Pape Adrien Iᵉʳ (772-795)

Pape pendant près de vingt-quatre ans, Adrien Iᵉʳ rompt avec les Lombards, scelle l'alliance carolingienne, fait restaurer le culte des images à Nicée II et donne aux États pontificaux leur base juridique durable.

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Adrien Iᵉʳ (Hadrianus I), Romain de noble extraction, est consacré pape le 9 février 772 après une élection unanime du clergé et du peuple un peu plus d'une semaine plus tôt. Il gouverne jusqu'à sa mort le 25 décembre 795 : près de vingt-quatre années, l'un des plus longs pontificats de toute l'histoire de l'Église, et le plus long jusqu'à Pie VI à la fin du XVIIIᵉ siècle.[1][2][3] Le Saint-Siège le présente comme le 95ᵉ pape, successeur d'Étienne III et prédécesseur de saint Léon III.[4]

Son pontificat fait basculer l'Occident dans une nouvelle ère. En quelques années, Adrien Iᵉʳ rompt avec le roi lombard Didier, fait passer les Alpes à Charlemagne à l'automne 773, assiste à la chute du royaume lombard en juin 774, et reçoit du nouveau roi des Francs, arrivé à Rome le 2 avril 774, la confirmation et l'extension solennelle de la donation de Pépin, signée le 6 avril 774 à Saint-Pierre — fondation juridique durable des États pontificaux.[5][6][7]

Sur le terrain doctrinal, Adrien envoie ses légats au concile œcuménique de Nicée II (sept sessions nicéennes du 24 septembre au 13 octobre ; clôture constantinopolitaine du 23 octobre dont l'authenticité est discutée), où sa lettre dogmatique adressée à Constantin VI et à l'impératrice Irène sert de pièce maîtresse pour restaurer la légitimité du culte des images contre l'iconoclasme byzantin.[8][9][10] Il combat de Rome l'adoptianisme d'Elipand de Tolède et de Felix d'Urgel ;[11] il répond par l'Hadrianum responsum au Capitulare adversus synodum qui résumait les objections des Libri Carolini franques ;[12][13] il envoie à Charlemagne le Sacramentaire grégorien dit Hadrianum, qui fonde la liturgie romano-franque ;[14] et il transforme physiquement Rome par une œuvre de restauration sans équivalent depuis l'Antiquité tardive.[15][16]

À sa mort, le jour de Noël 795, Charlemagne pleure « comme s'il avait perdu un frère ou un fils très cher », selon le mot resté célèbre d'Eginhard.[17] Il fait composer par Alcuin une épitaphe de quarante lignes, gravée sur un marbre noir extrait des carrières de Sclayn dans la vallée de la Meuse, expédié de la Francie à Rome.[18][19] La dalle, encore en place aujourd'hui au portique de Saint-Pierre, signe en deux lignes la profondeur d'une amitié politique et spirituelle : « Pleurant après mon père, moi Charles ai écrit ces vers. »[20][21]

Adrien Iᵉʳ en quatre dossiers — rupture lombarde, promissio donationis, Nicée II et restauration matérielle de Rome. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Quand on lui annonça la mort d'Hadrien, pontife romain, qu'il tenait pour le premier de ses amis, il pleura comme s'il avait perdu un frère ou un fils très cher. » — Eginhard, Vita Karoli Magni, ch. 19[22]

Pourquoi Adrien Iᵉʳ compte-t-il ?

Le pivot où la papauté change de monde

L'importance d'Adrien tient moins à un acte unique qu'à une convergence. Avec lui, l'Église romaine cesse d'être, vis-à-vis de l'Empire byzantin, une chrétienté lointaine, harcelée par les édits impériaux et menacée par les rois lombards ; elle devient, vis-à-vis de la Francie carolingienne, le centre vivant d'un nouvel ordre occidental.[23][24]

Quatre dossiers, pris ensemble, dessinent ce basculement : la fin du royaume lombard (774), la fondation territoriale durable des États pontificaux, la restauration œcuménique du culte des images à Nicée II, et la réforme liturgique romaine en Francie par le sacramentaire Hadrianum. Aucun pape du VIIIᵉ siècle, avant lui, ne réunit cette amplitude.

Le grand restaurateur de Rome chrétienne

Adrien n'est pas seulement un pape « politique ». Le Liber Pontificalis lui consacre la plus longue notice de tout son recueil — trente-huit pages (p. 486-523) dans l'édition critique de Duchesne —, et l'essentiel y est consacré à son œuvre de restauration matérielle : quatre aqueducs antiques remis en eau, des kilomètres de murailles aureliennes reconstruites, des dizaines de basiliques, diaconies et oratoires restaurés, six grands domaines agricoles (domus cultae) fondés pour nourrir Rome et ses pauvres.[25][26]

Cette dimension change la lecture de son pontificat. Adrien engage le redressement d'une Rome héritée en état de pénurie vers la prospérité carolingienne. Le pape n'est pas un fonctionnaire impérial chargé de réceptionner des édits : il est le chef effectif d'une ville qu'il rebâtit, d'un peuple qu'il nourrit, d'une liturgie qu'il diffuse.

Le pape qui solde la première iconoclastie

Sur le terrain doctrinal, Adrien hérite d'un demi-siècle de crise iconoclaste ouverte par Léon III l'Isaurien dès 726-730 et durcie sous Constantin V au conciliabule de Hiereia (754).[27] Quand l'impératrice Irène et son fils Constantin VI cherchent à restaurer la communion ecclésiale, ils savent qu'aucun concile « œcuménique » ne tiendra sans le consentement explicite de Rome.

Adrien envoie ses légats — l'archiprêtre Pierre de Saint-Pierre et l'abbé Pierre du monastère grec de Saint-Sabas in Aventino — et surtout sa Synodica (sa lettre synodale : une lettre dogmatique adressée au concile, classée sous la cote JE 2448 dans le répertoire des lettres des papes), lue solennellement à l'ouverture des sessions de Nicée II.[28][29] Ce texte distingue la latria, adoration due à Dieu seul, et la vénération relative (proskynesis) rendue aux images du Christ, de la Vierge et des saints. C'est sur cette base que les Pères de Nicée II définissent la doctrine catholique des images, encore vivante aujourd'hui.[30]

Les sources principales

Un témoignage romain dominant, complété par le monde franc et byzantin

Le dossier Adrien est l'un des mieux documentés du haut Moyen Âge : la papauté romaine, la cour carolingienne et l'Empire byzantin produisent simultanément des actes, des lettres et des chroniques.

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siège, liste officielleactuelle95ᵉ pape, origine romaine, dates du pontificatNotice synthétique
Liber Pontificalis, Vita Hadriani I (Duchesne t. I, p. 486-523)rédaction romaine, fin VIIIᵉ s.La plus longue notice du Liber ; chronologie, donation, restaurations, basiliquesPoint de vue romain explicite ; à croiser
Codex Carolinus, MGH Epp. III, Gundlach 1892manuscrit compilé en 79199 lettres papales (739-791) ; correspondance d'Adrien avec CharlemagneSélection franque ; certaines réponses pontificales absentes
Actes de Nicée II : grand recueil Mansi (t. XII-XIII) ; réédition critique Erich Lamberz787Sessions complètes, Synodica d'Adrien (sa lettre dogmatique, cote JE 2448), profession finaleVersions grecque et latine (Anastase Bibliothécaire) divergent par endroits
Hadrianum responsum (réponse pontificale)vers 793-794Réponse d'Adrien aux 85 capitula du Capitulare adversus synodumTexte partiel, plusieurs lacunes
Libri Carolini (MGH Concilia Suppl. 1, éd. Freeman)vers 790-794Théologie franque de l'image, contexte de l'Hadrianum responsumJamais promulgués officiellement
Eginhard, Vita Karolivers 829-836Témoignage carolingien sur l'amitié Adrien-CharlemagneComposition tardive et hagiographique
Alcuin, épitaphe d'Adrien (texte reproduit dans Duchesne, Liber Pontificalis I, p. 523)composé 79640 lignes : 19 distiques et finale en prose ; vision carolingienne d'AdrienSource poétique ; signature de Charlemagne
Treccani, Adriano I (Enciclopedia dei Papi)2000Synthèse critique moderne italienneSource secondaire de référence
Mann, Lives of the Popes, I/II, 1906-1912début XXᵉ s.Récit catholique classique détailléÀ croiser avec critique moderne
Th. F. X. Noble, The Republic of Saint Peter (1984)moderneRéférence majeure sur la naissance des États pontificauxLecture institutionnelle ferme

Le Liber Pontificalis : un monument romain pour un pape exceptionnel

Liber Pontificalis — manuscrit médiéval du recueil pontifical, source romaine majeure pour la Vita Hadriani I. Image Wikimedia Commons.

La Vita Hadriani I du Liber Pontificalis est, par sa longueur même, un témoignage de l'importance que Rome accordait à son pape. La rédaction romaine, contemporaine ou très proche, accumule deux types de matériel : un récit narratif chronologique des grands événements politiques (rupture avec Didier, descente de Charlemagne, donation de 774, légats à Nicée II), et un catalogue prodigieusement détaillé des restaurations matérielles : poids des métaux donnés aux autels, mètres de toiture refaite à Saint-Pierre, nombre de lampes et de cierges donnés aux diaconies, fondations des domus cultae.[31][32]

Cette double matière fait du Liber Pontificalis l'ossature de tout article sur Adrien. Mais elle invite à la prudence : le rédacteur romain écrit du point de vue de Saint-Pierre. Les conflits avec Charlemagne autour de l'application de la promissio de 774 (notamment sur Spolète, Bénévent et l'archevêché de Ravenne) y sont systématiquement présentés du côté pontifical. Le Codex Carolinus et les chroniques franques permettent de corriger ce biais.

Le Codex Carolinus : la correspondance papale conservée par Charlemagne

À l'inverse, le Codex Carolinus est une archive franque. Compilé en 791 sur ordre de Charlemagne lui-même, il regroupe 99 lettres des papes Grégoire III, Zacharie, Étienne II, Paul Ier, Étienne III et Adrien Iᵉʳ (le pape le mieux représenté avec environ 49 lettres) adressées aux rois francs entre 739 et 791. Le manuscrit unique qui nous le transmet — le Cod. Vindobonensis 449 de la Bibliothèque nationale d'Autriche, à Vienne — date du IXᵉ siècle.[33][34][35]

Le Codex éclaire ce que le Liber Pontificalis ne dit pas : la diplomatie quotidienne d'Adrien, ses demandes répétées d'application de la promissio, ses inquiétudes territoriales, sa théologie politique. C'est lui qui contient la fameuse lettre de 778 où le pape invoque l'exemple de Constantin pour encourager Charlemagne à enrichir l'Église romaine — premier témoignage documenté de la circulation effective de la Donation de Constantin.[36][37]

Les actes de Nicée II : la Synodica d'Adrien comme texte fondateur

Pour la doctrine, la source décisive est le corpus des actes de Nicée II, conservé dans la collection Mansi (Sacrorum Conciliorum Nova et Amplissima Collectio, t. XII-XIII) et désormais réédité dans la grande série critique allemande et anglo-américaine.[38][39]

La pièce maîtresse, pour la papauté, est la Synodica d'Adrien — une longue lettre dogmatique adressée à Constantin VI et Irène (JE 2448), lue solennellement lors de la deuxième session du concile. Les chercheurs distinguent deux versions : le texte latin original envoyé de Rome, et le texte grec officiel retravaillé sur place. Une étude diplomatique publiée en 1966 dans Traditio (Luitpold Wallach) a montré que certaines formules concernant l'autorité romaine, présentes dans la version latine, ont été atténuées ou modifiées dans la version grecque conservée par les actes. Cette divergence textuelle nourrit aujourd'hui une partie de la discussion œcuménique avec l'orthodoxie.[40]

Eginhard et l'épitaphe d'Alcuin : la mémoire carolingienne

Pour la fin du pontificat, deux sources carolingiennes dominent. La Vita Karoli Magni d'Eginhard (rédigée entre 829 et 836) consacre au chapitre 19 quelques lignes décisives sur le deuil de Charlemagne à la mort d'Adrien — texte classique de la prose carolingienne, et témoignage central de l'historiographie occidentale.[41]

L'épitaphe d'Adrien, composée par Alcuin en 796 à la demande de Charlemagne, est conservée depuis 1619 au portique de la basilique Saint-Pierre. Le marbre noir provient de Sclayn, dans la vallée de la Meuse en actuelle Belgique ; il a été extrait, gravé et expédié de la Francie à Rome dans le cadre d'un véritable concours poétique auquel concourait notamment Theodulf d'Orléans.[42] Le texte, dont les mots les plus célèbres proclament « POST PATREM LACRIMANS KAROLVS HAEC CARMINA SCRIPSI » — « Pleurant après mon père, moi Charles ai écrit ces vers » —, vaut comme acte public d'auto-identification de Charlemagne à la papauté romaine.[43]

Avant le pontificat : un Romain de la via Lata

Théodote, oncle et primicier

Adrien naît à Rome, dans une famille de la noblesse militaire établie autour de la via Lata — l'actuel Corso. Le Liber Pontificalis et la tradition prosopographique précisent un détail fondamental : son oncle paternel Théodote (parfois Théodate) porte les titres romains de consul, dux et primicerius Sanctae Romanae Ecclesiae, soit le premier laïc dans la hiérarchie administrative de l'Église de Rome.[44][45]

Le père d'Adrien, Théodore, meurt alors que l'enfant est encore jeune. C'est sous la tutelle de cet oncle puissant qu'il entre dans le clergé romain, où il gravit les degrés : notaire régionnaire, sous-diacre, puis diacre. Pour le Liber, cette formation explique à la fois sa culture latine, sa connaissance des structures administratives romaines, et sa capacité à diriger une ville pendant près d'un quart de siècle.[46]

Une Rome encore byzantine, mais déjà à part

Au moment où Adrien grandit, l'Italie reste juridiquement byzantine. L'exarchat de Ravenne est le siège de l'autorité impériale en Italie ; les duchés lombards de Spolète et de Bénévent et le royaume lombard de Pavie dominent la péninsule ; Rome dépend de Constantinople pour la confirmation pontificale et pour la protection contre les Lombards. Mais la rupture iconoclaste déclenchée par Léon III l'Isaurien en 726-730 a provoqué la perte du soutien romain : à partir du milieu du VIIIᵉ siècle, les papes — Étienne II, Paul Ier, Étienne III — cherchent leur protection chez les rois francs Pépin le Bref et ses fils.[47]

Adrien hérite donc d'une papauté déjà tournée vers le Nord, mais politiquement fragile. La donation de Pépin de 754, renouvelée à Quierzy, restait largement théorique : les Lombards n'avaient pas remis l'intégralité des territoires promis ; les partisans romains pro-lombards conservaient une influence à la curie.[48][49] C'est cette situation, qu'Adrien va débloquer.

Janvier-février 772 : une élection unanime

Étienne III meurt le 24 janvier 772.[50] Adrien est élu dans l'unanimité du clergé et du peuple romain, malgré l'opposition du chambrier Paul Afiarta, agent direct des intérêts du roi lombard Didier à la curie.[51] Le Saint-Siège donne la date du 1ᵉʳ février 772 pour le début du pontificat, l'ordination épiscopale solennelle ayant lieu une semaine plus tard, le 9 février.[52][53]

Les premières mesures donnent le ton. Adrien fait libérer les prisonniers politiques détenus par Étienne III, ouvre une enquête sur le meurtre de Sergius, fils du primicier Christophe (un anti-lombard exécuté sous le pontificat précédent), et neutralise la faction pro-lombarde sans déclencher de bain de sang. Cette première séquence prouve immédiatement deux choses : Adrien gouverne avec autorité, et il a un projet clair — sortir Rome de la tutelle lombarde.[54][55]

Rompre avec Didier : la rupture lombarde de 772-773

Paul Afiarta et la faction lombarde

Charlemagne — portrait peint par Albrecht Dürer en 1511-1513, image tardive mais devenue classique de la mémoire carolingienne. Image Wikimedia Commons.

Le règlement du dossier Paul Afiarta illustre la manière dont Adrien procède. Le chambrier, complice du meurtre de Sergius, est convoqué, jugé selon les formes, puis livré au tribunal de l'archevêque de Ravenne. Il meurt en prison avant d'être condamné — manière efficace pour Adrien de purger la curie tout en évitant un procès retentissant qui aurait pu polariser Rome.[56][57]

Les raids de Didier

Didier, roi des Lombards depuis 757, voit dans la mort d'Étienne III une occasion politique majeure. Il a marié sa fille — dont les sources contemporaines ne donnent pas le prénom avec certitude (la tradition l'appelle Desiderata, francisé « Désirée ») — à Charlemagne quelques années plus tôt — mariage rapidement rompu par Charlemagne pour des raisons obscures —, et il accueille à sa cour la veuve de Carloman (frère de Charlemagne mort le 4 décembre 771[58]) et ses deux jeunes fils.[59][60] Pour Didier, ces enfants sont des prétendants potentiels au trône franc qu'il peut, à terme, faire couronner pour briser l'unité carolingienne.

Le levier qu'il actionne sur Rome est plus brutal. À l'été 772, les troupes lombardes ravagent le territoire pontifical — la campagna romaine, l'exarchat, la Pentapole. Didier exige qu'Adrien fasse oindre à Rome les jeunes fils de Carloman. Le pape refuse. Les raids reprennent.[61][62]

L'appel à Charlemagne

Adrien hésite peu. Il envoie à Charlemagne une série de légations (la séquence des lettres du Codex Carolinus permet de la reconstituer) demandant l'application des accords franco-romains conclus sous Pépin. Charlemagne, prudent, tente d'abord la médiation diplomatique ; il propose à Didier un règlement amiable, qui est refusé.[63][64]

C'est l'échec de cette médiation qui rend la guerre inévitable. À l'assemblée des Francs réunie à Genève (Geneva) à l'été 773, Charlemagne obtient le soutien général des grands francs pour l'expédition italienne. À l'automne 773, l'armée franque passe les Alpes par deux cols : le mont Cenis sous le commandement de Charlemagne lui-même, le Grand-Saint-Bernard sous celui de son oncle Bernard.[65][66]

Le siège de Pavie

Les Lombards renoncent à défendre les cols et se replient sur leur capitale. Charlemagne assiège Pavie dès septembre 773. Le siège dure plus de neuf mois. Dans les derniers mois, Adalgis, le fils de Didier, s'enfuit à Vérone, puis à Byzance, où il rêvera longtemps d'une reconquête lombarde qui ne viendra jamais.

772-774 : la rupture lombarde — cinq étapes, de la mort d'Étienne III à la promissio pascale de Charlemagne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est pendant le siège, en mars 774, que Charlemagne décide de monter à Rome pour célébrer Pâques avec le pape — un geste à la fois religieux et politique, qui scelle l'alliance.[67][68]

Pâques 774 : Charlemagne à Saint-Pierre

Le Samedi saint 2 avril 774

Le récit du Liber Pontificalis est l'un des plus visuels de tout le recueil. À la nouvelle de l'approche de Charlemagne, Adrien envoie à sa rencontre les juges, les bannières des écoles militaires et tout le clergé. Charlemagne arrive à Rome le Samedi saint 2 avril 774. Au pied de l'escalier de la basilique Saint-Pierre, il met pied à terre, monte les marches à genoux, baise chaque degré, et est reçu en haut par Adrien qui l'embrasse. Dès ce Samedi saint, le pape et le roi, entourés des juges romains et francs, se lient par un serment mutuel sur la confession de saint Pierre.[69]

Le geste, fortement codifié, fonctionne sur deux registres. Religieusement, Charlemagne se présente comme fils dévot de saint Pierre. Politiquement, il accomplit le rite par lequel les empereurs romains et byzantins étaient reçus dans la vetus Sancti Petri — manière de signifier qu'il prend la place du protecteur impérial auquel Rome ne peut plus se fier.

La promissio donationis

Les jours suivants se passent en cérémonies pascales et en négociations. Le mercredi de Pâques 6 avril 774, Charlemagne et ses grands prêtent serment sur la tombe de l'apôtre Pierre et signent la promissio donationis — confirmation et extension de la donation faite à Étienne II par Pépin à Quierzy en 754.[70][71]

Le contenu de cette promissio, longtemps discuté par les historiens, comprend selon le Liber Pontificalis : l'exarchat de Ravenne, la Pentapole (Rimini, Pesaro, Fano, Senigallia, Ancône et leurs castra), des portions importantes des duchés de Spolète et de Bénévent, des territoires en Vénétie et en Istrie. Th. F. X. Noble a montré que ce maximalisme géographique du Liber est partiellement idéalisé, mais que le noyau effectivement transféré — le duché de Rome, l'exarchat, la Pentapole, et une partie de l'Émilie — constitue la base juridique durable des États pontificaux pour onze siècles.[72]

Pavie tombe : fin du royaume lombard

Charlemagne rentre à Pavie au printemps. En juin 774, la ville capitule par la faim. Didier est déposé, exilé au monastère de Corbie en Francie, où il finira ses jours dans une retraite monastique. Charlemagne s'attribue les titres lombards : il devient rex Francorum et Langobardorum.[73][74][75]

C'est la fin du royaume lombard en Italie, après deux cent six ans d'existence (568-774). L'événement est bien plus qu'un changement dynastique : il transforme toute la géographie politique de la Méditerranée occidentale et installe la Francie carolingienne comme nouvel acteur dominant — entre l'Empire byzantin à l'est et le califat abbasside au sud-ouest.

La donation renouvelée et étendue : naissance juridique des États pontificaux

Quierzy 754, Pavie 774 : la même donation, deux étapes

Après 774 : la base des États pontificaux — carte pédagogique stylisée du patrimoine de saint Pierre, de la Pentapole, de Ravenne et des zones disputées. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La promissio de 774 ne fonde pas les États pontificaux ex nihilo. Elle renouvelle, en l'étendant géographiquement, l'engagement déjà pris par Pépin le Bref à Quierzy-sur-Oise en 754, puis confirmé à Pavie après les campagnes franques contre Aistulf (756). Mais Aistulf et son successeur Didier n'avaient appliqué cette donation que partiellement.[76]

Adrien obtient donc, en 774, deux choses : la réaffirmation solennelle d'une donation que les Lombards n'avaient pas honorée, et son élargissement à des territoires que la chute du royaume lombard rend désormais disponibles.

Une autonomie politique nouvelle pour la papauté

Le résultat est immédiat. Le pape devient chef temporel d'un État italien — modeste, mais autonome —, avec ses propres impôts, sa propre administration, sa propre milice, et bientôt sa propre monnaie : Adrien développe la frappe monétaire régulière au nom du pape.[77][78]

C'est cette autonomie qui rendra possible, vingt-six ans plus tard, le couronnement impérial de Charlemagne par Léon III à Saint-Pierre, le 25 décembre 800. Sans la transformation politique opérée sous Adrien, le geste de Léon III eût été difficilement envisageable dans les mêmes conditions.[79]

La donation de Constantin : un usage controversé

Le Constitutum Constantini

La Donation de Constantin est un faux rédigé en milieu romain au VIIIᵉ siècle — vraisemblablement entre 750 et 800 selon le consensus classique (Fuhrmann) ; Johannes Fried (2007) a proposé les années 820, thèse restée contestée. Le texte prétend rapporter une donation faite par l'empereur Constantin au pape Sylvestre Iᵉʳ vers 313-315, transférant à la papauté la juridiction sur Rome, l'Italie et toutes les provinces occidentales en remerciement de sa conversion.[80][81]

L'authenticité du document a été contestée dès le XVᵉ siècle (Nicolas de Cues, Lorenzo Valla) ; aucune édition critique actuelle ne la défend : l'édition de référence établit qu'il s'agit d'un faux du VIIIᵉ siècle.[82]

La lettre de 778 et l'usage romain

La lettre du Codex Carolinus écrite par Adrien à Charlemagne en mai 778 (Jaffé, Ep. 61) est le premier témoignage documenté de la circulation effective de la Donation de Constantin dans les chancelleries occidentales. Adrien y exhorte Charlemagne à imiter Constantin et à enrichir l'Église romaine.[83]

Que faut-il en conclure ? La critique historique honnête distingue trois niveaux : (1) le faux lui-même est probablement antérieur à Adrien et ne saurait lui être imputé ; (2) son usage rhétorique par Adrien auprès de Charlemagne est documenté ; (3) la conviction subjective d'Adrien — le pape pensait-il citer un document authentique, ou usait-il d'un argument qu'il savait fragile ? — reste indécidable historiquement.

Position catholique honnête

Cette affaire embarrasse parfois les apologètes. Elle ne doit pas. Le fait que la Donation de Constantin soit un faux n'affecte en rien la légitimité historique des États pontificaux — qui repose sur les donations réelles de Pépin et de Charlemagne —, ni la doctrine catholique de la primauté pontificale — qui repose sur la succession apostolique depuis Pierre. Il rappelle simplement que la chancellerie pontificale du VIIIᵉ siècle a, comme toutes les chancelleries de l'époque, utilisé des arguments d'autorité fragiles mêlés à des fondements solides.[84]

L'honnêteté historique est ici une force apologétique : reconnaître ce qui est faux dans la tradition romaine renforce la crédibilité de ce qu'elle affirme par ailleurs.

Le concile de Nicée II (787) : restauration des images

La crise iconoclaste depuis Léon III l'Isaurien

Christ Pantocrator du Sinaï — icône encaustique du VIᵉ siècle, souvent citée comme témoin majeur de la tradition iconographique antérieure à l'iconoclasme. Image Wikimedia Commons.

La querelle iconoclaste byzantine éclate vers 726-730, quand l'empereur Léon III l'Isaurien décide de retirer la sainte Icône du Christ qui surmontait la Porte de Chalcé à Constantinople. La mesure déclenche une émeute populaire et le patriarche Germain doit démissionner. Le pape Grégoire II proteste solennellement.[85]

Le conflit s'enracine sous Constantin V Copronyme (741-775), qui durcit la politique iconoclaste et la dogmatise au conciliabule de Hiereia (754) — concile que Rome a toujours refusé de reconnaître. Les persécutions de moines iconodules se multiplient en Orient ; à Rome, les papes Grégoire III, Zacharie, Étienne II, Paul Ier ont maintenu sans relâche la doctrine catholique du culte des images.[86]

La convocation d'Irène et Constantin VI

À la mort de Léon IV en 780, sa veuve Irène l'Athénienne devient régente au nom de son fils Constantin VI, âgé de neuf ans. Iconodule convaincue, Irène prépare prudemment le retour à l'orthodoxie. Elle obtient en 784 l'élection d'un nouveau patriarche, Taraise, ancien haut fonctionnaire favorable à la restauration des images.

Le 26 octobre 785, Adrien répond à la convocation impériale — le message d'Irène et de Constantin VI du 29 août 784 — et accepte. C'est la première fois depuis le IIIᵉ concile de Constantinople (680-681) que la papauté et l'Empire byzantin convergent pour convoquer un concile œcuménique de restauration doctrinale.[87][88]

La Synodica d'Adrien

Avant le concile, Adrien envoie à Constantin VI et Irène une longue lettre dogmatique (JE 2448) qui servira de pièce maîtresse. La Synodica fait trois choses : elle réaffirme la doctrine catholique du culte des images (vénération relative, non adoration), elle rappelle la primauté romaine comme garante de l'orthodoxie, et elle pose des conditions précises à la participation papale.[89][90]

Deux versions de cette lettre nous sont parvenues : le texte latin original envoyé de Rome, conservé dans la tradition manuscrite occidentale, et le texte grec officiel lu au concile, conservé dans les actes byzantins. Une étude diplomatique publiée en 1966 dans Traditio (Luitpold Wallach) a montré que certaines formules concernant l'autorité romaine et le retour des territoires confisqués par les empereurs iconoclastes (Sicile, Calabre, Illyricum) avaient été atténuées ou supprimées dans la version grecque. Cette divergence — qu'Adrien semble avoir acceptée post factum pour ne pas compromettre la paix de l'Église — est aujourd'hui un point de discussion œcuménique avec l'orthodoxie.[91]

Les deux Pierre : les légats romains

Adrien envoie deux légats portant le même prénom : l'archiprêtre Pierre de Saint-Pierre, haut dignitaire de la basilique apostolique, et l'abbé Pierre du monastère grec de Saint-Sabas in Aventino — un religieux oriental connaissant parfaitement le grec et la liturgie byzantine.[92] Le choix est habile : un Romain de haut rang pour la dignité, un moine bilingue pour la précision théologique.

Les sept sessions de Nicée (24 septembre – 13 octobre) et la « huitième session » de Constantinople (23 octobre 787)

Le concile se tient à Nicée — comme Nicée I en 325 — dans la basilique de Sainte-Sophie de Nicée, où se succèdent sept sessions du 24 septembre au 13 octobre. Les actes transmis rapportent en outre une clôture solennelle le 23 octobre au palais de Magnaura, à Constantinople, où la définition aurait été proclamée à nouveau en présence d'Irène et de Constantin VI et où vingt-deux canons de discipline auraient été promulgués.[93] La critique moderne (Erich Lamberz, suivi par Richard Price) tient toutefois cette prétendue « huitième session » pour un ajout postérieur du IXᵉ siècle destiné à honorer le rôle des empereurs, et non pour une session authentique du concile.[94][95] Les Pères présents à Nicée sont environ 308, dont les deux légats romains et les délégués des trois patriarches orientaux (Antioche, Alexandrie, Jérusalem) sous occupation musulmane.[96]

Les sept sessions nicéennes (24 septembre – 13 octobre 787) procèdent par étapes :

  • lecture de la Synodica d'Adrien, accueillie favorablement ;
  • réintégration des évêques iconoclastes qui ont accepté de signer une rétractation ;
  • examen des textes patristiques sur le culte des images (Cyrille de Jérusalem, Basile le Grand, Jean Chrysostome, Jean Damascène) ;
  • réfutation point par point du conciliabule de Hiereia (754) ;
  • rédaction de la définition dogmatique finale.[97]

La distinction proskynesis / latria

Latria et proskynesis — Nicée II distingue l'adoration due à Dieu seul et la vénération relative des images saintes. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La définition finale de Nicée II repose sur une distinction technique qui sera la pierre de touche de toute la doctrine catholique des images :

  • la latrie (latreia, adoratio) est l'adoration absolue, réservée à Dieu seul ;
  • la vénération (proskynesis, veneratio) est un honneur relatif rendu aux saintes images du Christ, de la Vierge et des saints, qui passe à travers l'image jusqu'au prototype représenté.[98][99]

Cette distinction, formalisée par saint Jean Damascène (vers 730-740) dans ses Trois discours pour la défense des saintes images, devient à Nicée II la doctrine officielle de l'Église :

« Plus on regarde fréquemment leurs représentations en images, plus on est porté à se souvenir, à désirer et à honorer leurs prototypes. Et l'on rend à l'image la vénération honorifique, non pas la vraie adoration de notre foi, qui ne convient qu'à la nature divine seule ; mais la salutation, l'encens, la lumière, comme l'usage pieux des anciens. » — Concile de Nicée II, définition dogmatique du 13 octobre 787 (traduction française)[100]

La réception romaine

Adrien reçoit avec satisfaction le résultat. Il ratifie le concile comme VIIᵉ concile œcuménique ; sa doctrine entre dans le canon catholique. Le Catéchisme de l'Église catholique cite encore aujourd'hui Nicée II au §1161 :

« Tous les signes de la célébration liturgique sont relatifs au Christ : les images sacrées de la sainte Mère de Dieu et des saints le sont aussi. » — Catéchisme de l'Église catholique, §1161[101]

Ce qu'Adrien ne sait pas encore, c'est que la Francie carolingienne, mal informée par une traduction latine défectueuse des actes, va, pour des raisons mêlées de théologie et de politique, accueillir cette ratification avec une méfiance prolongée.

La controverse adoptianiste : Elipand, Felix, Adrien

Une hérésie christologique née en Espagne

L'adoptianisme apparaît à la fin du VIIIᵉ siècle dans l'Espagne wisigothique en partie conquise par les Maures. Son principal théoricien, Elipand, archevêque métropolitain de Tolède, professe une formule christologique périlleuse : le Christ, selon son humanité, est « Fils adoptif » de Dieu ; selon sa divinité, il est Fils naturel.[102]

La formule a, en apparence, l'avantage de clarifier la distinction des deux natures du Christ. Elle a en réalité un effet dissolvant : elle suggère qu'il y aurait, dans le Christ, deux fils — un fils naturel selon la divinité, un fils adoptif selon l'humanité. C'est la résurgence d'une forme de nestorianisme, condamné à Éphèse (431) et précisé à Chalcédoine (451).

Elipand de Tolède et Felix d'Urgel

Elipand n'agit pas seul. Son disciple Felix, évêque d'Urgel dans la marche carolingienne d'Espagne, devient le porte-parole théologique de la doctrine. C'est lui qui sera convoqué par Charlemagne au synode de Ratisbonne en 792, qui le condamnera ; puis au synode de Rome en 793 (sous Adrien) ; puis au concile de Francfort en 794 ; puis au concile d'Aix-la-Chapelle en 800 (sous Léon III).[103][104]

Les lettres d'Adrien aux évêques d'Espagne

Après une première mise en garde dès 785[105], Adrien réagit dès qu'il prend connaissance du libelle d'Elipand. En 793-794, à la demande de Charlemagne, il adresse aux évêques d'Espagne une longue lettre dogmatique (la Hadriani epistola ad episcopos Hispaniae) qui réfute point par point les thèses adoptianistes.[106]

L'argument fondamental est patristique. Adrien rappelle que la filiation divine du Christ, dans son unique personne du Verbe, assume la nature humaine sans la diviser ; que le Christ est Fils naturel selon les deux natures, parce que la filiation est attribuée à la personne, non à l'une ou à l'autre des natures séparément. La formule d'Elipand brise cette unité de personne et fait du Christ deux fils.

Beatus de Liébana et Étherius d'Osma

Du côté espagnol, la réfutation est portée par deux moines audacieux : Beatus de Liébana, célèbre commentateur de l'Apocalypse, et son disciple Étherius d'Osma. Leur traité Adversus Elipandum libri duo (vers 785) défend une christologie classique chalcédonienne et démasque le retour au nestorianisme dans la formule adoptianiste.[107]

Le combat espagnol coïncide ainsi avec celui d'Adrien. Le pape l'encourage, et tous deux préparent le terrain doctrinal de la condamnation conciliaire qui interviendra à Francfort.

Le concile de Francfort (794) et la victoire posthume d'Adrien

Le concile de Francfort, convoqué par Charlemagne et tenu en juin 794, condamne solennellement l'adoptianisme dans son canon 1. Adrien y est représenté par ses légats Theophylact et Étienne. La condamnation est intégralement reçue à Rome.[108][109]

L'adoptianisme ne disparaît pas d'un coup — Felix résistera jusqu'à sa rétractation finale en 799-800 — mais il est doctrinalement vaincu. Adrien, mort un an après Francfort (25 décembre 795), peut être tenu pour l'architecte théologique principal de cette condamnation.

Les Libri Carolini et l'Hadrianum responsum

Une mauvaise traduction qui devient un dossier théologique

Les actes de Nicée II arrivent en Francie vers 790. La traduction latine disponible est défectueuse : à plusieurs endroits décisifs, le mot grec proskynesis (vénération relative) est traduit par adoratio — qui, en latin théologique, désigne plutôt la latria due à Dieu seul. Le lecteur franc a donc l'impression que les Grecs ont décrété l'adoration des images — précisément ce qu'ils ont voulu condamner.[110]

À partir de ce malentendu se développe en Francie un dossier théologique : les Libri Carolini (ou Opus Caroli regis contra synodum), rédigés vers 790-794 sous la supervision de Charlemagne et probablement par Theodulf d'Orléans comme principal auteur — selon la démonstration paléographique d'Ann Freeman (Speculum, 1957).[111]

Theodulf d'Orléans et la théologie franque de l'image

Les Libri Carolini ne sont pas un simple contre-sens. Ils déploient une théologie franque de l'image sophistiquée, à mi-chemin entre l'iconoclasme oriental (rejeté) et le culte byzantin (jugé excessif). Pour Theodulf, les images sont des outils pédagogiques légitimes mais non des objets de vénération : ni à briser ni à honorer particulièrement.[112]

Ce milieu intellectuel a aussi des arrière-pensées politiques. Charlemagne, dont la position dans l'Empire chrétien est encore en construction, réagit à l'auto-affirmation byzantine d'Irène, qui s'attribue le titre d'augusta et règne seule sur le concile. Refuser Nicée II, c'est aussi pour la cour franque refuser le monopole byzantin sur l'œcuménicité.

Le Capitulare adversus synodum et la réponse d'Adrien

Vers 792-793, Charlemagne envoie à Adrien un résumé en 85 capitula des objections franques — le Capitulare adversus synodum. Adrien répond vers 793-794 par un texte qu'on appelle l'Hadrianum responsum : une défense systématique de Nicée II, point par point, dans laquelle il reprend la distinction latria / proskynesis et corrige les contresens de la traduction latine.[113][114]

L'argumentation est ferme et patiente. Adrien ne rompt pas avec Charlemagne ; il ne menace d'aucun anathème ; il explique, cite les Pères, renvoie aux textes grecs originaux. Le ton est celui d'un père de famille spirituel.

Pourquoi cette querelle ne s'est pas transformée en schisme

C'est l'un des chefs-d'œuvre diplomatiques d'Adrien. Là où une rupture aurait été possible — la Francie carolingienne désavouait, en somme, un concile œcuménique ratifié par Rome —, Adrien refuse de transformer un malentendu textuel en conflit doctrinal. Les Libri Carolini ne sont jamais promulgués officiellement ; ils restent inédits jusqu'à leur publication par les protestants en 1549 ; ils sont mis à l'Index romain en 1559 ; et c'est lentement, surtout après le couronnement impérial de 800 et la mort de Constantin VI, que la Francie reçoit pleinement Nicée II.[115][116]

Pour le grand récit de l'histoire de l'Église, ce silence est paradoxalement une réussite. La papauté d'Adrien a tenu deux choses ensemble : la fidélité au concile œcuménique de Nicée II et la paix avec son protecteur franc. Cette double exigence est l'un des secrets de la longévité de l'unité catholique au VIIIᵉ siècle.

L'œuvre romaine : aqueducs, basiliques, domus cultae

Les quatre aqueducs restaurés

Le Liber Pontificalis consacre des dizaines de pages aux restaurations matérielles d'Adrien à Rome — ce qui en fait l'une des sources les plus précieuses d'archéologie monumentale du haut Moyen Âge.[117] La pièce la plus impressionnante est la restauration de quatre aqueducs antiques : l'Aqua Sabbatina, l'Aqua Vergine (Aqua Virgo augustéenne), l'Aqua Iovia (anciennement Aqua Tepula-Iulia) et l'Aqua Claudia.[118][119]

L'enjeu est concret. Rome, qui comptait peut-être un million d'habitants à son apogée impériale, n'a plus, au VIIIᵉ siècle, qu'une population très réduite — les historiens modernes avancent un ordre de grandeur de quelques dizaines de milliers d'habitants, sans qu'aucune source contemporaine permette un chiffre précis[120] —, et plusieurs aqueducs antiques, endommagés dès les guerres gothiques du VIᵉ siècle, sont en ruine ou hors d'usage. Restaurer les aqueducs, c'est permettre à Rome de revivre comme ville, comme centre liturgique, comme pôle agricole.

Saint-Pierre, Sainte-Marie Majeure, le Latran

Sur le front liturgique, Adrien restaure l'ancienne basilique constantinienne de Saint-Pierre : nouveaux portiques, escaliers monumentaux, portes argentées, lampes, mosaïques. Il refait la toiture de Sainte-Marie Majeure, restaure le complexe du Lateran (palais et basilique), et augmente massivement les biens de toutes les diaconies romaines.[121]

La diaconie de Sainte-Marie in Cosmedin

Sainte-Marie in Cosmedin — diaconie romaine profondément réorganisée sous Adrien Iᵉʳ au Forum Boarium. Image Wikimedia Commons.

Le cas de la diaconie de Sainte-Marie in Cosmedin illustre la politique sociale d'Adrien. La diaconie est une institution caritative attachée à une basilique, qui distribue nourriture, vêtements et soins aux pauvres. Adrien reconstruit entièrement l'église du Forum Boarium, mentionnée comme diaconie pour la première fois dans sa biographie, et en fait une grande basilique de pèlerinage et de charité — le bâtiment, considérablement modifié par les siècles suivants, garde encore aujourd'hui les éléments du programme adrianeen.[122]

Les six domus cultae

Plus original encore, Adrien fonde six grands domaines agricoles appelés domus cultae — Capracorum sur la via Cassia, Galeria Aurelia, Galeria Portuense, Calvisianum, S. Edisto et S. Leucio —, propriétés ecclésiastiques entièrement orientées vers la production alimentaire pour Rome. Chaque domus culta combine vignobles, blé, élevage et oliviers ; les récoltes sont stockées dans les greniers du Latran et de Saint-Pierre, et distribuées aux pauvres romains.[123][124]

C'est une invention administrative majeure : la papauté devient un acteur économique direct, capable de subvenir matériellement à la population de la Urbs sans dépendre des marchés byzantins ni des bonnes volontés lombardes. Sans cette base économique, l'autonomie politique gagnée en 774 serait restée théorique.

Les xenodochia et la charité institutionnelle

Adrien fonde ou restaure aussi plusieurs xenodochia — hospices pour pèlerins et malades —, notamment celui dédié à saint Pierre, près de l'ancienne basilique. La continuité avec les institutions caritatives byzantines (les xenones et ptochotropheia d'Orient) est claire : Adrien intègre à Rome les meilleures pratiques caritatives orientales.

La liturgie : le Sacramentaire Hadrianum

La demande de Charlemagne

Sacramentaire latin — page enluminée d'un manuscrit sacramentaire, témoin de la culture liturgique transmise et stabilisée dans l'Occident carolingien. Image Wikimedia Commons.

Vers les années 780, Charlemagne, soucieux d'unifier la liturgie de son royaume sur le modèle romain, demande à Adrien un sacramentaire romain officiel. Adrien envoie — la date la plus probable est 784-791 — une copie du Sacramentaire grégorien dit Hadrianum, conservé dans la chapelle papale comme l'usage liturgique de l'évêque de Rome.[125][126]

Un texte aux origines composites

Le Sacramentaire envoyé n'est pas, malgré son nom traditionnel, l'œuvre de saint Grégoire le Grand : c'est une compilation romaine des VIIᵉ-VIIIᵉ siècles, intégrant des prières d'origine grégorienne mais largement remaniée. Il manque notamment plusieurs prières que la liturgie franque utilisait couramment.[127]

Le Supplementum d'Alcuin

C'est pour compléter cette lacune qu'Alcuin (selon l'attribution la plus probable) ajoute à l'Hadrianum un Supplementum contenant les prières manquantes, soigneusement marquées comme non romaines. L'ensemble Hadrianum + Supplementum circule largement dans la Francie carolingienne et devient la base de la liturgie romano-franque — c'est-à-dire, en dernière analyse, de la liturgie occidentale médiévale tout entière, jusqu'au Missel de saint Pie V (1570) inclus.[128]

La romanisation liturgique de la Francie

L'effet à long terme est immense. Là où la Francie utilisait des liturgies locales d'origine gallicane, elle adopte progressivement la liturgie romaine. Cette unification, voulue par Charlemagne mais rendue possible par Adrien, prépare le chant grégorien, la liturgie médiévale latine et toute la culture eucharistique occidentale du Moyen Âge.

La mort, l'épitaphe et la postérité

Le 25 décembre 795

Adrien meurt à Rome le jour de Noël 795. Sa date de naissance est inconnue : le Liber Pontificalis ne la donne pas, et la Catholic Encyclopedia porte expressément « date of birth uncertain » ; son âge exact à sa mort ne peut donc être établi — le chiffre de 94 ou 95 ans avancé par la notice Wikipédia anglophone[129] n'est repris ni par le Liber Pontificalis ni par la Catholic Encyclopedia[130] —, et son pontificat aura duré vingt-trois ans, dix mois et vingt-quatre jours.[131][132] Selon le Liber Pontificalis, il est inhumé le 26 décembre dans une chapelle funéraire spéciale de l'ancienne basilique constantinienne de Saint-Pierre.[133]

La chapelle adriéenne sera démolie au XVᵉ siècle lors des travaux préparant la reconstruction Renaissance de Saint-Pierre voulue par Jules II. Mais l'épitaphe sera, elle, préservée, déplacée et remise en place au portique de la nouvelle basilique.

Eginhard : « comme un frère »

À la nouvelle de la mort, Charlemagne pleure. Eginhard, son biographe officiel, en fait dans la Vita Karoli Magni le témoignage central de l'amitié pontifico-franque :

« Quand on lui annonça la mort d'Hadrien, pontife romain, qu'il tenait pour le premier de ses amis, il pleura comme s'il avait perdu un frère ou un fils très cher. » — Eginhard, Vita Karoli Magni, ch. 19[134]

Ce mot a fait fortune. Il n'est pas seulement personnel ; il définit une nouvelle théologie politique : le roi des Francs, pas encore empereur, considère le pape comme son père spirituel et son égal politique. C'est cette équation qui rendra possible le couronnement de Noël 800.

Le concours poétique et le marbre noir de Sclayn

Pour honorer Adrien, Charlemagne organise en 796 un véritable concours poétique auquel concourent Alcuin et Theodulf d'Orléans. C'est Alcuin qui l'emporte.[135]

Pour le support, Charlemagne choisit un marbre noir extrait des carrières de Sclayn, dans la vallée de la Meuse, en actuelle Belgique — à quelques jours de route d'Aix-la-Chapelle. La pierre est gravée en capitales romaines d'une grande pureté, puis expédiée de Francie à Rome par voie terrestre puis fluviale. C'est un objet diplomatique autant que liturgique : Charlemagne signifie qu'il prend en charge la mémoire monumentale du pape défunt.[136]

L'épitaphe d'Alcuin

Le texte composé par Alcuin compte quarante lignes disposées en distiques : dix-neuf distiques élégiaques (trente-huit vers), suivis de deux dernières lignes en prose qui renforcent l'effet poétique de l'ensemble[137][138][139]. Il commence par une invocation grandiose :

« Ici le père de l'Église, ornement de Rome, illustre auteur / Hadrien, pape bienheureux, repose en paix. » — Alcuin, épitaphe d'Adrien Iᵉʳ, vers 1-2[140]

et porte les vers les plus célèbres, qui valent signature personnelle de Charlemagne :

« Pleurant après mon père, moi Charles ai écrit ces vers. » — Épitaphe d'Adrien Iᵉʳ, par Alcuin, à la demande de Charlemagne (796)[141]

C'est l'un des rares cas dans toute l'histoire où un roi appose son nom personnel sur l'épitaphe d'un pape. Au-delà de la piété privée, c'est un acte juridique implicite : Charlemagne se reconnaît fils de la papauté romaine.

Une mémoire conservée jusqu'à nous

La dalle est restée au portique de l'ancienne basilique Saint-Pierre pendant huit siècles. Lors des travaux de la basilique Renaissance, elle est démontée et remise en place en 1619 au portique de la nouvelle Saint-Pierre, où on peut encore la lire aujourd'hui, « haut sur le mur entre la Porte de la Mort et la Porte du Bien et du Mal ».[142][143]

Pour le pèlerin qui entre aujourd'hui dans la basilique vaticane, l'épitaphe d'Adrien est, après les sépultures pontificales, l'un des plus anciens monuments écrits encore en place. Elle date de la jeunesse de l'Europe carolingienne.

Héritage

Pourquoi Adrien fait basculer la papauté médiévale

Avec Adrien Iᵉʳ, la papauté change d'échelle. Avant lui, le pape de Rome est un patriarche occidental dépendant militairement de Byzance, harcelé par les Lombards, dont l'autorité doctrinale est universelle mais dont la liberté politique est étroite. Après lui — et grâce à lui —, le pape de Rome est le chef d'un État autonome, le partenaire spirituel reconnu du nouveau monde carolingien, et le garant d'une doctrine restaurée des images qui structurera toute la spiritualité occidentale médiévale.

Le couronnement de 800 comme conséquence

Sans la fondation territoriale de 774 et sans la personnalité morale d'Adrien, le couronnement impérial de Charlemagne par Léon III à Saint-Pierre le 25 décembre 800 eût été difficilement envisageable dans les mêmes conditions.[144] L'événement de Noël 800 prolonge directement une politique commencée à Pâques 774.

C'est pourquoi les historiens des États pontificaux, depuis Th. F. X. Noble, voient en Adrien Iᵉʳ le véritable fondateur de la papauté médiévale, plus encore que Grégoire VII ou Innocent III, qui en seront plus tard les systématiseurs.[145]

Adrien dans la mémoire occidentale

La mémoire d'Adrien est paradoxale. Pape immense de son vivant, il a été éclipsé dans la mémoire commune par son successeur Léon III — qui a eu, lui, le geste spectaculaire du couronnement de 800. Mais l'essentiel de la substance de la papauté carolingienne — la Synodica de Nicée II, l'Hadrianum responsum, le sacramentaire Hadrianum, les domus cultae, les aqueducs restaurés — est l'œuvre d'Adrien, non de Léon III.

Adrien Iᵉʳ est, en ce sens, le pape qui a donné à Léon III les moyens de sa papauté.

Pour aller plus loin

  • Les États pontificaux (756-1870) — naissance juridique de l'État pontifical, promissio de 774.
  • Concile de Nicée II (787) — restauration du culte des images et Synodica d'Adrien.
  • Le couronnement de Charlemagne — aboutissement direct, en 800, de la politique d'Adrien.
  • Iconoclasme — la crise byzantine que Nicée II vient solder.
  • Pape saint Léon III — successeur d'Adrien et acteur du couronnement de 800.
  • L'ancienne basilique Saint-Pierre — restaurée et embellie par Adrien.
  • La Donation de Constantin — faux du VIIIᵉ siècle, premier usage documenté chez Adrien en 778.

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle Adriano I, liste des papes : 95ᵉ pape, origine romaine, début de pontificat « 1,9.II.772 » (1ᵉʳ février, élection ; 9 février, consécration), fin le 25 décembre 795. https://www.vatican.va/content/vatican/it/holy-father/adriano-i.html.

    1 4 52 132
  2. James Loughlin, "Pope Adrian I", The Catholic Encyclopedia, vol. 1, Robert Appleton Company, New York, 1907 ; transcription New Advent : pontificat 1ᵉʳ février 772 – 25 décembre 795, 23 ans 10 mois 24 jours ; Romain de noble extraction ; opposition de Paul Afiarta ; appel à Charlemagne ; embellissement de Rome (sommes fabuleuses, selon le Liber) ; concile de Nicée II ; adoptianisme ; mort 25 décembre 795, sépulture à Saint-Pierre, épitaphe attribuée à Charlemagne. https://www.newadvent.org/cathen/01155b.htm.

    2 49 51 57 130 131
  3. "Pope Adrian I", Wikipedia en anglais, version consultée le 4 juin 2026 : famille des domini de via Lata, oncle Théodote (consul, dux, primicerius Sanctae Romanae Ecclesiae), père Théodore mort jeune, pontificat le plus long depuis saint Pierre jusqu'à Pie VI, mort à 94-95 ans, inhumation à Saint-Pierre, épitaphe d'Alcuin sur marbre noir de Sclayn (vallée de la Meuse), en place au portique de Saint-Pierre depuis 1619, références bibliographiques (Ullmann, McKitterick, Nelson, Barton, Cavadini). https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Adrian_I.

    3 45 129
  4. Ottorino Bertolini (entrée révisée), "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani : consécration le 9 février 772, noblesse militaire romaine ; libération des prisonniers ; enquête sur le meurtre de Sergio ; neutralisation de Paul Afiarta ; rupture avec Didier ; promissio de Charlemagne du 6 avril 774 incluant Ravenne, la Pentapole et Spolète ; six domuscultae ; mort 25 décembre 795 ; inhumation à Saint-Pierre. https://www.treccani.it/enciclopedia/adriano-i_(Enciclopedia-dei-Papi)/.

    5 48 53 56
  5. Liber Pontificalis, Vita Hadriani I, dans Louis Duchesne (éd.), Le Liber Pontificalis. Texte, introduction et commentaire, t. I, Paris, E. de Boccard, 1886 (rééd. 1955), p. 486-523. La notice de Hadrien est la plus longue de tout le recueil ; elle constitue la source primaire principale du pontificat.

    6 31 44
  6. Thomas F. X. Noble, The Republic of Saint Peter: The Birth of the Papal State, 680-825, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1984, chapitres consacrés à Adrien Iᵉʳ : pontificat d'Adrien comme tournant décisif dans la fondation institutionnelle des États pontificaux ; promissio de 774 comme base juridique durable ; domus cultae comme base économique de l'autonomie.

    7 23 47 72 78 124 145
  7. Giovanni Domenico Mansi, Sacrorum Conciliorum Nova et Amplissima Collectio, t. XII et XIII, Florence-Venise, 1759-1798 : édition de référence des actes complets du concile de Nicée II (787), incluant les sept sessions, la Synodica d'Adrien à Constantin VI et Irène, et la définition dogmatique finale. Édition critique moderne du texte grec : Erich Lamberz (éd.), Concilium Universale Nicaenum Secundum, Acta Conciliorum Oecumenicorum, sér. 2, t. 3, en 3 parties, Berlin, De Gruyter, 2008-2016.

    8 38 95
  8. Richard Price (trad.), The Acts of the Second Council of Nicaea (787), Liverpool University Press, Translated Texts for Historians 68, 2018 : traduction anglaise critique et commentée des actes complets ; participation des deux légats romains, lecture solennelle de la Synodica d'Adrien, examen patristique et réfutation du conciliabule de Hiereia.

    9 28 39 88 90 92 94 97 98
  9. Catholic Encyclopedia (1913), « Second Council of Nicaea », transcription New Advent : première session le 24 septembre 787 à Sainte-Sophie de Nicée, horos lu le 13 octobre ; les actes transmis rapportent en outre une dernière session au palais de Magnaura à Constantinople le 23 octobre et vingt-deux canons de discipline — mais la critique moderne (Erich Lamberz, suivi par Richard Price, The Acts of the Second Council of Nicaea, Liverpool University Press, 2018, p. 655-656) tient cette « huitième session » pour un ajout postérieur du IXᵉ siècle destiné à honorer le rôle des empereurs. https://www.newadvent.org/cathen/11045a.htm.

    10 93
  10. Florence Close, Uniformiser la foi pour unifier l'Empire. Contribution à l'histoire de la pensée politico-théologique de Charlemagne, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2011 : analyse de la controverse adoptianiste, des écrits d'Elipand de Tolède et de Felix d'Urgel, et de la séquence conciliaire Ratisbonne (792) – Rome (793) – Francfort (794) – Aix-la-Chapelle (800).

    11 102 103 107
  11. Ann Freeman, "Theodulf of Orleans and the Libri Carolini", Speculum 32 (1957), p. 663-705 : démonstration paléographique et stylistique de l'attribution principale des Libri Carolini à Theodulf d'Orléans ; analyse de la théologie franque de l'image fondée sur une réception sophistiquée mais critique de Nicée II.

    12 110 112 114 115
  12. Adrien Iᵉʳ, réponse aux 85 capitula du Capitulare adversus synodum (v. 793-794), dite Hadrianum responsum : défense systématique du concile de Nicée II, point par point, fondée sur la distinction latria / proskynesis et corrigeant les contresens de la traduction latine défectueuse des actes ; sur le dossier franc et son contexte, voir Ann Freeman, Speculum 32 (1957).

    13 113
  13. Sur l'envoi du Sacramentaire : Oxford Reference, s.v. « Hadrianum » (livre envoyé v. 790 par Adrien Iᵉʳ à la demande de Charlemagne) ; New Catholic Dictionary (1910), s.v. « Gregorian Sacramentary » (envoi entre 781 et 791 pour introduire le rite romain dans le royaume franc) ; sur le caractère composite du texte transmis (non composé par Grégoire, intégrant des pièces postérieures), voir la synthèse dans Medieval Mass Liturgy (De Gruyter). Le Supplementum comblant les lacunes est attribué à Alcuin selon l'attribution la plus probable.

    14 125 127
  14. Liber Pontificalis, Vita Hadriani I, éd. Duchesne, t. I, Paris, 1886, p. 499-514 : long catalogue des restaurations matérielles à Rome — quatre aqueducs (Sabbatina, Vergine, Iovia, Claudia), murs auréliens, ancienne basilique Saint-Pierre, Latran, Sainte-Marie Majeure, Sainte-Marie in Cosmedin, six domus cultae (Capracorum, Galeria Aurelia, Galeria Portuense, Calvisianum, S. Edisto, S. Leucio), restaurations suburbaines sur les voies Salaria, Nomentana, Tiburtina, Labicana, Appia.

    15 25 32 117 119
  15. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : œuvre romaine massive — quatre aqueducs antiques remis en eau (Sabbatina, Vergine, Iovia, Claudia), murs auréliens restaurés, basiliques majeures et diaconies renouvelées, six domus cultae fondées pour nourrir Rome.

    16 26 118
  16. Eginhard (Einhard), Vita Karoli Magni, ch. 19, vers 829-836 : « Nuntiato etiam sibi Hadriani Romani pontificis obitu, quem in amicis praecipuum habebat, sic flevit, acsi fratrem aut carissimum filium amisisset. » Texte latin disponible sur la Latin Library : https://www.thelatinlibrary.com/ein.html ; traduction française : « Quand on lui annonça la mort d'Hadrien, pontife romain, qu'il tenait pour le premier de ses amis, il pleura comme s'il avait perdu un frère ou un fils très cher. »

    17 22 41 134
  17. Joanna Story, Judith Bunbury, Anna Candida Felici et al., « Charlemagne's black marble: the origin of the epitaph of Pope Hadrian I », Papers of the British School at Rome 73 (2005), p. 157-190 : identification du calcaire noir de Sclayn (vallée de la Meuse, actuelle Belgique) ; commande de Charlemagne en 796, concours poétique remporté par Alcuin sur Theodulf d'Orléans, exécution en Francie et transport à Rome ; dalle conservée au portique de Saint-Pierre depuis 1619. https://doi.org/10.1017/S0068246200003019.

    18 42 135 136 142
  18. Recension de Joanna Story, Charlemagne and Rome. Alcuin and the Epitaph of Pope Hadrian I, Oxford University Press, 2023, parue dans Plekos (2024) : l'épitaphe « consists of forty lines laid out visibly as couplets » — trente-huit vers proprement dits, les deux dernières lignes étant en prose. https://www.plekos.uni-muenchen.de/2024/r-story.pdf.

    19 139
  19. Alcuin, épitaphe du pape Adrien Iᵉʳ, vers 1-2, texte reproduit dans L. Duchesne (éd.), Le Liber Pontificalis, t. I, Paris, 1886, p. 523 (d'après Sarti et Settele, Appendix, p. 133) : « HIC PATER ECCLESIAE, ROMAE DECVS, INCLYTVS AVCTOR / HADRIANVS REQVIEM PAPA BEATVS HABET. » Traduction française : « Ici le père de l'Église, ornement de Rome, illustre auteur / Hadrien, pape bienheureux, repose en paix. »

    20 137 140
  20. Alcuin, épitaphe du pape Adrien Iᵉʳ, vers célèbre, texte reproduit dans L. Duchesne (éd.), Le Liber Pontificalis, t. I, Paris, 1886, p. 523 (d'après Sarti et Settele, Appendix, p. 133) : « POST PATREM LACRIMANS KAROLVS HAEC CARMINA SCRIPSI. » Traduction française : « Pleurant après mon père, moi Charles ai écrit ces vers. »

    21 43 138 141
  21. Marios Costambeys, Matthew Innes, Simon MacLean, The Carolingian World, Cambridge University Press, 2011 : chapitres sur les relations papauté-Francie sous Adrien Iᵉʳ et Léon III, et sur le contexte intellectuel des Libri Carolini.

    24
  22. Jaroslav Pelikan, The Spirit of Eastern Christendom (600-1700), The Christian Tradition: A History of the Development of Doctrine, vol. 2, Chicago, University of Chicago Press, 1974, chapitres sur la crise iconoclaste : déclenchement par Léon III l'Isaurien (726-730), durcissement par Constantin V Copronyme et conciliabule de Hiereia (754), résistance romaine et orientale.

    27 85
  23. Luitpold Wallach, "The Greek and Latin Versions of II Nicaea and the Synodica of Hadrian I (JE 2448): A Diplomatic Study", Traditio 22 (1966), p. 103-125, DOI 10.1017/S0362152900010680 : analyse comparée des versions grecque et latine de la Synodica d'Adrien (JE 2448), démontrant l'atténuation par les rédacteurs grecs de certaines formules concernant l'autorité romaine et la demande de restitution des territoires confisqués par les empereurs iconoclastes (Sicile, Calabre, Illyricum).

    29 40 89 91
  24. Voir Catéchisme de l'Église catholique, §1159-1162, sur la vénération des saintes images, qui cite explicitement Nicée II : la vénération n'est pas adoration ; elle s'adresse à la personne représentée à travers l'image.

    30 99
  25. W. Gundlach (éd.), Codex Carolinus, Monumenta Germaniae Historica, Epistolae, t. III, Berlin, Weidmann, 1892 : recueil de 99 lettres papales (Grégoire III à Adrien Iᵉʳ), compilé à la cour de Charlemagne en 791, conservé dans le Codex Vindobonensis 449 de la Bibliothèque nationale autrichienne.

    33
  26. Rosamond McKitterick, Dorine van Espelo, Richard Pollard, Richard Price (éds.), Codex Epistolaris Carolinus: Letters from the Popes to the Frankish Rulers, 739-791, Liverpool University Press, Translated Texts for Historians 77, 2021 : traduction anglaise commentée du Codex Carolinus avec étude historique de la compilation de 791 ; conservation dans le manuscrit unique Vindobonensis 449.

    34
  27. Dorine van Espelo, A Testimony of Carolingian Rule? The Codex epistolaris Carolinus, Its Historical Context, and the Meaning of imperium, thèse, Universiteit Utrecht, 2014 : analyse de la compilation, du contexte politique de 791, et de la fonction diplomatique du Codex Carolinus dans la chancellerie carolingienne. https://research-portal.uu.nl/en/publications/a-testimony-of-carolingian-rule-the-codex-epistolaris-carolinus-i.

    35
  28. Codex Carolinus, lettre d'Adrien à Charlemagne, mai 778 (Jaffé, Ep. 61 ; W. Gundlach (éd.), Codex Carolinus, Monumenta Germaniae Historica, Epistolae, t. III, Berlin, Weidmann, 1892) : Adrien exhorte Charlemagne à imiter l'empereur Constantin (« Sicut temporibus beati Silvestri... potestatem in his Hesperiae partibus ») et à enrichir l'Église romaine ; témoignage de la circulation effective de la Donation de Constantin.

    36 83
  29. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : le passage très discuté de la lettre d'Adrien à Charlemagne de mai 778 rappelant, parmi les largesses de Constantin au temps de Sylvestre Iᵉʳ, la « potestas in his Hesperiae partibus » vaut comme simple rappel d'un fait du passé lointain pour stimuler le zèle du roi franc, sans fonder de revendication juridique de souveraineté.

    37
  30. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : famille de la noblesse militaire romaine, oncle Théodote primicier, tutelle après la mort prématurée du père, cursus clérical ordinaire.

    46 54
  31. "Pope Stephen III", Wikipedia en anglais : pontificat du 7 août 768 au 24 janvier 772. https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Stephen_III.

    50
  32. Liber Pontificalis, Vita Hadriani I, éd. Duchesne, t. I, p. 486-487 : présentation de la noblesse romaine d'Adrien, de la tutelle exercée par son oncle Théodote, et de sa formation au clergé romain.

    55
  33. Annales regni Francorum, année 771 : « Carlomannus rex defunctus est in villa, quae dicitur Salmontiacus, prid. Non. Decembr. » (mort de Carloman le 4 décembre 771, veille des nones de décembre) ; sa veuve gagne l'Italie avec quelques Francs.

    58
  34. Eginhard, Vita Karoli Magni, ch. 3 : mort de Carloman après deux ans de règne commun (sans préciser le jour), refuge de sa veuve et de ses enfants auprès de Didier en Italie.

    59
  35. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : refuge des fils de Carloman et de leur mère à la cour lombarde, pression de Didier pour faire oindre les enfants à Rome contre Charlemagne.

    60 62
  36. Liber Pontificalis, Vita Hadriani I, éd. Duchesne, t. I, p. 489-493 : récit des raids lombards sur le territoire pontifical à l'été 772 et de la pression exercée par Didier pour faire oindre à Rome les fils de Carloman.

    61
  37. Codex Carolinus, lettres d'Adrien Iᵉʳ à Charlemagne, MGH Epp. III, éd. Gundlach 1892 : séquence des appels d'Adrien à Charlemagne dès 772 contre les raids lombards et pour l'application des donations promises par Pépin.

    63
  38. Sur la médiation préalable de Charlemagne et le refus de Didier, voir la Catholic Encyclopedia, « Charlemagne » (commissaires envoyés en Italie, offre de rachat refusée) ; sur l'assemblée des Francs et le passage des Alpes en deux colonnes, voir les Annales regni Francorum, année 773, et Eginhard, Vita Karoli, ch. 6 (Genève, lieu de rassemblement traditionnellement retenu).

    64
  39. Eginhard, Vita Karoli Magni, ch. 6 : guerre contre les Lombards entreprise à la demande d'Adrien, difficultés du passage des Alpes, siège de Pavie (sans nommer les cols ni Bernard ; pour les deux colonnes du mont Cenis et du Grand-Saint-Bernard, voir les Annales regni Francorum, année 773).

    65
  40. Annales regni Francorum, année 773 : passage des Alpes par Charlemagne (mont Cenis) et son oncle Bernard (Grand-Saint-Bernard), début du siège de Pavie.

    66
  41. Annales regni Francorum, années 773-774 : siège de Pavie, voyage de Charlemagne à Rome pour Pâques 774 (sans préciser le mois), retour au siège et prise de la ville.

    67
  42. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : siège de Pavie commencé en septembre 773, décision de Charlemagne de monter à Rome pour Pâques pendant le siège (« arrivare a Roma il 2 aprile, vigilia di Pasqua »).

    68
  43. Liber Pontificalis, Vita Hadriani I, éd. Duchesne, t. I, p. 496-498 : récit de l'arrivée de Charlemagne à Rome le Samedi saint 2 avril 774, accueil par les juges et les bannières des écoles militaires, montée à genoux des marches de Saint-Pierre. Date confirmée par Treccani/Bertolini (« arrivare a Roma il 2 aprile, vigilia di Pasqua ») ; Pâques 774 tombant le dimanche 3 avril, le 2 avril est bien le Samedi saint et le 6 avril le mercredi de Pâques.

    69
  44. Liber Pontificalis, Vita Hadriani I, éd. Duchesne, t. I, p. 498-499 : promissio donationis du mercredi de Pâques 6 avril 774 dans la confession de saint Pierre — exarchat de Ravenne, Pentapole, territoires en Spolète et Bénévent, Vénétie, Istrie. Date confirmée par Treccani/Bertolini (« Il 6 aprile 774, nella basilica di S. Pietro... rilasciò solennemente la sua promissio »).

    70
  45. Thomas F. X. Noble, The Republic of Saint Peter: The Birth of the Papal State, 680-825, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 1984 : analyse comparée de la promissio de Quierzy (754) et de la promissio de 774 — continuité juridique, extension géographique et passage à l'application effective après la chute du royaume lombard.

    71
  46. Annales regni Francorum, année 774 : retour de Charlemagne de Rome, prise de Pavie, capture de Didier avec sa femme, sa fille et le trésor, soumission des Lombards, fuite d'Adalgis à Constantinople (sans préciser le mois, Corbie ni le titre).

    73
  47. Eginhard, Vita Karoli Magni, ch. 6 : fin de la guerre — l'Italie soumise, le roi Didier « reçu à merci » puis déporté en exil perpétuel, son fils Adalgis chassé d'Italie (sans préciser Corbie, le titre lombard ni le mois).

    74
  48. Catholic Encyclopedia (1913), « Charlemagne », transcription New Advent : « Soon after this (June, 774) Pavia fell, Desiderius was banished... Charles, assuming the crown of Lombardy » (chute de Pavie en juin 774, bannissement de Didier, couronne lombarde). Exil de Didier au monastère de Corbie et famine dans la ville assiégée : tradition constante des récits du siège de Pavie. https://www.newadvent.org/cathen/03610c.htm.

    75
  49. Voir l'article Ignispedia Les États pontificaux (756-1870) pour le détail des donations de Pépin (754, 756) et de Charlemagne (774), et la chronologie complète de la naissance de l'État pontifical.

    76
  50. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : à signaler que les frappes monétaires papales se développent au cours de son pontificat et que la dépendance nominale envers Constantinople s'estompe dans la diplomatie romaine.

    77
  51. Voir l'article Ignispedia Le couronnement de Charlemagne : événement du 25 décembre 800 sous Léon III, aboutissement direct de la politique pontifico-franque mise en place sous Adrien Iᵉʳ.

    79 144
  52. Horst Fuhrmann (éd.), Das Constitutum Constantini (Konstantinische Schenkung), Monumenta Germaniae Historica, Fontes iuris Germanici antiqui in usum scholarum separatim editi 10, Hanovre, Hahn, 1968 (réimpr. 1984) : édition critique de référence ; l'introduction établit le texte comme un faux composé à Rome au VIIIᵉ siècle.

    80 82
  53. Johannes Fried, Donation of Constantine and Constitutum Constantini: The Misinterpretation of a Fiction and Its Original Meaning, Berlin, De Gruyter, 2007 : propose, de façon controversée, de dater le Constitutum des années 820 (thèse contestée par la plupart des recenseurs) ; analyse de son usage rhétorique et juridique dans la chancellerie pontificale.

    81 84
  54. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : continuité de la position romaine anti-iconoclaste depuis Grégoire II, Zacharie, Étienne II, Paul Ier ; non-reconnaissance du concile iconoclaste de Hiereia 754.

    86
  55. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : message impérial d'Irène et Constantin VI du 29 août 784 annonçant le futur concile, auquel Adrien répond le 26 octobre 785 ; envoi de deux légats, « l'arcipresbitero Pietro e l'abate del monastero greco di S. Saba » — les deux prénommés Pierre (ainsi la Catholic Encyclopedia, « Second Council of Nicaea ») : l'archiprêtre de Saint-Pierre et l'abbé de Saint-Sabas in Aventino.

    87
  56. "Second Council of Nicaea", Wikipedia en anglais : septième concile œcuménique, sept sessions du 24 septembre au 13 octobre 787, environ 308 évêques et délégués des trois patriarches orientaux sous occupation musulmane, condamnation du conciliabule iconoclaste de Hiereia (754), définition dogmatique de la distinction latria / proskynesis. https://en.wikipedia.org/wiki/Second_Council_of_Nicaea.

    96
  57. Concile de Nicée II, définition dogmatique du 13 octobre 787, dans H. Denzinger – P. Hünermann, Enchiridion Symbolorum, Definitionum et Declarationum de rebus fidei et morum, n° 600-603 : profession finale sur la vénération honorifique des saintes images du Christ, de la Vierge, des anges et des saints.

    100
  58. Catéchisme de l'Église catholique, §1161 (Libreria Editrice Vaticana) : « Tous les signes de la célébration liturgique sont relatifs au Christ : les images sacrées de la sainte Mère de Dieu et des saints le sont aussi. » Le paragraphe cite ensuite la définition de Nicée II (Denz 600). https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P33.HTM.

    101
  59. Leo Kelly, "Council of Frankfort", The Catholic Encyclopedia, vol. 6, Robert Appleton Company, New York, 1909 ; transcription New Advent : concile convoqué par Charlemagne à l'été 794 (juin), présence des légats d'Adrien Theophylact et Étienne, condamnation de l'adoptianisme et critique de la formule grecque d'adoration des images. https://www.newadvent.org/cathen/06236a.htm.

    104 108
  60. Catholic Encyclopedia (1913), « Adoptionism », transcription New Advent : condamnation officielle « in Pope Hadrian's two letters, one to the bishops of Spain, 785, and the other to Charlemagne, 794 » (première mise en garde aux évêques d'Espagne en 785). https://www.newadvent.org/cathen/01150a.htm.

    105
  61. Adrien Iᵉʳ, lettre aux évêques d'Espagne contre l'adoptianisme, 793-794 (à la demande de Charlemagne, après examen du libelle d'Elipand), dans A. Werminghoff (éd.), MGH Concilia II, 1, p. 122-130, et G. D. Mansi, Sacrorum Conciliorum, t. XIII, col. 865-882 : réfutation patristique de la formule d'Elipand fondée sur la doctrine chalcédonienne de l'unité de personne dans le Christ. Une première mise en garde avait été adressée dès 785 (Werminghoff situe la première lettre entre 785 et 791).

    106
  62. A. Werminghoff (éd.), Concilium Francofurtense (794), MGH Concilia II, 1, Hanovre, Hahn, 1906, p. 110-171 : actes complets du concile, 56 chapitres, présence des légats pontificaux Theophylact et Étienne.

    109
  63. Ann Freeman, "Theodulf of Orleans and the Libri Carolini", Speculum 32 (1957), p. 663-705 : critères paléographiques (correction de la main de Theodulf dans le manuscrit Vatican lat. 7207), stylistiques et théologiques pour l'identification de l'auteur principal.

    111
  64. Wikipedia EN, "Libri Carolini" : Capitulare adversus synodum (vers 792-793) ; Opus Caroli regis contra synodum (vers 790-794) ; jamais promulgués officiellement par Charlemagne ; restés inédits jusqu'à leur publication par les protestants en 1549 ; mis à l'Index romain en 1559, encore présent jusqu'à la révision de 1900. https://en.wikipedia.org/wiki/Libri_Carolini.

    116
  65. Aucune source contemporaine ne dénombre la population de Rome au VIIIᵉ siècle : l'ordre de grandeur de quelques dizaines de milliers d'habitants est une estimation des historiens modernes, à prendre comme indicative et non comme un chiffre établi ; après les guerres gothiques du VIᵉ siècle, la Ville avait perdu l'essentiel de sa population antique.

    120
  66. Liber Pontificalis, Vita Hadriani I, éd. Duchesne, t. I, p. 500-514 : détail des restaurations des grandes basiliques romaines, des diaconies et des oratoires suburbains.

    121
  67. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : reconstruction complète par Adrien de l'église Sainte-Marie in Cosmedin au Forum Boarium, mentionnée comme diaconie pour la première fois dans sa biographie (grande salle à trois absides, crypte pour les reliques, locaux de stockage alimentaire).

    122
  68. Ottorino Bertolini, "Adriano I", Enciclopedia dei Papi (2000), Treccani : six domus cultae — Capracorum (via Cassia), Galeria Aurelia, Galeria Portuense, Calvisianum, S. Edisto, S. Leucio — comme système d'approvisionnement alimentaire pour Rome et les diaconies caritatives.

    123
  69. "Sacramentaries", dans New Catholic Encyclopedia, 2ᵉ éd., 2003 (en ligne sur encyclopedia.com) : description de l'envoi du Sacramentaire grégorien Hadrianum par Adrien Iᵉʳ à Charlemagne, du Supplementum d'Alcuin, et de la diffusion comme noyau de la liturgie médiévale occidentale.

    126 128
  70. Liber Pontificalis, Vita Hadriani I, éd. Duchesne, t. I, p. 514 : « Et sepultus est in basilica beati Petri apostoli, VII kal. ian. » (inhumation le 26 décembre) ; la mort le jour de Noël 795 est donnée par le Saint-Siège et la Catholic Encyclopedia. Sur la chapelle funéraire (chapelle n° 15 du plan), voir le commentaire de Duchesne, ibid., p. 522-523, n. 132.

    133
  71. St Peter's Basilica.info, « The Portico » : l'épitaphe d'Adrien Iᵉʳ (795) est placée dans le portique entre la Porte de la Mort et la Porte du Bien et du Mal. http://stpetersbasilica.info/Interior/Portico/Portico.htm.

    143