rome" : Paul I noble de caractère, charité envers les pauvres, visites nocturnes des prisons, soutien à Pépin pour la fidélité orthodoxe, conduite au synode de Gentilly en 767 qui affirme la vénération des saintes images. URL : https://orthodoxwiki.org/Paul_I_of_Rome.
82 103 105 106Churches of Rome Wiki, "San Silvestro in Capite" : monastère commencé par Étienne II et achevé par Paul I en 761 ; conçu spécifiquement pour recevoir les ossements des catacombes pillées par les Lombards en 756 ; communauté initiale de moines grecs suivant la règle de saint Basile ; transition vers l'observance bénédictine entre les Xe et XIIe siècles ; saint Tarcisius parmi les reliques majeures transférées depuis la catacombe de Saint-Calixte. URL : https://romanchurches.fandom.com/wiki/San_Silvestro_in_Capite.
90 92 93 95 100churches-of-rome.info, dossier « San Silvestro in Capite » (SSiC-054) : « Pope Paul I completed a monastery which had been founded in his family's house by his brother, Pope Stephen II (752-757) » ; l'acte originel du chantier est un document émis par Paul I en 761 ; une fresque y fait passer Étienne II pour probable co-fondateur (« probably co-founder »). Source de guides romains sérieuse, postérieure au Liber qui attribue la construction à Paul I seul. URL : http://www.churches-of-rome.info/CoR_Info/SSiC-054/SSiC054.pdf.
91Inscription marbréenne du VIIIe siècle conservée dans le mur de l'atrium de San Silvestro in Capite, Rome : l'une des deux inscriptions du milieu du VIIIe siècle portant calendriers des fêtes des saints dont les reliques furent apportées au monastère des saints Étienne et Sylvestre, bâti et doté de reliques par Paul I (757-767) — description de la base ClipPix ETC (University of South Florida), page inaccessible en direct le 4 octobre 2026 (erreur base de données) mais descriptif indexé vérifié ; corroborée par le dossier churches-of-rome.info (SSiC) qui signale les tables de marbre à l'entrée portant les noms des saints et martyrs ensevelis dans l'église. URL : https://etc.usf.edu/clippix/picture/rome-san-silvestro-in-capite-inscription-c-760-list-of-relics-and-calendar-of-feasts.html.
99 101Fête au 28 juin : Catholic Encyclopedia, « Pope Paul I » : « Paul is venerated as a saint. His feast is celebrated on the twenty-eighth of June » ; New Catholic Dictionary (1910), « Paul I, Pope Saint » : « Feast, Roman Calendar, June 28 » (propre de Rome) ; le Martyrologium Romanum traditionnel le porte au 28 juin : « At Rome, St. Paul I, pope and confessor ». En revanche, Paul I ne figure pas au Calendrier romain général : le 28 juin y est la mémoire de saint Irénée, évêque et martyr, à la vigile des saints Pierre et Paul.
117 118Encyclopedia.com, « Constantine II, Antipope » : après la mort de Paul I, Toto de Nepi fait élire son frère Constantin, laïc ; Toto tué, Constantin capturé puis déposé, Étienne III canoniquement élu et consacré le 7 août 768. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/constantine-ii-antipope. Élection le 1er août 768 : voir l'article sur le concile du Latran de 769 (Wikipedia, « Lateran Council of 769 »).
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