Pape Étienne III est élu à Rome au terme de l'une des crises les plus graves que le siège pontifical ait connues au VIIIᵉ siècle. Après la mort de saint Paul Iᵉʳ en juin 767, le duché de Nepi et la noblesse militaire imposent par les armes un laïc, Constantin, comme antipape. Une intervention lombarde élève ensuite un autre antipape, Philippe, avant que les fonctionnaires de la curie ne rétablissent la procédure canonique. Étienne, moine bénédictin sicilien, ordonné prêtre par le pape Zacharie, est élu le 1er août 768 et consacré le 7 août.[1][2][3][4]
L'année suivante, il convoque le synode romain de Latran (avril 769, non œcuménique), un synode romain majeur du haut Moyen Âge par son triple acte — condamnation de l'antipape, verrou électoral, défense des images. Ce synode interdit à tout laïc d'être promu à la papauté, condamne définitivement l'antipape Constantin II, annule ses ordinations et prend position pour la vénération catholique des saintes images contre le conciliabule (assemblée illégitime) iconoclaste de Hiéreia (754).[5][6]
Son pontificat est ensuite happé par les rapports avec le royaume lombard de Didier et le partage des Francs entre Charlemagne et Carloman. Étienne écrit une lettre célèbre pour interdire le mariage de l'un des frères francs avec une fille de Didier ; il y flétrit les Lombards comme perfidae ac foetentissimae Langobardorum genti (« la perfide et très infecte nation des Lombards ») et menace les rois francs, s'ils passent outre, de l'anathème de saint Pierre.[7] Mais l'intrigue se retourne contre la curie : en 771, ses propres ministres Christophore et Sergius sont aveuglés à l'instigation de Paul Afiarta, chambellan du pape gagné à la cause lombarde — Christophore meurt de ses blessures, Sergius survit, aveugle et emprisonné.[8][9]
« Quelle est donc, ô fils très excellents, grands rois, cette folie, qu'il faille même dire que votre illustre nation des Francs, qui brille au-dessus de toutes les nations, et votre si splendide et très noble descendance royale, se laissent souiller — à Dieu ne plaise — par la perfide et très infecte nation des Lombards, qui n'est comptée au nombre d'aucune nation, et de laquelle il est certain que tire son origine la race des lépreux ? » — Pape Étienne III, Codex Carolinus, lettre n° 45, à Charlemagne et Carloman (traduction d'après le latin de Gundlach, MGH Epp. III, p. 561)[10]
Étienne meurt le 24 janvier 772, après moins de quatre années d'un pontificat épuisant, et est inhumé à la basilique Saint-Pierre. Son successeur Adrien Iᵉʳ héritera de tous les dossiers ouverts : Lombards, Francs, élections pontificales, images saintes. La postérité retiendra surtout du règne d'Étienne III un texte dont la portée sera capitale : le décret électoral de 769, première formulation romaine du principe dont héritera, par reprises successives, le futur droit du conclave.[11][12]
Pourquoi le pontificat d'Étienne III compte-t-il ?
Un pape de réforme face au scandale de 767-768
L'élection de 768 ne s'est pas faite dans la sérénité d'une transition canonique. Pendant treize mois, Rome a vu se succéder un duc armé, un laïc consacré pape, un moine lombard intronisé par les troupes du roi Didier, puis une purge militaire des partis adverses.[13][14] Étienne hérite donc d'un Siège matériellement souillé : ordinations invalides, signatures arrachées sous la contrainte, deux antipapes en vie, foule romaine fracturée. Sa première mission est moins de gouverner l'Église universelle que de rétablir à Rome la vérité de la succession apostolique.
C'est ce qui donne au concile de Latran de 769 son caractère exceptionnel. Il ne s'agit pas d'une assemblée théologique abstraite, mais d'une remise en ordre des fondations institutionnelles de la papauté, prise dans le sang encore frais des combats romains.[15]
Le concile de Latran 769 et le verrou électoral
La décision majeure du concile est moins connue que les grands conciles christologiques, mais elle est constitutionnellement décisive. Le synode interdit à tout laïc d'accéder à la papauté ou même de participer à l'élection. Seuls les cardinaux-prêtres et cardinaux-diacres d'ordination antérieure pourront désormais être élus pape. Les soldats armés de Toscane et de Campanie sont exclus du processus.[16][17]
Cette mesure énonce pour la première fois le principe juridique dont héritera le futur conclave. La continuité n'est pas institutionnelle — les noblesses romaines reprendront pied aux IXᵉ-Xᵉ siècles et il faudra tout reprendre —, mais elle est principielle : ce principe sera repris, durci et systématisé par Nicolas II en 1059 (In nomine Domini), Alexandre III au IIIᵉ concile du Latran (1179), Grégoire X à Lyon (Ubi periculum, 1274) et tout le droit canonique postérieur. La pensée d'Étienne III est juste : l'élection du Pasteur de l'Église ne peut pas être à la merci d'une faction armée.[18]
Entre Lombards et Francs, l'invention de la diplomatie pontificale
Étienne III est aussi un pape diplomatique. Sur le plan extérieur, son pontificat se déroule entre deux puissances : le royaume lombard de Didier, qui pèse sur Rome depuis la péninsule italienne ; et le double royaume franc des fils de Pépin le Bref, Charlemagne et Carloman, qui ne sont pas encore unifiés.[19][20]
L'enjeu, c'est la survie de l'État pontifical fondé un quart de siècle plus tôt par la « donation de Pépin » à Étienne II. Si les Francs s'allient aux Lombards, Rome est isolée. Étienne III ne dispose ni d'armée ni de finances : il n'a que sa plume, l'autorité de Pierre, et l'art d'aiguillonner les princes chrétiens. Le Codex Carolinus conserve plusieurs de ses lettres, et la plus célèbre d'entre elles — la lettre n° 45 contre le mariage avec Désirée — compte parmi les documents les plus marquants de la rhétorique pontificale médiévale, par la violence de son ton comme par sa postérité.[21][22]
Les sources du pontificat d'Étienne III
Tableau des principaux témoins
| Source | Date approximative | Ce qu'elle apporte | Prudence requise |
|---|---|---|---|
| Liber Pontificalis, vie d'Étienne III | rédigée peu après 772, achevée sous Adrien I | Récit le plus complet de la crise de 767-768, du concile de Latran et de la chute de Christophore-Sergius | Source officielle romaine, défavorable à Constantin II ; à lire en miroir de la propagande de la curie |
| Codex epistolaris Carolinus | compilé en 791 ; ms. Vindobonensis 449 (manuscrit conservé à Vienne, IXᵉ siècle) | Lettres d'Étienne III à Pépin, Charlemagne, Carloman et Didier ; ton et arguments des appels romains | Sélection thématique opérée par la chancellerie carolingienne |
| Actes du concile de Latran (Hadrianum) | 769 | Liste des participants, condamnation de Constantin II, canons électoraux et décret sur les images | Conservés surtout par la tradition manuscrite postérieure, parfois retravaillés |
| Annales royales franques | rédigées sous Charlemagne | Vue franque sur le mariage de Désirée et la diplomatie de 770-771 | Tradition officielle carolingienne |
| Catalogue officiel des papes (Saint-Siège) | contemporain | Numéro 94, dates 1/7 août 768 - 24 janvier 772, origine Sicile | Synthèse, non source antique |
| Catholic Encyclopedia (Horace Mann, 1912) | XXᵉ siècle | Étude critique des sources, mise au point sur le numérotage et la chronologie | Source secondaire utile, à ne pas citer comme autorité principale |
L'ossature documentaire repose sur trois piliers : le Liber Pontificalis, le Codex Carolinus, et les actes du concile de Latran. Tous trois sont édités scientifiquement dans la collection des Monumenta Germaniae Historica et dans les Translated Texts for Historians de Liverpool.[23][24]
Le Liber Pontificalis, mémoire officielle de la curie
La biographie d'Étienne III dans le Liber Pontificalis est l'un des récits les plus détaillés du recueil. Il s'ouvre par le rappel de la mort de Paul Iᵉʳ et descend dans le détail des violences romaines : intronisation forcée de Constantin par son frère Toton, fuite des serviteurs du Latran, ambassade au roi lombard, intervention de Didier, élévation de Philippe, puis élection canonique d'Étienne dans la basilique Saint-Pierre.[25]
Le récit n'est pas neutre. Le rédacteur ne veut pas honorer Constantin II et n'évoque son pontificat que comme un prélude à corriger. C'est précisément ce parti pris qui rend le document précieux : il témoigne de la mémoire officielle que la curie veut imposer aussitôt après les événements.[26][27]
« La sainte Église romaine, mère de toutes les Églises, ayant subi tant de violences et tant d'innovations, devait d'abord être lavée et restaurée dans son ordre, avant qu'il fût question d'autre chose. » — Paraphrase ramassée du préambule synodal d'avril 769, d'après le Liber Pontificalis et les actes du concile[28][29]
Le Codex epistolaris Carolinus
Compilé en 791 sur ordre de Charlemagne, ce recueil rassemble 99 lettres adressées par les papes (de Grégoire III à Adrien Iᵉʳ) aux maires du palais et aux rois francs entre 739 et 791. Étienne III y est représenté par plusieurs lettres ; les plus importantes sont la lettre 44 (annonce de l'élection et appel à la fidélité franque) et la fameuse lettre 45 (interdiction du mariage avec Désirée).[30][31]
Le manuscrit unique conservé — Codex Vindobonensis 449 (Vienne, IXᵉ siècle) — a été édité par Wilhelm Gundlach en 1892 dans les MGH Epistolae III. Une traduction anglaise critique, dirigée par Rosamond McKitterick et coll., a été publiée en 2021 dans la collection Translated Texts for Historians (n° 77).[32][33]
Les actes du concile de Latran 769
Les actes du synode d'avril 769 — quatre sessions, environ cinquante-deux participants — sont conservés en latin dans les grandes collections conciliaires (Mansi, Hardouin), qui éditent les canons et la souscription des évêques.[34]
Trois canons retiennent l'attention :
- Canon 1 : élection des papes réservée aux cardinaux-prêtres et cardinaux-diacres ; interdiction faite à tout laïc d'accéder à la papauté ou à l'élection.
- Canon 2 : annulation des ordinations conférées par l'antipape Constantin et reconciliation par l'imposition des mains.
- Canon 3 : confirmation solennelle de la vénération des saintes images, contre le conciliabule iconoclaste de Hiéreia (754).
Le synode marque ainsi, à Rome et avant Nicée II, une position catholique ferme dans la querelle des images, dix-huit ans avant le concile œcuménique qui réaffirmera la même doctrine en 787.[35]
Identité, formation et carrière d'Étienne avant l'élection
Né en Sicile, vraisemblablement à Syracuse, vers 720
Le Liber Pontificalis indique qu'Étienne est sicilien, fils d'Olivus — c'est tout ce que la notice dit de son origine.[36] Syracuse est souvent avancée comme lieu de naissance, mais cette précision ne figure ni dans le Liber Pontificalis ni dans la notice de la Catholic Encyclopedia (Mann, 1912), qui dit seulement « Sicilien, fils d'Olivus ».[37] La date probable se situe autour de 720, ce qui lui donne environ 52 ans à sa mort.[38]
La Sicile du VIIIᵉ siècle est encore une province byzantine, peuplée d'une population mêlée, fortement marquée par la culture grecque. Étienne appartient à cette diaspora grecque romaine qui a peuplé les monastères de la Ville depuis Grégoire III. Sa connaissance probable du grec — qui n'est pas attestée explicitement, mais qui correspond à son milieu — explique sans doute son aisance dans le dossier des images saintes.[39]
Moine bénédictin au monastère de Saint-Chrysogone
Venu à Rome sous le pontificat de saint Grégoire III (731-741), Étienne entre au monastère de Saint-Chrysogone (San Crisogono in Trastevere), où il prend l'habit bénédictin.[40][41] Le détail est important : le futur pape n'est pas un clerc séculier, mais un religieux formé à l'observance monastique de saint Benoît, marqué par la lectio divina, l'obéissance et la stabilité.
« Écoute, mon fils, les préceptes du Maître, et incline l'oreille de ton cœur. » — Saint Benoît, Règle, prologue 1[42]
Cette formation explique pour partie le ton spirituel des lettres d'Étienne III, lourdes d'imprécations bibliques et d'appels à la conversion, davantage qu'une plume de chancellerie diplomatique pure.
Prêtre cardinal sous Zacharie, Étienne II et Paul Iᵉʳ
C'est le pape saint Zacharie (741-752) qui ordonne Étienne diacre puis prêtre, et l'attache au Latran. Sous Étienne II puis sous Paul Iᵉʳ, il sert dans la familia papale et acquiert une parfaite connaissance de la liturgie romaine et des affaires lombardes.[43][44]
Lorsque Paul Iᵉʳ meurt en juin 767, Étienne est un prêtre cardinal du clergé romain ; il n'est pas l'instigateur des troubles qui suivent, mais l'un des candidats que les fonctionnaires de la curie chercheront à porter sur le Siège dès que l'ordre canonique sera rétabli. Ce détail biographique est important : Étienne n'est ni un opportuniste ni un homme de coup d'État ; il est le candidat de la légalité.[45]
La crise du Siège romain (juin 767 - août 768)
La mort de Paul Iᵉʳ et le vide du pouvoir
Paul Iᵉʳ meurt le 28 juin 767, après un pontificat de dix ans. Très vite, la question lombarde et le poids de la noblesse militaire se transforment en crise ouverte. Aucun pape n'a été élu canoniquement, et plusieurs factions s'arment.[46][47]
L'enjeu n'est pas seulement spirituel. Depuis la « donation de Pépin » (754-756), la papauté contrôle un État territorial — duché de Rome, exarchat de Ravenne, Pentapole — dont la possession excite les ambitions locales. Tout candidat à la papauté hérite d'un patrimoine, d'une chancellerie, d'une armée et d'une diplomatie.
L'intrusion armée de Toton de Nepi
Le duc Toton de Nepi (parfois Totton), homme de guerre originaire de Tuscia, prend l'initiative. Il rassemble dans sa maison romaine ses parents, ses paysans et ses soldats, et fait acclamer son propre frère Constantin, un simple laïc, comme pape.[48][49]
Constantin, qui n'est pas même clerc, doit recevoir successivement l'ordination de portier, de lecteur, d'acolyte, de sous-diacre, de diacre, de prêtre et enfin la consécration épiscopale — chaîne d'ordinations comprimée sur quelques jours qui sera précisément ce que le synode de 769 cherchera à interdire pour l'avenir.[50][51]
Constantin II, antipape laïc (juin 767 - juillet 768)
Constantin se maintient pendant treize mois. Il agit comme pape : il ordonne des évêques, expédie des lettres, célèbre des cérémonies. Le Liber Pontificalis le présente comme un « usurpateur » dont les actes seront annulés en bloc.[52][53]
Une chose est claire : la procédure d'élection d'un laïc, par un coup de force de noblesse armée, n'est pas conforme à la tradition romaine. Ni dans le rite ancien des élections par le clergé et l'assentiment du peuple, ni dans la pratique canonique du VIIIᵉ siècle, le passage direct du siècle au siège pontifical n'a la moindre légitimité. Le futur droit canonique tirera précisément la leçon de ce précédent.
L'antipape Philippe et la médiation lombarde
Restés clandestins, le primicerius (chef du personnel du palais du Latran) Christophore et son fils Sergius, que le Liber Pontificalis nomme secundicerius (second des notaires, adjoint du primicier)[54][55], hauts fonctionnaires de la curie pauline, parviennent à fuir Rome. Ils gagnent le royaume lombard et obtiennent du roi Didier un soutien militaire pour renverser Toton. Didier confie l'expédition à un prêtre, Waldipert, qui marche sur Rome avec une troupe lombarde.[56]
À l'entrée de la Ville, Waldipert élève à son tour un second antipape, Philippe, moine du monastère de Saint-Vitus, persuadé que cela rallierait les Romains à la cause lombarde. Mais Christophore refuse cette nouvelle intronisation irrégulière. Philippe est rapidement renvoyé dans son monastère, où il finit ses jours en silence ; son intronisation aura duré à peine un jour.[57][58]
Christophore et Sergius rétablissent la légalité canonique
Toton est tué dans les combats romains. Constantin est arrêté, traîné en pénitence, puis enfermé dans le monastère de Cellanova. La curie convoque alors une assemblée régulière du clergé, des armées et du peuple romain, dans la tradition la plus ancienne. Les violences ne s'éteignent pas du jour au lendemain, et de nombreux clercs proches de Toton sont aveuglés ou battus à mort. Le Liber Pontificalis lui-même reconnaît cette brutalité de la restauration, qu'il déplore tout en la racontant.[59][60]
L'ambivalence est réelle : la légalité canonique se rétablit, mais au prix de représailles cruelles que les actes du concile de 769 chercheront en partie à réparer.
L'élection canonique (1er-7 août 768)
Le clergé, les armées et le peuple romain élisent Étienne, prêtre cardinal du titre de Sainte-Cécile. Le Liber Pontificalis précise l'acclamation à Sainte-Cécile-du-Transtévère, puis le transfert au Latran, puis la consécration à Saint-Pierre du Vatican le 7 août 768.[61][62]
Les deux dates viennent de deux lectures distinctes : la liste officielle du Saint-Siège ouvre le pontificat au 1er août 768 (« 1,7.VIII.768 ») — lecture suivie par Britannica, qui donne l'élection au 1er août et la consécration au 7 —, tandis que le Liber Pontificalis (§ 21) ne date explicitement que la consécration du 7 août à Saint-Pierre ; la Catholic Encyclopedia (Mann, 1912) ne retient de même, avec précision, que le 7 août, et GCatholic donne l'élection au mois près (« 768.01 »).[63][64][65][66]
« Après son élection comme pontife, tout le peuple romain rendit grâce à Dieu d'avoir tiré l'Église romaine de l'oppression des tyrans. » — Liber Pontificalis, vie d'Étienne III, § 21 (traduction ; original latin en note)[67]
Le concile de Latran d'avril 769
Date, lieu et participants
Le synode se tient au Latran, dans la basilique du Sauveur, du 12 au 14 (ou 15) avril 769. Quatre sessions sont tenues. On compte environ 52 évêques ou représentants, dont 12 évêques francs spécialement envoyés par Charlemagne et Carloman. Une foule de prêtres, diacres, moines et fidèles assiste aux séances.[68][69]
C'est un concile provincial romain élargi mais doté d'une portée universelle, dans la mesure où il statue sur la régularité d'une élection pontificale et sur la doctrine catholique des images. La présence appuyée des évêques francs manifeste la jeune alliance entre la papauté et la dynastie carolingienne.
Le procès de l'antipape Constantin II
L'ancien antipape, déjà aveuglé hors du concile par des éléments incontrôlés de la faction de Christophore, est traîné devant les Pères. Le récit conciliaire dit qu'il avoue dans un premier temps, puis qu'il revient sur ses aveux et conteste la légitimité du synode. Il est alors battu de verges, dégradé de tout ordre et excommunié.[70][71]
Les actes de son pseudo-pontificat sont brûlés solennellement sur le sol de la basilique, tandis que les évêques se prosternent en chantant le Kyrie eleison. Les ordinations d'évêques et de prêtres faites par Constantin sont annulées, sauf à recevoir, après pénitence, l'imposition canonique des mains.[72][73]
« Il est décrété qu'aucun laïc, ni quiconque venant de l'ordre laïc, ne soit jamais promu à la dignité pontificale. » — Concile de Latran, avril 769, premier canon, d'après les collections conciliaires (traduction ; original latin en note)[74]
La réforme des élections pontificales
Le premier canon est le grand acte législatif du concile. Il pose plusieurs règles bloquantes pour l'avenir :
- aucun laïc ne pourra jamais être élu pape ;
- l'élection est réservée aux cardinaux-prêtres et cardinaux-diacres d'ordination antérieure ;
- les soldats de Toscane et de Campanie n'ont aucun droit de présence armée à l'élection ;
- la consécration ne pourra avoir lieu qu'avec le consentement du clergé et du peuple romain.[75][76]
C'est la première fois qu'un synode romain formalise la procédure d'élection sous une forme juridique aussi explicite. Le principe posé en 769 sera repris par Nicolas II (In nomine Domini, 1059), Alexandre III (IIIᵉ concile du Latran, 1179), Grégoire X (Ubi periculum, 1274) et au-delà tout le droit du conclave — par reprises successives, non par filiation institutionnelle continue.[77]
La défense des saintes images
Le second grand canon se prononce sur la querelle des images. Quinze ans après le conciliabule iconoclaste de Hiéreia (754) convoqué par l'empereur byzantin Constantin V Copronyme, le concile de Latran 769 condamne ses actes et affirme la légitimité catholique de la vénération des saintes images : du Christ, de la Vierge, des anges et des saints.[78][79]
L'argument adverse mérite d'être exposé loyalement : à Hiéreia, les évêques iconoclastes soutiennent que le Christ, vrai Dieu et vrai homme, ne peut être peint sans diviser ses deux natures ni prétendre enfermer dans des couleurs sa divinité incirconscriptible ; la seule image légitime du Christ serait l'Eucharistie, et toute image matérielle vénérée retomberait sous l'interdit biblique des idoles.[80] La réponse du Latran 769 tient au contraire que l'image n'est pas adorée pour elle-même — l'adoration n'est due qu'à Dieu seul — mais que l'honneur rendu à l'image passe à son prototype, selon la tradition apostolique : peindre le Christ confesse l'Incarnation au lieu de la diviser.[81][82]
Cette prise de position romaine précède de dix-huit ans le concile œcuménique de Nicée II (787), qui rendra obligatoire la doctrine catholique de la vénération des images pour toute la chrétienté. Étienne III place donc Rome du côté orthodoxe dans la querelle byzantine, avant même que l'Orient ne se redresse officiellement.[83]
Cette donnée est précieuse face à la boussole catholique : les images vénérées de la Vierge, des saints, des reliques et des apparitions ne sont pas un excès baroque tardif. Elles relèvent d'une tradition apostolique soutenue par le pape Étienne III, le concile de Latran 769, le pape Adrien Iᵉʳ et le concile œcuménique de Nicée II.
La portée du concile de 769
Le concile de Latran 769 n'a pas le statut d'un concile œcuménique. Sa portée est néanmoins considérable :
- il purifie le Siège romain d'un schisme dont les ramifications atteignent l'Italie entière ;
- il pose le premier germe d'un droit électoral pontifical ;
- il inscrit Rome dans le camp orthodoxe de la querelle des images, dix-huit ans avant Nicée II ;
- il consolide enfin l'alliance franco-romaine, en associant douze évêques francs à la souveraineté ecclésiale du Siège apostolique.
À elles seules, ces quatre décisions justifient qu'on parle du pontificat d'Étienne III comme d'un moment fondateur de la papauté médiévale.[84][85]
Le pape entre Charlemagne, Carloman et Didier
La diplomatie italienne en 769-770
À peine élu, Étienne III écrit à Pépin le Bref — qui meurt en septembre 768 — puis à ses fils Charlemagne et Carloman. Il leur annonce son élection et leur demande de renouveler l'alliance que leur père avait scellée avec Étienne II et Paul Iᵉʳ. Il leur réclame surtout la protection contre les Lombards et la confirmation de la « donation ».[86][87]
Charlemagne, devenu majeur, accepte les principes de l'alliance, mais entend mener sa propre politique italienne. Il accueille même une partie de l'aristocratie lombarde à la cour franque. Une reine mère, Bertrade de Laon (la « Berthe au grand pied »), pèse alors de tout son poids pour réconcilier Francs et Lombards.[88]
La lettre contre le mariage avec Désirée (770)
C'est dans ce contexte que survient le projet, encouragé par Bertrade, d'un mariage entre l'un des frères francs et une fille du roi lombard Didier, que l'historiographie désigne par le nom conventionnel de Désirée (Desiderata, parfois Desideria) : aucune source contemporaine ne donne son prénom véritable — Éginhard, qui raconte sa répudiation au bout d'un an de mariage, la nomme seulement « la fille du roi Didier ».[89] Étienne III voit dans cette alliance la fin de toute liberté pontificale : si les Lombards entrent dans la famille franque, Rome est isolée.[90][91]
Il écrit alors la lettre 45 du Codex Carolinus — l'un des textes les plus violents de la chancellerie pontificale médiévale —, dans laquelle il interdit aux deux rois francs ce mariage en les menaçant, s'ils passent outre, de l'anathème de saint Pierre et de la damnation éternelle : un avertissement solennel et conditionnel, non un anathème formellement prononcé. Il y flétrit les Lombards comme perfidae ac foetentissimae Langobardorum genti (« la perfide et très infecte nation des Lombards »).
« Quelle est donc, ô fils très excellents, grands rois, cette folie, qu'il faille même dire que votre illustre nation des Francs, qui brille au-dessus de toutes les nations, et votre si splendide et très noble descendance royale, se laissent souiller — à Dieu ne plaise — par la perfide et très infecte nation des Lombards, qui n'est comptée au nombre d'aucune nation, et de laquelle il est certain que tire son origine la race des lépreux ? » — Pape Étienne III, lettre 45 du Codex Carolinus, à Charlemagne et Carloman (traduction d'après le latin de Gundlach, MGH Epp. III, p. 561)[92]
Le texte fait scandale. Il est dur, presque insultant pour les Lombards, et marque une rupture avec la sobriété diplomatique romaine. Mais il révèle aussi le désarroi spirituel d'un pape isolé, contraint d'utiliser les armes verbales les plus extrêmes pour empêcher l'effondrement de l'État pontifical.
Cette lettre soulève à juste titre un débat éthique : un pape peut-il qualifier une nation entière de « la plus infecte » ? La théologie catholique classique distingue toujours entre les personnes, qui méritent l'amour, et les politiques ou factions, qui peuvent être condamnées. Étienne III, dans une situation existentielle pour le Siège apostolique, utilise une rhétorique vétérotestamentaire de dénonciation prophétique, comparable aux invectives d'Élie ou d'Isaïe contre les nations idolâtres. Cela ne sanctifie pas la formule, mais permet de la lire historiquement, dans son contexte de menace politique réelle et de tradition rhétorique biblique.[93][94]
Le retournement de Charlemagne et le piège lombard (771)
Charlemagne, malgré la lettre, épouse Désirée en 770. La diplomatie pontificale a échoué. Pire : Bertrade rejoint Rome en pèlerinage et négocie avec Didier la restitution de certains territoires, en échange de promesses qui ne seront jamais entièrement tenues.[95][96]
Didier en profite pour gagner Rome physiquement. Il vient en pèlerinage au tombeau de saint Pierre, soutenu par le chambellan Paul Afiarta, un agent gagné à la cause lombarde, qui s'est introduit dans la familia papale.[97]
Le supplice de Christophore et Sergius (771)
Christophore et Sergius, les hommes qui ont sauvé la papauté en 768, sont accusés par Paul Afiarta de comploter contre Didier et le pape. Acculés, ils se réfugient à Saint-Pierre, supplient Étienne III de les protéger, mais celui-ci, sous la pression conjointe de Didier et d'Afiarta, finit par les remettre aux Lombards.[98][99]
Tous deux sont aveuglés. Christophore meurt de ses blessures trois jours plus tard, Sergius survit, mutilé et détenu au Latran. Le Liber Pontificalis tient cet épisode pour la plus grande blessure du pontificat ; même la chronique officielle ne couvre pas entièrement l'événement, qui sera réexaminé sous Adrien Iᵉʳ.[100][101]
« Et de tels supplices se déroulèrent dans l'atrium de Saint-Pierre que tous les présents fondaient en larmes. » — Liber Pontificalis, vie d'Étienne III, sur la fin de Christophore et Sergius (traduction ; original latin en note)[102]
L'épisode est le revers tragique d'un pontificat qui n'a pas su résister entièrement à la pression lombarde. Il rappelle que la sainteté du Siège ne garantit pas la sainteté personnelle de tous les actes du pontife. La distinction est ancienne : le ministère pétrinien est indéfectible dans la foi et le dogme (cf. Luc 22, 32), mais l'individu pape, comme tout chrétien, demeure faillible dans la conduite politique. Étienne III est ici dépassé par les événements, non infidèle au dogme.[103]
Mort, sépulture et mémoire
Le 24 janvier 772 et la basilique Saint-Pierre
Étienne meurt le 24 janvier 772, à environ 52 ans, après moins de quatre années de pontificat. La cause précise n'est pas connue : usure, maladie, peut-être effet des fortes tensions de 771. La liste officielle du Saint-Siège retient cette date.[104]
Il est inhumé à la basilique vaticane Saint-Pierre, près des autres papes du VIIIᵉ siècle. La basilique constantinienne, prédécesseure de l'actuelle basilique, abrite alors une part essentielle de la mémoire du Siège apostolique.[105][106]
Le numérotage Étienne II / III / IV
Une difficulté historiographique persiste : la numérotation des papes Étienne. En 752, un nommé Étienne avait été élu pape ; il était mort trois jours après son élection, avant la consécration épiscopale. Les listes médiévales et la Patrologia Latina l'ont longtemps compté comme Étienne II, faisant de notre pape de 768 un Étienne IV (et de Étienne II, le grand allié de Pépin le Bref en 754, un Étienne III).[107][108]
Au XVIᵉ siècle, certains éditeurs ont commencé à exclure de la liste le pape mort en trois jours, considérant que la consécration épiscopale est requise pour ouvrir un pontificat. La liste officielle moderne du Saint-Siège suit cette logique : elle ne compte pas l'Étienne de 752 et nomme notre pape Étienne III.[109][110]
Le titre canonique correct, suivi par cet article et par le portail officiel du Vatican, est donc Étienne III (768-772). Mais la forme Étienne IV que l'on rencontre dans les éditions antérieures à 1960 n'est pas une erreur ; elle reflète l'ancien comput. Lire avec discernement les sources anciennes : Étienne (III) IV est la convention de la Catholic Encyclopedia de 1912, par exemple.[111]
Saint Étienne ? Entre piété sicilienne et liste officielle
Étienne III n'a été ni béatifié ni canonisé par un acte officiel du Saint-Siège, et il n'a aucune mémoire au calendrier romain général (Calendarium Romanum, 1969)[112]. Au Moyen Âge, il fut toutefois honoré comme saint dans son île natale : Horace Mann signale un ancien calendrier des saints de Sicile qui l'inscrit au 1er février, ainsi qu'une démarche — restée sans suite — des Syracusains pour faire reconnaître officiellement sa sainteté[113]. La Catholic Encyclopedia (1912) note de même qu'il est « honoré comme saint dans certains martyrologes »[114]. Culte local médiéval et acte pontifical formel restent deux choses distinctes : seul le second fait un saint au sens canonique.
L'Église ne considère pas comme saint au sens canonique un pape pour le seul fait d'avoir occupé le Siège ; encore faut-il un culte attesté, une enquête, un acte pontifical formel. La piété sicilienne témoigne d'un attachement filial à un fils du pays devenu pape, sans que cela engage la doctrine. Sur ce point, la rigueur catholique distingue culte officiel et dévotion populaire : la seconde peut nourrir la première, sans s'y substituer.[115]
Héritage doctrinal et institutionnel
Le décret électoral de 769, matrice du conclave
La règle la plus durable du pontificat d'Étienne III est le décret électoral du concile de Latran 769. Trois siècles plus tard, Nicolas II en 1059 (In nomine Domini) reprendra le principe et le transformera en constitution électorale réservant l'élection aux cardinaux. Alexandre III, en 1179, exigera la majorité des deux tiers. Grégoire X, en 1274, créera le conclave au sens strict.[116][117]
Sans la décision de 769, le droit du conclave moderne, codifié par Paul VI (Romano Pontifici eligendo, 1975) puis par Jean-Paul II (Universi Dominici gregis, 1996) et Benoît XVI (motu proprio De aliquibus mutationibus, 2007), aurait une généalogie radicalement différente. C'est à Étienne III que remonte l'idée juridique d'un sanctuaire électoral protégé de l'irruption armée des factions.[118][119]
La défense des images, fondation latine de Nicée II
En 769, Étienne III place officiellement la chrétienté latine dans le camp orthodoxe de la querelle des images. Quand en 787 le concile œcuménique de Nicée II définira solennellement la légitimité de la vénération des saintes images, il ne fera que prolonger la décision romaine de 769. Le rôle d'Étienne III est donc fondateur, et il aide à comprendre que les iconographies catholiques — icônes, statues, vitraux, médailles, scapulaires, fresques — ne sont pas des excès baroques d'après le concile de Trente : elles relèvent d'une tradition apostolique défendue très tôt par le Siège romain.[120][121]
« L'honneur rendu à l'image passe à son prototype. » — Saint Basile de Césarée, De Spiritu Sancto XVIII, 45, cité par le IIᵉ concile de Nicée[122][123]
Ce principe, repris par Trente contre les iconoclastes protestants, par les papes du XIXᵉ siècle contre le rationalisme et par le concile de Vatican II qui maintient la vénération des images dans Sacrosanctum Concilium 122-125, plonge ses racines très anciennes : le concile de 769, convoqué par Étienne III, en est un des points fixes.
Une primauté blessée mais maintenue
L'épisode de Christophore et Sergius — la livraison de deux serviteurs fidèles aux Lombards, leur aveuglement, leur mort — reste l'ombre majeure du pontificat. Le pape s'est laissé manipuler par un agent étranger installé dans son entourage immédiat. La papauté n'a pas su, en 771, défendre ses propres ministres.[124][125]
Mais l'Église catholique n'a jamais enseigné l'impeccabilité des papes. La doctrine retenue, fixée par le concile Vatican I (Pastor Aeternus, 1870), est celle de l'infaillibilité dans l'enseignement ex cathedra du dogme, non celle de la perfection morale dans la conduite politique. Étienne III est un témoin tragique de cette distinction : ses décisions doctrinales — concile de Latran 769, défense des images, droit électoral — sont entièrement reçues par la Tradition ; ses choix politiques de 771 sont déplorés par la chronique romaine elle-même.[126][127]
Cette tension n'est pas un argument contre la papauté. Elle confirme au contraire que le ministère pétrinien est porté par la grâce du Christ et non par la perfection humaine. C'est précisément parce que le Christ a prié pour Pierre afin que sa foi ne défaille pas (Luc 22, 32) que les défaillances personnelles d'un pape ne ruinent pas la solidité du Siège.
Pour aller plus loin
- Pape saint Paul Iᵉʳ (757-767) — prédécesseur immédiat d'Étienne III, dont la mort ouvre la crise des antipapes de 767.
- Pape Étienne II (752-757) — pape de la « donation de Pépin » et de la fondation territoriale de l'État pontifical.
- Pape Adrien Iᵉʳ (772-795) — successeur d'Étienne III, complice du concile de Nicée II en 787 et du grand essor carolingien.
- Pape saint Zacharie (741-752) — pape qui ordonne Étienne diacre puis prêtre et l'attache au Latran.
- Concile de Latran (769) — actes, canons et personnalités, pour le dossier complet de la défense des images et du droit électoral.
- IIᵉ concile de Nicée (787) — définition œcuménique de la vénération des saintes images, dans la continuité du décret romain de 769.
- La querelle des images — synthèse théologique du dossier iconoclaste, des origines à Trente.
- La primauté romaine — histoire et théologie du Siège de Pierre.
Notes et références
Saint-Siège, liste officielle des souverains pontifes, entrée « Stephen III » : 94ᵉ pape, début du pontificat 1,7.VIII.768, fin 24.I.772, origine Sicile — contrôle direct de la page (consultée le 4 octobre 2026). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father.html.
1 62 63 104 109Encyclopaedia Britannica, notice « Stephen III (or IV) » : élu pape le 1er août 768, consacré le 7 août suivant (« elected pope on Aug. 1, 768, and was consecrated on the following August 7 »).
2 64Liber Pontificalis, vie d'Étienne III, éd. Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis. Texte, introduction et commentaire, 2ᵉ éd., Boccard, Paris, 1955-1957, t. I, p. 468-485 ; traduction anglaise et commentaire : Raymond Davis, The Lives of the Eighth-Century Popes (Liber Pontificalis). The Ancient Biographies of Nine Popes from AD 715 to AD 817, Translated Texts for Historians 13, Liverpool University Press, Liverpool, 1992 (2ᵉ éd. 2007), p. 86-105. Origine sicilienne, fils d'Olivus, formation au monastère de Saint-Chrysogone, ordinations sous Zacharie, élection canonique le 7 août 768, récit du concile de Latran et chute de Christophore et Sergius.
3 13 25 36 40 43 46 49 52 54 57 61 71 105Horace K. Mann, « Pope Stephen (III) IV », The Catholic Encyclopedia, vol. 14, Robert Appleton Company, New York, 1912 ; notice sur l'origine sicilienne (sans ville précisée), le monastère de Saint-Chrysogone, les ordinations sous Zacharie, la crise de 767-768, le concile de Latran 769, la lettre contre le mariage avec Désirée, la chute de Christophore et Sergius, et l'honneur rendu au pape « comme saint dans certains martyrologes » (« honoured as saint in some Martyrologies »). Sur la date du décès, la notice porte par erreur « 1 or 3 August, 772 » ; l'article suit la liste officielle du Saint-Siège (24 janvier 772). URL : https://www.newadvent.org/cathen/14289a.htm.
4 9 37 38 39 41 44 47 58 66 91 96 99 107 111 114Concile de Latran d'avril 769, actes en quatre sessions, ms. composites des collections conciliaires latines ; éd. dans Jean Hardouin, Acta Conciliorum, t. III, Paris, 1715, col. 2009-2032 ; Giovanni Domenico Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et amplissima collectio, t. XII, Florence, 1766, col. 713-734. Quatre canons principaux : condamnation de l'antipape Constantin, annulation des ordinations, réforme des élections pontificales (canon 1), confirmation de la vénération des saintes images contre Hiéreia 754.
5 11 16 29 50 68 70 72 75 78 81Concile de Latran d'avril 769, canons et souscriptions, d'après Mansi, t. XII, col. 713-734, et Hardouin, t. III, col. 2009-2032. (La mention d'une édition dans la Patrologia Latina, t. 96, précédemment indiquée ici, était erronée : ce volume de Migne contient Ildefonse et Julien de Tolède, non les actes de 769.) Texte du premier canon interdisant à tout laïc l'accès à la papauté, repris ensuite par Nicolas II en 1059. Texte original latin du canon 1, d'après les collections conciliaires : « Decretum est ut nullus umquam laicus aut quilibet ex laico ordine pontificali subrogetur honori. »
6 17 34 51 69 74 76Codex Carolinus, lettre n° 45, Étienne III à Charlemagne et Carloman, 770 ; éd. Gundlach MGH Epp. III, p. 560-563 ; trad. McKitterick et al. 2021, p. 302-307. Interdiction du mariage avec une princesse lombarde, assortie d'une menace conditionnelle d'anathème de saint Pierre (avertissement solennel, non anathème formellement prononcé) ; flétrissure des Lombards comme perfidae ac foetentissimae Langobardorum genti, comparaison avec les nations idolâtres de l'Ancien Testament. Texte original latin (passage cité), éd. Gundlach, p. 561, l. 10-15 : « Quae est enim, praecellentissimi filii, magni reges, talis desipientia, ut penitus vel dici liceat, quod vestra praeclara Francorum gens, quae super omnes gentes enitet, et tam splendiflua ac nobilissima regalis vestrae potentiae proles perfidae, quod absit, ac foetentissimae Langobardorum genti polluatur, quae in numero gentium nequaquam conputatur, de cuius natione et leprosorum genus oriri certum est. » (texte contrôlé sur l'édition Gundlach ; la menace d'anathème final, par l'autorité de saint Pierre prince des Apôtres, est confirmée par les historiens modernes de la lettre).
7 10 20 21 31 90 92Liber Pontificalis, vie d'Étienne III, § 49-54, éd. Duchesne t. I, p. 483-485 ; trad. Davis 1992, p. 103-105 ; livraison de Christophore et Sergius aux Lombards, supplice de l'aveuglement dans l'atrium de Saint-Pierre, mort de Christophore en trois jours. Texte original latin (passage cité) : « Et facti sunt cruciatus tales in Sancti Petri atrio, ut universi qui aderant lacrimas effunderent. »
8 98 100 102 124Klaus Schatz, La primauté du pape. Son histoire des origines à nos jours, trad. fr., Cerf, Paris, 1992 (sur la genèse médiévale du droit électoral pontifical) ; Thomas F. X. Noble, The Republic of St. Peter. The Birth of the Papal State, 680-825, University of Pennsylvania Press, Philadelphia, 1984 (sur le concile de Latran 769 et ses canons électoraux).
12 18 77 85 116Eric M. Knibbs, « The Contested Election of Pope Constantine II », The Eighth Century and All That, 2019 ; analyse de la prise de pouvoir de Toton de Nepi et de la stratégie de Christophore et Sergius pour renverser Constantin II avec l'aide lombarde. URL : https://www.8thcentury.com/black-smoke-white-smoke-revolution/.
14 27 48 56Raymond Davis, introduction à la vie d'Étienne III, dans The Lives of the Eighth-Century Popes (Liber Pontificalis), Translated Texts for Historians 13, Liverpool University Press, 2ᵉ éd. 2007, p. 86-95 ; mise au point critique sur la composition de la Vita Stephani III, son orientation pro-curiale et ses zones d'ombre concernant les violences de 768-771.
15 23 26 45 53 60 73 84 94 101 125Codex Carolinus, lettre n° 44, Étienne III à Charlemagne et Carloman, 768/769 ; éd. Gundlach MGH Epp. III, p. 558-560 ; trad. McKitterick et al. 2021, p. 297-301. Annonce de l'élection, demande de protection de l'État pontifical et confirmation des alliances de Pépin.
19 30 86Rosamond McKitterick, Dorine van Espelo, Richard Pollard, Richard Price (éd. et trad.), Codex Epistolaris Carolinus. Letters from the Popes to the Frankish Rulers, 739-791, Translated Texts for Historians 77, Liverpool University Press, Liverpool, 2021. Introduction critique, traduction anglaise et annotations des 99 lettres, dont les lettres 44, 45 et 47 d'Étienne III. ISBN 978-1-80034-871-4.
22 24 32 87 93Liber Pontificalis, vie d'Étienne III, § 35-43, éd. Duchesne t. I, p. 477-479 ; trad. Davis 1992, p. 96-99 ; convocation et déroulement du concile de Latran d'avril 769.
28Codex Carolinus (recueil de 99 lettres papales 739-791), éd. Wilhelm Gundlach, Monumenta Germaniae Historica, Epistolae III (= Epistolae Merovingici et Karolini aevi I), Weidmann, Berlin, 1892, p. 469-657. Manuscrit unique : Vindobonensis 449, ÖNB Vienne, IXᵉ siècle. URL MGH : https://www.dmgh.de/.
33IIᵉ concile de Nicée (787), VIIᵉ concile œcuménique ; définition de la légitimité de la vénération des saintes images, distinction latria (à Dieu seul) / douleia et proskynèsis (aux saints et images). Texte critique dans Erich Lamberz, Acta Conciliorum Œcumenicorum, série II, vol. 3.1-3, De Gruyter, Berlin, 2008-2016 ; trad. fr. Maurice Jugie, Le IIᵉ concile de Nicée et le culte des images, Lethielleux, Paris, 1957. Denzinger-Hünermann 600-609.
35 82 83 120 123Saint Benoît de Nursie, Règle, prologue 1, éd. critique Adalbert de Vogüé et Jean Neufville, La Règle de saint Benoît, Sources Chrétiennes 181-186, Cerf, Paris, 1972-1977 ; t. I, p. 411 : « Obsculta, o fili, praecepta magistri, et inclina aurem cordis tui. »
42Thomas Hodgkin, Italy and Her Invaders, vol. VII, Clarendon Press, Oxford, 1899, chap. XI (le pontificat d'Étienne III) : après la restauration de 768, Sergius est « again secundicerius, and also nomenculator » — le Liber Pontificalis, source primaire, le nomme donc secundicerius, non sacellarius. Variante : Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. I, 2ᵉ partie, Londres, 1902, p. 366, décrit Sergius comme « treasurer of the Church » (trésorier, soit la fonction du sacellarius). L'article suit ici la notice du Liber Pontificalis.
55Liber Pontificalis, vie d'Étienne III, § 27-30, éd. Duchesne t. I, p. 474-476 ; trad. Davis 1992, p. 93-95 ; description des violences contre les partisans de Toton et Constantin et déplacement de ces derniers vers les monastères de Cellanova et Subiaco.
59Liber Pontificalis, vie d'Étienne III, § 21, éd. Duchesne t. I, p. 472-473 ; trad. Davis 1992, p. 90 : acclamation à Sainte-Cécile-du-Transtévère et consécration à Saint-Pierre le 7 août 768. Texte original latin : « Postquam vero electus est in pontificem hic beatissimus, statim universus populus Romanus laudes Deo persolvit, eo quod Ecclesiam Romanam ab oppressione tyrannorum eripuerat. »
65 67Conciliabule de Hiéreia (754), convoqué par l'empereur byzantin Constantin V Copronyme ; actes partiellement conservés dans la définition réfutative du IIᵉ concile de Nicée (787), session VI ; édition critique : Erich Lamberz (éd.), Acta Conciliorum Œcumenicorum, série II, vol. 3.1-3, Walter de Gruyter, Berlin, 2008-2016. Le conciliabule de Hiéreia est condamné par le concile de Latran 769 et de manière définitive par Nicée II.
79 80Annales Regni Francorum (Annales royales franques), entrées pour 768-772 ; éd. Friedrich Kurze, Monumenta Germaniae Historica, Scriptores rerum Germanicarum 6, Hahn, Hanovre, 1895, p. 26-32 ; mariage de Charlemagne avec Désirée en 770 et négociations italiennes de Bertrade.
88 95Le prénom de la princesse lombarde épousée puis répudiée par Charlemagne en 770-771 n'est attesté par aucune source contemporaine : Éginhard, Vita Karoli Magni, c. 18, la désigne seulement comme filiam Desiderii regis Langobardorum (« la fille de Didier, roi des Lombards »), épousée sur l'insistance de Bertrade (matris hortatu) puis répudiée au bout d'un an (post annum eam repudiavit), sans donner son nom. « Desiderata » (parfois « Desideria », en français « Désirée ») est un nom conventionnel forgé par l'historiographie postérieure.
89Liber Pontificalis, vie d'Étienne III, § 44-48, éd. Duchesne t. I, p. 480-482 ; trad. Davis 1992, p. 100-103 ; intrigues de Paul Afiarta, pèlerinage de Didier à Saint-Pierre et premières menaces contre Christophore.
97Henri Denzinger, Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, 43ᵉ éd. (= Denzinger-Hünermann), Herder, Freiburg, 2010 ; notamment DH 3050-3075 (concile Vatican I, Pastor Aeternus, 1870) sur l'infaillibilité pontificale et la primauté de juridiction du Siège romain, à articuler avec la faillibilité personnelle du pontife dans les actes politiques.
103 127Saint-Siège, Basilica Sancti Petri in Vaticano, notice historique officielle ; rappel que la basilique constantinienne du IVᵉ siècle accueille les inhumations pontificales avant la reconstruction de la basilique moderne au XVIᵉ siècle. URL : https://www.vatican.va/various/basiliche/san_pietro/.
106Catholic Encyclopedia, notes sur le numérotage des papes Étienne, vol. 14 (1912) ; explication du choix d'écrire « Stephen (III) IV » : la liste officielle moderne du Saint-Siège exclut l'Étienne de 752 (mort avant consécration), tandis que les listes anciennes le comptaient. URL : https://www.newadvent.org/cathen/14289a.htm.
108 110Église catholique, Calendarium Romanum ex decreto Sacrosancti Œcumenici Concilii Vaticani II instauratum, Typis Polyglottis Vaticanis, 1969 : aucune mémoire d'Étienne III (ni au 24 janvier, ni au 1er février).
112Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. I, 2ᵉ partie, Londres, 1902, notice d'Étienne III, p. 393 : ancien calendrier des saints de Sicile inscrivant Étienne au 1er février, et démarche des Syracusains auprès du Saint-Siège restée sans suite. Corroborée pour les martyrologes par la Catholic Encyclopedia (1912) : « Stephen is honoured as saint in some Martyrologies ».
113Jean-Paul II, Divinus Perfectionis Magister, constitution apostolique du 25 janvier 1983 sur la procédure des causes de canonisation ; Acta Apostolicae Sedis 75 (1983), p. 349-355 ; rappel de la distinction entre culte officiel (canonisation, béatification) et dévotion populaire reconnue.
115Nicolas II, In nomine Domini, bulle d'avril 1059, concile romain de la sixième année ; réforme du droit électoral pontifical par la réservation de l'élection aux cardinaux (cardinaux-évêques d'initiative, puis cardinaux-prêtres et cardinaux-diacres comme co-électeurs) ; texte dans MGH Constitutiones et Acta Publica Imperatorum et Regum, t. I, n° 384, Hanovre, 1893. Denzinger-Hünermann 690.
117Jean-Paul II, Universi Dominici Gregis, constitution apostolique du 22 février 1996 sur la vacance du Siège apostolique et l'élection du Pontife romain ; Acta Apostolicae Sedis 88 (1996), p. 305-343 ; mises à jour par Benoît XVI (motu proprio De aliquibus mutationibus, 11 juin 2007, et Normas nonnullas, 22 février 2013).
118Paul VI, Romano Pontifici Eligendo, constitution apostolique du 1ᵉʳ octobre 1975 sur la vacance du Siège apostolique et l'élection du Pontife romain ; Acta Apostolicae Sedis 67 (1975), p. 609-645 ; matrice procédurale du conclave moderne, en continuité avec le décret électoral de 769 et avec In nomine Domini de 1059.
119Concile de Trente, session XXV (3-4 décembre 1563), décret sur l'invocation, la vénération et les reliques des saints et sur les saintes images ; texte critique : Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, Sheed & Ward / Georgetown University Press, 1990, vol. 2, p. 774-776 ; Denzinger-Hünermann 1821-1825.
121Saint Basile de Césarée, De Spiritu Sancto, ch. XVIII, § 45, éd. Benoît Pruche, Sources Chrétiennes 17 bis, Cerf, Paris, 2002, p. 406 : « L'honneur rendu à l'image passe au prototype. » Texte original grec : « ἡ τῆς εἰκόνος τιμὴ ἐπὶ τὸ πρωτότυπον διαβαίνει » ; traduction latine reçue par le IIᵉ concile de Nicée (787), session VI : « Honor enim qui imagini exhibetur transit ad prototypum. »
122Pastor Aeternus, constitution dogmatique sur l'Église, IVᵉ session du concile Vatican I, 18 juillet 1870 ; définition de la primauté universelle de juridiction du pontife romain et de son infaillibilité quand il parle ex cathedra en matière de foi et de mœurs ; texte critique : Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, Sheed & Ward / Georgetown University Press, Londres-Washington, 1990, vol. 2, p. 811-816. Denzinger-Hünermann 3050-3075.
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